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Monaco et ses voisins
Longtemps considérées comme la
“ceinture rouge” de Monaco, les communes limitrophes montent en gamme.
La loi 1235 monégasque n’arrange rien, faisant flamber les prix
et obligeant les petits salariés à s’exiler de plus en plus
loin … Qui pourtant travaillent en Principauté à 80 % !
Penchons-nous sur les soucis de ces “communes
limitrophes”, en commençant par Beausoleil (cliquez
sur les images pour les agrandir). |
Avec une densité de population
la plus élevée au monde (16.680 habitants par kilomètre
carré), la Principauté cherche depuis longtemps à
repousser ses frontières : construire en hauteur, gagner du terrain
sur la mer. Et acheter des terrains aux portes de Monaco. C’est ce que
fait l’État par l’intermédiaire de sa Société
Immobilière Domaniale, dans le but de construire des logements sociaux
pour loger les agents de l’État (le plus souvent français).
Plusieurs centaines de logements ont été ainsi achetées
sur les communes de Beausoleil, Cap d’Ail et même La Turbie.
Mais si les communes voisines sont
depuis longtemps des pourvoyeuses de logements pour les actifs de la Principauté,
le phénomène est en train de s’amplifier du fait de la loi
1235 de décembre 2000, qui libéralise progressivement le
prix des loyers des appartements construits avant 1947 (au nombre d’environ
2000 sur les 18.000 du parc immobilier).
Comme s’en inquiétait récemment
l’Express (août 2001), Monaco devient “trop cher pour les Français”,
qui ne sont plus que 10.000 aujourd'hui (soit moins de 32%) à résider
en Principauté, derrière les Italiens.
Les communes limitrophes sont
les cités dortoirs de Monaco
Monaco et ses communes limitrophes
ont un point commun : l’absence de foncier. C’est le problème numéro
Un, si ce n’est le seul, celui dont tous les autres découlent.
A Menton, comme le constate Jean-Claude
Guibal, son député-maire, “outre une géographie
et une géologie difficiles (le grès de Menton étant
peu stable), la ville est coincée entre le Plan de prévision
des risques naturels, qui depuis 1996, a supprimé la moitié
des terrains constructibles (en modifiant le POS) et la loi Littoral qui
protège jusqu’aux collines !”
Cependant, depuis les lois Deferre
de décentralisation (1991), les maires ont le pouvoir de modifier
les POS et d’utiliser ces outils efficaces que sont les ZAC ou autres PAE.
Autant de moyens leur permettant de demander à un aménageur
des compensations financières. |
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Moyens que les maires se sont empressés
de saisir dans les décennies précédentes, au risque
d’être qualifiés de “bétonneurs”, tel Gérard
Spinelli à Beausoleil.
En butte aux écolos et autres
associations de défense, et surtout battus aux élections,
ils ont laissé la place à des successeurs devenus plus scrupuleux,
accordant par exemple moins facilement les permis de construire.
Reste que le problème du
manque foncier n’en est que plus criant. D’où le prix élevé
de la moindre parcelle mal foutue : à Beausoleil, un terrain de
1500 mètres carrés a été acheté récemment
2,5 millions de francs par des promoteurs italiens.
Conséquence évidente
du prix du terrain, les immeubles neufs offrent de belles prestations …
qui se paient chères. Un cercle vicieux dont il est difficile de
sortir. |
Beausoleil, Montmartre de la Côte
d’Azur
Malgré son nom enchanteur,
Beausoleil concentre les handicaps : c’est une des plus petites communes
de France (270 hectares) pour 12.722 habitants recensés, dont 4500
travaillent en Principauté, soit près de 80% des actifs.
Pas de littoral ni d’attraction
touristique, si ce n’est quelques villas avec des frises “Belle Époque”.
Seulement deux résidences de loisirs (Pierre et Vacances, 130 appartements
et Vacantel, 87 appartements … même si une troisième est en
projet) et six petits hôtels, le plus grand possédant 39 chambres.
Pas de zone d’activité, très
peu d’entreprises : le premier employeur de Beausoleil, n’est autre que
la commune (350 personnes dont 200 fonctionnaires).
Plus aucune réserve foncière
pour la Commune et un marché immobilier extrêmement restreint
: quasiment aucune location, les petits salaires étant obligés
de s’exiler jusqu’à Sospel ou en Italie - même les agents
municipaux, dont 20% seulement se logent sur la commune, d’où découle
d’ailleurs un problème de recrutement.
Il est vrai, comme le remarque justement
Robert Vial, qu’avec le Casino à ses pieds, la ville de Beausoleil
ne peut pas être bon marché.
Enfin, une pénurie grave
de logements sociaux (9% actuellement, il en manque 700 !) qui pose encore
un dernier souci : depuis la loi Gayssot obligeant à construire
20% de logements sociaux sur une commune, Beausoleil est contrainte de
… payer 700.000 francs de pénalités par an ! |
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Moins “bétonneur”, le nouveau
maire se veut à l’écoute
Lors de ses deux mandats de maire,
Gérard Spinelli aura marqué d’une forte empreinte la commune
de Beausoleil : sa “politique d’urbanisme volontariste” lors de son
premier mandat, aura permis de financer un théâtre, une crèche
et un collège, de réhabiliter plusieurs immeubles HLM, d’aménager
des squares, de refaire la voirie et de planter des arbres.
Réélu en 1995, Gérard
Spinelli s’adapte aux désirs de ses électeurs en diminuant
quelque peu les grands chantiers : en revanche, il crée le parc
paysager de Grima, met en place des zones de protection du patrimoine ou
subventionne le ravalement de façades.
Adulé par les uns et haï
par les autres, ayant essuyé plusieurs plaintes en justice de ses
opposants, Gérard Spinelli laisse en mars 2001, la place à
Robert Vial.
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Élu SE (sans étiquette),
Robert Vial opte pour une politique de proximité prenant en compte
“le cadre de vie et l’environnement”, pour rompre avec la gestion flamboyante
de son prédécesseur - un audit ayant conclu à “des
dépenses de gestion qui s’envolent et des perspectives pessimistes”.
Conseiller municipal depuis 25 ans,
le nouveau maire se veut “à l’écoute” :
- “Nous allons construire en priorité
une école primaire et maternelle dans les trois ans ainsi qu’une
maison de retraite et reloger les policiers municipaux”.
La saturation des écoles
existantes est la préoccupation principale de Patricia Gotrand,
1er Adjoint au Maire, qui se heurte à l’absence de terrain, même
si la Ville cherche actuellement à en préempter un.
En projet également un centre
culturel pour regrouper les écoles de musique, de danse, de théâtre
… et la construction d’un centre de loisir sans hébergement pour
les groupes scolaires, en annexe au stade André Vanco. |
La Crémaillère :
un terrain vague vieux de 20 ans !
En frontière nord de Monaco,
juste dans l’axe du Casino, s’étend depuis bientôt 20 ans
un terrain vague entouré de palissades, aujourd’hui envahi par les
herbes folles.
Acheté au début des
années 80 par un promoteur italien (Gian Carlo Casaccia et sa société
SCI Jasmin), ce terrain fera couler beaucoup d’encre.
Après une révision
du POS pour construire et de nombreux projets d’architectes (dont l’un
comportait deux tours de 112 mètres), après contestations
de la part du préfet des AM ou des écologistes et au final
annulation du permis de construire, le projet des “tours infernales” de
la Crémaillère a été enterré par le
Conseil d’État.
Aujourd’hui, le nouveau POS, modifié
fin mars, passe de 50.000 à 30.000 mètres carrés SHON,
obligeant d’aligner les constructions sur les immeubles alentours de la
Commune. Reste au propriétaire de trouver un nouveau promoteur …
Robert Vial, qui s’est beaucoup
battu contre les “tours”, se réjouit de bientôt “fournir
à la collectivité un espace culturel, des commerces, un hôtel
quatre étoiles avec au moins 500 chambres, 1500 places de parking.
Nous allons revoir le plan de circulation, établir des zones piétonnes
… Nous voulons un projet humain. Le tout béton est banni, il y en
a assez”.
Un Montmartre de la Cote d’Azur
à 25.000 francs le mètre carré
“Véritable Montmartre de la
Côte d'Azur”, Beausoleil égrène ses escaliers bordés
de maisons … l’architecture d'influence italienne est ponctuée par
3500 très beaux jardins particuliers et 10 jardins municipaux.”
C’est ainsi que Riviera Sun Villa
vend Beausoleil sur internet. Cette agence immobilière propose une
“propriété du début du siècle rénovée
avec sauna, hammam, piscine à débordement, garage 4 voitures
pour 28 millions de francs (notons au passage que les professionnels de
l’immobilier en sont restés au franc).
L’ancienne “banlieue rouge” de Monaco
deviendrait-elle up to date ? La réponse est oui quand on sait que
le prix du neuf tourne autour de 25.000 francs en moyenne le mètre
carré. Exemple : un 40 mètres carrés sans garage au
“Paradiso” à un million de francs (et le garage seul à 150.000
francs).
C’est ce que nous confirme Alain
Concille, responsable de Laforêt Immobilier (groupe Vendôme
Rome-Auguste Thouard, 390 franchisés en France) : “4 acheteurs
sur 5 sont … monégasques (ou du moins cadres salariés à
Monaco) et c’est vrai de plus en plus, depuis la libération des
prix des loyers en Principauté. Le reste de ma clientèle
est composé … d’Italiens. C’est bien simple, les gens d’ici ne peuvent
pas acheter .”
Par contre, s’ils ont la chance
d’être propriétaires, ils seront tentés de vendre avec
des “ambitions démesurées”, comme ce deux pièces en
sous-sol où tout était à refaire proposé à
… 650.000 francs !
Si l’agence Laforêt ne propose
pas de biens à la locations (le marché étant quasiment
inexistant, fonctionnant seulement par le bouche à oreille, selon
Alain Concille), elle possède de plus un éventail de produits
limités : quelques villas (20%), le reste se composant d’appartements
anciens du centre-ville sans garage ni ascenseurs ou alors situés
dans les immeubles neufs de la périphérie, dont les promoteurs
sont le plus souvent italiens … et d’ailleurs conçus pour les Italiens. |
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Alain Concille peut malgré
tout se vanter de “vendre en 5 visites seulement” grâce à
la parfaite informatisation de son agence (un logiciel-maison offre une
visite virtuelle de chaque bien).
L’agence Laforêt, bien que
d’implantation récente (novembre 2001), possède déjà
un gros fichier grâce à un énorme travail de prospection
“à la source” : près de 65 produits disponibles à
la vente pour un fichier de … 135 acheteurs. Soit deux fois plus de demandes
que d’offres : une bonne indication de l’orientation du marché immobilier.
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Une commerçante heureuse
à Beausoleil
Janine Acouri, Égyptienne
mariée à un Libanais, est une des (rares) résidentes
monégasques propriétaire d’une boutique … à Beausoleil,
depuis son rachat de la boutique Jeannette, spécialisée dans
la lingerie fine, du boulevard de la République, juste en face de
la Mairie.
Ravie d’être à Beausoleil,
elle ne tarit pas d’éloge sur l’embellissement de la ville faite
sous le précédent maire Gérard Spinelli : “il a su
insuffler un air de modernité”. Et de citer “les rues bordées
de palmiers et les lampadaires”, “les trottoirs et autres bacs à
fleurs … décorés de motifs déclinés sur le
thème du Roi Soleil”.
Même si elle reconnaît
que Beausoleil n’est que la cité-dortoir de Monaco (et ses petits
commerces promis à peu d’avenir), elle se dit “attachée corps
et âme” à sa boutique, surtout à cause du rapport amical
qu’elle entretient depuis 12 ans avec sa clientèle, s’émerveillant
de recevoir moultes cadeaux et cartes de voeux à Noël : “les
gens sont ici touchants de gentillesse, fidèles et attentionnés”.
Elle se réjouit également
de la rénovation du Théâtre Michel Daner, où
l’on peut écouter des conférences (Eric de Montgolfier est
venu récemment) sans oublier la très dynamique Université
dans la Ville.
Très appréciés
également la ravissante place devant l’Hôtel de Ville et les
215 emplacements de parkings avec une heure de franchise de stationnement
sur le boulevard de la République.
Florence CANARELLI |