MYKONOS ...Acte Onze... Une approche de l'Homosexualité grecque antique...

La Gréce antique etait-elle un paradis GAY où l'homosexualité masculine aurait été non seulement tolérée mais encore autorisée par les lois et encouragée par la Cité ?
Les grecs ne paraîssent pas s' être souciés de porter un jugement sur l'homosexualité comme telle : L'éloge ou les réprobations, selon les circonstances, concernèrent toujours les individus et non les pratiques... Il n'en reste pas moins que l'homosexualité etait une donnée banale des relations sociales !
Un grand nombre de documents illustrent la fréquence des rapports homosexuels dans la Grèce ancienne. En dehors de ce qui s'apparenterait aujourd'hui à la production pornographique, de nombreux textes de toutes natures et de nombreuses images ( essentiellement des peintures sur vases) prouvent la réalité et la banalité de ces rapports amoureux.
Le banquet sert souvent de cadre aux tentatives de séduction des amants. Un hoome endreprend de caresser son compagnon de lit, un autre, plus entreprenant, titille du pied le sexe de son voisin; un troisième saisit au passage la verge du jeune homme qui lui soutient la tête....
Plus encore les scènes de Palestre et de Gymnase suscitent de telles représentations : Au milieu des athlètes nus et toujours jeunes, des hommes plus agés (Erastes) jouent le rôle de chasseurs; l'un caresse le menton, les fesses, le sexe d'un adolescent qui repousse ses avances ou, le plus souvent, se laisse faire. L'aimé (Eromène) enlace alors son séducteur avant de se livrer avec ce dernier un rapport sexuel plus "poussé". Les vases montrent généralement des coïts intercruraux (entre les cuisses) de face, mais les textes prouvent que la sodomie était très fréquente.
Ces scènes sans équivoque trouvent une confirmation littéraire à toutes les époques : Solon, réformateur athénien du 6ème siècle av JC tenait pour une vrai richesse la possibilité de "jouir, à l'occasion des charmes juvéniles d'un garçon..." Anacréon, un demi siècle plus tard lance cette invite : "bois mon ami à la santé des cuisses fines et moelleuses" d'un jeune homme. Sous le nom de Théognis de Mégare, figure une collection de poèmes pédérastiques qui pourraient illustrer certaines peintures : "heureux l'amoureux qui fréquente au gymnase et, de retour chez lui, dort avec un beau jeune homme", "jeune homme, tant que tu auras la joue lisse, je ne cesserai jamais de te caresser, même si je dois en mourir".
On pourrait multiplier les exemples dans le milieu socratique et platonicien des 5èmes et 4èmes siècles av JC (tel que la tirade d'Alcibiade dans le Banquet de Platon...). Un peu plus tard les épigrammes hellénistiques à la gloire des beaux garçons se comptent par centaines !
A la même époque s'élaborent les biographies plus ou moins romancées des grands hommes du passé, politiques, sculpteurs, écrivains...Il est alors de règle de leur attribuer des aventures homosexuelles, et de Solon à Alexandre, de Socrate à Sophocle, peu y échappent. la réalité est sans importance, mais il faut bien comprendre que ces anecdotes visent à grandir la réputation de ces hommes!
Ces amours semblent particulièrement en faveur dans les millieurs privilégiés, mais aussi dans les basses classes : Les petits paysans de l' Attique ne dédaignent pas se tapper un petit esclave ou contempler le sexe des éphèbes ( cf Aristophane).
En regard de ces témoignages, on pourrait placer cependant les preuves non moins équivoques d'une condamnation sans appel de certains homos, travestis, prostitués, efféminés. Dans les plaidoyers du 4ème siècle av JC, on relève fréquemment de telles accusations lancées à l'encontre de l'adversaire ou du témoin que l'on veut discréditer, preuve qu'une certaine homosexualité ne bénéficie même pas d'une simple tolérance !
Faudrait-il en conclure l'existence de deux discours sur l'homosexualité ? Celui des milieux aisés et cultivés, favorable, et l'autre, populaire, dénonçant l'homosexualité comme une tare ?
Il faut d'abord remarquer que l'homosexualité n'est pas plus sévérement punie que l'hétérosexualité lorsqu'elle pousse à la violence. Dans le Code de Gortyne, recueil législatif d'une ville crétoise du 6ème / 5ème siècle av JC, comme dans la législation athénienne sur la violence sexuelle, les montants des amendes ne dépendent pas du sexe de la victime mais de son statut social (homme libre, dépendant ou esclave).
Cette équivalence juridique, entre ce qui est malheureusement considéré, à notre époque, comme deux comportements sexuels opposés, tient à ce que, pour les grecs, tout individu peut être tour à tour hétéro ou homo, deux termes inconnus en grec, ou pour parler comme les grecs, porté vers les garçons et vers les femmes, selon l'age et les circonstances.
Dans tous les témoignages déjà invoqués, qu'il s'agisse de gens en vue ou de héros populaires, il ne viendrait à l'idée de personne de classer les individus comme homos parcequ'ils recherchent des amours masculines....La plupart sont mariés, ont des enfants, une voire plusieurs concubines et fréquentent les prostituées. Cette vie sexuelle est largement passée sous silence sauf si elle donne lieu à des excès notoires.
Tout ce passe comme si chaque homme adulte possédait une vie sexuelle à deux faces : L' une privée, orientée vers les femmes, l' autre, publique, orientée vers les beaux garçons et objet de tous les commentaires. sauf exception, c'est cette seconde vie qui vaut à ses protagonistes prestige social et brillante réputation.
Aristophane le montre à sa façon dans un passage des Oiseaux (vers 137-142) où le héros déclare :
" J'aimerais une cité où, m'abordant, le père d'un joli garçon vienne me reprocher avec un air vexé : 'Tu en fais de belles à mon fils, flambard ! Tu le rencontres à la porte du Gymnase, tout frais baigné, et pas de baiser, pas de compliment, pas d'accolade ! Tu ne lui as même pas caressé les bourses, toi, un ami de la famille !' "
Le jeune homme délaissé joue sa réputation et celle de son père. A l'inverse on trouvera difficilement un homme dont le prestige tiendrait à ses succés féminins !
On est bien loin cependant d'une société permissive où seule compterait la liberté des individus...Pour l'homosexualité masculine, on peut lui reconnaître trois statuts dans la Grèce antique : - Pratique de rites de passage de la jeunesse civique, dans un cadre régit par les lois, en ce qui concerne certaines cités ainsi qu'en Crète, où se dégage une homosexualité à variante pédérastique. - Ensuite, dans d'autres cités, comme Athènes, il arrive que la pédérastie jouisse d'un statut social favorable, sans pour autant faire l'objet d'une codification légale; pratique surtout présente dans un milieu aisé et délimité.
- Enfin, partout l'homosexuel adulte, passif, surtout s'il se prostitue, fait l'objet d'une réprobation unanime et la loi le condamne s'il est citoyen!
En Crète donc, ainsi qu'à Sparte, la pédérastie, car il s'agit de liaisons entres jeunes (paides ou paidika) et adultes, s'inscrit dans un contexte idéologique et social qui oblige à y reconnaître autre chose qu'un simple mode de relations sexuelles. Pédérastie et rites d'adolescence vont de pair...Loin d'être un phénomène marginal, bien que tous n'y participent pas, il faut reconnaître là une institution centrale de la communauté civique.
En Crète, comme à Sparte et peut être dans cetaines cités de béotie et Elide, les couples " Eraste- Eromène " sont reconnus par la loi et leur formation est surveillée, formalisée. ailleurs, à Athènes par exemple, ils existent sans que les lois, apparemment s'en préoccupent. apparemment car en réalité les pratiques initiatiques anciennes survivent dans des cérémonies et rites bien attestés, l'aspect pédérastique ayant survécu dans les milieux aisés et classes dirigeantes.
La défence de la pédérastie que fait Platon dans la République, au delà de l'habillage philosophique qui lui est propre, retrouve, sur le fond, l'ancienne pratique initiatique commune à tous les grecs.
Platon, Xénophon, Aristote, et de nombreux savants se sont interrogés sur l'origine de la pédérastie à Athènes ainsi que dans les cités doriennes...
Il en ressort selon certains qu'elle serait avant tout un "compagnonnage de guerriers" , résultat d'une promiscuïté constante aggravée par la pratique de la nudité et non une inversion initiatique et sacerdotale étudiée de nos jours chez toute une série de peuples primitifs...
Cela n'a cependant pas de sens ! Le Compagnonnage guerrier existe en Grèce, cela va de soi ; l'embrigadement spartiate à pu le favoriser ; que l'on songe aussi au bataillon sacré des Thébains formé de couples d'amants. Un comique du 4ème siècle av JC, Euboulos, ne craint pas de lui attribuer des effets grotesques lors de la guerre de Troie, qui dura dix ans :
" Personne ne vit une seule prostituée, ils s'enculèrent pendant dix ans. Ce fut une triste campage : Pour prendre une ville ils rentrèrent chez eux avec des culs bien plus larges que les portes de la ville conquise ! "

Mais la charge comique ou l'exemple thèbain ne peut masquer la réalité quotidienne à Athènes, en Crète ou à Sparte : Tous les amants des jeunes gens sont des hommes mariés qui retrouvent chaque soir leur famille. Rien ne permet de penser qu'il y a, de la part des Erastes, répulsion pour la gente féminine.
En réalité la pédérastie grecque appartient bien au même type de rituel initiatique que celui observé chez de nombreux peuples primitifs, la relation homo, loin d'être un simple choix sexuel y est également une épreuve imposée...Avant d'être reconnu comme un adulte dans son propre sexe, il est nécessaire de faire un détour symbolique sous les apparences du sexe opposé.
Ces relations pédérastiques reconnues et valorisées ne forment qu'un aspect de l'homosexualité grecque. Elles mettent en cause des couples formés d'un Pais âgé de 12 à 18 ans et d'un adulte encore jeune (guère plus de 40 ans). le caractère initiatique primitif, même s'il est parfois oublié, impose cette différence d'âge. Mais la Grèce n'ignore pas pour autant les relations homos entre adultes.
Aristophane raille sans se lasser les invertis, les travestis, ceux qu'il nomme des "culs élargis", prêts à se vendre à n'importe qui. L'accusation revient sans cesse dans les plaidoyers du 4ème siècle av JC lorsqu'il s'agit de dénigrer un adversaire. L'homosexualité entre adultes fait l'objet d'une vive réprobation! Bien que d'autres textes laissent entendre qu'elle appartient aussi aux pratiques évoquées plus haut.
Quand passe-t-on de la pédérastie admise à l'homosexualité condamnable ? tout est question de Poils répondent les textes unanimes : "Ta jambe, Nicandros devien poilue... Prends garde, que ta cuisse sans prévenir en fasse autant et tu verras combien les amants se font rares ! "
Le jeune homme le sait bien et celui qui veut continuer à passer pour un Pais doit s'épiler, comme le poète Agathon dont se moque Aristophane. Quand le poil est là, la relation ne peut plus être la même : "Si d'un gars plus âgé on est épris, ce n'est plus jeux d'enfant mais chercher la réplique" avertit le poète Straton de sardes.

L'inégalité de la relation pédérastique campait chacun dans un rôle bien défini : L'adulte Actif et l'enfant le Passif, rôle qu'il peut jouer sans honte tant qu'il n'est pas reconnu comme homme fait. Au contraire, la réciprocité dans la relation homo entre adultes jette le discrédit sur elle!
N'en concluons pas que l'homosexualité entre adultes est condamnée en tant que telle. Les condamnations virulentes visent essentiellement des prostitués ou des travestits. Le mépris général pèse sur celui qui tient le rôle passif dans l'acte sexuel, celui qui refusant son rôle viril prolonge induement son adolescence et imite les femmes ! Si de plus il se prostitue, la loi le punit. Et c'est bien la prostitution du citoyen qui est visée et punie et non la relation homo en elle même.
Le client, même citoyen, reste honorable s'il est le partenaire actif ! De même la Loi ne punit pas l'esclave ou l'étranger prostitué, même s'ils sont méprisés. Ceux sont eux qui peuplent les maisons de prostitution dont l'existence est reconnue : Un impôt est levé sur cette prostitution... Qui songerait à taxer une activité interdite ?
On voit que l'attitude grecque envers l'homosexualité ne peut se résumer en quelques mots. A s'en tenir à la documentation disponible, il est certains que les grecs, en général, ne portaient pas de jugement sur l'homosexualité en elle-même. A leurs yeux, elle est ni plus ni moins que l'amour pour les femmes, une manifestation légitime du désir amoureux. Ce qui peut la rendre condamnable c'est la violence faite au partenaire, la prostitution, la démesure ( l'obsédé sexuel est sujet à railleries).
Rien n'illustre mieux cette attitude que le vigoureux plaidoyer d'Eschine contre Timarque : Le même Eschine qui attaque impitoyablement l'accusé, lui repprochant des moeurs infames et de nombreux amants auquels il se serait livré à prix d'argent, se défend de vouloir interdire toute relation homo, ce qui reviendrait à ouvrir une ère d'odieuse barbarie. lui même revendique de nombreuses aventures masculines dans sa jeunesse et il affirme que, malgré son age ( 45 ans environ), il reste sensible aux beaux garçons.
" Aimer des jeunes gens bien faits et de moeurs convenable, voilà, suivant ma définition, le propre d'une âme sensible et généreuse; tandis que pratiquer la débauche avec un homme loué dans ce but est le fait d'un être brutal et sans moeurs. Et j'affirme que se laisser aimer de façon désintéressée est une belle chose , mais que de se prostituer pour de l'argent est une infamie."
Nota bene : Selon les Grecs la Sodomie etait un moyen d'approcher le divin (cela nous en sommes tous conscients ....) (d'ou le nom du "sacrum" pour l'os du bassin) et l'ejaculation durant la sodomie était un moyen de fertiliser le jeune éphebe, c'est-a-dire lui apporter la puberte. C'est pour cela qu'il était assez negatif d'avoir un amant qui a trop de poils sur les jambes ou sur les joues...
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