Hermely
© 2000 - Y. JACOB

Locmariaquer Autrefois …
Coup d’œil sur la Chouannerie au pays d’Auray


Biographie de
Jean-Marie HERMELY

dit le « Jacques de Locmariaquer » 
Chef de légion et 
chef des Courriers de l’État-Major desChouans 

et Lieutenant de Georges Cadoudal


par son arrière petit-fils
J.-M. François-Jacob

du Collège bardique de Bretagne 
Chevalier de l’ordre des Hospitaliers 
Nobles de Saint-Lazare de Jérusalem

 
Colonnel Jean-Marie HERMELY 
Lieutenant du Roi  
Commandant d'armes de la citadelle de Port-Louis  
 
Commandeur de la Légion d'Honneur 
Chevalier deSaint-Louis et de l'Ordre Royale du Lys  
Ex-compagnon de Georges Cadoudal  
et chef des Courriers de l'armée Chouanne 

Dédicace

A mon frère Joseph, JACOB, capitaine de la marine marchande,
A ses fils, mes neveux, Louis, Jean, Joseph et Georges JACOB,
A mes cousins-germains Edouard, Marie et Denis COUÉDEL. que pieusement je dédie ce modeste essai biographique sur notre ancêtre commun Jean-Marie HERMELY… le fameux «Jacques de Locmariakaer», compagnon et lieutenant de l’immortel Georges CADOUDAL.

C'est pour perpétuer la mémoire d'un vaillant, d'un fidèle et d'un héros de l'épopée chouanne que j'ai écrit ces lignes.

C'est pour vous livrer ses grands exemples d'endurance, de fierté légitimiste et d'espérance jamais abattue ; c'est pour exalter devant l'histoire, son magnifique idéalisme et son audace à toute épreuve au cours de cette période de couardise et de lâcheté que fut ce que notre père, le capitaine Jean-Marie Jacob, appelait notre ignoble grande Révolution ; c'est pour louer la beauté morale de son caractère et la ténacité de sa volonté que je publie cet opuscule.

Puissent ces quelques pages vous consoler dans la poignante lutte pour la vie, qui fut et sera le sort de notre famille ; puissent-elles aguerrir vos âmes dans l'amour du devoir, librement accepté, afin que vous ayez toujours à cœur de suivre la voie droite de la loyauté et de la tradition, dont se détournent aujourd'hui tant d'arrivistes en mal de domination et tant de mercantis assoiffés de richesses.

On vit plus heureux en songeant que dans le passé de sa famille il y a une auréole de gloire qu'il importe de ne pas ternir qu'en se laissant aller à-vau-l'eau dans le courant des turpitudes morales ou politiques qui envahit notre Société contemporaine.

Quand on a dans les veines le sang d'un vaillant... on cherche à s'assimiler son idéalisme et sa vertu et l'on va vers l'avenir, serein et heureux, en méditant l'adage dont saint Augustin fil la règle de sa conduite :

« Cur non faciam quod isti, quod istae ? »
et que ces vers bretons traduiront avec ampleur :
Er ré ne heli ket 
Skuir vad ou hourdadeu 
N'en des ket tam erbet 
A hoed ru en ou haloneu.
On trouve dans nos jours d'authentiques descendants de croisés qui prostituent leur blason dans les basses capitulations à la mode… Nous, nous n'avons pas de blason, mais nous avons Jean-Marie HERMELY. Eh bien ! sachez-le… pour tous ceux qui se glorifient du nom qu'ils portent ou du sang qui coule dans leurs veines, il y a une époque qui fait date dans l'Histoire… C'est la Révolution… Dis-nous ce que firent tes ancêtres au cours de la Révolution et nous te dirons qui tu es.

Ne l'oublions jamais.
J.-M. François JACOB,
du Collège bardique de Bretagne, 
 
Chevalier de l'Ordre des Hospitaliers Nobles
de Saint-Lazare de Jérusalem. 
 
filleul de J. M. Hermely. 
 
en l'an de grâce mil neuf-cent trente-trois 
et du mois de février le dix-neuvième
 
38e jour anniversaire de la mort de notre père, 
 
Château de Saint-Antonin sur Bayon
par Aix-en-Provence. 
 

Préface

En 1928, sous la signature d'un académicien breton, Charles Le Goffic, une librairie parisienne éditait un ouvrage qui a écœuré beaucoup de nos compatriotes et nombre de descendants de victimes de la Révolution.

Sous prétexte d'écrire l'histoire de la Chouannerie bretonne, l'auteur semble n'avoir eu à cœur que d'écrire un libelle plein de cancans, romancé à la Michelet, pour vilipender, railler et salir les Chouans.

En 1930, en vertu d'une loi aussi inhumaine que négatrice de la propriété, de l'ordre social et de la tradition, du genre de celles que nous ont votées avec tant de désinvolture les députés de la IIIe République, on violait dans le cimetière de Locoal, trève de Locoal-Mendon, (Morbihan) une tombe dont la pierre portait l'inscription suivante :

et cela sans prévenir les descendants du défunt, ni même faire une enquête pour les trouver (Et la concession était perpétuelle!).

Ce J. M. Emery qui est plus connu sous le nom d'Hermely était notre trisaïeul... et tint même notre propre père sur les fonts baptismaux.

Nous avons pensé que l'heure avait sonné de faire revivre sa mémoire et de prouver que la Chouannerie dont il fut un remarquable représentant, trouve aussi bien sous la Terreur que sous le Directoire et le Consulat, sa justification et sa grandeur.  Elle fut la plus belle des manifestations de l'idéalisme breton à une époque où l'on ne savait que trembler, moucharder ou vivre sans foi et sans courage devant la canaille qui étalait ses vices et sa cruauté dans le gouvernement et dans la rue.

Evidemment J. M. Hermely ne fut pas un grand chef, investi de l'autorité d'un la Rouerie, d'un Sombreuil, d'un Mercier-La-Vendée, d'un Autichamp, d'un d'Hervilly, d'un Tinténiac ou d'un Georges Cadoudal…

Il ne fut qu'un comparse… Mais il fut mêlé à tous les événements importants de cette époque troublée… Il fut investi de grandes missions de confiance et… fait peut-être unique dans l'histoire de la Chouannerie, il survécut à toutes les aventures sanglantes auxquelles il participa, et mourut en 1850… à une date donc assez rapprochée de nous, qui nous a permis de colliger les souvenirs oraux ou écrits qu'il a laissés dans l'Histoire.

Toute notre enfance fut bercée par le récit de ses exploits que nous faisaient notre grand’mère ou notre père qui l'avaient connu…

De plus, nous avons compulsé ses papiers… et interrogé les différents historiens de Georges Cadoudal… L'histoire doit être impartiale et vraie… Nous n'avons pas assez d’imagination pour écrire des romans et nous n'avons aucune velléité académicienne, ni surtout envie de flatter… même au prix de jugements faux, les académiciens de « gauche » pour obtenir le scrutin triomphal… qui donne droit au port de l'habit vert.

D'ailleurs aucune histoire de la Chouannerie n'est complète ni définitive : La Vie de Gorges Cadoudal, par son neveu, est fort pauvre en détails et souvent imprécises peut-être même tendancieuse sur certains points ; l'histoire de la Chouannerie de Gabarit est plus judicieuse mais trop tatillonne et n'admet jamais les traditions orales : celle de Le Goffic… est une histoire à la Aulard… presque un roman où fourmillent de grossières erreurs géographiques (Ploermel pris pour Plouharnel, etc.) ; les écrits de Guillemot et de Rohu sont bourrés de faits… mais les jugements - surtout ceux de Rohu -, sont foncièrement des plaidoyers pro domo ; les écrits du R. P. Le Falher sont des maîtres-livres sur lesquels on peut faire état, tant pour les détails qu'ils contiennent que pour les réflexions que suscitent les faits relatés ; il en est de même de la vaste compilation de Sageret, qui est peut-être diffuse et manque d'unité à force de vouloir être complète, mais ses 4 volumes sont des écrits honnêtes et judicieux, qui seront toujours à la base de l'histoire de cette forrnidable et sanglante épopée que fut la Chouannerie. La Vie de Cadoudal par Lenôtre, enfin, est la belle analyse psychologique, bourrée de détails, d'un historien probe et sans parti-pris, qui sait en quelques lignes mettre en relief les faits et les gens. La biographie d'Hermely que nous présentons, apportera peut-être, elle aussi, sa modeste pierre au monument que l'Histoire élève, de jour en jour, à la gloire des Chouans, qui furent certainement autre chose que les bandits que leurs détracteurs ont dépeints.


Nous avons écrit ce modeste ouvrage, l'histoire en mains et nos souvenirs d'enfance en tête : depuis l'âge de dix ans, nous rêvions d'écrire la vie de Jean-Marie Hermely ; nous ne prétendons pas avoir fait une oeuvre de haut mérite ; mais nous avons sûrement fait un travail de sincérité… où, peut-être souvent notre coeur a débordé . , mais où il n’a jamais falsifié les événements pour les besoins de sa cause. Aussi, qu'on ne s'étonne pas de trouver, dans cet opuscule, quelques longueurs sur Locmariaquer et son passé. C'est à dessein que nous les y avons insérées. Dans ce joli coin de terre, où noirs avons vu le jour, nous comptons tant de parents et tant d'amis ! Nous l'avons tant aimé, à la fois pour la joliesse et le charme de ses sites, la foi bretonne de ses habitants et l'originalité de ses anciennes costumes ! Pays de paix, pays de calme, pays placé aux avant-postes de la résistance bretonne ; pays de braves gens et de gens braves ; volontiers je lui offre en exemple la vie de l'un de ses plus illustres enfants, afin que ses habitants, dont les ancêtres furent les rudes soldats d'Hermely, sachent encore, demain, conserver l'idéalisme de leurs pères et repousser du pied les innovations morbides que la mode, l'incompréhension, et la politique peut-être, suscitent de toutes parts autour d'eux pour conduire la société contemporaine à 1'uniformité banale et sans cachet du plus stupide « parisianisme », ou pour détruire chez les meilleurs, tout élan généreux vers le devoir, librement accepté, vers la fidélité des convictions civiques, sociales ou religieuses, vers la liberté enfin, qui ne se sollicite de personne, mais se prend, se défend et se maintient par le dévouement des hommes de coeur.

Et, à Locmariaquer, l'histoire l'a prouvé, on est des gens de cœur : la mer en a englouti beaucoup trop, et les tranchées de la grande guerre ont été rougies du sang de beaucoup trop d'entre eux.

 
Chapitre I  Chapitre III Chapitre VI Chapitre VIII Chapitre XVI