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CHAPITRE XI

14 septembre 2010
"Où les corps ont ils été emportés?" je demande au sergent Janson dès que May
est partie. Elle a pleuré quand la fille de Janson est venue la chercher, mais
elle n'a pas besoin d'entendre cette conversation.
"Les corps?"
"Je croyais..."
"Je suis désolé, M. Brumby. Je ne voulais pas vous faire croire ça. Tout ce
que nous avons trouvé, ce sont des débris. Un avion endommagé. Nous n'avons
pas trouvé de corps," dit Janson d'un air confus.
"Je ne comprends pas. S'ils ne sont pas là, où sont ils?" je demande et Janson
regarde ses pieds.
"Nous sommes encore en train de le chercher, M. Brumby. Il y a beaucoup de
terrain à couvrir dans le secteur et avec les orages que nous avons eus ces
derniers jours, nos recherches ont été lentes pour ne pas dire plus. Mais nous
n'avons pas renoncé," dit il et ses yeux rencontrent enfin les miens.
"J'espère bien. C'est ma femme qui est là dehors," je dis en regardant la rue
par la fenêtre. Quelque part là bas, dehors, Sarah a froid et elle est
mouillée. Et elle est avec lui.
Le bon point dans cette affaire, c'est que je sais sans le moindre doute qu'il
ne laissera jamais rien lui arriver. Je sais qu'elle est en sécurité et qu'il
fera tout ce qui est en son pouvoir pour qu'elle le reste.
La mauvaise chose, c'est...qu'elle est avec lui. Il va la garder en sécurité,
et je le hais pour cela. Si ce n'était pas à cause de lui, rien de tout cela
ne serait arrivé.
Bien sûr, tout ne peut pas être que de sa faute. Elle y est allée de son plein
gré. Pendant toutes ces années, elle est allée avec lui et je suis sûr qu'il
n'a pas eu à faire beaucoup d'efforts pour la persuader. Qu'il aille en enfer.
Qu'ils aillent tous les deux en enfer.
J'aurais dû savoir que je ne lui suffirais jamais. J'aurais dû savoir qu'elle
ne renoncerait jamais à lui pour moi. J'étais un abruti complèment aveugle.
"M. Brumby, si vous voulez venir avec nous, nous allons commencer des
recherches dans un autre endroit du parc. Vous pouvez rester ici si vous
préférez..."
"Je viens avec vous," dis je et il acquiesce de la tête. Je veux aller avec
eux, parce que si Harmon Rabb n'est pas mort, je vais le tuer moi même.
*****************
29 août 2008
"Salut, étrangère."
Ces deux mots suffisent pour que mon coeur se mette à battre fort dans ma
poitrine. En fait, ce ne sont pas les mots, mais la voix. Il y a un moment
maintenant que je ne l'ai pas entendue en personne et bien que j'ai passé des
mois à essayer de me convaincre que les choses seraient différentes quand je
l'entendrai à nouveau, ce n'est pas le cas.
J'avale difficilement ma salive et lève les yeux de mon écran, incapable de
retenir mon sourire. Je sais que tout ce que je vais dire va se perdre dans un
bégaiement. "Salut! Je ne savais pas que vous deviez venir...quand êtes vous
arrivé? Que faites vous ici?"
"Ce matin," répond Harm, toujours debout dans l'embrasure de la porte, il a
l'air de ne pas savoir s'il doit entrer ou sortir.
"Vous ne m'avez pas prévenue? Il y a quelque chose qui ne va pas?" je demande
en essayant d'empêcher mes mains de trembler pendant que je range mes
documents de travail. Je lui fais signe de s'approcher et il regarde autour de
lui, avant de s'asseoir finalement sur un siège en face de moi.
"Non, il n'y a pas de problème. Je voulais juste parler de différentes choses
avec l'Amiral", répond il.
"Et me faire la surprise? Vous avez vraiment réussi. J'aurais voulu que vous
me le disiez, j'aurais pu finir ça pour être libre cet après midi. On aurait
pu aller déjeuner," je commence à dire, mais je m'arrête, en sachant que le
déjeuner n'aurait jamais été suffisant. Nos yeux se rencontrent et je sais
qu'il pense la même chose. "Hum, voyons. Quand devez vous repartir? Est ce
qu'au moins vous êtes là ce soir? Je peux voir comment je peux m'organiser
pour demain et... hé, si vous êtes là pour le week end, nous faisons une
petite fête à la maison ce week end."
Je bredouille maintenant. Mes mains n'arrêtent pas de bouger pendant que
j'essaie de savoir ce que je vais dire ensuite et comment je vais faire pour
que cette conversation continue d'avoir l'air d'une conversation entre deux
anciens collègues.
"Et bien, cela dépend de ce que l'amiral va dire, mais je pourrais être là
pour un moment, alors ne vous précipitez pas pour finir ces papiers," dit il
en détournant les yeux.
"Quoi?"
"J'ai réfléchi à ce dont nous avions parlé. A revenir ici," continue t'il et
je m'adosse à ma chaise en essayant de réfléchir à ce qu'il me dit.
Les années passant, j'ai remis en ordre et rationnalisé tellement de choses.
Maitenant, elles font partie de ma vie. J'aime Harm. Et une partie de moi aime
Mic. Je ne sais simplement pas comment avoir tout ce que je veux.
Ou peut être que j'en ai trop peur.
"Vous n'étiez pas heureux là bas? Pourquoi reviendriez vous?" Il ne me répond
pas tout de suite. Ses yeux font le tour du bureau et ne se posent jamais
vraiment sur moi. Cela pourrait le conduire trop loin, et bien que je sois
sûre d'être la raison de son retour, je suis certaine qu'Harm ne pourra jamais
l'admettre.
"Voler me manque," voilà tout ce qu'il me dit. Je hoche de la tête en réponse.
*****************
1er septembre 2008
Je reste dans la voiture et laisse le moteur tourner pendant que je change la
station de radio plusieurs fois, m'arrêtant finalement sur un match des
Orioles. Je reste assis et je regarde sa maison. Leur maison.
Je suis revenu juste à temps pour assister au pique nique des Brumby pour le
Labor Day. Je voulais décliner l'invitation tout simplement parce que je ne
suis pas sûr d'être prêt à retourner dans sa maison après ce qui s'est passé
la dernière fois que j'y étais, mais j'ai changé d'avis. Quelle raison aurais
je eu de refuser?
Je ne devrais avoir aucune raison. Personne ne pourrait jamais soupçonner que
j'ai la moindre raison d'éviter Mac ou Mic. Personne n'a jamais rien dit
pendant toutes ces années. Et pourtant, c'est difficile d'entrer pour faire
face à l'homme dont la femme et moi.......Je ne sais même pas ce que c'est.
Cela ne me gênait pas avant, mais maintenant, après toutes ces années, toute
cette histoire devient de plus en plus dure à affronter. Il faut que je
revienne et que je l'affronte. Me sauver n'a certainement pas arrangé les
choses.
Quelqu'un essaie d'ouvrir la portière et je sursaute sur mon siège. Mac se
penche et me regarde à travers la vitre, avec une expression inquiète sur le
visage. Je déverouille la porte et elle monte, mais elle ne se tourne pas vers
moi. Elle regarde fixement sa maison,elle aussi. Ses jambes bronzées sont
étendues devant elle et je sens l'odeur de la crème solaire qu'elle s'est
mise.
"Tu n'as pas à te sentir coupable de quoi que ce soit," dit elle enfin, mais
elle continue à ne pas regarder vers moi. Elle ne bouge pas du tout. "Ce qui
s'est passé...s'est passé."
"Plus d'une fois. Ca se passe depuis des années, Mac."
Je n'ajoute pas que cela pourrait arriver à nouveau tellement facilement.
Elle ferme les yeux et soupire doucement. Ses yeux restent fermés pendant
qu'elle tend la main vers la mienne, et la trouve sans regarder. Ses doigts se
mêlent aux miens et les pressent doucement. "Je sais exactement combien de
fois c'est arrivé."
Aucun de nous n'ajoute un mot pendant ce qui me semble une éternité. Je
continue à m'attendre à voir quelqu'un sortir par la porte principale ou venir
de derrière la maison et nous trouver. Mais que faisons nous? Rien. Rien du
tout.
"Est ce que tu as déjà pensé à quitter tout cela?" je demande en interrompant
le silence. Maintenant elle ouvre les yeux, mais elle ne retire pas sa main.
Je sais que ce n'est pas ce qu'elle veut entendre. Elle ne veut pas entendre
parler de quitter tout cela. Elle veut que je lui demande de le quitter.
"Chaque jour que Dieu fait. Je suis la maman qui travaille d'un jeune enfant.
Qui n'aurait pas envie de se sauver?"
"Et pourtant tu restes?"
"Qu'est ce que j'aurai si je pars?" demande t'elle et ça fait mal. Cela ne
devrait pas. Rien de tout cela ne devrait plus faire mal, mais il y a toujours
un endroit à vif à l'intérieur où la bonne combinaison de mots provoque la
douleur. "J'ai un foyer, Harm. Peu importe qu'il soit épuisant, j'ai un foyer
dans lequel nous élevons une très belle petite fille. Elle est à l'abri et
heureuse."
"Alors qu'est ce que tu fais ici?" je demande.
"Je suis ici parce que je veux tout. Je veux tout ce qu'il y a là bas, et je
te veux, toi aussi," dit elle et sa voix monte à peine pour couvrir celle du
speaker pendant le match. Ils sont tous excités au sujet de je ne sais quoi,
mais ce n'est que du bruit. Je peux à peine l'entendre tellement mon coeur bat
fort.
"Que faisons nous?" je demande et ses doigts se referment plus fort sur les
miens.
"Viens à l'intérieur," dit elle en lâchant ma main avant de se glisser hors de
la voiture. La portière se ferme, et je la regarde avancer vers l'entrée de la
maison. Avant d'entrer, elle s'arrête et se tourne vers moi, me faisant signe
avec la main de la suivre.
Et bien sûr je le fais.
*****************
"Ici?" demande t'il quand je l'attire dans la chambre d'amis. Nous n'avons pas
beaucoup de temps. Quelqu'un va finir par se rendre compte que je ne suis pas
là à un moment ou un autre. Je ne devrais pas faire cela, mais je ne peux pas
m'en empêcher. J'ai besoin de lui.
"Oui, ici," dis je en fermant la porte et la verrouillant derrière nous. Nous
n'allons pas beaucoup plus loin dans la pièce avant que ses doigts commencent
à défaire mes vêtements. Harm m'a déshabillée et m'a poussée sur la commode
avant que j'ai pu défaire mes Keds.
"J'ai besoin de toi. J'ai besoin de toi maintenant," dit il.
"Maintenant?" dis je en plaisantant.
"Maintenant."
Nous faisons l'amour dans la chambre d'amis, avec mes invités juste dehors
dans le jardin.
"Je t'aime", je chuchote et il sourit et secoue sa tête. "Je te veux. Même si
ça ne peut être que comme ça."
"C'est complètement merdique," dit il et je hoche la tête en signe d'accord.
"Ca fait des années que ça l'est," je dis et il soupire.
"Il faut qu'on y aille......." dit il en s'éloignant de moi.
"Ils doivent probablement se demander..."
"J'en suis sûr..." dit Harm.
"Va dehors. Dis leur que tu ne m'as pas vue," dis je et il acquiesce. Harm
m'aide à descendre de la commode et j'enfile mes vêtements aussi vite que je
peux. "Dis leur tout."
"Ou rien," dit il en ouvrant la porte. Il s'arrête et me regarde avant de
disparaitre dans le couloir.
Oui. Ne leur dis rien. Ca a toujours bien marché jusqu'à présent.
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Je me fraie un chemin à travers les gens qui sont là, répondant ici ou là à
quelques questions sur ce que je suis venu faire sur le continent. Harriet me
tend une bière fraiche et continue à bavarder en disant que ce serait bien si
je revenais au quartier général du JAG. Bud est en train de jouer avec les
enfants réunis ici, il lance un Frisbee.
Une petite fille aux cheveux bruns s'approche, me scrutant avec un regard
interrogateur sur son visage. Je reconnais cette expression. Je l'ai vue
depuis des années sur le visage de sa mère. Elle me retourne son sourire quand
je lui souris, et je reconnais cette expression encore plus. C'est celle que
je vois dans le miroir depuis encore plus longtemps. Le sourire disparait
rapidement de mon visage et Harriet se penche en avant pour parler à May.
"Tu te souviens du commandant Rabb, May?" demande Harriet et May secoue la
tête. "Il travaillait avec ta maman."
Je m'agenouille devant elle et elle m'étudie avec curiosité. "Quel âge as tu
maintenant, May?" je demande. Je ne sais que trop bien la réponse, mais elle a
un sourire ravi sur le visage quand elle me répond.
"Quatre ans," dit elle en me montrant ce nombre avec ses petits doigts, tout
poisseux avec un truc rouge.
"Déjà quatre ans! Tu vas à l'école?" je demande et elle fait oui de la tête,
fière d'elle.
"La maternelle. J'apprends à compter et à lire, et je suis vraiment
intelligente," dit elle et nous nous observons pendant un moment. Elle a la
beauté de sa mère et son intelligence. Cette enfant aura tout ce qu'elle veut
dans la vie un jour.
"Tout comme ta maman, hein" je demande.
"Et son papa," dit Mic Brumby derrière moi. Je me redresse, et May grimpe dans
ses bras et lui fait un bisou sur la joue. Il me sourit, il a l'air bien trop
heureux de sa vie. "Comment ça va, vieux?"
"Salut, Brumby," dis je sans lui donner plus d'informations. Je regarde autour
de moi pour voir si Mac est revenue. Elle n'est pas là, et je connais la
question qui va suivre.
"Vous avez vu ma femme?" demande t'il.
"Je crois que je l'ai vue dans la cuisine, mais je ne lui ai pas encore
parlé," dis je en regardant vers la porte qui donne accès à la cuisine.
"Je vais voir où elle est et si elle a besoin d'aide," dit Harriet en
s'excusant et en nous laissant là Brumby et moi, sans rien à nous dire.
"Sarah dit que vous pourriez revenir de Hawaï?" demande t'il et je hoche la
tête en buvant un peu de ma bière.
"On va voir," dis je, peu sûr de mon avenir pour le moment. L'amiral n'avait
pas de réponse pour moi et je suis dans l'expectative.
Mic déplace sa fille d'une hanche sur l'autre en me souriant de cette façon
qu'il a toujours eue. Comme s'il avait gagné quelque chose qui pourrait lui
être repris à n'importe quel moment. Et je lui retourne son sourire de la même
façon que d'habitude, comme si je savais quelque chose qu'il ne sait pas.
Finalement, Mac sort de la maison et s'approche de nous. Elle passe son bras
sous celui de Mic et caresse sa fille avec amour.
"Je vois que vous vous souvenez l'un de l'autre."
C'est vraiment une chose stupide à dire, et elle le sait. Mic rit et me
regarde de haut en bas.
"Bien sûr, chérie," dit il en regardant sa femme comme s'il ne pouvait pas
croire qu'elle ait fait cette remarque.
"Comment pourrais je oublier quelqu'un à qui j'ai fichu une raclée?" je
demande et il se remet à rire.
"Je croyais que c'était le contraire," dit Mic et ses yeux brillent à ce
souvenir. Je suis sûr que s'il savait ce qui vient juste de se passer - ce qui
se passe depuis toutes ces années - il ferait bien plus que me casser la
figure.
"Oh, ce n'est pas un de mes meilleurs souvenirs," dit Mac en roulant des yeux.
Mic l'attire plus près de lui et May passe des bras de son papa à ceux de sa
maman.
"C'est comme ça que je t'ai gagnée, chérie," dit il et Mac et moi baissons les
yeux, mal à l'aise. "C'est tout ce que je veux me rappeler de cette période."
Mac attire sa fille plus près d'elle, comme si elle essayait de se cacher
derrière son petit corps. Je suis sûre que tout ce qu'elle se rappelle de
cette période, c'est comme les choses auraient pu être différentes.
*****************
4 Septembre 2008
"Vous prenez le poste?" je demande à Harm quand je le rattrape près de
l'ascenceur. Nous nous tenons à une distance respectable l'un de l'autre, car
plusieurs personnes autour de nous nous regardent. Certains ne savent pas qui
il est, car ils sont arrivés après son départ. D'autres lui font poliment un
signe de tête.
"Cela dépend si on me propose le poste ou non," répond il en regardant sa
montre.
"Vous pensez que c'est possible?" je demande. Je n'y ai jamais pensé, mais on
ne sait jamais. Nous avons tous les deux essayés de partir auparavant, et
avons été repris sans problème. Peut être que cette fois ci c'était la limite.
Le point de non retour. Je pense qu'il pourrait retourner à Pearl Harbor et je
continuerais à vivre comme avant.
"Tout peut toujours arriver ," dit il au moment où les portes de l'ascenceur
s'ouvrent et nous entrons dans l'ascenceur. Sa main frôle la mienne et ce
contact si faible envoie de l'electricité le long de ma colonne vertebrale.
Puis il glisse quelque chose dans ma main et je retiens ma respiration.
Combien de personnes nous regardent en ce moment? Combien pourraient deviner?
"Quand?" je demande quand les portes s'ouvrent et que les gens sortent de
l'ascenceur. Dieu merci, nous nous retrouvons seuls pour quelques précieuses
secondes.
"Ce week end," dit il en regardant le papier posé dans ma main. "Je vais faire
un tour ce week end. J'aimerais que tu viennes avec moi."
"Je vais voir," dis je en secouant la tête. Mon dieu, c'est toujours la même
histoire. Je suis en train de me dire non tout en sachant que je vais y aller.
Un jeune enseigne arrive près de l'ascenceur et s'arrête net en voyant deux
officiers debout là à se regarder sans bouger. Harm et moi nous éloignons
rapidement et essayons de ne pas avoir l'air d'être en train de planifier un
rendez vous secret où nous pourrons enfin être seuls.
"Faites moi savoir comment ça se sera passé," dis je quand nous entrons sur le
plateau, et je me dirige vers mon bureau.
"Je passerais avant de partir," dit il et je reste dans l'embrasure de la
porte à le regarder s'éloigner.
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6 septembre 2008
"Je savais que tu viendrais," dis je à Mac, sa main glisse sur l'aile de Sarah
pendant qu'elle s'approche. Je regarde ses doigts s'arrêter à quelques
centimètre des miens, mais elle ne me touche pas. Je veux la toucher, mais
nous restons tous deux là, avec cet infime espace entre nous.
"Tu savais? C'est incroyablement présomptueux de ta part," dit elle en
plissant les yeux.
"Tu es là, n'est ce pas?" dis je en la taquinant un peu plus.
"Je suis peut être venue mettre un terme à cette histoire," dit elle en
essayant de contrôler le coin de sa bouche qui a du mal à ne pas sourire.
"Ah bon?" je demande en avançant mes doigts un peu plus près des siens. Avant
que le contact se soit fait, elle s'éloigne et passe de l'autre côté de l'aile
de l'avion.
"Je devrais, tu sais. Y mettre fin ici et maintenant," dit elle sans me
regarder. Nous savons tous deux que cela aurait dû se terminer il y a
longtemps. Cette histoire entre nous aurait dû s'arrêter quand elle a dit
"oui" à Brumby. Mais ça n'a pas été le cas. Et nous sommes là.
"Alors va t'en," dis je en contournant l'aile vers elle. Ses yeux rencontrent
les miens, et je sais que cela n'arrivera pas.
"Elle a parlé de toi, tu sais. May a parlé de toi. Harriet lui a dit que tu
pilotais des avions et elle pense que c'est la plus belle chose au monde. Mic
a été en rogne toute la nuit parce que sa petite fille s'était entichée d'un
type avec des ailes dorées," dit elle.
"C'est une belle petite fille," dis je en prenant sa main dans la mienne. Tout
est calme ici dans le hangar. Je ne sais pas où tout le monde est parti et en
fait je m'en fiche. L'air est chaud et sent encore l'été. Cela va bientôt
disparaitre et l'hiver reviendra. Je n'en ai plus l'habitude maintenant et je
ne suis pas sûr d'avoir envie de m'y réhabituer.
"Oui," dit Mac fièrement.
"Tout comme sa mère," dis je en l'attirant plus près de moi. Nos corps se
rejoignent, et elle est plus chaude que l'air estival.
"Ouais. En adoration devant des ailes. Il faut que je reprenne son éducation
en mains," dit elle et je ris. Sa main se pose sur ma poitrine, à l'endroit où
les ailes dorées se trouvent habituellement et elle le caresse. Le tonnerre
gronde au loin, un après midi pluvieux s'approche de nous à grands pas.
J'espérais que le mauvais temps attendrait un peu. Je n'ai pas emmené Sarah
dans les airs depuis si longtemps et j'espérais avoir la chance de le faire
avec Mac. "J'ai l'impression que nous n'irons nulle part."
"Non," dis je en jetant un coup d'oeil dehors pas la porte du hangar. Les
manches à air sont gonflées en position horizontale et l'après midi est à
l'eau. Enfin, presque.
"Nous n'avons jamais eu besoin de cet avion por voler," dit elle, ses mains
glissent le long de mon dos, se faufilent sous ma chemise et caressent ma
peau.
"Non, jamais," dis je en me balançant avec elle dans mes bras au son du vent
qui souffle autour du batiment en métal. "Avant que cela recommence......avant
qu'on le fasse...j'ai besoin de savoir certaines choses."
"Quoi?" demande t'elle en levant les yeux vers moi.
"Tu ne vas jamais le quitter, n'est ce pas?" je demande, et ses yeux se
détournent rapidement. "Je veux dire, j'ai dépassé le moment où ça me
tourmentait. Je crois que je sais pourquoi tu restes mais..."
"Un jour," dit elle d'une voix aussi douce que le vent qui chuchote autour de
nous.
"Un jour quand?"
"Quand je sais que tu resteras," dit elle et ses yeux plein d'une intense
ardeur rencontrent les miens. "Quand tu seras prêt à supporter tout ce que le
fait que je le quitte nous fera tomber dessus."
"Comment sais tu que je ne suis pas déjà prêt?" je demande et elle met fin à
notre lent balancement.
"Parce que tu ne m'as pas demandé de partir. Tu as demandé si j'allais
partir," dit elle et je ferme les yeux. Elle a raison. C'est ce que j'ai dit.
"Et si je.."
"Ferme la, Harm," dit elle en me poussant contre l'avion. Nos bouches
s'écrasent l'une contre l'autre et nous y voila encore, juste là où nous nous
retrouvons toujours. C'est tout ce que ça sera jamais et je le sais. Nos corps
et nos coeurs et un foutoir qui ne peut pas être remis en état assez
facilement pour que l'un de nous veuille le prendre en charge.
Rompant le baiser, je regarde par dessus son épaule la pluie qui commence à
tomber dehors. Elle degringole sur le toit en zinc du hangar, couvrant tout
autre bruit autour de nous. Nous lavant de ce que nous allons faire.
"Où peut on aller? Et merde. On ne va jamais revoir un lit, hein?" demande Mac
en regardant autour d'elle dans le batiment.
"Ici" dis je en la poussant sur le côté et en montant dans l'avion. Je jette
quelques couvertures à Mac et elle les serre contre elle en attendant que je
redescende. ""Je les garde dans le coffre d'urgences, dans le cas où quelque
chose arriverait. Encore. Arriverait encore."
"Bien vu," dit elle en m'écoutant à moitié. Ses yeux parcourent le sol du
hangar à la recherche d'un endroit approprié pour les poser. Je descends de
l'aile et les lui prend des mains, puis je les étends par terre juste là où
nous sommes. Je ne veux pas attendre beaucoup plus longtemps.
Je jette un regard vers la porte ouverte. Personne ne vient. Personne ne va
venir sous ce déluge. Elle m'attire sur le sol, sur les couvertures douces et
je suis au dessus d'elle. C'était il y seulement quelques jours, mais
maintenant c'est tellement bon.
Pendant tout le temps où nous faisons l'amour, une seule pensée me traverse.
Elle n'est pas à moi. Ce n'est pas à moi et ne le sera jamais.
Bientôt la pluie augmente d'intensité et couvre tous les bruits que nous
faisons mais elle ne peut couvrir les bruits de mon coeur.
Elle n'est pas à moi et elle ne sera jamais réellement à moi.
*****************
Je me réveille dans un silence presque complet. La pluie s'est calmée jusqu'à
n'être qu'un léger clapotis sur le toit. Le seul autre bruit est celui de la
respiration calme d'Harm près de moi, encore profondément endormi. Nous sommes
tous les deux enroulés dans ses couvertures et nos corps sont chauds et
poisseux là où ils se touchent.
En soupirant, je passe doucement mon doigt le long de sa joue, doucement pour
ne pas le réveiller. Il a tellement changé depuis que nous nous sommes
rencontrés la première fois, il est encore la même personne têtue qu'il était
alors. Têtu et vertueux, et ....je pourrais continuer encore et encore. Et moi
je suis encore là, toujours amoureuse. Je voudrais savoir à quel moment de ma
vie j'ai décidé de ne plus me battre. Je ne sais pas si c'est le jour où j'ai
épousé Mic ou le jour où j'ai couché avec Harm en sachant qu'il n'y avait pas
d'avenir pour notre relation.
Ma main passe de sa joue vers le haut de son visage, je remarque que ses
cheveux courts noirs grisonnent sur les tempes. Je n'ai jamais pensé que ce
jour viendrait. Je n'ai jamais pensé que nous allions tous les deux vieillir
si vite pendant les dix dernières années. Maintenant, mes jours et mes années
sont comptées à travers mon enfant. Je sais qu'elle grandit, donc je dois
vieillir, moi aussi. C'est juste que je crois que cela ne pouvait pas arriver.
Je déplace ma caresse plus bas, je laisse son visage et pose la main sur sa
poitrine, caressant les poils sur son torse. Et je descends plus bas, sur son
abdomen qui est toujours plat et ferme. Il est un peu moins svelte que quand
je l'ai rencontré, mais il est toujours aussi attirant. Il pourrait
probablement avoir n'importe quelle fille. Et pourtant, il est ici, sur le dur
sol en ciment d'un hangar d'aviation, avec moi. Avec quelqu'un qu'il sait
qu'il ne peut pas avoir facilement. Plus maintenant. A une époque, cela aurait
été tellement facile, en dépit de tout ce qu'il croyait. Maintenant, c'est un
bordel. Un sacré bordel.
Je devrais me sentir plus coupable que je le suis. A une époque, juste
maintenant dans le silence qui suit, je me serais noyée dans mon sentiment de
culpabilité. Maintenant, c'est comme ça. Accepte le ou vas t'en, c'est comme
ça. J'ai vécu avec ça pendant trop longtemps pour me laisser détruire
maintenant.
Harm doit sentir que quelqu'un le regarde car il ouvre les yeux d'un coup.
"Quelle..quelle heure est il?" demande t'il en se frottant les yeux.
"Il commence à être tard. Je vais devoir partir bientôt," dis je, en me
penchant pour l'embrasser. Il m'attire dans ses bras et me serre contre lui.
"Qu'est ce que tu lui as dit?" demande t'il et j'avale difficilement. Je
déteste penser à tous mes mensonges. Tous les jours, je dois les affronter et
en ce moment, je ne veux pas qu'on me les rappelle. Ce n'est pas tant que je
mente à Mic, mais surtout le fait que je mens à May.
"Je lui ai dit qu'il fallait que je revoie une déposition pour le tribunal
lundi," dis je en me raidissant à son contact.
"Il n'appelle jamais le bureau?" demande Harm.
"Comment pourrais je le savoir? Ce n'est pas comme si je faisais la même chose
avec des tas d'autres hommes. Ce n'est pas quelque chose que j'essaie de faire
tous les samedis," dis je un peu trop sur la défensive. Je lui poserais la
même question si la situation était inverse.
"Désolé," grommelle t'il en me lâchant. Je ne veux pas qu'on se quitte comme
ça; en colère à cause de quelque chose qui échappe à notre contrôle. Je
veux........merde, je ne sais pas ce que je veux.
"Est ce que tu sais si tu vas revenir?" dis je après que nous sommes restés
allongés en silence quelques minutes. Il ne savait pas l'autre jour. Il a peut
être eu des nouvelles maintenant. Harm soupire en entendant ma question et
m'attire à nouveau près de lui.
"L'amiral a dit qu'ils ont besoin de moi à Pearl Harbor jusqu'au début de
l'année prochaine. Avec un peu de chance, je serai de retour en avril ou, heu,
en mai, " dit il et je déglutis à nouveau.
"C'est dans longtemps. Quand, euh, quand dois tu reprendre ton service?" je
demande en sentant les larmes me monter aux yeux. Je ne sais pas pourquoi j'ai
supposé qu'il allait rester ici pour toujours. J'aurais dû le savoir. Il est
le chef des opérations et ne peut pas partir comme ça.
"Lundi. Je dois reprendre mon service lundi," dit il en essayant de ne pas
avoir l'air trop bouleversé par tout ça. Il s'en sort mieux que moi.
"Peut être que je pourrai venir te voir là bas..." je commence à dire, mais il
me fait taire.
"Ca ne sera pas si long," dit il et je secoue la tête.
"Il peut se passer tellement de choses pendant ce temps. N'importe quoi
pourrait se passer. Tu pourrais changer d'avis. Tu pourrais..." je vais dire
tomber amoureux de quelqu'un d'autre mais je cherche mes mots. " Tu pourrais
te rendre comte qu'Hawaï est beaucoup plus agréable que Washington."
"Mac?"
"Hmm?"
"Je ne vais pas trouver quelqu'un d'autre si c'est ce qui te fait peur," dit
il , mettant à jour ma peur la plus grande et la plus ridicule. "Ca a l'air
étrange venant de toi de te faire du souci pour ça si on pense que..."
"Je sais," dis je en me moquant de savoir à quel point ça peut sembler
ridicule ou étrange.
"Quitte le. Pour moi," dit il et je me raidis dans ses bras. Ce sont les mots
que je voulais entendre, et il le sait. "Je veux que tu le fasses."
Je ne dis rien pendant un long moment. Nous écoutons juste nos respirations
dans le silence. "Si tu reviens vraiment, je promets que je vais y réflechir.
Mais d'abord tu dois revenir, Harm. Je ne ferai rien avant ça."
"Marché conclu," dit il en souriant.
"Oui, marché conclu."
*****************