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Ancienneté et importance du village d'Elesmes ; sa destruction. -- Deux fiefs seigneuriaux à Elesmes ; détails sur le premier ; ses mouvances et possesseurs successifs jusqu'à la révolution. Deuxième seigneurie d'Elesmes. -- Faits intéressants touchant François de Glarges, possesseur de ladite seigneurie au seizième siècle. -- Seigneurs d'Elesmes dans les siècles suivants. -- Dîmes, fondations pieuses et renseignements divers. Source: Recherches historiques sur Maubeuge, son canton et les communes limitrophesZ. Piérart, 1851Le village d'Elesmes est arrosé par un ravin fangeux qui prend sa source à l'ouest de la commune et la partage en deux parties distinctes, savoir : le corps principal du village sur la gauche, et une autre fraction à droite, appelée la Haute-Rue. Elesmes existait déjà comme paroisse au XIIe siècle. Alors il était désigné sous le nom d’Ellenies, Eslemmies. D’où vient ce nom ( peut-être, de même qu’Elène, village de Flandre, veut-il dire demeure d’Eloi, de Elene, et de inn, inny, demeure. Voir les Mémoires de l’Académie de Bruxelles, t. XIV.)? Nous ne savons. Ce qui est certain , c'est que la localité qu'il désignait paraît avoir une origine très reculée. Des médailles aux effigies d'Auguste et de Tibère, qu’on y a retrouvées à différentes époques, des ruines nombreuses, des fondements de maçonnerie cimentée qu'on y rencontre çà et là dans les champs et les vergers, ne laissent aucun doute à cet égard. Aussi, nous croyons qu'Elesmes a été autrefois une bourgade assez importante, et ce qui le prouve, c'est le nom de Vieux-Marché donné à un point de son territoire. Quand et par suite de quel désastre cette bourgade s'est-elle vue ruinée, amoindrie ? Nous présumons qu'il faut rapporter ce fait à la fin du XIIe siècle. Nous voyons effectivement dans l'Histoire du Hainaut qu’en 1185 les campagnes qui s'étendent au nord-est de Maubeuge eurent considérablement à souffrir des hostilités qui furent faites au comte de Hainaut par le duc de Brabant et l'archevêque de Cologne réunis. Gilbert, dans sa chronique et après lui Vinchant rapportent que dans leur marche ces derniers brûlèrent et ruinèrent impitoyablement tous les endroits qu'ils rencontrèrent depuis Binche et le Roeulx jusque sous les murs de Maubeuge. Haulchin, Rouveroi , Grand-Reng, furent de ce nombre (Vinchant, Ann. du Hayn., II, 270).Elesmes, qui se trouvait sur la route des ravageurs, dut sans doute à sa proximité de la ville de souffrir plus que les autres, et c'est pour cela que des décombres et des fondations s'y font remarquer en très grand nombre. Il est question d'Elesmes dans divers titres des XIIe, XIIIe, XIVe et XVe siècles. Ces titres, pour la plupart, sont relatifs aux deux seigneuries qui, de temps immémorial, ont existé dans cette commune. Au XIVe siècle, la première de ces seigneuries appartenait à Wautier de Husten, qualifié de seigneur d'Hélemmes dans un acte de 1346. Cet acte est un accord passé entre ledit Wautier et les habitants du village, par lequel ces derniers reconnaissent qu'ils doivent à leur seigneur : pour chacun bonnier de terre, chacun trois sols d'assise par an, à la Saint-Rémi ; pour les services des terres qu'on tient de lui, quand elles vont de main à autre, trois sols pour livre ; pour chacun feu, trois sols, à l'exception des louagers ; pour ceux tenant chevaux de labour et manouvriers, trois corvées par an, vers le mois d'août ou tel autre mois à volonté ; enfin, en cas de vente de biens ou défaut de prochain retrayant, ledit seigneur doit avoir l'offre d'iceux biens. Par cet accord les manants s'obligeaient en outre à payer 12 deniers d'amende chaque fois qu'il leur arriverait de faire résistance auxdites clauses. Pendant longtemps ladite seigneurie forma un arrière-fief relevant des sires de Quiévrain. Mais Marie de Lalaing, dame de ce lieu, ayant, par son mariage avec Jean de Croï, grand-bailli du Hainaut, transporté ses terres dans la maison de Chimai, elle releva de cette maison jusqu'à l'époque du mariage d'Anne de Croï avec son cousin, Philippe de Croï, duc d'Arschot, comte de Beaumont, etc. Alors cette seigneurie devint fief mouvant de la terre de Beaumont, et c'est comme tel que le sieur de Mastaing, qui la possédait, en fit relief, le 21 juillet 1617, par devant le gouverneur de ladite ville. En 1691, la terre et seigneurie d"Elesmes fat transportée par la dame de Mastaing au profit du chapitre de Maubeuge, pour la somme de 12.000 florins, par acte enregistré au parlement de Tournai le 19 juillet. Cette seigneurie, outre une ferme importante et plusieurs fiefs qui en dépendaient, consistait alors : 1° en droits de haute, moyenne et basse justice, de bâtardise, d'aubaine, de mortemains, en amendes de tonlieu, en un droit de perception de 4 sols à la livre sur les ventes, donations, mainfermes, échanges ou successions ; 2° en la pêche de la rivière de Rousies, depuis les ventilles dudit Rousies jusqu'à la Sambre ; 3° en droits de terrage sur toutes les dépouilles, dans la proportion de 8 jarbes sur cent. Un an après la vente du fief , le relief en fut fait à la cour féodale de Beaumont par le chapitre, qui désormais le posséda jusqu'à la révolution française ( archives du chapitre de Maubeuge). Aujourd'hui les biens qui le composaient appartiennent à M. Ducort, ancien avocat à la cour royale de Paris, et propriétaire à Ghlin, près de Mons.La seconde seigneurie d"Elesmes n'était pas moins importante que la première. Pendant longtemps elle appartint aux seigneurs de Mortagne, Potelles, Romeries, etc., puis aux sires de Glarges, branche cadette de la maison de Montigny-Saint-Christophe. Au XVe siècle vivait Gilles de Glarges, seigneur d'Elesmes, qui fut enterré dans ce village avec Jeanne de Montigny, son épouse. L'un de ses successeurs au XVIe siècle fut François de Glarges, personnage dont les aventures malheureuses méritent d'être rapportées ici. François de Glarges fut du petit nombre des seigneurs du Hainaut qui prirent parti pour la réforme religieuse et protestèrent contre les actes tyranniques de l'administration espagnole aux Pays-Bas. Arrêté pour ce fait, il fut condamné à l'exil et envoyé à Rome pour y faire pénitence pendant six années, au bout desquelles l'absolution du pape lui était promise. N'ayant point eu la constance d'attendre cette grâce, il s'échappa du couvent où on l'avait renfermé, et se rendit en Angleterre, d'où il ne tarda pas à passer en France. En 1572, il se trouvait à Paris. Ayant appris qu'une entreprise allait être dirigée contre la ville de Mons par le comte Louis de Nassau, de concert avec un corps de protestants français, il s'empressa de participer à cette expédition, qui devait le ramener dans son pays et lui promettait de revoir une ville où se trouvaient son beau-frère et une soeur bien aimée. Ayant pénétré dans Mons, il y séjourna jusqu'à ce que, craignant d'y être cerné par les Espagnols dont il redoutait les vengeances implacables, il résolut d'en sortir pour se réfugier sur les frontières de France. Poursuivi au-delà de ces frontières par un détachement d'hommes armés, il y fût saisi au mépris du droit des gens, chargé de fers et ramené a Mons, qui, reprise par le duc Albe, gouverneur des Pays-Bas pour le roi d'Espagne, devint le théâtre d'une foule d'exécutions odieuses. François de Glarges fut compris dans ces exécutions et eut la tête tranchée sur la place Mons le 24 février 1573. Ce supplice fut dû surtout aux instances barbares du conte de Sainte-Aldegonde, grand-bailli du Hainaut. Ce lâche suppôt de la tyrannie du duc d’Albe convoitait les biens du malheureux de Glarges, et, renouvelant la. conduite qu'il avait tenue précédemment à l'égard des riches bourgeois de Valenciennes impliqués dans la rébellion de cette ville, il poussa à la condamnation du pauvre seigneur d'Elesmes afin de donner lieu à la confiscation de son héritage. Mises en vente, les terres de Glarges et d'Elesmes furent achetées à vil prix par le secrétaire, du grand-bailli baudissant pour son maître: celui-ci ayant eu soin d'étouffer la publicité de la mise en adjudication, afin d'écarter les enchères, manœuvre employée deux cent vingt ans plus tard par de prétendus républicains, et qui nous fit voir alors, par un rapprochement curieux, certains administrateurs de districts prenant aux Sainte-Aldegonde de leur temps autant que le Sainte-Aldegonde du XVIe siècle avait pris aux malheureux proscrits de Valenciennes et de Mons ( Archives judiciaires de Mons, farde retrouvée en 1817 lors de la démolition de la tour de l’ancien hôtel de Naast. François de Glarges laissait une nombreuse famille. L’un de ses descendants fut Cornille de Glarges, seigneur titulaire d’Elesmes, chevalier de l’ordre de Saint-Michel, agent pour les provinces réunies à la France, et qui, de résidence à Calais en 1633, y épousa une Anglaise des illustres Maisons d'Essex et de Northampton.). Heureux les ayant-droit de ces derniers s'ils avaient pu être aussi dédommagés plus tard par un petit milliard d'indemnité quelconque.La maison de Sainte-Aldegonde ne parait pas avoir longtemps possédé les domaines enlevés au malheureux de Glarges. Du moins l'on voit comme seigneur d'Elesmes, au commencement du XVIIe siècle, un Thierry de Martigny. En 1619, Claude Daïeu, veuve de ce dernier, ayant fait attacher à son pilori Bayart, sergent du sieur de Mastaing, pour avoir exercé ses fonctions sur les prés et warisseaux de la commune, fut traduite devant le conseil de Mons par suite du despect et de la vilipendance que cet attentat avait porté à la cour d'Elesmes. Le conseil, se référant aux plaintes du requérant, lequel prétendait avoir exclusivement toute justice sur lesdits prés et warisseaux, condamna l'inculpée à faire remettre en liberté le sieur Bayart au lieu et place où il avait été saisi, avec toutes réparations voulues par son honneur et la justice offensée, le tout sans préjudice des frais occasionnés par cette affaire ( Arch. Du chap. – Arch. De l’abb. De Bonne-Espérance.)Des Martigny, la terre d'Elesmes passa successivement par alliance dans la famille des Lewaitte et dans celle des comtes de Gommegnies. Il y a une vingtaine d'années, elle a été achetée à l'un des héritiers desdits comtes, M. de Mortagne, par les membres de la famille Ghobert, famille dont les aînés furent pendant longtemps, de père en fils, les baillis de ladite terre. La demeure des seigneurs d'EIesmes existe encore aujourd'hui. Elle fut construite en 1595, sans doute sur les débris d'un château plus ancien. Cette habitation n'offre aucun des agréments qui caractérisent une habitation seigneuriale. C’est un simple corps de logis flanqué de deux tourelles, et autour duquel serpente un fossé alimenté par les eaux du ruisseau qui traverse le village. Une ferme, dont l'origine remonte à l'année 1775, lui est annexée. L'abbaye de Bonne-Espérance possédait autrefois à Elesmes un manoir avec ses dépendances, qu'elle avait acquis en 1268 de Rogiers, frère de Gérard, sire de Potelles et seigneur d'Elesmes. Ces biens, ainsi que ceux qui dépendaient de la Salmagne, ferme voisine, avaient fait accorder à ladite abbaye à Elesmes, outre des droits de terrage, un tiers de la grosse dîme du lieu. Un autre tiers appartenait à l’abbaye d'Hautmont, qui percevait la plupart des menues dîmes, y compris celles de la cure, dont elle avait la collation. Longtemps le produit de cette dîme n'alla pas au-delà de 20 livres 10 sous ; mais le curé, qui, en même temps, desservait la paroisse de Vieux-Reng, trouvait dans les bénéfices provenant de cette annexe, ainsi que dans les biens de cure que les collateurs possédaient à Elesmes, un supplément qui, joint à son casuel, suffisait. largement à son existence. Par suite de l'érection de la cure de Vieux-Reng en 1605, les curés d'Elesmes virent diminuer leurs revenus. En 1717, l’un d’eux, M. Boulanger, éleva des prétentions sur le produit de 11 journels de terre que les moines avaient dans la commune, alléguant qu’ils devaient faire partie des revenus de la cure. Mais une sentence rendue à Valenciennes le débouta des fins de sa requête ( Archives du chapitre et de l’abbaye d’Hautmont). Au commencement du XVIIIe siècle, les revenus de la cure d'Elesmes s’augmentèrent de la somme de 60 florins, montant de la dotation d'une chapelle construite en l'honneur de saint Nicolas par la veuve d'un sir Lewaitte, sur un terrain aujourd'hui nommé, à cause de cela, courtil Chapelle.La commune d’EIesmes comprend 499 hectares eu labour, 89 en prés, 5 en vergers, 2 en bois, 1 en étang, 3 en fonds de bâtiments, 2 en cours d'eau, et 13 en routes et chemins. Outre tous les genres de céréa1es, on y cultive le lin et le colza. Le sol y est très fertile. Le revenu imposable y monte à 42 135 francs, et le total des contributions, qui en 1827 était de 6 269 francs 60 centimes, a été porté en 1817 à 6 721 francs 54 centimes. Les actes de l’état civil y remontent à l’année 1714, sans lacunes. Vers le milieu du XVe siècle, ce village renfermait 21 feux, et, deux cent huit ans plus tard, 36. En 1709, sa population se montait à 131 habitants. Quatre-vingt-dix ans après, il y en avait 496, et, en 1834, 453. Aujourd'hui il s’y trouve 489 individus, répartis dans 96 maisons. Une centaine de ces individus sont à la charge du bureau de bienfaisance, lequel jouit des revenus de 14 hectares 21 ares 80 centiares de bonne terre en labour et en gazon, et de ceux d'un moulin à farine dit moulin de I’Hôpital. Ce moulin est appelé ainsi de ce que autrefois on lui avait annexé un asile charitable déjà existant au XIIIe siècle, et dont les biens, par la suite, furent affectés à l'entretien des pauvres sous l'administration des échevins et du pasteur de la commune. Une partie des biens actuels fut léguée par un nommé Jean Derbaix, en 1649. Le moulin de l’Hôpital est alimenté par les eaux du ruisseau d'Elesmes, de là le nom de ruisseau de l'Hôpital, que prend ce cours d'eau dans tout le reste de son parcours. La route de Maubeuge à Binche traverse en ce lieu ledit ravin, et s'avance dans la plaine à travers un terrain parsemé d'une grande quantité de sources qui jaillissent à la surface du sol. L'une de ces sources est appelée fontaine de Louis XIV, de ce qu'elle servit autrefois, dit-on, à désaltérer ce souverain, lorsque, probablement, il se rendit, en 1692, de Maubeuge au camp de Givry. |