Il fut blessé, à la jambe gauche, au cours d'un combat dans la presqu'île de Quiberon, alors qu'il était sergent dans l'armée des émigrés… Il souffrit plus ou moins de cette blessure, mal soignée, pendant toute sa vie… mais jamais il ne se plaignit à personne et en aucune occasion cette douleur ne fut pour lui une occasion pour « tirer au flanc ». Il était d'un dévouement sans mesure .
En 1847 seulement il accepta de marcher avec une canne ou avec l'aide d'un bras de ses familiers.
Vers 1850 il eut des faiblesses dues à son âge et lui si matineux habituellement, il dut quelquefois rester couché toute la matinée. Sa nièce, Adèle Le Bouédec, qui comme un ange de charité, essaya d'adoucir les tristesses de ses vieux jours, avait fait installer une sonnette auprès de son lit… Une nuit, vers trois heures du matin, le 10 octobre 1850, se sentant plus indisposé, il sonna plusieurs fois, mais quand sa nièce arriva près de son lit, le vieillard râlait… On appela le recteur en hâte mais avant son arrivée, le vieux chouan avait déjà rendu son âme à Dieu. Il était âgé de quatre vingt trois ans et huit jours.
Ses obsèques furent grandioses. Mon père avait huit ans à cette époque et nous en à souvent rappelé le souvenir.
Comme il avait le grade de lieutenant colonel, deux compagnies d'infanterie avec drapeau et musique vinrent lui rendre les derniers honneurs, et suivant l'usage du temps, les soldats défilèrent devant la tombe ouverte en déchargeant, leur fusil à blanc sur la bière.
Il fut enterré dans le cimetière de Locoal dans l'allée centrale près du porche de l'église. A côté de lui sa nièce dormait son dernier sommeil… et non loin aussi reposait la dépouille mortelle de l'illustre et savant abbé Kersaho, son ami.
En 1904 le général de Cadoudal, alors chef de bataillon, nous offrit de faire transporter ses restes à Kerléano à côté de ceux du grand Georges, dont il avait été le vaillant lieutenant… et à côté de ceux de Mercier la Vendée.
Si nous avions su ce qui devait leur arriver en 1928… nous aurions accepté bien volontiers… Hélas, toutes les protestations à ce sujet seraient vaines aujourd'hui, qu'on a inhumainement et illégalement enfoui ses ossements à la fosse commune !
Ainsi vont les choses et les hommes dans le tout à l'égout de l'histoire et du souvenir.

La petite école, fondée par notre tante, ayant été dévolue à la commune de Locoal-Meudon, est devenue une école laïque.
L'abbé Kerzérho, condisciple de mon père à Sainte-Anne n’est plus là, le chanoine Le Blavec, qui conserva - lui-même me l'écrivit - avec beaucoup de piété, la tombe de J. M. Hermely n'est plus là ; espérons que l'abbé Le Floch, l'inconscient et sûrement - nous a-t-il dit - repentant auteur de la violation de la vénérable sépulture aura à cœur, d'une façon ou d'une autre , de rappeler le nom de notre trisaïeul à la postérité, et nous lui faisons confiance.
Quoi qu'il en soit, ici et là, dans la magnifique histoire de la Chouannerie qu'a écrite l'érudit M. Sageret, dans la poignante biographie de Georges Cadoudal, que l'éminent Lenotre nous a brossée… J.-M. Hermely est mentionné avec honneur.
Que ces lignes rappellent encore sa mémoire à ceux qui ont son sang généreux dans leurs veines et à ceux qui aiment à saluer les vaillants et les forts et les partisans jamais vaincus des causes justes et désespérées, dont il fut l'un des champions hardis et désintéressés.

Un Breton, fier de sa race et de sa nationalité, peut hardiment exalter l'idéalisme celtique de ses concitoyens et la Chouannerie Bretonne fut, à coup sûr, la plus bruyante et la plus magnifique exaltation de cet idéalisme celtique : Amour pour la liberté, pitié pour les faibles, aversion pour l'arrivisme et l'ambition, horreur de la diplomatie douteuse qui compose avec les suppôts du mal pour des fins matérielles, croyance enfin en l'indéfectible justice d'un Dieu vengeur des opprimés.
Nous avons voulu - dans ces jours où l'on ne sait plus à droite que geindre et… capituler - jeter à la face des triomphateurs du moment le mépris qu'ils méritent de la part de ceux qui ont encore au cœur des notions de devoir et de loyauté et qui règlent leur conduite, malgré tout,, sur les beaux exemples que leur ont laissés leurs ancêtres chouans ; ceux-ci en effet versèrent leur sang ou risquèrent leur vie pour affirmer leur foi chrétienne et défendre les traditions bretonnes, ils valent bien les pompeux doctrinaires, les pillards sans vergogne, les fricoteurs de tout acabit, les assassins et les tortionnaires que l'histoire tendancieuse de nos jours appelle des Grands Ancêtres de la Révolution.
Mais… que les arrière-petits-fils de Chouans, (et ils sont nombreux en Bretagne !) relèvent la tête, avec fierté et avec enthousiasme : leur sang est plus pur que celui des Croisés. Mais qu'ils s'efforcent de l'affiner encore en travaillant comme le firent leurs pères, librement, fièrement, sans reproche et sans peur pour le noble idéal des chouans, que résument ces simples mots
Depuis plus de trente ans, nous faisons modestement notre devoir dans les rangs des mainteneurs des traditions, de la langue et des arts de Bretagne ; et nous avons pu à loisir étudier les différentes écoles qui s'insurgent toutes contre le centralisme de l'Etat actuel : régionalisme, nationalisme, séparatisme, autonomisme ; tous ces partis ont des bases solides et raisonnables ; il leur faudrait un lien.
Le drapeau, qui flotta à Quiberon en 1795, - et dont nous avons jadis vu la loque vénérable chez Mme la Marquise d'Anglade, au manoir de la Gran’Ville, en Brandvy est blanc, parsemé de fleurs de lys d'or et porte l'inscriptions Doué hag er Roué ! (Dieu et le Roi !) autour d'une couronne royale… C'est le drapeau de la Monarchie légitime. Il est blanc, comme la bannière de Bretagne. Et nous savons que les monarques, dont il est l'emblème, ne refuseront pas à leurs sujets bretons le droit de substituer aux fleurs de lys d'or des Bourbons les hermines noires de leurs anciens ducs…
Car aucune monarchie, aucune dynastie, dans aucun pays du monde, n'eut plus de défenseurs intrépides et désintéressés que les Bourbons directs en Bretagne.
Et ceux-ci ne pourraient pas un jour ne pas s'en souvenir !
Nous n'avons aucune confiance dans les dynasties orléanistes ou bonapartistes qui ont régné en France. La première s'est exclue elle-même dans la personne de ses fondateurs : le régicide Philippe-Egalité, et l'usurpateur Louis-Philippe ; l'autre a trop de sang sur les mains également… d'Austerlitz à Sedan.
Le salut ne viendra pas de leur côté, mais nous voyons les choses avec les veux de la Foi et nous faisons confiance à la vraie et directe race de saint Louis, celle qu'aucune des prétendues renonciations d'Utrecht en 1713, n'a jamais atteinte.
A l'heure marquée par Dieu - en dépit, des agitations humaines, des scrutins dits plus ou moins populaires - et des conférences plus ou moins parlementaires… elle nous reviendra… D'ici là, elle n'impose à ses partisans qu'une soumission absolue aux directives de la Sainte Eglise. Et, avec elle, refleurira la Paix sociale, la paix religieuse… et la concorde entre les citoyens.
Elle nous ramènera même la Paix Internationale, dont la Société des Nations cherche si péniblement la formule.
Et monarchie de droit divin, donc émanée de Dieu même, elle rétablira partout la Charité chrétienne en détruisant le marasme économique actuel, uniquement dû aux forbans de la République.
Car ne l'oublions pas, Dieu seul est le Maître : Nisi Dominus custodierit civitatem, frustra vigilat qui custodit eam.
L'Etat en France ne sera bien gardé que par l'Oint du sacre de Reims et en Bretagne que par le successeur légitime de la bonne duchesse Anne… un prince de la Maison de Bourbon Anjou !
