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CHAPITRE VI
13 septembre 2010
"May, chérie, peux tu finir ton diner?" je demande en la regardant pousser sa
nourriture dans son assiette, mais sans jamais porter le moindre morceau à sa
bouche. Je ne lui reproche pas de ne pas manger. Je n'ai pas vraiment envie de
manger, moi non plus.
"Où est ce que maman est allée?" me demande-t'elle, en levant les yeux de son
assiette de pâtes au fromage et en me regardant.
"Je...je ne sais pas où ta maman est allée, May. Peut être qu'elle est partie
pour son travail", je lui mens et elle le sait. C'est une petite fille
intelligente.
"Tu as dit qu'elle était partie avec cet espèce de salaud. C'est qui?" demande
May en baissant à nouveau les yeux sur son assiette.
"May!"
"Je t'ai entendu le dire. Tu croyais que je dormais, mais je ne dormais pas,"
dit May d'un air si innocent. Mais en fait, c'est elle l'innocente dans cette
histoire.
"Je ne veux pas que tu parles comme ça, May. Tu as compris?" dis je
sévèrement. Son visage prend un petit air pincé et je sais qu'elle va se
mettre à pleurer d'une seconde à l'autre. Je l'ai vu prendre cet air si
souvent depuis sa naissance que je sais ce qu'il veut dire.
"Je regrette, papa," dit elle. Sa fourchette lui tombe de la main et elle
repousse son assiette.
Nous restons assis là en silence, May a des larmes qui coulent le long de ses
joues. Si Sarah est...si elle est partie, comment vais je pouvoir expliquer
tout cela à ma fille? Je ne saurais même pas par où commencer. May,
apparemment ta maman n'a jamais aimé ton papa, et c'est pour cela qu'elle est
morte avec ce salaud. Oh, c'est génial. Est ce que Sarah a pensé une seule
minutre à tout ça avant de partir avec lui? Est ce qu'elle s'est une seule
fois demandé ce que je pourrais bien dire à sa fille - à leur fille - à ma
fille. C'est ma fille maintenant, et je suis tout ce qui lui reste. Qu'ils
aillent au diable.
"Ca va, May. Tout va bien se passer," dis je sans la regarder. Je n'arrête pas
de lui dire ça. Je n'arrête pas de me le dire à moi aussi. Seulement, je ne
suis pas sûr que tout va bien se passer à nouveau un jour.
*****************
15 juin 2005
"Comment va le bébé?" demande Harm quand nous nous retrouvons dans le couloir
à l'extérieur de la salle d'audiences.
"Elle a un nom, Harm. Elle s'appelle May," dis je et il me lance un sourire
rapide. "Nous l'appelons de plus en plus May et de moins en moins le bébé
depuis qu'elle a fêté ses un an."
"Je suis désolé. Comment va May?" demande t'il. Des gens nous frôlent en
entrant dans la salle, mais nous restons là, à l'extérieur. Dans le tribunal,
nous sommes adversaires. Il est procureur et je suis sûre qu'en ce moment, il
fait ça simplement pour me décontenancer. Nous parlons rarement de ma fille
d'habitude et il sait très bien que cette affaire me déprime.
"May va bien. Elle a eu une petite fête d'anniversaire très sympathique," dis
je en regardant le sol. Il ne va pas me foutre le moral en l'air. Non, il ne
va pas y arriver, et surtout pas en se servant de mon enfant par dessus le
marché.
"Désolé de n'avoir pas pu venir," dit il doucement. Il s'est porté volontaire
pour une affaire qui s'est présentée brusquement la semaine de son
anniversaire. Il fallait faire un déplacement au Japon, et alors que Singer
avait proposé de s'en occuper elle même, Chegwidden a confié le dossier à Harm
tout seul. "Robin et moi, on aurait aimé venir."
Je le regarde dans les yeux. Ils me demandent pardon mais je pense qu'il ne
sait même pas pourquoi.
"C'est bon. Avec toute la famille Roberts, il y avait foule," dis je pour le
tirer d'affaire. Je tire toujours Harm d'affaire. Sauf au tribunal. C'est le
seul endroit où je ne le laisse pas s'en sortir . Même si je sais que mon
client est sacrément coupable. Je me bats toujours parce que je le dois à mon
client. Ils ne méritent pas d'avoir un avocat maltraité par Harm.
"Je suis quand même désolé. Nous avons un cadeau pour elle. Il faut que je
pense à l'apporter avant qu'elle ne soit trop grande," dit Harm, avec cette
voix qui me fait toujours ce même effet. Pas maintenant, Mac. Il se sert juste
de votre passé à tous les deux pour se débarasser de toi. Je referme les yeux,
et je sens qu'il pose sa main sur mon bras. "Bonne chance, conseiller."
La main d'Harm s'en va, et lui aussi. Il ouvre la porte du tribunal et me
laisse plantée là dans le couloir.
Espèce de salaud. Il ne peut pas gagner cette affaire. Je sais qu'il va le
faire et ça m'emmerde.
*****************
Mac a arrêté de me regarder au tribunal il y a longtemps. Elle écoute, mais
elle ne regarde pas. Elle soulève toutes les objections nécessaires au bon
moment . Elle présente une bonne argumentation. Elle soumet tous les témoins à
un contre interrogatoire avec toute son habileté coutumière. Mais elle ne se
tourne jamais vers moi. Même pas quand il s'agit d'une affaire aussi difficile
que celle là. Surtout pas dans une affaire comme celle là.
Les affaires qui mettent en cause des enfants sont les plus dures à traiter et
celle là est peut être la pire que nous ayons connue depuis des années. C'est
une de ces affaires dont j'ai toujours souhaité qu'elle reste une histoire
entendue aux informations, et dont s'occupent d'autres personnes, et pas une
affaire à laquelle je participe.
"Matelot O'Brien, vous avez déclaré que vous n'aviez pas réalisé que vous
étiez enceinte avant votre troisième trimestre," dis je en regardant la jeune
femme assise dans le box. Son ancien petit ami, le quartier maître Terrence
Corby, aurait jeté leur bébé nouveau né dans les ordures, par crainte que
cette petite fille ruine sa carrière dans la marine. O'Brien a plaidé coupable
pour sa participation. Maintenant, elle témoigne à charge contre le père de
son enfant mort.
"Oui, monsieur," dit elle nerveusement. Elle se tortille sur son siège et les
larmes jaillissent à nouveau de ses yeux. Chaque fois que j'ai commencé à
l'interroger à ce sujet, elle a recommencé à pleurer. Nous avons dû nous
interrompre deux fois pour qu'elle essaie de contrôler ses sanglots.
"Et vous avez également déclaré qu'à cette époque, le quartier maitre Corby a
menacé de vous quitter si ' vous ne vous débarassiez pas du bébé'."
Corby l'a aussi déclaré quand il a été arrêté. Mais ensuite il est revenu sur
ses déclarations, en disant que c'est O'Brien qui avait tout fait, et qui
s'était débrouillée pour qu'il l'aide à se débarasser de leur enfant. Une fois
qu'il y a eu suffisamment de preuves contre lui, au lieu de plaider coupable
comme son ex petite amie, il a décidé de tenter sa chance au tribunal. Décidé
de tenter sa chance contre moi.
Mac est un bon avocat, mais je ne vais pas laisser ce gamin s'en sortir. Il
s'est dérobé à ses devoirs de père, et il doit payer.
O'Brien sort une poignée de mouchoirs en papier de la boite qui est près
d'elle et essaie de contrôler ses larmes. Mais ça ne marche pas.
"Oui, monsieur," répond elle, et sa voix se brise juste en prononçant ses deux
mots.
"Quand vous lui avez dit non, que s'est il passé?" je demande d'une voix aussi
douce et calme qu'il m'est possible. Corby est assis à côté de Mac, avec un
air content de lui, ses yeux ne quittent jamais le matelot O'Brien. Il la
fixe, attendant ses prochains mouvements.
"Je n'ai jamais eu l'air enceinte, monsieur. J'avais l'air d'avoir pris un peu
de poids, mais pas beaucoup. Quand le moment de la naissance est arrivé, on
est allé dans l'appartement de ma mère. Dans mon ancienne chambre. Elle était
encore au travail......." son visage se tire et reflète une expression
d'extrême douleur et de regret.
"Prenez votre temps, matelot O'Brien," dit l'amiral Slater du haut de son
siège. Elle prend plus de mouchoirs et se mouche, son visage est rouge et
gonflé d'avoir autant pleuré. Je sais que nous n'allons pas avancer beaucoup
aujourd'hui.
"Terry...le quartier maitre Corby m'a aidé à mettre au monde et ensuite..."
Elle n'arrivera jamais à le dire. Je me tourne vers Mac, mais elle détourne
rapidement son regard. Mais pas son client.
Je m'avance vers ma table et y prend la pièce à conviction suivante et
l'enregistre en tant que preuve.
"Est ce votre bébé, matelot O'Brien?" je demande en tenant devant elle la
photo prise par la police pour qu'elle la regarde. Elle y jette à peine un
regard et un torrent de larmes jaillit. Maintenant, elle sanglote bruyamment,
et je suis sûr que Slater va bientôt interrompre la séance.
Je regarde à nouveau Corby. Le jury aussi.
Pas un seul soupçon de larme n'est monté à ses yeux depuis le début de toute
cette affaire.
*****************
20 juin 2005
"Je suis désolé," dit Harm debout à l'entrée de mon bureau.
"Non, vous ne l'êtes pas."
"Mac, il était fichtrement coupable, et vous le savez," dit il , attendant que
je lui dise d'entrer pour pouvoir jubiler. J'ai fait du mieux que j'ai pu au
tribunal mais ça n'a servi à rien contre Harmon Rabb et son témoin vedette.
Elle mettait en marche les grandes eaux chaque fois qu'il lui posait une
question. Comment pouvais je gagner?
Harm arrête d'attendre que je lui demande d'entrer, et le fait tout bonnement.
Je lève les yeux de l'écran de mon ordinateur pendant qu'il s'assied en face
de moi. Il a l'air fatigué. Cette affaire, comme toutes les affaires qui ont
trait à des meurtres d'enfant, nous a vidés tous les deux.
"Je ne sais tout simplement pas comment quelqu'un peut faire ça à son bébé. Je
ne sais pas comment elle a pu le permettre," dis je en détournant à nouveau
les yeux. Depuis que je suis devenue mère, j'ai plus de mal à gérer ces
choses. La simple pensée de May.... de perdre May me fait pleurer. Je renifle
un peu et Harm se redresse sur sa chaise.
"Vous allez bien?" demande t'il et j'acquiesce de la tête.
"Oui. Je vais bien. Désolée. Je pense que c'est un truc de mère. Je ne peux
pas imaginer la vie sans May maintenant que je l'ai." Je commence à taper
quelque chose sur mon clavier et il prend plus d'une minute pour dire quelque
chose. J'aimerais tellement savoir à quoi il pense quand je parle de mon
enfant. Il ne parle jamais beaucoup sur aucun sujet. Nous sommes si facilement
rentrés dans nos rôles de 'simplement amis' que parfois je ne peux même plus
me souvenir du week end où nous avons été autre chose.
C'est un mensonge.
Bien sûr que je m'en souviens. Je me souviens de chacune de ces fichues
minutes avec une clarté parfaite. Je penche la tête en avant et ferme les
yeux, essayant de chasser ces souvenirs. Ils n'ont pas le droit d'envahir mes
pensées pendant qu'il est assis là en face de moi. J'entends quelque chose
bouger sur mon bureau, mais je ne regarde pas. J'essaie toujours de gagner le
combat contre mes souvenirs. Je suis heureuse. Heureuse de la vie que je mène
à la maison. Heureuse avec Mic. Avec May. Je ne devrais pas penser à ces
choses.
"Rien ne pourrait être pire que de perdre un enfant. Sauf peut être de ne
jamais pouvoir l'aimer," dit il et j'ouvre lentement les yeux et regarde mes
genoux. Bon sang, où veut il en venir?
"Vous devriez vous marier. Vous et Robin. Et avoir des enfants. Je pense que
vous feriez un papa génial," dis je doucement. Il ferait un papa génial et j'y
ai suffisament pensé pour le savoir. J'y ai pensé, et ensuite j'ai repoussé
toutes ces pensées aussi loin que je le pouvais.
Pendant toutes ces années, je ne lui ai jamais rien dit de tel. Une partie de
moi n'est pas sûre que je veuille détruire pour toujours ce pont. Pendant
toutes ces années, j'ai voulu qu'il reste libre dans le cas où...j'aurais
besoin de lui. Mais je ne peux pas continuer à faire ça. Si je ne m'étais pas
retrouvée enceinte de May, nous aurions probablement toujours une liaison.
J'aurais quitté Mic. Mais une fois encore, Harm aurait dit quelque chose s'il
avait voulu que je quitte Mic. Il aurait dit quelque chose? Je ne sais pas. Ca
n'a pas d'importance. J'étais *déjà* enceinte pendant ce week end que nous
avons passé ensemble. Je dois me persuader d'y croire si rien d'autre ne
marche. Si Harm va faire un papa génial, Mic est un papa exceptionnel. Les
sentiments que j'éprouve juste quand je le regarde avec cette petite fille
sont au delà de tous les mots.
"Nous pourrions," dit Harm en interrompant mes pensées. Rien qu'au ton de sa
voix, je sais qu'elle serait un second choix. Qu'il aille au diable. Je ne
veux pas revivre tout ça. Il a eu trop de possibilités pour dire quelque
chose. Pour dire n'importe quoi. "Je pars un peu plus tôt ce soir."
Il lance quelque chose sur mon bureau avant de sortir tranquillement. J'arrête
de fixer mes genoux et regarde ce qu'il a fait.
Il y a un petit avion en papier sur mon bureau. Je le regarde pendant cinq
bonnes minutes avant de le toucher. Il ne peut pas. Il ne le ferait pas. Mon
dieu, faites que tout ne recommence pas.
Si, mon dieu. S'il vous plait, faites que tout recommence.
Je ne suis pas sûre de ce que je veux le plus.
Je me décide finalement à attraper l'avion et je le déplie.
Ce n'est rien d'autre qu'une feuille de papier vierge.
*****************
"A quoi penses tu?" je demande en parcourant une fois de plus la check list de
décollage. Elle s'appuie contre le fuselage de Sarah et me regarde ramper sous
l'avion pour vérifier tout ce qui pourrait manquer. Je n'ai pas eu beaucoup de
temps pour l'emmener ces derniers temps, même si nous avons eu un bel été
jusqu'à maintenant.
"A un cas sur lequel je travaille" répond elle. Elle détourne son regard vers
l'horizon, vers les manches à air au bout de la piste.
"Un cas difficile?"
"Pas pire que celui sur lequel tu viens de travailler, mais c'est plutôt
moche," dit Robin. Je défais un tuyau et le remets, verifiant qu'il est bien
serré.
"Vraiment? De quoi s'agit il?" je demande. Sa capacité à voir ce qu'elle voit
tous les jours sans que cela détruise sa vie me surprend. Chaque jour qui
passe, elle voit ça dans la rue. Des gens qui tuent des gens sans autre raison
que celle qu'ils n'en ont plus rien à faire.
"Problèmes familiaux. Un homme a surpris sa petite amie qui le trompait, alors
pour se venger il est présumé avoir tué le fils de son amie, qui avait douze
ans, et l'homme avec lequel elle couchait. Il ne l'aurait pas tué, elle, parce
qu'il l'aime. Parle moi d'un esprit complètement dérangé," dit Robin en
soupirant. "Il lui a dit qu'il l'avait fait pour lui prouver qu'il l'aimait."
"Ca peut devenir un sacré bazar...tromper quelqu'un et le reste," dis je sans
la regarder. Sans rien regarder. J'ai eu à traiter des affaires qui tournaient
autour de ça et qui finissaient par un meurtre. Je ne sais que trop bien les
émotions que cela suscite.
Que trop bien.
"Tu le ferais? Tu ferais ça?" demande t'elle et j'arrête de bouger tout le
temps. Elle me regarde attentivement, analysant mes prochains mouvements. Elle
reste toujours un enquêteur.
"Tuer ma famille ou tromper mon épouse?" je demande avec un sourire nerveux.
"L'un ou l'autre."
"Probablement non," je réponds en me détournant pour contrôler les roues. Nous
nous préparons à décoller pour le week end, quelque chose que nous avons
repoussé depuis quelque temps. Il y a toujours eu un problème de dernière
minute survenant dans mon travail ou le sien, ce qui fait que depuis tout ce
temps, nous ne sommes jamais partis voler ensemble. Ou peut être que la raison
n'est pas que dans notre travail. C'était seulement l'excuse que je lui
donnais. Peut être que je n'étais pas encore prêt à le faire avec quelqu'un
d'autre. Il y a déjà longtemps, mais c'était....quelque chose de plus que
simplement voler.
"Probablement pas? Ca sonne drôlement confiant, non?' dit elle en riant.
"J'aimerais au moins que tu sois sûr que tu ne me tuerais pas."
"Ou que je ne te tromperais pas?" je demande, curieux de savoir pourquoi elle
a mentionné l'un mais pas l'autre.
"Personne ne sait ce qui peut se passer dans le coeur d'un homme," dit elle en
soupirant doucement. Cela me fait tressaillir légèrement, mais je suis sûr
qu'elle a remarqué ma réaction. Elle remarque beaucoup de choses.
"Non, personne ne le sait," c'est tout ce que je peux dire.
*****************
Je passe la porte et je trouve ma fille et mon mari qui font de grands
sourires. Des sourires qui me font soupçonner qu'ils ont fait quelque chose.
"Qu'est ce qui se passe ici?" je demande en posant mon sac et mes clefs. Ca a
été une longue journée difficile et Harm entrant dans mon bureau pour se
pavaner n'a rien fait pour l'améliorer.
"Nous avons une surprise pour toi, chérie," dit Mic en m'embrassant sur la
joue. May pousse des cris de joie et saute de ses bras dans les miens. Elle
est à cet âge agréable où il ne faut pas tout le temps la nourrir ou lui faire
faire son rôt ou autre chose, mais elle est encore un bébé.
"Mama," dit elle en se nichant contre moi.
"Quelle surprise tu as pour moi, May?" je demande et Mic la prend de mes bras
et s'agenouille à côté d'elle.
"Je l'ai retenue tout l'après midi en attendant que tu rentres à la maison,
Sarah, mais je crois que tu vas être fière de ce que nous avons appris," dit
Mic souriant encore. "Viens là, toi aussi."
Je me mets à genoux et May commence à gigoter dans ses bras pour qu'il la
laisse libre. Je tends les bras vers elle et pendant un instant qui semble
durer une éternité, mais qui passe bien trop vite, elle marche en chancelant
vers moi pour la première fois, se jetant sur moi quand elle arrive tout près.
"C'est merveilleux!" je m'exclame et elle applaudit avec ses petites mains
avec une expression de plaisir absolu. Mic applaudit avec elle et nous sommes
tous les deux aussi ravis que deux parents peuvent l'être.
"Je savais que tu serais fière de notre petite fille," dit Mic qui nous
rejoint. May se débat pour m'échapper et elle fait quelques pas avant de
tomber assise par terre. Ses couches font un petit bruit de plastique en
amortissant sa chute, mais cela ne la ralentit pas pour longtemps.
"Est ce que c'étaient vraiment ses premiers pas, Mic?" je demande en
connaissant déjà la réponse.
"Je suis désolé, Sarah, je n'ai pas pu l'empêcher. Elle est allée si vite du
divan à la chaise. Mais c'est la première fois qu'elle est allée vers toi. Ca
doit compter pour quelque chose, n'est ce pas?" demande t'il en tendant les
bras pour que May y tombe.
"Oui. C'est mieux que ne rien voir du tout," dis je en souriant faiblement.
*****************
"Ma mère veut savoir quand nous allons enfin nous marier," dit Robin à
l'improviste et je m'étrangle avec ma bière, je tousse et je crache pendant un
bon moment. Les autres clients du restaurant se tournent vers moi et me
regardent, espérant probablement que je ne meure pas pour ne pas gâcher leur
repas.
"Elle veut savoir?" je demande dès que je peux parler à nouveau. Tout le monde
s'est remis à manger, après avoir décider que j'allais survivre. "Qu'est ce
que tu lui as dit?"
"Je lui ai dit la vérité. Je lui ai dit que nous étions très pris tous les
deux actuellement par nos carrières. Que même au bout d'un an, nous ne sommes
pas sûrs que nous voulons passer toutes les nuits de notre vie ensemble. Et
que tu es amoureux de quelqu'un d'autre même si tu ne l'admettras jamais."
Je m'étrangle à nouveau. Les gens se retournent à nouveau. "Quoi?"
"Tu m'as bien entendu, Harm," dit elle avec un rire nerveux. Elle me tend une
serviette pour que j'essuie la bière qui a coulé sur mon menton.
"Je ne le suis pas, tu sais? Amoureux de quelqu'un d'autre," dis je en
détournant les yeux. Je suis sûr que j'aime Robin et si je devais passer le
reste de ma vie avec quelqu'un... ce serait probablement avec elle.
"Harm, ne me mens pa. Ce n'est pas comme si j'avais essayé de te prendre au
piège du mariage et d'avoir des tas et des tas de bébés. C'est quelque chose
que je ne suis même pas sûre de vouloir maintenant, surtout si les gens
devaient m'appeler Robbie Rabb. Mais après tout ce temps, tu pourrais au moins
me dire ce qui s'est passé entre vous," dit elle. Elle tend la main au dessus
de la table et la pose sur mon bras.
"Entre moi et qui?" je demande, avec un sourire nerveux involontaire.
"Arrête." Elle me force à abattre mes cartes. Elle est excellente dans son
travail et c'est un grand enquêteur. Elle sent quand quelque chose ne va pas
et ce n'est pas différent ici.
Il faut que je lui dise. Elle le sait depuis longtemps. Je le sais. Mais je ne
veux toujours pas le faire.
"C'était il y a un moment. Il y a presque deux ans. un week end. C'est tout,
Robbie. Rien de plus," dis je d'une voix à peine assez forte pour être
audible.
Elle enlève sa main de mon bras et tourne le visage, retournant lentement
cette information dans sa tête. Je sais comment son cerveau fonctionne. Je
sais qu'elle va poser des questions dont elle connait dejà la reponse. Si elle
n'avait pas eu la vocation de faire régner la loi, elle aurait fait un grand
avocat. "Que s'est il passé? Pourquoi cela s'est il arrêté?"
"Je crois que tu le sais."
Ca s'est arrêté et toutes les raisons n'ont plus d'importance. Elles ne
peuvent plus en avoir. Mais elle ne va pas lâcher maintenant.
"Mmmmmmm," c'est tout ce qu'elle dit. Elle regarde les autres clients dans le
restaurant pendant une bonne minute avant d'ajouter autre chose. "Et alors tu
m'as rencontré."
"Alors, je t'ai rencontré," dis je en souhaitant qu'elle me regarde, mais elle
ne le fait pas. Ce serait tellement plus facile si je savais exactement ce
qu'elle pense.
"Est ce que c'est pour ça que ça s'est arrêté? Parce que tu m'as rencontré?"
demande t'elle en se retournant enfin vers moi.
"Il y avait d'autres raisons. Le travail. Les familles. Cela ne pouvait pas
marcher, Robbie. Il s'était passé trop de temps, et il y avait trop de regrets
dans cette histoire," dis je en posant ma main sur les siennes. Elle
tressaille à mon contact et essaie de retirer sa main, mais je ne la lâche
pas.
"Si elle..." commence Robin, mais elle détourne la tête, perdue dans ses
pensées. "Si elle l'avait quitté, aurais tu...seriez vous ensemble tous les
deux?"
"Robin, cela n'a pas d'importance. Elle a sa famille et elle est heureuse.
C'est tout ce qu'elle a toujours voulu. Une bonne carrière et une famille
confortable et sécurisante," dis je en regardant fixement ma main sur celles
de Robin. Je suis sûr qu'elle sait tout ça depuis longtemps mais je n'en
aurais jamais discuté. Tout comme Mac et moi n'en parlons jamais. Et je suis
absolument certain sans l'ombre d'un doute que Mic ne sait rien. Il serait
venu me tuer s'il le savait.
"Tu ne pouvais pas lui donner une famille? Ou c'est juste que tu ne pouvais
pas lui donner une famille confortable et sécurisante?" demande t'elle et je
n'ai rien à dire. "Si tu ne pouvais pas lui donner ça, comment pourras tu
jamais être assez heureux avec quelqu'un d'autre pour prendre un engagement
définitif avec cette personne?"
"Mic Brumby a donné à Mac la famille qu'elle voulait et ça n'a rien à voir
avec toi et moi," dis je , admettant en donnant leurs noms de qui nous parlons
depuis un moment. Cela l'amène à se tourner vers moi. "C'est la décision
qu'elle a prise."
"Oui. Elle a choisi de l'épouser. Elle a choisi d'avoir son bébé. Maintenant,
tu dois passer à autre chose et prendre des décisions pour ta vie qui n'ont
rien à voir avec elle. C'est le moment de passer à autre chose, Harm," dit
elle, et ses yeux sont si clairs et si sûrs que j'opine pour donner mon
accord.
"Oui, c'est le moment."
Elle soupire doucement et enfin enlève sa main de la mienne.
"C'est bien," dit elle en mêlant ses doigts aux miens. "Je t'aime, tu sais."
Je souris seulement et je bois une autre gorgée de ma bière.
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