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CHAPITRE VII
13 septembre 2010
"Pioche, papa" dit May en regardant ses cartes avec joie et en se tortillant
sur sa chaise. Je tire une autre carte et fais ma première famille.
"Je vais te battre," dis je et elle me sourit simplement et fait non de la
tête en choisissant quelle carte elle va maintenant me demander.
L'heure d'aller au lit est maintenant largement dépassée, mais aucun de nous
n'a envie d'aller dormir. Les équipes de recherche essaient toujours
d'atteindre les débris qu'ils ont vus du haut des airs, mais n'ont pas
beaucoup de chance. Ils ont dit qu'ils auraient un autre créneau dans la
matinée, mais jusqu'à présent, ils n'ont pas pu déceler le mondre mouvement
dans les alentours. S'ils sont morts, il n'y a plus grand chose à faire, à
part rester assis là à attendre que ce soit fini. S'ils ne sont pas morts...
Je ne sais même pas quoi en penser. Je ne suis même pas sûr de savoir quel est
le pire des scénarios en ce moment.
"Est ce que je dois aller à l'école demain?" demande May. Je l'ai déjà gardée
à la maison aujourd'hui et je ne suis pas sûr d'avoir envie qu'elle s'en aille
demain. Je crois que je vais devenir fou à tourner en rond tout seul dans
cette maison, à attendre que le téléphone sonne.
"Non, chérie. Tu peux rester à la maison avec moi," dis je et elle devient
très silencieuse. "Qu'est ce que tu as?"
"Quand la maman d'Emily Myer est morte, elle est beaucoup resté chez elle,"
dit elle d'une voix faible et triste.
"Ta maman n'est pas morte, May," dis je. Nous posons tous les deux nos cartes
et je prends ses mains dans les miennes. Elle a de longs doigts gracieux comme
ceux de Sarah et je me souviens , quand elle était bébé, qu'ils se refermaient
si forts autour des miens. Maintenant, j'ai du mal à lui faire tenir ma main
quand nous traversons la route et je sais que ça ne va pas s'arranger.
"Je sais qu'elle n'est pas morte. Mais pourquoi est elle partie?" demande ma
fille, cherchant la bonne réponse. J'aimerais en avoir une à lui donner. Je ne
suis même pas sûr de savoir pourquoi. "Est ce que maman était fâchée contre
nous?"
Son visage grimace doucement pendant qu'elle essaie de trouver ce qu'elle peut
avoir fait à sa maman qui l'aurait conduit à nous quitter comme ça.
"May, tu n'as rien fait. Quoi qu'il se passe entre moi et ta maman, tu n'y es
absolument pour rien," dis je et une larme coule le long de sa joue. "Parfois,
les grandes personnes ont des problèmes, mais même dans ce cas, nous ne
t'aimerons jamais moins. Tu comprends, chérie?"
Elle fait oui de la tête et je me retrouve à genoux devant elle pour la
prendre dans mes bras. Elle ne comprendra jamais tout ça. Je le comprends à
peine moi même. Si Sarah était si malheureuse, elle m'aurait quitté. Elle
m'aurait quitté il y a longtemps et serait partie faire sa vie avec lui. Je ne
sais pas ce qui l'aurait arrété.
Je berce May dans mes bras, elle devient aussi molle qu'en poupée en chiffons
et commence à pleurer. J'ai envie de pleurer, moi aussi.
Tous ces petits billets se sont arrêtés tellement longtemps, et puis ils ont
recommencé. Qu'est ce qui l'a fait repartir? Est ce que j'ai fait quelque
chose pour qu'elle reparte vers lui, ou était ce tout bonnement inévitable? Il
y a bien eu cette période difficile que nous avons traversée, mais je
pensais...je ne pensais pas qu'un tiers était impliqué dans tout ça. Je
pensais que toutes ses décisions reposaient sur ce qu'elle voulait, et non sur
ce que quelqu'un d'autre pouvait vouloir.
"Chut, May. Tout ira bien. Maman va bientôt rentrer à la maison et tout ira
bien," dis je en lui mentant pendant que je continue à la bercer. "Tout ira
bien."
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24 juin 2006
Je suis Mic dans notre chambre avec May coincée contre ma hanche. Elle
commence à se tortiller, mais je ne sais pas où la poser, et je ne peux pas la
suivre pour m'assurer qu'il ne lui arrive rien.
"Je ne comprends pas, Mic. Je pensais qu'on était venu ici seulement pour voir
ta soeur et ta tante. Tu n'as jamais parlé de trouver du travail ici avant,"
dis je d'une voix où perce la colère. May s'en rend compte et commence à
pleurer. J'essaie de la calmer, mais elle est déjà très énervée de nous avoir
vu empaqueter presque toutes ses affaires.
Mic s'arrête enfin de bouger et se tourne vers moi. "Sarah, je ne peux pas
trouver de travail là bas. Cela fait six mois que j'ai perdu le dernier et
bien que j'aime être papa à temps complet pour May, je ne crois pas que je
puisse continuer pour toujours."
"Et mon travail? Je ne peux pas juste me lever et partir,' dis je. Il prend
May et elle se calme immédiatement.
"Pourquoi pas? Tu l'as déjà fait. Ma maison me manque, Sarah. Ma famille me
manque. Si tu viens vivre ici avec nous, tu seras encore avec ta famille, mais
moi cela fait six ans maintenant que je vis là bas, et ma maison me manque,"
dit Mic. May passe ses bras autour de son cou, et ils me regardent fixement
tous les deux.
Je m'assieds sur le bord du lit, et j'essaie de toutes mes forces de ne pas
pleurer. J'ai envie de pleurer, parce que je ne peux pas croire ce qui se
passe. J'ai pris toutes mes permissions pour aller en Australie et maintenant,
il veut rester ici pour toujours.
"Mic, s'il te plait. Est ce qu'on peut en parler plus tard ?" je demande,
cherchant désespéremment à ce que May n'assiste pas à cette discussion. Je ne
veux pas qu'on se dispute devant elle. Son jeune âge n'a pas d'importance,
elle mérite mieux que ça.
"Il n'y a rien à discuter, Sarah. Je ne sais plus quoi faire d'autre," dit il
et ses yeux m'implorent. Je sais que sa période de chômage lui pèse, mais cela
fait un moment que nous nous débrouillons juste avec mon salaire.
"Cela n'a rien à voir avec un stupide orgueil de mâle qui voudrait qu'un homme
subvienne aux besoins de sa famille, n'est ce pas?" je demande doucement. Il
soupire légèrement. May se pelotonne plus près de lui et il la berce.
"J'aimerais être capable de m'occuper de vous deux, Sarah. Ma maman a
travaillé dur toute sa vie, et je ne veux pas que cela t'arrive," dit Mic en
me regardant dans les yeux. "Je veux quelque chose de mieux pour toi."
"Mais, Mic... je ne suis pas ta mère. J'aime mon travail. C'est tout ce que
j'ai toujours voulu faire et je ne suis pas sûre que je peux le quitter," dis
je. May commence à tortiller ses cheveux si doux autour de son doigt et
maintenant, elle aussi, elle me regarde. Ils me regardent tous les deux, et je
détourne les yeux.
"Es tu sûre que c'est juste ton travail que tu ne peux pas quitter, Sarah? Ou
y a t'il autre chose?" demande Mic et je le regarde à nouveau dans les yeux.
"Bon sang, qu'est ce que tu veux dire?" je demande, et ma voix monte un peu
plus haut qu'elle ne devrait.
"Je demande seulement ce qu'il y a d'autre là bas pour lequel tu veux rester,
en plus de ton travail. C'est juste un boulot, Sarah. J'ai quitté le mien pour
toi quand nous nous sommes mariés," dit Mic. Il s'approche de moi et remet May
dans mes bras. Elle commence immédiatement à pleurnicher, son petit visage
rouge de frustration. Ce n'est qu'une question de minutes avant que les larmes
ne commencent à couler sur ses joues.
"Je...je ne veux tout simplement pas abandonner tout ce pour lequel j'ai
travaillé si dur, Mic. Je ne veux pas."
Il me regarde essayer de calmer ma fille, mais je n'y arrive pas. Normalement,
il devrait me l'avoir pris des bras et l'avoir calmée dans les siens, mais
aujourd'hui il ne le fait pas. Il essaie de me montrer que je ne peux pas m'en
sortir sans lui et que je vais devoir le suivre où qu'il aille.
"On en reparlera plus tard," dit il en me frôlant pour sortir. Je m'assieds
sur le lit avec May sur les genoux et nous pleurons toutes les deux.
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24 juin 2006
"Mon chéri! Comment s'est passé ton voyage?" demande maman en m'embrassant.
Elle sourit, même si je vois que sa force n'est qu'apparente. Elle a l'air
épuisé malgré le parfait maquillage et les vêtements élégants. Je ne l'ai pas
vue depuis...deux ans? Est ce possible? Nous nous parlons souvent au
téléphone, mais pas assez souvent.
"Long et sans événement marquant," dis je en parlant du vol commercial que
j'ai pris pour venir.
"Entre. Je vais te servir à boire, ou un sandwich. Tu dois avoir faim," dit
elle en regardant vers l'océan.
"Ca va, maman. Je n'ai besoin de rien," dis je tout en sachant que de toute
façon je vais avoir quelque chose. Elle est trop nerveuse en ce moment, et je
connais ma mère. Il faut qu'elle fasse quelque chose. Je me souviens, il y a
longtemps, au début après la disparition de papa, elle était toujours en train
de faire quelque chose. N'importe quoi pourvu qu'elle pense à autre chose.
Finalement, c'est comme ça qu'elle a rencontré Franck et a créé sa galerie.
Pendant longtemps, j'ai eu de la peine pour mon père. Et puis, j'ai appris que
je n'avais pas à en avoir.
"Allez. Je boirais bien un thé glacé. C'est ma tournée," dit elle en prenant
ma main dans la sienne comme si j'étais encore un petit garçon.
Je la suis dans la maison et dans la cuisine où elle nous verse rapidement
deux verrres de thé glacé. Je la regarde couper du citron pour le mettre dans
les verres, ses mains bougent rapidement. Elles tremblent légèrement, et je ne
l'avais jamais vu avant.
Franck m'a appelé la nuit dernière pour me dire la nouvelle. Je ne peux pas
croire qu'elle me l'a caché aussi longtemps qu'il le dit. Je ne peux pas
croire qu'elle ne m'en ait pas parlé.
Ses mains s'arrêtent pendant un moment avant qu'elle pose le couteau. Enfin,
elle me regarde, et une grande partie de sa force disparait quand elle refoule
ses larmes. Je connais ma mère. Elle a probablement été forte pendant tout ce
temps pour Franck. Pour elle même. Pour tous ceux qui pouvaient la regarder.
"S'il te plait, maman. Parle moi. Je veux savoir," dis je et les larmes
commencent à couler le long de ses joues.
"Cancer des ovaires, Harm."
"Maman......je...je...oh, maman."
Je ne sais pas quoi dire. Elle ne dit rien non plus. Je la tiens seulement
dans mes bras et j'essaie de toutes mes forces de ne pas pleurer. Les mots
"sois fort pour maman" résonnent dans ma tête, un souvenir d'il y a longtemps.
Tellement de gens l'ont dit et je ne m'en suis jamais remis.
Elle s'éloigne de moi et tapote les traces humides qu'elle a faites sur ma
chemise. "Je suis désolée. Je ne voulais pas... va changer de chemise et je
vais laver celle là..."
"Maman, arrête. Ca va. Dis moi juste ce qui est prévu. Quel est le
traitement?" je demande et elle garde les doigts posés sur ma chemise, elle
frotte une des taches.
"Chirurgie et chimiothérapie. Les dates ne sont pas encore fixées."
"Pourquoi?" je demande d'une voix un peu bourrue, fâché contre elle.
"Il faut que je réfléchisse, Harm. Je ne le sais que depuis quelques
jours........"
"Et tu ne m'as pas appelé?" Ma voix est encore pleine de colère, et elle
détourne le regard. Je ne suis pas sûr de savoir pourquoi je suis le plus en
colère. Parce qu'elle ne me l'a pas dit ou parce que je pourrais perdre ma
maman. Il y a un côté égoiste en moi qui prend le dessus et je n'y suis pas
prêt. Pour papa, c'était inattendu. J'étais trop jeune, et .......mais
maintenant,........ceci....;je ne l'avais même jamais envisagé.
"Je suis désolée. Il fallait que je m'y réflechisse. Il faut que je l'accepte,
aussi." Elle arrête de tripoter mes vêtements et pose sa main sur ma joue.
"Cela ne veut pas dire que tu doives laisser tomber."
"Pas beaucoup de chances que je voie un jour des petits enfants," dit elle. Je
sais qu'elle ne dit pas ça pour que je me sente coupable, mais plutôt comme un
constat. Le constat de quelque chose qu'il faut qu'elle accepte. Que nous
devons tous accepter à présent.
"Robin et moi avons rompu il y a à peu près deux mois," dis je en regardant le
plan de travail. Cela a duré longtemps. Bien plus longtemps qu'avec aucune
autre auparavant. "Nous nous sommes revus quelques fois depuis, mais ça ne
marche pas."
Robin et ma mère ne se sont jamais rencontrées. Nos emplois du temps ne nous
ont jamais permis de venir ici ensemble et il y a des années que ma mère n'est
pas venue à Washington. Maman me regarde avec attention avant de continuer.
"Et bien, comment va Mac? Et comment va le bébé? Elle ne doit plus être un
bébé maintenant, n'est ce pas? Elle doit marcher,' dit ma mère en fixant son
thé et en évitant mes yeux.
"Comment es tu au courant?" je demande d'une voix étrange et distante. Je ne
lui ai jamais dit que Mac avait eu May. Pendant tout ce temps, j'ai évité le
sujet. Je ne voulais pas entendre dire encore une fois que je l'avais laissée
filer. "Je ne t'ai jamais dit que Mac avait eu un bébé."
"Mac m'a envoyé un faire part et une photographie quand le bébé est né. Je lui
ai envoyé un cadeau. Je ne pense pas vraiment qu'elle ait eu une intention
quelconque, mais ça aurait certainement agréable que ce bébé soit ma petite
fille. C'aurait été agréable d'avoir une petite fille avec qui faire les
magasins," dit maman et je constate qu'elle a parlé au passé. Elle lève les
yeux vers moi et me sourit rapidement.
"Je suis désolé," dis je.
"Pas besoin d'être désolé," dit elle en posant sa main sur mon bras. "C'est la
vie, n'est ce pas? Tu as vécu ta vie comme tu voulais la vivre et si cela te
rend heureux, alors je suis heureuse. C'est tout ce qu'une mère peut
souhaiter. Que ses enfants soient heureux et en bonne santé."
Je la regarde se lever et vider son verre de thé. Je me demande si elle sait.
Si quelqu'un peut me connaitre assez bien pour savoir que ce n'est pas la vie
que je voulais, c'est maman. Je suis sûre qu'elle n'en dira jamais rien.
"Je dois aller à la galerie pour faire la fermeture," dit elle et je sais
qu'elle essaie seulement de tout oublier. J'aimerais pouvoir tout nier, moi
aussi. Ce serait tellement plus facile. "Frank a dit qu'il m'y retrouverait
plus tard."
"Veux tu que je vienne avec toi?" je demande pendant qu'elle finit de ranger.
"Je vais juste partir quelques heures. Pourquoi n'en profites tu pas pour te
détendre, chéri, et ensuite tu nous rejoindras là bas. Nous irons diner
ensuite. Tu peux prendre une des voitures de Frank, mais ne l'abime pas," dit
maman comme si elle parlait encore à un adolescent sortant pour la première
fois. Elle me regarde et se met à rire. "Désolée. Ils te confient des avions,
n'est ce pas. Je pense qu'on peut te confier une vieille Chrysler."
"Je ferai attention," dis je, et elle revient vers moi et me prend dans ses
bras.
"C'est agréable de te revoir, même si les circonstances sont nulles," dit elle
en levant les yeux vers moi.
"Ca va bien se passer, maman. Il le faut," dis je même si cette fois, je n'en
suis pas sûr.
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27 juin 2006
"Tu dois admettre que c'est beau, ici, Sarah," dit Mic. Il m'a convaincu de
laisser May avec sa soeur, Maggie, pour pouvor m'emmener faire une balade en
voiture. Il continue d'essayer de me vendre l'idée de déménager en Australie.
"Ca l'a toujours été, Mic, mais ce n'est pas le problème," dis je en regardant
par la fenêtre du mauvais côté de la route. Je ne m'y habituerai jamais.
"Et c'est quoi, alors, chérie?" demande t'il et je reconnais suffisamment
l'endroit où nous sommes pour savoir que nous retournons à la maison. Il a dit
que nous serions de retour avant que May aille se coucher. Il manque rarement
le moment où elle va au lit.
"Quel est le problème? Et si c'était le fait que j'ai une carrière aux Etats
Unis. Une belle carrière pour laquelle j'ai travaillé dur. Et je ne peux tout
simplement pas l'abandonner si facilement."
"J'ai tout abandonné pour toi un jour."
"Je ne te l'avais pas demandé."
"On en est revenu là?"
"Peut être que oui."
Nous restons silencieux pendant qu'il tourne dans la rue où sa soeur habite.
Il y a autre chose. J'ai juste peur d'admettre cette "autre chose" maintenant.
"Est ce qu'il y a d'autres raisons, Sarah?" demande t'il, et dans sa voix
j'entends la peine que mon dernier commentaire lui a causé. Je ne peux pas lui
dire toutes les autres raisons, parce que je n'ai pas encore pu les comprendre
moi même. En plus, il y en a que je ne peux tout simplement pas partager avec
lui. Pas maintenant. Jamais.
"Oui comme le fait que je ne peux pas dire "vrai de vrai" avec le bon accent.
"Est ce que je t'ai dit ça?"
"Ta soeur me l'a dit," je lui réponds.
"Tu te fais du souci parce que tu n'as pas l'accent australien? Et tu penses
que c'était facile pour moi quand je suis arrivé à Washington? Il a fallu que
je comprenne ce qu'étaient les "bandits du périf". Et ce mot "nul" . Je
continue à être surpris d'entendre tant de gens continuer de l'utiliser après
tout ce temps," dit Mic d'un ton exaspéré.
"Et il y a aussi toutes ces saisons qui sont inversées........"
"Qui dit que ce ne sont pas les votres qui sont inversées?"
"Mic, j'ai seulement besoin de temps pour y réfléchir, d'accord?" je demande,
je veux mettre un terme à tout ça. En fait je ne veux pas réellement y
réfléchir. Je veux qu'il accepte le fait que ma réponse est non, et que nous
repartions de là.
Nous arrivons devant la maison, Maggie est dans l'allée, elle regarde May
poursuivre quelque chose. Elle nous fait signe et May court vers la voiture,
heureuse de nous voir. Nous sortons de la voiture et Maggie s'approche pendant
que Mic soulève sa fille dans ses bras.
"Comment va ma fille?" dit Mic en la soulevant et en la faisant tournoyer en
l'air.
"Sarah, quelqu'un t'a téléphoné pendant que vous étiez partis. Quelqu'un avec
qui tu travailles," dit Maggie. Je vois qu'elle essaie de retrouver le nom et
je lui donne un coup de main.
"C'était quelqu'un qui s'appelle Rabb?" je demande calmement, mais Mic
m'entend.
"C'est ça. Il a dit que son nom était Harmon Rabb et que c'était urgent et que
tu pouvais l'appeler à n'importe quelle heure," dit Maggie, qui sourit de s'en
être souvenu finalement.
"Qu'est ce qu'il veut? Tu es en vacances, chérie," dit Mic, prenant May contre
sa hanche et s'approchant de nous.
"Il faut que j'appelle, Mic. Il peut y avoir une urgence," dis je en marchant
vers la maison.
"Il m'a donné le numéro où on pouvait le joindre. Je l'ai laissé près du
téléphone," me crie Maggie. Je regarde ma montre et j'essaie de calculer
quelle heure il est à Washington. Ce n'est que quand je trouve le message que
je réalise qu'Harm n'est pas chez lui. Je ne sais pas à quel état correspond
l'indicatif.
Je décroche le combiné et indique le code de ma carte de téléphone, espérant
qu'il n'y a pas de problème. Il ne m'a encore jamais appelé quand j'étais en
vacances.
Un Harm qui a l'air épuisé répond à la seconde sonnerie.
"Harm, c'est Mac. Est ce que tout va bien?" je demande et il ne répond pas
pendant un moment.
"Hum, je ne suis pas vraiment sûr. Je..hum..j'ai besoin...quand revenez vous?"
demande t'il et mon coeur saute un battement. Je pose la main sur ma poitrine
et je respire profondément en essayant de deviner où il veut en venir.
"Je suis en permission à l'autre bout du monde, Harm. Je ne peux pas rentrer à
la maison demain," dis je en m'appuyant contre le mur, le combiné toujours
pressé contre mon oreille.
"C'est ma maman, Mac. Elle... elle a le cancer. J'ai besoin de passer du temps
avec elle."
J'ai un sursaut de surprise et je ne sais pas vraiment quoi dire. J'ai perdu
ma mère il y a des années quand elle a pris ce bus qui quittait la ville. Il
est possible qu'elle soit morte et que je ne le sache même pas.
"Harm, je suis vraiment désolée. Je vais essayer de rentrer pour la semaine
prochaine. Est ce que ce sera assez rapide?" je demande. Il n'a pas l'air
d'être vraiment disposé à parler de ce qui va mal avec sa mère. Mais après
tout, c'est à Harm que je parle. Quand a t'il vraiment communiqué?
"Oui. Je vais rentrer à Washington demain pour finir certaines choses. Et
quand vous serez là... Mac, je suis désolé," dit il.
La porte principale s'ouvre et Mic entre, tenant toujours May dans les bras,
ses bras entourés autour du cou de son père. Je me retourne pour le regarder
pendant qu'il reste là à m'observer, ses yeux m'implorant de lui donner une
explication.
"Non, c'est bon. Nous en reparlerons quend je serai rentrée. Embrassez votre
mère de ma part," dis je avant de raccrocher le téléphone.
"Qu'est ce qui se passe?" demande Mic.
"Il faut que je rentre plus tôt que je le pensais," dis je en passant près de
lui et en me dirigeant vers notre chambre. Il me suit de près et May doit
sentir une autre dispute approcher parce qu'elle commence à s'accrocher plus
fort à son cou.
"Pourquoi? Qu'est ce qu'il a besoin que tu fasses qu'il ne peut pas faire
lui-même?" demande Mic. "Est ce qu'il faut que tu ailles le sauver de je ne
sais quoi?"
"Mic, il vient de découvrir que sa maman a le cancer et il veut un peu de
temps libre," dis je et cela le calme pour une seconde. A peine.
"Et toi tu viens juste de découvrir que tu vas venir vivre en Australie et tu
as besoin d'un peu de temps libre."
"Mic..."
"Sarah, je vais trouver du travail."
"Et moi j'ai un travail. Un travail où j'ai besoin de retourner."
"May reste avec moi."
J'arrête sur le champ et je me tourne vers lui.
"Quoi?" je demande.
"May peut rester ici. Je reste ici, et tu n'as personne pour la garder à la
maison, alors il est aussi bien qu'elle reste ici avec moi. De quoi as tu
peur? Que je ne la ramène jamais?"
"Non," dis je. Je sais qu'il ne ferait jamais rien d'aussi cruel contre moi.
Jamais. C'est juste qu'elle lui sert de moyen de pression pour que je revienne
en Australie.
"Bien Sarah, parce que je ne ferai jamais rien qui vous fasse du mal à toutes
les deux," dit il en embrassant May sur la joue. Je tends les mains vers elle
et elle saute dans mes bras.
"Tu es d'accord pour rester avec papa pendant un moment, mon trésor?" je
demande en repoussant ses doux cheveux de son visage. Elle regarde Mic et
sourit.
"Oui," dit elle, en agitant joyeusement la tête.
"Oh, comme c'est agréable. Contente d'être débarrassée de maman, hein?" dis je
et elle me sert dans ses bras. "Je vais revenir avant même que vous vous en
rendiez compte..."
"Sarah..." dit Mic et je m'éloigne avec mon bébé dans les bras, je ne veux pas
l'entendre recommencer.
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2 juillet 2006
"Comment te sens tu?"
"Très mal," répond maman en essayant d'ouvrir les yeux pour la première fois
depuis qu'elle est revenue de la salle d'opération. Elle ne peut pas les
garder ouverts longtemps, mais tend sa main vers la mienne. "Où est Frank?"
"Il va revenir dans une minute. Il est allé chercher un café. On ne pensait
pas que tu allais te réveiller si tôt," dis je en prenant sa main dans la
mienne.
"Je rêvais," dit elle et un petit sourire passe sur son visage.
"C'était un rêve agréable?" Ses doigts pressent les miens étroitement pendant
qu'elle continue à sourire.
"Oh oui. C'était plus un souvenir, en fait. Tu étais un bébé....plus vraiment
un bébé, tu marchais...et c'était dans cette petite maison que nous
habitions...tu ne dois plus t'en souvenir. Je me rappelle que c'était une des
fois où ton père était à la maison et tu venais juste de trouver comment
ouvrir la porte d'entrée..." dit elle , toute ensommeillée.
"Que s'est il passé?"
"Nous ne te trouvions plus. Ton papa faisait quelque chose dans la cour et
j'étais dans la cuisine, et toi tu étais parti. Naturellement, comme tu venais
juste d'apprendre à ouvrir cette porte, nous avons envisagé le pire...tu étais
un si beau bébé," dit elle en posant sa main tremblante sur ma joue.
"Où m'avez vous trouvé?" je demande, même si j'ai déjà entendu cette histoire.
Je veux l'entendre me la raconter encore une fois.
"Tu avais peur que ton père reparte, alors tu t'étais endormi sur le siège
arrière de sa voiture pour être sûr de pouvoir l'embrasser avant qu'il nous
quitte à nouveau," dit elle d'une voix si douce et calme que je l'entends à
peine.
"Je suis désolé de vous avoir fait peur," dis je et ses yeux se ferment.
"Je suis désolée que tu n'aies pas eu ton père près de toi pendant que tu
grandissais," dit elle comme si c'était sa faute.
"J'avais Frank. Je sais que je ne le dis jamais assez, mais il a été un père
formidable. Tu n'as pas à être désolée pour quoi que ce soit et il n'y a rien
que tu doives regretter. Maman, il faut que tu ailles mieux..."
"Je sais que Frank a été un bon père. Mais ce n'était pas ton père. Les
enfants...ils devraient avoir leur vrai père. J'aimerais que tu l'aies mieux
connu. Tous les enfants..."
"Maman, ça va," dis je et elle sourit à nouveau. Où veut elle en venir?
Comment diable pourrait elle savoir quelque chose que je soupçonne seulement.
"A la maison, il y a un album avec des photots de bébé. De toi. Je veux que tu
le prennes," dit elle en tenant toujours mes doigts serrés dans les siens.
"Maman, il est à toi...Je ne veux pas..."
"S'il te plait, regarde les."
"D'accord," dis je et elle replonge dans le sommeil.
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"Dis au revoir à maman" dit Mic en tendant les bras pour prendre May des
miens.
"Au revoir," dit elle glissant de mes bras dans les siens.
"Vous allez me manquer, les petits," dis je en repoussant une mèche de ses
cheveux bruns derrière son oreille.
"Est ce que je suis vraiment compris dans ces "petits"?" demande Mic. Ses yeux
sont tristes et en colère et je n'arrive pas à croire qu'il est encore faché
après moi parce que je dois partir. Même l'amiral a appelé pour vérifier que
je pouvais revenir, et pourtant il fait encore la gueule.
"Bien sûr, tu es compris," dis je en me penchant pour l'embrasser.
"Alors reviens ici," dit il en enveloppant notre fille d'une façon très
protectrice dans ses bras.
"Mic, il faut que je vois combien de temps...tu le sais. J'essaie de revenir
si je peux. Sinon, je vous revois à la maison dans quelques semaines," dis je
et Mic ne dit pas un mot. "N'est ce pas?"
"Bien sûr. Qu'est ce que tu crois? Que je vais kidnapper mon enfant et la
garder en otage jusqu'à ce que tu me reviennes?" dit Mic. Je le regarde
fixement. Il doit plaisanter. C'est déjà arrivé à des enfants, mais il ne me
ferait pas cela. Il l'aime plus qu'il ne m'aime et il ne lui ferait pas de
mal, pas plus que moi.
"Non, je n'ai jamais pensé ça," dis je en regardant par la vitre l'avion qui
attend pour me ramever aux USA. "Vous allez juste me manquer tous les deux."
"Et tu vas nous manquer, chérie."
L'hotesse à la porte d'embarquement appelle pour la dernière fois les
voyageurs et j'embrasse encore May avant de m'éloigner d'eux.
Non, il ne ferait jamais rien qui lui fasse du mal. Ca au moins je le sais.
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Je sors les albums de photos et m'assieds sur le canapé. D'habitude j'aime les
parcourir, mais ma mère est normalement près de moi et me raconte des
histoires sur ces photos. Quand je viens la voir, c'est comme une tradition,
bien que je sois sûr qu'elle le fasse seulement pour me punir. Nous rions, et
mon rire vient surtout de mon embarras, et cela lui procure tellement de joie.
Et maintenant, elle est malade et me dit d'emporter les albums. Je ne suis pas
sûr d'y être prêt. Je veux revenir ici et regarder à nouveau les albums avec
elle. Je veux encore entendre ses histoires.
Je feuillette pour trouver les premières photos de moi bébé et je pense au
commentaire de ma mère au sujet des petits enfants. Je me demande si elle
aurait des albums remplis de photos de ses petits enfants bébés si elle en
avait.
Ou si elle en avait dont elle connaissait l'existence.
Merde.
J'ai gardé cette pensée enfouie si profondément en moi qu'elle ne surgit plus
que très rarement. Je me laisse aller contre le canapé et je ferme les yeux,
imaginant comment ce serait si les choses étaient différentes. Elles ne le
sont pas et je ne suis pas sûr que je veuille les changer. Mac a eu ce qu'elle
voulait. J'ai eu...qui diable le sait. La liberté de faire ce qui me plait? La
liberté parce que j'avais peur de tout bousiller. Maintenant, si je dis
quelque chose, ou si je fais quelque chose, ce sera un bazar encore bien pire.
Ce bébé a un père, et ce n'est pas moi.
Robin ne voulait pas d'enfants, mais elle voulait se marier. Je n'ai même pas
pu m'engager pour ça. J'aurais dû mais je ne suis pas sûr que nous pouvons
réparer cela maintenant. D'abord Renée. Puis Robin. Peut être qu'elles ne sont
tout simplement pas ce que je veux.
Peut être que je ne peux pas avoir ce que je veux réellement et ce que je veux
c'est la garantie que tout ne tournera pas mal. Je me mets à rire.
Comme si maintenant la situation est satisfaisante. Elle est tout aussi nulle
que le reste.
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7 juillet 2006
"Merci d'être revenue," dit Harm en s'appuyant contre le chambranle de la
porte de mon bureau. Je lève les yeux vers lui et lui sourit rapidement avant
de recommencer à lire le dossier devant moi.
"Vous êtes en compte avec moi," dis je en feuilletant les papiers. Il a laissé
une pile de dossiers sur mon bureau avant mon retour et j'espérais les
parcourir avec lui avant qu'il retourne à San Diego. "Comment va votre mère?"
"Elle va aussi bien qu'on peut l'espérer. Elle a été opérée avant que je parte
et elle commence la chimiothérapie aujourd'hui."
"Je suis désolée," dis je. Il a l'air faitugé, mais moi aussi, après avoir
traversé la moitié de la planète en avion.
"Est ce que Mic et May étaient déçus d'avoir dû revenir plus tôt à la maison?"
demande t'il. Je ferme les yeux et j'essaie de trouver une réponse
satisfaisante.
"Ils sont encore en Australie."
"Quelque chose ne va pas?" demande t'il, d'une voix inquiète. Il a été distant
ces derniers temps et c'était mieux que je ne m'implique pas et que je ne pose
pas de questions. Je ne pouvais pas l'aider à gérer cette relation avec son ex
petite amie. Je ne sais pas pourquoi ils ont rompu, mais ce n'était
certainement pas mon affaire.
Pas plus que ceci n'est son affaire.
"Non, pas du tout. Mic avait encore des projets et je n'ai pas voulu abréger
leurs vacances," dis je en essayant de cacher mes véritables sentiments.
"Mac?"
"Hmmm?"
"J'ai horreur de vous demander encore autre chose, surtout après vous avoir
fait revenir plus tôt de permission, mais pourriez vous me faire une faveur?"
demande t'il et il attend ma réponse. Je lève à nouveau les yeux de mon
dossier pour m'apercevoir qu'il a fermé la porte et qu'il est assis sur la
chaise en face de moi.
"Que voulez vous?" je demande en m'adossant à ma chaise et en le regardant
attentivement. Il a vraiment l'air fatigué. Très fatigué.
"Puis je...euh.. puis je avoir une photo récente de May? Je crois que ma
mère...J'aimerais montrer une photo d'elle à ma mère. La seule qu'elle a vient
de ...c'est celle que vous lui avez envoyée..."
Il bredouille et je me rends compte que je me mords la lèvre. Il...sait? J'ai
toujours soupçonné qu'il devait savoir, mais ceci.......c'est quelque chose à
quoi je ne m'attendais absolument pas. Pourquoi ne dit il rien? Pourquoi ne
demande t'il rien? Pourquoi ne fait il rien?
Parce que c'est Harm et que cela ne peut pas arriver. Je ne sais pas pourquoi
je m'attendais à autre chose. En plus, qu'est ce que ça apporterait de bon?
Mic est le papa de May et rien ne changera ce fait.
"Bien sûr vous pouvez avoir une photo d'elle. J'ai..rapporté une pellicule de
photos que j'ai prises d'elle dans la maison de sa tante. Je vais les faire
développer et je vous en donnerai une avant votre départ," dis je en regardant
mes genoux. Je ne peux pas le regarder pour l'instant. J'ai trop peur de le
faire.
"Merci." Il se lève et me laisse seule dans mon bureau. Et je peux rien faire
d'autre que regarder la place qu'il vient de quitter.
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