Qu’est-ce qui attire une entreprise sur ce rivage
méditerranéen longtemps dévolu au seul farniente,
et pourquoi en priorité à Sophia Antipolis ? Parce que, selon
la SAEM (société chargée de la gestion du Parc), la
“cité des sciences et de la sagesse” est à la fois : une
constellation d’entreprises performantes et dynamiques (1200 sociétés
, 20.500 emplois, dont 52% de cadres), une concentration unique de compétences
internationales (14000 ingénieurs et techniciens de 63 nationalités),
et ce, dans trois secteurs : technologies de l’information (la moitié
des emplois), sciences de la santé (2000 personnes) et sciences
de la terre (250 chercheurs de haut niveau). Et un pôle de recherche
(4000 chercheurs au CNET, CNRS, INRA et INRIA qui bénéficient
d’une fertilisation croisée entre entreprises et écoles)
et d’enseignement supérieur (5000 étudiants de l’université
et d’écoles supérieures en télécommunications
ou en économie). Tout en bénéficiant d’une solide
infrastructure de télécommunications (réseau de fibres
optiques, central numérique, accès aux réseaux numériques
internationaux, accès Internet à haut débit …), ainsi
que des aides à l’implantation (subventions européennes,
nationales de la DATAR et de l’ANVAR, régionales, départementales
et communales). Une réussite qui ne doit rien au hasard. |
Vivre et travailler en pleine nature |
Le rêve d'un quartier latin aux champs : un village dans
les
pins et la garigue |
Un sénateur, un syndicat mixte et un
concept
Si la paternité de cette “Florence du 21ème
siècle”, de ce “quartier latin aux champs” revient au sénateur
Pierre Laffitte, Sophia Antipolis fut d’abord un simple centre de recherche
agréé par la DATAR.
Tout commence en 1963, lorsque le département,
l’Etat et le SYMISA (syndicat mixte de Sophia Antipolis) font l’acquisition
et l’aménagement de 120 premiers hectares sur le Plateau de Valbonne
(pour 42 millions de francs). Si le concept “cité des Sciences et
de la Sagesse” apparaît en 1969, c’est aussi la date de la naissance
officielle du Parc. En 1970, la première ZAD (zone d’aménagement
différé) est lancée et l’opération bientôt
déclarée d’intérêt national (avril 72). Le “Parc
International d’Activités de Sophia Antipolis” est né, dont
l’aménagement et la commercialisation sont confiées au SY.MI.VAL,
un syndicat mixte regroupant les communes de Biot, Antibes, Mougins, Valbonne
et Vallauris (auxquelles s’ajouteront celles de La Colle sur Loup, Opio,
Roquefort et Villeneuve Loubet).
Le Parc devient une “utopie des années 70”,
reposant sur l’idée que l’environnement naturel induit une meilleure
qualité de travail : en 1974, un comité interministériel
adopte un “parti d’aménagement”, qui cherche à concilier
“la croissance économique et la qualité de la vie”. On fait
des études très poussées en matière d’intégration
paysagère : les deux tiers de la superficie du Parc resteront
à l’état de pinèdes, le dernier tiers seulement étant
dévolu aux ZAC (zones d’aménagement concertés), tandis
que les routes sont conçues comme des “parkways” intégrés
harmonieusement au relief. Mieux, en 1976, le Ministère de l’environnement
promulgue une Charte qui s’engage à préserver l’environnement. |
| En 30 ans, des hauts … et des bas
Que de chemin parcouru depuis l’installation de
la
première entreprise, Franlab (qui étudie
les gisements pétroliers),en octobre 1974. Bientôt, arrive
Air France (en 1977) qui installe son centre mondial de réservation
: c’est le début d’une période d’implantations massives.
En 1980, Digital(centre mondial d’expertise en télécommunications)
et Télémécanique, bientôt suivi de DowChemical,
Amadeus (développement d’un système de réservation
électronique pour les agents de voyage), Thomson Sintra (acoustique
sous-marine), AT&T … L’INRIA (institut national de recherche
en informatique et en automatique) vient renforcer le pôle recherche
en 1983.
La croissance s’envole dès 1985. Dans les
meilleures années (comme en 1988 et 89), le Parc enregistre un gain
annuel de1800 emplois. Une phase d’expansion qui durera jusqu’en 1991,
période noire pendant laquelle se succèdent annulations d’engagements
et réductions d’effectifs des “locomotives” : Thomson Sintra passe
de 1200 à 900 personnes et Digital de 1100 à 680 tandis que
Matra communications (100 personnes) quitte le Parc. Pour éviter
l’hémorragie, on tente de relancer la machine en créant
des “pôles d’excellence”, comme la Telecom Valley, qui regroupe sept
majors mondiaux (dont AT&T, Digital, IBM, Texas Instrument, France
Telecom et Aérospatiale).
Plus tard (en 1993), naîtra le pôle
santé avant que n’émerge un pôle spatial suivi d’un
pôle multimédia, avec la création du club MITSA (multimédia,
interactivités, téléactivités de Sophia Antipolis).
A partir de 1993, les sociétés de
service aux entreprises se multiplient. Deux ans plus tard, de nouveaux
départs de grands groupes se profilent : celui de Dow France, géant
mondial de la chimie ou de Glaxo-Welcome. Cordis fusionne avec Johnson
and Johnson (perte de 31 emplois), Digital baisse encore ses effectifs
(à 438 personnes).
Une consolation cependant : les PME sont
en forme et créent des emplois, assurant désormais la croissance
du Parc. Ainsi Bouygues Telecom, VLSI Technology (centre de recherche de
circuits électroniques à très haut degré d’intégration),
Télis ou Bay Network. |
Air France : une des premières implantations (1977), bientôt
suivie d’arrivées massives
Amadeus, arrivé en 1980
|
Compaq, le géant américain de la micro-informatique, implante
à Sophia son “centre technique Europe”, après avoir
racheté Digital fin 98. Compaq, à suivre …
|
Depuis 1997, retour aux années fastes
A partir de 1995, le parc bénéficie
de la déferlante planétaire des nouvelles technologies.
Le bilan de l’année 1997 s’avérait
comme le meilleur depuis 10 ans : un solde positif de 1500 emplois, le
plus souvent très qualifiés (en hausse de 8,9%), arrivée
de 21 nouvelles entreprises (sur un total de 1103) et non des moindres.
Citons Siemens
(200
emplois doivent être créés sur trois ans), et Tandem
Computers, une filiale de Compaq, qui elle aussi devrait générer
150 emplois d’ici 3 ans.
Par ailleurs, plusieurs entreprises déjà
présentes ont embauché. Championnes du recrutement, pour
la plupart classées dans les sciences de l’information : SITA (195
emplois), Sema Group Telecom (100 emplois), Thomson Microsonics (72), Bay
Networks (67), VLSI technology (61), Andersen Consulting (57), Rockwell
semi-conducteurs (46), Amadeus (41).
L’année 1997 est également un excellent
cru pour les start-ups : arrivée des américaines Starburst
Communications (leader sur le marché de la transmission électronique
multicast de l’information) et Dega Technology (gestion de base de données
au service de la documentation technique). Mais aussi création de
start-ups françaises comme Echo (moteur de recherche francophone
pour Internet) ou Dust (restauration numérique de films).
L’année 1998 ne sera pas en reste de succès.
Après SAP (géant allemand du pro-logiciel),
c’est l’installation de la multinationale d’origine américaine,
Lucent Technologies, leader mondial dans les réseaux et systèmes
de communication (120 000 salariés, 30 milliards de dollars de CA),
qui devrait embaucher 200 personnes d’ici à l’an 2000.
Début 2000, a été inauguré
le “centre de Design Europe” (design intérieur, extérieur
et couleurs-matières) de Toyota Motor Corporation. Un investissement
de 90 millions de francs. Le studio actuel de Bruxelles est transféré
sur Sophia et travaillera en collaboration avec la nouvelle usine de production
de Denain sur la future “Funtime”. Toyota espère ainsi “attirer
au soleil les designers du monde entier, plus facilement qu’à Bruxelles”
!
En 30 ans, Sophia Antipolis a pris le premier rang
des technopoles européennes.
Au total, depuis sa création, les investissements
publics s’élèvent à plus de 4 milliards de francs
: 1,4 milliards de la part de l’Etat, 1,7 milliards du Conseil Général
et 1,1 milliards du SYMISA. Aujourd’hui, il reste encore trois ZAC à
terminer que, déjà, s’annonce la saturation du Parc à
l’horizon 2005. D’où un projet de doublement vers le nord. Les réserves
de terrains sont faites depuis 1988 … Sophia-Antipolis,
un succès longuement préparé et réfléchi. |