Histoire du Petit-Temple de Nimes

Eglise Réformée de Nîmes

Quelques mots sur
l'Histoire du Petit-Temple
de Nîmes

DE 1714 A 1789 : LA CHAPELLE DU GRAND COUVENT.intérieur du Petit-Temple

Les Ursulines, établies à Nîmes depuis 1641 entreprennent la construction d'un couvent avec une chapelle. Cette chapelle est l'actuel Petit-Temple, et les restes du couvent les bâtiments qui encadrent le Petit-Temple rue du Grand Couvent jusqu'à la rue de l'Agau (ou rue Nationale). La première pierre de la Chapelle a été posée le 28 juillet 1714 et elle a été bénie le 5 avril 1718 par Mgr de la Parisière. L'achèvement du monastère ne sera terminée qu'en 1752.

Pendant les guerres de religions, des jeunes filles protestantes sont confiées à ce Couvent afin que les Ursulines travaillent à leur conversion. En effet, l'exercice du culte protestant a été interdit de 1685 à 1787. Bien des familles ont été surprises dans une "assemblée au désert" (culte clandestin en plein air), le père envoyé aux galères, la mère envoyée à la tour de Constance d'Aigues Mortes, et les filles étaient ainsi confiées au couvent des Ursulines pour faire leur "éducation". Les Ursulines sont obligées de faire poser des grilles aux fenêtres pour empêcher les évasions des enfants ou les enlèvements par leur famille. Derrière ces murs, en effet, et dans cette Chapelle, que de larmes versées par les jeunes protestantes qui toutes ne désirent pas se convertir avec autant d'ardeur que le déclarent les bonnes sÏurs.

En 1727, le Couvent des Ursulines, définitivement installé, compte une quarantaine de religieuses et une vingtaine de pensionnaires. La Révolution Française va interrompre la marche de ce couvent. Et en 1792, pour se procurer de l'argent, la Convention fait procéder à la vente des biens du Clergé.

DEPUIS 1793 : LE PETIT TEMPLE

Les Archives Nationales nous apprennent qu'en 1665, Nîmes compte 20 000 habitants: "8 000 catholiques et 12 000 huguenots", la plupart des protestants abjureront ou quitteront le pays sous la persécution qui va alors s'intensifier, mais il en reste quand même un nombre relativement important à Nîmes en 1787, quand Louis XVI rétablit le droit d'être protestant en France. Peu à peu l'Église Protestante se reconstitue, mais sans atteindre ce qu'elle était en France sous l'Édit de Nantes ou dans les pays de liberté religieuse en Europe.

Un riche protestant Alexandre Vincens-Valz achète la Chapelle des Ursulines le 5 février 1793, pour la prêter à la communauté protestante. Le nom de Petit-Temple va lui être donné, par comparaison avec l'ancien Grand-Temple de la Calade situé à l'emplacement actuel du Théâtre, et dont une porte demeure comme vestige au 28 rue de la Madeleine. Ce Temple avait été édifié en 1566 sous Charles IX et pouvait contenir 5.000 personnes. Il fut détruit à la Révocation de l'Édit de Nantes en 1685.

Le culte fut interrompu pendant le terreur qui dura de septembre 1793 à juillet 1794. Le Petit-Temple est rouvert le dimanche 15 août 1795. En 1831 Madame Vincens-Valz, fille du précédent, donne au Consistoire de l'Église Réformée de Nîmes le Petit-Temple. Les protestants sont donc enfin chez eux dans ce Temple qui leur appartient, après 5 ou 6 générations depuis la perte du précédent bâtiment leur appartenant.

L'ARCHITECTURE

Le style est baroque, avec des influences provençales reconnaissables au sommet des chapiteaux. En 1846, la façade de la rue Claude Brousson (ancienne rue des Flottes) est reconstruite dans le style de l'époque, et une restauration importante est entreprise. C'est de cette époque que datent les bancs et les boiseries en noyer, et qu'un parquet est mis à la place du pavé. Le parquet actuel a été refait après les inondations de 1988.

En 1975, le Petit-Temple est en bien mauvais état, en particulier la voûte présente des signes de faiblesse. Une restauration importante est entreprise afin de la consolider par des tirants métalliques.

LA DECORATION

Traditionnellement, les seules "décorations" dans un temple protestant réformé sont des paroles de la Bible, sans statue, ni peinture, ni même de crucifix (bien que dans certains temples des croix aient été installées, à la fin du XIXe, ou au cours de ce siècle).

La Bible

qui est sur la Table de Communion est du 18e siècle. La Bible est importante pour les protestants, et dès l'origine de la Réforme, un effort considérable a été fait pour que tous les fidèles, même les plus simples, puisse apprendre à lire afin qu'il puisse avoir directement accès aux textes. En effet, dans le protestantisme, les fidèles ne sont pas soumis à une autorité qui dirait ce qu'il faut croire ou faire. Cette liberté implique que chacun est appelé à réfléchir par lui-même pour construire ses propres convictions à partir de sa propre lecture de la Bible et sa prière.

Les Tables de la Loi

qui sont exposées reprennent les dix commandements de la Bible hébraïque, complétés du célèbre résumé qu'en a fait Jésus-Christ "Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force, et de toute ta pensée; et tu aimeras ton prochain comme toi-même." Ces Tables, gravées en 1823, proviennent du Grand-Temple, elles ont été transportées au Petit-Temple en 1837.

La chaire

du Petit-Temple est une ancienne chaire du désert, c'est à dire qu'elle a été fabriquée pour être utilisée pour les assemblées clandestines en plein air. Le prédicateur monte dans la chaire afin d'être mieux vu et entendu. Elle est constituée de cinq panneaux reliés par de simples gonds, ils pouvaient facilement être démontés pour être transportés sur le lieu des assemblées. À l'origine une seconde chaire placée sous la chaire du prédicateur servait au chantre, dont la fonction était d'entraîner le chant de l'assemblée.Pour marquer l'importance qu'a pour nous la lecture de la Bible, la place de la chaire du prédicateur (pasteur ou laïc) est souvent centrale, voire imposante comme au Grand-Temple.

La Table

sert pour la Communion, quand elle est célébrée (environ une fois par mois). Elle n'est pas pour nous un autel, et elle n'a pas de caractère sacré, puisque pour nous la communion n'est pas un sacrifice mais le signe de la parole et de la vie que nous a donné le Christ et nous est renouvelée par lui.

L'orgue

date d'environ 1750, il a été probablement réalisé par le célèbre religieux facteur d'orgues Jean-Esprit Isnard.. La façade en noyer est en partie de cette époque, mais elle a été complétée quand l'orgue a été entièrement restauré en 1890. Cette façade est classée monument historique. L'orgue comprend 22 jeux.

La cloche

a été installée en 1802. Elles pèse "quinze quintaux" de l'époque, et fait un mètre de diamètre. Son inscription célèbre Dieu, en premier bien entendu, et elle honore également Bonaparte qui a consolidé le rétablissement de l'Église: " O Sion Ton Dieu est d'âge en âge Ps 146. Les Réformés de Nismes ont fait fondre et monter cette cloche sous le consulat de Napoléon Bonaparte, restaurateur de la liberté chrétienne, l'an XI de la République Française, de Jésus-Christ 1802 ". Le nom de Napoléon Bonaparte a été par la suite grossièrement effacé au burin, probablement à la Restauration. Le fondeur a signé son Ïuvre sur la cloche : " Barbut m'a faite ".

L'OUVERTURE DU PETIT-TEMPLE.

Pour les chrétiens réformés, le Temple n'est pas un lieu sacré. L'essentiel pour nous est la relation entre la personne et son Dieu, plus que dans la religion, ses rites, ses objets ou ses institutions. La véritable présence de Dieu est donc dans le cÏur, dans la pensée et dans la vie de chacun, plus que dans ce bâtiment. Le Temple est un local pour rassembler la communauté: un lieu digne et beau pour témoigner de notre respect envers Dieu, mais dépouillé pour montrer que l'essentiel est invisible. Un lieu qui peut aider à nous recuillir, et à créer des liens fraternels entre les fidèles. Comme on peut prier et lire la Bible chez soi, le Temple n'est pas ouvert pendant la semaine. Il n'est en général ouvert que le dimanche matin pour le culte de 10h30, ou pour une autre occasion comme un mariage, un concert, ou pour le faire visiter.

Pasteur Christophe GRANADE, 52 route d'Alès, 30900 Nîmes