HISTOIRE DU RUGBY
UFRSTAPS Paris 10 – options rugby L1/L2 - licence 3 EM
« Si le Rugby moderne est
le digne héritier de ses ancêtres, s'il n'est pas un simple jeu de passes
banal, mais s'il est bien un sport collectif de combat, nous devons admettre
que l'agressivité et la combativité en sont les qualités premières et elles
doivent être celles de tous les rugbymen modernes.»
Le rugby puise ses origines au
plus profond de la nature humaine, dans le sens où sa principale spécificité
est liée à l’affrontement physique collectif, et à une certaine forme de violence
corporelle. Ses origines sont essentiellement guerrières. Comme le dit P. Parlebas, il n’est pas simple de mettre à jour les origines
exactes des jeux, nous pouvons toutefois « pour chaque jeu sportif,
établir les principaux universaux qui en constituent la véritable
« carte d’identité ». Ce noyau dur, ces constellations de traits
d’action motrice s’appuient sur les propriétés du système ludique lui-même, et
non sur des données extérieures de types biologique, psychologique,
sociologique ou historique. Aussi parlons-nous de « logique
interne », en opposition aux éléments de « logique externe » qui
eux, caractérisent le contexte (enjeu, public, particularités des joueurs et
des groupes…) ».
Le rugby contemporain est issu
des jeux moyenâgeux britanniques (hurling irlandais
et knappan gallois) et en particulier de la
« Soule » ; les règles de ces jeux moyenâgeux se sont
progressivement perfectionnées dans le but de canaliser la violence, car comme
l’écrit l’historien Jean-Jules Jusserand,
« les jeux ressemblaient à la guerre et la guerre ressemblait aux jeux » ;
le tournoi et la joute en sont les illustrations.
Ainsi, comme le précisent Hubert Brier ou Jean-François Loudcher,
il est difficile d’affirmer que le rugby se
situe dans la continuité de l’évolution de la seule Soule. Les racines sont bien plus obscures que cette
tentante filiation. Il faut se méfier des raccourcis, ce que j’ai précisé en
cours.
P. Villemus
décrit le rugby (et les sports) d’aujourd’hui comme étant le résultat de l’évolution
de l’humanité au travers du sacré. Il retrace dans son ouvrage toute l’évolution
des jeux et les comportements sociaux qui y sont associés. Il précise par
exemple que « la passe à la main ou le coup de pied ne sont pas
des gestes bestiaux ni naturels, mais des acquis intensément humains et sociaux
puisqu’ils naissent de l’apprentissage, de l’éducation et du perfectionnement ».
Si les détracteurs du rugby disent qu’il réveille les instincts de
combat brutaux ou animaux, P. Villemus répond que
le rugby est « d’une part, collectif et introduit donc le sens de la
communauté, de l’échange et du partage dans ce qui ressemblerait, sans la
présence des autres, à un pugilat égoïste. D’autre part, la présence du ballon détache le joueur de la condition animale. Il
ne se contente plus seulement de courir, de crier, sauteur, fuir, ruer, charger,
esquiver comme le ferait une gazelle, un loup, un kangourou, un lion, un taureau
ou un cheval. Il devient intrinsèquement humain, la forme du ballon l’obligeant
par-dessus tout à la vigilance et à parfaire sa dextérité. Il doit anticiper
et se projeter vers son destin, représenté par ici par un ballon fuyant et
imprévisible. La beauté du rugby réside dans ce caractère anti-naturel (anti-animal),
dans cette volonté de surpasser la nature, d’apprivoiser le corps et la force,
pour accéder au surnaturel et, sans doute au sacré ».
Dans l’antiquité
Comme le fait H. Garcia, il est possible de remonter le temps et de trouver dans des civilisations très éloignées des « témoignages de jeux de balle ». C’est le cas des Chinois qui pratiquaient le « Cuju » (pousse le ballon), avant la naissance de Confucius, des Assyriens ou des Egyptiens de l’époque pharaonique.
Les chinois, 2500 ans avant J.C. s’adonnaient à un jeu de balle collectif au cours duquel un ballon rond (en cuir de porc ou de chien) devait être lancé au dessus de deux poteaux plantés. Ce jeu était extrêmement violent, utilisé pour l’entraînement militaire, à l’opposé du voisin japonais, le « kemari », respectueux de l’intégrité physique des joueurs et valorisant l’adresse des joueurs.
Certains jeux collectifs à cheval existaient, et existent encore en Afghanistan, comme le « Bouzkachi » où des groupes de cavaliers s’affrontent les jours de fête dans des combats d’une grande violence autour du gain de la dépouille d’un bouc qu’ils doivent déposer au pied d’un mât.
Les peintures égyptiennes de Béni-Hassan sont une preuve de la violence de certains jeux de balle ; F. Dillaye rappelle les découvertes des archéologues dans la vallée du Nil : « A Thèbes, dans des tombeaux égyptiens, on a trouvé des balles de son recouvertes en peau, et absolument faites comme les nôtres ». Les grecs pratiquaient également des exercices avec des balles comme l’épiscyre ou la phéninde. Pour ce qui est de l’épiscycre, « on y joue à plusieurs et par camps. On trace à la craie, entre les deux camps, une ligne que l’on appelle syre, c’est là que la balle est posée. On trace ensuite deux autres lignes entre chaque camp. Ceux qui ont été désignés pour servir lancent la balle au-dessus des autres, qui doivent essayer de la relancer, et le jeu continue jusqu’à ce qu’un camp soit repoussé hors de sa ligne de fond ». Ces jeux se caractérisaient surtout par leur extrême violence.
La violence dans le jeu se retrouve également en Amérique Centrale, à l’époque des Mayas durant laquelle se pratiquait le « Pok-a-Tok », jeu de balle qui se terminait par un sacrifice humain. De nombreux terrains de Pok-a-Tok sont visibles sur les sites Mayas du Guatemala et du Chiapas mexicain.
Cette violence des jeux et leur proximité avec la guerre se retrouvait dans les arènes romaines au travers des combats de gladiateurs.
Moyen Age
Les romains considéraient déjà ces jeux violents comme des outils d’éducation ; ainsi, du jeu de la phéninde, devenue l’haspartum à Rome, il était dit : « Je recommande donc surtout un sport qui assure la santé du corps, la juste proportion des membres et qui développe les qualités de l’esprit, or tous ces avantages se trouvent dans le jeu de balle…».
Les jeux de balle étaient très appréciés dans tout l’empire romain, notamment dans le sud de l’Italie où ils ont été introduits par les colonies grecques. Parmi ces jeux de balle, l’haspartum est le seul qui concerne des confrontations collectives ; ce jeu se pratique sur un terrain de forme rectangulaire, avec une ligne médiane et deux lignes de base. Le but est de jeter la balle derrière la ligne de base adversaire. Les interventions possibles sur le porteur de la balle sont les suivantes : accrochage, étreinte, étranglement. La balle se passe, mais elle ne rebondit pas, car trip dure. Ceci interdit donc tout jeu au pied.
« Pour tous les historiens, l’haspartum et le véritable ancêtre du rugby ». Toutefois, la filiation entre ces jeux et le football n’est pas aussi simple qu’on veut bien le faire croire… Si les historiens manquent de documentation pour pouvoir attester que ce sont les légions romaines qui ont introduit l’haspartum dans les Iles Britanniques (devenant par la suite le football), on peut, comme H. Garcia, penser que la « soule » et le « football » étaient le même jeu H. Garcia va jusqu’à affirmer que toutes les migrations ont eu lieu du continent vers les îles Britanniques et que dont, l’ancêtre du rugby est bel et bien la soule française, et plus spécialement normande ».
Au XIIème siècle, la soule comme le football sont des jeux de masse d’une grande violence, se pratiquant dans les rues et la campagne. Pour porter la balle dans un but (porche d’une église, ruine, mur, arbre…) tout est permis, expliquant ainsi les nombreux accidents et les édits royaux visant à interdire la pratique de ces jeux. Ces jeux se déroulent essentiellement les jours de fête et notamment le Mardi Gras (fête religieuse faisant suite à une période de pénitence), aussi bien en France qu’en Angleterre. La soule pouvait aussi bien être une boule de bois, un ballon (rempli de son, de foin, de paille, de mousse) ou une vessie remplie d’air. La soule aurait une signification religieuse : il fallait ramener la soule (du celte « seaul » et latin « sol » : soleil) dans son village pour qu’elle donne de belles récoltes.
Durant cette époque médiévale, la soule et le football sont des jeux caractéristiques de la vie sociale et des valeurs (religieuses) de l’époque ; le niveau de violence toléré est très élevé, expliqué en partie par le niveau de civilité et les croyances religieuses.
J-J. Jusserand relate les parties de soule du XIIIème et XIVème siècle : « La soule, bien que pratiquée par les nobles et même les religieux, et même par les rois, était un jeu plutôt populaire. On jouait paroisse contre paroisse, célibataires contre mariés, ces petits tournois mettaient tout le pays en fête, le soir on buvait et on dansait, c’était un moment de joie générale, pour les joueurs comme pour les assistants qui comprenaient tout le village, un de ces jours heureux auquel on songeait longtemps à l’avance et qui coupaient la monotonie du travail de l’échoppe ou de la glèbe ; la date la plus fréquente était le Mardi Gras, mais également le jour de Pâques ou de Noël. Le jeu était violent, et n’est pas, aujourd’hui encore, des plus anodins, quantité de « lettres de rémission » du quatorzième siècle accordant leur pardon à des joueurs qui avaient, par erreur, fendu la tête d’un camarade au lieu de frapper le ballon, montrent que les parties étaient menées avec vigueur ».
La soule, tout comme le football furent interdits ; on retrouve notamment des interdits sur Londres, datant de 1314 et en France de 1319. Dans les deux cas, cette interdiction visait à minimiser les désordres et à inciter les jeunes à s’« appliquer à la pratique du tir à l’arc en vue de créer les meilleures compagnies d’archers ». Le temps libre doit être consacré à l’entraînement au tir à l’arc ; la pratique du football ou de la soule est passible d’emprisonnement.
« Pendant quatre siècles, donc, soule et football ont été assez populaires pour inquiéter les rois. Les persécutions ne les ont pas empêché s de conserver leur vitalité. Ils parviennent en pleine santé à la fin du Moyen Age et abordent gaillardement le grand virage historique de la Renaissance ».
La violence n’est plus la seule réponse possible aux
relations personnelles. Le jeu est un médiateur social.
De la Renaissance au XIXème siècle
En France, la renaissance est une période durant laquelle la noblesse s’adonne à la Soule. Ce jeu, contrairement aux idées reçues n’est pas l’exclusivité du grand sud-ouest ; en effet, des écrits font état de la pratique de ce jeu dans le Finistère et le Morbihan (appelé « mallader » ou « mollat ») et en Normandie (« pelote », « éteuf », « ballon », « boise »).
On retrouve également des traces d’une des activités « voisine » du rugby : le « jeu de la barette » ; celui-ci se pratique essentiellement dans le centre et le midi de la France. Il se joue avec les pieds et les mains, mais s’en différencie du rugby par le « touché » du porteur de la barette ; cette action de touché du porteur de balle « évite que le jeu ne dégénère en pugilat », puisqu’elle arrête le jeu. Se forme alors un « cercle » autour du porteur de la barette, qui remet en jeu. Ce jeu de la barette, comme le dit J. Lacouture, est très exactement le rugby dit « à toucher ».
Il en est de même en Italie, où se pratique le « calcio, un jeu ancien propre à la cité de Florence qui en guise de bataille organisée se fait avec une balle gonflée d’air. Jeu qui tire son nom du pied ».
Les anglais de l’époque sont très impressionnés par l’éducation sportive de l’aristocratie française.
En Angleterre, la soule et le football sont officiellement interdits (et ce jusqu’en 1845), même si les autorités ferment gracieusement les yeux pour les pratiques « sauvages », hors des villes. C’est dans la campagne anglaise que l’implantera essentiellement le football.
En France, le XVIIème siècle sera celui du raffinement durant lequel les exercices physiques seront moins valorisés ; un grand jeu de plein air comme la soule n’est plus qu’un amusement pour les paysans ».
Inversement, le sport deviendra une préoccupation de santé pour les britanniques et le football devient, grâce à l’influence de la Renaissance italienne une activité pour les étudiants et la gentry. Au XVIIIème siècle, le football devient une des curiosités anglaises pour les voyageurs. Ce siècle sera celui de la naissance officielle du sport tel qu’il est défini aujourd’hui, accompagné de cette volonté sociale de « pacification » et d’éducation. En France, paradoxalement, les exercices physiques sont en plein déclin durant ce XVIIIème siècle.
Le football sera tout de même « attaqué » en Angleterre jusque dans les années 1800, notamment par le clergé ; cela ne l’empêchera pas de s’implanter dans les publics schools. On retrouve des traces écrites de la pratique du football dans les publics schools dès 1749. Ce n’est pourtant que le rapport de 1897 (commission créée en 1895 pour rechercher les origines du rugby) qui officialise la naissance du football-rugby dans le collège de Rugby, le jour où W.W.Ellis se saisit du ballon à la main en 1823.
Le XIXème
siècle
C’est à partir de son
implantation dans le système éducatif britannique que le rugby obtient ses
lettres de noblesse ; il les doit aux idées novatrices du directeur de
Rugby de l’époque T. Arnold, qui considère le sport et notamment le football
comme « un antidote à l’immoralité
et une cure contre l’indiscipline ».
« Le rugby est un jeu dur et c'est une de ses vertus principales. L'homme qui joue au rugby doit s'attendre à recevoir des coups. Il faudra du courage et de la détermination ainsi que le sens de l’humour ; il apprendra ce qu'est l'altruisme. » Lord Wavel Wakefield "Rugger".
Le football-rugby est bien à l’origine de la codification du rugby, allant vers une pratique se proposant d’endiguer progressivement la violence tout en conservant l’affrontement physique. Le football-rugby puise ses spécificités dans le collège de Rugby (situé à une centaine de kilomètres de Londres), suite à l’exploit de William Webb Ellis ; cet exploit est daté du 1er novembre 1826 où le jeune joueur, praepostor (surveillant-adjoint) dans le collège « avec un beau mépris pour les règles du football tel qu’on le jouait à cette époque, prit le premier le ballon dans ses bras et courut avec, donnant ainsi naissance au caractère distinctif du rugby ». Jusqu’à cette époque, il n’était pas interdit de se saisir de la balle avec les mains, mais la finalité de l’action était de reculer, pour mieux botter vers l’avant. La transgression de W. W. Ellis, si elle fit progresser le rugby moderne, fut dans un premier temps accueillie avec méfiance dans le collège de rugby, à tel point qu’on allait jusqu’à parler d’« homicide justifiable » pour tout joueur qui portait le ballon à la main vers l’avant. Cette action de W. W. Ellis, si elle donne un caractère historique à la naissance du rugby, était courante dans les jeux de soule pratiqués par les écossais à cette même époque : « la soule, telle qu’elle était pratiquée en Ecosse notamment, donnait mille exemples d’un tel exploit. J. Lacouture nous montre ainsi que l’évolution d’une activité ne peut être tenue à de simples anecdotes ; le processus est bien plus complexe. C’est ce que confirme C. Jaurena lorsqu’il rapporte que l’enquête de la Rugby Football Union pour connaître les origines de l’invention du rugby fut bâclée ; elle ne reposa que sur un seul témoignage (contestable), celui d’un antiquaire nommé Matthew Bloxham… l’invention du rugby aurait tout aussi bien être attribuée à un autre étudiant, Jim Mackie, qui, à la fin des années 1830 ne trouvait pas d’adversaire pour le terrasser balle en main sur la pelouse du « Bigside ».
Toutefois, le docteur Thomas Arnold encouragea la pratique de ce jeu dans le collège de Rugby, en y voyant un excellent support éducatif.
Les premières règles du football tel qu’il est pratiqué à Rugby school datent du 7 septembre 1846. 37 règles dont celle du hors-jeu ; mais une codification très succincte qui permet à chaque équipe d’interpréter les règles comme elle l’entend.
Nous pouvons rajouter la volonté de T. Arnold voulant faire du football de Rugby, une école de « droiture et de vertu ».
A ce sujet, S. Darbon précise que
les règles du football-rugby au collège de Rugby
étaient discutées et négociées dans des « levées » (réunions gérées
par les élèves eux-mêmes). Si ces « levées » se sont d’abord
caractérisées par un certain désordre, elles sont devenues de plus en plus
policées et démocratiques sous l’influence du Dr Arnold.
Il est intéressant de noter, comme le souligne P. Conquet que « toutes les règles iront dans le même sens, s’articulant autour de deux constantes :
Vers 1865, on comptait autour de Londres une quinzaine de clubs de football-rugby, quasiment tous gérés par d’anciens élèves de Rugby School désireux de perpétuer le rugby après les années de collège.
Le football se développera à cette époque en Ecosse, dans les collèges, notamment à Edimburgh par l’intermédiaire de H. Almond.
Il est intéressant de noter le témoignage d’un Rugbeian dans l’ouvrage de N. Elias et de E. Dunning : « Nous nous moquions éperdument de la balle et n’y trouvions qu’un prétexte à échanger de méchants coups de pied….nous nous battions déjà depuis cinq minutes, et nous ne nous lassions pas…pas de passes entre les joueurs… tout était viril et direct. Lâcher la balle dans une mêlée était considéré comme une infraction à la règle… ».
Ce récit donne toute la dimension du combat dans le football-rugby, la volonté d’en découdre entre les joueurs et de mettre l’adversaire « hors d’état de marche ». Cette violence physique justifie grandement le souci du législateur de protéger les pratiquants au travers du règlement et le côté visionnaire de T. Arnold, se proposant d’éduquer au travers d’une activité aussi rude que le football-rugby de l’époque.
De nombreux collèges britanniques pratiquaient des sports de ballon ; deux tendances se dessinèrent dans la moitié du XIXème siècle, conduisant à la création de deux associations :
1863 : « Football-Association » ; en 1885 le football
deviendra professionnel.
1871 : « Rugby-Football Union » ; cette association est créée le 26 janvier 1871, et ce sont trois anciens élèves du collège de Rugby qui rédigèrent le premier code officiel du rugby-football (24 juillet 1871).
La scission entre le football et le rugby prend racine dans la réglementation autour du « hacking » (c'est-à-dire le fait de donner des coups de pied dans les tibias des adversaires, notamment dans les mêlées) et du « tripping » (le croc-en-jambes). A ce sujet A. G. Guillemard, membre de la première équipe de rugby d’Angleterre rapporte : « il n’était pas rare de voir un couple de joueurs engagés vigoureusement à se distribuer des coups sur les tibias, bien longtemps après que la mêlée se soit disloquée ». Certains pratiquants s’opposaient au « hacking » (c’est le cas des joueurs de Chaterhouse) tandis que d’autres voulaient le conserver (les futurs joueurs de rugby). Le hacking fut pourtant supprimé. Les joueurs de rugby, pour maintenir toute la rudesse dans le jeu préconisèrent le plaquage aux jambes, après un passage par le ceinturage.
R. Barrière situe l’ère moderne du rugby dans les années 1870, avec la réglementation du « tenu » et de la « mêlée ouverte ».
Le rugby s’est propagé dans tout l’empire britannique (l’Ecosse, l’Angleterre, l’Irlande, le Pays de Galles, puis l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Sri-Lanka, l’Afrique du Sud, les Etats-Unis, le Canada et l’Argentine), « entre gens de la bonne société ». Cette propagation du rugby à travers le monde coïncide avec l’expansion coloniale de l’empire britannique des périodes victorienne (1837-1901) et édouardienne (1901-1910).
D’un point de vue politique, l’avènement du sport en général et du rugby en particulier est à mettre en relation avec les bouleversements économiques et sociaux de la Révolution industrielle : « la pratique devient séculière (et non plus sacrée et ritualisée), promeut l’égalité entre les participants, introduit la spécialisation des rôles, rationaliste l’activité pour plus d’efficacité, instaure une organisation bureaucratique et hiérarchique, développe, parfois à l’extrême, les procédures de quantification et fixe comme horizon la quête des records ».
« La France du XIXème siècle n’est pas une nation sportive, ni dans l’esprit, ni dans les faits, et cela malgré l’enthousiasme d’une minorité, qui tente de lancer l’exemple anglais dans notre société ».
Le rugby voit initialement le jour sous l’impulsion de jeune Anglais au Havre en 1872, puis sur Paris en 1877 (les « English Taylor »), 1878 (le Paris Football Club), 1882 (le Racing Club de France, comptant dans ses rangs J. Charcot) et 1883 (le Stade Français).
Des écoles prestigieuses de Paris organisent un premier championnat scolaire sous l’impulsion du baron P. de Coubertin. Se rencontrent l’école Alsacienne, Monge et le lycée Lakanal. Ceci montre à quel point « la diffusion du rugby en France est une affaire de classes moyennes et supérieures ».
Le rugby s’étendra dans tout le sud-ouest durant la IIIème république ; « l’église condamnera la balle ovale, les contacts et gestes violents qui l’entourent, tandis que l’école laïque, notamment en aquitaine, la met en avant comme parfait complément de formation des mâles virils et chauvins… ». C’est avec une génération de retard que le rugby français rencontrera officiellement en 1892 le rugby anglais dans un match opposant le Rosslyn Park (un des meilleurs clubs anglais) au Stade Français. Les joueurs du Stade Français se feront sévèrement corriger par leurs adversaires.
Les XXème
et XXIème siècle
Ce sont les périodes correspondant à l’institutionnalisation du rugby, à sa démocratisation, à sa professionnalisation et à sa féminisation.
C’est la période de finalisation du jeu et de sa codification ; le ballon (que l’on doit au fabricant W. Gilbert) adopte dans les années 1920 la forme plus ovale qui convient mieux au jeu à la main.
Le rugby se propage dans l’hémisphère sud, dans les colonies britanniques, en Australie (Nouvelle Galles du Sud), en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud.
Durant les années 30, les
problèmes d'amateurisme marron et de violence sur les terrains se multiplièrent
au sein du rugby à XV français. Excédées, les "
Home Nations " (Angleterre, Ecosse, Galles et Irlande) mirent fin aux
rencontres internationales avec la France. Le Tournoi des 5 Nations était
ramené à 4 et ce jusqu'à la fin de la 2ème Guerre Mondiale.
Le rugby devient un enjeu sociétal :
Le rugby moderne se distingue des jeux populaires et peut réclamer une forme de jeu civilisé car il présente quatre aspects distinctifs de ses ancêtres :
Comme le dit D. Bouthier, « le rugby d’aujourd’hui est fait d’une multitude de rugbys ».
Outre les styles de jeu nationaux ou régionaux, nous trouvons autour du rugby de nombreuse variantes, conçues à des fins spécifiques :
Le rugby que nous étudions et sur lequel s’appuie notre expérimentation est le rugby scolaire, un rugby que nous qualifions et que nous voulons « éducatif ».
Le XV
contre le XIII
La "rugby league" appelée Northern Union
est officiellement née au George Hôtel de Huddersfield dans le Yorkshire au
nord de l'Angleterre en 1895, suite aux problèmes liés à la notion
d’amateurisme (dès 1891, le Yorkshire proposait
l’indemnisation des joueurs pour les heures de travail perdues pour la pratique
du rugby).
Le rugby à XIII ou jeu à XIII est apparu en France en 1906.
Les treizistes ont voulu rendre le jeu plus spectaculaire, en supprimant deux joueurs et conservant la même surface de jeu, en supprimant les phases de mêlée, remplacées par un tenu.
C’est le 6 avril 1934, qu’est créée la Ligue Française de Rugby à XIII (LFR XIII). Cette fédération voit le jour suite aux problèmes de l’arrivée du professionnalisme dans le rugby (dès 1891, le Yorkshire propose l’indemnisation des joueurs pour les heures de travail perdues pour la pratique du rugby). Elle prendra le nom de Fédération Française de Jeu à XIII en 1948, puis Fédération Française de Rugby à XIII le 4 juin 1993.
Si "XIII" et "XV" cohabitent en Angleterre et en Australie sans le moindre problème, ce n'est qu'en France que le Rugby à XIII connaît de sérieux problèmes de reconnaissance depuis que le gouvernement de Vichy et des dirigeants du rugby à XV l'ont interdit. Même si le rugby à XIII est le premier sport d’équipe français à devenir champion du monde en 1951, il a du mal à se faire une place face à rugby à XV, contrairement à son implantation dans les pays anglo-saxons.
Tableau récapitulatif de
l’origine et de l’évolution historique du rugby
|
Des jeux au rugby |
|
Jeux collectifs de combat |
|
Antiquité
|
Jeux collectif – violence |
Afghanistan : Bouzkachi Amérique centrale : Pok-a-Tok Chine : Cuju Egypte : lutte Grèce : Episcycre – Phéninde |
|
Italie : Haspartum |
||
|
Renaissance |
Jeux – violence réprimée |
Angleterre : Soule – Football Ecosse : Soule – Football Irlande : hurling Pays de Galles : knappan France : Soule – Barette |
|
19ème siècle
|
Jeux et début de la sportivisation |
Angleterre : Soule – Football Ecosse : Soule – Football Irlande : Hurling Pays de Galles : Knappan France : Soule – Barette |
|
20ème siècle |
Fin de la sportivisation |
Football Rugby Rugby à 13 (1906) |
|
20ème et 21ème siècle |
Professionnalisation |
Rugby à 15, à 7, à 12 Rugby à 13 Flag-rugby Touch-rugby Beach-rugby |
S. Darbon, ethnologue et
chercheur au CNRS est aujourd’hui quant à lui bien plus prudent sur les
origines et les liens qui unissent le rugby moderne et tous les jeux ancestraux
: “Peut-on identifier une origine commune à des pratiques – hurling,
soule, knappan, calcio ou folk-rugby – qui manifestent autant de ressemblances ?
L’opinion la plus répandue, mais pas la plus fondée historiquement, les fait
remonter à un jeu romain identifié sous le nom d’haspartum,
dont les propriétés formelles sont en effet assez proches. Les données
historiographiques dont on dispose ne permettent malheureusement pas de pousser
très loin une telle filiation. N’est-il
pas plus raisonnable de considérer que la recherche d’une origine commune ne
s’impose nullement ? Il est sans doute plus vraisemblable que ces jeux
athlétiques, compte tenu de la grande simplicité des propriétés formelles
qu’ils partagent (se disputer par tous les moyens un objet ayant la forme d’une
balle ou d’une ballon), ont pu coexister en différents pays, et ce à des
périodes très différentes ».
Récapitulatif de la diffusion planétaire du rugby : pays, nombre de licenciés/nombre d’habitants, classement mondial IRB
Pays ayant participé à la coupe du monde 2007 en France :
|
Nation |
Nombre de licenciés |
Nombre d’habitants |
% de licenciés |
Classement mondial IRB |
|
Afrique du Sud |
464 477 |
47, 4 millions |
0,97 |
4 |
|
Angleterre |
716 505 |
49,1 millions |
1,45 |
7 |
|
Argentine |
80 000 |
39 millions |
0,20 |
6 |
|
Australie |
66 395 |
20,1 millions |
0,33 |
2 |
|
Canada |
13 804 |
32,4 millions |
0,04 |
13 |
|
Ecosse |
24 900 |
5 millions |
0,49 |
11 |
|
Etats-Unis |
63 254 |
301 000 millions |
0,02 |
15 |
|
Fidji |
45 300 |
825 000 |
5,49 |
12 |
|
France |
278 364 |
64 millions |
0,43 |
3 |
|
Géorgie |
2 100 |
5 millions |
0,04 |
17 |
|
Irlande |
100 974 |
4,2 millions |
2,40 |
5 |
|
Italie |
45 369 |
57,5 millions |
0,07 |
9 |
|
Japon |
128 000 |
128 millions |
0,10 |
18 |
|
Namibie |
11 200 |
2 millions |
0,56 |
24 |
|
Nouvelle Zélande |
141 000 |
4,1 millions |
3,43 |
1 |
|
Pays de Galles |
42 000 |
3 millions |
1,4 |
8 |
|
Portugal |
4 300 |
10,8 millions |
0,03 |
22 |
|
Roumanie |
7 150 |
22 millions |
0,03 |
16 |
|
Samoa |
22 000 |
177 000 |
12,4 |
10 |
|
Tonga |
10 000 |
112 000 |
8,92 |
14 |
Référence : Pourquoi la France fait peur
courrier international, supplément sport, septembre 2007
Les ancêtres du rugby et du football à travers les âges et les pays :
|
AMERIQUE DU NORD |
EUROPE |
AFRIQUE ET MOYEN-ORIENT |
ASIE |
OCEANIE |
GRAND NORD |
|
|
Pasuchuakohowog des indiens |
GRECE Epyskiros Phéninde Uranie (balle céleste) Apporrhaxis (balle au bond) |
EGYPTE
ANTIQUE Balle cavalière Jeux de balle à la main, au pied et avec une « batte » |
CHINE Jeux de ballon des Shang (1800-1100 av. J-C) Tsu chu des Han |
AUSTRALIE Marn Grook |
ALASKA LABRADOR Atoyortok et Aqsaqtuk des Inuits |
|
|
Kapucha toli des Creeks et des Cherokees |
ROME Haspartum et jeux de balle féminins |
HEBREUX Jeux de balle et de pelote |
JAPON Kemari au pied et jeu de ballon à la main de Hakozaki |
MAORIS Jeu de ballon |
|
|
|
Jeu de balle des Tarahuamara Jeu de balle des Choctaw |
FRANCE (moyen-âge) Soule Croquet Thèque Ballon de Pâques |
|
INDONESIE Sepaktakraw |
|
|
|
|
AMERIQUE
CENTRALE Ollama des Olmèques Tlachttli Pok-a-tok des Mayas et des Astèques Jeu de balle de
« maïs » des indiens du Nayarit |
ITALIE (renaissance) Calcio florentin |
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PHILIPPINES Sipa |
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GRANDE-BRETAGNE (moyen-âge) Foeth
ball Mob football Hurling Knappan IRLANDE Hurling Caid |
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BIRMANIE Ching loong THAILANDE Takraw LAOS Kator |
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ANTILLES Batey des Arawaks, Karibs et Taïnos |
ANGLETERRE (XVII et XVIII) Mob football Dribbling game |
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MALAISIE Sepak rago |
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Les dates clés du rugby et du football :
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Jeux de balle grecs et romains : episkyros,
phéninde, haspartum |
Jeux de balle celtes et britanniques : hurling, knappan, caid, foeth
ball, fute balle |
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Soule sur le continent |
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Mob football en angleterre |
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Rugby-football |
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SOCCER |
RUGBY |
FOOTBALL
AMERICAIN |
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XVIIIe : dribbling game à Westminster, Eton, Charlehouse, Windres, etc… 1846 : règles du jeu à RUGBY, autorisation du hacking 1863 : à Cambridge, règles du football, au pied, pas de hacking 1863 : création de Football-Association 1871 : F. A. Cup 1882 : création de l’International Football Association Board 1904 : création de la FIFA 1930 : création de la coupe du monde |
1823 : William Weeb Ellis 1841 : port du ballon à la main dans le collège de Rugby 1863 : 20 clubs se séparent de la F.A. 1871 : fondation de la Rugby Football Union 1876 : équipe à 15 joueurs 1886 : International Rugby Football Board 1890 : l’Angleterre rejoint l’IRFB. 1892 : forme ovale du ballon 1895 : Northem
Rugby Football Union, rugby à XIII 1920-1931 : ovalisation du ballon 1922 : Rugby Football League 1931 : forme ovale actuelle du ballon 1978 : la France à l’IRFB 1987 : coupe du monde 1995 : professionnalisme |
1850-1870 : développement du rugby football dans les université de l’Ivy League 1874 : des étudiants de Montréal introduisent à Harvard le rugby 1880-1890 : développement des règles de Yale qui différencient le football-américain du rugby européen 1882 : adoption du système des buts 1906 : adoption de nouvelles règles pour enrayer les accidents mortels 1912 : règles actuelles (taille du terrain, points) 1916 : Rose Bowl entre les conférences ouest et est 1939 : le casque devient obligatoire 1967 : Super Ball entre la National Football League et l’American Football League 1970 : fusion des deux leagues |
Ce tour d’horizon « historique » vous montre à quel point les origines d’un sport sont lointaines et complexes, autour d’enjeux souvent sociaux et politiques ; nous vous avons expliqué que le rugby était initialement une activité extrêmement sectaire, réservée à l’élite d’une nation (Anglaise) et que sa diffusion n’a jamais été recherchée, comme cela fut le cas pour le football. Si le football est l’activité planétaire et souvent prolétaire, le rugby est conservateur et élitiste. D’où certaines dérives, comme cela fut le cas en Afrique du Sud ou dans d’autres pays sud-américains.
Ce premier cours « à lire », ne doit pas être retenu dans ses moindres détails et références ; il avait surtout pour vocation de vous faire prendre conscience que toute activité, tout sport, peut vous conduire à la réflexion.
Dans la continuité de l’histoire du rugby, n’oubliez pas que nous avons abordé les règles du jeu, en correspondance directe avec les valeurs recherchées par l’activité. Ce moment du cours est important, car il conduira certainement à un questionnement le jour du partiel.
Quelques références bibliographiques et ouvrages sur lesquels vous pouvez vous reporter pour l’histoire du rugby :
R. Barrière, Le rugby et sa
valeur éducative, J. Vrin, Paris, 1980
D. Bouthier, Le rugby,
Paris, PUF 2007
P. Conquet, Les
fondamentaux du rugby moderne, Paris Presses de l’Imprimerie Moderne,
Aurillac, 1994S. Darbon, Une brève histoire du rugby, Paris, L’œil Neuf,
2007
H. Garcia, La fabuleuse
histoire du rugby, Paris, Minerva, 1993
J-J. Jusserand,
Les Sports et Jeux d’exercice dans l’ancienne France, 1905, Paris (reed.
Slatkine 1986)
J. Lacouture, Le rugby,
c’est un monde, La table ronde, Paris, 2007 (première
édition 1979)
P. Villemus,
Rugby, les noces du soleil et de la terre ; les origines, les rites,
les symboles,Montpellier, Les Nouvelles Presses du Languedoc, 2007