- Léquité salariale:
- un enjeu majeur
Par Anne-Marie Tremblay
MONTRÉAL (CANADA)
-- La lutte pour léquité salariale a toujours été parsemée dembûches.
Autant dans le secteur privé que public, les employeurs ont tout fait pour éviter
dêtre assujetti à la loi. Voici trois cas qui illustrent bien le genre de luttes
qui sont menées.
Bell Canada
En 1992, une étude menée
conjointement par Bell et ses syndicats démontre que 20 000 téléphonistes, commis et
représentantes des ventes sont sous-payés. Ces fonctions, occupées en grande majorité
par des femmes, sont payées de 1,80 $ à 5,00$ de moins lheure que celles occupées
par leurs collègues masculins. Une somme de 400 à 500 millions $ doit donc être
déboursée par la compagnie pour combler ces écarts discriminatoires.
Bell et les syndicats
tentent de négocier, mais ils ne réussissent pas à sentendre. Les syndicats
portent plainte à la Commission canadienne des droits de la personne. Le jugement rendu
le 28 mars 1998 fut pour le moins étonnant: le juge Francis Muldoon rejette le principe
même de léquité salariale et ce, malgré la loi fédérale sur ce sujet. Il
précise que, pour le même travail, les femmes devraient gagner le même salaire que les
hommes, mais pas à travail équivalent.
Cela remet en question
beaucoup de choses, dont les jugements ultérieurs des plaintes déjà portées par les
syndicats sur ce sujet. Heureusement, le 17 novembre 1998, le juge Descarie de la cour
dappel canadienne rend un autre jugement: il y a vraiment eu iniquité envers ces
femmes. Bell doit donc se soumettre à la loi canadienne sur les droits de la personne.
La compagnie devra donc se
conformer et effectuer les démarches nécessaires afin de combler les écarts salariaux
entre les sexes. Anticipant les coûts, il est légitime de se demander si la vente
dernière des services des téléphonistes à Excell, une compagnie américaine,
nest pas liée à léquité salariale.
Gouvernement provincial
En 1995, le gouvernement
au pouvoir (le Parti québécois) promet une loi sur léquité salariale. Sous la
pression du Conseil du patronat et des tenants de la finance québécoise, le gouvernement
du Québec ne cesse de reporter son projet de loi. Il tente même de se soustraire à la
loi. Lorsquil dépose son projet de loi, il demande que le secteur public ny
soit pas contraint.
Pourtant, Lucien Bouchard
avait bel et bien demandé «Pourquoi faudrait-il que la moitié de la population
nait pas droit à la justice?» Le 15 mai 1996, le gouvernement du Parti québécois
finira par voter la loi sur léquité salariale, incluant les secteurs public et
privé.
Pourtant, encore
aujourdhui, le gouvernement tergiverse dans le cas des enseignantes de la CEQ et il
a soumis, selon la CSN, un rapport non-conforme à la loi en classant le métier
dinfirmière au même niveau que celui de technicien informatique. Une infirmière
touche entre 16, 04$ et 23,30$ lheure alors que le technicien en informatique touche
entre 18,65$ et 24,48$. Pourtant, rien nindique dans le rapport que des mesures
seront prises pour combler cet écart.
Force est de constater que
léquité salariale sera un enjeu majeur dans la vie politique et économique du
Québec. Avec ses forces et ses faiblesses, la loi sur léquité salariale peut
régler une partie du problème. Mais les employeurs se liguent pour contrer les
dispositions de la loi. Il faudra une riposte vigoureuse et unifiée des mouvements
sociaux pour affronter le front uni des employeurs et que soit réglée cette vieille
dette envers les femmes.
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