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L'atelier d'écriture


 







Un atelier d'écriture est un dispositif construit et animé destiné à  ce que chaque participant se réapproprie  l'acte d'écrire.

Nos ateliers prévoient des phases de travail sur la langue qui alternent des moments de travail collectifs (avec pillage et échanges), individuels (écriture effervescente, qui associe des recherches sur les deux pôles de la langue que sont le signifiant et le signifié (cf. J. RICARDOU)) et en petit groupe.

Ils utilisent la contrainte dans sa dimension libératoire et ludique, et débouchent nécessairement sur toutes formes de socialisation ou de publication.

L'atmosphère de sympathie et de confiance entre les acteurs de l'atelier est très importante. Il ne s'agit en effet nullement d'établir des jugements qualitatifs quant à la valeur des textes réalisés, mais au contraire de créer une parenthèse de liberté où chacun ait envie de "laisser les mots couler", où la franche rigolade ait  droit de cité !

Différents "jeux" sont là en guise de carburant. Mais qui dit jeu, dit règles, qu'il convient parfois aussi de transgresser afin de laisser la libre voie à son imagination. Ces principes ne doivent jamais "brimer" l'auteur.

L'animateur écrit aussi. Il apparaît donc comme un partenaire de jeu à part entière au même titre que chacune des personnes présentes à l'atelier. Par souci de tolérance, la lecture des textes à voix haute ( un autre "jeu" à part entière !) est laissée à la liberté de chacun.
 
 
 
 
 

- Des contraintes d'écritures pour vous entraîner
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Les précurseurs:

                      L'OULIPO (Ouvroir de Littérature Potentielle)
 

 Leur premier manifeste (1962): LA LIPO (Littérature Potentielle)

Ouvrons un dictionnaire (1) aux mots : « Littérature potentielle. » Nous n'y trouvons rien. Fâcheuse lacune. Les lignes qui suivent aimeraient, sinon imposer une définition, du moins proposer quelques remarques, simples amuse-gueules destinés à faire patienter les affamés en attendant le plat de résistance que sauront écrire de plus dignes que moi.

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Vous souvenez-vous des discussions qui ont accompagné l'invention du langage ? Mystification, puérile fantaisie, déliquescence de la race et dépérissement de l'État, trahison de la Nature, atteinte à l'affectivité, crime de lèse-inspiration, de quoi n'accusa-t-on pas (sans langage) le langage à cette époque.
Et la création de l'écriture, et la grammaire, est-ce que vous vous imaginez que cela ait passé sans protestations ? La vérité est que la querelle des Anciens et des Modernes est permanente. Elle a commencé avec le Zinjanthrope (un million sept cent cinquante mille ans) et ne se terminera qu'avec l'humanité à moins que les Mutants qui lui succèderont n'en assurent la relève. Querelle, au demeurant, bien mal baptisée. Ceux que l'on appelle les Anciens sont, bien souvent, les descendants sclérosés de ceux qui, en leur temps, furent des Modernes ; et ces derniers, s'ils revenaient parmi nous se rangeraient, dans bien des cas, aux côtés des novateurs et renieraient leurs trop féaux imitateurs.
La littérature potentielle ne représente qu'une nouvelle poussée de sève dans ce débat (2).
 
 


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Toute oeuvre littéraire se construit à partit d'une inspiration (c'est du moins ce que son auteur laisse entendre) qui est tenue à s'accomoder tant bien que mal d'une série de contraintes et de procédures qui rentrent les unes dans les autres comme des poupées russes. Contraintes du vocabulaire et de la grammaire, contraintes de la versification générale, contraintes des formes fixes (comme dans le cas du rondeau et du sonnet), etc.
Doit-on s'en tenir aux recettes connues et refuser obstinément d'imaginer de nouvelles formules ? Les partisans de l'immobilisme n'hésitent pas à répondre par l'affirmative. Leur conviction ne s'appuie pas tant sur une rélexion raisonnée que sur la force de l'habitude et sur l'impressionnante série de chefs-d'oeuvre (et aussi, hélas, d'oeuvres moins chefs) qui ont été obtenus dans les formes et selon les règles actuelles. Ainsi devaient argumenter les adveraires de l'invention du langage, sensibles qu'ils étaient à la beauté des cris, à l'expressivité des soupirs et aux regards en coulisses (et il n'est pas demandé ici aux amoureux d'y renoncer).
L'humanité doit-elle se reposeret se contenter, sur des pensers nouveaux de faire des vers antiques ? Nous ne le croyons pas. Ce que certains écrivains ont introduit dans leur manière, avec talent (voire avec génie) mais les uns occasionnellement (forgeages de mots nouveaux), d'autres avec prédilection (contrerimes), d'autres avec insistance mais dans une seule direction (lettrisme), l'Ouvroir de Littérature Potentielle (OuLiPo) entend le faire systématiquement et scientifiquement, et au besoin et recourant aux bons offices des machines à traiter l'information.
 
 


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On peut distinguer dans les recherches qu'entend entreprendre l'Ouvroir, deux tendances principales tournées respectivement vers l'Analyse et la Synthèse. La tendance analytique travaille sur les oeuvres du passé pour y rechercher des possibilités qui dépassent souvent ce que les auteurs avaient soupçonne. C'est, par exemple, le cas du centon qui pourrait, me semble-t-il, être revigoré par quelques considérations tirées de la théorie des chaînes de Markov.
La tendance synthétique est plus ambitieuse ; elle constitue la vocation essentielle de l'Oulipo. Il s'agit d'ouvrir de nouvelles voies inconnues de nos prédécesseurs. C'est, par exemple, le cas des Cent Mille Milliards de Poèmes ou des haï-kaï booléens.
Les mathématiques -plus particulièrement les structures abstraites des mathématiques contemporaines- nous proposent mille directions d'explorations, tant à partir de l'Algèbre (recours à de nouvelles lois de composition) que de la Topologie (considérations de voisinage, d'ouverture ou de fermeture de textes). Nous songeaons aussi à des poèmes anaglyphiques, à des textes transformables par projection, etc. D'autres raids peuvent être imaginés, notamment dans le domaine des vocabulaires particuliers (corbeaux, renards, marsouins ; langage Algol des ordinateurs électroniques, etc.). Il faudrait tout un long article pour énumérer les possibilités dès maintenant entrevues, et parfois esquissées.
Il n'est guère aisé de discerner à l'avance, à partir du seul examen de la graine, ce que sera la saveur d'un fruit nouveau. Prenons le cas de la contrainte alphabétique. En littérature, elle peut aboutir à l'acrostiche dont on ne saurait affirmer qu'il a produit des oeuvres bouleversantes (cependant, Villon et, bien avant lui, le Psalmiste et l'auteur des Lamentations dites de Jérémie...) ; en peinture elle donne Herbin, et c'est autrement mieux ; et en musique la fugue sur le nom de B.A.C.H. et voilà une oeuvre estimable. Comment les inventeurs de l'alphabet se seraient-ils doutés de tout cela ?

En résumé l'anoulipisme est voué à la découverte, le synthoulipisme à l'invention. De l'un à l'autre existent maints subtils passages.

Un mot, enfin, à l'intention des personnes particulièrement graves qui condamnent sans examen et sans appel toute oeuvre où se manifeste quelque propension à la plaisanterie.

Lorsqu'ils sont le fait de poètes, divertissements, farces et supercheries appartiennent encore à la poésie. La littérature potentielle reste donc la chose la plus sérieuse du monde. C.Q.F.D.
 
 
 

François Le Lionnais (1962)

 
 
 
 

(1) N'importe lequel.
(2) Comment la sève peut-elle pousser dans un débat ? Nous nous désintéressons de cette question qui relève non de la poésie mais de la physiologie végétale.



 
 


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