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CHAPITRE V

13 septembre 2010
May fait la sieste sur notre lit, étendue de tout son long. Ses boucles brunes
humides sont collées à son front, et je ne veux pas qu'elle attrape froid.
Sarah va me tuer si quelque chose, même sans importance, lui arrive pendant
qu'elle est ...... absente. Je remonte une couverture sur elle, et elle grogne
qualque chose et la repousse. Elle a toujours été aussi têtue que sa maman.
Je m'assieds sur le bord du lit et la regarde dormir. May n'a jamais dormi
calmement, et elle continue à sursauter dans son sommeil. Quand May était
bébé, Sarah avait l'habitude de passer le temps pendant lequel elle aurait dû
dormir à la regarder. Pendant des heures, elle restait près du berceau de May,
attendant et la regardant. Si sa respiration changeait, elle la levait juste
pour vérifier que tout allait bien. Bien des matins j'ai trouvé Sarah endormie
sur le rocking chair dans la chambre de May, épuisée par cette nuit passée à
veiller. Il n'y a rien de plus précieux dans le monde pour Sarah que May.
Maintenant, je commence à en comprendre toutes les raisons.
Je refuse d'y croire. Sarah n'aurait pas passé sa vie avec moi si ça avait été
le cas. Ou l'aurait elle fait? Bon sang, je n'en sais plus rien.
Je regarde vers le placard, vers cette boite remplie de billets que j'ai
rangée. Il y a un grand trou dans les dates. May était un bébé, et Sarah
n'aurait pas pu partir avec lui. J'aimerais croire qu'elle était heureuse et
qu'elle n'avait pas besoin de lui, mais je n'en suis plus si sûr. Elle se
sentait peut être trop coupable pour laisser son bébé derrière elle. Ou bien
elle s'inquiétait à l'idée que May pourrait arrêter de respirer pendant la
nuit et que je ne serais pas assez attentif pour m'en apercevoir. Peut être
n'ai je jamais été assez attentif à quoi que ce soit. Elle a limité les
déplacements qu'elle devait faire pour des enquêtes, et je me souviens que ça
a posé quelques problèmes. Petit à petit, elle a commencé à avoir confiance
dans le fait que May allait survivre à la nuit, et elle a recommencé à
s'absenter pour des enquêtes. Ou du moins, c'est ce que je croyais qu'elle
faisait.
Le téléphone sonne et je l'attrape et sors dans le couloir avant que le bruit
ne réveille ma fille.
"Allo", dis je, incertain de ce que je vais entendre. L'attente est la partie
la plus difficile de cette histoire. Toutes ces heures d'incertitude
engourdissent mon esprit.
"M. Brumby?" demande une voix au timbre officiel. Il me dit son nom et son
titre, mais mon esprit ne les enregistre pas. J'appuie mon front contre le mur
et me prépare à ce qu'il va me dire.
"Mic Brumby à l'appareil. Vous l'avez trouvée?"
"Nous pensons que nous avons trouvé ce qui pourrait bien être une sorte
d'épave, mais pour l'instant il ne nous a pas été possible d'y envoyer des
hommes pour vérifier de quoi il s'agit," dit la voix. Pourrait il être encore
plus vague?
"Qu'est ce que ça veut dire?", je demande en essayant de ne pas glisser le
long du mur.
"Cela veut dire que nous ne savons toujours rien, M. Brumby. Avec le temps
qu'il fait et l'endroit où ce qui pourrait être une épave est localisé, noux
ne pouvons pas nous y rendre pour l'instant. Nous irons aussitôt qu'il y aura
une accalmie dans le tempête," dit il. Je veux qu'il me dise où cela se trouve
pour que je puisse aller faire des recherches. Je n'ai pas peur d'un peu de
pluie, mais je m'en garde bien. Il faut que je sois là pour May. En plus, ils
ont déjà réuni ce qu'il y a de mieux pour les opérations de recherche.
"Merci de me tenir informé," dis je et je raccroche. Le chien saute autur de
moi pour que je joue avec lui, mais je ne peux même pas assez bouger pour le
caresser. Je me cogne la tête contre le mur, et pour la première fois, l'idée
qu'elle pourrait tout simplement être morte me vient à l'esprit.
*****************
30 avril 2004
Il n'y a que troix bébés dans la nurserie, et tous les trois emmaillotés en
rose. Je sais lequel est celui de Mac, même sans voir la petite étiquette qui
dit au monde qu'elle est "Notre Première!" ou que May est née le 29 avril à
11:51 p.m. , qu'elle pesait 2 kilos 900 et qu'elle mesurait 46 centimètres.
Elle est l'enfant de sa mère, c'est sûr. La couleur de sa peau, ses attitudes
- je n'avais jamais réalisé qu'un enfant d'un jour pouvait avoir des attitudes
- mais ce bébé est Mac.
"Qu'elle est belle!" s'exclame Robbie en serrant ma main. Je continue à
regarder le bébé à travers la vitre et je souris faiblement au reflet de
Robbie.
"Bien sûr qu'elle est belle. C'est ma fille," dit Mic Brumby en riant derrière
nous. Nous nous retournons et Robbie le serre dans ses bras pour le féliciter.
Il porte un bracelet d'hôpital pour indiquer qu'il est le père et lui
permettre d'accéder au bébé et à la nurserie. Il a déjà l'air épuisé.
"Félicitations, Brumby. Vous avez de la chance. Elle ressemble à sa mère," dis
je en lui tendant la main. Il la serre fermement, et quand il la relâche, y
place un cigare en chocolat enveloppé de rose.
"Très vrai. Et c'est une bonne chose. Quand on pense que c'est une fille, et
tout," dit Mic en la regardant avec un air de totale adoration. Elle commence
à pleurer, et je vois qu'il veut aller la rejoindre.
La nouvelle que Mac était enceinte m'avait fait un choc. Pendant une brève
seconde après qu'elle l'ait dit, ce n'est pas tant que je puisse être le père
qui me m'a posé un problème que plutôt le bordel que cette situation pourrait
créer. Avant que j'aie pu dire un mot, elle m'a dit de qui il était, et elle
avait l'air si sûre. Cela m'avait pris un moment pour accepter que c'était
cela que Mac voulait : une famille avec Mic. Si cet enfant était de moi, elle
aurait dit quelque chose. Si elle avait voulu élever cet enfant avec moi, nous
serions ensemble. Au lieu de cela, elle a insisté sue le fait que c'était Mic
le père. Elle doit avoir une raison pour être aussi sûre, même si je ne sais
pas quelle est cette raison. Il y a une partie de moi qui veut que cet enfant
soit de moi, mais l'autre partie n'en est pas sûr. Je ne serai jamais sûr.
"Elle est si petite, rose et parfaite," dit Robbie en s'extasiant à nouveau
sur le bébé. "Regarde la, Harm." Elle me tire à nouveau vers la vitre et je
regarde un visage que j'ai vu depuis des années. Elle est belle. Elle est
parfaite. Elle est tout ce que Mac mérite dans la vie.
"Quand est ce que vous allez vous caser tous les deux pour pouvoir avoir votre
famille à vous?" demande Mic en me tapant sur l'épaule. Robin et moi nous
regardons avec des sourires nerveux. On n'a pas souvent abordé le sujet,
d'après ce que je sais chacun de nous préfère garder sa liberté. Peut être que
j'ai tort. Peut être que c'est tout ce qu'elle veut et qu'elle mérite, elle
aussi.
"Je...euh.."
"Vous n'allez pas en vous rajeunissant, Harm," dit Brumby avec un éclair dans
les yeux.
"Nous sommes heureux comme ça," dit Robbie en venant à mon secours. Elle prend
ma main dans les siennes et m'attire près d'elle. Nous savons tous les deux
qu'avec sa carrière et ma carrière, avoir un engagement familial quelqu'il
soit serait difficile. Mic a déjà décidé qu'il va interrompre son travail dans
le cabinet de droit maritime international pour lequel il travaille pour
s'occuper du bébé. Ni Robbie ni moi ne serions prêts à faire cela. Je pense
que si on y regarde bien, nous sommes trop égoïstes et attachés à nos
carrières.
"C'est bien pour vous, mon vieux," dit Brumby en me tapant à nouveau sur
l'épaule. Je ne l'ai jamais vu aussi heureux. L'infirmière de l'autre côté de
la vitre lui fait signe de venir et il lui sourit largement. "Si vous voulez
bien m'excuser, je dois donner un bain à ma fille. Sarah est dans la chambre
311 si vous voulez la voir. Elle est encore en train de râler et de se
plaindre au sujet de l'accouchement, alors préparez vous à entendre des
histoires horribles. Je croyais que les marines étaient des durs, mais elle se
plaint encore."
"Je,euh, je pense que je vais te laisser, Harm. J'ai une amie qui est
infirmière en cardiologie et je pense que je vais aller lui dire bonjour. Je
te retrouverai en bas dans le hall, d'accord?" dit Robin, et elle m'embrasse.
Je la regarde, étonné. Ses yeux m'implorent de ne pas lui demander de venir
avec moi. Les relations n'ont jamais été géniales entre Mac et Robbie. Elles
ne sont pas mauvaises, simplement ni chaleureuses, ni amicales. Je n'ai jamais
dit à Robbie toute la vérité, mais je suis sûr qu'elle est assez intelligente
pour avoir deviné qu'à un moment, nous avons eu une liaison, Mac et moi.
"D'accord," dis je et elle appuie sur le bouton pour ouvrir la porte
automatique. Je la regarde partir.
"Dites à Sarah que je reviens dans quelques minutes, d'accord?" demande Brumby
en s'avançant vers la porte fermée de la nurserie.
"Je vais lui dire," dis je en regardant l'infirmière ouvrir la porte en tapant
un code, puis contrôler son bracelet pour s'assurer qu'il est le père. Peut
être qu'elle devrait mieux vérifier que ça. Je me sors cette idée de la tête
avant d'aller chercher la chambre de Mac.
*****************
Je contemple par la fenêtre le ciel en ce soir de printemps quand quelqu'un
frappe à la porte. Je suppose que c'est l'une des infirmières qui vient me
dire qu'il est à nouveau l'heure de nourrir May. Elle mange comme un ogre, ce
qui est une bonne chose parce que mes seins me font mal quand elle reste trop
longtemps sans têter. Mais quand elle tête, c'est tout le reste de mon corps
qui me fait mal. Il va me falloir un peu de temps pour m'habituer à tout ça.
"Entrez," dis je en mettant un oreiller sous mes genoux pour pouvoir nourrir
May dans la position que je trouve la plus confortable. Bien que nous ayons
beaucoup de choses à apprendre l'une sur l'autre, les petites choses semblent
se mettre en place facilement. C'est comme si nous nous connaissions depuis
toujours. Je suis sûre que cela va changer quand nous serons rentrées à la
maison. elle est pleine de surprises, y compris son arrivée un peu en avance.
Au moins, cela me permet de mentir sur quelques un des doutes qui subsistent
dans mon esprit.
"Salut," dit Harm en claquant la porte derrière lui. Il s'avance jusqu'au bord
de mon lit, tout proche de moi. Je lève brièvement les yeux vers lui avant de
fixer la couverture blanche du lit, comptant les lettres qui forment le nom de
l'hopital qui y sont inscrites. Mes doigts jouent nerveusement avec une
peluche, ne sachant pas ce qu'il va dire ou ce que moi je vais dire. "Elle est
belle, Mac."
"Merci. Je suis peut être un peu subjective, mais je trouve aussi," dis je à
peine capable de contenir mon exaltation au sujet de ma petite fille. Je pense
à elle, et j'ai envie de me mettre à pleurer. Elle est belle. En fait elle est
parfaite . Elle est tout ce que j'ai toujours voulu et plus encore. La chambre
est pleine de fleurs et de ballons pour célébrer son arrivée, et j'ai pleuré
quand j'ai entendu son premier cri. J'ai pleuré quand ils l'ont tenue, encore
toute poisseuse, pour me la montrer. J'ai pleuré quand ils l'ont mise dans mes
bras après l'avoir lavée.
"Elle ne ressemble pas du tout à son père," dit il doucement en s'asseyant sur
le bord de mon lit.
"Non, elle ne ressemble pas du tout à Mic," dis je en le regardant dans les
yeux. Cette fois, il détourne son regard. Il joue avec le chocolat recouvert
de rose qu'il tient dans la main, le tournant et retournant, lisant
l'étiquette. "Je vois que vous avez rencontré Mic."
"Oui. Robin et moi, on l'a vu quand on est allé voir...May. Il a vraiment
l'allure de l'heureux papa," dit Harm toujours sans me regarder. Il jette le
cigare sur mon plateau avec la nourriture que je n'ai pas mangée. Ils
n'arrêtent pas de me dire que je dois faire attention à mes calories pour
nourrir le bébé, mais la nourriture n'est pas terrible et mon estomac a été
troublé toute la journée.
"Robin est ici? Pourquoi n'est elle pas venue?" je demande et Harm hausse
simplement les épaules. J'ai toujours été aimable avec sa petite amie, je l'ai
même invitée à la petite fête pour l'arrivée du bébé, mais c'est dur.
Incroyablement dur. "Il faut que vous partiez?"
"Non, elle est allée dire bonjour à une amie qui travaille ici. Je peux rester
un moment," dit il en me regardant enfin. "Vous me manquez au bureau."
Je me suis arrêtée il y a quelques semaines, je voulais avoir du temps pour me
préparer. Ou peut être que je voulais seulement m'en aller. Mic était en
déplacement pour son travail et c'était ma dernière chance d'être seule pour
les 18 prochaines années.
"Je... j'avais des choses à faire. Peindre la chambre du bébé. Faire des
stocks de couches. Vous savez..."
"Non, je ne sais pas," dit il. Sa main se pose sur la mienne et j'arrête de
jouer avec la peluche de la couverture. Je veux le repousser, mais je ne le
fais pas. Je ne peux pas. Son contact m'a tellement manqué.
"Ce n'est pas ce que je voulais dire. Je parlais en général. Un bébé, c'est
beaucoup de travail, et il faut être deux pour le faire," dis je , encore en
train de rationaliser toutes mes décisions . Mes seins commencent à être
douloureux rien que parce que je pense à elle et j'espère qu'ils ne coulent
pas. Je ne sais pas ce que Harm pourrait supporter. Je regarde tous les
cadeaux qui ont été envoyés. Harm et Robin ont envoyés un ours en peluche
habillé comme un aviateur, avec des lunettes et une petite veste marron, et un
bouquet de roses roses. J'ai eu la tentation de plier la carte pour en faire
un petit avion, mais je ne l'ai pas fait.
"Pourquoi le nom de May?" demande t'il en prenant ma main dans la sienne. Il
joue avec mes doigts, les caresse avec son pouce. "Elle est née en avril. Est
ce qu'elle ne devrait pas s'appeler April Brumby?"
"Elle aurait dû naître la semaine prochaine. Mic a choisi le nom de May quand
nous avons découvert que j'étais enceinte et que nous pensions qu'elle allait
naître en mai. Il aimait bien la façon dont ça sonnait, Mic, Mac et May. En
plus, nous avons déjà certaines choses brodées avec le nom de May," dis je et
il ouvre la bouche comme s'il allait poser une question, mais la referme. Nous
avons su que nous allions avoir une fille il y a quelques mois. A cause de mon
âge, on m'a fait une amniocentèse, et Mic voulait savoir. "Pourquoi demandez
vous?"
"Je ... ne sais pas," dit il, avec ce petit sourire triste et nerveux. Si je
n'étais pas aussi épuisée, je serais désolée pour lui. Pour moi. Pour nous
tous et pour ce bazar dans lequel nous nous sommes fourrés. Mais pour
l'instant, je ne peux pas m'y résoudre. "Alors, Mic a dit que vous alliez vous
plaindre de l'accouchement."
"Ouais. C'était une horreur. Pire que le camp d'entrainement ou que de prendre
une balle," dis je avec une grimace. Le souvenir est trop frais pour que je
dise que je veux recommencer bientôt, même si c'était possible.
"Je suis désolé," dit Harm, ma main toujours dans la sienne. ses yeux sont si
tendres et plein de questions que j'ai envie de le gifler. Que veut il de moi?
La vérité? La vérité, c'est que tout simplement je ne sais pas. Peut être que
je ne veux pas savoir.
"Vous n'avez pas à être désolé. Ce n'est pas votre faute. C'est Mic qui
devrait être désolé," dis je avec un petit rire et Harm regarde vers la porte.
"Vous êtes sûre..." commence t'il, mais Mic ouvre la porte, poussant May dans
son berceau de plexiglass. Elle piaille et crie et mes seins commencent
immédiatement à couler. Harm lâche ma main comme s'il se brûlait et se lève du
lit plus vite que je le croyais humainement possible. Il se recule pendant que
Mic me tend mon bébé qui pleure.
"Elle te veut, chérie," dit Mic et May commence immédiatement à chercher ce
qu'elle veut pardessus tout. Le fin duvet de cheveux bruns sur sa tête est
encore humide et elle sent bon le bébé propre. Sa joue frôle ma poitrine et
instinctivement elle ouvre la bouche, ressemblant à un petit oiseau attendant
un ver de terre.
Harm s'adosse au mur dans la petite chanbre et me regarde. Je me rappelle, il
y a quelques années, quand Harriet a commencé à nourrir le petit AJ devant
nous, Harm est sorti de la pièce aussi vite que possible. Cette fois ci, cela
ne semble pas du tout le déranger. Il regarde même d'un air plutôt curieux.
Pendant que May s'agrippe à moi, je le regarde et il baisse les yeux quelques
secondes avant de croiser à nouveau mon regard. Mic est assis sur le bord du
lit et touche les pieds de May. Il prend une couche et me recouvre avec
pudeur, ce qui fait brailler May. Elle n'aime pas être sous les couvertures
chaudes et les infirmières ont toutes les peines du monde à la garder
emmaillotée comme elle l'est.
"Elle a été très gentille pendant le bain," dit il. "Elle n'a pas crié du tout
jusqu'à ce que ce soit fini et qu'elle réalise qu'elle avait faim. C'est une
belle petite fille, Sarah. Tout ce que j'ai toujours voulu.."
Sa main quitte May et monte vers ma joue, la caresse. Du coin de l'oeil, je
vois Harm danser nerveusement d'un pied sur l'autre, il croise les bras sur sa
poitrine.
"Vous ne trouvez pas qu'elle est belle, Harm?" demande Mic et Harm hoche de la
tête et sourit.
"Comme je l'ai dit, elle a de la chance de ressembler à sa mère. Bien sûr, si
elle avait ressemblé à son père, ça n'aurait pas été mal non plus," dit il en
me regardant droit dans les yeux.
"Oui, ça n'aurait pas été mal. Surtout si elle avait eu mon physique et la
matière grise de sa mère," dit Mic et Harm et moi détournons les yeux. Il y a
tellement longtemps que nous avons eu cette conversation. Tellement longtemps
que nous nous sommes fait cette stupide promesse. Cinq ans plus tard, et j'ai
un bébé, avec ou sans lui. Qui diable le sait.
La porte s'ouvre et Robin entre. Elle rougit quand elle voit ce que je suis en
train de faire et recule.
"Je suis désolée...Je.. peux sortir..." dit elle, regardant Harm pour lui
demander conseil. Il est toujours en train de me regarder.
"Non, ça va," dis je lui faisant signe d'entrer de ma main libre.
"Mon amie ne commence à travailler qu'à 23 heures. J'ai pensé qu'il vallait
mieux que je revienne ici plutôt que d'attendre dans le hall," dit elle en me
regardant et en souriant. Elle a l'air si...reposée. J'ai l'air si fatiguée et
il n'y a même pas une journée entière que May est avec nous. Plus elle tête,
et plus les crampes de mon utérus augmentent, pendant qu'il revient à sa
taille normale, au contraire de mes seins, dont je doute qu'il soient jamais
comme avant. Je sursaute doucement quand la douleur se déplace dans mon bas
ventre, et tout le monde me regarde. Harm se redresse et regarde sa petite
amie.
"On ferait mieux d'y aller. J'ai le travail de deux avocats du Jag sur les
bras en ce moment," dit il en souriant lentement. Il prend la main de Robin
dans la sienne et ils balancent leurs bras sans y penser, comme un couple
ensemble depuis un certain temps. "Donnez nous des nouvelles."
Ses yeux m'implorent de dire quelque chose ..... n'importe quoi. Mais dans
cette pièce où se tiennent nos partenaires et un bébé, qu'est ce ce que je
suis supposée dire? Laissons ces idiots et sauvons nous, allons élever ce bébé
ensemble sur une ile tropicale? Bon sang, mais qu'est ce qu'il attend de moi?
"Je ne serai absente que huit semaines," dis je essayant de le rassurer, je ne
vais pas disparaitre toujours dans mon rôle de mère. Je ne sais pas ce que ça
peut faire. Il est déjà parti.
"Bien. Faites moi savoir si vous avez besoin de quelque chose," dit il en me
fixant sans cligner des yeux.
"Oui. On peut faire du babysitting si vous voulez sortir tous les deux. Ce
serait amusant?" dit Robin avec un rire en regardant Harm.
May a fini de têter d'un côté et il faut que je lui fasse faire son rot et que
je la change de sein. Je suis sûre qu'ils ne veulent pas y assister, ni être
là quand je vais devoir mettre de la crème sur mes têtons endoloris. Je suis
sûre que Harm ne veut pas voir ça.
"Nous vous rappellerons votre proposition, détective Farnell," dit Mic avec un
grand sourire.
Sous l'intimité de la couche, je romps avec mon doigt le sceau que May a formé
avec mon sein. Je me recouvre un moment et me prépare pour changer May de
côté. Avant que je puisse le faire, Harm lache la main de Robin et s'approche
à côté du lit. Il enlève doucement la couche de la tête de May et caresse ses
cheveux soyeux. Un air nostalgique passe sur son visage, May ouvre ses grands
yeux qui savent tout et piaille un peu avant de chercher mon autre sein. Il la
recouvre et me regarde. Mic est toujours assis là et réalise ce qui se passe,
sans dire un mot. Pas plus que ne le fait Robin. Il y a de l'électricité entre
Harm, le bébé et moi, mais personne ne dit un fichu mot. Quelqu'un devrait
dire quelque chose, mais le temps de le faire est déjà passé.
"Au revoir,Mac," dit il " prenez soin de vous."
"Au revoir," dis je, tenant ma petite fille contre ma poitrine. Je le regarde
partir lentement avec Robin.
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