Tombes militaires

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Début septembre 1914, Elesmes se trouve prise sous le feu de l’ennemi,. Après de durs combats, de nombreux soldats des deux camps restent étendus dans cette  retrouvés aux archives municipales, Jean Bouvry, professeur d’histoire au collège Budé de Maubeuge et spécialiste du premier conflit mondial, nous fait part de l‘analyse qu‘il a faite de ce dossier concernant les soldats tombés à Elesmes lors de cette bataille de Maubeuge. Les documents retrouvés dans notre mairie relatent, d’une façon très administrative, le devenir de ces morts à qui il avait été donné une sépulture provisoire. et nous éclairent sur ce qu’il advint des corps reposant à Elesmes.

" 1916, l'Europe était installée dans la guerre. Il y avait seize mois que la bataille autour du camp retranché de Maubeuge s'était achevée et il était urgent de donner une sépulture convenable à tous ceux qui avaient péri et dont les fosses provisoires étaient encore dispersées à travers la campagne. D'autres étaient restés ensevelis sous les ruines des forts.

Des soldats et des officiers originaires de l'arrondissement, identifiés très tôt par leur famille avaient été inhumés dans les cimetières communaux, pourtant il restait encore près de deux mille corps tant Français qu'Allemands à attendre une tombe décente.

En février 1916, on avait commencé les travaux de déb1aiement des forts. Ainsi, dans celui des Sars à Mairieux, on dégagea 16 corps, le 7 février, puis 9 autres le 23. En avril, les dépouilles de 42 des défenseurs de l'ouvrage avaient été découverts. Les mêmes fouilles macabres se poursuivaient dans tous les ouvrages de l'ancien camp retranché.

Pour les tombes situées en rase campagne, le général Martini, gouverneur militaire de Maubeuge, informa les maires du canton d'un projet de " cimetière commémoratif " situé à Assevent. Les élus devaient lui faire savoir s'ils désiraient qu’on y transfère tous les corps ou s'ils préféraient les faire réinhumer dans leur cimetière communal respectif. Quoi qu'il en soit le transfert avait un caractère impératif et urgent.

C'est ainsi qu'aujourd'hui, dans le cimetière militaire d'Assevent reposent plus de 1 800 corps de soldats, principalement Français et Allemands tués lors du siège de Maubeuge entre le 29 août et le 7 septembre 1914.

Il fut inauguré le 20 octobre 1916 par les autorités militaires d’occupation en présence des élus du canton de Maubeuge. A l'issue de la cérémonie, le général Sczepanski1 confia les clefs de la nécropole au maire de Maubeuge, Jules Walrand, en tant que " chef du canton de Maubeuge ".

Parmi les hommes enterrés à Assevent, une centaine environ tant Français qu'Allemands tombèrent sur le territoire de la commune d'Elesmes. D'abord ensevelis sommairement près des positions qu'ils avaient défendues, tous furent transférés à Assevent. L'opération fut mise sur pied au début du mois de mars 1916 par la " Zivilverwaltung " (administration civile) sous les ordres du baron Von Binzer en résidence à Maubeuge. Il avait fallu seize mois pour qu’on se soucie des corps des combattants tués en 1914. La future nécropole fut prête dans le courant de mars 1916. Von Binzer2 chargea son adjoint Von Pfaff d'adresser aux maires des communes de l'ancien camp retranché, notamment, celles de Vieux-Reng, Boussois et Elesmes, un volumineux courrier. Une partie des instructions allemandes parvenues à Elesmes est encore conservée dans les archives communales.

Von Pfaff avait mis en place avec une minutie tatillonne, toutes les conditions du transfert. Il était d'abord précisé que les frais de l'opération étaient entièrement supportées par les commues concernées. Les exhumations devaient avoir lieu sous la haute surveillance de militaires allemands. Les maires étaient chargés du recrutement des ouvriers terrassiers avec leurs outils. Pour Elesmes, leur nombre fut fixé à quinze. La commune devait également fournir les cercueils et les chariots nécessaires au transport jusqu'à Assevent. Les Allemands ne consentaient de prendre à leur charge que les cercueils de leurs propres soldats. L'occupant insista auprès des édiles pour qu'il n'y ait aucun risque d'épidémie. Pour chaque exhumation, il était obligatoire de se munir de 6 kg de chaux vive. Celle-ci fut achetée aux établissements d'Alfred Willame de Ferrière la Grande. Les fossoyeurs devaient porter des gants et veiller à la désinfection de leurs mains et de leurs outils grâce à un " sublimé " ( désinfectant à base de mercure) fourni par les Allemands.

C'est Jules Walrand en tant qu'administrateur du canton de Maubeuge qui fut chargé par Von Binzer de répartir les frais entre les communes rurales déjà lourdement taxées par les prélèvements de l'occupant depuis 1914. Conformément aux ordres de la " Zivilverwaltung " chaque commune lui adressa un état des frais qu'elles allaient engager. La totalité de la dépense fut ensuite répartie au prorata du nombre d’habitants…

Le transfert des corps débuta par la commune de Vieux-Reng le mercredi 5 avril 1916, le lendemain ce fut le tour de Boussois, Elesmes fut prête le 8 avril.

Les archives ont conservé les procès verbaux des exhumations qui dans chaque commune portent la signature d'un élu ou à défaut d'un employé communal. Les numéros des plaques d'identité, les effets personnels retrouvés étaient enregistrés et après un inventaire minutieux placés sous scellés dans des sacs de toile qui furent déposés à la mairie3.

Sur le territoire d'Elesmes, il y avait 94 fosses provisoires, certaines d'entre elles contenaient plusieurs corps et l'on y avait parfois couché côte à côte les tués des deux camps. Les procès verbaux et une carte dressée assez sommairement permettent de situer et d'évaluer les pertes imputables aux combats qui eurent pour objet la position clé qu'était devenu Elesmes pendant les trois derniers jours du siège.

Lieux dits

Nombre de fosses

Nombre de corps

Le Goupillon(Terre Gillot)

4

7

Batterie de l’Epinette

3

4

Les Ouys

3

3

Chapelle d’Elesmes

4

4

Le Ponteau

1

1

Chemin de Boussois

1

1

Rue Haute (pâture Moreau)

4

4

(pâture Hivet)

4

4

(pâture Jonet)

1

1

Grand Camp Perdu

8

11

Sortie d’Elesmes

1

1

Total

34

41*

* Parmi les 41 corps 2 soldats britanniques

Il serait faux d'affirmer que nous sommes en présence de la totalité des tués, les liasses de procès verbaux pris en compte dans ce tableau furent dressés par Auguste Parée, conseiller municipal à Elesmes, les 8, 10 et 11 avril 1916. Des pièces du dossier ont pu s’égarer. On sait par ailleurs que d'autres corps seront retrouvés au cours des jours suivants comme le montre un procès verbal du 25 avril signé par Jules Baum faisant fonction de maire. En outre, aucune pièce ne concerne les exhumations de soldats allemands.

Les fossoyeurs que l'on avait requis en 1916 purent identifier 21 de ces corps, 16 furent enregistrés comme inconnus. Les unités auxquelles ils appartenaient ne sont pas indiquées avec précision. Pour les corps identifiés, Auguste Parée a consigné le nom et le matricule de mobilisation. On sait ainsi que les plus jeunes des victimes appartenaient à la classe 1913, les plus âgés à la classe 1898, et que leur zone de recrutement était celle du 1e corps d'armée du Nord Pas de Calais. Ce sont des listes fort incomplètes jointes au dossier d'archives qui permettent de confirmer ce que d'autres sources4 nous avaient appris depuis longtemps. La plupart des soldats français tués en défendant cette zone du camp retranché appartenaient aux troupes d'active de la garnison : le 145e RI, le 345e RI et le 31e régiment colonial. - Ce sont en effet ces unités qui ont défendu pied à pied le secteur d'Elesmes du 3 au 6 septembre 1914 avant de se replier sur la place de Maubeuge. Parmi les soldats exhumés en 1916, plusieurs sont du 3e bataillon du 145e RI qui sous le commandant Chaillot interdirent les accès du village pendant trois jours à l'infanterie de Von Zwehl, ainsi que des Bretons du 31e et 32e co1onial.

Pour les pertes allemandes les éléments manquent cruellement Il existe un inventaire assez laconique dressé conjointement par la municipalité et un officier a11emand. Son objet était de répertorier, pour chaque tombe, l'identité, le grade et l'unité de tous les corps retrouvés aussi bien Français qu'A11emands. C'est un document de travail établi alors que beaucoup de corps n'avaient pas encore été identifiés, d'autres plus complets ont pu exister, mais nous ne les possédons plus.

Identifiés

Inconnus

Français

21

14

Anglais

2

Allemands

14

16

En réalité les pertes allemandes à Elesmes sont plus nombreuses. Il restait 21 fosses pour lesquelles on ne connaît ni l'identité, ni la nationalité. On peut estimer qu'elles furent au moins le double. Ce qui est confirmé par une lettre de Von Pfaff du 11 avril 1916 qui précise : " Dans la commune d'Elesmes il y a 55 à 60 soldats allemands qui reposent ".

Par conséquent les pertes bilatérales sur le territoire d'Elesmes peuvent être évaluées à une quarantaine pour les Français, une soixantaine pour les Allemands. On sait par ailleurs que des militaires des deux camps avaient déjà été inhumés dans les cimetières des communes concernées par les combats. Ainsi, à Elesmes se trouvaient Alphonse Gilot, sergent à la 1e section de manutention de la garnison de Maubeuge, Louis Deprès et Victor Scorez du 4e régiment d’infanterie territoriale, mais également deux artilleurs allemands : Henschel du 26e régiment d'artillerie de campagne et Jakob Schneider du 2e groupe du 61e régiment de la même arme.

Un peu plus d'une centaine d'hommes sont tombés dans la maturité de l'été 1914 parmi les prés et les champs d'une petite commune, sur une frontière tant de fois disputée et qui était avec déjà tant d'autres la triste et glorieuse avant-garde d'une multitude que l'Europe allait sacrifier. "

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1Szcepanski : Général inspecteur pour les troupes de la Landsturm relevant de l’Inspection d'Etape de la 2e armée Ruprecht de Bavière qui s'est repliée de St Quentin à Maubeuge à la fin de septembre 1916.

2 Von Bidzer : (Freiherr) Officier supérieur d'administration chef de la Zivilverwaltung qui s'est substituée aux services publics français.

3 Les sacs et leur contenu furent repris par les Allemands à la fin de 1917 sous le prétexte de les faire parvenir au Ministère de la guerre français.

4 Les sources : Archives de la commune d'Elesmes ; Journal d’un bourgeois de Maubeuge, Georges Dubut-Masion (Duvivier 1923) ; La vérité sur le siège de Maubeuge, Cdt Perreau (Lavauzelle 1934).