Ballade en Madiran et Jurançon - 1997
Laurent Sicard (L), 
André Vital (A), 
François Fauchery (F). 
 
Ballade viticole en Madiran et Jurançon - 1997

Les vignes du Jurançonnais
Madiran, Pacherenc du vic-bilh, Jurançon, Jurançon sec, Tursan

 
 

Madiran

Jurançon

Caves de Plaimont Clos Labré
Tailleurguet Domaine de Malarrode
Mouréou (P.Ducourneau) Bousquet
Capmartin Bellevue
Sergent Gassiot
Laplace  
Berthoumieux  
Pichard  
 

De très belles dégustations en perspective pour nos trois complices, la région est riche en vins de qualités, et nous ne seront pas déçus ! La camionnette blanche parcours l'autoroute à vive allure, après que nous ayons décidé du sens de parcours : Pacherenc à l'apéritif, ensuite Madiran, et Jurançon pour le dessert. Le beau temps est avec nous, et notre premier repas de midi se passe dans un pré au milieu des vaches et de leurs veaux (le père semble absent, mais nous sommes sur nos gardes). Un grand merci à M. Sorbe pour son superbe essai de sauvignon au goût d'ananas, et à la cave coopérative de St André pour son grenache du Roussillon 1985. Nous arrivons à Madiran, et profitons de la fraîcheur de son église du XII ème siècle, de ses cerises mûres, et de ses vignes de la liberté, plantées en 1989.

Généralités sur le Madiran1

Histoire

 Le Madiran a des origines gallo-romaines, on retrouve les premières traces sous formes de mosaïques datant du IIIème siècle. De plus la taille traditionnelle, demi-haute, et plus caractéristique d'une origine romaine, que la taille basse, comme en Languedoc, et d'origine grecque. Dès le XIème siècle, les congrégations religieuses ont donné un essor supplémentaire à la culture de la vigne. Citons particulièrement les Bénédictins de l'Abbaye de Marcillac en Bourgogne, fondateur de l'Abbaye de Madiran, et à l'origine d'une thèse très sérieuse qui déclare que le cépage traditionnel du Madiran fût dès lors le pinot noir ! Le tannat ne s'imposant que bien plus tard. Situés sur le trajet des pèlerins de Compostelle, les vins de Madiran se firent rapidement connaître. Les Anglais et tout le nord de l'Europe l'apprécièrent aussi pendant l'occupation par le "Prince Noir". A son apogée, en 1894 avant la crise du phylloxéra, le vignoble atteignit 1392 hectares. Petit à petit le vignoble s'est remis de ses émotions, grâce en particulier à la pratique de la polyculture, à un syndicat vinicole dynamique et à la déclaration d'A.O.C. dès 1948. De nos jours, une nouvelle ère s'est ouverte, avec une génération de vignerons enthousiastes, comme Alain Brumont, star du vignoble, et l'arrivée de nouvelles techniques vinicoles.

Géographie

 Deux régions recouvrent l'appellation Madiran : Le Vic-Bilh ("vieux Pays"), et le Madiran. Ces deux terroirs se trouvent dans un coude de l'Adour, sur une superficie de 1400 hectares, à 40 kilomètres au dessus de Pau. Quatre lignes de coteaux parallèles sont orientés Nord/Sud, et sont séparés par des vallées profondes. Ces coteaux d'environ 18 par 2,5 km atteignent 300 mètres d'altitude au nord, et sont entaillés par de petites gorges donnant des versants orientés au sud.

Le climat est océanique, doux et semi-humide. Les températures sont clémentes avec un long automne; il peut y avoir des températures de plus de 15° jusqu'en novembre, rendant possible la parfaite maturité du raisin. Les vendanges ont lieu vers la première quinzaine d'octobre pour les rouges, et durent jusqu'en novembre pour les blancs.

Les sols sont d'origine tertiaire et quaternaire, et peuvent se diviser en trois catégories :

  Les hauts coteaux et versants ouest formant le "Vieux Pays", constitués d'une masse argileuse de 2/3 mètres d'épaisseur (argilo-calcaire, argilo-cilicieux ou terrefort) et assurant une parfaite rétention d'eau.

  Le versant Est, (Madiran), donnant un sol à "grepp" : au dessus d'une couche (Alios ou Grepp) de concrétion ferro-magnésifère parfaitement imperméable à l'eau et aux racines, se trouve une couche de 30 à 50 cm de boulbène, terre pauvre en argile et en matières organiques. Ce sol est à l'origine du vin noir et tannique du Madiran.

  Sur les coteaux restants, se situent des zones d'argiles à galets, de limons argilo-sableux très caillouteux, assurant une très bonne régulation hydrique. Les vins y seront intenses, mais plus souples, avec des tannins amples.

Cépages utilisés pour le Madiran

  Le Tannat, cépage tardif est naturellement cultivé dans le val d'Adour, où terroir et climat lui conviennent parfaitement. Ces caractéristiques principales sont : intensité tannique, richesse en sucre et en éléments acides. Il produits de vins de 12 à 14° avec 3,5 à 4g d'acidité totale (contre environ 12,5° et 3,5g pour un Médoc). Aux arômes de fruits noirs et rouges, doivent se substituer, après vieillissement, ceux d'épices, de torréfaction, de cacao, voire de vanille.

  Le Cabernet Sauvignon et le Cabernet Franc, apportent leur souplesse et leur fruité. Ces cépages bien connus du Bordelais sont parfaitement adaptés à la région, et sont toujours employés en complément.

  Le Fer Servadou ou Pinenc (présent aussi dans le Gaillacois), très vieux cépage apportant de la rondeur, des tannins gras et fins, et une grande palette aromatique, de menthe et d'écorce d'orange, puis de cassis lors du vieillissement. Il ne peut dépasser 10% du volume.

La Micro-oxygénation

Mise au point par Patrick Ducourneau, cette technique permet l'apport modulé et contrôlé d'oxygène au vin lors de son élevage. Il s'agit d'envoyer de très faibles doses d'oxygène à travers un diffuseur en céramique placé au fond de la cuve ou du fût. Le gaz s'échappe sous forme de micro-bulles, il est consommé (et non dissout) par combinaison avec les composés phénoliques du vin : les tannins qui sont alors assouplis, et les anthocyanes (matière colorante) qui sont renforcés.

Il s'agit bien de contrôler l'oxygénation naturelle du vin, qui s'effectue classiquement à chaque remontage, ou à travers les douelles du fût. Ici, on peut doser exactement et progressivement l'apport d'oxygène. Les goûts de réduit quelquefois présents dans les cuves inox, ou herbacés, peuvent être corrigés, on peut aussi contrôler l'élevage sur lies en supprimant les remontages (qui brassent trop le vin). Les fins de fermentation, parfois difficiles sont facilitées. Les doses injectées sont de l'ordre de 1 à 4 ml par litre et par mois, et toujours inférieures à la capacité de consommation du vin.

Toutes les implications ne sont pas encore connues, mais quelques vignerons, particulièrement dans le sud-ouest, expérimentent avec bonheur cette technique.

Caves de Plaimont

Une belle coopérative pour notre première visite, qui propose beaucoup de cuvées différentes.

  Madiran " classique " 1994, 20F. Des tannins fins, une finale un peu chaude. (12L, 12A)
  Madiran " La motte Peyran " 1994, 26,30F. Trois mois en fûts, un nez plus cerise et une jolie finale. (6L, 12A)
  Madiran " collection " 1993, 33,50F. 10mois passés en fûts neufs, vin tannique, un peu chaud en fin de bouche, plus long.
  Pacherenc " collection " 1994, 39F. robe claire, nez de pomme ténu. Bouche manquant d'acidité, un peu court.
  Pacherenc " de la St Albert " 1994, 65F. Nez d'agrumes confits, plus d'acidité, mais déséquilibré, pas terrible...
  Pacherenc 1985. Nez un peu madérisé, et de foin...

Devant nos critiques du pacherenc, l'employée de la coopérative pour se faire pardonner nous offre royalement un magnum de Madiran 1990, un beau cadeau !

Tailleurguet

  Madiran Tradition 1994, 20F. 75% tannat, 25% cabernet sauvignon. Le tannat jeune, c'est excellent pour nettoyer les bouches un peu pâteuses ! (L18, A12, F6)
  Madiran 1994, 12 mois en fût de chêne. (L6, A6, F6)
  Pacherenc sec 1994, 20F. un peu léger.
 

Mouréou

Nous arrivons chez l'inventeur de la micro-oxygénation, Pascal Ducourneau, mais un peu tard, car il n'y a déjà plus de Chapelle Lenclos, bien coté dans les guides, et le vigneron doit partir, nous laissant avec son épouse, qui nous montre les installations de micro-oxygénation montées sur les foudres.

  Madiran Mouréou 28F. 60% tannat, 40% cabernet. Le tannat passe de 8 à 12 mois en fût, avec micro-oxygénation, et essais de brassage sur lies. (A12, L12, F6)
  Pacherenc Mouréou 1994, 38F. Majorité de petit menseng, avec du courbu, passé en fût. Laurent pense qu'il a été réacidifié.
  Pacherenc Chapelle Lenclos 1995, 52F. Joli nez, avec une bonne acidité, et un bois moins marqué que le précédent.

Le vigneron est classé comme " expert " en Madiran, pour juger de la typicité des vins dans les commissions professionnelles. Pour avoir droit à l'appellation Madiran, il suffit de posséder au moins 60% de tannat dans ses vignobles, mais pas forcément dans les bouteilles. La production est limitée à 60 hectos à l'hectare. La région est dynamique, les viticulteurs communiquent beaucoup entre eux. 50% de la production part en coopérative. Beaucoup de propriétés produits aussi des céréales, ce qui a permis à de nombreux vignerons de subsister dans les périodes difficiles.

Le soir arrive, nous visitons une vieille église avant d'établir notre campement en plaine. L'apéritif au bougies précède les côtelettes d'agneau au riz. Le magnum de Madiran est entamé avec allégresse, mais nous n'arrivons pas à le finir, malgré les efforts répétés de Laurent, notre spécialiste de la descente.

La nuit était calme, le ciel finit par se voiler le matin, tandis que Laurent nous conte l'histoire du Madiran, écrite dans le n° 15 du Rouge et le Blanc.

Domaine Capmartin

Dans un ancien couvent, nous sommes accueillis chaleureusement.

  Madiran Tradition 1994. (94 : A12, L6, 2F)
  Madiran Vieilles vignes 1994, passé un an en fût. (2F)
  Madiran Cuvée du couvent 1994, 80% de tannat, élevé un an en fût. (A12, 6L, 6F)
  Madiran Cuvée du couvent 1993, 70% de tannat. (F2)
  Pacherenc sec 1995. Gros menseng. Bonne acidité. 1995 est une bonne année, pleine de gras et de rondeur, le vin est presque prêt à boire.

Domaine Sergent

La propriété vend aussi du foie gras et du confit, qui nous mettent en appétit.

  Pacherenc sec 1996, 23F. 10% de petit menseng récolté en septembre à 17,5° potentiels, puis assemblé au gros menseng, et élevé sur lies pendant 7 mois. (1F)
  Pacherenc (moelleux) 1995, 40F. Bien équilibré, bonne acidité. 80% de petit menseng, 20% de gros menseng. Les vendanges tardives ont eu lieu en novembre, la fermentation s'est passée en fûts de chêne, l'élevage a duré 6 mois sur lies et avec bâtonnages. (A24, 12L, 6F)

Le repas de midi a pour cadre un petit bois au bord de l'eau et d'un pont, arrosé par un Pessac-Léognan fort boisé.

Vignobles Laplace

Les vignes sont enherbées un rang sur deux, la taille est demi-haute. La propriété est une des plus réputées de l'appellation. Les prospectus que l'on nous offre sont superbes.

  Pacherenc sec, Gros menseng, petit courbu, arrufiat (qui donne le goût de pierre à fusil), élevés en barrique.
  Madiran Fleury Laplace 1995, à consommer dans les 5 ans.
  Madiran Frédéric Laplace 1994, 7 ans de garde, 60% de tannat, 40% cabernet, 6 mois en barrique de deux vins provenant de Château d'Aydie.
  Madiran Château d'Aydie 1994, 52F. 80% tannat provenant des meilleurs cuves. L'élevage s'effectue en partie sous micro-oxygénation. Ce délicieux Madiran sera notre coup de cœur dans l'appellation ! (A12, L6, F6)
  Pacherenc Fleurie Laplace 1994, 29F. Gros menseng. Moins d'acidité, des arômes de poire, élevage sur lies dans de vieux fûts. (2F)
  Pacherenc Château d'Aydie 1995. Petit menseng, élevage sur lies dans du bois neuf.

L'élevage en barrique est assez récent dans le Madiran, il a été introduit par Montus, à l'encontre des œnologues en place. Auparavant il n'existait que les grands foudres en chênes. La tannat possède une grappe très serrée, qui ne se prête pas à la vendange mécanique. L'avantage de l'enherbement partiel, et qu'après un orage de grêle, le traitement obligatoire peut s'effectuer facilement par les tracteurs, qui manœuvrent alors sur un sol qui n'est pas boueux. Nous parlons à demi mots de l'eutypiose, il semblerai qu'elle ait tendance à baisser par les efforts d'hygiène effectués, mais qu'elle ressort en temps de sécheresse. Les statistiques concernant cette terrible maladie sont à prendre avec précautions, car elle pouvait être confondue avec les effets de la grêle.

Berthoumieux

Nous sommes reçus par le viticulteur qui nous emmène dans ses chais pour une visite complète et commentée :

" Le tannat impose 8 à 10 soutirages par ans, contre 4 maximum pour le cabernet. Il existe quelques vignes franches de pied vieilles de 200 ans ! Les seules traces du pinot-noir proviennent des essais pinot/tannat effectués, afin que le pinot apporte plus de gras, et le tannat son corps. Mais les dates de maturités sont trop différentes pour une fermentation commune, le tannat ayant un cycle long adapté au climat. Malgré tout, les résultats sembles satisfaisants. Le fût est indispensable au tannat pour assouplir les tannins et lui donner de l'air, les bois provenants des forets froides poussent moins vite et donnent des grains plus fins. (Nous admirons la construction très bien pensée des chais, où l'aération passant entre les fûts accentue l'évaporation du sol qui provoque une baisse de la température en été.) Le micro-bullage permet de réduire les soutirages qui demandent trop de manipulations et enlèvent les lies du vin ; 30 secondes d'un mélange d'air et d'oxygène à 500g de pression à travers une céramique provoque ce brouillard d'air qui se dissout entièrement dans le vin. Ceci s'effectue tous les 15 jours pour les vins jeunes, et permet un dosage précis de l'air dissout. Le tannat est effeuillé à la propriété quand la vigne fleurie, afin de donner plus de soleil aux grappes, de lutter contre la pourriture, et permet de donner une peau plus épaisse aux raisins qui pourront alors se récolter avec 15 jours de maturité supplémentaires. Les vendanges sont manuelles pour le tannat, aussi parce que la grappe tombe difficilement au passage des machines. "

  Madiran tradition 1993, 60% tannat, barriques de deux à trois vins.
  Madiran tradition 1994, un millésime plus puissant.
  Madiran Charles de Batz 1993, 100% tannat
  Madiran Charles de Batz 1994, 42F. Très mûr.(A12, L6, F6)

Tout est égrappé, la macération dure trois semaines, la fermentation est démarrée par un pied de cuve. Le moût est rarement refroidi, et peut monter jusqu'à 34-35 degrés ! On préfère lors de la fermentation le principe consistant à vider entièrement la cuve, puis la remplir à nouveau, ce qui permet de casser le chapeau du marc, qui ensuite remonte lentement, laissant les pépins en fond de cuve. Le vigneron se souvient de ses séjours en Bourgogne où il a pu expérimenter le pigeage humain, très performant, car le pied nu peut bien sentir les zones chaudes ou froides où se passe plus ou moins bien la fermentation. Les tannins du tannat chutent très vite au bout de 5-8 ans, et on peut garder le vin autant de temps après maximum. Les meilleurs années en Madiran ont étés 1995-1994-1990-1985.

  Pacherenc sec 1995, 29F, provenant des premières tries des moelleux. Gros et petit menseng, courbu, élevage sur lies avec bâtonnage. Un vin intéressant aux arômes de fenouil. (A6, F2)
  Pacherenc 1995 " Charles de batz ". Le petit courbu apporte le gras, les arômes de poire et la complexité.
  Pacherenc vendanges tardives du 20 décembre, 42,50F. Le raisin est flétri, mais non pourri. Majorité de petit menseng qui est plus tardif. (A12, F2)
  Pacherenc vendanges tardives du 20 novembre 43F (A12)
  Pacherenc vendanges tardives 1996, le vin est filtré très fin sur membrane, afin de baisser l'apport de souffre.

Nous remercions chaleureusement notre vigneron pour son brillant et complet exposé.

Domaine Pichard

La propriété est située sur une des meilleures communes de l'appellation : Soublecause, sur le même coteau où est situé Montus, sur des gros cailloux. Nous sommes reçus par le vigneron dans sa cave de dégustation, il nous annonce que 92 est un petit millésime, et nous n'en goûterons pas. Son vin est composé de 50% de tannat, 40% de cabernet franc, 10% de cabernet sauvignon (celui-ci vieilli trop lentement en bouteille par rapport aux autres cépages). Le madiran doit être bu entre 5 et 10 ans d'âge. Son nez devient superbe en vieillissant, mais le tannat s'appauvrit, d'où l'intérêt de rajouter du cabernet qui permet d'avoir de très beaux vins à 20 ans d'âge.

  Madiran 1993, à boire dans 2/3 ans
  Madiran 1987, qui commence à s'ouvrir. (F2)
  Madiran 1994, deux ans en fût, non collé ni filtré pour lui conserver son gras. Ce millésime se conservera plus que le 95 qui sera plus vite à boire, mais les deux années sont très bonnes dans l'ensemble. (A18, L6, F6)

Un cahors " Château Triguédina Prince Probus " 1985, vin avec beaucoup de matière, des tannins importants mais fondus, accompagne les saucisses de canard, et termine notre dernière journée dans le Madiran. Le lendemain nous partons dans les Pyrénées du côté du Jurançon.

Généralités sur le Jurançon2

Géologie

Le terroir, composé de dépôts torrentiels de roches dures arrachées aux Pyrénées, date du quaternaire ancien. Ses hautes surfaces de 450à 280 mètres du sud-est au nord-ouest, et situées entre le gave de Pau et le gave d'Oléron constituent le Jurançonnais. Il existe deux ensembles de coteaux :

  Les coteaux de Jurançon à l'est, très escarpés, qui constituent le terroir de prédilection du menseng

  Les coteaux de Monein à l'ouest, de moindre altitude, qui forment un morcellement de terroirs dont la qualité dépend du sous-sol.

Les " poudings " proviennent du démantèlement de la couverture calcaire, ils sont présents sur une épaisseur de 300 mètres. Ils sont partagés entre des poudings sains, gros blocs calcaires enrobés dans un ciment calcaire , et les argiles à galet et blocs fantômes résultant de l'altération des poudings sains et totalement décalcifiés, ces terres argileuses rouges forment la roche culte du Jurançon.

 En surface :
  Les sols de graves siliceuses à cuirasse ferrugineuse donnent la meilleure expression du petit menseng (finesse et aptitude au vieillissement), comme sur les communes de Jurançon, Cuqueron.

  Les terroirs de sols lourds développés sur des argiles à galet fantôme résultent de l'altération des poudings, ils y font associer la finesse et la fermeté du corps, exemple à la Chapelle de Rousse.

  Les terroirs de poudings calcaires non altérés diminuent la puissance mais arrondissent et subtilisent les arômes.

  Les sols de côtes calcaires sont moins appréciés, et les sols légers sont de moindre intérêt.

Climat

Un climat atlantique et méridional associent eau et chaleur, mais c'est aussi un climat de montagne. Les précipitations sont plus importantes avec l'altitude, et la température augmente du sud au nord. Quand l'air venu d'Espagne franchit les Pyrénées, il redescend sur le Jurançon en s'asséchant, c'est l'effet de fœhn, qui crée une insolation de haute qualité et des sécheresses d'arrière saison, qui accentue le passerillage des raisins ; il est plus sensible du coté de Monein.

En année favorable, Jurançon et Lasseuble tirent le maximum d'expression de leurs terroirs ; en année hostile, le secteur de Monein prend sa revanche par la qualité de son climat.

Cépages

Cépages tardifs, les petit et gros mensengs donnent en ces lieux leur pleine efficacité. Le petit menseng, cultivé sur 176 hectares (24,3%), prend le plus de temps pour évoluer, et son aptitude au vieillissement garantie un grand vin. Il donne le vin le plus serré, le plus parfumé et le plus délicat, accompagné de beaucoup de liqueur équilibrée par une forte acidité. Le gros menseng (72,1 %) est d'une excroissance plus tardive, avec un rythme en fin de saison plus accéléré, plus prolifique ; en appoint, il active la fermentation et aromatise le vin dans sa jeunesse. Le passerillage garantie la proportion de sucre sans perdre l'acidité nécessaire, il ne se produit pas avant novembre (il peut être obtenu artificiellement en année moyenne, en tordant le pédicule des grappes sur la souche même après maturité), la peau épaisse du raisin et l'effet de fœhn interdisent le botrytis, présent sur les cépages bordelais (maturité de deuxième époque).

Division du Jurançonnais

  Le secteur oriental, autour de Jurançon, Cuqueron, est un site privilégié mais dont le climat parfois difficile donne des vins colorés, raffinés, d'une élégance épurée et soutenues par une acidité pénétrante. Ce sont des vins parfois austères, mais de longue garde.

  Le secteur septentrional, autour de Monein, où les vignes souffrent moins car elles bénéficient d'un climat protecteur. Les vins sont plus charnus et moins acides, fruités surtout d'exotisme, puissants, structurés, ils gagnent en rondeur par rapport aux précédents, ils sont d'un goût plus spontané.

  Le secteur méridional et occidental, autour de Gan, Lasseube, Cardesse, sud-est de Lucq. Contenu par l'influence climatique la plus montagnarde, il est d'un ensemble plus aléatoire, avec des pôles de qualité.

Description

 " Un parfum approchant celui de la truffe blanche, de la pierre à fusil, parfois un mélange de muscade, de cannelle et de girofle ". Il faut en garder l'image de :
" la pointe dans un rond ".

 

Clos Labré

Nous sommes reçu par une charmante vieille dame, qui nous fait rentrer nous asseoir dans son salon, où les bouteilles sont rangées sur des petits napperons. Il ne sera pas question de recracher dans les plantes ni sur le tapis. La vigne est en fleur avec un mois et demi d'avance, ce qui ne s'est jamais vu depuis 50 ans ! La propriété fait 2 hectares et demi sur des coteaux très pentus en terrasses, plantée exclusivement de petit menseng. Le vin sec passe en barrique neuves, qui sont ensuite utilisées pour le moelleux, après être nettoyées vigoureusement au St Marc. Le vin y passe alors un an et demi, mais devrait y rester deux fois plus si la propriété avait suffisamment de fûts. La production est d'environ 6000 bouteilles pour 2,5 hectares. On trouve encore des droits de plantation dans le secteur.

  Jurançon 1994 (50cl) bonne acidité, nez rôti, crème brûlée, et miel. Bonne longueur.
  Jurançon 1995 (75cl), 40F. assez soufré, des odeurs de foin, de fleur. Bouche boisée, avec une acidité persistante, des arômes de miel et de citron et un bel équilibre. (L6, A12, F6).

Le déjeuner se tient à la Chapelle de Rousse, à l'ombre d'un platane et devant la vallée. Le soleil est de plomb, mais ne nous empêche pas de nous abreuver d'un coteaux du Layon Chaume 1986 (Roulerie), d'un Quincy 1992 (Sorbe), et d'une mondeuse de Savoie 1994 (Trosset). Nous repartons nous promener, en passant devant le délire mégalo de la cave des producteurs de Jurançon, une immense cave enfouie sous terre style Bartholdi dans le Médoc... Nous visitons Oléron et sa cathédrale.

Domaine de Malarrode

D'une superficie de 3 hectares pour le vin d'une densité de 2500 à 3000 pieds/hectare, en plus de la culture de maïs.

  Jurançon sec 1995. Vif, presque violent, 13°, un nez de pomme et 3g de sucre résiduel. Le vigneron s'inquiète devant notre nez tordu et nous demande " vous le trouvez pas bon mon vin ? "
  Jurançon 1993 nez superbe de goyave, que l'on retrouve en bouche. C'est du petit menseng qui a passé un an en barrique. (L6, A12)
  Jurançon 1994, le même un peu plus jeune. (F6)
  Jurançon 1992, passé dans du vieux bois, rond et équilibré.
  Jurançon 1994 " classique ", gros menseng, avec plus d'amertume et moins de matière.

L'acidité des vins est inférieure à 6g. La production maximale est de 40 hectos/hectare pour l'appellation Jurançon. La propriété produit de 5 à 6000 flacons de jurançon moelleux par an, qui sont tous vendus à des particuliers.

Le lendemain...

Bousquet

Les chais sont dans un grand bâtiment récent, et abritent environ 40 fûts de 6 hectolitres, dont certains sont très anciens (50 ans), ce qui fait plus respirer le vin. La propriété fait 2,7 hectares d'un seul tenant, orientée sud - sud ouest, cette taille, moyenne dans la région, permet d'être exploité par une seule famille, sans l'embauche supplémentaire d'ouvriers. Les vignes sont âgées de 21ans pour les plus vieilles. Le 94 n'est pas encore en bouteille, et le sympathique vignerons nous propose de goûter à quelques uns de ses tonneaux, provenant de plusieurs tries différentes (pouvant être étalées sur 25 jours) sur une parcelle définie, avec une vinification séparée. Le vin (100% petit menseng) passe 30 mois en fût, il n'y a pas de gros menseng, souvent utilisé dans les cuvées spéciales " vendanges tardives " car moins fragile, mais il vieillit moins bien. Chaque barrique possède sa propre personnalité, et il est possible de commander son vin provenant d'un seul fût. La vendange n'est pas égrappée, et pressée en 5 minutes directement dans les tonneaux. La température de fermentation (sans levurage), dans ces petits volumes, n'excède pas 25°. Le vin est ensuite soutiré deux fois par an, n'est ni filtré ni collé, il a un taux de sucre avoisinant les 70g/l.

L'année 96 a eu une belle arrière saison, mais de la pluie de juillet à août, et un manque de soleil.

  1994 Fût N°3, une belle acidité
  N°29 1994, avec des notes plus miellées, une bonne attaque et une belle finale.
  N°J 1994 joli nez un peu fermé, bonne souplesse et bonne acidité.
  N°O 1995 plus d'arômes primaires et floraux, vin harmonieux et équilibré, belle fin de bouche persistante.
  N°Q 1995 petits reflets verts, vin gras et équilibré.
  N° M 1995 nez plus boisé (le vin est passé auparavant dans un fût neuf).
  N°3 1995 (vinifié en cuve inox) bonne acidité, du gras, mais un ensemble moins fondu, vin long et puissant
  N°17 1996 robe claire aux reflets verts, acidité marquée, des arômes primaires non fondus.
  Cuve inox (1996) : vin trouble, un peu de gaz, avec un nez de réduit (œuf couvé), ce goût disparaîtra au passage dans le bois. Acidité faible n'apparaissant qu'en fin de bouche.
  " Vendanges tardives " du 12 décembre 1996 gras, acidité moins marquée pour le millésime, goût de passerillé et de fruits exotiques. La production n'excède pas 30 hectos/hectare.

Nous sommes enchantés par cette longue dégustation, où nous n'avons pas beaucoup recraché (c'est l'heure de l'apéritif). Le 93 est en vente à 50F (A12, L3, F6), ainsi que de nombreux anciens millésimes à des prix très raisonnables (1981 95F : A1, F1).

Le déjeuner se passe sereinement, et Laurent s'engage dans un de ses " raccourcis " dont il a le secret. Le chemin devient très difficile avec des ornières profondes, et bientôt une descente vertigineuse où le camion se plante. Pas moyen de repartir, il nous faut décharger les nombreuses caisses de vin accumulées, soulever et pousser le Trafic qui parvient à descendre, puis nous passons une bonne heure à remettre le chargement, où nous ressemblons à des porteurs sénégalais, ou à des rappeurs écoutant leur musiques sur des radios " Henri II " portées sur leurs épaules. Belle après midi sportive !

Domaine Bellevue

  Jurançon sec 1995, 30F (15° potentiels à la vendange), gros menseng au nez de poire, vin riche et gras, pas encore fondu, avec un coté miel, mais une amertume en fin de bouche. (L3, A8, F6)
  Jurançon 1995. Petit menseng, en partie en fût. Nez légèrement goyave, bonne acidité, bouche pleine pas marquée par le bois.
  Jurançon 1994, 46F.(50% en fût) robe or, nez citron confit, bouche vive, plus épanouie. Vin plein et puissant. (A6)

Le vigneron nous offre gentiment une bouteille de Jurançon 95.

Domaine Gassiot

Le domaine possède un nouveau chai avec des cuves inox et 15 fûts de chêne neufs.

  Jurançon sec 1996 nez poivre, acidité mais avec une matière moyenne, et un manque de gras
  Jurançon 1996 robe pâle, manque de matière
  Jurançon 1995 manque de matière due à un problème de bactéries, vin complètement déséquilibré.

Le déménagement des chais s'est fait difficilement, le nouveau bâtiment n'a pas été suffisamment pourvu de levures indigènes, et les deux millésimes proposés n'ont pas étés non plus très faciles. Nous repartons avec les excuses du vigneron, et nous lui souhaitons meilleure chance pour les prochains millésimes

Nous campons au bord d'un lac, avec de nombreuses mouches, alléchées comme nous par une délicieuse côte de bœuf arrosée de Châteauneuf du Pape 1985. La pluie et le vent viennent durant la nuit et nous apportent la fraîcheur.

Cave coopérative de Tursan

C'est le seul producteur de l'appellation, hormis deux petites propriétés dont une appartenant à un célèbre cuisinier, Michel Guérard.

  Tursan blanc sec 11°, 18F " Pierre de Castelnau " 100% baroque. robe très claire, vin très sec, bouche un peu fatiguée et oxydée.
  Tursan blanc sec " Carte Noire " 12°, 20F, baroque avec un peu de menseng. Robe pâle, joli nez fleuri et miellée, bonne attaque, vin plus gras mais un peu dilué avec une petite amertume en finale.
  Tursan blanc sec " Domaine de la Castèle " 22,30F. Plus de gras, moins fleuri.

C'en est fini de cette superbe ballade viticole, où nous avons rencontré de très beaux vins, et des vignerons à la hauteur, qui ont su prendre le temps de discuter avec ces trois touristes que nous sommes.
 

François Fauchery.
1Généralités sur le Madiran d'après les prospectus de la Maison du Tourisme
2Généralités sur le Jurançon d'après Yves Rodriguez, Le Rouge et Le Blanc (N°46) 125, rue de Saussure 75017 Paris