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CHAPITRE IX

14 septembre 2010
L'appel est arrivé à 3 heures du matin. "Nous pensons que nous avons trouvé
quelque chose, monsieur Brumby," ont ils dit. "Pourriez vous venir, M.
Brumby," a ajouté une autre voix quelques secondes plus tard. Ils n'ont pas
voulu me dire de quoi il s'agissait. Au lieu de cela ils m'ont dit de venir
jusqu'ici. May dort à l'arrière de la voiture. Je n'avais pas le temps de
trouver quelqu'un pour la garder.
Je ne sais même pas vraiment où je suis. Quelque part près du parc national de
Shenondoah en train de chercher ma foutue femme. Ma femme qui devrait être
avec nous à la maison, au lieu de courir n'importe où avec...
"Papa?"
"Oui, chérie?" je réponds en regardant May dans le rétroviseur. J'espérais
qu'elle dormirait un peu plus longtemps.
"Est ce qu'on va voir maman?" demande t'elle et je ne sais pas quoi répondre.
"Peut être, mon coeur."
J'aurais dû trouver quelqu'un pour la garder à la maison. Elle n'a pas besoin
de subir cela avec moi. Je trouve l'endroit où ils m'ont dit d'aller, un petit
poste de police au milieu de nulle part. C'est trop calme ici. Il devrait y
avoir du monde partout, tous en train de chercher Sarah. Au lieu de cela, il
n'y a qu'un véhicule tout terrain devant le batiment.
Je soulève doucement May du siège arrière et la pose en travers de mon épaule
pour la porter dans le bâtiment. Elle s'est rendormie, molle comme une poupée
de chiffon sur mon épaule. L'homme derrière le bureau lève les yeux vers moi
d'un air surpris.
"M. Brumby?"
"Oui," dis je en cherchant un endroit pour poser May. Il n'y a rien ici, à
part quelques vieilles chaises en plastique, craquelées par les années, et je
décide de continuer de la porter. L'endroit sent la sueur et l'insecticide et
un ventilateur grince au dessus de nos têtes, même s'il fait frais dehors. Je
m'attendais à des opérations de recherche plus conséquentes. Rien d'étonnant à
ce qu'ils n'aient rien trouvé.
"Nous ne vous attendions pas si vite. Le sergent Janson n'est même pas encore
revenu de la montagne. Vous voulez vous asseoir?" dit l'homme. Je vois sur le
badge qu'il porte qu'il s'appelle Hensley.
"Vous ne savez rien? Vous ne pouvez rien me dire?" je demande. Ils m'ont fait
venir jusqu'ici. Il doit savoir quelque chose.
"Je suis désolé, monsieur.Ce serait mieux que ce soit le sergent qui vous
parle," dit il sans que ses yeux rencontrent les miens. Mon estomac se serre
quand j'entends ces mots, et je sens que je lâche May. Je la reprends dans mes
bras et je m'agrippe à elle en espérant qu'elle ne va pas bientôt se
réveiller. J'aurais dû trouver quelqu'un, mais j'étais trop pressé. Mais
maintenant je sais.
Quelque chose ne va pas. Ne va pas du tout.
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21 septembre 2006
Il y a quelque chose dans l'air. C'est un sentiment inhabituel, comme si
j'étais la dernière à savoir quelque chose. Je n'aime pas ça.Tout le monde me
regarde traverser le plateau jusqu'à mon bureau, leurs yeux me suivent jusqu'à
ce que je ferme la porte. Il faut que je me débarasse de ce sentiment étrange.
Cette fois ci je ne veux même pas savoir ce qui se passe, car je sens que ce
n'est rien de bon.
Je ne suis même pas encore assise derrière mon bureau quand quelqu'un frappe à
la porte. "Entrez," je réponds en parcourant les papiers posés sur le bureau.
"Bonjour Madame," dit Bud en me tendant encore plus de papiers. "Est ce que
vous allez bien?"
"Oui. Je crois. Qu'est ce qui se passe, Bud?" je demande et il regarde ses
pieds quelques instants avant de me regarder.
"Vous ne savez pas?"
"Je ne sais pas quoi?" je demande avec un sourire nerveux. J'ai l'impression
d'être complètement hors du coup. May a été malade ces derniers jours, et j'ai
dû prendre quelques jours. Je croule maintenant sous les papiers, et
apparemment j'ai manqué quelque chose d'important.
"Oh. Et bien, peut être que je devrais le laisser vous le dire lui même," dit
Bud qui a la tête de quelqu'un qui aurait divulgué un secret important et
n'aurait pas dû le faire.
"Lui qui? Me dire quoi?"
"Le capitaine Rabb. Je pense qu'il serait mieux qu'il vous le dise, madame,"
dit Bud en essayant de s'esquiver de mon bureau.
"Bud..."
"Oui?" dit il en se retournant vers moi pour me regarder. Non, s'il ne veut
pas me le dire, alors il n'a pas à le faire. Apparemment Harm a fait quelque
chose et c'est lui qui devrait me le dire. Après tout ce qui s'est déjà passé,
qu'est ce que cela peut bien encore être? Pourquoi ne suis je pas la première
à le savoir?
"Non, rien," dis je en le congédiant.
Il va falloir que je le découvre moi même.
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23 septembre 2006
Je savais que ce n'était qu'une question de temps avant qu'elle le découvre.
Seulement je ne m'attendais pas à ce qu'elle vienne jusqu'ici pour me
chercher. Mac marche quelques pas devant Frank qui la conduit vers le patio.
Elle a l'air en colère. Ou triste. Je ne sais pas lequel des deux. Et surtout,
elle a l'air de quelqu'un qui essaie de gâcher qu'il est en colère ou triste.
éHarm, tu ne m'avais pas dit que le colonel devait venir nous rendre visite,"
dit Frank en souriant. Il n'est pas au courant pour Mac. Maman avait
probablement deviné, mais je doute qu'elle en ait parlé à Frank.
"Je ne le savais pas non plus," dis je, assis à la table du patio je la
regarde. Elle ne dit rien. Aucun de nous ne dit rien. Je sais ce qu'elle va
dire une fois que Frank nous aura laissés.
"Bon, je vous laisse discuter. Si vous avez besoin de quelque chose, je serai
dans mon antre," dit Frank en posant sa main sur le bras de Mac. "Ca fait
plaisir de vous avoir ici."
"Merci," dit elle avant de porter son attention sur moi. Elle attend que Frank
soit rentré dans la maison avant que l'un de nous dise quelque chose.
"Vous savez," dis je en détournant mon regard vers l'océan.
"Vous auriez pu m'en parler vous même au lieu de me laisser tomber par hasard
sur cette nouvelle."
"Je n'en ai parlé à personne. Je ne sais pas comment la nouvelle s'est
répandue," dis je et elle croise les bras sur sa poitrine et se balance sur
les talons une ou deux fois.
"Cela ne m'explique toujours pas pourquoi vous ne me l'avez pas dit. A moi,
Harm. Pas à un des sous officiers qui travaillent avec nous, mais à moi. Je
pensais..."
"Je suis désolé", dis je en l'interrompant. "Nous pouvons en parler
maintenant."
Elle s'assied en face de moi mais n'a pas l'air plus décontractée que quand
elle était debout. "C'est à cause de votre mère, n'est ce pas? A cause de sa
mort?"
Je ne lui réponds pas tout de suite. Surtout parce que je ne suis pas sûr de
mes raisons. Je me suis donné tout un tas de raisons pour le faire, mais je ne
suis pas sûr que je crois moi même à une seule d'entre elles.
"Alors pourquoi Harm? Pourquoi Hawai? Pourquoi quitter le quartier général du
Jag pour être le chef de la région Pacifique? Est ce que vous savez quelles
incidences cela va avoir sur votre carrière?" demande t'elle et je hoche la
tête.
"Depuis quand vous faites vous du souci pour ma carrière?"
"Harm..."
"C'est ce qu'il y a de mieux à faire. Pour moi. Pour vous. Pour tout le
monde," dis je et elle détourne les yeux. "Ce qui s'est passé en juillet ne
peut pas recommencer. Je ne peux pas me réfugier près de vous chaque fois que
quelque chose ne va pas. Mac, vous êtes mariée. Vous avez un enfant."
Mon enfant. Elle élève mon enfant avec Mic et il n'est pas question que je me
mette en travers de cela. Elle m'a donné ses raisons et je dois les accepter.
Perdre sa petite fille est la pire des choses qui pourrait lui arriver et je
ne peux pas lui faire cela.
"Hawai est si loin."
"Je sais."
"Comment vais je... comment allons nous..." dit elle en trébuchant sur les
mots.
"Cela n'aurait pas dû recommencer."
Elle me regarde, ses yeux lancent des éclairs.
"Alors, le si honorable Harmon Rabb doit y mettre fin avant que cela
recommence une fois encore? Est ce que je vous ai demandé de le faire? Mon
Dieu, Harm. Vous auriez dû y penser avant de vous présenter à ma porte quand
mon mari était parti. C'est là que vous auriez dû penser à ne pas recommencer.
C'est un peu tard maintenant," dit elle, et chacun de ses mots est chargé de
colère.
"Je suis désolé," dis je une fois de plus mais je ne sais pas vraiment de
quoi. Je pense que je suis désolé pour beaucoup de choses. Ne pas avoir été là
quand j'aurais dû l'être. Ne pas avoir dit quelque chose plus tôt, avant
qu'elle épouse Mic. Ne pas lui avoir dit de mettre fin à son mariage après
notre week end à Cape May.
"C'est ça, vous êtes désolé. C'est moi qui suis désolée, Harm. C'est moi qui
ai été infidèle et pourquoi? J'aurais dû le savoir. J'aurais dû savoir que..."
dit elle et elle s'interrompt au milieu de sa phrase.
"Savoir quoi?"
Elle ne me répond pas. Je ne sais pas ce qu'elle veut de moi. Elle ne quittera
pas Mic par craindre de perdre sa fille. Elle a tellement peur de cette infime
possibilité que May soit réellement la fille de Mic qu'elle ne courra pas ce
risque.
Je ne peux pas le lui reprocher. Je ne sais pas si je prendrais ce risque moi
non plus. Pas pour moi. Pour personne.
"Savoir que vous ne m'aimez pas réellement," répond elle finalement, en
regardant n'importe où sauf vers moi. Je ne crois pas que ce mot a jamais été
prononcé entre nous. Aimer. Je ne pensais pas qu'il avait besoin de l'être. Je
ne pensais pas que là où nous en sommes cela avait de l'importance. Je pensais
juste qu'elle savait.
"Si," dis je et ses yeux rencontrent finalement les miens. Elle essuie une
larme avant qu'elle tombe et je veux tendre la main vers elle, mais je
m'arrête.
"Et c'est pour ça que vous partez? C'est très noble."
"Ce n'est pas pour ça que je pars, Mac, mais c'est une des raisons pour
lesquelles je ne peux pas rester."
"Mais qu'est ce que ça peut bien vouloir dire?" demande t'elle, et je réalise
que c'est ce que nous avons toujours fait. Parlé sans que cela ait beaucoup de
sens. Rien de tout cela n'a beaucoup de sens.
"Je ne peux pas rester parce que je ne peux pas te regarder quitter ce foutu
bureau tous les soirs pour rentrer à la maison retrouver un autre homme. Je ne
peux plus continuer à la faire."
"Je ne peux pas le quitter."
"C'est ce que tu n'arrêtes pas de dire," dis je et mes sentiments
transparaissent dans ma voix. Ce n'est plus le moment de cacher quoi que ce
soit. Pas à Mac. Je n'aurais jamais dû essayer.
"Je ne peux pas."
"Je sais."
"Alors, à la place, tu vas me quitter," dit elle en passant à nouveau la main
sur ses yeux.
"Considère le dans un autre sens -- avec ce transfert, les chances que tu sois
le prochain JAG augmentent," dis je et elle me fixe.
"C'est une victoire trompeuse. Une victoire que je préferais ne pas avoir,"
dit elle d'une voix qui se brise sur les mots. "Hawai, Harm? Pourquoi si
loin?"
"Il le faut."
"Non, tu n'as pas à le faire."
Je la regarde et je ressens un besoin urgent de la prendre dans mes bras. Je
veux la tenir contre moi pour toujours mais je sais que je ne peux pas le
faire. Elle va retourner vers lui et je vais retourner vers rien. Je sais que
c'est ma faute à moi. Je ne suis pas stupide. Et même comme ça, je ne peux pas
continuer à vivre ainsi pour toujours. Elle non plus ne peut pas continuer à
vivre ainsi pour toujours.
"Si, je le dois. Il faut que je le fasse."
*****************
Je ne sais pas ce que je fais, à rôder comme ça au milieu de la nuit. Je ne
sais pas pourquoi je vais dans sa chambre. J'ai seulement besoin de lui
parler. Son beau père a eu la gentillesse de me demander de rester. Il a même
insisté en fait, et je savais que ce n'était pas une bonne idée mais je
n'avais pas d'excuse pour ne pas le faire. En tout cas, pas d'excuse que je
pouvais lui donner.
Harm est endormi, et je reste debout près de son lit à le regarder pendant un
moment avant qu'il remue.
"Que...qu'est ce qui se passe? Quelque chose ne va pas?" demande t'il en
ouvrant les yeux et en clignant dans l'obscurité.
"Je suis désolée de ne pas être venue pour les obsèques," dis je sans savoir
pourquoi j'ai commencé la conversation comme ça.
"Tu ne pouvais pas quitter le bureau. C'est ma faute, c'est moi qui t'ai
laissé tout ce travail," dit il en baillant.
"Tu vas à nouveau me laisser avec tout ce travail. Cela fait combien de fois
maintenant?" je demande et il sourit.
"Je suis désolé."
"C'est ce que tu n'arrêtes pas de dire. Harm, comment se fait il qu'on ne
m'ait pas proposé le poste que tu vas prendre?" je demande en m'asseyant sur
le rebord de son lit.Il se déplace pour me laisser un peu plus de place.
"Je ne sais pas."
"Cela m'aurait mieux convenu. Nous aurions été plus proche de l'Australie. Je
ne comprends pas. Sauf si c'est toi qui l'a demandé," dis je et il ne dit pas
un mot. "Depuis combien de temps tu y penses? A quitter Washington?"
"Depuis la mort de ma mère," dit il et je soupire. Elle n'est partie que
depuis un peu plus d'une semaine. Il a dit que sa santé avait rapidement
décliné. Plus vite qu'il ne l'aurait imaginé. Peut être que je ne suis pas la
seule raison pour tout cela. Peut être que sa mort y est pour quelque chose.
Il l'a mal supporté, m'appelant en pleurs à 3 heures du matin. Je vouslais le
rejoindre, mais il m'a dit de ne pas le faire. Je savais que cela ne me serait
pas possible de toute façon, même si je le voulais de toutes mes forces.
"Tu n'as pas à le faire."
"Je sais que je n'ai pas à le faire. S'il te plait, Mac. Est ce qu'on peut
éviter de recommencer?" demande t'il. Il a l'air si fatigué et j'essaie de
repousser ce besoin urgent que j'ai de le toucher.
J'essaie, mais sans succès.
Ma main se pose sur son bras et il l'attrape dans la sienne. Ses doigts se
ferment autour des miens, il m'attire plus près de lui et je me retrouve
allongée près de lui sur le lit, me pelotonnant contre son corps.
"Je suis désolée pour ta maman, Harm," dis je. Je sais que je lui ai déjà dit
auparavant, mais c'était au téléphone. Je n'avais pas eu la possibilité de lui
dire de vive voix. Ses bras se font tout mous autour de moi et je sais à quel
point il en souffre. Je ne sais même pas où est ma mère en ce moment. Je ne
suis même pas sûre que cela m'interesse.
La simple pensée que ma fille pourrait avoir envers moi les sentiments que
j'ai envers ma mère me terrifie. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour
que cela n'arrive pas. Elle aura une famille et une mère qui ne l'abandonnera
jamais.
Je ferme les yeux à cette pensée. Elle est à la maison en ce moment, seule
avec son papa. D'une certaine façon je l'ai abandonnée. Je vais aller la
retrouver, mais je l'ai abandonnée pour courir vers quelqu'un d'autre. Pour
comprendre comment il peut me quitter.
Il ne me quitte pas. Je ne l'ai jamais eu.
"Je n'ai jamais pensé que je la perdrais si tôt. Papa. Maman. Je n'ai pas de
famille, Mac. Ou du moins pas une qui me sois proche," dit il et je refoule
les mots qui me viennent aux lèvres. Je voudrais lui dire que ce n'est pas
vrai, mais je n'ai pas le droit de le faire. Ce n'est pas comme s'il pouvait
venir diner à la maison pour Noêl.
"Alors pourquoi t'enfuies tu si loin?" je demande et il reste silencieux.
"Je ne m'enfuie pas," dit il finalement et je sais que c'est un mensonge. Il
fuit loin de moi. Loin de ce que nous voulons tous les deux. Et je ne sais pas
si je dois l'en remercier ou le hair pour cela.
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24 septembre 2006
Quand je me réveille, Mac n'est plus là. Je passe la main du côté du lit où
elle était mais les draps sont froids. Elle s'est peut être levée dans la nuit
et est retournée dans sa chambre. Je me lève et enfile un jean et un tishirt
avant de sortir de ma chambre.
Mac n'est pas dans sa chambre non plus. Son lit est fait et son sac est prêt.
Elle doit retourner à Washington aujourd'hui. Je suis sûre qu'elle a menti à
beaucoup de gens pour venir ici ce week end. Je dois rentrer la semaine
prochaine juste pour quelques jours avant d'être transféré à Pearl Harbor.
Je trouve Frank dans la cuisine en train de préparer le petit déjeuner. Je ne
suis même pas sûr qu'il le mange. Pas depuis que maman....mais il le prépare.
Ensuite il s'assied avec son journal et sirote son café, puis il jette la
plupart de la nourriture.
"Salut, Frank. Tu as vu Mac?" je demande et il lève les yeux vers moi.
"Oui. Elle a dit qu'elle allait sur la plage avant de partir. Tu veux ton
petit déjeuner?" demande t'il et je lui dit non.
"Non, merci. Je vais la retrouver. Je reviens tout à l'heure, d'accord?" dis
je et il acquiesce. Je ne sais pas lequel de nous souffre le plus de la perte
de maman. La plupart du temps, c'est equivalent. Au moins, j'ai mon travail et
une nouvelle vie à vivre dans un nouveau lieu pour m'occuper l'esprit. Peut
être que Mac a raison. Peut être que c'est pour cela que je le fais.
Je sors et je suis la route qui descend vers la plage. J'ai toujours aimé
cette maison, mais je suis sûr que Frank va probablement la vendre maintenant.
Ca a toujours été trop grand pour simplement deux personnes, alors pour une
seule. Ma mère la gardait pour les réceptions qu'elle donnait et pour les fois
où des amis de la galerie venaient leur rendre visite. Je ne sais même pas ce
qu'il va advenir de la galerie maintenant. Elle a dit qu'elle s'était occupée
de tout et Frank n'en a pas parlé.
Je trouve Mac assise dans le sable près des rochers, regardant les vagues qui
meurent sur le sable. Avec tous les voyages qu'elle a fait en Australie je
suis sûr qu'elle a vu des plages plus belles que celle ci, mais cette plage
occupe une place spéciale dans mon coeur. Maman et moi avions l'habitude de
venir ici. Elle passait beaucoup de temps ici, à profiter du soleil ou
simplement à regarder les vagues. J'ai toujours pensé qu'elle venait retrouver
Papa.
Mac lève les yeux vers moi et sourit avant de tapoter le sable près d'elle. Je
m'assieds et regarde les mêmes vagues qu'elle.
"Là où nous allons en Australie, le soleil se lève sur l'océan. Ce serait
agréable de contempler un coucher de soleil pour changer," dit elle, ses
doigts s'enfonçant dans le sable mouillé.
"Alors reste encore une nuit," dis je et elle soupire. "Reste et regarde le
soleil se coucher avec moi."
"Je ne peux pas. Je dois retourner travailler demain matin. Quelqu'un s'en va,
tu sais, et j'ai beaucoup de choses à faire," dit elle en me faisant un peit
sourire moqueur.
"Je vais revenir t'aider dans quelque jours," dis je en l'aidant à faire un
tas de sable. Nous n'avons pas été à la plage ensemble depuis...Cape May. Cela
semble si loin. Tellement de temps passé l'un sans l'autre que nous devrions
en avoir l'habitude maintenant.
"Et après tu seras parti à nouveau," dit elle. Elle secoue le sable collé sur
ses doigts et entoure ses bras autour de ses genoux. Nous allons continuer
cette discussion jusqu'à mon départ. Ce n'est pas un sujet qu'elle va laisser
tomber si facilement.
"Nos carrières, Mac. Dans la Navy, personne ne doit s'attendre à rester
longtemps au même endroit. Tu le sais," dis je.
"Ne me dis pas que tu fais cela pour faire avancer ta carrière, parce que tu
sais que ce n'est pas vrai. Et à la différence de cette fois où tu es retourné
voler, ce n'est pas pour poursuivre un rêve personnel. C'est différent, Harm.
C'est toi qui t'enfuie loin de quelque chose," dit elle et je me raidis. Elle
a raison et nous le savons tous les deux. Mais il n'y a pas d'autre choix que
la fuite.
"Mac..."
"Je sais. C'est ce qu'il y a de mieux, ou un truc aussi stupide que ça. Mon
Dieu, Harm. Tu pourrais être le prochain JAG. Au lieu de ça, tu vas te
retrouver sur une voie de garage à Hawai," dit elle et la colère monte dans sa
voix.
"Il y a des endroits pires pour se retrouver sur une voie de garage, Mac. Et
pour être honnête, j'ai essayé d'obtenir mon transfert à San Diego mais ils
n'ont pas voulu de moi," dis je et elle se tourne vers moi pour me regarder.
"San Diego. Pearl Harbor. Quelle différence? C'est à un million de
kilomètres," dit elle.
"En fait pas tout à fait aussi loin, mais ça aurait pu être pire. J'aurais pu
être envoyé dans le détachement du Pacifique à Guam," dis je en secouant la
tête. Guam était juste un peu trop loin.
"Que vas tu faire du Stearman? Tu penses l'emporter avec toi?" demande t'elle
et je hausse les épaules.
"Pas tout de suite."
"Alors tu vas revenir?" demande t'elle d'une voix beaucoup plus heureuse
qu'elle l'était quelques secondes auparavant. Je me demande si Mic la rend
comme ça? Est ce qu'il la rend encore heureuse? L'a t'il jamais rendue
heureuse? Parfois je pense que la seule chose qui rende Mac réellement
heureuse, c'est May. Je lui ai donné la seule chose qui la rende réellement
heureuse. et en le faisant je m'en suis exclu. Je peux regarder de l'extérieur
mais je ne peux pas entrer dans le cercle, et c'est ma faute à moi seul. Ce
n'est pas la sienne. Pas celle de Mic. Seulement la mienne.
"Ouais," dis je et je souris en l'attirant dans mes bras. "Et quand je
reviendrai, viendras tu voler avec moi?"
"Toujours," dit elle et nous regardons ensemble les vagues se briser sur la
plage.
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