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CHAPITRE XV
15 septembre 2010
"Là haut," dit quelqu'un en montrant du doigt ce qui semble n'être rien
d'autre qu'un tas de planches clouées ensemble n'importe comment. Ils devaient
être vraiment désespérés pour trouver refuge là dedans.
"Comment ils ont fait pour grimper sur cette crête sous la pluie? Ce n'est que
de la boue partout," dit un autre homme et j'essaie de comprendre moi aussi.
"Ils venaient probablement sous un autre angle. La vraie question, c'est
comment ils ont pu voir ça d'en haut?" rétorque le premier homme et je
soupire. Faites confiance à Rabb pour trouver le seul abri dans le coin. Ce
qu'il ne sait pas, c'est que s'ils étaient partis dans l'autre direction, ils
auraient trouvé un sentier à quelques centaines de mètres du lieu de
l'accident.
"Vous pouvez montez jusque là haut?" me demande le sergent Janson et je ne
réponds pas, mais je bondis presque en haut de la colline boueuse, attendant
qu'ils me suivent. Je suis tellement près de Sarah et ils ne vont pas
m'arrêter maintenant. Je suis tellement près d'avoir des réponses et même si
je ne les veux pas, il faut que je les aie. Il faut que je sache.
"M. Brumby, vous devriez peut être laisser l'un de nous passer en premier ...
juste au cas où," dit Janson et je fais un pas en arrière et le laisse passer
devant.
Mes pieds n'avancent plus de toute façon. Peut être que je ne veux pas
connaître les réponses. Peut être que je veux juste remonter le temps avant ce
11 septembre et prétendre que rien ne s'est passé. Mais je ne peux pas le
faire. Cela durait depuis des années et j'ai une petite boite pleine de bouts
de papier à la maison pour le prouver.
Janson fait signe à quelques hommes de passer devant lui et ils ouvrent la
porte et regardent autour d'eux avant d'entrer. L'un d'eux se tourne vers moi
et me fait signe de venir.
Mes premiers pas ne sont rien d'autre que des tentatives mais enfin je me
précipite vers la porte. Je reste debout là, ni dedans, ni dehors, regardant
ce qui est devant moi aussi longtemps que j'en suis capable avant de me
détourner et de m'éloigner.
*****************
11 septembre 2010
"Mac?"
Rien. Il m'est impossible de bouger et elle ne répond pas. J'enlève mes
lunettes et mon casque et j'écoute attentivement. Je n'ai aucune idée de
combien de temps j'ai été évanoui, mais ça a duré un bon moment.
"Mac, réponds moi, bon sang!" je crie plus fort.
Toujours rien. J'essaie de m'extraire des débris autour de moi, bougeant
autant que je le peux avant que les efforts fournis ne commencent à faire mal.
Quelque chose coince ma jambe et chaque mouvement rend la douleur plus forte.
"Mac?" j'essaie encore une fois et je reste assis en silence, attendant une
réponse quelconque. Je ne peux plus crier. Cela fait trop mal. Tout ce que je
peux faire, c'est écouter si elle m'appelle.
Elle ne le fait pas.
*****************
Quelque chose coule le long de mon visage. C'est tout ce que je peux sentir.
Un léger filet qui coule le long de mon visage. Il remplit mes lunettes de vol
et je me débats pour les enlever, réussissant finalement à les faire tomber
autour de mon cou.
J'espère que ce n'est pas du sang. Ca n'a pas le goût de sang. Juste ...
quelque chose de mouillé. Un morceau de ce qui était un avion me recouvre et
je ne vois pas de lumière. Tout ce que j'entends, c'est le continuel bruit
sourd de la pluie contre le métal.
Je n'entends rien d'autre. Oh, mon dieu. Harm. Je ne l'entends pas. Tout ce
que j'entends, c'est la pluie et ce bruit incroyable à l'intérieur de ma tête,
qui cogne dans tous les sens. Ma tête me fait si mal et je veux juste fermer
les yeux.
Ce n'est pas bon. Il faut que je garde les yeux ouverts.
Mais je ne peux pas. J'accueille avec plaisir l'obscurité.
*****************
Ma tête commence à s'éclaircir et je secoue le brouillard qui semble avoir
envahi mon cerveau. Je ne sais pas combien de temps j'ai été dans le cirage
cette fois ci et il faut que je reste éveillé. Je ne peux pas l'aider si je
n'arrête pas de tomber dans les pommes.
"Mac!" je recommence à appeler. J'ai trop peur pour bouger. Trop peur de
trouver la réponse de cette façon. Je veux l'entendre m'appeler. Je veux
entendre sa voix.
"Mac, tu dois me répondre. Je ne peux pas le faire sans toi," je crie et
ensuite j'écoute. Je reste silencieux à écouter pendant un long moment.
Finalement, mon attente est récompensée par une voix presque imperceptible qui
vient de quelque part devant moi.
"Hmmmm ..."
"Mac, parle moi. Tu dois me parler," dis je en commençant à déplacer des
morceaux d'avion autour de moi, cherchant désespérément à me dégager malgré la
douleur. Je bouge quelque chose et je sens une vague humide qui m'éclabousse.
C'est soit du fuel, soit de la pluie qui tombe. Si c'est du fuel, il faut
qu'on se dégage très vite de ce bordel. Il ne faut pas longtemps pour que ça
se transforme en averse, finalement, et je n'ai jamais été aussi content de
voir tomber la pluie.
J'appelle Mac une nouvelle fois et j'essaie de me concentrer sur ce qui
m'entoure. Les arbres s'étendent à perte de vue devant nous et je ne vois rien
au delà d'eux. Derrière nous, il y a une petite prairie. Comment diable avons
nous pu survivre à ça? La chance, ou le destin, ou quelque chose que je ne
comprendrai jamais. La même chose qui m'a tiré de toutes les fois dans ma vie
où c'est passé si près de moi.
Je réussis à m'extirper des débris de mon avion, je m'approche de l'endroit où
se trouve Mac et un poussée d'adrénaline traverse mon corps. Elle a l'air
tellement ... touchée. Si petite et impuissante au milieu de ce désastre. Elle
ne ressemble pas à ce marine dur à cuire qu'elle est habituellement.
J'ai peur de la déplacer, et je me baisse près d'elle et touche doucement son
visage si pâle, et elle tourne la tête vers moi. Son casque n'est plus là, et
ses lunettes de vol sont tombées autour de son cou.
"Ne bouge pas," je lui ordonne en essayant de la protéger de la pluie. Elle
m'obéit, ou peut être qu'elle ne peut vraiment pas bouger. Je trouve sa main
et lui serre fort les doigts et elle sursaute. Merci mon dieu. Au moins elle
peut sentir ça. J'enlève d'autres morceaux de la carlingue autour d'elle, le
métal s'enfonce dans ma peau et me fait saigner. En fin de compte, elle est
dégagée. "Mac, tu sens tes jambes?"
"Elles me font sacrément mal," réussit elle à dire et je ris. Je suis content
qu'elle les sente. "Que s'est il passé?"
Je regarde derrière nous, là où l'avion a continué à glisser jusqu'à heurter
les arbres et je secoue la tête. "Je ne sais pas encore. Apparemment, cette
clairière n'était pas assez grande pour atterrir."
Elle rit presque et son rire se transforme en gémissement. " Tu ne peux pas
avoir de la chance tout le temps," dit elle et ses yeux trouvent les miens.
"Tu es vivante. C'est tout ce qui compte," dis je en lui faisant signe de
rester tranquille. "Je ne sais pas si tes blessures sont graves."
"Qu'est ce que tu vas faire? Attendre que les secours médicaux arrivent?"
demande t'elle en regardant le ciel sombre. "Est ce qu'on est très loin dans
la forêt?"
"Je ne sais pas vraiment, mais ça ne peut pas être si loin. Malgré tout, le
mauvais temps va gêner les secours," dis je en essuyant la pluie sur son
visage.
"Au moins, il y a quelqu'un qui m'attend à la maison. Ils vont s'inquiéter de
mon absence tôt ou tard," dit Mac d'une voix lugubre. Elle détourne ses yeux
sombres du ciel pour me regarder et malgré la pluie, je vois les larmes qui y
montent.
"Je ne voulais pas que ça se passe comme ça," dis je d'une voix qui couvre à
peine le bruit de la pluie.
"Mais c'est arrivé," dit elle et ses yeux se ferment. "C'est arrivé, et nous
n'avons plus aucune possibilité de le cacher maintenant."
*****************
J'ai mal partout. Non seulement dans chacun de mes muscles, mais mon coeur est
douloureux, lui aussi. C'était complètement stupide de faire ça. Tellement
risqué et tellement stupide. Je voulais que tout soit étalé au grand jour,
mais pas de cette façon.
"Merde," dit Harm, s'asseyant sur le sol mouillé à côté de moi. Il s'essuie
les mains sur son jean et les regarde. Elles saignent encore, j'en suis sûre.
"Rien ne veut tourner rond."
"C'est le moins qu'on puisse dire," dis je en essayant de rester tranquille.
Le moindre petit mouvement, et la douleur éclate dans mon corps. Je ne pense
pas que ce soit sérieux. Je crois juste que j'ai été sérieusement bousculée.
"J'imagine que tu ne peux pas faire fonctionner la radio?"
"Elle est morte. Et tu te souviens de ce sac que j'ai jeté à l'arrière de la
camionnette de Sam? Il y avait mon téléphone portable dedans. Malheureusement,
le sac est toujours à l'arrière de la camionnette de Sam," dit il, il a l'air
de s'en vouloir.
"Le mien ... c'est Mic qui a le mien. Je n'ai même pas pensé à le prendre
parce que de toute façon je n'allais pas appeler la maison," dis je , et à la
réaction de son visage, Harm n'a pas l'air de vraiment comprendre. "De cette
façon, je n'avais pas de moyen d'appeler pour dire que je ne rentrais pas."
Nous n'ajoutons rien. Qu'y a t'il à dire? Bien sûr, j'aurais pu appeler de
n'importe où, mais je n'y ai pas pensé. Simplement, je n'ai ... pensé à rien.
"Tu penses pouvoir bientôt bouger?" demande Harm et je tourne la tête vers lui
et je grimace. Je suis sûre que mon expression est une réponse suffisante à sa
question. "Nous ne pouvons pas rester ici toute la nuit. Il n'y a pas d'abri."
"Est ce qu'on ne devrait pas tout simplement rester ici? Quelqu'un va finir
par voir l'avion," je propose en regardant l'épave jaune devant moi. "Ou ce
qu'il en reste."
Il regarde fixement les morceaux éparpillés sur le sol, son visage ne cache
pas la douleur qu'il ressent de la perte de son appareil. Ce n'est que le
début des nombreuses pertes que nous allons maintenant rencontrer sur notre
route.
"Je crois que nous avons survolé une sorte de cabane un peu avant. Cette
tempête ne va pas s'arrêter et je ne veux pas passer la nuit dehors sous la
pluie," dit il , ses yeux passant de l'avion au ciel. Je ne suis pas sûre
qu'il pleure à cause de toutes les gouttes de pluie sur son visage, mais je
crois.
Il y a longtemps, je m'étais moquée de lui quand il n'avait pas voulu
abandonner son avion, mais maintenant j'ai appris à connaître l'attachement
qu'il lui porte. C'était un rêve de son père qu'il devait accomplir et
maintenant ce rêve a disparu. Son avion ne pourra pas l'emmener loin du bordel
dans lequel nous nous sommes fourrés.
Il passe sa main sur son visage et continue de scruter le ciel sous la pluie.
"Viens ici," dis je, en lui faisant signe de venir près de moi et il me
regarde un long moment avant de s'approcher.
Nous tombons dans les bras l'un de l'autre et je gémis de douleur avant que
les larmes ne se mettent enfin à couler. "Je suis désolé," dit il en me tenant
contre lui. Je me serre contre lui malgré la douleur et je me laisse aller.
"Il ne faut pas être désolé. C'est nous qui nous sommes fourrés dans ce
pétrin. Les reproches, c'est à nous deux qu'il faut les faire," dis je une
fois les larmes dissipées, le sentant s'effondrer de tout son poids contre mon
corps. Je ne suis pas sûre de vraiment croire ce que je dis et je suis
contente de voir qu'il réalise lui aussi que c'est un vrai gâchis.
Il s'éloigne, me regarde, sa main se tend pour me caresser la joue. "Tu as une
mine abominable," dit il en passant ses doigts dans mes cheveux mouillés. Son
visage est meurtri, et quand je prends sa main dans la mienne, il gémit quand
j'examine ses coupures.
"Tu n'as pas l'air en très grande forme toi non plus," je dis et la pluie se
met à tomber encore plus fort.
"Il pleut toujours sur nous," dit il en essayant de refouler ses larmes et
d'échapper à la pluie.
"C'est un augure auquel nous n'avons jamais daigné prêter attention," dis je
au moment où le tonnerre gronde juste au dessus de nous.
"Il faut qu'on parte d'ici," dit il en se levant doucement. Il n'a vraiment
pas l'air bien et je pense qu'il essaie de me cacher quelque chose.
"Tu vas bien?"
"Oui. Ca va aller," dit il, le visage crispé de douleur. Il s'approche des
débris et commence à y chercher quelque chose. "Il faut que je trouve les
fournitures d'urgence. Je ne sais pas ce que nous allons manger jusqu'à ce
qu'ils nous retrouvent. Il n'y a pas grand chose là dedans. Juste assez pour
nous permettre de tenir un jour ou deux."
Il essuie son front tout en continuant à chercher ce dont nous avons besoin.
Je me soulève du sol et vais l'aider à chercher. Mes yeux se posent sur
l'avion détruit, et une fois de plus je suis étonnée que nous nous en soyons
sortis vivants.
Et je suis certaine que notre survie est notre punition.
*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*
La pluie cesse pendant quelques minutes et nous essayons d'avancer aussi loin
que nous le pouvons sans cette constante attaque de l'eau. Je continue à
chercher un sentier, mais il n'a aucun signe que des gens passent jamais par
ici.
"Il faut que ... Harm, il faut que je m'arrête," dit Mac derrière moi et je me
retourne pour la regarder. Elle est appuyée contre un arbre, elle a l'air
aussi mal en point que je me sens moi même.
"D'accord," je dis en retournant près d'elle. Mon dos me fait souffrir et ma
jambe saigne à nouveau et les coupures de mes mains m'élancent.*
"Tu vas bien?" demande t'elle une fois de plus et j'essaie de sourire. Mais
sans succès.
"On va s'en sortir, Mac," dis je et elle hoche seulement de la tête. "Il faut
que je ... Je vais trouver un endroit pour pisser. Tu peux rester ici pendant
une minute?"
"Au moins tu n'as pas besoin de t'accroupir dans les bois," dit elle en me
gratifiant d'une tentative de demi sourire. Elle a déjà dû le faire, et j'ai
dû l'aider pour ses vêtements. Si cela n'est pas la preuve de combien nous
nous aimons, je ne sais pas ce que c'est. "Ne t'éloigne pas."
"Non," dis je.
Elle reste adossée à l'arbre et ferme les yeux. Je suis sûr qu'elle
s'asseirait s'il n'était pas si difficile de se relever après. Je m'éloigne un
peu mais reste assez près pour continuer à la voir.
Je commence à pisser et je baisse les yeux. Merde. Du sang. Je n'ai pas la
moindre idée d'où il vient, mais il est là. Ca doit être la raison pour
laquelle mon dos me fait si mal. Mes reins. Ca fait fichtrement mal.
"Ca va?" crie Mac et je finis aussi rapidement que je peux et referme mon
jean. Elle ne doit rien en savoir pour le moment. Elle a suffisamment de
choses à gérer.
"Je vais bien," dis je en revenant près de l'endroit où elle se tient. "Tu es
prête à repartir?"
"Pas vraiment," dit elle et je tends la main vers elle. Elle ne la prend pas,
et je suis sûr que c'est parce qu'elle a peur de me faire mal. Au lieu de
cela, elle se repousse de l'arbre et nous reprenons notre chemin.
*****************
"Nous n'allons pas y arriver avant la nuit," dit il en se tournant pour me
regarder. Je lutte pour tenir le coup. Nous luttons tous les deux, en fait.
Peut être que c'était une mauvaise idée. Il y a eu des accalmies passagères,
mais l'averse suivante était chaque fois pire. Le temps ne va pas se lever et
j'aimerais pouvoir mettre la main sur la personne qui s'est plantée à ce point
sur les prévisions météo.
"Que veux tu faire?" je demande avant de m'effondrer sur le sol. Je suis
épuisée, et j'ai mal, et nous ne pouvons pas continuer dans l'obscurité. Tout
est déjà sombre autour de nous à cause de la pluie et il faudrait que cette
tempête se calme rapidement pour que la lune fasse la différence.
"Mourir?"
"Pas sans moi," dis je et il s'assied en face de moi, jetant sur le côté le
petit sac de provisions d'urgence. Nous sommes tous les deux trempés et sales
et je sais que je suis trop effrayée pour fermer les yeux. Si je le fais, je
ne suis pas vraiment sûre que j'aurai le courage de les ouvrir à nouveau.
Il le faut. Il faut que je rentre à la maison pour May. C'est ce qui me permet
de continuer pour le moment. Je ne veux pas lui causer encore plus de peine
que tout cela va déjà provoquer.
"Ta tête te fait mal?" demande Harm en se penchant en avant pour toucher mon
front.
"J'ai mal partout."
"Tu n'as pas de fièvre," dit il et je commence à trembler. Il fait si froid et
il n'y a aucun moyen que j'arrive à me sécher.
"Et toi?" je demande en l'attirant vers moi, et tant pis si ça fait mal.
"Ca va aller," dit il en échappant à mon contact. Je sais qu'il est brûlant.
Je le vois à ses yeux.
"Non, tu ne vas pas bien. Tu es au moins aussi blessé que moi, si ce n'est
plus," dis je et il grimace en bougeant un peu, essayant de trouver une
position confortable. Il ne va pas me laisser regarder mais je sais que
quelque chose lui fait vraiment mal.
"Je veux seulement te ramener chez toi. Il faut que tu retournes chez toi
auprès de May," dit il. Il me regarde dans les yeux et soutient mon regard.
"Et toi aussi," dis je et il acquiesce de la tête. "Harm, je veux que tu la
connaisses. Il faut qu'on fasse des analyses pour être sûrs et ensuite, et
bien, cela n'a pas d'importance. Je veux que tu la connaisses."
"Je croyais qu'on était sûr," dit il , inquiet de voir que je suggère une
chose pareille.
"Tu es avocat. Ce n'est pas sûr jusqu'à ce que ça le soit," dis je et il hoche
une nouvelle fois de la tête. "Tu veux essayer de dormir?"
"Oui," dit il et il s'approche enfin de moi, essayant de me protéger de la
pluie.
"Qu'est ce qui ne va pas, Harm? Il y a quelque chose que tu ne me dis pas,"
dis je en sentant sa peau chaude contre la mienne. Il est tellement chaud.
Trop chaud.
"Tout va bien. Dors," dit il et nous nous endormons enfin, dans les bras l'un
de l'autre.
*****************
12 septembre 2010
"Quelle heure est il?" dit elle d'une vois rauque, la gorge douloureuse et
desséchée. J'ouvre les yeux et essaye de fixer ma montre dans la pale lumière
du matin.
"Il est trop tôt pour se lever. Essaie de dormir encore," lui dis je en
luttant pour garder mes yeux ouverts juste une seconde. Je suis tellement
épuisé et tout commence à me faire encore plus mal.
"Je ne peux pas ... attends, bouge un peu ton bras," dit elle et je le fais.
Elle blottit sa tête contre mon épaule et nous nous rendons compte au même
moment que la pluie s'est arrêtée. Les nuages sont toujours menaçants et
chargés de pluie, mais pour le moment, le déluge s'est arrêté.
Elle n'arrête pas de bouger contre moi et je sais que je ne vais jamais
pouvoir me rendormir. "On repartira dans quelques minutes," je dis et je la
sens hocher de la tête contre ma poitrine.
Tout est tellement silencieux et calme autour de nous. Enfin un oiseau chante
dans l'air matinal et Mac se redresse un peu. "Il sait maintenant que quelque
chose est arrivé. Il ne doit pas encore savoir exactement quoi, mais il sait
quelque chose," dit elle et je m'assieds, essayant d'enlever la boue qui est
sur moi.
"C'est sûrement pour le mieux, Mac. Quelqu'un va savoir qu'il faut te
chercher," dis je et elle ferme les yeux.
"Je lui ai dit que je devais aller à Norfolk. Ils ne chercheront jamais par
ici," dit elle.
"Sam va se rendre compte tôt ou tard que quelque chose est arrivé. Les gens
vont faire le rapprochement ....."
"Et se rendre compte que nous avons une liaison depuis des années? C'est
génial," dit elle, de la colère dans la voix. "Ensuite il vont comprendre le
reste, et ils vont savoir que May est de toi, et ..."
"Arrête, Mac ! Arrête ! " je lui dis et les larmes recommencent à couler le
long de ses joues. "Personne ne va le savoir. Pas jusqu'à ce que tu leur
dises, et tôt ou tard nous devrons le dire si tu veux que je passe du temps
avec elle.
"Ta carrière. Ma carrière ..."
"Ne t'inquiète pas de ça pour l'instant," dis je en me levant doucement. Tout
me fait plus mal qu'hier et je ne suis pas d'humeur à discuter de cela pour
l'instant. Je ne peux rien y faire d'ici, pas plus qu'elle.
"Et quand est ce qu'on est censé s'en inquiéter, Harm? Il semble qu'on ne se
soit pas inquiété de grand chose pendant toutes ces années," dit elle et je
commence à m'éloigner. Il faut qu'on recommence à avancer, ou nous serons à
nouveau pris par la pluie.
"Nous en inquiéterons quand nous nous serons sortis d'ici vivants," je lui
rétorque.
*****************
Cette fois ci, c'est Harm qui doit s'arrêter et je sais qu'il y quelque chose
qui ne va pas même s'il ne veut pas me le dire. Le terrain devient difficile
et ce serait une bénédiction si nous trouvions un sentier, mais je sais que ça
n'arrivera pas.
Les nuages ne se sont pas dissipés de la journée, et il va recommencer à
pleuvoir d'une minute à l'autre. Harm trouve une petite clairière et s'assied
en grognant un peu.
"Tu vas me dire ce qui ne va pas?" je demande et il ferme les yeux. "Harm?"
"Tout va bien," dit il et j'ai envie de le frapper.
"Arrête de me mentir. C'est à moi que tu parles. Je te connais mieux que ça et
mentir ne va servir à rien," dis je et ses yeux s'ouvrent lentement. Il me
fixe et je sais qu'il ne veut rien me dire. Je sais qu'il pense que c'est lui
qui doit nous sortir de là.
"Je suis seulement .... je vais bien," dit il en s'arrachant du sol. "Il faut
qu'on arrive quelque part. Il faut qu'on trouve bientôt un moyen de récupérer
de l'eau pour boire."
"Tu me le dirais, n'est ce pas? Tu me dirais si quelque chose n'allait
vraiment pas?" je demande et ses yeux se détournent précipitamment des miens.
"Oui. Bien sûr je le dirais."
*****************
"Qu'est ce que c'est?" demande t'elle quand nous approchons de l'abri délabré.
Je me moque de savoir ce que c'est, car la pluie recommence à nous tomber
dessus.
"Je ne sais pas. On dirait que quelqu'un a rassemblé des vieux troncs par ici
et a construit un abri," dis je en poussant un morceau de bois qui sert plus
ou moins de porte. C'est sombre à l'intérieur et il n'y a pas grand chose
comme mobilier. Je laisse la porte ouverte pour que nous ayons un peu de
lumière mais ça n'aide pas beaucoup à chasser les ombres du bâtiment.
"Est ce qu'ils vont revenir?" demande Mac avec hésitation en me suivant à
l'intérieur.
"Et bien, s'ils reviennent, j'espère qu'ils apporteront un téléphone," dis je
en jetant le sac de provisions d'urgence sur le sol sale. Il n'y a pas grand
chose ici. Juste une pile de couvertures sales dans un coin et quelques boites
de bière vides éparpillées sur le sol.
"Qu'est ce que c'est que ça?" dit Mac en indiquant de la tête un seau sale
dans un des coins sombres.
"On dirait .... des clous," dis je en ouvrant le couvercle. "Les clous qu'ils
ont utilisés pour construire cette cabane."
"On peut le nettoyer et l'utiliser pour récupérer de l'eau," dit elle en
continuer à regarder autour d'elle. C'est petit. Très petit. Je n'ai aucune
idée de ce à quoi ça sert ou pourquoi les gardes forestiers laissent ça ici,
mais pour l'instant, je suis heureux que ce soit là.
"D'accord," dis je. "Ca me parait bien."
Elle me regarde pendant que je réunis les couvertures et les apporte plus près
de la porte, les étale et finis pas m'asseoir au milieu de la pile. elle
commence à jeter les clous restants et à préparer le seau. Il faudrait qu'on
fasse bientôt du feu avant que la lumière baisse, mais je suis trop fatigué
pour me lever ou bouger pour le moment.
"On aurait peut être dû rester près de l'avion," dis je en commençantà douter
de moi. "Et si ..."
"Je ne commencerais pas à penser à ça. Nous sommes ici," dit elle et je hoche
de la tête. Elle tire une des couvertures sur lesquelles je suis assis et
l'utilise pour essuyer et nettoyer le seau. Avant qu'elle ait fini, la pluie
recommence à tomber , coulant à travers le contreplaqué du toit et
s'infiltrant entre les planches des murs. Mac regarde l'eau qui commence à
entrer de partout à la fois. "Mais peut être que cela aurait été plus sec près
de l'avion."
"Ils vont nous trouver," dis je en sachant qu'on nous a trouvé quand nous
étions dans des endroits moins accessibles.
"Oui", dit elle en me regardant. "J'espère qu'ils vont nous trouver bientôt.
Tu as une mine abominable."
*****************
Je le regarde dormir et je me fais du souci. Normalement, il aurait dû être le
premier à essayer de faire quelque chose pour nous sortir de ce bordel. Au
lieu de cela, il est profondément endormi et quand il bouge, il pousse
d'horribles petits gémissements.
Il me ment au sujet de quelque chose et il n'y a rien à faire pour qu'il me
dise la vérité. Je demande, et il détourne les yeux comme il le fait toujours
et je ne sais pas pourquoi il croit qu'il doit me protéger.
En fouillant dans le sac qu'il a apporté, je trouve un récipient pour mettre
de l'eau. au moins, la pluie a servi à quelque chose. Il faut que je trouve
comment la faire bouillir maintenant.
Ensuite je trouve à manger. Il ne plaisantait pas quand il disait qu'il n'y
avait pas grand chose. J'ouvre une barre de céréales et je recrache presque la
première bouchée. Je n'ai pas la moindre idée de combien de temps c'est resté
là dedans. Je continue à fouiller et je réalise qu'il vaudrait mieux que je
commence à aimer les barres de céréales éventées.
Harm s'agite derrière moi et je le regarder bouger avec gêne. Cela fait
combien de fois maintenant que l'un de nous deux est blessé? Trop de fois.
Nous prenons trop de risques et ceci était certainement quelque chose de
risqué. Je lui fais implicitement confiance et je n'ai jamais imaginé qu'une
chose pareille pourrait arriver.
Il gémit un peu et se roule de l'autre côté en tenant la couverture. Mon dieu,
il ressemble à May quand il fait ça. Toutes ces choses que je ne me suis
jamais autorisée à remarquer jusqu'à maintenant. Je l'ai regardée dormir
tellement d'heures, toujours agitée. Toujours accrochée à quelque chose.
Quand tout cela sera terminé, je me demande si les gens vont se rendre compte
que pendant tout ce temps, elle avait les mêmes tics que lui. Elle fait des
choses comme Mic, parce qu'il est son papa mais ici, c'est différent. C'est
subtil. Tellement subtil que parfois cela me fait même sursauter quand je m'en
rends compte. Il grogne à nouveau, doucement, et cette fois je suis sûre qu'il
va se réveiller. Mais non.
J'ai vu qu'Harm avait sorti de l'aspirine du sac tout à l'heure, mais je ne
l'ai pas vu le prendre. Mon corps me fait mal quand je m'approche de lui,
allumant la lampe de fortune que j'ai fabriquée avec des bouts de chiffons et
les vieilles boites de bière . Cet endroit va rapidement s'emplir de fumée et
je ne veux pas risquer de m'endormir quand c'est allumé.
Je vais simplement continuer à le regarder.
*****************
Je me réveille pour entendre le bruit du vent qui souffle encore plus fort.
Ils ne vont jamais vouloir faire des recherches aériennes avec un temps pareil
même si quelqu'un savait qu'il fallait nous chercher. Ou nous chercher ici.
Bouger ne fait plus aussi mal maintenant mais je reste couché sans bouger,
écoutant le vent. Il me faut un moment pour réaliser que Mac est assise et me
regarde dans la lumière vacillante d'un petit feu.
"Salut," dis je en essayant de m'asseoir. Elle me fait signe de rester allongé
et je lui obéis avec plaisir. "Tu as fait du feu?"
"Et j'ai fait bouillir un peu d'eau. Il faut que tu boives un peu dès que tu
pourras t'asseoir," m'ordonne t'elle. Je me soulève sur mes coudes et elle me
propose un peu d'eau dans un récipient qu'elle a dû trouver dans le sac
d'urgence. "Merci."
Je bois et lui rend la tasse. "Tu vas bien?" demande t'elle et j'opine avant
de me rallonger.
"Ca va aller. J'ai dormi combien de temps?" je demande et elle regarde sa
montre.
"Plusieurs heures ..... Ne t'inquiète pas. J'ai écouté pour savoir s'il y
avait des avions ou d'autres signes qu'on nous recherche. Il n'y a rien eu
pour l'instant," dit elle en s'approchant de moi et en s'allongeant à mon
côté. Sa main passe sur ma poitrine et curieusement son contact ne me fait pas
trop mal. Je ne suis pas prêt à bondir hors de ces couvertures, mais je pense
que d'ici un jour, si personne ne nous trouve, je serai capable de nous sortir
de ce bordel.
"Tu es chaude," dis je en prenant sa main dans la mienne. "Tu vas bien?"
"J'ai déjà été mieux," dit elle en soupirant. "Ce serait peut être mieux s'ils
ne nous retrouvaient jamais."
Je sais qu'elle plaisante, mais elle a raison. Il va y avoir des problèmes
quand nous allons revenir et nous l'avons toujours su. J'ai travaillé sur pas
mal de cas d'adultère ces dernières années et j'ai toujours pensé que cela
pourrait être nous un jour. La plupart sont traités sans qu'on aille au procès
et l'un des deux démissionne. J'ai toujours cherché à rationaliser pourquoi
cela ne nous arriverait pas. Personne n'en saurait rien jusqu'au jour où on
serait prêt à ce qu'ils le sachent. Maintenant, c'est trop tard. Deux avocats
du JAG avaient une liaison depuis des années et je suis sûr que cela ne va
échapper à personne.
"Tu ne crois pas ce que tu dis," dis je en me roulant vers elle. Cela fait
mal, mais je réussis à me pelotonner avec elle dans mes bras. "Tu veux
retourner auprès de May, ce qui peut se passer d'autre n'a pas d'importance."
Elle soupire doucement et je la serre plus près de moi. "Je sais. Je le veux.
Je ... elle va avoir tellement peur. Elle a dû avoir tellement peur. Je ne
peux pas croire que ça nous soit arrivé."
"Ca va bien se passer. On va s'en sortir," dis je et elle recommence à
pleurer.
"Il y a tellement de choses ... nous connaissions les règlements, Harm. Nous
savons ce qui peut se passer. Mon dieu, quel foutu bordel ..."
"Nous ne savons pas ce qui va se passer et avant que ça aille trop loin, je
démissionnerai. Je ... je peux faire quelque chose d'autre. Je peux être
avocat ailleurs que dans la Navy. Je peux peut être même gagner un paquet
d'argent," dis je et elle se tourne vers moi, sa main caressant mon visage.
"Tu pourrais être pilote de ligne ..."
"Ouais. J'ai des antécédents tellement bons," dis je et cela la fait sourire
un peu.
"Ca va aller," dit elle en essayant de se convaincre.
"Oui, ça va aller."
*****************
13 septembre 2010
Il semble que nous ne faisions rien d'autre que dormir. Que pourrions nous
faire d'autre? La pluie continue de tomber et nous ne pouvons aller nulle
part. Le sol en dessous de nous est mouillé et nous ne pouvons laisser le feu
allumé que jusqu'à ce qu'il y ait trop de fumée à l'intérieur. Alors, dans
l'obscurité de la nuit, nous dormons, dans les bras l'un de l'autre.
Je me tourne vers lui, mais il fait trop sombre pour discerner le moindre de
ses traits. Glissant ma main le long de son visage jusqu'à sa joue, je suis
soulagée de voir que sa température s'approche enfin de la normale. Avant que
je puisse bouger, il attrape ma main dans la sienne.
Dans l'obscurité, je ne peux que sentir son souffle contre mon visage alors
qu'il m'attire près de lui. Je l'embrasse et son visage est rugueux à cause de
cette barbe de plusieurs jours, mais je m'en moque. Sa langue se glisse entre
mes lèvres et nous nous reculons tous les deux au même moment.
"Du dentifrice. Il faut que j'ajoute du dentifrice dans le sac d'urgence," dit
il et je ris. Au lieu de nous embrasser, nous nous frottons le nez.
"Tu es sûr que tu peux?" je demande.
"Oui. J'en ai envie."
"Bien," dis je et brusquement, rien d'autre n'a d'importance. Nos carrières,
les conséquences, tout cela ne veut rien dire aussi longtemps que nous sommes
ensemble.
"Ca va?" je demande, effrayée à l'idée de lui faire plus mal.
"Arrête de demander," dit il.
"J'arrêterai dès que je serai sûre que tu vas vraiment bien."
"Je vais bien maintenant," dit il.
*****************
Elle se niche sur les couvertures humides tout contre moi. "Est ce que tu vas
enfin me dire ce qui ne va pas .... ce qui n'allait pas."
Je me raidis à côté d'elle et remonte mon pantalon au lieu de lui répondre.
C'était certainement bon aussi longtemps que ça durait, mais maintenant tout
redevient douloureux. Il semble que nous ignorions toujours les conséquences
de nos actes.
"Je ... il y avait du sang dans mes urines," dis je et elle s'assied à côté de
moi. Si je pouvais la voir, je suis sûre que sa bouche serait ouverte en ce
moment.
"Beaucoup?" demande t'elle, et elle passe sa main sur mon ventre. "Seigneur,
Harm. Bon sang, pourquoi n'as tu rien dit?"
"Je ne voulais pas que tu t'inquiètes," dis je et elle me repousse sur le côté
et ses doigts se promènent en bas de mon dos jusqu'à ce qu'elle touche un
endroit qui me fait gémir. "Je crois que j'ai dû me faire un choc sur les
reins. Ca m'est déjà arrivé ... il y a longtemps, quand j'ai écrasé le Tomcat
sur le pont."
"Comment sais tu si ce n'est pas plus grave?" demande t'elle , d'une voix bien
trop inquiète.
"Parce que ... Je ne sais pas, Mac. Parce que le sang s'est arrêté et que je
viens de te faire l'amour. Je crois que si j'étais en train de mourir, je n'en
aurais pas été capable," dis je et elle ne répond rien pendant un long moment.
"Si ça va plus mal, j'irai chercher de l'aide," dit elle et je commence à
rire. "Qu'est ce que tu as?"
"Tu te souviens de Renee?" je demande et elle répond "oui", les dents serrées.
"Elle m'a emmené voir ce film qui parle d'un type qui a laissé sa maîtresse
dans une grotte après qu'ils ont eu un accident d'avion ... "
"Le patient anglais?"
"Je crois. Bon enfin, il s'en va chercher de l'aide et elle meurt en
l'attendant," dis je, m'imaginant dépérissant ici dans cette petite cabane.
"C'était différent. Ils étaient dans le désert. Elle ... elle ne pouvait pas
bouger du tout," dit Mac et puis elle commence à rire elle aussi. "J'ai
toujours pensé que s'il l'aimait vraiment autant, il l'aurait portée sur son
dos pour la sortir de là."
"Je le ferais ... pour toi," dis je et elle se tait. "Je ne te laisserais pas
seule ici."
"Je ne peux pas te porter, Harm. Je suis peut être un dur à cuire de marine,
mais j'ai des limites," dit elle, la voix inquiète maintenant. Il n'y a pas de
raison de s'inquiéter.
"Tu n'auras pas à le faire. Je vais aller bien," dis je et elle se rallonge
près de moi, se blottissant contre mon bras.
"Tu as intérêt de ne pas me quitter maintenant," dit elle. "Je crois que je ne
pourrais pas affronter ... tout ça toute seule."
"Je n'y pense même pas."
*****************
"Pourquoi l'as tu épousé?" demande Harm, et ça me stoppe net. J'essayais de
récupérer davantage d'eau et je ne me serais jamais attendu à cette question.
Pas après toutes ces années.
"Je ne voulais pas être seule. Je ne voulais pas attendre plus longtemps. Je
voulais une famille. Il y a tellement de raisons, Harm, je ne peux même pas me
les rappeler toutes," dis je en soupirant, plantée là avec les mains sur les
hanches.
Il n'a pas l'air d'aller beaucoup mieux qu'hier et s'il me dit encore une fois
qu'il va bien, je vais me mettre à hurler. Et maintenant, il se met à poser
des questions stupides.
"Tu es sûre qu'elle est de moi?" demande t'il et je le regarde la bouche
ouverte, incrédule.
"Pourquoi tu demandes ça?"
"Parce que je ne peux pas croire que tu es restée avec lui après avoir eu mon
bébé," dit Harm en me fixant.
"Je ne peux pas croire que tu m'aies laissé rester avec lui," je dis, la
colère perceptible dans ma voix. Je sais qu'il est malade et je n'ai pas la
moindre idée de la raison pour laquelle il commence ça maintenant. Ca doit
être la fièvre qui le fait délirer. Dommage qu'il n'ait pas vraiment assez de
fièvre pour ça. Ou peut être que c'est une bonne chose. Dieu seul sait ce
qu'il demanderait s'il délirait.
"J'avais peur."
"Tu as toujours eu peur," je rétorque et il hoche de la tête avant de fermer
les yeux.
"Il va falloir qu'on se sorte d'ici bientôt," dit il et j'écoute la pluie qui
continue de tambouriner sur le toit. "Nous ne pouvons pas nous cacher ici
éternellement."
"De quoi crois tu que nous nous cachons?" je demande. Je verse un peu d'eau
dans le récipient et lui donne. Il ouvre les yeux, s'assoit et boit une
gorgée.
"Je crois que nous nous cachons parce que là bas, nos vies sont complètement
merdiques maintenant," dit il et je secoue la tête.
"Je veux retourner auprès de ma fille ..."
"Notre fille?"
Je le regarde fixement, j'ai si peu l'habitude d'entendre ces mots sortir de
sa bouche. "Oui. Je veux retourner près d'elle. Elle est plus importante que
tout le reste au monde."
"Est ce que tu en as jamais voulu un autre?" demande t'il et je dois
réfléchir. Pendant toutes ces années, ça a été tellement difficile de cacher
ce que je croyais être la vérité au sujet de May, mais je ne suis pas bien
sûre de savoir avec qui il pense que j'aurais voulu d'autres enfants. Avec
lui, ou Mic ou ... je n'en sais rien.
"J'avais mieux à faire que de désirer quelque chose que je ne pouvais pas
avoir. J'ai passé tellement de temps dans ma vie à faire ça, tu sais. J'étais
contente de l'avoir," dis je en fermant les yeux et en revoyant son petit
visage. Je veux la sentir dans mes bras tellement fort que mes bras m'en font
mal. Mon coeur souffre aussi et je veux seulement rentrer bientôt près d'elle.
"J'étais en colère après toi pendant si longtemps, tu sais."
"Pourquoi?" demande t'il et je soupire. Je suppose qu'il était stupide de ma
part de penser qu'il le savait déjà.
"Parce que je voulais que tu reconnaisses qu'elle était de toi. Comment as tu
pu être aussi aveugle?" je demande.
"Tu m'as dit le contraire. Tu crois que l'idée ne m'a jamais traversé? J'ai
seulement pensé que ce n'était pas ce que tu voulais. Tu voulais épouser Mic.
Tu voulais fonder une famille avec lui. Je ne sais pas quel rôle j'étais censé
jouer là dedans," dit il et il a raison. J'ai choisi de rester avec Mic à ce
moment là. Je l'ai laissé élever cet enfant qui maintenant nous appartient à
tous les trois. Je voulais la famille parfaite sans aucun problème et
maintenant tout va s'effondrer.
"Quel rôle veux tu jouer maintenant?" je l'interroge, me demandant s'il va
changer d'idée par rapport à tout ce dont nous avons parlé auparavant.
"Je veux revenir quelques années en arrière," dit il en me surprenant.
"Ce n'est pas possible. Ni pour toi, ni pour moi," dis je. "Nous ne pouvons
pas changer le passé maintenant. Est ce que tu vas bien? D'habitude, tu ne
parles pas de ça."
"Peut être que le moment est venu," dit il en fermant à nouveau ses yeux.
"Tu m'inquiètes," dis je et il ne répond pas.
*****************
14 septembre 2010
Une autre journée s'écoule lentement et la pluie finalement se calme. Il
faillait que ça s'arrête, ou toute cette foutue forêt allait finir par être
engloutie. Je suis frustré par notre incapacité à faire quoique que ce soit
pour nous sortir de là maintenant. Et à cause de ma frustration, je la rends
folle.
J'ai perdu mon avion, et très probablement ma carrière et je n'ai aucune idée
de la direction dans laquelle cette histoire avec Mic et May va aller. Je
déteste n'avoir pas de contrôle sur tellement de choses à la fois.
Je me lève et m'étire, ça fait encore mal, mais au moins je peux me lever. Si
je peux me lever, nous allons pouvoir partir d'ici bientôt. Demain. Si
personne ne nous trouve d'ici demain, nous devrons partir. Seulement je ne
sais pas bien dans quelle direction.
En sortant, je trouve Mac dehors, les yeux levés vers le ciel. "Comment te
sens tu?" demande t'elle sans me regarder.
"Mieux."
Elle continue de scruter le ciel, et il doit y avoir une raison. "J'ai cru que
j'avais entendu quelque chose."
"Un avion?" je demande en regardant le ciel avec elle.
"Je pense ... il était sacrément loin," dit elle.
"S'ils trouvent l'épave, ils sauront que nous sommes dans le coin et ils
sauront que nous nous sommes sortis vivants de l'accident," dis je et elle
opine. "Ca ne sera plus long, maintenant."
"Es tu prêt?"
"A faire enfin face aux conséquences? Je ne sais pas," dis je en détournant
mon regard du ciel silencieux et en baissant les yeux. "Je n'ai jamais imaginé
ma vie en dehors de la Navy."
"Nous ne savons pas si cela va arriver," dit elle. " Nous ne savons rien pour
l'instant."
"Nous savons quelques petites choses."
"Mon mariage est fini," dit elle avec un soupir. "Celui là, oui, mais il y a
toujours le prochain ," dis je et elle se tourne et me jette un regard
étrange.
"Hier tu disais ... "
"Je suis désolé. Je suis désolé pour hier. J'étais frustré parce que je ne
peux rien faire d'ici et il semble que personne ne va se mettre à nous
chercher. Je m'en suis pris à toi et je n'aurais pas dû," dis je en tendant la
main vers la sienne.
"Ils sont en train de nous chercher. Je sais qu'ils le font," dit elle et nous
regardons tous les deux vers le ciel, où les nuages commencent à se rassembler
à nouveau, sombres et menaçants.
"On est mardi," dis je et elle serre ma main. Nous savons tous les deux ce que
cela signifie.
"Tout le bureau pense que nous sommes en absence non autorisée ensemble," dit
elle d'une voix juste un peu hésitante.
"L'amiral le sait maintenant. Je suis sûr que Mic l'a prévenu quand tu n'es
pas rentrée de Norfolk et cela n'a pas dû lui prendre longtemps pour
comprendre le reste, surtout puisque tu n'avais pas de raison de te rendre à
Norfolk," dis je et la pluie commence à tomber doucement sur nous, une fois de
plus. Nous ne bougeons pas pour rentrer. "Je suis sûr qu'il reste aussi
discret que possible."
"Tu crois vraiment que personne ne savait avant aujourd'hui?" demande t'elle
et je souris.
"Tu me demandes si je crois que l'amiral le savait déjà? Je crois qu'il a
toujours su qu'il y avait quelque chose entre toi et moi. Mais ce que c'était
vraiment, je crois qu'il ne le savait pas," dis je en l'attirant dans mes bras
maintenant, alors que la pluie commence à tomber plus fort.
"Mic ne serait jamais resté s'il l'avait su. Je voulais qu'il sache, Harm,
j'ai toujours souhaité qu'il devine, mais pas comme ça. Il ne sait pas si je
suis vivante ou non et je n'ai jamais voulu ça," dit elle et je vois qu'elle
fait de gros efforts pour ne pas pleurer. "May ne sait pas où je suis et je
... je veux la voir ... "
"C'est comment?" je lui demande , essayant de la distraire de l'émotion qui
est en train de la submerger.
"Qu'est ce qui est comment?"
"D'aimer quelqu'un autant que tu l'aimes. C'est comment?" je redemande et elle
sourit.
"Il n'y a pas de façon de le décrire," dit elle, la voix débordante de fierté
et d'amour pour cette petite fille. "Mic l'aime aussi comme ça, tu sais."
"Tu crois que j'ai l'intention de l'enlever à Mic?" je demande, inquiet
qu'elle puisse penser une chose pareille. "C'est son papa. Je sais ce que
c'est que de perdre son papa et je ne lui ferais jamais ça, quoiqu'il puisse
arriver entre toi et moi."
"Je veux que tu l'aimes comme ça, toi aussi," dit elle. "Elle va être
malheureuse à cause de tout ça, mais je veux que tu l'aimes."
"J'aimerais avoir l'occasion de le faire," dis je et nous nous glissons à
nouveau dans la cabane avant que la pluie nous engloutisse.
*****************
15 septembre 2010
"Tu es prête?" demande Harm alors que je ramasse les dernières couvertures et
les repose là où nous les avons trouvées. Je le regarde clouer un mot
indiquant la direction dans laquelle nous allons partir, dans le cas où ils
arriveraient dans le coin bientôt.
Il se recule et le regarde en massant le bas de son dos.
"Tu es sûr que tu es en état?" je demande, et il laisse vite tomber ses mains.
"Je vais mieux. Nous ne pouvons pas rester ici beaucoup plus longtemps,
surtout qu'il semble que personne ne va trouver cet endroit," dit il en se
retournant et en remettant nos affaires dans le sac. Il ne reste pas grand
chose comme nourriture et l'eau va se faire rare dès que nous serons partis
d'ici.
"N'en fais pas trop, d'accord? Tu n'es plus aussi jeune que tu le crois," dis
je et il secoue la tête.
"Je ne suis pas vraiment prêt à être mis au vert, non plus," répond il en
jetant le sac vers la porte.
"Ce n'est pas ce que je voulais dire, et tu le sais. C'est juste qu'aucun de
nous ne rajeunit et tous ces coups et ces bleus ont bien dû laisser des
traces," dis je en m'asseyant sur la pile de couverture pendant qu'il finit de
se préparer.
Il fait encore quelque chose et vient s'asseoir près de moi, prenant ma main
dans la sienne. "Tu es prête?" demande t'il.
"Pour quoi?" je demande en refoulant les larmes qui continuent à me monter aux
yeux.
"Pour rentrer à la maison. Pour voir ce qui va arriver," dit il. Il prend ma
main et la regarde, la tournant dans la sienne. "Tu n'as pas perdu tes bagues
dans l'accident, n'est ce pas?"
"Non. Je les ai toujours," dis je en regardant ma main, moi aussi.
"Il faudra que je t'en offre une autre .... c'est à dire, si tu veux ..."
Avant qu'il puisse prononcer d'autres paroles, la porte s'ouvre d'un coup et
le reste du monde nous tombe dessus.
*****************
Je l'observe du coin de l'oeil pendant qu'elle parle à Mic. Il regarde vers
moi, ne cachant pas sa déception. Une des personnes de l'équipe de secours
m'examine et essaie de bander mes mains, mais je ne tiens pas en place. Je
veux savoir ce qu'elle est en train de lui dire. Ce qu'il lui dit à elle. Je
sais qu'en ce moment, c'es une affaire entre eux deux, mais je suis .....
inquiet.
"C'est ça que tu voulais?" dit il plus fort et je baisse les yeux vers ma
main. La personne qui la soigne essaie d'ignorer ce qui se passe et de
simplement faire son boulot, mais je le vois tressaillir quand la voix de Mic
monte d'un ton.
Mac lui répond quelque chose mais je ne peux pas l'entendre à cause du type
qui me parle. "Il faut qu'on vous emmène à l'hôpital pour vérifier les
éventuelles blessures internes," dit il en finissant de bander ma main. "Mais
si j'en juge par l'épave, vous deux avez de la chance d'être vivants."
"Mic, je ... je ne suis pas prête à parler de ça," dit Mac en s'éloignant de
lui. La colère dans ses yeux est maintenant dirigée vers moi.
"Ouais, veinard," je grommelle et le type s'éloigne. Au moins, si Mic me casse
la gueule, quelqu'un a de quoi me soigner. Il s'avance vers moi, les poings
serrés. Je ne vais pas me battre avec lui. Ca servirait à quoi?
"Alors, c'est comme ça que vous faites les choses?" demande Mic avec tellement
de colère dans la voix qu'il m'envoie des postillons.
"Mic, écoutez...."
"Non, c'est vous qui m'écoutez. Elle m'a épousé. J'ai accepté le fait qu'en
réalité, c'était vous qu'elle voulait vraiment mais elle m'a épousé parce que
vous étiez trop lâche pour faire le moindre mouvement. Tout ce que vous auriez
eu à faire, c'était de l'appeler et elle vous aurait rejoint en courant, mais
vous n'avez rien fait. Pourquoi l'avez vous fait une fois qu'elle avait pris
sa décision? Tous ces stupides petits avions en papier. Partons voler
ensemble. Bordel, à quoi vous pensiez?" demande t'il , le visage figé comme
dans la pierre.
"Je l'aime," dis je et il ferme les yeux en entendant mes paroles. "Et elle
m'aime."
"Mais elle et moi, nous avons une vie ensemble. Un enfant ..." commence t'il à
dire, mais il s'arrête, ses yeux s'ouvrent lentement. Il est en train
d'assembler toutes les pièces à partir de ses soupçons. Comment aurait il pu
soupçonner ça? "Non..."
"Mic," dis je, mais c'est trop tard. Il tourne les talons et se dirige vers
Mac.
*****************
Je sens sa main sur mon épaule une seconde avant qu'il me fasse faire demi
tour. "Je peux accepter le fait que tu le veux lui plus que tu me veux moi,
mais comment as tu pu me mentir au sujet de May?" demande Mic et je ne sais
pas quoi dire. Tout ce que je pourrais dire ne rendrait pas les choses moins
douloureuses.
"Mic, cela n'a pas d'importance de savoir qui est biologiquement .... " avant
que je finisse, il m'interrompt avec un éclat de rire douloureux.
"Pas d'importance? Bien sûr que ça en a, Sarah. Je vais rester avec rien du
tout. Il t'a toi. Mais de toute façon il t'a toujours eu, n'est ce pas? Et
maintenant ma fille. Notre fille. Pourquoi tu ne me l'as pas tout simplement
dit à l'époque?" demande Mic et je ne peux pas me souvenir de toutes les
raisons pour lesquelles je ne lui ai pas dit la vérité. Je ne me souviens que
d'une chose.
"Je ne savais pas," dis je et il garde ses mains sur mes épaules, me serrant
plus fort qu'avant. "Je ne savais pas et je pensais que cela allait arranger
les choses entre nous. Il ne .... c'était fini depuis un moment à l'époque et
je ..."
"Tu m'avais pour élever l'enfant dont il ne voulait pas?" demande Mic,
regardant par dessus mon épaule. Je me retourne et je vois Harm debout, les
bras croisés sur la poitrine, qui ne dit pas un mot. "Je l'aime, Sarah. Je
l'aurais fait même si j'avais su."
"Mais il ne savait pas. Je lui ai menti à lui aussi," dis je d'une voix basse
pour que tous ces gens n'en apprennent pas plus que ce qu'ils savent déjà.
"Parlez moi du discrédit que vous apportez à l'uniforme," dit Mic en faisant
la moue et je ne veux pas le suivre sur ce terrain pour l'instant. "Tu as eu
le bébé d'un autre officier et n'as jamais daigné lui dire que c'était le
sien?"
"Oui," dis je et Harm s'approche.
"Restez en dehors de ça, mon vieux," crie Mic, mais il continue d'avancer.
"Pourquoi on ne parlerait pas de ça quand on se sera calmé. Mac veut voir sa
fille et je suis censé aller à l'hôpital," dit Harm et Mic le regarde comme
s'il allait le tuer.
"Notre fille," dit Mic, les yeux fixés sur moi. "Je ne vais pas l'abandonner
si facilement."
"Personne n'a dit que vous auriez à le faire," dit Harm en se reculant d'un
pas.
"C'est bien. Parce que ça n'arrivera pas," dit Mic. Il se tourne vers moi, ses
yeux emplis de tellement de douleur que je ne peux pas continuer à le
regarder. Puis il s'éloigne, nous laissant là, Harm et moi, à nous regarder
avec des yeux implorant le pardon.
"Désolé de vous déranger, mais je viens d'apprendre qu'il y a une clairière à
quelques centaines de mètres d'ici et ils vont faire atterrir un hélicoptère
pour venir vous chercher et vous amener à l'hôpital. Vous êtes prêts à
partir?" demande un des sauveteurs et nous nous tournons vers lui.
"Oui," répondons nous ensemble avant de baisser les yeux.
Je ferais n'importe quoi pour m'éloigner de ces gens qui nous regardent.
*****************
Le docteur finit de m'examiner et écrit ses instructions pour l'infirmière
pendant qu'il continue à me donner des explications. "Nous allons vous garder
ici pour la nuit en observation. Vos reins ont l'air d'aller mieux mais c'est
pour être sûr," dit il, griffonnant encore quelque chose.
Je bouge le bras et déplace le tube de l'intraveineuse. Je déteste être pris
au piège ici mais il n'y a rien que je puisse faire pour que le temps avance
plus vite. Je lève les yeux vers la pendule, puis à nouveau vers le docteur.
"Vous allez devoir boire beaucoup et vous reposer. Vous pouvez être content
que les dommages n'aient pas été plus graves, sinon vous seriez mort dans ces
bois," dit il franchement en me regardant par dessus ses lunettes.
Je soupire. Les dommages sont déjà bien assez graves comme ça. La famille. La
carrière. La confiance. Tout a disparu.
"J'ai déjà eu des accidents plus graves," j'ajoute, mais il m'ignore et
continue.
"Je reviendrai voir comment vous allez demain matin et je vous laisserai
probablement partir," dit il en finissant de noter une dernière chose sur le
grand cahier avant de le fermer et de le poser sur la table roulante devant
moi.
"Merci," dis je et il me fait un signe de tête avant de se diriger vers la
porte. Moins d'une minute après, j'entends quelqu'un frapper.
"Harm?" j'entends Mac appeler.
"Oui. Entre," dis je et elle entre dans la chambre en tenant May dans ses
bras. Elle a l'air bien trop grande pour que sa mère la porte, mais elle ne la
lâche pas. Ses bras sont serrés autour du cou de Mac et elle a l'air plutôt
satisfaite.
"May?" dit Mac doucement et May lève la tête. Elle repousse une mèche de
cheveux bruns qui lui tombe dans les yeux et baisse les yeux vers moi. "Tu te
souviens du commandant Rabb? Tu l'as rencontré à une petite fête il y a un
moment."
"Non," dit May en se retournant vers sa mère.
"May, voici Harm," réessaie Mac, et cette fois ci May se tourne vers moi et me
regarde avec curiosité. "C'est un ami à moi et j'aimerais que toi aussi tu le
connaisses."
Elle ne dit rien. Elle me regarde simplement avec les yeux d'un enfant qui
essaie d'assembler les pièces d'un puzzle.
"Bonjour, May. Je suis ravi de te revoir," dis je en tapotant le bord du lit.
Mac s'assied et May continue à s'accrocher à elle.
"Je veux papa," dit May à sa maman, et je vois la peine passer sur le visage
de Mac.
"Il est juste dehors, mon coeur. J'ai juste quelques petites choses à dire à
Harm et nous ressortirons pour aller voir papa," dit Mac et May pose sa tête
sur l'épaule de sa mère.
Pendant une seconde, je me dis que cela ne va jamais marcher. Je ne pourrai
jamais avoir une place dans tout cela. Et puis May se tourne et me regarde.
"Qu'est ce qui t'est arrivé? Tu étais dans l'avion avec ma maman?" demande
t'elle.
"C'est moi qui pilotais l'avion," je réponds. J'ai envie de tendre la main et
de toucher son bras fin et bronzé, mais je ne le fais pas. Elle me regarde
attentivement, essayant dans sa jeune tête de comprendre toutes les
implications de ce que je viens de dire .
"Tu ne pilotes pas très bien, hein?" demande t'elle finalement, et je ris.
"Non, pas toujours," dis je et elle se retourne vers sa maman.
"Nous allons la ramener à la maison. Je vais avec eux ... tu sais, pour
qu'elle comprenne ..." commence Mac et je hoche de la tête. Elle se lève mais
ne s'en va pas tout de suite.
"C'est une bonne idée. Il va probablement falloir que je voie les gens de
l'aviation civile et que je m'occupe de l'avion dès que je serai sorti, de
toutes façons," dis je et elle reste là et passe May d'une hanche sur l'autre.
Je veux dire à Mac que ça va aller. Que je l'aime et qu'on va s'en sortir,
mais je ne peux pas avec May dans la pièce. Je ne sais pas si nous serons
capables de dépasser tout ça, mais je pense que seul le temps nous le dira.
Mic entre dans l'embrasure de la porte, ses yeux m'évitent. "Tu es prête,
Sarah?" demande t'il et May glisse des bras de Mac et sautille vers son papa.
"Une minute," dit elle et Mic ramasse May et se détourne. La petite fille
s'accroche à son .... à Mic , l'embrassant sur la joue avant qu'ils sortent
tous les deux.
"Ca va aller?" je demande, en détournant les yeux de la scène qui vient de se
passer. Mac s'approche plus près du lit, posant sa main sur la mienne.
"Ca va être un vrai bordel. Un long bordel juridique, mais je crois que nous
avons déjà réglé certaines choses. Maintenant, nous devons juste nous occuper
de notre travail et .... de la suite de cette histoire," dit elle, et les
larmes lui montent aux yeux. Elle bouge sa main et croise ses bras sur sa
poitrine en se rasseyant sur le bord de mon lit, refoulant ses larmes.
J'attrape un morceau de papier que le médecin a laissé, des instructions pour
quelque chose dont je me moque totalement en ce moment. Je le plie rapidement
aussi bien que je peux, avec l'intraveineuse dans ma main, puis je tapote son
épaule avec. Elle se retourne et sourit presque en prenant le petit avion de
papier de mes mains et le tourne et le retourne dans sa main.
"Ca va bien se passer," dis je. Elle essuie ses larmes et baisse les yeux sur
le papier plié.
"Oui, un jour, ça ira. Tout finira par s'arranger."
*****************
Fin