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Interview
de Gilles Brulet & ses réponses
Poète
français (Via Internet)
http://monsite.wanadoo.fr/gillesbrulet
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Questions
posées par les élèves de la 9ème/5 et 6 du collège
Essafa – délégation Sidi Youssef Ben Ali – Marrakech –
Maroc, encadrés par Abdelmajid Faik Ouahab, professeur de français.Un
grand merci au poète d’avoir accepté de répondre à ces
questions.
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Question 1 :
A quel âge
avez-vous écrit votre premier poème et quel était son titre ?
Réponse :
J’avais quinze
ans. J’étais en classe de seconde du lycée. Il s’agissait d’un poème
(mot galvaudé alors) humoristique à propos de ma grand-mère qui jouait
au tiercé (pari sur les résultats d’une course de chevaux) Je ne me
souviens plus du titre, mais l’ensemble a déclenché bien des rires
parmi mes condisciples.
Q.2 : Qui
vous a encouragé à écrire de la poésie ?
Réponse :
Les premiers
jurys qui ont attribué des récompenses à mes poésies. Les premiers
lecteurs enthousiastes dont Jacques Charpentreau, Andrée Chedid, Jacques
Fournier ou Louis Dubost. Mais tout d’abord les mots eux-mêmes, quand
ils s’assemblent miraculeusement dans ma tête (ou mon cœur ?) et
offrent l’image, le rythme, la musique exactes que je cherchais pour
traduire l’émerveillement. Un vers réussi procure à son auteur un
bonheur indicible.
Q.3 :
Comment était
votre début avec la poésie ? Facile/difficile ?
Réponse :
Comme
souvent, mes premiers textes étaient, j’en conviens, plutôt banals.
Remplis de lieux communs et d’images creuses (deux grands ennemis de la
poésie) Mais grâce à mon envie qui me fit lire d’autres poètes, à
mon travail de longue haleine sur la couleur des mots et leurs assemblages
rares, je crois m’être un peu amélioré.
Q.4 :
Quels sont les
thèmes sur lesquels vous avez écrit et vous écrivez encore ?
Réponse : J’ai
écrit sur les thèmes qui me sont essentiels : la nature, l’enfance,
les oiseaux, la liberté infinie, la poésie. J’ai plusieurs projets
(beaucoup plus que de temps pour les accomplir) Par exemple un recueil sur
le beau métier d’infirmière, de cheminot ou encore des comptines pour
les petits ou un livre d’amour. J’espère qu’au moins un ou deux se
réaliseront.
Q.5 :
Que représente
la poésie pour vous ?
Réponse :
Comme le
disait Jacques Prévert « la poésie c’est le plus vrai, le plus
utile surnom de la vie » Peut-être le terreau qui permet aux hommes
de fleurir ?
Q.6 :
Pourquoi
avez-vous choisi la poésie pour vous exprimer et non un autre genre littéraire ?
Réponse :
Je n’ai pas
choisi. Elle est venue me chuchoter au cœur et me convaincre cette chère
poésie. Et puis elle est plus pratique qu’un roman. On peut la
transporter plus facilement et entière dans sa tête. Partout et par tous
les temps. Comme un ballon d’oxygène ou un caillou de plage que l’on
roule dans la main ! Un porte-bonheur.
Q.7 :
De quoi
tirez-vous vos sujets ? De la vie, de votre entourage, des
informations … ?
Réponse :
Ce qui est
extraordinairement beau dans la vie quotidienne : Un homme en costume
et cravate qui s’agenouille pour sauver un escargot des roues des autos.
Une pauvre femme qui racle son porte-monnaie afin de trouver une pièce
pour un mendiant. Les poèmes vivent, il suffit de s’arrêter un peu et
de regarder autour de soi.
Q.8 :
Quel est votre
meilleur endroit où vous préférez écrire des poèmes ?
Réponse :
Quand je
marche seul dans la foule des branches d’une forêt ou les herbes
d’une prairie ! Quand on se parle, moi et la nature.
Q.9 :
Y a t’il un
moment idéal pour écrire ?
Réponse :
Peut-être quand le
soleil est, comme un grand vin, à température de poème.
Q.10 :
Combien de fois
corrigez-vous un poème ?
Réponse :
Cela varie. De zéro
à une centaine de fois.
Q.11 :
Combien de
recueils avez-vous publié jusqu’à nos jours ?
Réponse :
Dix recueils à
compte d’éditeur. Et participation à de nombreuses anthologies.
Q.12 :
Que
ressentez-vous quand vous écrivez un poème ?
Réponse :
J’ai
l’impression d’un réel bonheur. Comme si l’on ôtait par
enchantement toutes les chaînes qui entravent la joie unanime des hommes.
Le bonheur du poème réussi est un bonheur universel.
Q.13 :
Avez-vous déjà
écrit des poèmes sur la cause d’un peuple ?
Réponse :
Écrire sur le chant
d’un oiseau c’est écrire pour la cause de tous les peuples.
Q.14 :
Avez-vous un poème
préféré ? Lequel ?
Réponse : Peut-être
le premier poème qu’écrivit Verlaine seul dans sa cellule en Belgique
:
«dame souris trotte »
Là, il ne pouvait pas tricher.
Q.15 :
Y a t’il un poème
qui vous a marqué dans votre vie ? De qui est-il ?
Réponse : Certainement
ce poème que me déclamait mon père quand nous marchions ensemble. Je ne
comprenais pas le sens de ses mots mais je percevais sa musique : « le
chat la belette et le petit lapin » de Jean de la Fontaine. Oui, ce
fut un déclic.
Q.16 :
Est-ce que les
poètes peuvent changer le court de l’histoire comme les
politiciens ?
Réponse :
Les poètes empêchent
la terre de devenir une planète de ciment.
Q.17 : Que
peut apporter la poésie au monde d’aujourd’hui ?
Réponse :
Son bouquet de
roses.
Q.18 : Avez-vous
déjà écrit des poèmes pour des chanteurs ? Si oui, à qui ?
Réponse :
Non mais je crois
que le poème ne doit pas être écrit pour être chanté. Sa petite
musique intime suffit. Au contraire une interprétation instrumentale le
noierait, le dénaturerait. Une chanson, aussi touchante soit-elle,
n’est pas un poème. Le poème est une œuvre d’art à part entière,
qui existe par elle-même. Un tableau, une sculpture n’ont pas à être
chantés. Mais oui, j’aimerais composer des paroles pour un chanteur.
Alain Souchon par exemple.
Q.19 : La
poésie de nos jours, pensez-vous qu’elle nourrit le poète quand on
sait que le nombre de lecteurs a diminué à cause des nouvelles
technologies de l’information et de la communication ?
Réponse :
Aucun poète ne vit
de sa plume. Ils exercent tous un autre métier plus rémunérateur. La
plupart sont enseignants, moi je suis cheminot. Mais la joie du poème
composé est une vraie nourriture de l’âme.
Q.20 :
Pensez-vous
qu’un jour vous écrirez des romans ou des nouvelles … ?
Réponse :
Je suis assez tenté
par les contes pour enfants.
Q.21 :
Y a t’il une
différence entre les poètes d’hier et ceux d’aujourd’hui ?
Réponse :
Les poètes
d’aujourd’hui ont une vue plus vaste sur l’humanité. Et donc plus
de chances d’écrire de meilleurs poèmes. Les génies butinent les siècles
comme des abeilles.
Q.22 :
Est-ce que tout
le monde peut devenir poète ?
Réponse :
Je dirais que tout
le monde doit devenir poète. Si l’on veut avoir une chance de sauver ce
monde.
Q.23 :
Que peut
apporter l’étude de la poésie en classe ?
Réponse :
L’écolier
comprend mieux l’importance des mots, leur assemblage, l’effort
(passionnel) de recherche et de recommencement nécessaire à l’ébauche
d’un texte poétique. Il découvre le pouvoir de son imagination comme
de l’or enfoui. Il crée et donc participe au monde.
Q.24 :
Comment un poète
comme vous voit-il les attentats du 11 septembre et ce qui se passe en
Palestine ?
Réponse :
Toutes les guerres
et leurs abominations à travers la planète me bouleversent.
L’assassinat d’enfants et de femmes m’anéantit. Je n’ai pas de
solution, qui en a ? Simplement et humblement j’essaie d’écrire
les plus beaux messages de poésie fraternelle dont je suis capable. Tant
qu’un oiseau chante, on peut croire.
Q.25 :
Quelle définition
donnerez-vous au mot «Paix» ?
Réponse : Une
petite fille vous déposant un baiser sur la tempe.
Q.26 :
Quelle solution
proposerez-vous pour que la paix règne dans le monde ?
Réponse :
Je me propose d’écrire
des poésies de plus en plus belles.
Q.27 :
Avez-vous déjà
reçu des prix ?
Réponse :
Grand prix de poésie
pour la jeunesse 1995
Prix René Violaines (poésie classique)
Lauréat Froissart 1999
Prix nature et vie rurale 2001
Q.28 : Que
pensez-vous du Maroc ?
Réponse :
Enfant je suis allé
une fois au Congo. Et depuis j’ai toujours chéri l’Afrique. Ses
excentricités, ses grands rires, son art subtil, ses fêtes, ses musiques
et ses hommes de soleil, épris de liberté infinie.
Q.29 : Comptez-vous
le visiter un jour ?
Réponse :
Oui. Mais si des
amis m’invitent. Le touriste ne comprend jamais le pays qu’il visite.
Gilles Brulet,
Mézy/Seine le 20 juin 2002


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