PUD texte NICE
Un “PUD” pour imaginer Nice dans dix ans

Comment voulons-nous que soit notre ville dans dix ans, pour nos concitoyens, pour nos enfants ? C’est en ces termes que Jacques Peyrat, sénateur-maire de Nice s’est adressé à ses concitoyens pour leur présenter son “Projet Urbain Décennal”, qui se veut “réaliste et ambitieux”.

Décidément, Nice a bien changée. Non seulement la ville, en grande partie désendettée, joue aujourd’hui la transparence financière mais encore lance des projets à long terme, tout en demandant son avis à la population. Un “Projet Urbain Décennal” (PUD), document de réflexion “réaliste et ambitieux” selon les termes du maire de Nice, Jacques Peyrat, qui en est l’initiateur, a été présenté et voté en conseil municipal (les 6 élus de la gauche plurielle ayant voté contre). Avec l’objectif de “tracer les grands axes du développement et de l’aménagement de la Cité à dix ans”. Éducation, environnement, communication, culture, sécurité, économie, logement, ce PUD concerne tous les aspects de la vie quotidienne.

Planifier l’avenir au-delà des échéances électorales

Le Projet Urbain Décennal n’est pas né du hasard mais d’une volonté politique. Une grande métropole comme Nice (qui a doublé sa population ces 40 dernières années), n’avait pas connu de schéma directeur d’urbanisme depuis le plan Cornudet de … 1931, lui-même pâle copie du plan du Consiglio d’Ornato de 1832, dressé sous administration italienne !
Depuis lors et durant des décennies, la ville s’est développée au petit bonheur, “en fonction des priorités du moment”, selon les termes du maire.
Car il faut reconnaître àJacques Peyrat la volonté de “planifier l’avenir, sur plusieurs décennies, au-delà des échéances électorales”. Dès son élection en mars 1995, il tente de définir une véritable politique urbaine, qui s’appuiera donc pour commencer sur un schéma directeur d’urbanisme. Conçu par le service d’ urbanisme de la ville, ce travail définira  deux orientations. En résumé, limiter l’urbanisation des collines en préservant la végétation et affirmer l’identité de chaque quartier (“requalification de l’espace public” en termes technocratiques).
Le PUD est l’aboutissement de cette réflexion, qui s’appuie également sur d’autres études telles que la directive territoriale d’aménagement, le plan régional de la qualité de l’air, le rapport d’orientation pour le développement économique …
Un PUD élaboré, à la demande du maire, durant l’été, pour lequel seront mis à contribution le secrétariat général de la mairie, l’ensemble des directeurs généraux des services ainsi que les élus délégués.
Résultat : un magazine spécial distribué dans chaque boite aux lettres, comportant 15 pages de projets tous azimuts (72 propositions au total), avec un calendrier et des indications de coût budgétaire estimé.
Unique en son genre, cette “initiative de Démocratie Directe”, comme s’en vante le Maire ?
Sûrement en tous cas une démarche novatrice et exemplaire, dont les ambitions se veulent “réalistes et budgétairement réalisables, sans recours excessif à la fiscalité” :
- “En dépit d'une situation catastrophique héritée du passé, nous sommes parvenus à assainir nos finances, à diminuer considérablement la dette, à porter l'autofinancement de 100 millions de francs en 1999, à 700/800 millions de francs en 2001”.

L’environnement, priorité numéro un ?

De l’analyse de ces nombreux rapports, la mairie a retenu quelques idées-phares : «améliorer les déplacements, redynamiser le centre-ville, répondre aux besoins de logements, maintenir et développer des activités économiques, préserver le patrimoine culturel et urbain, protéger l’environnement, développer la recherche et l’enseignement supérieur, mettre en oeuvre des projets culturels, éducatifs et sportifs ainsi que des actions de proximité dans le cadre de la charte des quartiers».
Dans le détail, le PUD propose des idées, secteur par secteur. Si l’on s’amuse à mesurer la longueur de chaque chapitre, on pourrait en déduire que les préoccupations du maire sont, par ordre d’importance, en numéro un … l’environnement, suivi des projets urbains et des transports.
Et c’est vrai que l’environnement tient une place de choix : plan anti-bruit, généralisation de la collecte sélective, création de trois nouveaux parcs, d’une coulée verte de Garibaldi à la mer et d’une maison de l’environnement, signature d’une charte de l’environnement, contrat Baie, rénovation de la distribution d’eau …  Jacques Peyrat, un écologiste qui s’ignore ?
Et ce n’est pas tout, car les “projet urbains” visent souvent également à une meilleure qualité de vie : aménagement de quartiers (le Ray, Gambetta-Buffa), réfection de places (Garibaldi, Masséna …), réaménagement de la Promenade des Ponchettes, rénovation du Vieux Nice, requalification des berges du Paillon …  Quant au chapitre “transport”, il a également pour but de rendre la ville aux piétons. En particulier avec le méga-projet de tramway.
Désengorger la ville de ses voitures, c’est aussi l’objectif du prolongement de la voie rapide vers l’ouest (jusqu’à la gare multi-modale qui sera construite sur l’emplacement du MIN actuel), de la création d’un nouveau pont sur le Var, d’un tunnel sous la colline du Château, ainsi que des liaisons  tunnel Malraux-voie sur berge du Paillon, tunnel-pénétrante du Paillon, et autres médianes.

Économie-culture-sport : le trio gagnant

La (future ?) Place Antoine Gautier dans le Vieux Nice

Enjeu majeur, le retour des entreprises à Nice : “créer les conditions … d’une réindustrialisation et d’un apport significatif en activités tertiaires à haute valeur ajoutée, créatrices d’emploi”.
Pour attirer les entreprises, le PUD leur promet la réalisation de zones d’activités à Lingostière-centre ou Saint Isidore-sud. Et surtout de “Nice-Méridia”, ambitieux projet de parc technologique axé sur les sciences du vivant, associé à la technopole sophipolitaine et situé en face du futur Zénith, dans la plaine du Var. Plus de la moitié des 18 hectares prévus ont déjà été achetés, les premiers permis de construire seront délivrés dès 2002.
Pour les congressistes, le palais Acropolis devrait être agrandi et l’esplanade entre les deux palais utilisée pour créer une surface d’exposition de 10.000 mètres carrés. Enfin, pour favoriser la création d’entreprises, il manque une pépinière et un incubateur d’entreprises.
Côté culture, la colline du Château sera dotée d’un théâtre de plein air et d’un jardin d’interprétation historique du Château. Classée monument historique, l’Abbaye de Roseland restaurée pourrait devenir un centre de rencontres culturelles. Tandis que la politique de rénovation du patrimoine serait poursuivie : Visitation, Bourse du Travail, Castel des deux rois … Un nouveau Conservatoire National de région serait construit et l’intérieur de l’Opéra restauré.
Les équipements sportifs existants étant considérés comme obsolètes, il faudra bâtir un grand stade de football, soit dans la plaine du Var, soit en réhabilitant le stade du Ray actuel. De même qu’un complexe nautique, avec piscine olympique.
La modeste base nautique de Carras deviendra un véritable port accueillant les petits voiliers, ainsi que le départ de navettes maritimes pour l’aéroport et le port de Nice. La piste cyclable sera prolongée en direction de l’aéroport.

Une grande Bibliothèque, une nouvelle Mairie, un Zénith


La future mairie, qui gardera la façade de l'ancienne gare du Sud …

La future Bibliothèque Municipale à Vocation Régionale (BMVR) promet de faire couler beaucoup d’encre, de par la personnalité de l’architecte Yves Bayard, celui-là même qui a signé les très controversés MAMAC et Théâtre de Nice. De la complicité avec son ami, le sculpteur niçois Sacha Sosno, est né l’idée de construire une “Tête au carré” géante pour abriter les services administratifs de la bibliothèque. Mesurant 38 mètres de haut, elle comprendra quatre niveaux de plancher et une salle de conférence en “contre forme de courbe”. La partie inférieure - le socle - sera sculpté par Sosno.
Enterrée sous l’actuelle Promenade des Arts, la BMVR comprendra une grande nef centrale, inspirée de l’architecture d’une basilique (avec colonnes et larges baies vitrées), une grande salle de prêt, une vidéothèque, un auditorium de 120 places, une logithèque(CD Roms) … pour un coût estimé à 80/100 millions de francs. Modernisé, le système informatique offrira une connexion au réseau des autres bibliothèques de la ville et bien sûr un accès Internet.
Le regroupement des services administratifs dans une nouvelle Mairie sur le terrain de l’ancienne gare du Sud, est un projet ancien ressorti des cartons. Arguments en sa faveur : faire baisser le coût de fonctionnement des services aujourd’hui éclatés sur 20 sites dans toute la ville, moderniser les conditions de travail des quelques 2000 fonctionnaires. Approuvée par le conseil municipal du 20 novembre 1999, cette implantation a fait et fera l’objet de nombreuses concertations : pour plaire aux Niçois, le complexe de cinéma envisagé est supprimé, le jardin de la villa Thiole et le marché seront maintenus là où ils sont, la façade de la gare du sud, pourtant non classée, sera préservée. Enfin, le passage du tramway sur l’avenue Malausséna sera l’occasion de «relooker» le quartier Libération. Tout devrait être achevé en 2004.
En avril 98, la ville lançait un appel d’offre pour la construction d’une salle de spectacles près du parc des sports Charles Ehrmann, dans la plaine du Var. Objectifs : recevoir 65 à 90 évènements par an, concerts mais aussi compétitions de planches à voile avec vent artificiel, tournois de tennis,  rencontres de boxe ou moto-cross indoor.  Architectes retenus : Serge et Paul Gresy, qui ont signé les Zénith de Pau, Toulouse et Clermont-Ferrand.
Leur projet prévoit une salle de 8000 places, modulable à 25000 en accolant la salle à la tribune Est du stade Ehrmann existant et en l’ouvrant grâce à des panneaux mobiles coulissants. Lancés le 8 octobre 1999, les travaux devraient s’achever au premier trimestre 2001, pour un coût estimé de 93 millions de francs.

Pour ou contre la prospective ?

Laboratoire de l’environnement, réalisation du tronçon Magnan-Fabron de l’Autoroute urbaine Sud, quatrième four d’incinération des ordures, amélioration de la promenade des Anglais : en 4 ans, la mairie de Nice a  à son actif quelques réalisations. Mais, avec des capacités financières retrouvées, la concrétisation de projets longtemps attendus va enfin être possible.
Une concertation était nécessaire car bien sûr, ne serait-ce qu’au sein du Conseil Municipal, les avis divergent : si les “nouveaux indépendants” (ex-Front National) apprécient cette idée de “prospective” sur dix ans, qualifiant même le PUD de “très beau document”, ils se disent “vigilants” sur la consultation de la population et sur leurs préoccupations prioritaires (davantage de sécurité, de propreté et moins d’impôts). La Gauche Plurielle, qui a voté contre le PUD, concentre ses critiques sur le tramway, affirmant qu’il serait facile de construire les deux lignes en même temps, si on y affectait les crédits prévus pour la future mairie, non prioritaire. Mais le plus critique est sans doute Jean-Paul Baréty, éphémère maire de Nice, qui assène : “faire de la prospective sur dix ans, alors que l’on gère tant bien que mal le quotidien, n’est pas sérieux”. Il se moque de cette étude qui enfonce “une série de portes ouvertes dans ce style vide et prétentieux qui est devenu de mise”.  Appelant le maire à “un peu d’humilité”, il souhaiterait que la ville évite “des coûts financiers excessifs et inutiles”.
Quant à l’avis des Niçois, il faut attendre pour le connaître les résultats de la concertation. Une certitude cependant s’impose : après un développement anarchique durant plus d’un siècle (et 20 ans de retard concernant le tramway selon certains), il était temps d’engager une réflexion à long terme.
 

                                                                                                                          Florence CANARELLI

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