| HistoireS de RuralitéS | ||
Ce trimestriel s'adresse à tous ceux et à toutes celles qui sont amenés à travailler, réfléchir, participer d'une manière ou d'une autre au développement du milieu rural.
Mais c’est traditionnellement un moment de bilan, de projets et de vœux. De l’année 2000 que retenir? Sans doute, et parmi beaucoup d’autres choses, les « crises » agro-alimentaires et tout ce qu’elles entraînent avec elles comme problèmes financiers et autres, ce qu’el-les provoquent comme déclarations et « discours », ce qu’elles révèlent comme impuissances et improvisations diverses, ce qu’elles réveillent comme émotions et peurs. Mais toute crise est l’oc-casion d’analyse en profondeur pour ceux qui veulent bien la faire et qui ne se contentent pas de penser et dire « qu’il pleut parce qu’il y a des nuages ». Si une crise voit mourir des choses, elle en fait naître également dans la mesure où elle change un certain nombre de représentations des réalités tant individuelles que collectives. C’est ainsi que l’on voit se développer de nouveaux comportements chez les «consommateurs», chez les agriculteurs, dans la distribution, dans le monde politique et administratif, dans les médias, … Et parmi cela il y a des choses positives et d’autres. Du siècle, il faut peut-être retenir des choses très contrastées. La faim et la misère ne sont également pas disparues de la Terre. L’écart entre les riches et les pauvres s’est accru. Et, au vu, par exemple, des politiques économiques qui sont menées (FMI, OMC -ex GATT-, Banque Mondiale, …) et du compor-tement des puissances industrielles et financières, il n’est pas prêt de se résorber. Par ailleurs les (r)évolutions scientifiques et technologiques ont été sans précédents et s’accélèrent terriblement. Peut-être même qu’il va falloir penser à leur imposer des «limitations de vitesse»… car des problèmes éthiques apparaissent de plus en plus et les réponses sont difficiles, d’autant qu’il n’y a eu, en la matière, aucune anticipation. Peut-être qu’on a trop cru que la Science et la Technique étaient capables à elles seules de faire tourner le monde convenablement en y apportant LE progrès décisif. Aujourd’hui les philosophes, les sociologues, les psychologues, les poètes, les écrivains, (tous ceux-là qu’on a souvent considéré comme des phraseurs, des rêveurs, des inutiles, des inefficaces), ont de l’avenir pour aider à produire du sens, individuellement et collectivement, pour aider à vivre au sens fort et pas seulement à exister fût-ce même confortablement. Pour 2001, que souhaiter? D’abord que chacune et chacun connaissent une «bonne année» avec des joies, des bonheurs, des plaisirs, sans trop de peines. Que le monde agricole tire des conclusions pertinentes de ce qui se passe, des résultats de l’enquête diffusés à la Foire de Libramont, et qu’il se repositionne dans son environnement sociologique et naturel. Que le(s) milieu(x) rural(aux) prenne(nt) de plus en plus conscience des mutations radicales et rapides qu’il(s) vi(ven)t, qu’il(s) soi(en)t capable(s) de négociations et de concertations pour se donner un avenir, pour être un(des) espace(s) à vivre ensemble, pour définir un projet de territoire. Que les nouveaux élus communaux agissent dans l’intérêt commun et qu’ils réfléchissent de plus en plus aux nouvelles fonctions de la Commune en matière de développement, de services, de négociations et d’arbitra-ge, d’aménagement du territoire et de gestion de l’espace… Qu’ils trouvent et appliquent de bonnes méthodes de gestion participatives, qui associent la population, qui permettent aux gens d’être « citoyennes et citoyens », c’est-à-dire partie prenante de la vie de la « cité ». Que toutes celles et tous ceux qui agissent pour un développement rural participatif, durable, visant avant tout la promotion humaine, dans un cadre institutionnel, associatif ou privé rencontrent les soutiens et appuis nécessaires et utiles et que des synergies puissent se construire et se renforcer au-delà des intérêts institutionnels et personnels. Pour le 21ème siècle, que souhaiter ? Que les enfants d’aujour-d’hui en voit la fin ? C’est possible et même probable pour beaucoup. Mais surtout qu’ils connaissent des progrès en « humanité » Si l’on pouvait rêver à la fin des guerres, à la fin des « …ismes », à la fin de la faim et du dénuement, à la fin des exodes forcés, à la fin des violences de toutes sortes, à la fin des concurrences et des compétitivités… Si l’on pouvait rêver que les négociations soient toujours la manière de régler des conflits, que la tolérance et le respect des différences soient constitutifs des relations humaines, que la richesse du monde soit partagée et répartie, que le «plus-être» individuel et collectif devienne une valeur sociétale de base plutôt que le «plus avoir», que l’écono-mie se démocratise, que le travail culturel d’éducation et de formation soit soutenu et promu, que les droits fondamentaux de tous les humains soient respectés… Si le siècle prochain pouvait aller dans ce sens, si «on» y met les moyens, alors il vaudra la peine d’être vécu. Et cela dépend aussi de nous. BONNE ANNEE ! | ||
COUPS DE GUEULE | ||
QUI PAYE ? Au hasard des informations, quelques réflexions : L’E411 doit être réparée parce que des gens responsables (?) ont décidé de faire des économies (?) en ne mettant pas tous les ingrédients nécessaires en la construisant. Qui sont ces gens ? Ce sont « eux » bien sûr. Ils vont continuer à recevoir leur salaire en toute sécurité et impunité. Ils vont peut-être même « diriger » les travaux de réfection. Qui paye ? il, toi, moi, nous... pas eux ! Un parti politique affirmait haut et fort : « Ce ne sont pas les consommateurs qui doivent payer la crise alimentaire mais les Pouvoirs Publics ! » La même chose pour la crise de la vache folle : les bouchers doivent aussi payer dit le Ministre Happart. Si ce sont tous les bouchers, alors ce sera le consommateur et ce ne sera pas « eux », une fois de plus. Pendant qu’on ne nous parle plus que de sécurité alimentaire et de protection de la santé publique, on veut dépénaliser les drogues douces, on assiste à une augmentation du tabagisme, on voit croître la consommation d’alcool, comme si cela n’a-vait rien à voir avec la santé publique ! Qui paye le coût de cela ? Pas « eux » les grands cigarettiers (ils sont même défendus parce qu’ils sponsorisent la Formule 1!), les grands producteurs d’alcool (ils sponsorisent le sport !), les grands producteurs et marchands de drogues, douces ou dures d’ailleurs. « Eux », ils continuent à s’enrichir grassement sur le dos de la santé publique. Ils pourraient par exemple payer les soins de santé nécessités par la consommation de leurs produits.
Ainsi par exemple on ne parle presque que de sécurité alimentaire. On fait beaucoup de discours. Pendant ce temps-là les grandes industries agro-alimentaires et les grandes chaînes de distribution se donnent bonne image et bonne conscience en proposant du « bio ». Colruyt va ouvrir des magasins uniquement « bio ». De plus, elles exercent (efficacement) des pressions sur les décideurs (fonction-naires et politiques) pour faire édicter et imposer certaines normes sanitaires strictes mais qui leur conviennent. C’est ainsi que les petites entreprises agro-ali-mentaires artisanales indi-viduelles ou coopératives, sont actuellement mises en très grandes difficultés par le poids des coûts des « mises aux normes ». Pourtant dans les discours politiques et administratifs, on les met en valeur, on vante leurs mérites, on se targue de les soutenir... alors que dans les faits, elles sont menacées de mort par bombardement normatif industriel, par mitraillage de tracasseries administratives et politicardes, par gazage asphyxiant de lenteurs décisionnelles et administratives... C’est ça la réalité des faits : les puissants dictent leur loi sans faire de bruit... alors que par ailleurs on fait du bruit pour cacher les carences ! Pourtant, n’est-ce pas ceux-là même, drapés d’une nouvelle (fausse) virginité qui sont parmi les principaux responsables des crises alimentaires en imposant la compétitivité et la rentabilité maximum, en se servant des besoins alimentaires pour faire du profit et rien d’au-tre, en cherchant le prix d’achat minimum auprès des producteurs... Et aujour-d’hui, ils se redisent les plus dignes de confiance. Relisons donc quelques bonnes fables de La Fontaine. Et pourtant, ces petites entreprises menacées font de la qualité et de plus elles visent le développement local et pas celui très étroit et sectoriel de leur production et de leur bénéfice. ATTENTION, les logiques sécuritaristes, nationalistes, racistes et d’autres « istes » sont au moins proches cousines. Puisse qu’au moins assez de politiques et assez de fonctionnaires le comprennent. Et puis, nous les clients et les contribuables, allons-nous nous laisser faire encore longtemps ? | ||
| COMMUNES : INITIATIVES | ||
UN ENJEU ESSENTIEL POUR LES COMMUNES : L’espace rural (et urbain aussi d’ailleurs) est devenu rare. En tout cas dans les représentations que l’on en a majoritairement, l’espace est devenu rare (= limité, non extensible). Par conséquent il est «précieux», dès lors recherché et valorisé (dans tous les sens du terme). Si je veux disposer ou jouir d’une partie de cet espace, je dois donc en payer le prix ou imposer mon point de vue quant à son utilisation. Concrètement cela veut dire : 1. que si je désire acheter un terrain pour bâtir une maison, le prix en est de plus en plus élevé selon le caractère relativement rare et précieux de celui-ci, par exemple en «pleine campagne», et dans les environs proches d’une ville, d’une zone en développement, d’une autoroute, …; 2. que si je désire disposer de terres agricoles, il faudra y mettre un prix (soit en achat, en fermage, en «chapeau») d’autant plus élevé que la région, et donc la terre, est convoitée; 3. que si je suis installé en milieu rural et que quelqu’un a l’idée d’agrandir ou d’implanter une activité économique (agricole ou non d’ailleurs) dans mon voisinage, je vais réagir ou organiser une réaction collective pour ne pas que cela se fasse ou pour en limiter au maximun les inconvénients; 4. que si j’exerce une activité économique en milieu rural, je vais devoir me «battre» d’une certaine manière pour pouvoir continuer à le faire; 5. que si je suis citadin et «utilisateur» occasionnel plus ou moins régulier du milieu rural (touriste, second résident, chasseur, protecteur de la nature, consommateur de produits locaux, …) je vais souhaiter que le milieu rural (= ses habitants, les règlements, les autorités…) réponde à mes attentes et j’essaierai de faire en sorte qu’il en soit ainsi par différents moyens; 6. … Dans leur livre «Il y a une vie en dehors des villes … et elle n’est pas ce qu’on croit»1 Daniel et Jean-Marc Bodson mettent bien en évidence cet enjeu fondamental, vital même pour le milieu rural : sera-t-il demain un lieu résidentiel (pour ceux qui en auront les moyens) ou un espace à vivre ensemble, c’est-à-dire où coexisteront les fonctions économique, culturelle (vie locale, animation, …) et résidentielle. Concrètement sur le terrain cela veut dire une série de «conflits pour l’espace rural». Conflit ne signifie pas nécessairemant bataille rangée, violence ou des choses du genre. Conflit signifie divergence ou opposition de points de vue. Les conflits peuvent effectivement tourner à des actions ± violentes. Cela dépend de la manière dont ils sont «gérés» comme on dit aujourd’hui. Aujourd’hui, presque toujours, les Communes sont partie prenante dans ces conflits, comme une des parties, comme arbitre (par exemple décider d’accorder ou non des autorisations), … Cette fonction est relativement nouvelle pour les Communes et beaucoup ne savent pas trop comment faire, comment s’y prendre pour trouver ou aider à trouver des solutions acceptables par les différentes parties, dans la perspective d’un milieu rural qui soit économiquement, socialement, politiquement et culturellement vivant. Avant il y avait une sorte de hiérarchisation automatique des fonctions du milieu rural en raison de la nécessité première de produire des biens alimentaires perçus comme insuffisants et donc rares. Cela donnait une priorité évidente (indiscutable et indiscutée) au travail agricole et une prédominance globale du monde agricole dans la vie rurale. Aujourd’hui il n’y a plus que 3% des Wallons qui pensent que l’on pourrait connaître une pénurie alimentaire, donc 97% des gens croient qu’il n’y a aucun problème d’approvi-sionnement alimentaire (ré-sultats de l’enquête réalisée pour La Foire de Libramont). A partir de là, l’évidence de la priorité de fait du travail agricole devient discutable et est effectivement discutée. Avant, la ville était quasi indiscutablement le lieu du progrès, de la liberté, de la culture, de la promotion, de l’activité économique intéressante, … Aujourd’hui elle est devenue, pour un certain nombre, le lieu du stress, de la polution, du travail pesant… tandis que «la campagne» est le lieu «cool», encore relativement pur, accessible,…; donc un lieu enviable pour la résidence. Ce sont, en très gros raccourci et rapidement dit, deux des raisons fondamentales des actuels conflits pour l’espace rural. Ceci explique la diversité des attentes (en nombre et en intensité) par rapport au milieu rural et ainsi que l’existence d’attentes divergentes et carrément contradictoires. L’enjeu central de la prochaine révision des plans de secteurs et donc de l’affectation potentielle des sols se trouve là : priorité à la fonction résidentielle ou priorité à un espace de développement pour vivre (bien) ensemble ? et dans quelles zones ? Puisqu’il n’y a plus les évidences d’hier - qu’on le regrette ou pas, qu’on l’accepte ou pas, ça ne change rien au fait - il faut bien, d’une manière ou d’une autre, discuter, négocier. Bien entendu, on peut toujours laisser pourrir les problèmes, ou s’en remettre au pouvoir judiciaire ou de tutelle, ou attendre que l’orage passe et prendre le parti du plus fort, ou… Il y a mieux à faire sans doute, comme anticiper autant que possible, organiser une négociation participative en cherchant à ce que tout le monde y trouve son compte. Négocier de telle façon est possible et cela s’apprend. Il faut bien se rendre compte que si on laisse faire «le marché» (c’est-à-dire le jeu de l’offre et de la demande), la question de l’avenir du milieu rural sera vite réglée : il appartiendra aux plus offrants et ce sont eux qui décideront de son sort. La plupart des zones rurales seront résidentielles et donc figées. Les autres seront touristiques ou marginales ou réservées de fait à des «ré-sidences pour pauvres». La question essentielle que jamais PERSONNE ne pose est : qui est et qui sera propriétaire de l’espace rural c’est-à-dire des habitations, des terres, des bois, des entreprises agricoles et autres ? Vouloir un milieu rural vivant, c’est très bien et sans doute que beaucoup de ruraux le veulent, comme des politiques aussi. Encore faut-il en prendre courageusement les moyens et notamment contrecarrer ou, tout au moins contrôler le marché libre de la location et de la vente des terres et des habitations. Il est trop facile de se plaindre que ce sont «les citadins» qui veulent imposer leur loi en milieu rural quand on leur a vendu sans hésiter les maisons et les terres parce qu’ils étaient les plus offrants ! Un examen de conscience est sans doute à faire. Quand l’intérêt individuel s’oppose ainsi à l’intérêt collectif, il s’agit d’un des conflits les plus difficiles à gérer parce qu’il traverse chaque individu et chaque groupe social avec une implication affective et financière très forte. Cela veut dire qu’une autre politique foncière et immobilière est nécessaire en amont. C’est aussi une responsabilité communale actuelle que d’y réfléchir et trouver des méthodes et des moyens. Ceci dit, il faut bien solutionner les problèmes quand ils se posent quels que soient les antécédents. Pour aider les Communes dans une perspective de négociation, le CREDAR prépare des modules de formation sur la gestion des conflits pour l’espace. Pour rappel, le CREDAR a édité «Citoyen/ne de ma Commune», très utile aux mandataires (et autres) qui s’intéressent aux différentes composantes communales. 450 BEF. Infos : T. 081/446448. F. 081/450560. Mail : rural@skynet.be | ||
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