(Type a title for your page here)




CHAPITRE III

13 septembre 2010
Je me réveille sur le sol. Les lettres sont encore ici, toutes exactement là
où je les ai balancées la nuit dernière. Elles m'encerclent, je les touche et
j'accepte qu'elles soient bien réelles. Toute cette affaire n'a pas disparu
pendant la nuit. Quelque soit le liquide contenu dans la dernière bouteille de
bière que j'ai prise hier soir........ce matin...je ne sais quand.......il a
maintenant lentement coulé sur la moquette beige. Le chien le lappe jusqu'à ce
qu'il remarque que je suis réveillé.
"Ca a un goût de vieille pisse, hein?" et Cricket court vers moi et me lèche
le visage avant de faire sa danse de "sors moi vite dans la cour". Le cocker
renifle mon entrejambe, et je sursaute. "Tu as raison, mon vieux, moi aussi,
je dois y aller."
May est debout dans l'embrasure de la porte, elle me regarde pendant que je me
lève péniblement. Je n'ai pas bu assez pour avoir la gueule de bois, mais je
suis un peu raide d'avoir dormi par terre dans un coin de la chambre.
"Est ce que maman est rentrée à la maison" demande ma fille, agrippée à son
ours en peluche. Elle est en pyjama et ses cheveux sont tout emmêlés. Je vois
aussi qu'elle a pleuré.
"Non, chérie, maman n'est pas encore à la maison. Bientôt. Elle sera bientôt à
la maison. Est ce que tu peux sortir Cricket avant qu'il fasse pipi dans la
maison? Je vais descendre dans une minute et nous préparerons le petit
déjeuner," dis je, elle dit oui de la tête et appelle son chien. Il la suit
docilement partout où elle va.
Je déteste ne pas pouvoir lui en dire plus. Ce que j'ai pu penser cette nuit
n'a pas d'importance, j'espère de toutes mes forces que sa mère est vivante.
Mais qu'est ce que je peux faire? Rien d'autre qu'attendre.
Je ramasse tous les petits papiers et les remets dans leur boite. Je dois
m'occuper de ma fille, et non me lamenter constamment sur mon sort. J'ouvre un
dernier billet. Il y en a une série qui a attiré mon regard auparavant et je
ne peux pas m'empêcher de les reprendre. Leurs dates sont si proches les unes
des autres. Ca doit être quand tout a commencé. Je leur jette un dernier coup
d'oeil, puis je les fourre tous à nouveau dans leur boite, je referme le
couvercle et pose la boite sur le lit.
Ma petite fille a besoin de moi. Je ne peux pas passer la journée à les
regarder.
***********************
7 Août 2003
Merde. Je n'ai pas besoin de ça aujourd'hui. Pas une fois de plus. Je ramasse
le bout de papier posé sur mon bureau et le plie moi même pour en faire un
avion de papier, dans l'intention de l'envoyer voler dans la corbeille à
papiers. Je suis sur le point de l'envoyer rejoindre ce qui est dans la
poubelle quand je m'arrête. Exactement comme je l'ai fait les trois ou quatre
fois précédentes.
Je tiens l'avion dans mes mains, je joue avec ses ailes et les plie de telle
sorte qu'il ne pourra plus voler de toutes façons. Comme toute cette idée.
Elle n'aurait jamais dû voler. Et moi non plus je ne devrais plus retourner
voler avec Harm.
"Partons voler ensemble"
Et d'abord qu'est ce que ça veut dire? Les sous entendus derrière ces quelques
mots sont tellement forts. Echappez vous une journée avec moi et j'emmenerai
votre coeur voler dans les airs. Et bien sûr, tout de suite après, je
l'écraserai et le laisserai retomber sur terre.
Je mets la feuille de papier de côté et essaie de me remettre au travail. Dieu
merci, je travaille sur ce dossier avec Bud, et non avec Harm. Nous n'avons
pas eu à retravailler ensemble depuis que, par une sorte de miracle, nous
avons obtenu l'acquittement de Littleton. Nous sommes tous les deux bons dans
notre partie, mais tout jouait contre ce pauvre homme, y compris ses avocats.
Ou peut être tout simplement étions nous en train de travailler l'un contre
l'autre.
La tension qui règne entre nous est actuellement si dense qu'elle m'étouffe
presque. Aucun de nous ne sait quoi dire à l'autre. Il m'envoie des billets et
je les ignore. Je l'imagine debout près de son avion, m'attendant pendant des
heures. Je vois très clairement Harm laisser tomber en fin de compte quand le
soleil s'est couché et qu'il sait qu'il n'y a plus d'espoir.
Et puis le lundi, il ne dit pas un mot. Il me regarde juste, et ses yeux ne
reflètent aucune expression, et nous vaquons à nos occupations.
Il faut que cette histoire se termine bientôt d'une façon ou d'une autre. Je
ne peux pas continuer à vivre comme ça pour toujours. Lui non plus. Seulement,
je ne sais pas quelle est la solution.
Je ferme les yeux, et mes sens sont submergés par le souvenir de ce dernier
baiser. Ce n'était pas la première fois que nous nous embrassions, mais la
première fois qu'il m'embrassait. Mic et moi, nous nous embrassons tout le
temps. Nous faisons l'amour l'après midi le week end. Nous faisons tout. Mais
je continue de penser encore à ce baiser unique.
Je ne voulais pas m'arrêter. Oh, mon dieu, jusqu'où serions nous allés si cela
n'avait tenu qu'à moi? C'est moi qui suis mariée. C'est moi qui aurais dû le
repousser et me sauver. Au lieu de cela, c'est lui qui m'a repoussé et je me
suis enfuie par peur de la conversation qui allait suivre. Je ne voulais pas
qu'il s'excuse de m'avoir embrassée. Je n'étais pas désolée.
Alors, pourquoi est ce que je l'évite. Il n'essaie pas de m'éviter, lui. Est
ce qu'il veut que cette histoire aille plus loin? Il a intérêt, parce que je
ne peux plus supporter un nouveau recul.
Je ramasse la feuille de papier et la regarde. Puis je regarde l'alliance à
mon doigt. Bon sang, qu'est ce que je suis en train de faire?
****************
Mac se déplace dans la salle de repos sans me regarder. Elle se verse une
tasse de café, et sa main tremble tellement qu'elle le renverse presque. Puis
elle sort son repas du réfrigérateur et essaie sans succès de retirer le
couvercle.
"Merde!" s'exclame t'elle en cognant la boite en plastique contre le comptoir.
"Vous avez besoin d'aide?" je lui demande de l'autre bout de la pièce. Je suis
debout contre l'autre plan de travail et je la regarde. C'est ça qui a l'air
d'être la source du problème. Cela fait des mois que nous sommes allés voler
ensemble, mais nous continuons à marcher sur des oeufs quand nous sommes
ensemble. Je suis sûr qu'elle a reçu mon dernier message, mais elle n'en dira
pas un mot. Pas ici. Jamais, en fait.
Elle n'est pas venue les dernières fois quand je lui ai demandé d'aller voler
avec moi. Je suis sûr qu'elle avait une bonne raison pour cela, mais l'idée
troublante que peut être elle ne voulait tout simplement pas me voir ne me
quitte pas.Je n'en ai jamais parlé le lundi suivant. Qu'aurais je dit?
J'ai fait ce qu'il fallait, et pourtant dans le même temps tout ce que j'ai
fait était une erreur. J'ai mis fin à quelque chose dont je pensais que
c'était une erreur, et ce faisant je l'ai perdue. Si j'avais su quelles en
seraient les conséquences, j'aurais juste laissé les choses se faire. De toute
façon je l'aurais perdue.
Mac attrape la boite et va me la tendre quand Bud entre dans la pièce. "Oh,
super! Je n'arrive pas à enlever le couvercle. Vous pouvez m'aider, Bud?"
"Bien sûr, Madame", dit Bud en me regardant d'un air étonné. Il se demande
pourquoi elle ne me l'a pas demandé. Dommage que je n'ai pas de réponse à lui
donner. "Et voilà."
"Merci, Bud. Vous m'avez sauvé la vie" dit Mac en sortant de la pièce sans
même réchauffer son repas. Je ne suis même pas sûr qu'elle a pris une
fourchette.
"Qu'est ce qui ne va pas avec le colonel MacKenzie, monsieur?" me demande Bud.
S'il y a une chose dont j'ai toujours été reconnaissant à Mac, c'est bien
qu'elle ait gardé son nom de jeune fille. Je ne sais pas combien de fois elle
aurait dû expliquer pourquoi on l'appelait Mac si son nom de famille était
Brumby.
"Et bien, Bud, je ne sais pas ce qui ne va pas avec le colonel MacKenzie. Peut
être qu'elle a des problèmes à la maison" dis je sans y prêter plus
d'attention. Je ne veux certainement pas discuter de tout ça avec Bud. Je ne
veux pas en discuter avec qui que ce soit.
"Dites, monsieur, est ce que vous allez bientôt faire un tour avec votre
Stearman? Il y a longtemps que je ne suis pas allé avec vous, et si jamais
vous avez besoin de quelqu'un , je serais heureux de vous accompagner", dit
Bud.
Il sort son déjeuner gentiment préparé du réfrigérateur. C'est emballé dans
une sorte de grand Tupperware, et il réchauffe au micro-ondes ce qui doit
l'être, après avoir lu avec attention les instructions sur le post-it joint
avant de mettre en marche le minuteur. Il a même un thermos de ce qui très
probablement doit être du jus de fruit. Ou du chocolat. Est ce que ça
ressemble à ça, la vie quand on est marié? Quelqu'un qui prépare votre
déjeuner. Quelqu'un qui porte vos bébés. Quelqu'un qu'on quitte pour une
journée pour aller voler avec un copain célibataire.
Je ne suis pas sûr.....Je ne sais pas si je pourrais le faire. Pas comme Bud
le fait. Je ne pense pas que je pourrais.
"Je m'en souviendrai, Bud. Je n'ai tout simplement pas eu envie d'aller voler
ces derniers temps", dis je à Bud en lui mentant, et je le laisse dans la
cuisine avec son repas trop parfait.
****************
"Ne réponds pas, chérie," dit Mic quand le téléphone recommence à sonner. Qui
que ce soit, il est vraiment tenace.
"Oh Mic. Il le faut. Cela pourrait concerner cette audition qui a été reportée
à mardi..."
"Tu n'as pas répondu les trois fois précédentes quand il a sonné," dit il en
me prenant dans ses bras et en me serrant contre lui. Je me libère de son
étreinte et roule vers le téléphone. "En plus, tu n'es pas censée de lever
tout de suite après. C'est ce que les docteurs ont dit."
"Rien à faire des docteurs, Mic. De toute façon rien ne va marcher." dis je en
décrochant le combiné sans fil du téléphone.
"Allô," dis je, répondant juste avant que le répondeur automatique ne se mette
en marche. Jusqu'à présent, ils n'ont pas laissé de message.
"Mac, c'est Harm" dit il et je sais qu'il ne s'agit pas d'une audition. Il a
l'air ......déterminé et je sais que nous allons résoudre toute cette histoire
ici et maintenant.
"Oui, il y a un problème?" je demande en sortant de mon lit et en enfilant ma
robe de chambre. Oh et puis zut, de toute façon cela n'a pas d'importance. Il
n'y aura pas de bébé ce mois ci pas plus qu'il n'y en a eu le mois dernier.
"Qui est ce?" demande Mic. Je me retourne vers lui, il tapote mon côté du lit
pour que je revienne me blottir dans les draps chauds. Me blottir contre lui.
"C'est.....au sujet de l'audition. Je reviens tout de suite, d'accord? Il faut
que je prenne quelque chose dans ma mallette," dis je et une expression de
désappointement passe sur son visage.
Je n'aurais jamais pensé que Harm en viendrait à m'appeler à la maison à ce
sujet. Bon sang, mais qu'est ce qu'il veut de moi?
Probablement la même chose que ce que je veux de lui.
"Quelle audition?" demande Harm. Je ne dis rien jusqu'à ce que je sois
descendue dans la cuisine. Je n'allume aucune lumière. Par la fenêtre au
dessus de l'évier, je regarde l'ombre de la lune danser au dessus de la cour.
"Que vouliez vous que je dise? Que c'était vous au téléphone?" je demande en
faisant attention de ne pas prononcer son nom, dans le cas où Mic m'aurait
suivi jusqu'ici. Il s'est probablement endormi maintenant mais je ne veux tout
simplement prendre aucun risque. Ou au moins pas plus que je n'en ai déjà
pris.
"Pourquoi mentir? Nous n'avons rien fait de mal," dit il d'une voix monocorde
et sans expression. En fait, il a plutôt l'air furieux qu'autre chose. Je ne
sais pas pourquoi il devrait être furieux si nous n'avons rien fait de mal,
comme il le dit.
"Vous avez bu?" je lui demande, voulant savoir pour quelle raison il m'appelle
chez moi à cette heure tardive.
"Non, pourquoi?" demande t'il et je ne réponds pas tout de suite. Je ne pense
pas qu'il soit chez lui. J'entends indistinctement les bruits de la rue en
fond sonore. Un coup de klaxon. Des couples qui bavardent. Il est peut être en
train de m'appeler depuis une cabine téléphonique quelque part. A l'extérieur
d'un bar de Washington District. Il a dû boire quelques bières pour se donner
le courage de m'appeler. Le courage de me supplier de venir avec lui.
Oh Mac, ne te mets pas de fausses idées en tête. Je soupire, j'arrête de
regarder par la fenêtre et je m'adosse au plan de travail. Je regarde la
grande aiguille qui tourne sur la pendule de la cuisine, mais je sais déjà
combien de secondes se sont écoulées depuis qu'il m'a demandé pourquoi.
Exactement 67 secondes. Une minute et sept secondes, c'est long quand vous
attendez à l'autre bout d'une ligne de téléphone silencieuse.
"Vous avez juste l'air bizarre. C'est tout " dis je en m'éclaircissant la
gorge. Je m'avance vers les portes fenêtres et appuie ma tête contre les
vitres.
"Venez avec moi, Sarah. Partons voler ensemble."
Je ferme les yeux, et la vitre chaude sous mon front devient encore plus
chaude qu'à cause de cette simple nuit d'août. Et tout autour de moi dans
cette pièce devient chaud. Je sais ce qu'il me demande. Il ne s'agit pas juste
d'une petite ballade dans son avion, et à la fin de la promenade nos chemins
qui se séparent.
Pour la première fois depuis longtemps je perds la notion du temps. C'est
quelque chose que je n'ai encore jamais ressenti à cause d'Harmon Rabb. Oh mon
dieu. Je pourrais arrêter définitivement de compter les minutes s'il dit
simplement mon nom et me redemande encore de venir.
"S'il vous plait, Mac...tout le week end. Nous reviendrons lundi. Venez avec
moi " dit il d'une voix tellement désespérée. Tellement suppliante. Il a
besoin de moi. Après tout ce temps, il a besoin de moi. Et tout ce temps passé
n'a plus aucune importance.
Je chuchote " Oui " dans le combiné. Le son de ma voix m'apparait tellement
étranger. Je peux à peine croire que je viens de lui répondre. Je n'ai pas
besoin de dire autre chose. Il raccroche à l'autre bout du fil juste avant que
j'éteigne le combiné.
Je me retourne et je glisse lentement le long de la porte pour finir assise
sur le carrelage frais à regarder fixement le téléphone. La porte tremble
derrière mon dos pendant que je me balance d'avant en arrière, essayant de
réfléchir. Qu'est ce que j'ai fait?
Même si nous n'avons encore rien fait, notre destin vient d'être scellé.
*****************
8 Août 2003
Elle s'avance vers moi, ses pieds impriment dans l'herbe vert foncé de l'été
la preuve de ce que nous allons faire. La rosée du matin ne s'est pas encore
évaporée et elle est là. Elle est même en avance. Mon coeur bat si fort dans
ma poitrine que tout le monde doit l'entendre à 10 kilomètres à la ronde.
Mac est en uniforme, elle porte son habituel sac de voyage en bandoulière.
C'est probablement le seul moyen qu'elle a trouvé pour s'esquiver pour le week
end. Je l'ai vue mettre sa casquette avant de sortir de sa voiture. Tout est à
sa place, et pourtant il y a tellement de choses qui ne sont plus comme elles
le devraient. Elle est là devant moi, et ne s'approche pas à plus d'un mètre.
Je veux me rapprocher d'elle, mais je la laisse imposer le rythme. Pour
l'instant, c'est elle qui décide.
"ESt ce que je peux me changer quelque part? J'ai dû .....dire que je devais
partir sur une enquête. Que je ne serai pas de retour avant lundi soir," dit
elle doucement à voix basse. C'est comme si elle pensait qu'en ne faisant que
chuchoter les mots, on ne verra pas que c'est un mensonge. Le premier d'une
longue série.
"Par là. Allez à l'intérieur du hangar, vous y trouverez des toilettes," dis
je lui indiquant du doigt la direction d'un des bâtiments de l'aérodrome. Je
la regarde partir dans cette direction jusqu'à ce qu'elle disparaisse de ma
vue. Ensuite j'essaie de me concentrer sur les préparatifs du vol. Mon regard
glisse sans cesse vers le hangar, je l'attends. Je la veux.
Seigneur, Rabb. Reprends toi ou nous n'y arriverons jamais. Je contrôle encore
une fois le moteur, juste pour avoir quelque chose à faire. Je passe les mains
sur les flancs de mon avion, et je remarque que mes mains tremblent. Je me
sens aussi nerveux que quelqu'un qui va partir faire son premier vol en solo,
sauf que cette fois ce n'est pas seul que je pars.
Mac apparaît derrière moi, se râcle la gorge et je sursaute. Je me retourne
vers elle, je retire son sac de son épaule mais je ne peux pas m'empêcher de
la tenir pendant une seconde. Le sac de Mac tombe avec un bruit sourd quand je
la prends dans mes bras. Son corps est serré contre le mien. Ses bras se
lèvent et entourent ma nuque. Ses mains attirent mon visage vers elle pour un
baiser.
Et nous nous perdons l'un dans l'autre. Sa langue glisse entre mes lèvres et
j'arrête de penser quand elle rencontre la mienne. La seule pensée qui peut
encore traverser le brouillard de mon esprit est que j'ai besoin de plus. J'ai
besoin de plus très vite.
Je sors sa chemise de son jean, et mes mains remontent le long de son dos, je
sens sa peau douce sous mes doigts. Ses doigts fourragent dans mes cheveux et
m'attirent plus près. Je veux être plus près. Tellement plus près.
C'est Mac qui se recule, mais je ne retire pas encore mes mains. Je veux
sentir sa chaleur. Lui retirer tous ses vêtements et la toucher partout.
"Où allons nous?" demande t'elle d'une voix chargée de désir. Nous essayons
elle et moi de reprendre notre respiration et ses mains quittent ma tête. Elle
glisse ses mains dans les poches de mon jean et attire mes hanches vers elle.
"Cape May, New Jersey. Leur meeting aérien annuel a lieu ce week end. Beaucoup
de monde. Personne ne fera attention à nous," dis je, encore hors d'haleine,
les mots ont du mal à sortir de ma bouche. Nos corps oscillent, aussi proches
l'un de l'autre que nous pouvons l'être en ce moment.
"Je ne crois pas que je vais pouvoir attendre aussi longtemps", dit elle en
posant sa tête contre ma poitrine.
Je ne crois pas, moi non plus, mais il le faut. Nous ne pouvons pas le faire
là contre mon avion. "Nous avons tenu le coup jusqu'à maintenant. Nous pouvons
encore attendre quelques heures."
*****************
Respire, Sarah MacKenzie, souviens toi de continuer à respirer.
Je dois me concentrer sur ma respiration, ou je vais oublier, et alors
l'endroit où nous allons et ce que nous allons y faire n'aura plus aucune
importance.
Respire. Encore. Doucement. Profondément. Respire.
L'air coule autour de moi et chatouille ma peau dejà hypersensible, et je jure
que je peux encore sentir ses mains me toucher. Descendre le long de mon dos.
Je sens le désir contenu dans cette caresse et ce baiser, et cela m'effraie.
Cela m'effraie encore plus quand je prends conscience que je le désire au
moins autant.
Cela m'effraie tellement que je me rends compte que j'ai encore oublié de
respirer. Avoir besoin de quelqu'un à ce point me terrifie profondément. Je
n'ai jamais ressenti un désir aussi fort bouillonner en moi et je ne suis pas
sûre de savoir comment faire. Mic...je l'aime. Je suis sûre que je l'aime.
Mais est ce que j'ai besoin de lui, est ce que je le veux? Pas comme ça.
Jamais comme ça.
"On y est presque", dit Harm, sa voix brise le silence pour la première fois
depuis que nous avons décollé. J'essaie de répondre quelque chose, mais je
n'ai plus de voix. "Ca va? Mac?"
Je dois m'éclaircir la gorge avant de répondre "Oui, je vais bien."
"On va atterir dans quelques minutes", dit il et j'avale une nouvelle goulée
d'air frais. Je jure qu'il a le goût du ciel et du paradis. Il a le même goût
qu'Harm. Lui et le ciel ne sont qu'un. Libres comme le vent.........et il ne
changera jamais. Même pas pour moi.
Je tourne mon visage vers le soleil de ce milieu de matinée, et je ferme les
yeux en sentant sa chaleur. Des rayons traversent l'ombre de l'aile et leur
intensité me ramène vers la réalité. Non, je ne l'aurai jamais longtemps. Il
n'appartient qu'au ciel. Pas à moi. Et de même qu'il ne peut pas être à moi,
je ne peux pas être à lui.
J'appartiens à un autre.
"Mac?"
"Mouiais", je grommelle et en ouvrant les yeux je découvre une vue superbe
devant moi. Tout un tas de petits avions marquent autant de points dans le
ciel vif et bleu, et quand Harm fait virer l'avion pour se diriger vers la
piste, je vois l'endroit où la terre rencontre l'océan. Le soleil d'été
miroite dans l'eau, comme s'il s'étirait pour l'éternité devant nous.
"C'est beau, n'est ce pas?" demande t'il et avant que je puisse répondre, il
contacte la tour de contrôle et demande où nous pouvons atterir.
Oh oui, c'est beau. Et pour l'instant, je n'ai pas besoin de l'éternité avec
lui. Aujourd'hui sera déjà suffisant. Quoique j'obtienne, ce sera suffisant,
et que cela m'effraie n'a aucune importance.
Il faut juste que je me rappelle de respirer.
*****************
Mac a l'air plus nerveuse maintenant que quand nous sommes partis. C'est peut
être à cause de la foule ici sur le petit aérodrome municipal. Il y a un
risque que je connaisse quelqu'un, mais je n'ai pas l'intention de trainer
suffisant longtemps ici pour en être sûr.
Mac passe son sac d'une épaule sur l'autre, d'un geste anxieux, pendant que je
prends des arrangements avec quelqu'un pour l'avion. J'ai peur qu'elle
disparaisse si je la quitte des yeux trop longtemps. C'est elle qui a le plus
à perdre dans ce que nous allons faire. Je ne lui ferais pas de reproches si
elle choisissait maintenant de renoncer.
Mon dieu, faites qu'elle ne renonce pas.
Elle se retourne pour regarder les autres avions qui sont venus pour le week
end et quand je pose ma main sur son épaule, je sens que tout son corps est
tendu.
"Nous ne sommes pas obligés," dis je d'une voix à peine audible couverte par
le bruit d'un avion. Ses épaules s'affaissent sous ma main, comme si elle
s'effondrait sous mon geste. Elle expire profondément et se retourne vers moi.
"Ne vous défilez pas maintenant, Harm. Pas après tout le reste," dit elle, ses
yeux bruns sont plus intenses que je ne les ai jamais vus. Elle prend ma main,
la tient serrée. "Je ne vous le pardonnerais jamais, si vous changiez d'avis
maintenant."
"Vous avez cru que j'avais changé d'avis. Je pensais..."
"Arrêtez de penser", dit elle. Je croyais que nous avions dejà arrêté. Comme
si nous étions obligés de faire ce que nous allons faire. "Où allons nous? Il
vaudrait mieux que ça ne soit pas loin."
"Ils ont dit qu'ils enverraient un taxi nous attendre pour nous conduire à
notre destination", je réponds en regardant autour de moi. Effectivement, la
voiture attend près du hangar principal, je lui prends son sac et nous
rejoignons le taxi, main dans la main.
"Rabb?" demande le chauffeur et j'acquiesce, ma voix coincée au fond de ma
gorge. "Je m'appelle Edwin. Vous allez à l'auberge L'Ange de la Mer, c'est
ça?"
Je me débrouille pour grommeler un oui et j'ouvre la portière pour Mac.
"L'Ange de la Mer? Quel joli nom", dit Mac pendant que le chauffeur s'installe
derrière son volant, puis lui sourit dans le rétroviseur.
"C'est très beau, je suis sûr que vous allez aimer, madame Rabb," dit il, et
je sens Mac sursauter à cette erreur. Ce n'était rien d'autre. Simplement une
erreur. Elle porte une alliance. Elle retire sa main de la mienne, tripote sa
bague, et je détourne le regard. "L'Ange de la Mer est une belle maison
d'hôtes de style victorien. Je vois que votre époux vous a fait la surprise
d'une escapade pour le week end?"
"Oui", répond elle doucement sans corriger son erreur. Je baisse à nouveau les
yeux et je voix ses mains sagement croisées sur ses genoux. "Oui, en effet."
"Il a fait un bon choix. C'est un superbe endroit qui a toute une histoire.
Vous verrez. Le bâtiment a été coupé en deux autrefois pour le déplacer, mais
ils n'ont jamais réussi à réunir les deux moitiés" dit il en se frayant un
chemin à travers la ville.
"Très intéressant" dit Mac. Elle a l'air de ne même plus écouter maintenant .
Peut être qu'elle ne peut rien entendre d'autre que mon coeur qui bat à tout
rompre, car moi je n'entends que lui. Nous ne nous parlons pas pendant un long
moment. De temps en temps, nous échangeons un regard furtif, mais c'est tout.
Nous n'avons plus besoin de dire quoique ce soit maintenant, puisqu'elle est
là où elle veut être.
Nous approchons de la plage, et le chauffeur nous indique une longue batisse
victorienne face à l'océan. "C'est là que vous allez. Et il y a des tas de
choses à faire en ville en ce moment. Enfin, si vous sortez de votre chambre",
ajoute t'il avec un petit rire. Mac et moi nous crispons à nouveau et nous
nous regardons.
"Je suis sûre que nous allons sortir au moins une fois. Peut être pour aller
voir le lever du soleil sur la plage," répond elle, et en même temps elle dit
non de la tête. Je lui souris en essayant de calmer mon coeur pour qu'il batte
à un rythme plus raisonable.
Quand le soleil se couchera, tout aura changé entre nous. Nous ne serons plus
uniquement des amis, mais tellement d'autres choses en plus. Toutes ne seront
pas bonnes. Quand il s'engage dans l'allée, elle tend la main et tapote la
mienne pour me rassurer, et elle inspire profondément.
Peu importe ce qui va changer, tout ira bien. Je l'espère.
*****************
Il est impossible que nous arrivions jusqu'au lit. La chambre est belle, il y
a un balcon avec vue sur l'océan........mais qui s'y interesse en ce moment?
La porte était à peine fermée derrière nous quand il m'a attiré dans ses bras,
sa bouche sur la mienne avant même que j'aie pu dire un mot.
Sa bouche glisse le long de mon corps, désespérée et avide. Comme s'il ne
pouvait pas vivre sans moi. Comme s'il était en train de se noyer et je suis
l'air dont il a besoin.....et j'ai tout autant besoin de lui. La douce chaleur
qui couvait en moi depuis que je suis arrivée à l'aérodrome se transforme
maintenant en incendie et j'ai besoin de lui tout de suite.
Harm gémit doucement quand ma langue glisse le long de sa machoire vers le
lobe de son oreille. Il doit se courber, et je me hausse sur la pointe des
pieds pour compenser notre différence de taille, mais je m'en fiche. Si je
peux le toucher, n'importe quoi me convient.
Il retire ma chemise de la ceinture de mon jean et j'abandonne son oreille
pendant qu'il la passe par dessus ma tête. Mon soutien gorge suit rapidement
le même chemin et il recule d'un pas quelques secondes pour contempler ce
qu'il a devant les yeux. A voir l'éclat qui brille dans ses yeux, je sais
qu'il aime ce qu'il voit. Il tombe à genoux et dépose de légers baisers sur
mon ventre. Je tombe moi aussi à genoux et nous retrouvons tous deux allongés
sur le sol. Il est fichtrement impossible que nous arrivions jusqu'au lit.
Non, nous n'arriverons jamais jusqu'au lit.
"Ton odeur est celle du ciel en été", je lui murmure quand nous avons fini. Je
me blottis contre sa poitrine, mes doigts jouent avec sa plaque d'identité. Il
rit nerveusement à ma remarque.
"J'ai déjà entendu des choses pires", dit il en me serrant contre lui.
"Tu t'attendais à ce que je te dise des choses pires? Tu t'attendais à ce que
je m'enfuie maintenant?" je demande en éludant la question dont la réponse me
fait le plus peur. Voulait il que je m'enfuie maintenant?
"Non. Je ne me suis jamais attendu à ce que ce soit toi qui t'enfuies", dit il
et je me soulève pour le regarder à nouveau. Quelque chose a changé dans ses
yeux, et à cause de cela j'ai encore plus envie de pleurer qu'à cause de tout
ce qui s'est passé jusque là.
*****************
Nous avons quitté la chambre pour voir le soleil se coucher et aller manger.
Après cet après midi, nous devions manger quelque chose, mais ensuite nous
avons vite couru jusqu'à la chambre pour enlever le sable collé sur nos corps.
L'antique baignoire à pieds semblait être un endroit aussi approprié qu'un
autre. Son corps s'ajuste confortablement au mien, blotti entre mes jambes et
nous sommes couverts de bulles qui sentent la vanille. C'est Mac qui a apporté
ça. Maintenant, elle sent si bon qu'on la mangerait.
"Mets la tête en arrière. Tu as encore du sable dans les cheveux," dis je , et
elle glisse doucement dans l'eau pour que je puisse rincer ses cheveux encore
une fois.
"Je me demande comment j'ai pu avoir autant de sable dans les cheveux", dit
elle en fermant les yeux pour éviter que des gouttes d'eau y tombent. Je tords
une éponge au dessus de sa tête et l'eau qui coule emporte tout avec elle.
Tout ce qu'elle peut emporter.
"Je pense que c'est facile à imaginer," dis je en la tirant vers moi pour la
serrer à nouveau contre mon corps.
Rattraper le temps perdu. C'est tout ce dont il a été question aujourd'hui.
Jusqu'à présent nous avons évité toute discussion concernant son mariage ou
nos carrières, et où tout cela pourrait nous mener. Même si tout a été très
agréable, les conséquences pourraient en être particulièrement désagréables.
Nous ne sommes pas encore prêts à en parler pour l'instant, mais j'ai
l'impression que le moment est venu.
"Déjà fait l'amour dans une baignoire?" demande t'elle et je ne réponds pas. "
D'accord, dans une baignoire antique?"
"Je continue à ne pas répondre, je ne veux pas me mettre trop en cause. Je ne
veux pas penser à son mari, et elle ne veut probablement pas penser à.....je
ne sais laquelle de mes petites amies.
"Une baignoire antique à Cape May, New Jersey le 8 août?" précise t'elle et je
ris.
"Non, je n'ai jamais fait l'amour à Cape May, New Jersey. A part aujourd'hui"
je corrige en refermant mes bras autour de son corps lisse couvert de savon.
Elle pousse un léger soupir et pose sa main sur la mienne, troublant doucement
l'eau. Nous sommes silencieux tous les deux et le seul bruit à peine audible
qu'on entend est celui des bulles de savon quand elles éclatent à la surface.
"Tout de suite après qu'on a fait l'amour la première fois, tu avais l'air de
vouloir foutre le camp d'ici. Pour quelle raison?" demande t'elle en rompant
le silence. Je soupire, j'aimerais lui donner une réponse qu'elle trouvera
satisfaisante.
"J'étais effrayé. C'est tout. Effrayé à l'idée de ce qui va se passer
maintenant. Je sais que nous allons devoir rentrer, mais je ne veux pas. Le
reste du monde est là dehors et ils ne vont pas sauter de joie en sachant ce
que nous avons fait. J'ai paniqué", dis je, écoutant sa respiration pendant
que je m'explique.
"C'est sûr, nous devons rentrer. Je dois retourner chez moi et nous devons
retourner faire notre travail. Et d'une façon ou d'une autre, nous allons
mettre tout cela derrière nous. Il le faut." dit elle et elle soupire
tristement, résignée. Voilà, c'est réglé. Elle ne le quittera pas juste parce
qu'elle a passé un week end avec moi. Honnêtement, je n'ai jamais espéré
qu'elle le ferait. Il faudrait que je lui donne tellement plus, et je ne suis
pas sûr d'y être prêt. Seigneur. On devrait me pendre à l'arbre le plus proche
pour cela. Je ne peux pas lui donner ce qu'elle veut maintenant. Encore une
fois, bon sang, comment puis je savoir ce qu'elle veut?
"Que veux tu de moi?" je demande tranquillement et rien qu'en entendant ces
quelques mots, elle se redresse brusquement dans l'eau, en faisant déborder la
baignoire. Je n'avais pas l'intention qu'elle le prenne mal. J'ai juste besoin
de savoir. Apparemment, je suis déjà censé connaitre la réponse.
"Je veux.....je veux que tout soit plus simple que ça," dit elle en se
penchant en avant et en entourant étroitement ses bras autour de ses genoux.
"Je ne peux pas rendre les choses faciles. Plus maintenant. Il y a trop de
personnes concernées," dis je et elle le sait. En plus de Mic, il y a tous les
gens avec qui nous travaillons et qui dépendent de nous. Je ne sais tout
simplement pas comment résoudre facilement tout cela.
"Je sais. Pourquoi n'avons nous pas vu tout ça il y a des années? Qu'est ce
qui n'allait pas chez nous?" demande t'elle et elle renifle un peu. Je ne vois
pas son visage, je ne sais pas si elle est en train de pleurer.
"Je ne sais pas. Nous étions trop têtus," dis je, j'aimerais pouvoir lui
expliquer mes sentiments sans lui dire que j'étais un pauvre con égoiste et
arrogant qui voulait tout. Ma carrière et ma liberté avant une famille. Elle a
épousé la bonne personne. Il était d'accord pour tout abandonner. Je ne
l'étais pas. Et maintenant je suis là avec elle, et je ne devrais pas. Je
continue à croire que je ne pourrai pas tout abandonner et pourtant elle est
là avec moi. Nous avons tellement à perdre, et pourtant nous sommes là
ensemble.
"Arrête de parler," dit elle en écho à ses précédentes paroles, quand elle
m'avait dit d'arrêter de penser. Elle fait demi tour sur elle même dans le
petit espace qu'elle a. "Arrêtons juste de parler de tout cela. Il n'y a pas
de solution."
Je l'attire plus près de moi, l'eau glisse autour de nos corps. Une fois
encore nous nous perdons dans un baiser passionné.
"Il faudra qu'une fois, on essaie d'aller jusque dans le lit," dit elle en
s'éloignant de moi, les yeus fermés pour goûter toutes les sensations qui nous
entourent.
"A un moment ou un autre, on ira dans le lit. Alors, Mac, as tu déjà fait
l'amour dans une antique baignoire à Cape May, New Jersey le 8 Août," je
demande et elle rit en m'éclaboussant. "C'est un non?"
"Mais pas pour longtemps."
"Passe mon anniversaire avec moi," lui dis je quand nous avons fait l'amour,
je sais que c'est un peu prématuré de lui demander maintenant mais je veux
qu'elle soit avec moi. Elle ferme simplement les yeux et ne répond pas. "On
partira encore. Mac, s'il te plait?"
"J'essaierai," dit elle simplement. Et je sais que c'est ce qu'elle peut me
donner de mieux. Même si moi je suis libre, elle ne l'est pas, elle.
Nous restons là en silence quelques instants.
"Maintenant il faut que je le fasse dans un lit à Cape May.....," dit elle en
changeant de sujet, et je gémis.
"Mac, j'approche à grands pas de la quarantaine, tu te souviens? Tu n'en as
jamais assez?" je demande. Elle est insatiable et pendant un bref instant le
visage de l'homme qui d'habitude est avec elle et répond à ses désirs traverse
mon esprit. Je me détourne et elle doit s'en rendre compte.
Elle pose ses mains de chaque coté de mon visage et me tourne ma tête jusqu'à
ce que je la regarde. "C'est mon problème de penser à ça, Harm. Pas le tien,"
dit elle avec un regard sérieux.
"Je ne peux pas m'en empêcher," dis je doucement. C'est si facile pendant
qu'on fait l'amour. C'est après quand mon cerveau recommence à fonctionner
normalement que je peux à nouveau voir tout cela de façon si claire.
"Arrête de penser." A entendre sa voix, c'est un ordre. "Je suis avec toi pour
l'instant alors arrête simplement de penser, et contente toi de vivre dans
l'instant pendant ces quelques jours."
"Oui, madame", dis je et elle secoue la tête.
"Et si on sortait de la baignoire et qu'au moins on dormait dans le lit?"
demande Mac. L'eau commence à refroidir un peu, et comme elle a plus été hors
de l'eau que moi, je suis sûr qu'elle commence à avoir froid.
"On peut essayer de dormir. Au moins un moment."
*****************
9 Août 2003
La chambre est encore plongée dans l'obscurité quand je sens une main chaude
glisser sur mon ventre, me réveillant. Je suis si fatiguée.....
"Mic, pas maintenant," dis je en plaçant ma main sur celle qui instantanément
se fige. Ce n'est pas la main de Mic. Pas du tout. Elle est plus grande et
plus forte. Cette main pilote des avions et m'a sauvé la vie plus d'une fois.
Harm retire sa main et soupire. "Désolé," dit il en ramenant les couvertures
sur nos deux corps. Merde. Qu'est ce que j'ai fait?...
"Non......tu m'as réveillé. Harm, s'il te plait, je suis désolée. C'est
juste......merde. S'il te plait, n'arrête pas" je quémande, je suis furieuse
contre moi d'avoir tout bousillé et furieuse contre lui qui ne comprend pas
comme il m'est facile de faire cette erreur.
Je me retourne vers lui et essaie de voir son visage dans la pâle clarté de la
lune qui passe à travers la fenêtre. Je repousse les courtes mèches emmêlées
sur son front et je pose ma main sur sa joue.
"Je......Harm. Ne fais pas cela maintenant, s'il te plait. Cela fait des
années qu'une seule personne me réveille. Tu m'as tellement fatiguée
aujourd'hui........il n'y a pas de bonne explication, n'est ce pas?" dis je en
sachant que le combat est perdu d'avance. J'ai écorné son si grand ego
d'aviateur et rien de ce que je dirai n'arrangera cela facilement.
Je prends sa main et la pose là où elle était quand je me suis éveillée. "S'il
te plait, dis je en l'implorant.
"Je suis désolé, Mac. Tu n'as rien fait. Ca m'a juste rappelé d'une façon pas
très subtile qui sera dans le même lit que toi mardi soir et..." commence t'il
et il s'arrête en soupirant.
Je me soulève sur un coude et le regarde. "Rien de cela n'a d'importance pour
l'instant. Je suis dans le même lit que toi. Ici. C'est le mieux que nous
pouvons espérer pour l'instant."
Que ferais je s'il me demandait de quitter Mic? Comment réagirais je? Est ce
que je n'ai pas accepté tout cela parce que je sais qu'il n'aura jamais le
cran de me le demander? Il va juste attendre que je décide, moi, de quitter
Mic, mais je ne peux pas. Pas sans être un minimum assurée que nous aurons
plus qu'un simple week end volé.
Sa main bouge à nouveau sur mon ventre et je m'allonge, je veux sentir ses
caresses. Les caresses d'Harm. Pas celles d'un autre.
*****************
Mac n'est pas dans le lit avec moi quand je me réveille et l'espace d'un
instant, je panique. Je pose la main sur son oreiller vide et je touche les
draps froids. Elle est partie depuis un moment et j'étais trop fatigué pour
m'en rendre compte. Je jette mes jambes de côté et m'assieds sur le rebord du
lit, combattant le désappointement que je ressens. Je voulais me réveiller
avec elle dans le lit auprès de moi. Je voulais la prendre dans mes bras le
matin avant que le jour et le reste du monde ne vienne s'abattre sur nous.
Une journée entière ensemble. Nous devons partir demain matin, et je ne sais
pas ce qu'elle va raconter au bureau. J'ai pris un jour de permission, mais
elle va devoir appeler pour dire qu'elle est malade, ou quelque chose dans le
genre.
Je trouve un mot sur la commode dans lequel elle me dit qu'elle est sortie sur
la plage pour voir le soleil se lever et qu'elle n'a pas voulu me réveiller.
J'enfile mes vêtements et quitte la chambre pour aller à sa recherche.
J'espère qu'elle n'est pas allée trop loin et que je peux la rejoindre.
Je traverse la rue vers l'océan et je trouve Mac assise dans le sable, les
bras autour des genoux. Elle a mis un jean, et mon tee shirt Navy qu'elle a dû
sortir de mon sac. Elle ne m'entend pas approcher et sursaute légèrement quand
je m'assieds dans le sable à côté d'elle et passe mon bras autour de ses
épaules. Même si on est en Août, il fait frais ici ce matin et le vent qui se
lève alors que le soleil monte dans le ciel agite les vagues.
"Bonjour," dis je doucement dans son oreille et elle s'appuie contre moi. "Je
voulais me réveiller avec toi."
"Je suis désolée," dit elle en inclinant la tête vers moi pour me regarder.
"Il fallait, heu, que je passe un coup de fil."
Elle n'a pas besoin d'en dire plus et je ne veux certainement pas en entrendre
plus.
"Comment était ce lever de soleil?" je demande. La plage commence à s'animer.
Quelques joggeurs passent devant nous et un jeune couple est sur la plage avec
ses deux jeunes enfants. Le petit garçon court vers l'océan, puis revient vers
ses parents en courant toujours, sa petite soeur jubile en le regardant. Mac
les regarde une ou deux fois, mais ne semble pas ennuyée de les voir. Pas
comme quand nous sommes allés dans ce parc il y a quelques mois.
"C'était beau," dit elle en regardant les mouettes qui passent en volant au
ras de l'eau. L'air s'emplit de leurs cris perçants alors qu'elles filent vers
quelqu'un qui a de la nourriture quelques mètres plus loin sur la plage. "Je
suis sure que nous aurons une autre occasion de nous réveiller ensemble. Je
sens déjà venir une petite sieste cet après midi."
Je ris en la voyant bailler. Nous n'avons pas beaucoup dormi la nuit dernière
et je ne pense pas que nous allons faire beaucoup de tourisme aujourd'hui. Je
veux seulement passer la journée avec elle dans la chambre et oublier le reste
du monde.
"Alors quel est notre programme pour aujourd'hui? Une sieste cet après midi?"
je demande, et elle s'installe plus confortablement dans mes bras.
"Ou nous pourrions simplement retourner nous coucher maintentant," suggère
t'elle en souriant. "Mais j'ai vraiment besoin de manger quelque chose
d'abord. Pour refaire le plein d'énergie. Est ce qu'ils servaient encore le
petit déjeuner?"
"Oui", dis je. Mais aucun de nous ne bouge. J'aime la tenir simplement comme
ça. Juste être seul avec elle n'importe où en dehors du travail est presque
aussi bon que lui faire l'amour. Mais pas tout à fait.
"A quelle heure partons nous demain?" demande t'elle, avec un peu de tension
dans sa voix. Je peux aussi sentir cette même tension dans son corps. Ses
épaules sont contractées contre moi et j'aimerais pouvoir dissiper toute cette
tension.
"La chambre doit être libérée à 11 heures. Je suppose que nous partirons
après," dis je , je ne suis pas prêt à y penser maintenant. Il va passer
tellement vite, ce petit moment où nous sommes ensemble.
"Nous ne pouvons pas rester ici toujours," dit elle. Ce n'est pas une
question. Nous savons tous les deux que nous devons retourner vers nos vies.
Sa vie avec Mic. Ma vie tout seul. Nos carrières. Tout ce qui n'est pas Cape
May.
"Je sais," je lui murmure et toute la tension disparait de son corps.
"Retournons dans la chambre et ne nous soucions pas du reste, d'accord?"
Elle se lève et enlève le sable de ses vêtements avant de me tendre la main
pour que je me lève. Je la prend, et sans savoir comment nous nous retrouvons
dans les bras l'un de l'autre, serrés l'un contre l'autre sous le bleu ciel
d'été.
*****************
"Tu penses que tu es très bon, n'est ce pas?" , je le taquine en mangeant
quelques unes des fraises que nous avons remontées dans la chambre. "Tu as un
ego de la taille de cet état. Non. Attends. Cet état n'est pas assez grand
pour abriter ton ego. Le Montana... il faudra que nous allions dans le Montana
un jour juste pour que ton ego s'y sente à l'aise."
"Je ne crois pas que je suis bon, je sais que je suis bon. En tout." dit il en
se penchant vers moi pour essuyer de son pouce un peu de crème chantilly au
coin de mes lèvres.
"Oui, pour certaines choses tu es bon. Très bon. Comme par exemple berner la
cour et l'amener à te croire en utilisant ton sourire. Et pour piloter des
avions. Mais pour tout? Capitaine Rabb, le jury ne se prononce pas encore sur
ce point. Surout maintenant que vous n'êtes pas capable de trouver un mot en
neuf lettres pour "fervent". Jusqu'à ce que vous y arriviez, nous ne pourrons
pas déterminer si vous êtes bon en tout," dis je et je ris pendant qu'il
regarde fixement les mots croisés du dimanche. Nous sommes tous les deux assis
sur le lit, les feuilles du journal éparpillées un peu partout, avec un bol
rempli de fraises et de crème, juste nous deux ensemble.
"MacKenzie....ça fait bien neuf lettres? Dans ton cas, cela veut sûrement dire
"fervent"," réplique Harm en me lançant le plus incroyable des regards chargés
de désir, avant de ramener son attention aux mots croisés. Pour je ne sais
quelle stupide raison, nous avons décidé de faire une pause dans nos activités
physiques, et je ne suis pas sûre que nous allons être capable de nous y tenir
encore longtemps. Je parie pour encore une quinzaine de minutes. S'il ne s'y
décide pas dans ce laps de temps, c'est moi qui vais le faire, et ça ne sera
pas joli...
"Je ne crois pas qu'ils utilisent des noms propres dans les mots croisés du
dimanche, Harm. Essaie encore. Si tu n'y arrives pas, je ne vais peut être pas
te laisser me montrer dans quels autres domaines tu es bon," dis je et il me
sourit d'un air narquois avant de se concentrer à nouveau sur le bout de
papier devant lui.
"Tu parles. Comme si tu peux encore attendre plus de 10 minutes," dit il,
aussi sûr de lui qu'il l'est toujours.
"Cinq minutes. Je te donne cinq minutes. Tu ne vas même pas être capable de
tenir aussi longtemps" dis je en le provoquant, m'allongeant sur le lit, le
bras replié derrière la tête. Bien sûr, comme je suis plutôt déshabillée, ça
va être un peu dur pour lui de résister à ce défi. Je ne devrais pas avoir de
mal à le convaincre de renoncer. J'ai des arguments. Harm me regarde prendre
une pose séduisante et hoche la tête.
"Vous pensez que vous allez me séduire avec votre corps superbe et vos ruses
de fille, colonel MacKenzie? Vous ne me connaissez pas", dit il en mordillant
sa lèvre inférieure. Oh oui, il se bat, mais il va perdre.
"Moins de cinq minutes," dis je
"Mhmmmmm," grommelle t'il, la bouche ouverte.
"Prêt à abandonner?"
Il est tellement absorbé dans sa contemplation qu'il laisse échapper son
crayon qui tombe du lit.
"Il me reste combien de temps?" demande t'il en passant sa langue sur ses
lèvres. Mon dieu, je veux embrasser ces lèvres.
"Deux minutes et quarantes secondes," dis je.
"Oh et puis zut," dit il, il jette toutes les pages de journal du lit et rampe
vers moi.
Je savais que j'allais gagner.
Enfin, quand nous avons fini, je suis allongée contre lui, mon bras en travers
de sa poitrine.
"Maintenant, est ce que c'est l'heure de cette sieste?" demande t'il en
m'attirant encore plus près.
"Il est seulement 11 heures 14, Harm. Si nous faisons la sieste maintenant,
que ferons nous cet après midi?" je demande, en laissant courir mes doigts à
travers les poils de sa poitrine. Je peux à nouveau dire l'heure maintenant
que l'ouragan est passé et que nous avons arrêté de faire l'amour.
"J'ai quelques idées sur ce que nous pouvons faire cet après midi," dit il
pendant que sa respiration s'apaise. Nous ne parlons plus. Nous regardons un
rayon de soleil qui traverse la chambre, ne pensant qu'à nous. C'est bien
qu'il ait pris la chambre avec une véranda privée. "Passionné."
"Pardon?" je demande en me soulevant un peu pour le regarder.
"Passionné. Un mot de neuf lettres qui veut dire "fervent". Et ça marche dans
la grille, en plus", dit il en fermant les yeux. Oui, c'est peut être l'heure
d'une sieste.
"D'accord. Tu as gagné. Tu es bon," dis je, en me blotissant à nouveau contre
lui.
"Peut être," dit il calmement. "Mais MacKenzie sonnait mieux."
*****************
Mon souhait est exaucé. Nous nous réveillons ensemble un peu après midi et
elle est toujours dans mes bras, douce et chaude. Comme si elle sentait que je
suis éveillé, ses yeux s'ouvrent et elle me sourit.
"Bon, c'est devenu notre petite sieste de l'après midi, n'est ce pas?" dit
elle, sa main frôlant ma poitrine. Je lui souris à demi, conscient du fait
qu'il nous reste moins de 20 heures. Est ce qu'elle quitterait Brumby si je le
lui demandais? Est ce que j'aurai un jour le cran de le lui demander?
"Il faut qu'on parle," lui dis je, et sa main arrête de bouger. Elle inspire
profondément et je ne l'entends pas expirer tout de suite.
Elle expire enfin afin de dire nerveusement "A quel sujet?"
"Tout ça. Nous n'arrêtons pas de dire n'en parlons pas et n'y pensons pas,
mais Mac..."
"Qu'est ce que tu veux savoir?" demande t'elle et je ne suis pas sûr de
comprendre ce qu'elle veut dire. "Est ce que tu veux savoir si je vais le
quitter à cause de ça? Est ce que tu veux savoir ce que tu dois faire si tu
rencontres quelqu'un d'autre? Est ce que tu veux savoir ce que ça va me faire
quand je vais te croiser dans les couloirs cette semaine ou si nous sommes
opposés au tribunal? Est ce que tu veux savoir ce que ça va me faire la
prochaine fois que je vais faire l'amour et que ce ne sera pas avec toi? De
quoi veux tu qu'on parle, Harm? Par où on commence?"
"Tu vas le faire? Le quitter?" je demande d'une voix chargée d'appréhension.
Elle le sent, car elle se retourne sur le dos et fixe le plafond. Elle ravale
les larmes qui lui montent aux yeux et se mord la lèvre.
"Il a renoncé à tout pour moi,Harm. A sa carrière et à sa maison. Il l'a fait
sans douter une seule seconde," dit elle froidement à voix basse. Oui, Mic a
toujours été tellement prêt à tout abandonner, et je ne l'ai jamais été. Mais
une fois encore, elle ne l'était pas non plus.
"Je renoncerai à tout si c'est ce que tu veux. Je trouverai un autre travail.
Il y plus de choses dans la vie que d'être simplement dans la Navy," dis je et
elle renifle seulement.
"Toi? Abandonner la Navy? Harm, tu l'as dans le sang. Tu peux le dire, mais tu
sais bien si tu es sincère que tu n'as jamais été capable de renoncer à
quoique ce soit pour une autre personne," dit elle, se retournant à nouveau
pour me regarder dans les yeux. "As tu jamais pensé à y renoncer pour
quelqu'un d'autre?"
"Une fois. Il y a longtemps," dis je en détournant le regard. Ca n'aurait pas
marché alors mieux qu'aujourd'hui. Si quelqu'un doit renoncer à tout ce qui
fait sa personnalité, va t'il rester celui dont l'autre est tombé amoureux? Je
ne connaissais pas plus la réponse à cette question, alors.
"Et elle t'a dit de ne pas le faire, n'est ce pas?" dit elle, posant sa main
sur ma joue et tournant mon visage vers elle pour que je la regarde.
"A peu près," je réponds, sans vouloir en dire davantage à ce sujet. Pas
maintenant. Et sûrement pas avec elle.
"Et si tu rencontres quelqu'un d'autre......je ne sais pas, Harm. Je ne peux
pas te demander d'être fidèle dans une relation comme la notre. Je vais
rentrer chez moi rejoindre quelqu'un. Tu devrais avoir ça, toi aussi," dit
elle et j'entends l'amertume dans sa voix simplement quand elle le suggère.
Oui, nous pouvons bien avoir envie de rentrer à la maison pour nous y
retrouver ensemble, mais cela ne va pas arriver maintenant. Pas encore.
"Je suis désolé," dis je en posant ma main sur les siennes. "Je suis désolé
qu'on ait commencé tout ça. Je suis désolé d'avoir commencé tout ça."
Je le suis. Je savais que ce serait dur après, mais je ne savais pas combien
ce serait dur.
"Je ne suis pas désolée. C'était là, ça couvait juste sous la surface depuis
des années, Harm. Il fallait que ça aboutisse. Il le fallait. Et quand je vais
tomber sur toi mardi, si j'ai l'air d'être sur le point de pleurer, va t'en,
d'accord? Ne dis rien. Va t'en seulement," dit elle. Elle retire sa main et la
mienne de mon visage et entrecroise nos doigts, serrant doucement les miens.
"Je ne voulais pas nous faire du mal," je chuchote. Elle respire doucement, et
ne dit rien pendant quelques minutes. Mon regard se fixe sur nos mains
jointes, sa main gauche dans la mienne. Sa main qui porte la bague d'un autre
homme. Et il n'y a personne d'autre à blamer pour ça que moi.
"C'était stupide de notre part de penser que ça ne nous ferait pas mal du
tout. Que nous ferions juste ça, et que d'un coup, par magie, la vie
reprendrait son cours normal quand nous rentrerions à la maison," dit Mac
d'une voix tellement triste. "Tu sais que ça ne sera plus jamais pareil."
"Je sais. Mais ne crois pas que je vais te faciliter la vie au tribunal parce
que je t'ai vue toute nue," dis je en essayant d'atténuer la tension qui règne
dans la chambre.
"J'aurai de la chance si j'arrive à ne pas rire la prochaine fois que tu vas
essayer de décontenancer un témoin avec ton sourire. Je n'arrêterai pas de
penser à toi en ce moment, comme ça, et j'aurai du mal," dit elle.
"Oui, ça va être dur pour toi de travailler avec l'image de mon coprs parfait
gravé dans ton esprit," dis je en plaisantant.
"Je pense que je vais m'en sortir."
*****************
"Où va t'on?" je demande en montant dans le taxi. Harm secoue simplement la
tête et refuse de me répondrte. J'espère que où que ce soit, il y a à manger,
parce que je meurs de faim.
"Tu verras," c'est tout ce qu'il me dit avant de donner l'adresse au taxi.
J'ai mis une robe d'été, je suis contente de l'avoir prise dans mes bagages.
Harm est habillé de façon plutôt décontractée et notre tenue convient partout
le long de la plage. Je continue à espérer qu'ils ont à manger.
La voiture fait quelques kilomètres et entre dans un restaurant appelé "La
Maison du Homard". Faites confiance à Harm pour choisir un endroit où il n'y a
probablement pas le moindre morceau de viande rouge. Je suis sûre qu'il l'a
fait exprès.
Il me regarde et sourit. "J'ai vérifié. Tu peux avoir un steack," dit il en
sortant du taxi et en payant le chauffeur.
"Bien. J'ai besoin d'une vraie nourriture après cette journée. Pas seulement
d'une salade avec quelques crevettes saupoudrées dessus," dis je et il prend
ma main pendant que nous avançons vers l'entrée. D'une certaine façon, ces
moments d'intimité partagés quand nous sommes en public sont presque aussi
merveilleux que ce qui se passe derrière la porte de la chambre. Laissons le
monde entier voir que nous couchons ensemble. Qui diable s'en soucie.
Malheureusement, il y a des gens qui s'en soucient. Beaucoup de gens qui s'en
soucieraient et c'est facile à dire ici à des kilomètres de tous les gens que
nous connaissons.
Nous entrons dans le restaurant, et il passe son bras autour de mes épaules,
me serrant contre lui.
"Harmon Rabb! Je pensais bien que j'avais vu ton Stearman sur le terrain
d'aviation," s'écrie quelqu'un dérrière nous et nous nous raidissons tous les
deux instantanément. Merde. Et voilà pour une belle sortie tranquille là où
personne ne nous connait.
Harm me lâche et se retourne, souriant à la personne qui l'a reconnu.
"Scott? Salut! Comment vas tu? Ca fait combien de temps?" demande Harm avec un
large sourire, glissant facilement dans son rôle si sympathique.
"Trois ou quatre ans. Et qui est cette belle jeune femme?" demande l'homme
appelé "Scott" en prenant mes mains dans les siennes. Bien sûr, il a remarqué
tout de suite. "Harm! Espèce de lâcheur ! Pourquoi on n'a pas eu
d'invitation?"
Le "on" dont il parle est debout juste derrière lui. Scott est plus petit que
Harm et sa femme est encore plus petite. Menue et blonde avec de grands yeux
bleus.
"Euh, c'est, euh...." commence Harm , cherchant sans succès un mensonge pour
s'en sortir. Je suis sûre qu'il ne lui était jamais venu à l'idée que cela
pouvait arriver.
"D'abord, ce sont les bagues de ma grand mère. Elle est morte il y a peu de
temps et...j'aime les porter. Ensuite, je suis Sarah, " dis je en retirant mes
mains de celles de Scott. Harm attrape ma main gauche et jette un coup d'oeil
aux bagues avant de me lâcher. Je croise les bras devant moi, pas contente de
cette intrusion dans notre sortie.
"Sarah, voici Jessica," dit il et sa femme sort de son ombre. Elle ne dit pas
grand chose, grommelle juste "Bonjour" et recule à nouveau. "Jess, je suis
sûre que tu te souviens de Harm."
Ils se font juste un signe de la tête, puis Jessica regarde ses ongles peints
en rouge vif. Oui, à ce reagard, je devine qu'ils se connaissent bien.
"Vous restez combien de temps ici?" demande Scott et Harm n'a même pas répondu
que l'autre continue. "On sera là jusqu'à mercredi. Il faut qu'on se revoie.
Qu'on aille voler, ou quelque chose du genre. Les filles peuvent aller faire
les magasins et on prendra les airs. Qu'est ce que tu en dis?"
L'homme commence à devenir passablement ennuyeux. Il n'arrête pas de repousser
ses mèches de cheveux couleur sable de son front, et je sais que ce n'est pas
un militaire. Je doute qu'il l'ait jamais été. Probablement seulement un
passionné d'avions que Harm a dû rencontrer un jour.
"On repart demain matin. Sarah doit retourner travailler," dit Harm. Au moins,
ce n'est pas totalement faux. Nous le devons tous les deux. Et en plus, il se
trouve que je dois aller rejoindre un mari.
"Oh,j'en suis désolé. Et bien, vous voulez qu'on dine ensemble? Je suis
sûr..."
"Je ne crois pas, Scott. C'est notre dernière soirée ici et nous voudrions
vraiment être seuls," dis je avant qu'Harm ait la possibilité d'accepter. Je
n'ai pas envie d' avoir un diner déplaisant à raconter des mensonges et être
ignorée par une certaine Jessica. Harm se dandine d'un pied sur l'autre et la
déception se peint sur le visage de Scott.
"On vous retrouvera peut être plus tard. Bonne soirée," dit il en me regardant
d'un air froissé.
"Vous aussi. Bonsoir, Jess," dit Harm et elle lui adresse un sourire figé.
Ils s'éloignent main dans la main et vont vérifier auprès de l'hotesse combien
de temps ils devront attendre.
"Tu devrais aller donner nos noms," dis je à Harm en l'attirant près de moi.
"Tu ne voulais pas passer la soirée avec eux, n'est ce pas?"
"Je veux seulement être avec toi, Mac. Je n'ai pas pensé à notre arrivée en
avion, ou au fait que quelqu'un pourrait me connaître ici. Tu...c'est l'effet
que tu me fais," dit il en se penchant et en m'embrassant sur la joue. "Bonne
répartie avec les bagues, conseiller. J'ai toujours su que tu savais retomber
sur tes pieds rapidement."
"Je commence à croire que tu me préfères quand je n'ai pas les pieds sur
terre," dis je un peu trop fort, et un couple assez agé qui passe près de nous
se retourne et nous regarde avant de s'éloigner en chuchotant. Harm est gêné
et se raidit.
"Pourquoi les as tu gardés?" demande t'il en prenant ma main et en regardant à
nouveau les anneaux.
"Ca ne cache rien si je les enlève," dis je en retirant ma main de la sienne
et en enlevant les bagues. Je lui montre ma main pour qu'il l'examine. Il y a
tellement longtemps que je porte les bagues qu'elles ont laissé des marques
minuscules sur ma peau à l'endroit où elles se trouvent nuit et jour. Et du
coup cet endroit est beaucoup plus clair que le reste, car il reste caché du
soleil tout l'été. "Regarde, comme ça, c'est encore plus visible."
"Je suis désolé que tu aies dû mentir," dit il d'une voix imperceptible.
"Pourquoi? Tu penses que c'est la première fois? Est ce que tu crois que ce
sera la dernière?" je demande en remettant mes bagues sur mon doigt, le
solitaire maintenant au dessus de l'alliance.
Harm baisse les yeux et ne dit pas un mot.
*****************
10 Août 2003
"Quelle heure est il?" je demande à Mac. Le soleil n'entre pas en flots par la
fenêtre ce matin. Au lieu de cela, j'entends le grondement distant du tonnerre
sur l'océan. Avec un peu de chance l'orage va passer rapidement pour que nous
puissions... rentrer à la maison. Mon coeur arrête de battre quand je réalise
que nous y sommes. Nous allons bientôt devoir partir. Après le diner, nous
avons marché sur le plage, puis nous avons fait l'amour désespérément debout
contre la porte fermée, avant de nous effondrer sur le lit, épuisés. Aucun de
nous n'a réveillé l'autre pendant la nuit.
"Il est 9 heures," dit Mac, ouvrant brièvement ses yeux ensommeillés. Elle les
frotte, essayant de s'éveiller mais finit par cacher sa tête sous un oreiller.
"Il faut qu'on libère la chambre dans deux heures," dis je et elle grommelle
quelque chose du genre "rien à faire". Qu'elle va continuer à dormir jusqu'à
ce que la femme de ménage entre et la jette du lit.
"Tu préfères passer tes deux dernières heures à dormir plutôt qu'avec moi?"
dis je en faisant la moue, et elle jette l'oreiller dans ma direction.
"Non", dit elle, "mais je dois aller faire pipi."
Elle saute du lit, et je la regarde traverser rapidement la chambre. Je souris
de la voir si à l'aise. Nous ne sommes pas totallement comme des amants tout
neufs. Nous nous connaissons depuis bien plus de la moitié d'une décennie
maintenant. Je sors du lit et la suit, et elle a l'air de s'en ficher quand
j'entre dans la salle de bains. Bien sûr, je sais que le camp d'entrainement
des marines a dû tuer quelques unes de ses inhibitions, tout autant que des
années de mariage. Elle se penche en avant, posant ses coudes sur ses genoux
pendant que je mets du dentifrice sur ma brosse à dents.
"C'est à ça que ressemble la vie quand on est marié?" je demande avant de
commerncer à me brosser les dents.
"Un peu. Mais nous n'avons pas ces soucis communs au sujet des factures, et du
paiement des traites, et de qui va s'occuper de nous quand nous serons vieux,"
dit elle, et sa voix est sérieuse. "Je veux dire, il y a cette intimité. C'est
agréable de savoir qu'il y a toujours quelqu'un à qui parler, mais en même
temps, il y a toujours quelqu'un qui veut vous parler aussi. Ce n'est pas que
du sexe la nuit et le jour. Enfin, pas après la première année, en gros."
Je m'étrangle presque avec ma brosse à dents et je me mets à cracher. Je me
rinse la bouche et j'essuie mon visage avec une serviette. Maintenant, elle a
fini et prend sa brosse à dents. C'est mon tour d'utiliser les toilettes et
elle ne me prête pas plus attention que si c'était habituel. Bien sûr, pour
elle, ça l'est peut être.
"Donc tu es en train de dire qu'après un an ou deux, la vie d'un couple marié
se dégrade?" je demande, debout derrière elle. Elle finit de se brosser les
dents, se passe de l'eau fraîche sur le visage, puis passe ses doigts mouillés
dans ses cheveux pour les mettre derrière ses oreilles.
"Je ne dis plus un mot," dit elle en se tournant pour sortir de la salle de
bains et en me trainant avec elle. Nous allons directement vers le lit et je
n'ai pas vraiment besoin de savoir autre chose au sujet de sa vie chez elle.
Je l'ai encore pour quelques heures et je veux que ces heures soient quelque
chose qu'elle n'oubliera jamais.
Dieu seui sait quand nous referons cela. Si jamais nous le refaisons. Il pleut
maintenant, les gouttes tombent à verse contre les vitres. Le ciel se vide sur
nous, comme s'il pleurait à notre sujet. Un coup de tonnerre fait trembler
toute la pièce pendant que nous sommes allongés sur le lit, attendant que les
roulements s'apaisent.
Un éclair illumine la chambre sombre, suivi d'un coup de tonnerre encore plus
fort.
"Dis moi que ce n'est pas fini," dis je d"une voix désespérée qui trahit
toutes mes émotions.
"Je ne peux rien promettre," dit elle. "Je...ne peux...rien promettre."
"Promets moi une chose," dis je d'un ton suppliant. J'ai besoin de savoir ce
qu'elle ressent. J'ai besoin de savoir si tout cela aura de l'importance
demain. "Promets que tu n'oublieras jamais ce qui s'est passé ici."
Nos doigts sont étroitement entrecroisés et je ne sais plus comment c'est
arrivé. Elle serre ma main encore plus fort. "Je n'oublierai pas. Oh, mon
dieu..... comment pourrais je oublier?" dit elle d'une voix à peine audible.
La pluie continue de tomber encore plus fort, battant contre les fenêtres avec
une violence que je n'ai encore jamais vue. Ca vient directement de l'océan et
se déverse sur nous.
"Je... ne sais pas," dis je en l'embrassant.
"Je suis en train de me noyer et c'est ta faute. Tout est de ta faute....."
murmure t'elle et elle ne parle pas de l'eau qui se déverse du ciel. Nous
sommes tous deux en train de nous noyer dans ce torrent que nous avons créé et
je ne sais pas comment nous échapper. Je ne sais pas quoi faire pour me sauver
moi même demain, sans même parler d'elle.
"Je suis désolé. Je suis tellement désolé," dis je, je voudrais m'excuser pour
tellement de choses. Elle retire une main des miennes et pose un doigt sur mes
lèvres pour me faire taire.
Nous regardons tous deux la fenêtre dégoulinante sans un mot pendant que
l'orage passe.
*****************
Je ne peux pas le lâcher. Nous sommes revenus à son aérodrome, chacun de nous
est aggrippé à l'autre, et je ne peux pas le lâcher. Mes doigts tiennent sa
chemise et je....ne veux absolument pas le lâcher.
"Sarah," murmure t'il et je suis perdue. Je suis complètement perdue pour tout
ce que je suis censée faire. Je suis un marine dur à cuire. Je suis censée
savor faire face à tout. "Ca va aller."
Sa voix n'est pas très convaincante. Nous devons tous deux retourner vers nos
mondes et apprendre à vivre avec. Apprendre à vivre pour toujours avec ce week
end. Apprendre à vivre l'un sans l'autre. Je ne crois pas que je le veuille.
"Ca va peut être aller, mais ce ne sera plus jamais pareil," dis je pendant
qu'il me berce dans ses bras comme une petite fille en pleurs.
"Non, plus jamais."
C'est tout ce qu'il dit pendant qu'il prend mes mains dans les siennees. Je
lève mon regard vers ses yeux, pensant ne rien y voir. Comme après cette
première fois où nous avons fait l'amour. C'est le regard auquel je m'attends
à partir de maintenant. Mais il n'est pas là. Non, il y a quelque chose que je
n'ai jamais vu avant. Oh mon dieu. C'est pire. Je pourrais faire face à
beaucoup de choses. Je ne sais comment faire face à ce regard d'amour absolu
et inconditionnel. Je ne peux pas vivre avec le souvenir de ce regard et
retourner vers Mic. Je détourne les yeux avant que mon coeur se brise.
Pourquoi ne m'a t'il pas regardé comme ça il y a des années? Pourquoi
maintenant?
Il n'y a pas de réponse pour me satisfaire. Il ne connait pas lui même les
foutues réponses.
"Je dois y aller," je murmure et nous nous embrassons juste une fois. Un
baiser léger et rapide car je n'ai pas confiance en moi pour autre chose. Je
sais que je ne peux pas.
Je me détourne et m'éloigne et ça fait tellement mal de ne pas regarder en
arrière.
***************