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Ailes en papier, déchirées et tordues
Mais tu m'as laissé croire qu'elles venaient du ciel
Ailes en papier, sans aucune réalité
Mais elles m'ont emportée assez haut pour que ma chute soit réelle.
Gillian Welch , " Paper Wings "
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CHAPITRE I
12 septembre 2010
Je tiens le téléphone contre mon oreille, essayant de saisir ce qu'ils me
disent, mais pas vraiment capable d'écouter chacun des mots. Cela n'a pas
beaucoup d'importance. Ils ont dit la même chose, posé les mêmes questions les
cinq fichues fois où ils m'ont appelé. Je ne peux pas les aider beaucoup,
parce que je n'ai tout simplement pas les réponses dont ils ont besoin.
" Si vous pouvez vous souvenir de la moindre chose, monsieur Brumby, cela nous
aiderait beaucoup. Nous faisons tout ce que nous pouvons…. ", commence t'il à
me dire, mais je lui coupe la parole.
" Vous faites tout ce que vous pouvez pour trouver Sarah. Je sais. Vous m'avez
déjà dit tout ça, mon vieux. Je ne veux plus que vous m'appeliez jusqu'à ce
que vous ayez quelque chose de nouveau à me dire. " Et j'éteins le combiné et
le jette sur le lit. Il cogne contre le chevet et retombe entre les oreillers.
Je m'assieds au pied de notre lit et je cache ma tête dans mes mains,
souhaitant que tout ça s'arrête. Je veux juste la voir passer cette porte et
être là, à la maison, et non faire l'objet d'une importante opération de
recherches ou de secours.
Sarah est partie hier matin et n'est jamais rentrée à la maison. Je sais où
elle est. Mais je ne veux pas que mes soupçons soient confirmés. C'est plus
facile d'être assis là et de prétendre que quelqu'un l'a enlevée que de
reconnaître qu'elle est partie de son plein gré….
" Papa, le téléphone sonne. "
Je lève les yeux vers May, debout dans l'encadrement de la porte, elle me
regarde avec l'air tellement effrayé que peut avoir une enfant de six ans qui
vit tout cela. Je regarde pardessus mon épaule, et je vois ce fichu combiné,
mais je ne l'entends pas. Je suis surpris d'avoir entendu ma fille parler. May
court vers le lit et répond d'un faible " Allo.. " avant de me tendre
l'appareil.
" M. Brumby, nous avons retrouvé la voiture de votre femme. "
" Vous l'avez retrouvée, ", dis-je, sans même demander où. May est là debout
devant moi, elle me regarde avec curiosité. Elle a les yeux de sa mère. Si
beaux…
" Oui, monsieur. Elle était sur un petit terrain d'aviation en Virginie.
D'après le responsable du terrain d'aviation, elle est partie avec… "
" Je sais. "
Je ne veux pas l'entendre me le dire.
" Nous allons bientôt contacter les autorités aériennes pour commencer des
recherches. …à moins que vous ne sachiez quelque chose ? "
Je sais ce qu'il me demande. Et je ne connais pas vraiment la réponse à sa
question en ce moment. Elle aurait dit quelque chose si elle avait su qu'elle
n'allait pas rentrer, n'est-ce pas ? Mon estomac fait des nœuds, je ne sais
pas quoi dire ni quoi faire. Mon Dieu, je me sens tellement bête.
" Oui, contactez les autorités aériennes. Je ne peux pas croire que Sarah
serait partie si longtemps. ", dis- je à l'homme à l'autre bout du fil et je
l'écoute me répéter cette même histoire, qu'ils me recontacteront quand ils en
sauront plus. Je raccroche encore une fois le téléphone, mais cette fois je ne
l'envoie pas voler à travers le lit.
May me regarde toujours, attendant que je lui donne toutes les réponses.
J'aimerais tellement.
" May, ma chérie, est ce que la babysitter est encore là ? ", je lui demande,
et elle répond oui de la tête. " Est-ce que tu peux laisser papa quelques
minutes tout seul, s'il te plait, mon trésor ? Je vais venir tout de suite. "
Elle sort doucement et ferme la porte derrière elle.
J'ouvre la porte du dressing de Sarah, quelque chose que je n'ai jamais fait.
Je ne suis jamais entré dans son espace personnel, je n'ai jamais pénétré dans
son jardin secret. En haut dans un coin , il y a une boite que j'ai déjà
remarquée, quand la porte était ouverte, mais je n'ai jamais demandé ce que
c'était. Je lui ai toujours fait totalement confiance. Je retire la boite de
l'étagère et je la secoue doucement. On dirait du papier. Rien d'autre.
Je m'assieds doucement sur le bord du lit, je soulève le couvercle et je jette
un œil à l'intérieur.
Des avions en papier. Des tas de petits avions en papier impeccablement pliés,
de toutes les tailles et de toutes les couleurs.
Je sens une vague de colère monter en moi si vite que je jette la boite contre
le mur, et d'un seul coup la moitié de ces avions aux ailes de papier si
délicates sont froissés. Je les regarde fixement pendant au moins dix minutes
avant de pouvoir enfin me lever de ce lit - notre lit - et de ramasser un des
papiers.
Je le déplie avec précaution, je ne veux pas abîmer la moindre précieuse
petite pliure.
Sur le papier, une écriture masculine a écrit ces mots :
Partons voler ensemble.
Suivent une date et une heure. Je regarde tous ces avions froissés sur le sol,
et je sais qu'ils contiennent tous un message semblable. Je relis encore une
fois la date sur celui que je tiens avant de le chiffonner dans ma main.
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18 juin 2001
"Cela vient juste d'arriver pour vous, Madame" , me dit Harriet en apportant
un énorme bouquet de fleurs dans mon bureau. "Bon anniversaire, Colonel".
"Merci, Harriet. Oh, comme elles sont belles, n'est ce pas?", dis-je , en lui
prenant le vase des mains et le posant sur le coin de mon bureau. Je cherche
la carte au milieu des fleurs, sachant déjà qui les a envoyées. Mic et moi
sommes mariés depuis un an hier. Nous avons passé le week end à la plage, et
pour fêter notre anniversaire de mariage, nous nous sommes baignés dans
l'océan et avons fait l'amour dans notre chambre d'hôtel.
"Vous avez l'air tellement heureuse, Madame. Je suis si contente que tous les
deux vous ayez l'air si...heureux", dit Harriet, et nous rions ensemble. Vous
êtes heureuse, n'est ce pas, Madame?"
"Mic et moi sommes très heureux, Harriet. La seule chose qui pourrait nous
rendre plus heureux serait d'entendre des petits petons courir autour de nous
comme pour vous et Bud, mais tout arrive en son temps", dis-je, et trouvant la
carte, je me rassieds. Harriet reste là, elle sourit toujours. Elle a l'air
d'aller si bien depuis la naissance de leur second enfant. Si contente. Je
souhaite que cela nous arrive à nous aussi.
J'ouvre l'enveloppe, pensant trouver une de ces cartes passe partout que les
fleuristes envoient, mais c'est une feuille de papier à lettres que Mic a dû
leur apporter lui même. Je la déplie, et j'arrête de respirer quand je lis les
mots griffonnés sur la feuille de papier bleu.
"Partons voler ensemble."
Il n'y a pas de signature. Il n'y en a pas besoin. Je replie la feuille et la
range aussi vite que je peux, comme si le papier me brûlait les doigts. Et
dans un certain sens, c'est le cas.
"Quelque chose ne va pas, Madame?" me demande Harriet. Est ce si évident, à
voir mon expression, que ce n'est pas ce à quoi je m'attendais?
"Non, Harriet. Pas du tout", dis-je, et j'essaie de sourire. Elle me retourne
mon sourire, mais je vois dans son regard que je ne suis pas très
convaincante. "Je, euh, j'ai quelques coups de téléphone à passer. Savez vous
sur quel dossier le capitaine Rabb travaille?"
"Le capitaine est à Norfolk avec Bud, madame, ils travaillent sur le dossier
Mullens. Bud m'a dit de ne pas m'attendre à son retour aujourd'hui", répond
Harriet, et elle fait la moue en pensant que son mari ne sera pas de retour
pour la nuit.
"Merci, Harriet", dis je en décrochant le téléphone. Elle sort de mon bureau
et referme la porte derrière elle sans que j'aie à le lui demander. Dès
qu'elle n'est plus en vue, je repose le combiné en place.
Je reprends la feuille de papier et la déplie, je relis une nouvelle fois les
mots.
Ils disent toujours la même chose. "Partons voler ensemble", suivis d'une date
et d'une heure. Je regarde mon agenda, et en fait, je suis libre à ce moment
là. Il a dû vérifier mon agenda avant de proposer cette date.
Je suis déchirée entre deux choix : chiffonner ce papier et le jeter contre le
mur aussi fort que je le peux, ou courir tout de suite à ce rendez vous, juste
comme il s'attend à ce que je le fasse. Maudit soit il. Pourquoi maintenant?
Cela fait maintenant un an que nous nous sommes à peine parlé en dehors du
bureau. J'étais tellement sûre que tous ces sentiments avaient disparus. Je
suis mariée. Je suis "heureuse" en mariage.
Et peut-être que j'interprète trop ce message. Il emmène tout le temps Bud
voler et je suis sûre qu'ils n'ont pas une liaison torride. Il veut juste
renouer nos relations. Etre de nouveau des amis. Rien de plus.
Nous devrions à nouveau être amis. Il est temps. Nous avons gaspillé toute
cette dernière année à être en colère l'un contre l'autre pour une chose qui
aurait pu ne jamais avoir lieu, et il est temps de passer à autre chose. De
retisser les liens.
Je replie avec précaution la petite feuille de papier et la mets de côté. Ce
serait probablement mieux si je ne dis pas tout de suite à Mic où je vais. Je
ne pense pas qu'il tienne à ce qu'Harm et moi soyons à nouveau amis. En fait,
il serait plutôt heureux si Harm disparaissait tout simplement de la surface
de la terre. Mais je pense que ce sera bien que nous soyons à nouveau amis.
Je vais y aller.
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21 juin 2001
Je lève les yeux de l'avion sur lequel je travaille, et je vois Mac qui
traverse le terrain dans ma direction. Je n'étais pas sûr qu'elle allait
venir. Maintenant, j'ai le coeur qui bat à cent à l'heure dans ma cage
thoracique, juste parce qu'elle est venue, et je ne suis plus si sûr d'avoir
eu une bonne idée.
Mais bon sang, à quoi je pensais? Qu'est ce que je vais dire? Je suppose qu'il
serait bien de commencer par m'excuser. A son expression, je ne sais pas si
elle est en colère ou non. Elle a les mains profondément enfoncées dans les
poches de son jean, et elle ne lève les yeux vers moi que deux fois pendant
qu'elle traverse tout le terrain.
"Salut", lui dis je quand elle s'arrête devant moi. Nous sommes séparés par la
largeur de l'aile et elle sort une feuille de papier à lettre de sa poche et
la pose entre nous.
"Depuis un an, vous ne me parlez plus en dehors du bureau, ou seulement si
cela a un rapport direct avec le travail, et maintenant ça? Des fleurs. Des
petits mots. Des tours en avion. Qu'est ce qui se passe, Harm?" me demande
t'elle, et au lieu de nous regarder, nos yeux sont fixés sur le papier.
"Le moment de retisser les liens ?", je lui propose en prenant la feuille de
papier bleu sous ses doigts. Je commence à la plier délicatement en un parfait
avion en papier,le rendant aussi aérodynamique qu'il est possible avec une
feuille de papier froissé.
"Le moment de retisser les liens est venu et passé......."
"Je suis désolé, Mac", lui dis je, en continuant à plier le papier. Cela me
donne quelque chose à faire, comme cela je n'ai pas à rencontrer son regard.
J'ai peur de ce que je pourrais y voir. Au bureau pendant l'année écoulée, je
n'ai rien vu dans ses yeux. Elle a fait du sacré bon travail pour ne révéler
aucune de ses émotions.
Mieux que moi dans certaines occasions. "Ce que j'ai fait n'était pas bien. Ce
que j'ai dit n'était pas bien. Maintenant je réalise combien Mic et vous êtes
heureux et je veux juste vous présenter mes excuses pour avoir pensé que votre
mariage serait tout sauf...... heureux. S'il vous plait, acceptez vous mes
excuses?"
Je lève maintenant les yeux vers elle, nos regards fixés l'un à l'autre. Le
sien hésite entre l'hostilité et autre chose que je n'arrive pas vraiment à
définir. Quelque chose que je n'ai pas vu depuis longtemps. Je prends le petit
avion que je viens de faire et je le pose dans ses mains. Elle sourit
imperceptiblement.
"Excuses....presque acceptées", dit elle, l'ombre de son sourire disparaissant
de son visage.
"Je sais. Je suis désolé. Si vous ne voulez pas venir avec moi aujourd'hui, je
comprends, mais j'apprécie que vous m'ayez donné la chance d'expliquer
certaines choses",lui dis je, me penchant sur l'aile vers elle. Elle se penche
vers moi, elle aussi. Le petit avion de papier est entre nous, le vent le fait
bouger doucement.
"Cela ne suffit pas, Harm. Je veux que vous présentiez vos excuses à Mic,
aussi. Alors je les accepterai", dit elle, et ses yeux me montrent à quel
point elle est sérieuse. Je grimace. Je ne peux pas m'en empêcher. J'ai évité
Mic à n'importe quel prix pendant tout ce temps.Quand nous sommes tombés l'un
sur l'autre au cours d'événements mondains auxquels je ne pouvais pas
échapper, il m'a regardé avec ce sourire sûr de lui que j'ai toujours voulu
effacer de son visage à coups de poing, et c'était donc mieux que je l'évite.
"Vous plaisantez,hein?", je lui demande, je ne peux pas croire qu'elle ait pu
me demander ça.
"Si vous voulez que je remonte un jour dans votre petit avion, vous feriez
mieux de promettre de présenter vos excuses à Mic. C'est mon mari, maintenant,
Harm. Je sais que vous pensez que vous pouvez être ami juste avec l'un de nous
et pas avec l'autre, mais cela sera un peu difficile avec le temps", dit elle,
et ses yeux me supplient d'accepter. Je veux accepter. Je veux que nous soyons
à nouveau amis.
"D'accord, je le ferai. Bon sang, je suis même d'accord pour l'emmener faire
un tour en avion un de ces jours, comme preuve de......ma bonne foi", dis je ,
en cherchant les mots exacts qui traduisent mes sentiments. La foi n'a
certainement rien à faire là dedans.
Non, ce que je ressens, c'est du regret. Mais je ne vais pas vivre avec cela
pour toujours. Il est temps de laisser aller. Temps d'être amis à nouveau.
"Vous voulez juste l'emmener là haut pour pouvoir le jeter par dessus bord
quelque part au dessus de la Virginie, en espérant qu'on n'entendra plus
parler de lui" dit Mac avec un sourire de connivence. Elle me connait bien.
Après toutes ces années, elle devrait.
"Mac, je sais que vous aimez ce type et je ne ferai jamais intentionnellement
du mal à quelqu'un que vous aimez", dis je et elle détourne finalement les
yeux . Sa main glisse sur la surface lisse et jaune de "Sarah" comme si elle
essayait d'enlever quelque chose qui n'y est pas.
"Et sans le faire exprès? Est ce que vous feriez du mal à quelqu'un que vous
aimez sans le faire exprès? Si vous ne pouviez pas vous en empêcher?" demande
t'elle en me regardant à nouveau. Ses yeux bruns reflètent à nouveau la peine.
Peut être est il vraiment trop tard pour nous. Je ne suis même pas sûr de ce
qu'elle me demande. Comme toujours, j'ai l'impression que nous parlons de
choses pour lesquelles aucun de nous ne connait les réponses.
C'est alors qu'une de ses mains quitte la surface de l'aile et couvre l'une
des miennes. Je ferme les yeux en sentant sa chaleur et je pense avec regrets
que j'aurais pu faire tant de choses différemment. Tellement de choses...
"Je ne pense pas que maintenant serait le bon moment non plus pour commencer à
faire du mal aux gens sans le faire exprès, Sarah", dis je si doucement que
j'entends à peine ma propre voix. Quand j'ouvre les yeux, elle retire sa main,
et ses yeux couleur de chocolat fondu ne montrent plus aucune trace de peine.
"Prêt à m'emmener au firmament?" me demande t'elle en levant les yeux vers le
ciel, et sa voix est nerveuse. Comme si son coeur battait à cent mille
kilomètres à l'heure dans sa poitrine.
"Toujours"
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21 juin 2001
Je ris encore. Je n'arrive pas à croire à quel point tout cela est amusant
quand rien d'horrible ne se passe. J'ai l'habitude que les choses tournent mal
avec Harm, et même si je sais parfaitement qu'il est un bon pilote, lui et moi
ensemble ,c'est comme si nous avions un mauvais karma, ou quelque chose comme
ça. L'avion s'arrête exactement là où il était quand je l'ai retrouvé ce matin
et je peux l'entendre rire, lui aussi.
Harm descend rapidement de l'avion, et me tend la main pour m'aider à
descendre. Je pense qu'il a oublié que je suis ce solide marine qui n'a pas
besoin de l'aide de ce calamar d'avocat.
"Je peux le faire toute seule", dis je , descendant facilement de son petit
avion. Juste à la dernière seconde, je perds l'équilibre et je glisse trop
vite pour me rattraper. Heureusement, Harm est encore là, il me regarde. Je
tombe dans ses bras et il ne me lâche pas.
Quelques instants après, il ne m'a toujours pas lâchée. Ses bras sont toujours
serrés autour de ma taille, ma tête repose contre sa poitrine et son coeur bat
aussi vite que le mien. Je sens une de ses mains remonter le long de mon dos
jusque sous mes cheveux, caressant doucement mon cou. Mais bon sang, que se
passe t'il ici?
Nous avons tous les deux déjà si chaud après notre vol dans ce ciel d'été
brûlant sous le soleil de l'après midi, mais maintenant cette chaleur traverse
mon corps si vite que je ne peux pas la supporter. Sa main glisse de mon cou
vers mon visage et maintenant cette chaleur intense court dans d'autres
parties de mon corps où elle ne doit pas aller, et je veux reculer. Je ne veux
pas avoir à faire ce choix maintenant. Dieu le maudisse, si c'est ce qu'il
voulait, il n'avait qu'à parler il y a un an. Pas maintenant.
Ses mains sont tellement agréables. Ses doigts sur mes lèvres le sont encore
plus. Ce sont ses lèvres que je veux, et pas simplement une caresse du bout de
son pouce. Je veux. Je veux. Je veux.....
Mais je ne peux pas l'avoir.
Brusquement je m'éloigne de lui, arrachant mon corps de ses bras. Harm lève
ses mains dans une sorte de geste d'excuse et j'ai la tête qui tourne, pendant
que j'essaie de comprendre ce qui s'est passé.
Rien ne s'est passé. Ce n'était rien -- seulement Harm. Seulement Harm, tel
qu'il est, et il m'a rattrapée alors que je tombais. Mais je tombais d'où? Bon
sang, ce serait juste tellement facile de continuer à tomber. Maudit soit il.
"Je suis désolé. Ca va?" demande t'il et je lève les yeux vers lui, et je sais
que la chaleur qui traverse mon corps, et qui il y a un instant n'était que
désir est devenue colère. Je suis en colère contre moi, qui désire quelque
chose que je ne pourrai jamais avoir. Je sais qu'il peut le lire dans mes
yeux.
"Oui, ça va," dis je d'une voix si peu convaincante.
Il se retourne vers son avion et commence à bricoler je ne sais quoi. Je sais
déjà qu'aucun de nous ne dira un seul autre mot au sujet de ce qui vient de se
passer avant longtemps.
Je sais aussi que ce sentiment de vide qui vient de renaître en moi ne va pas
disparaitre si vite.
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