(Type a title for your page here)

CHAPITRE X

14 septembre 2010
"M. Brumby? Je suis le sergent Janson."
Un homme de grande taille aux cheveux grisonnants me tend la main et je la
serre. J'essaie de lire sur son visage ce qui se passe, mais il ne laisse rien
paraître.
"Mic. Appelez moi Mic. Et voici ma petite fille, May," dis je en indiquant
d'un mouvement de la tête ma fille endormie . Elle s'est roulée en boule sur
l'une des chaises et elle a l'air tellement paisible.
"Je vais appeler Becky à l'église et lui demander si elle peut venir
surveiller votre enfant," dit il en se dirigeant vers le comptoir et le
téléphone. Au son de sa voix, je sais que je n'ai pas le choix. Quoiqu'il
sache ou quoique je sois amené à voir, ce serait mieux qu'elle ne le voit pas
avec moi.
Il compose le numéro, dit quelques mots et raccroche. "Becky est ma fille.
Elle travaille à l'école privée, votre fille sera en de bonnes mains."
"Qu'est ce que vous ne me dites pas, sergent? C'est mon épouse qui est là bas.
J'ai le droit de savoir," je demande d'un ton plutôt sec. Cela dérange May,
qui se réveille.
"Papa? Ils ont trouvé Maman?" demande t'elle en s'asseyant et en frottant ses
yeux avec ses petits poings.
Je lève les yeux vers le sergent et il détourne le regard. Je m'approche
d'elle et m'agenouille, prenant ses mains dans les miennes.
"Quelqu'un va venir s'occuper de toi pendant un moment........"
"Je veux rester avec toi!" pleurniche t'elle , son visage se chiffonne et les
larmes commencent à couler.
"Je ne vais pas te laisser longtemps, trésor.Tu le sais. Le sergent Janson et
moi devons parler de certaines choses," dis je et elle continue à faire la
moue. Je la prends dans mes bras, la tenant aussi serrée que je le peux.
"Trouve maman pour moi, s'il te plait. S'il te plait papa," dit elle en
essuyant son visage sur ma chemise.
"Je vais essayer de faire tout ce que je peux pour trouver ta maman," dis je.
"Tout ce que je peux."
*****************
21 février 2008
"Il faut que je monte dans cet avion. Tout de suite," dis je une fois de plus
à l'hôtesse. Elle ne fait pas assez attention à ce que je dis. Elle continue
de taper des choses sur son clavier, mais rien ne vient.
"Je suis désolée, mademoiselle..."
Si elle dit encore une fois qu'elle est désolée, je vais me mettre à hurler.
C'est sûr. Il faut que je prenne ce vol. N'importe quel vol, et elle ne m'aide
pas du tout.
"Je prends ce que vous avez. Je veux bien passer par...par Londres s'il le
faut. S'il vous plait. J'ai juste besoin d'un billet," dis je encore une fois.
Avant que je recommence à la supplier, son visage s'éclaire. Elle a l'air
d'avoir gagné le gros lot ou bien elle est juste heureuse de se débarasser de
moi.
"Quand revenez vous?" demande t'elle et je la dévisage. Je n'y ai même pas
pensé. Je sais que je devrai revenir. Mais je ne sais pas du tout combien de
temps cela va durer. Il faut que je retourne bientôt au travail, mais je ne
veux pas limiter mon temps.
"Je ne sais pas. Pouvez vous laisser le retour open?" je demande et elle
acquiesce avant de regarder nouveau l'écran devant elle. Quelques secondes
plus tard, elle lève les yeux vers moi, me regarde d'un air soulagé et me tend
une addition d'un montant exorbitant pour mon vol aller. Je lui tend ma carte
de crédit sans la moindre hésitation. Il faut que je le fasse, quelqu'en soit
le coût.
Je dois y aller.
*****************
21 février 2008
Je regarde par la fenêtre les avions qui atterrissent, apportant des touristes
qui cherchent à fuir le climat hivernal qu'ils ont sur le continent. Je me
rends compte que je ne peux pas m'empêcher de regarder constamment ma montre.
Je ne peux pas empêcher mon coeur de battre fort dans ma poitrine.
Cela fait combien de temps que je ne l'ai pas vue?
Trop longtemps.
Il a fallu une affaire à traiter pour qu'elle vienne ici. Je lui ai demandé
plusieurs fois, je lui ai même à l'occasion envoyé une lettre lui demandant de
me rendre visite. J'ai promis qu'il ne se passerait rien, mais je pense
qu'elle savait que ce ne serait pas le cas. Elle a toujours refusé.
Cette fois, elle n'a pas eu le choix. Elle vient ici pour le travail et comme
ele ne va pas travailler dans mon bureau, elle n'avait pas de moyen de
m'éviter.
Rien ne va arriver. Cela ne se peut pas.
C'est ce que je n'arrête pas de me répéter. Je continue à essayer d'y croire.
A essayer d'accepter que nous ne pouvons rien être de plus que des amis.
Mais cela ne veut pas dire que je ne veux pas mettre de côté le travail et
l'emmener directement chez moi. Cela ne veut pas dire que je ne veux pas
l'embrasser dès qu'elle sera descendue de l'avion. Ces sentiments ne
disparaitront jamais.
Le temps et la distance ne les ont pas fait disparaitre. Un océan et un
continent entre nous ne les ont pas fait disparaitre. Deux années ne les ont
pas fait disparaitre.
Je trouve le panneau des arrivées, son avion est toujours prévu à l'heure.
Elle n'a pas pu prendre un vol militaire pour venir , elle a dû prendre un vol
commercial avec les touristes. Cela aurait probablement été préférable qu'elle
arrive sur la base en uniforme. J'aurais moi même été en uniforme et il y
aurait eu quelque chose pour m'empêcher de la prendre dans mes bras et de la
serrer fort contre moi. Maintenant nul ne sait comment nous allons réagir.
Dans dix minutes, nous le saurons.
*****************
21 février 2008
L'hôtesse de l'air a enfin compris, et en passant dans l'allée elle ne me
demande plus si j'ai besoin d'autre chose. Je n'ai besoin de rien. Juste que
ce fichu avion vole plus vite.
Dieu merci, mon voisin s'est endormi il y a quelques heures et a arrêté de me
poser des questions sur le temps ou ce qu'il y a à voir quand nous serons
arrivés. Je suis trop nerveuse pour répondre à des questions. Il a eu la
gentillesse de me laisser son siège près du hublot avant de s'endormir et je
lui en suis reconnaissante. Au moins je peux regarder quelque chose et essayer
de penser à autre chose.
Je regarde l'océan sombre et l'immensité vide, et je prie pour qu'un courant
nous amène plus vite à destination. Je me sens prise au piège ici, inutile. Je
ne suis pas sûre de ressentir les choses différemment quand je serai arrivée,
mais au moins je serai capable de faire quelque chose par rapport à tous ces
fichus sentiments qui m'assaillent.
Le pilote entre dans la cabine et nous informe que nous allons traverser des
turbulences et nous dit d'attacher nos ceintures. Je me rends compte que je
n'ai pas détaché la mienne, comme si cela allait permettre au voyage de durer
moins longtemps.
Tout ce que je peux faire est rester assise, regarder par le hublot et me
faire du souci sur ce qui va se passer.
*****************
21 février 2008
"Bud?"
"Ravi de vous revoir, commandant Rabb," dit Bud en souriant tout en jetant son
sac sur son épaule.
"Où........je croyais que le colonel devait venir?" je demande. J'espère de
toutes mes forces que je réussis à cacher ma déception mieux que je l'enterre
dans mon coeur.
"Elle a eu un problème familial urgent, monsieur..."
"Harm," dis je en regardant vers la porte d'arrivée comme s'il y avait une
chance qu'elle apparaisse brusquement.
"Elle a eu un problème familial urgent, Harm. Elle a dû prendre un vol pour
l'Australie à la dernière minute et l'amiral m'a envoyé à sa place pour
m'occuper de l'affaire."
"Une urgence familiale? Quel genre d'urgence?" je demande, alors que j'arrive
à peine à entendre ma voix au milieu du bruit que fait soudainement mon coeur
qui bat jusque dans mes oreilles.
"Je n'ai pas vraiment les détails. La fille du colonel était en vacances là
bas avec Mic et sa famille, et il y a eu une sorte d'accident. Elle ne savait
même pas exactement ce qui s'était passé quand elle est partie, mais elle doit
appeler le bureau quand elle en saura plus," dit Bud.
Je me rends compte que je ne peux plus bouger. Bien sûr, Bud ne va pas
comprendre pourquoi. Il ne va rien comprendre du tout, et certainement pas la
raison pour laquelle mes fichus pieds refusent d'obéir aux ordres que leur
donne mon cerveau. Il faut que je trouve un téléphone. J'ai besoin de savoir
ce qui s'est passé.
"Est ce que... euh, il faut que..."
"Vous allez bien, monsieur? Harm?" demande Bud en tendant la main pour toucher
mon bras.
"Je...je vais bien. Quand le colonel a t'elle dit qu'elle contacterait le
bureau?" je demande en regardant ma Rollex et en essaynt de savoir quelle
heure il est à Sydney. Mon cerveau n'arrive même pas à le calculer.
"Dès qu'elle saurait quelque chose de sûr. Je suis sûr que tout ira bien. Mic
a dit que ce n'était pas si sérieux que ça et Harriet a dit qu'il avait l'air
d'aller bien au téléphone quand il a appelé pour savoir si le colonel
MacKenzie était déjà partie," dit Bud et je secoue la tête comme si je ne
comprenais pas.
"Mic n'a pas été blessé?"
"Non. En fait, je pense que c'est May qui a eu un accident. C'est tout ce que
je sais, Harm. J'aimerais pouvoir vous en dire plus. Mais c'est pour cela que
je suis ici et pas elle," dit Bud en regardant par la fenêtre avec un sourire.
"Il y a longtemps que j'ai vu Hawaï. Quand j'aurai fini mon enquête, il faudra
que vous me fassiez faire un tour et que nous allions à la plage."
"Oui," dis je en essayant de me concentrer, mais je ne peux pas.
*****************
22 février 2008
"Elle va mieux, chérie. Beaucoup mieux," dit Mic en roulant vers la maison de
sa soeur. Il ne va pas assez vite. Si j'ai pu penser que l'avion volait
lentement, ce n'est rien à côté de la façon dont Mic conduit. "C'était juste
un petit accident. Quelques points de suture, et elle va mieux."
"Alors pourquoi l'ont ils gardée si longtemps à l'hôpital?" je demande.
J'étais si inquiète que j'ai complètement oublié d'appeler Harm pour lui dire
que ce n'est pas moi qu'il allait trouver à l'aéroport. Je suis sûre que Bud
va lui expliquer. Je regarde par la fenêtre et je soupire. C'est moi qui
aurais dû lui dire que quelque chose était arrivé, mais je ne sais toujours
pas ce qui est arrivé.
"Ils l'ont gardée en observation. Ils craignaient qu'elle ait une commotion à
cause de la chute. Sarah, tu n'avais pas besoin de venir jusqu'ici. Je
contrôlais la situation," dit il et je ne peux pas croire qu'il parle
sérieusement.
"Mic, ma petite fille était blessée et à l'hôpital et tu t'attendais à ce que
j'aille travailler comme si de rien n'était? Est ce que tu sais à quel point
je me suis inquiétée? Tout ce que je pouvais penser, c'est que vous étiez tous
en train de me mentir, et que c'était pire. Je ne savais pas... je ne savais
pas comment j'étais censée vivre sans elle," dis je avec des larmes dans la
voix. La simple idée que quelque chose pourrait lui arriver me met dans tous
mes états. La pensée que mon bébé pourrait souffrir me déchire. Je ne veux pas
qu'elle souffre, jamais. Si je n'étais pas aussi inquiète à l'idée qu'elle
souffre, les choses seraient tellement différentes.
"Elle va aller bien, Sarah. C'est ma fille, aussi. C'est moi qui suis resté
assis à côté d'elle toute la nuit à l'hôpital..."
"Si tu étais resté à Washington, ça ne serait pas arrivé," dis je d'une voix
pleine de larmes et en colère. Je ne voulais pas qu'ils partent, mais Mic a
insisté, il voulait aller à un mariage dans sa famille et emmener May avec lui
même si je ne pouvais pas quitter le dossier sur lequel je travaillais pendant
aussi longtemps.
"Elle a glissé et s'est cogné la tête, Sarah. Cela aurait pu arriver n'importe
où, et tu le sais..."
"C'est arrivé où?" je demande.
"Sur la plage."
"Elle n'aurait pas été sur la plage à Washington, n'est ce pas?" je demande et
il me jette un regard incrédule.
"Pas en février, j'imagine. Mais les accidents arrivent, et elle va aller
bien. Je te le promets, elle va aller bien," dit il et je grimace.
"Mais si quelque chose lui était arrivé. Elle est mon seul bébé. Elle est ce
que j'aime le plus au monde, Mic. Il n'est pas possible d'en faire une autre
comme elle....Pas possible .....pas possible de remplacer tout ce qu'elle
représente pour moi," dis je et son visage se ferme.
"Tu crois que je ne peux pas avoir les mêmes sentiments? Juste parce que je
suis son papa? Sarah, j'étais terrifié. Il y avait tout ce sang et elle
pleurait en t'appelant et je ne savais pas comment j'allais pouvoir continuer
à vivre si quelque chose lui arrivait," dit il et maintenant il a l'air d'être
au bord des larmes. "Je remuerais des montagnes pour l'empêcher de souffrir,
et tu le sais."
Oui, je le sais. Il l'aime exactement autant que je l'aime. Seulement, il ne
sait pas ce que je sais et le poids dans ma poitrine se fait encore plus lourd
à cette idée. Il ne connait pas toutes les raisons qui la rendent si précieuse
pour moi. Il ne les connaîtra jamais. Il l'aime et il ne connaîtra jamais la
vérité. C'est parce qu'il l'aime tellement qu'il ne le saura jamais. Cela le
tuerait.
Je pose mes mains sur mes yeux et les frotte, essayant de tout effacer. Je ne
peux pas. Tout ce bazar qui est ma faute ne va jamais disparaitre.
*****************
22 février 2008
"C'était Harriet, monsieur," dit Bud en raccrochant le téléphone au moment où
j'entre dans mon bureau. Il se lève de mon fauteuil et je passe derrière le
bureau pour m'asseoir. "Le colonel MacKenzie a appelé aujourd'hui et elle a
dit que tout allait bien."
Je laisse échapper le soupir que je retenais sans même m'en rendre compte et
je ferme les yeux. Je n'ai pas dormi de la nuit, me demandant si je devais
téléphoner. Me demandant *à qui* je devais téléphoner. Je ne savais même pas
par quel bout commencer, et j'ai ressenti la panique me submerger pendant des
heures. Il n'y avait rien que je pouvais faire et je n'arrivais pas à
surmonter cette sensation d'être inutile. Même si j'avais su où appeler, je ne
pouvais pas le faire sans éveiller des soupçons. Je ne l'ai jamais appelée
chez elle depuis que je suis stationné ici. Pourquoi l'aurais je appelé
maintenant en Australie?
"C'est bien" réussis je à dire et j'ouvre les yeux pour voir que Bud me
ragarde fixement depuis l'autre côté de mon bureau.
"Vous allez bien?" demande t'il et je dis "oui" de la tête et j'essaie d'être
convaincant. "J'ai encore une déposition à prendre et j'aurai fini.Je pense
que je peux prendre un vol demain de bonne heure."
"Je pensais que vous alliez rester plus longtemps," dis je, étonné. Même si
j'ai été énervé depuis son arrivée, c'est agréable d'avoir un vieil ami dans
le coin.
"C'est ce que je pensais, mais avec le colonel absent, il faut que je rentre
pour m'occuper de certains de ses dossiers. Je suis désolé, Harm, j'espérais
vraiment vous voir plus longtemps," dit Bud, et son visage ne cache pas sa
déception.
"Peut être que je vais bientôt pouvoir allez sur le continent. Il y a
longtremps que je n'ai pas vue Sarah. Elle me manque plus que vous ne pouvez
le penser," dis je et Bud penche la tête sur le côté. "Mon avion, Bud. Voler
avec mon avion me manque."
"Oh. Vous êtes le bienvenu si vous voulez dormir chez nous quand vous serez en
ville. J'espère que vous le savez," dit Bud et j'acquiesce. Mon téléphone
sonne, je décroche, j'écoute qui est en ligne et je le passe à Bud. "C'est
pour vous."
Il répond plusieurs fois "oui" à la personne à l'autre bout de la ligne puis
raccroche. "C'était pour le vol. Je pars demain matin à 5 heures. Je suis
désolé, Harm. J'aurais vraiment voulu rester plus longtemps, mais le nombre de
dossiers tourne à la folie ces derniers temps."
"J'imagine."
Bud me regarde un moment, puis demande "Est ce que ça vous manque parfois?"
J'essaie de ne pas laisser la tristesse transparaitre dans mes yeux et sur mon
visage, mais je n'y arrive pas. "Bien sûr, cela me manque."
Je veux ajouter que tout est pour le mieux, mais il ne saurait pas pourquoi
c'est pour le mieux. Ce n'était certainement pas la meilleure chose pour ma
carrière, mais personne ne m'a posé de questions. Ma mère venait juste de
mourir et je pense qu'ils ont tous supposé que j'avais besoin de changement.
L'amiral a eu l'air déçu mais il m'a laissé partir. Ou peut être qu'il savait
pourquoi je devais partir. En réalité je n'en sais rien.
"Vous nous manquez aussi, monsieur," dit il en regardant vers ma fenêtre, puis
vers moi . "A tous."
Nous restons assis à nous regarder sans dire un mot. Il n'a pas besoin de dire
quoi que ce soit. Je sais de quoi il parle.
"Et si après cette deposition, nous allions manger un morceau quelque part?
Faire un tour en ville?" je demande et Bud sourit. "Je promets de ne pas vous
garder trop tard, vous serez à l'heure pour votre vol."
"J'en serai ravi, Harm."
*****************
22 février 2008
"Maman!" s'écrie ma fille quand j'entre dans la pièce. Elle est assise sur le
divan avec sa tante, elle fait des coloriages. Mic avait raison. Elle n'a pas
l'air d'aller si mal. Je m'avance vers elle et j'ai l'impression que mes pieds
n'avancent pas assez vite et je la prends dans mes bras. Elle se serre contre
moi et je commence à pleurer même si je sais que je ne devrais pas. Je ne peux
pas m'en empêcher.
"Comment te sens tu?" je demande en m'asseyant avec elle sur les genoux.
"Ca va bien, maman," dit elle en touchant avec précaution le pansement sur son
front. Son visage est un peu enflé, noir et bleu, mais cela ne semble pas
l'avoir vraiment ralentie. Je voudrais enlever ce bandage et regarder ce qu'il
y a en dessous, mais je pense que j'en aurai l'occasion plus tard. "Je me suis
fait un gros bobo."
"Je sais" dis je en la serrant encore plus fort contre moi.
"Ca faisait mal et j'ai pleuré," dit elle en se tortillant pour s'éloigner de
moi. "Ils m'ont dit de ne pas bouger, et c'était difficile."
"Je suis désolée que maman n'ait pas été là," dis je et elle regarde les
larmes qui coulent de mes yeux.
"Papa m'a tenu la main," dit elle, son regard traverse la pièce et se pose sur
Mic. "Il n'a pas eu peur du sang ni de rien d'autre."
Je ris et elle me sourit. Un grand sourire charmeur qui creuse des fossettes
dans ses joues et illumine ses yeux, et les plisse d'une façon que je n'avais
encore jamais remarquée. Mon dieu... pour la première fois elle
ressemble.......
"Je t'avais dit qu'elle allait bien," dit Mic en interrompant mes pensées.
"Je suis si contente que tu ailles bien, mon trésor. Je me suis fait tellement
de soucis pour toi," dis je en ne la laissant pas partir, même si elle se
tortille dans tous les sens.
"Ca veut dire que je dois rentrer à la maison?" demande May , l'air inquiet.
"Tu veux rentrer à la maison, chérie? Tu veux rentrer à la maison avec ta
maman?" demande Mic en s'approchant de nous.
"Il fait froid à la maison. J'aime bien ici.Je peux jouer dehors et aller à la
plage," dit elle et ses yeux m'implorent de la laisser rester. "Je promets de
ne plus tomber de nulle part, maman."
"Je sais, ma poupée, mais maman ne peut pas rester. Je dois retourner
travailler......."
"Je peux rester avec papa," dit elle en regardant une nouvelle fois vers Mic.
Mic lui sourit et dit oui de la tête. Je soupire. Je ne veux pas la laisser
aussi loin une fois de plus. Je me sens tellement sans controle quand elle est
à l'autre bout du monde.
Mais encore une fois, quand ai je jamais eu le controle de toute cette
affaire? Jamais. Je ne l'aurai jamais.
"Je vais te dire ce qu'on va faire. Je vais rester quelques jours pour
m'assurer que tu vas bien, et ensuite si je pense que tu vas bien, tu pourras
rester avec papa. Alors qu'est ce que tu en dis?" je suggère et elle se jette
à mon cou une nouvelle fois.
"Merci, maman!" dit elle, elle a l'air si heureuse alors que des larmes
coulent le long de mes joues.
*****************
22 février 2008
Je regarde Bud siroter une boisson aux fruits dans un ananas en essayant de ne
pas regarder les serveuses. Cela devient de plus en plus difficile pour lui au
fu et à mesure que les verres se succèdent. Leurs minuscules costumes
polynésiens ne l'y aident pas non plus.
"Qu'est ce qui vous ferait revenir, monsieur?" dit Bud d'une voix indistincte
en souriant à la serveuse qui revient vers nous.
"Vous avez besoin d'autre chose, Harm?" demande t'elle et je commande une
autre bière. Bud fait une mimique d'appréciation en constatant que la serveuse
connait mon nom.
"Elle est jolie," dit il en la regardant s'éloigner. "Maintenant, je sais pour
quelles raisons vous restez. Mais qu'est ce qui vous ferait revenir?"
Il ne va pas laisser tomber et j'essaie de detourner la conversation.
"J'ai une position intéressante ici, Bud. Pourquoi est ce que je voudrais
rentrer à Washington? Je veux dire, regardez autour de vous," dis je , lui
montrant le ciel dégagé au dessus de nos tetes. Je suis sûr qu'en ce moment,
il est en train de neiger à Washington et le climat serait déjà une raison
suffisante pour rester ici.
"Et votre carrière?" demande t'il et je hausse les épaules.
"Après être retourné voler et avoir prouvé que je pouvais le faire, et avoir
ensuite découvert que cela ne changeait pas grand chose dans ma vie, cela ne
semble plus vraiment important. D'autres choses étaient bien plus importantes,
mais je n'ai alors pas pris le temps de les voir," je dis alors que Bud essaie
de fixer son attention sur moi et de comprendre ce que je veux dire. "Vous
savez sûrement que la vie ne se résume pas à une carrière, Bud?"
"Oui. Mais j'ai Harriet et une famille. Vous..."
Il s'arrête brusquement, et je détourne le regard. J'aurais pu avoir tout
cela. J'ai tout repoussé pour quelque chose dont je ne suis même plus sûr de
savoir ce que c'était.
"Je suis désolé, Harm. C'est juste que vous aviez une chance d'être le
prochain JAG et maintenant vous êtes ici et je sais que tout le monde serait
très heureux que vous reveniez. Peut être pas Mic Brumby, mais tout le monde à
part lui," dit Bud et je m'étrangle presque avec ma bière. Il ne sait même pas
la moitié de l'histoire. S'il le savait, il n'en plaisanterait surement pas.
"Je suis sûr que Mic Brumby est tout à fait satisfait que je sois à Hawaï,"
dis je , heureux que Missy arrive avec une nouvelle bière. Cela va peut être
permettre de changer de conversation. Elle me fait un grand sourire en
repartant, et je lui retourne son sourire.
"Mais Mac....c'était dur pour elle, Harm," dit il et je reste là à le fixer,
sans savoir quoi dire.
"Je..."
"Oui. Elle a dû reprendre votre travail en plus du sien, et elle ne sortait
presque plus du bureau," finit il et je souris, même si quelque chose en moi
espère que c'était plus que seulement à cause du travail.
"Je pense que c'est pour ça qu'elle a été promue, hein?" je demande et Bud
reprend son punch à l'ananas.
"Je pense. Elle est bonne dans son travail. Je me demande seulement si elle
est encore heureuse," dit Bud avant d'aspirer le reste du liquide avec sa
paille. Il joue avec la petite ombrelle avant de me regarder. "Mais vous avez
l'air heureux ici, Harm."
"Je le suis," dis je, essayant de me convaincre en même temps que lui. Bud a
l'air de me croire. Pourquoi ne me croirait il pas? "Il vaut mieux qu'on vous
ramène si vous voulez être à l'heure pour votre vol. Je ne voudrais pas priver
le quatier général du JAG de leur meilleur avocat."
Le visage de Bud s'illumine en entendant ces mots. "Merci, monsieur.
J'apprécie vraiment."
*****************
23 février 2008
"Tu pourrais rester," dit Mic alors que je regarde ma fille jouer dans le
sable au bord des vagues. Elle ne peut pas aller dans l'eau avant que sa
blessure ait eu plus de temps pour guérir, mais elle a l'air contente de
remplir son seau de sable.
"Je dois travailler, Mic. Tu le sais."
"Je voulais dire pour toujours, Sarah," dit il et je soupire. Nous en avons
déjà parlé tellement souvent et je ne peux pas croire qu'il recommence.
"Ma carière..."
"Ma famille," me rétorque t'il avant que je puisse en dire davantage. Je me
retourne sur la serviette de plage et lui tourne le dos. Je fais un petit tas
de sable et le laise glisser entre mes doigts. Je déteste cette conversation.
Je la déteste plus aujourd'hui que la première fois qu'il l'a mise sur le
tapis.
"Je ne peux pas partir. C'est une grande partie de qui je suis," dis je et il
soupire.
"Je pensais qu'il y avait autre chose qui te retenait à Washington, mais je
sais maintenant que cette supposition était fausse depuis....." commence t'il
et je sais à quoi il pense. Je me retourne à nouveau et fais tomber le sable
de mes mains.
"Il n'y a jamais eu autre chose pour me retenir à Washington que mon métier,
Mic," dis je en lui mentant. Il ne soutient pas mon regard, mais tourne les
yeux vers notre fille toute bronzée qui est en train de rire.
"Je le sais maintenant, Sarah. S'il y avait eu autre chose, tu aurais quitté
Washington maintenant. Alors ce doit bien être ta carrière. Mais s'il te
plait, penses y. Pour moi. Pour May. regarde comme elle est heureuse ici. Et
elle a une famille ici," dit il d'un ton implorant.
Je m'arrête un moment et ferme les yeux. Je ne sais pas pourquoi je reste là
bas. Je ne sais pas pourquoi je résiste tellement. Il ne va pas revenir. Il
est heureux à Hawaï. Il l'a dit tellement de fois dans ses emails. Et malgré
tout, je continue à supporter la charge de travail écrasante et le misérable
climat hivernal. Bon sang, pourquoi est ce que je fais çà? Pour être le
prochain JAG? Je sais que les chances sont minces. Ils feront probablement
venir quelqu'un d'ailleurs, comme ils l'ont fait la dernière fois.
Probablement un homme.
Quelqu'un de chaud qui sent la noix de coco se coule sur mes genoux et remue.
J'ouvre les yeux et je vois May qui me sourit, aussi heureuse qu'on peut
l'être. Elle aime vraiment être ici. Je ne sais pas pourquoi je résiste
tellement. Peut être que tout le monde serait plus heureux ici. C'est peut
être l'endroit où je pourrrais enfin échapper à tout cela.
Seulement je ne suis pas sûre de vouloir y échapper.
"Tu as raison. Ce n'est pas une si mauvaise idée. Je vais y réfléchir, Mic,"
je concède , et il sourit.
"Ca change de d'habitude. Bonne idée, Sarah," dit il en attirant May vers lui
et en prenant de la crème solaire pour lui en remettre. "Peut être que toi et
moi allons pouvoir convaincre ta maman combien ce serait parfait si nous
pouvions vivre ici tout le temps."
"On peut?!" demande t'elle toute excitée et je hausse les épaules.
"Je vais y penser. Dans l'avion qui me ramènera à la maison vers la neige et
la glace, je vais y penser," dis je et ils me sourient tous les deux.
*****************
25 février 2008
Je fixe le téléphone, me demandant si je dois l'appeler ou pas.Je ne sais même
pas vraiment où je devrais appeler. Je crois que je devrais faire quelque
chose, particulièrement si on pense que c'est May qui est concernée. Je ne
sais toujours pas ce que je ressens à propos de May. En premier lieu, et par
dessus tout, c'est la petite fille de Mac, et la façon dont elle l'a eu
importe peu.. Je ne voudrais pas que quelque chose lui arrive, parce que la
douleur serait insupportable pour Mac. Et pour Mic. Mais moi, qu'est ce que je
ressentirais? J'ai décidé que je ne pouvais pas faire partie de tout ça il y a
des années et je ne peux pas le changer maintenant. Le prix à payer serait
trop élevé et nous le savons tous les deux.
J'essaie de me concentrer sur les papiers étalés devant moi mais rien n'a de
sens pour l'instant. Des personnes entrent dans mon bureau pour me poser des
questions, et je leur répond simplement par un hochement de tête, en espérant
que je donne la bonne réponse. Le téléphone sonne, et je me précipite pour
répondre, chaque fois j'espère que c'est Mac bien que je ne sache pas pourquoi
elle appellerait. Je ne lui ai pas parlé depuis des mois. Ce n'est même pas
elle qui m'a appelé pour me dire qu'elle allait venir ici. Elle n'a même pas
pris la peine d'appeler pour dire que finalement elle n'allait pas pouvoir
venir.
"Rabb," dis je dans le combiné, en tournant mon fauteuil pour regarder par la
fenêtre. C'est quelqu'un qui veut me parler d'un dossier difficile. Je réponds
à ses questions en marmonnant, le regard vague. Enfin, il a la réponse qu'il
voulait et raccroche, mais je ne me retourne pas vers mon bureau. Je me laisse
aller dans mon fauteuil et reste là à regarder dans le vide. Je devrais peut
être prendre une permisison et retourner sur le continent. M'occuper de mon
avion. Aller dire bonjour à des amis. Voir maman.
Ou peut être que je ferais mieux de rester ici et de ne pas prendre le
pretexte de garder mon avion en état pour revoir Mac.
J'ai réussi pendant si longtemps à ne pas avoir ses sentiments pour .....
"Commandant Rabb?" dit une voix et je tombe presque à la renverse.
"Colonel MacKenzie," dis je en me redressant et en me levant de mon fauteuil.
Elle est là debout dans l'embrasure de la porte, souriant de ma maladresse.
"Que faites vous.....je veux dire, Bud s'est occupé du dossier et...quelque
chose ne va pas? May va bien?"
Nous sommes tous les deux en uniforme et il y a des gens qui nous regardent à
l'extérieur de mon bureau. S'ils n'étaient pas là, elle serait déjà dans mes
bras. Elle a l'air épuisée, comme si elle avait passé beaucoup trop de temps
dans beaucoup trop d'avions ces derniers jours.
"Combien de temps pensez vous continuer à vous cacher ici?" demande t'elle en
fermant la porte derrière elle.
"Quoi?"
"Combien de temps pensez vous continuer à faire ça?"
"Ravi de vous voir, moi aussi," dis je en secouant la tête à ses questions. Je
n'ai pas la moindre idée de ce qui se passe.
"Harm, May était blessée et une des choses que je n'arrivais pas à savoir,
c'était comment j'allais vous le dire. Est ce que seulement cela vous
interessait? Ensuite j'ai pensé qu'en fait vous ne la connaissez même pas.
Comment pourriez vous vous y interesser? On a foutu un tel bordel là dedans et
je ne sais plus comment en sortir maintenant," dit elle sans bouger de là où
elle se trouve, juste devant la porte.
"Je ne peux pas la connaître. C'est hors de question," dis je en m'approchant
d'elle. Je prends sa main dans la mienne et elle refoule ses larmes.
"Et ça fait mal."
"Je sais. Mais qu'est ce que tu veux que je fasse?" je demande. Les gens à
l'extérieur du bureau continuent à nous regarder à travers les stores. Au
point où nous en sommes, ce serait pire si je les baissait, alors je lache sa
main.
"Je ne sais pas ce que je veux," dit elle en croisant les bras devant sa
poitrine. "Je veux tout mais je ne peux plus l'avoir. Elle l'aime, Harm. Et il
l'aime."
"Est ce que ça changerait s'ils savaient?" je demande en regardant le sol.
"Honnêtement, je ne sais pas. Comment est ce que cela ne pourrait pas changer
quelque chose? Pas qu'il l'aimerait moins, mais..."
Nous arrêtons tous les deux de parler. Les mots n'ont de toute façon pas
beaucoup d'importance. Cette histoire est trop compliquée pour être résolue
juste avec quelques mots. Aucun de nous ne sait ce qui la résoudrait
maintenant et nous ne le saurons probablement jamais.
"Tu restes combien de temps?" je demande.
"Jusqu'à demain. Je...il fallait que je te voie," dit elle d'un ton coupable.
"Tu veux qu'on aille parler quelque part oùil n'y aura pas autant de gens à
nous regarder?" je demande en indiquant la cloison vitrée. Elle regarde dans
cette direction, puis vers moi.
"Oui. Montre moi Hawaï," dit elle avec un sourire forcé.
"Ca ne peut probablement pas se comparer avec l'Australie," dis je et elle
ferme les yeux quelques secondes.
"Oh que si," dit elle en me regardant à nouveau. "Sortons d'ici."
*****************
25 février 2008
"Tu ne la connaitras jamais," dis je. Harm et moi sommes assis à la terrasse
d'un restaurant, mais la nourriture ne m'intéresse pas. Il y a des jours que
je n'ai pas été capable de manger et maintenant mon estomac est encore plus
serré. C'est probablement à cause de la personne avec qui je suis. Je me sens
nerveuse et excitée et je ne peux pas croire que j'ai changé mon billet pour
venir ici. Il va falloir que j'invente une histoire pour Mic, mais je suis
devenue bonne à ce jeu. Après avoir menti pendant des années, un mensonge de
plus ne devrait pas faire de différence.
"Mac, toi et moi avons décidé il y a longtemps que c'est comme ça que ça se
passerait," dit il et je le regarde fixement.
"Je ne me souviens pas d'en avoir discuté avec toi et qu'on soit arrivé à
cette décision," dis je et ses yeux ne quittent pas les miens.
"Tu sais ce que je veux dire. On n'en a peut être pas parlé, et c'est peut
être quelque chose que nous avons fait sans y avoir réellement pensé, mais tu
sais que c'est ce que nous avons fait. Rationale le autant que tu veux, mais
ce que nous avons actuellement, c'est ce que nous méritons," dit il en
s'adossant à sa chaise. Son visage est bronzé et il a un peu vieilli depuis la
dernière fois, mais en uniforme, il attire toujours l'attention. Même dans cet
endroit plein d'hommes en uniformes.
"Quand es tu devenu aussi philosophe?" je demande et il sourit légèrement
avant de se détourner.
"Quand j'ai arrêté d'entrer en compétition pour tout." dit il et je ris.
"Harm, tu es toujours cet aviateur arrogant qui tient fermement le manche
entre ses jambes , et tu le sais. Tu n'as pas arrêté d'être en compétition
pour tout et n'essaie pas de tromper ton monde. Et surtout, n'essaie pas de me
raconter des histoires," dis je. Le serveur s'approche ,demande s'il peut
prendre nos assiettes et repart avec la mienne que je n'ai presque pas
touchée.
"J'ai arrêté de me battre pour toi," dit il doucemnent et je ne sais pas quoi
dire. Nous nous regardons l'un l'autre, atendant que l'autre parle. "J'ai
arreté de me battre pour toi et contre toi."
"Je ne savais pas que tu t'étais battu pour m'avoir. Si tu l'as fait, tu n'as
pas essayé beaucoup," dis je en regardant la table.
"J'avais trop peur de perdre."
Ma poitrine se serre et je ne sais pas pourquoi il fait ça maintenant. Comme
d'habitude, c'est trop tard. Ca a toujours été trop tard.
"Tu n'aurais pas perdu."
"Je ne le savais pas," dit il.
"Et maintenant, que faisons nous?" je demande une fois de plus. C'est ce que
je demande tout le temps.
"Je ne sais pas. Que veux tu faire?" demande t'il et je le regarde un moment
avant de répondre.
"Passer la nuit avec toi," dis je. C'est la vérité. Pourquoi ne devrais je pas
lui dire? Il s'étrangle presque et un tas de gens se retournent pour nous
regarder, mais je m'en moque totalement. Nous avons tourné autour du pot
pendant des années et je ne vais pas continuer. Je veux être avec lui.
Il m'observe attentivement , réfléchit à ma proposition pendant quelques
secondes avant de sourire. "D'accord," répond t'il avec un sourire qui
illumine tout son visage et nous rions tous les deux.
*****************
25 février 2008
"Je me rappelle chacune des minutes que nous avons passées ensemble. Tu es un
de mes souvenirs préférés, tu sais," dit elle et je ris un peu. "Non, je suis
sérieuse. Je ne me souviens plus de mon premier baiser. Je sais ce que tu
penses. J'étais probablement ivre à ce moment là, mais crois le ou non, ce
n'est pas le problème. Je ne me souviens même pas de façon claire la première
fois que Mic et moi..."
"Hummmm..." dis je en détournant les yeux. Je ne veux pas l'entendre me dire
si elle s'en souvient ou non.
"Mais toi....je me souviens de tout, Harm. Je reste allongée dans mon lit la
nuit, et je me souviens de toi," dit elle en se rapprochant de moi. "De tes
caresses. De ton odeur. De ta peau sous mes doigts."
Ses doigts glissent le long de mon bras, et des frissons parcourent ma colonne
vertébrale. Elle prend ma main dans les siennes, la porte à sa bouche et pose
un baiser dans ma paume. Nous sommes assis sur mon divan, mes bras autour
d'elle, et nous ne faisons rien d'autre que parler. Même si elle part demain,
rien ne nous presse. Elle reste toute la nuit. Ca nous donnera assez de temps,
même si elle commence déjà à me manquer."
"Le bruit de la pluie qui bat contre une vitre me fait penser à notre week end
à Cape May. Le grondement d'un avion qui passe me donne envie de pleurer,"
continue t'elle et je ne sais pas quoi dire." Et il n'y a rien qui fasse
disparaitre ces sentiments."
"Le temps", je murmure et elle bouge jusqu'à se trouver assise sur mes genoux,
sa bouche contre la mienne.
"Pas même le temps" dit elle avant que nos bouches se trouvent, sa langue
venant à la rencontre de la mienne.
"Qu'est ce qui les ferait partir?"
"Reviens moi," murmure t'elle, sa tête maintenant contre mon épaule.
"Et puis quoi?" je demande, en essayant de reprendre ma respiration.
"Je ne sais pas. Simplement.........reviens moi."
*****************
26 février 2008
Je me réveille, effrayée de me retrouver dans une chambre que je ne connais
pas, avec des ombres inhabituelles qui dansent sur les murs. Une main se tend
vers moi et me calme avant que je m'asseye, je reconnais son contact et cela
me reconforte.
"Tu vas bien?" demande t'il en se tournant dans le lit et en passant un bras
autour de moi.
"Oui. Je suis désolée. Je ne voulais pas te réveiller. Je me suis juste
réveillée et je ne savais pas où j'étais," dis je en me tournant vers lui.
Nous sommes couchés, nos nez se touchent presque, nos deux têtes sont
maintenant sur le même oreiller.
"Tu ne m'as pas réveillé. Je ne dormais pas. Je réfléchissais."
"A quoi?" je demande d'une voix pour le moins hésitante. Ce qui pourrait venir
ensuite me fait peur.
"Rentrer à la maison," dit il, sa main glisse le long de mon dos et dans mes
cheveux.
"Et tu en penses quoi?"
"Pourquoi veux tu que je revienne?"
"Parce que," dis en me remettant sur le dos et en contemplant le plafond. Il
s'éloigne de moi et nous regardons tous les deux vers le plafond maintenant.
"Tu vas le quitter?" demande t'il doucement.
"Je ne peux pas..."
"Je sais. Tu as peur de perdre May si tu lui dit la vérité. Mais si tu ne lui
dis pas tout? Est ce qu'il ne resterait pas à Washington de toute façon?"
demande Harm et je ferme les yeux.
"Il veut que je démissionne et que j'aille vivre en Australie avec lui," dis
je et il soupire.
"Est ce que c'est pour ça? Si je suis à Washington, tu as une excuse pour ne
pas partir? Bien que je ne vois pas comment je peux être ton excuse s'il ne
sait pas ce qu'il y a entre nous," dit il avec une pointe de colère dans la
voix.
"J'aurai une raison. Je lui dirai que je ne veux pas que tu sois le prochain
JAG. Je lui dirai quelque chose. Je ne sais pas quoi. Mais si tu es là, je ne
serai pas si tentée de partir," dis je et il soupire.
"Et ensuite, Sarah? Ensuite?" demande t'il et nous nous regardons fixement
dans l'obscurité, sans répondre.
"Washington ne te manque pas? Ton avion ne te manque pas? Ton ancien travail?
Je ne peux pas croire que tu sois heureux ici, dans une hideuse chemise
hawaïenne à te demander où ta vie a fichu le camp."
"Je n'ai pas de hideuse chemise hawaïenne," dit il et je ris.
"Pas une seule?"
"Non. Plus maintenant."
"Et ils te laissent quand même rester?" je demande.
"Oui, ils me laissent rester. Ce n'est pas une loi, tu sais. De posséder une
horrible chemise."
Quand nous arrêtons de rire, le silence emplit à nouveau la pièce.Il tend la
main et prend la mienne, nos doigts s'ajustent si facilement.
"Reviens à la maison", dis je en faisant une nouvelle tentative.
"Je vais y réfléchir," répond il. Nous nous enlaçons à nouveau, et doucement,
tendrement, nous nous rendormons.
*****************
26 février 2008
Je la trouve assise sous le porche derrière la maison, contemplant les
collines de Oahu. La matinée est fraiche et elle porte un de mes sweatshirts
Navy, les manches tombent sur ses mains. Une tasse de café est devant elle,
mais il ne semble pas qu'elle en ait bu la moindre goutte. Il n'y a plus de
fumée qui en sort et je n'ai pas la moindre idée du temps qu'elle a déjà passé
ici. Tout ce que je sais, c'est que je me suis réveillé seul dans mon lit,
comme presque chaque matin, et que aujourd'hui, j'espérais que ce serait
différent.
"Salut," dis je et ma voix la sort de sa rêverie.
"Salut," répond elle, me faisant signe de m'asseoir près d'elle.
"Tu as bien dormi?" je demande et elle me jette un regard complice.
"Tu veux dire pendant les deux heures où j'ai pu dormir? C'était merveilleux,"
dit elle.
Nous regardons tous les deux le paysage, ou plutôt nous évitons de nous
regarder.
"Je vais revenir," dis je et elle tourne la tête vers moi. "Mais seulement à
la condition qu'un jour, tu lui diras. Tout. Ce n'est pas juste, ce que nous
avons fait. Ce n'est pas juste pour Mic, et ce n'est pas juste pour May. Mic
est amoureux de toi, mais il n'a pas toutes les informations. Mais de toute
façon, je pense qu'il ne les a jamais eues, n'est ce pas?"
Je la regarde et elle a l'air de vouloir dire quelque chose, mais sans savoir
quoi. Elle ouvre la bouche et la referme, et un éclair de colère passe dans
ses yeux.
"Et quand veux tu que je le fasse? Quand veux tu que je lui dise?" demande
t'elle, ses yeux cherchant les miens.
"Un jour quand tu penseras que May est prête à découvrir que ses parents ne
sont pas totalement ce qu'elle croyait," dis je et Mac secoue la tête.
"Et quand penses tu que ce jour va arriver? Souviens toi de ce que tu as
ressenti quand tu as su pour ton père. Elle n'est qu'un enfant, Harm. Je ne
peux pas..."
"Alors dis leur dans trente ans. Quarante ans. Comme tu veux. Promets moi
seulement qu'un jour tu leur diras," dis je et elle acquiesce. "Le temps ne
rendra pas les choses moins douloureuses, tu sais."
"Ca n'est jamais le cas. Quand es tu devenu aussi noble?" demande t'elle en
relevant les manches sur ses mains et en buvant une gorgée de café.
"Pour l'instant, je suis déjà devenu philosophe et noble. Ca doit être le
climat," je dis et elle sourit. "A quelle heure est ton avion?"
"A 18 heures," dit elle en regardant à mon poignet quelle heure il est. Elle
pousse un petit soupir de soulagement en constatant qu'il nous reste encore
neuf heures à passer ensemble.
"Tu dois aller travailler?" demande t'elle en levant les yeux vers moi.
"J'ai pris ma journée. J'ai un ami qui a un avion et qui emmène des gens faire
un tour au dessus des iles. Je suis sûr qu'il peut nous prendre si je lui
demande. Tu veux venir voler avec moi?" je demande.
Elle sourit. Un grand sourire honnête qui illumine ses yeux. "J'adorerais
aller voler avec toi, Harm. Quand tu veux. Où tu veux."
"Je vais m'en souvenir si je reviens à Washington. Et si il n'a pas de place
aujourd'hui, nous trouverons autre chose à faire," dis je en me levant pour
aller passer quelques coups de téléphone. Elle opine et reporte son regard sur
les collines, son sourire s'efface. Rien ne peut durer pour toujours. Même pas
ceci.
*****************
26 février 2008
Je ne veux pas le lâcher. Je ne veux pas dire au revoir.
"Je ne sais pas quand je serai capable de revenir," dis je et il dit oui de la
tête. "Je ne sais pas quand je vais te revoir."
"Bientôt," murmure t'il en posant un baiser sur mon front. Cette fichue
hôtesse près de la porte d'embarquement vient encore une fois de faire un
appel et je sais qu'elle me regarde. Si elle était à ma place, elle ne
voudrait pas partir, elle non plus.
"C'est promis?"
"Je vais essayer."
C'est ce que nous semblons pouvoir faire de mieux, mais pour l'instant, je
vais m'en contenter. Je n'ai pas d'autre choix.
"Il faut que j'y aille," dis je en combattant ce noeud douloureux qui se forme
dans mon estomac et monte dans ma poitrine.
"Je sais," dit il en m'embrassant une fois encore avant de me lâcher. Il me
manque dès que je le lâche. Son contact. Son odeur. Tout en lui. "Mac?"
"Oui?" je répond. L'hotesse appelle une fois de plus, d'une voix plus sevère.
"Fais une grosse bise à May de ma part quand tu la verras, d'accord?". Il
détourne le regard vers la fenêtre avant que je puisse lui répondre.
"Bien sûr, je le ferai," dis je et je résiste à ce besoin que j'ai de le
prendre encore une fois dans mes bras. "Pense à revenir. S'il te plait. Pense
à revenir."
"Je vais le faire," dit il, debout là si droit avec les mains derrière son
dos. "Tu devrais y aller."
"Je sais. Je t'aime," dis je en marchant à reculons vers la porte
d'embarquement. Il se tourne enfin pour me regarder, et tant d'émotions
passent sur son visage que je ne peux pas en saisir une seule.
"Je t'aime aussi," dit il.
Je me retourne et cours vers l'avion avant de changer d'avis pour mon retour à
la maison.

*************