|
Nos Pages
Contact auteurs |
BulletinNous vous communiquons ici quelques
uns des articles parus dans le "Quoi de neuf ?",
1951 La dédicace du nouveau Temple de PoitiersConstruit en 1873, inauguré en 1874 le temple de Poitiers (photo ci-contre) fut détruit pendant la dernière guerre. Pour le reconstruire le pasteur Rivierre et le conseil presbytéral sous l'impulsion de M. Hugues (vice-président) et de M. Dez (secrétaire) se démenèrent pour obtenir dommages de guerre, subsides du conseil œcuménique … et un gros effort financier des paroissiens. 50 ans plus tard -en octobre 2001 - nous rappellerons cet événement par quelques manifestations (concert, conférence, culte solennel). Arlette ROY nous raconte ici son inauguration. Il ne fallut pas moins de sept ans pour que soit érigé à nouveau le temple protestant bombardé le 13 juin 1944 - un des quatre temples détruits par la guerre en France. La Dédicace du nouveau temple eut lieu en grande pompe le jeudi 3 mai 1951 au matin, précédée la veille par une conférence, à l'amphi Descartes, du pasteur Marc Boegner, président de la Fédération Protestante de France, avec pour thème la liberté religieuse dans le monde actuel. A 10 heures se pressaient dans le temple, de la tribune au sous-sol, 1100 personnes et 200 de plus dans la rue dont l'écoute était soutenue par haut-parleur. Les premiers rangs étaient occupés par les autorités civiles et militaires - le secrétaire général du Préfet, le maire M. Paul Blet, le député Abelin, les sénateurs Masteau et Maurice, le recteur, accompagnés des frères Martineau architectes, de quelques entrepreneurs et du facteur d'orgue Robert Boisseau. Un cortège, composé de 25 pasteurs, tous en robe, et du Conseil Presbytéral, s'avança, précédé du pasteur Marc Boegner et du précédent pasteur de la paroisse, M. Lhoumeau, qui était arrivé à Poitiers en 1919. Le Pasteur Boegner installa une Bible dans la chaire et le pasteur Lhoumeau replaça la vieille Bible, seule rescapée du bombardement, sur la table de communion. Accompagnée à l'orgue par Marie-Louise Girod, l'assemblée chanta le Psaume 118 (Rendez à Dieu l'honneur suprême) et le Te Deum (Grand Dieu nous te bénissons), ainsi que le cantique " Sur ton Eglise viens Seigneur". Le pasteur Boegner choisit comme texte de prédication le Sermon de Pierre (I Pierre 2 v. 4 et 5) "Approchez-vous de lui pierres vivantes". Après le sermon, Madame Girod joua le choral "Notre Père" de J.S. Bach (Elle avait choisi comme entrée le Grand Jeu de Pierre du Mage). Une centaine de choristes du Poitou, dirigés par Mme Riebel, entonnèrent l'Alleluia et le choeur final du Messie de Haendel. Le pasteur de la paroisse, M. Jean Rivierre, remercia tous ceux qui avaient contribué à l'édification du Temple. Après le culte, un buffet fut offert dans la chapelle provisoire de la rue de l'Eperon qui avait servi jusque là de lieu de culte. Tables et chaises furent prêtées par la Mairie. L'après-midi à 15 heures, Marie-Louise Girod donna un concert auquel assista , entre autres, la plupart des organistes de Poitiers et les autorités musicales. Le Chanoine Aigrain avait préparé des commentaires lus par le pasteur Riebel et le Directeur du Conservatoire donna le thème de l'improvisation. Le concert fut encadré par les deux chœurs de Haendel chantés déjà le matin, et l'oraison dominicale fut donnée par le pasteur Rivierre. Après un goûter à la chapelle provisoire, M. Pierre Dez emmena ses hôtes visiter la ville. L'orgue Roethinger, construit en 4 mois seulement par le facteur Robert Boisseau, comprend 5 jeux véritables, dont certains sont dédoublés. Il était prévu de le compléter... il y a 50 ans de cela! Arlette Roy 13/03/2001
LES INTERVIEWS IMAGINAIRES DE JEAN CALVINpar Alain-George MARTIN(Ces textes ont parus une 1ère fois dans le "Cep", journal protestant de la région Cévennes-Languedoc-Roussillon.) Peut-être n'est-il pas inutile de rappeler que Calvin (né à Noyon, petite ville au nord de Paris) résida en 1534, pendant 2 mois, à Poitiers et y "dressa" une des premières communautés "réformées". Le célèbre réformateur Jean Calvin est de passage pour quelques jours dans notre ville. Pour les lecteurs du "Cep", notre collaborateur Alain Martin a réussi à obtenir un entretien avec cet homme d'Eglise renommé, certes, mais qui reste mal connu de beaucoup de nos contemporains. Voici les principaux points de cette interview. "Le Cep" : Monsieur Calvin, l'histoire vous présente comme le dictateur de Genève. Qu'en pensez-vous ? J. Calvin : Je voudrais quand même préciser certaines choses. Tout d'abord, je n'ai jamais demandé à venir à Genève. Il s'est trouvé que j'y fis halte un soir, sur la route de Strasbourg. Guillaume Farel, l'ayant appris, m'adjura de rester. Que voulez-vous, je me suis laissé convaincre. Mais ce ne fut pas facile, croyez-moi. Les Genevois ne sont pas commodes : une première fois, ils m'ont renvoyé, puis ils m'ont rappelé. Ils ne se sont jamais privés de me faire sentir que je n'étais qu'un étranger, tout juste toléré comme réfugié. N'oubliez pas que je n'ai été citoyen de Genève que 5 ans avant ma mort, et si j'ai eu quelque influence dans cette ville, je ne le dois qu'à la parole de Dieu que j'ai voulu annoncer. "Le Cep" : En tant que théologien de la prédestination, n'avez-vous présenté la figure d'un Dieu sévère et impitoyable ? J. Calvin : Ecoutez, je n'ai pas inventé la prédestination. Le mot se trouve dans la bible, et avec mon ami Luther, nous n'avons fait que répeter ce que disait déjà saint Augustin. Ce qui m'interesse, ce n'est pas la prédestination par elle-même, mais la gloire de Dieu. Il y a dans mon œuvre des choses bien plus importantes. Je ne comprends pas que vous n'ayez retenu que cela : je n'en parle jamais dans mes prédications et elle n'occupe que quelques pages dans son "Institution chrétienne". Et puis, je crois que ce mot vous fait peur : vous n'y voyez qu'une atteinte à votre liberté. Mais pour nous, les hommes du XVIème siècle, la prédestination a d'abord été une libération . celle de l'angoisse de savoir si on était sauvé ou perdu. C'est l'affaire de Dieu, non la nôtre, heureusement. Nous ne sommes plus là, à évaluer dans la crainte paralysante nos petits mérites. La prédestination est le garant de notre liberté ! "Le Cep" : N'avez-vous pas affaibli le christianisme en divisant l'Eglise ? Pourquoi avez-vous créé une nouvelle religion ? J. Calvin : Je n'ai jamais créé une religion nouvelle! Quelle est cette sottise? Nous avons été nombreux, au XVIème siècle, à vouloir un renouveau de l'Eglise. Ce n'est pas de notre faute si nous avons été mis dehors. Mais en fait, c'est la papauté qui s'est mise hors de l'Eglise. Quant à nous, nous n'avons rien inventé. Nous n'avons que répété ce qui était dans l'Ecriture sainte. Et, dans "l'institution chrétienne", je cite abondamment ceux qui m'ont précédé : Augustin, Hilaire de Poitiers, Bernard de Clairvaux, Cyprien, etc. En persistant dans leurs funestes traditions les hommes du pape porte la responsabilité de la division. Toute ma vie, j'ai désiré l'unité, mais celle-ci ne se trouve que dans l'autorité de la parole de Dieu. Diviser l'Eglise, c'est mettre le Christ en pièces. "Le Cep" : A ce propos, votre théorie sur l'inspiration secrète du Saint-Esprit ne risque-t-elle pas de donner libre cours à toutes sortes d'interprétation plus ou moins fantaisistes ? J. Calvin : Mais non! C'est justement le contraire. C'est à cause même de l'inspiration du Saint-Esprit de Dieu que nous sommes garantis de la guerre des interprétations. Nos adversaires le savent bien. Ils prennent prétexte de la multitude des interprétations pour dire que l'Ecriture est un nez de cire que l'on peut modeler à sa fantaisie. Ils ont beau jeu, alors, d'affirmer qu'une autorité ecclésiastique est nécessaire pour décider de la bonne interprétation. Pour nous, Dieu seul peut interpréter sa Parole. Notre pari, c'est d'affirmer que Dieu lui-même s'adresse directement et clairement aux hommes par l'Ecriture : Dieu ne s'est pas uniquement adressé aux plus savants, mais il a communiqué sa voix à tout le peuple, jusqu'au plus idiot. "Le Cep" :Certes, il n'est pas question de nier le rôle du Saint-Esprit. Mais enfin, vous-même, vous avez eu affaire aux anabaptistes qui prétendaient détenir eux seuls le Saint-Esprit. J. Calvin : Bien sûr. Mais le Saint-Esprit n'est pas quelque fumeuse fantaisie. C'est quand même l'Esprit du Père et l'esprit de Jésus-Christ. Il ne peut pas y avoir de contradiction entre l'esprit et l'Ecriture. Tout se tient : il y a un équi-libre entre l'action de l'Esprit, l'Ecriture et l'Eglise. Si vous prenez l'un indépen-damment des deux autres, tout s'écroule. Ainsi l'Ecriture ne peut se comprendre sans le Saint-Esprit et en dehors de la communauté. Il n'y a pas de lecture privée de l'Ecriture. Plusieurs sont amenés, par orgueil, présomption ou dédain, à croire qu'il leur suffit de lire seuls l'Ecriture : ils se trompent. Quant à l'Eglise, elle n'est qu'une institution creuse et vide si elle n'est pas soumise à l'Esprit et à l'Ecriture. "Le Cep" : Justement, venons-en à l'Eglise. N'avez-vous pas minimiser le rôle de l'Eglise au profit de l'individualisme ? J. Calvin : Pas du tout. Il est vain de croire que le chrétien puisse se passer des autres. Hors de l'Eglise, il n'y a pas de salut. C'est-à-dire hors de la communauté des croyants, non hors d'une quelconque institution ecclésiastique. C'est ensemble que nous sommes croyants. L'Eglise est notre mère : c'est en son sein que nous sommes instruits de la parole. Nous serions des ingrats de la mépriser. Ce serait, en définitive, mépriser la grâce que Dieu nous fait en elle. "Le Cep" : Alors, il faut être inscrit dans une Eglise pour être sauvé? J. Calvin : Mais non! Vous ne pouvez pas mettre une liste des vrais chrétiens dans un fichier : Dieu seul connaît les limites de la véritable Eglise; elle est invisible aux yeux des hommes qui voudraient pourtant bien la juger, la peser, la mesurer. L'Eglise est invisible, mais elle est aussi visible, parce que composée des hommes que nous sommes. Mais qui peut juger du degré de notre foi? Tantôt on ne parle que d'une Eglise invisible pour en faire une réalité éthérée, tantôt on ne veut qu'une Eglise visible pour n'y voir qu'une association de croyants. En réalité, il faut tenir les deux ensemble : ne jamais oublier qu'elle est tout à la fois le corps du Christ et la réalité des hommes qui la composent. "Le Cep" : Mais n'avez-vous pas fait régner sur cette Eglise visible une discipline de fer ? J. Calvin : Encore une réputation que l'on me fait. D'abord la discipline que je conçois n'a rien à voir avec ces réglements écclésiastiques dignes du droit canon que vous appelez aujourd'hui discipline. La discipline, c'est la manière de vivre de chrétiens qui partagent la même foi. Sans d'abord une confession de foi, pas de discipline possible. Si on croit la même chose, si on est uni par le même Seigneur, on ne peut pas vivre n'importe comment. Vous trouvez scandaleux l'excom-munication, mais que faites-vous du scandale causé aux plus petits par une conduite dépravée? L'avez-vous lue seulement ma discipline, Ce n'est qu'après de nombreuses interventions et admo-nestations qu'on en arrive, en désespoir de cause, à dire à quel-qu'un qu'il ne peut rester en com-munion et recevoir la Sainte Cène. "Le Cep" : Ne trouvez-vous pas que vous êtes allé trop loin dans la vie privée des gens ? J. Calvin : Vous croyez que la seigneurie de Jésus-Christ s'arrête au seuil de la vie privée? Et c'est bien parce que la vie de chacun appartient au Seigneur que je ne peux en aucun cas m'en sentir le juge. Mais quel témoignage une communauté chrétienne peut-elle donner si elle admet en elle n'importe quel comportement? "Le Cep" : M. Calvin, on vous a beaucoup reproché l'affaire Servet : vous avez conduit un homme au bûcher. Qu'avez-vous à en dire ? (la réponse dès la parution de notre prochain "Quoi de Neuf ?")
Les Eglises se penchent sur l'Europe.Stéphane GRIFFITHSSamedi 17 et dimanche 18 mars s'est tenu à POITIERS un rassemblement oecuménique sur le thème de l'Europe. Environ 450 personnes, venant de tous les coins de la région et d'ailleurs, y ont participé. La question que Jean Luc MOUTON, rédacteur en chef de Réforme et animateur de la session, a posé aux intervenants était celle ci : " Qu'est ce que les Eglises peuvent apporter à la construction de l'Europe ? ". Pour Elisabeth BEHR-SIGEL, théologienne orthodoxe, l'Europe souffre actuellement d'une cassure ouest/est. C'est l'Europe de l'ouest, catholique et protestante, qui a voulu l'Union européenne et le monde orthodoxe à l'est se trouve marginalisé. L'œcuménisme peut permettre d'aider à recréer des liens. Jean Baptiste de Foucault quant à lui nous dit que l'Europe a bien réussi. Il s'agit d'une expérience inégalée. Pour que l'expérience se poursuive, il faut que les Eglises se mettent dans une position de service. " L'Europe politique donne une leçon d'œcuménisme ". Des ateliers et de la table ronde du dimanche, il faut retenir quelques idées fortes : Guy Aurenche, président d'ACAT international, nous a rappelé que l'Europe s'est faite sur l'idée du respect des droits de l'homme. Les chrétiens et les Eglises n'y ont pas été pour rien. Ils ne doivent pas abandonner l'idée au seuls politiques. Pour Raphaël PICON, responsable des relations internationales de l'ERF, la relation est déterminante dans la recherche de l'identité. Or, l'Europe favorise les échanges et nous aide à trouver notre identité, elle organise la pluralité. Parmi les 450 participants, une douzaine de jeunes. Interrogés, ils nous disent qu'ils n'ont rien compris : un vocabulaire difficile, des phrases compliquées, un débat qui ne les concerne pas : eux, ils sont dans l'Europe, l'Europe n'est pas un objet de réflexion mais une réalité présente. Pourquoi en parler ? Si ces jeunes n'y ont pas trouvé leur compte, les autres participants, moins jeunes, sont repartis heureux, assurés que l'Europe est une bonne chose et que nos Eglises ont ensemble à apporter leur pierre pour construire la maison.
|