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LA MARCHE DU SIECLE du 3 novembre 1999
Thème: La situation des hôpitaux dans notre pays. Depuis quelques années , la nécéssité de performance et d'économie, l'exigence de réduction des risques menacent l'existence de nombreux petites structures. Partout en France, des actions sont menées par les usagers et les personnels des établissements visés par ces politiques de restructuration.Un plaidoyer s'oppose à l'idée que la morbidité est plus importante dans les hôpitaux de proximité et dénonce l'argument économique avancé quant à leur côut excessif et se bat pour la notion de proximité et une politique de réseaux entre les établissments petits et grands. Les patients redoutent de devenir des numéros anonymes soignés dans de grands hôpitaux, certes performants, mais deshumanisés et éloignés de leur domicile. Comment concilier la rentabilité du système de soins et les attentes spécifiques des malades et de leur entourage? Est-on bien soigné quel que soit l'endroit où l'on vit en France? ******* LES SROS DE DEUXIEME GENERATION www.sante.gouv.fr dossier de presse 4 nov 1999 Pourtant, daprès lenquête réalisée auprès des ARH en août 1999, on peut estimer à près de 24.000 le nombre de lits susceptibles dêtre supprimés ou reconvertis en médecine, en chirurgie ou en obstétrique sur la période 1999-2004. Ces évolutions permettent de dégager des moyens pour prendre en charge des activités nouvelles, pour développer des alternatives à lhospitalisation, pour mettre à disposition de tous les techniques les plus performantes.
**** - Les raisons de ma présence sur le plateau : De nombreuses personnes dans mon entourage m'ont demandé comment j'avais fait pour participer à une telle émission! Eh bien, j'ai simplement envoyé un e-mail à l'émission avec l'adresse de mon site internet en expliquant que je me sentais trés concernée par tout ce qui touche à la sécurité dans les hôpitaux. C'est alors que l'on m'a contacté par téléphone pour me proposer de venir en parler en direct. Ce que j'ai accepté avec joie mais aussi avec angoisse (car il est trés difficile pour une mère en deuil de parler de ces choses là en direct), n'ayant toujours pas obtenu de RV pour une expertise médicale amiable( je rappelle que ma demande d'indemnisation datait du 2 Aôut 99 ). Quelques temps après l'émission , j'ai enfin pu obtenir l'expertise médicale amiable que je réclamais depuis si longtemps... - On peut consulter le forum de la Marche du siècle dont voici un extrait : http://www.france3.fr/forums La Marche du siècle
: lionard
- 6/8/00 02:38 PM - Témoignage
Pour notre part, il n'y a
eu aucun problème à nous dire froidement qu'il fallait
enlever l'oeil de notre bébé de trois mois et que le
deuxième était aussi atteint. De là, vous vous
retrouvez dans le couloir à vous tenir à la rampe du
mur, anéanti par ce que l'on vient de vous annoncer. Et
là, personne, et je dis bien personne, à part votre
mari, vous propose la moindre aide. AUTRES TEMOIGNAGES http://www.laprovence-presse.fr/forum/message.php?MSG=2470 Son et images :( extraits choisis)
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Pr Denis Duboc
"En 2010, les plateaux techniques n'auront plus rien à voir
avec ceux d'aujourd'hui !"
Denis
Duboc, 44 ans, est un hospitalo-universitaire (hôpital Cochin,
Paris). Cardiologue, il est bien placé pour
savoir ce que la technique peut apporter à la médecine de
demain. Cela ne l'empêche pas de voir le revers de la médaille...
L'avenir de la médecine ?
Cela dépend du côté que l'on observe ! Il y a une face
positive qui ne peut que pousser à l'optimisme : la médecine
fait actuellement l'objet de progrès considérables. Sur le plan
des techniques, des connaissances des maladies et de leurs
traitements, nous assistons en effet à une véritable révolution.
Au sein de l'hôpital, ces progrès vont entraîner une
modification profonde en termes de structures de soins : les
hospitalisations seront bien plus courtes, focalisées sur un
problème précis. Deux raisons à cela : une gestion optimisée
(au sens économique du terme) et une modification du plateau
technique. Celui-ci évolue à une telle vitesse qu'en 2010, il
n'aura plus rien à voir avec ce que l'on va inaugurer très
bientôt à l'hôpital Georges Pompidou ! Un seul exemple : le développement
des transplantations, des greffes de cellules nous amenera à créer
de grandes banques de cellules, des locaux spéciaux...
En fait, c'est toute la conception des hôpitaux qui devra être
revue. Mais il y a une face négative, le revers de la médaille
en quelque sorte : la place de la relation avec le patient - qui
était fondamentale il y a encore une trentaine d'années -va
diminuer. Les médecins, devenant de plus en plus techniciens, se
focaliseront de plus en plus, qui sur l'artère coronaire à
dilater, qui sur tel cancer et sur telle chimiothérapie. Si l'on
veut être performant dans certains gestes - je pense à ceux des
hémodynamiciens, des coronarographistes -, on ne peut guère
s'intéresser dans le même temps aux autres spécialités et développer
une relation médecin-malade.
Bref, la médecine de demain n'aura plus rien à voir avec la médecine
humaniste du début du xxe siècle. On peut le regretter, mais
avouons que les médecins n'avaient pas grand-chose d'autre à
proposer que ce fameux " contact humain " !
Cette
perte de qualité de la relation médecin-malade est sans doute
le prix à payer pour les formidables progrès techniques
qui sont en train de bouleverser la médecine. Il est évident,
toutefois, que nous devrons tout faire pour minimiser ces effets.
Peut-être faudra-t-il envisager deux niveaux de médecine.
Imaginer des praticiens qui seront en première ligne pour les
soins et d'autres qui assureront le relais et pourront parler
avec le patient, expliquer. Pour un malade donné, on ira alors
vers une équipe médicale où chacun a des compétences
particulières : un médecin devra faire le lien entre tous les
spécialistes et le patient.
Dans cette évolution, je perçois cependant un
mouvement inverse, la probabilité d'une nouvelle démarche qui
porterait une plus grande attention à l'individu. Je m'explique
: actuellement, on demande aux médecins de soigner selon les règles
des grands essais thérapeutiques internationaux, menés sur des
patients qui ne correspondent pas forcément à ceux que l'on
traite. C'est ainsi, par exemple, avec les hypocholestérolémiants
qui ont été testés sur des populations (Finlandais, Irlandais)
ayant peu à voir, sur le plan des maladies cardio-vasculaires,
avec celles de nos régions. Or, les AMM sont conditionnées par
les résultats de ces grandes études... Cela devrait changer. On
devrait voir réapparaître, dans un futur proche, une certaine médecine
de bon sens, mieux adaptée aux gens que l'on soigne directement.
****
L'Express
du 02/01/1997 Aquilino Morelle «Vaincre la peur de la peur»
propos recueillis par Gérard Badou
Comme
Janus, le progrès a une double face: il porte en lui à la fois
le bien et le mal. Le bien, parce que le progrès limite ou
supprime un certain nombre de risques. Le mal, parce que,
simultanément, il engendre des périls liés à l'application de
nouvelles techniques. En outre, le progrès scientifique est
impuissant à corriger les défauts de notre système de santé
publique: les mêmes causes produisent donc les mêmes effets. Un
exemple frappant: les infections dites «nosocomiales», qui se développent
dans les hôpitaux et tuent, en France, environ 10 000 personnes
par an. Dues au manque d'hygiène du personnel soignant et à
l'usage inconsidéré des antibiotiques, ces maladies sont le
prolongement historique de ce qui existait déjà à la fin du
xixe siècle.
Vous voulez dire que rien n'a changé
en cent ans?
D'une certaine façon. Dès le xixe siècle, les enseignements de
Pasteur - hygiène, antisepsie, asepsie - ont été mal perçus
et mal intégrés en France. De même, la vaccination
antivariolique n'y a été imposée que cinquante ans après son
introduction dans les autres pays européens, ce qui a coûté
des milliers de morts par année de retard. Pour qu'une découverte
médicale entraîne une amélioration de l'état sanitaire de la
population, il faut en effet qu'elle soit intégrée dans une
politique de santé publique, avant d'être mise en application
par le système de soins. Il est impératif que ces trois phases
s'enchaînent harmonieusement. Or, en France, le maillon central
- celui de la santé publique - est déficient. Voilà pourquoi
notre pays peut être, à la fois, l'une des locomotives de la
recherche médicale et l'une des lanternes rouges de la santé
publique. Voilà pourquoi, au seuil du xxie siècle, la France
représente encore une «sinistre exception», avec des
indicateurs sanitaires anormalement mauvais.
Dans quels domaines?
La contamination par le virus du sida ou par celui de l'hépatite
C des personnes transfusées. Sans oublier les enfants traités
par l'hormone de croissance et qui ont été victimes de la
maladie de Creutzfeldt-Jakob: la France totalise là, à elle
seule, 50% des cas enregistrés dans le monde.
Comment
expliquez-vous ces retards de la santé publique en France?
Par l'histoire. Ni l'Etat, par faiblesse politique, ni les médecins,
par corporatisme, n'ont voulu favoriser le développement d'une
vraie culture de santé publique. A cela s'ajoute la fascination
française pour le projet hygiéniste, cette utopie sanitaire qui
a joué contre la sécurité sanitaire. En France, nous avons
historiquement toujours préféré la «conduite des conduites»
privées, pour reprendre l'expression de Michel Foucault, à la
protection de la santé publique. Notre pays a ainsi pris, dès
le départ, un retard considérable dont nous payons encore le
prix. En temps ordinaire, les carences de la santé publique
sont, certes, compensées par l'efficacité du système de soins.
Mais que survienne une crise, comme ce fut le cas avec
l'apparition du sida, et la fragilité de notre organisation éclate
au grand jour. Notre système de santé publique se comporte
comme un rafiot: tant que la mer est calme, il flotte; mais
qu'une tempête se lève, et c'est le naufrage.(...)
Le grand public pourra-t-il, à
l'avenir, être suffisamment informé sur cet univers complexe
que sera devenue la santé?
Les citoyens sont des adultes et doivent être considérés comme
tels. Chaque fois qu'on a cherché à dissimuler des informations
sous prétexte de ne pas inquiéter la population - dans
l'affaire du sang contaminé, pour minimiser les graves conséquences
des économies réalisées, ou sous le poids d'un lobby, dans
l'affaire de l'amiante - le résultat a été détestable. Chaque
fois, la peur de la peur s'est révélée être meurtrière. Au-delà,
l'un des enjeux du débat démocratique est d'instituer le
partage de l'information, qui ne saurait être confisquée par
les seuls «décideurs».
Le progrès médical a aussi un coût,
qui, dit-on, ruine la Sécurité sociale. Ne va-t-il pas buter
contre ce mur de l'argent?
Je ne le crois pas. A condition d'instaurer en ce domaine une réelle
transparence. Aujourd'hui, nous consacrons chaque année 700
milliards de francs aux dépenses de santé. Mais nous ne savons
pas ce que nous remboursons. Nous ignorons quels sont les actes médicaux
effectués. Le système souffre d'une regrettable opacité. Seule
certitude: il existe un gaspillage considérable. Quantité
d'examens médicaux et de soins sont inutiles. Pourquoi les
appendicectomies sont-elles plus nombreuses dans tel département
que dans tel autre, pourtant comparable? Pourquoi certaines
poudres de perlimpinpin sont-elles encore homologuées et
prescrites? En introduisant un minimum de clarté, on pourra au
moins établir une hiérarchie des priorités qui manque
cruellement à l'heure actuelle. En attendant l' «opération vérité»
qui s'impose, toute limitation financière du progrès médical
doit être réfutée.
*****
Et que pensent de nous les Québecois?
LE DEVOIR
France:
au pays du médecin de famille . Un simple coup de fil permet de
décrocher un rendez-vous dans la journée ! Christian
Rioux Le samedi 29
avril 2000
Le
système de santé français coûte cher et est porté sur le
gaspillage. Mais les médecins prennent encore le temps de parler
à leurs patients...
Depuis quelques semaines, le village des Touches est en émoi. Le
médecin généraliste qui y pratiquait depuis 16 ans vient de
fermer son cabinet et personne ne viendra le remplacer. Jean-Pierre
Bretaud a rejoint une clinique dans le sud de la Loire. En
apprenant la nouvelle, le maire et tous les responsables locaux
ont remué ciel et terre et alerté les télévisions. Ils jugent
inacceptable qu'une commune de 2000 habitants n'ait pas un généraliste
sur place 24 heures sur 24.
Le feu n'est pourtant pas à la grange. Les habitants n'auront
qu'à faire cinq kilomètres pour consulter les médecins de Nort-sur-Erdre,
où ils vont déjà faire leurs emplettes chaque jour. Les médecins
pourront visiter les personnes âgées qui en ont besoin. De quoi
faire rêver les septuagénaires de n'importe quel village
d'Abitibi et de Gaspésie.
Mais l'affaire est mal vécue par une population qui a toujours
été habituée à avoir un généraliste à portée de main,
disponible à quelques heures d'avis. Car le généraliste français
est souvent au travail de 8h le matin jusqu'à tard dans la soirée.
Si une urgence se déclare au village, c'est lui que l'on réveillera
avant d'aller à l'hôpital ou d'appeler les services d'urgence.
Outre ses rendez-vous réguliers, le généraliste consacre généralement
une heure ou deux par jour aux urgences. Sans compter les visites
à domicile, qui se font souvent le soir.
En France, un simple coup de fil permet la plupart du temps de décrocher
un rendez-vous dans la journée chez n'importe quel généraliste
et même chez de nombreux spécialistes. Généralistes,
oculistes, pédiatres, gynécologues reçoivent dans la journée
ou le lendemain. Dans la plupart des cas, un médecin pourra même
passer chez vous en fin de journée. À l'échelle du pays, 20 %
des consultations privées se font encore à domicile; dans
certaines régions du nord, la proportion peut atteindre 30 %.
Comme au Québec...
La situation ressemble à celle qui régnait au Québec avant les
grandes réformes des années 60, à l'époque où chacun avait
son médecin de famille et se tenait loin des urgences des hôpitaux.
Mais le cas des Touches n'est pas unique et les généralistes se
regroupent aujourd'hui dans des villes plus grandes. Dans les
agglomérations urbaines, ils abandonnent leur cabinet individuel
pour rejoindre des cliniques mieux équipées. L'entrée massive
des femmes dans la profession ne permet plus aux médecins d'être
disponibles à toute heure du jour et de la nuit.
Depuis quelques années, les hôpitaux français commencent donc
à connaître les maux québécois: urgences engorgées, délais
d'attente plus longs, manque de spécialistes en région, etc.
Mais la situation est sans commune mesure avec ce que vit le Québec.
Du moins, pour l'instant, explique Yves Chassard, ancien
conseiller en matière de santé auprès du Conseil européen.
Selon l'expert, la paix relative qui règne dans les hôpitaux
français s'explique par le report constant des réformes qui
auraient dû être mises en pratique depuis au moins dix ans. «Comme
le régime d'assurance-maladie n'est pas directement administré
par l'État (comme en Italie, en Suède, en Espagne et au Canada),
mais par des mutuelles patronales-ouvrières, le réseau de santé
n'a pas traversé de période de rationalisation. En fait, les réformes
sont régulièrement reportées.»
Le régime français aurait le défaut d'être à la fois cher et
porté sur le gaspillage. Alors que la Sécurité sociale est déficitaire
depuis de nombreuses années, la France a moins de scanneurs à résonance
magnétique que l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Espagne. Alors
que les Français sont les plus grands consommateurs de médicaments
au monde, jusqu'à tout récemment une partie de la population n'était
couverte par aucune assurance-maladie. Quant aux hôpitaux, selon
le ministère de la Santé, ils compteraient 24 000 lits en trop.
L'ennui, c'est que ce constat ne date pas d'hier.
«Habitués à avoir un hôpital ou une maternité à proximité,
les Français descendent dans la rue chaque fois que la survie de
l'un d'eux est en jeu», explique Yves Chassard. Contrairement à
ce qui s'est produit au Québec, la rationalisation des services
n'a avancé qu'à pas de fourmis.
Or la proximité a un coût. Selon un dossier du magazine
L'Express, de nombreuses maternités font moins de 300
accouchements par année. Un tiers des services de chirurgie
fonctionnent moins de deux heures par jour. Résultat: certains
petits hôpitaux sont considérés comme un danger public.
En Île-de-France, huit établissements assurent 70 % des
chirurgies thoraciques alors que 64 établissements font moins de
12 interventions par année. Même chose pour les tumeurs du sein.
Dix établissements accueillent 46 % des patientes et 59 font à
peine une intervention par mois.
«La solution est connue, dit Yves Chassard. Elle exige des
fusions ou des disparitions souvent douloureuses. Mais chaque
fois qu'il en est question, les syndicats et la population
protestent. On n'arrive pas à réduire le nombre de lits et d'hôpitaux.»
Le tableau n'est pourtant pas tout noir. Entre 1994 et 1998, les
administrations sont parvenues à supprimer 17 000 lits en médecine-chirurgie-obstétrique,
141 sites de chirurgie et 86 maternités. On s'attend à ce que
le rythme s'intensifie d'ici 2004.
Certaines réformes timides tentent aussi de réduire la
centralisation du système, souvent qualifié de «mammouth» à
l'image de l'éducation nationale. Ainsi les hôpitaux publics
n'ont-ils pas de conseil d'administration et les usagers n'ont
souvent pas d'autre moyen de s'y faire entendre que de descendre
dans la rue. C'est même le ministre de la Santé en personne qui
nomme encore directement les chefs de service des hôpitaux.
«C'est comme si le ministre de l'Industrie désignait tous les
directeurs d'usine du pays», disait récemment le professeur
Jean de Kervasdoué, auteur de Santé, pour une révolution sans
réforme (Gallimard). Mais, ajoute le professeur, l'hôpital
fonctionne malgré tout en France plutôt mieux que la police ou
l'éducation nationale.
Et puis, les médecins français ont généralement conservé la
convivialité d'autrefois. Contrairement à ces robots spécialisés
d'une efficacité redoutable qui circulent parfois dans les
couloirs des hôpitaux, ils restent disponibles. Il n'est pas
rare de les voir prendre un verre avec la famille d'un patient et
discuter du dernier match de foot. Le Français moyen a
d'ailleurs la conviction que cela est aussi essentiel à sa santé
que les dernières nouveautés de la technique médicale.
Les autres textes de la série:
Un
rapport propose de créer des hôpitaux privés
Les
nouvelles façons de faire: 1-800-infirmière
Des
citoyens investissent dans leur «hôpital»
Mexique:
la médecine à deux vitesses
Une
idée lumineuse au pays de l'épinette noire
Le Québec
a laissé tomber la santé, clame Claude Castonguay
Quand
a santé est cotée en Bourse
La
justice se mêle de santé
Alberta:
un remède appelé créativité
Ontario:
à bout de souffle
ÉDITORIAL
La
privatisation n'est pas la solution
PERSPECTIVES
Se faire
ravir le RAVIES
Des
coûteux équipements restent inutilisés, faute d'argent
Belgique:
des listes d'attente! Où ça?
Une
crise financière à l'échelle de l'Occident
La
santé reste le ciment de la Belgique
La
Grande-Bretagne, royaume des files d'attente
Le
privé: un prétexte à l'absence de changement
Le débat
sur la privatisation se nourrit de mythes
La
tentation du privé
Le
financement de la santé est en crise
Le
vieillissement: une menace montée en épingle?
De la
gestion à la mitaine?
L'innovation
technologique fait craquer les budgets
France:
au pays du médecin de famille
France:
entre le public et le privé...
©Le Devoir 2000
http://www.ledevoir.com/san/2001a/clao180101.html
Un médecin pour chaque Québécois, 24 heures sur 24
Robert Dutrisac
Le jeudi 18 janvier 2001
http://www.ledevoir.com/san/2001a/expe170101.html
Le Devoir a sondé les experts: pour un système public productif
et près des communautés
Michel Venne
LE DEVOIR
Le mercredi 17 janvier 2001
http://ledevoir.com/san/sante2.html
http://www.ledevoir.com/public/client-css/news-webview.jsp?newsid=7616
Un no fault pour les médecins. Trudel envisage une assurance-responsabilité
pour les erreurs médicales
Jeanne Corriveau. Le mercredi 23 janvier 2002
Québec songe à instaurer un régime d'assurance-responsabilité
sans égard à la faute pour indemniser les victimes d'erreurs médicales.
L'heure est encore à la réflexion et un comité se penchera sur
la question au cours des prochains mois. D'ici là, afin de mieux
évaluer l'ampleur du problème, le ministre de la Santé et des
Services sociaux, Rémy Trudel, entend instaurer un registre
national qui obligerait tous les établissements de santé à
signaler les accidents médicaux qui surviennent en milieu
hospitalier.
Lors du dévoilement de son plan d'action
hier en réponse au rapport du comité Francoeur, le ministre a
précisé qu'il préférait utiliser les termes «accidents médicaux
évitables» car, selon des recherches américaines, 85 % des
incidents sont attribuables à une organisation déficiente, plutôt
qu'à une faute professionnelle.
Il est impossible au Québec de savoir combien de patients sont
victimes d'erreurs médicales, une situation qu'avait déplorée
le groupe de travail. Rémy Trudel compte y remédier en
soumettant au printemps des amendements législatifs à la Loi
sur les services de santé et les services sociaux afin que tous
les établissements de santé disposent d'un plan de gestion des
risques et que les erreurs médicales survenant dans
l'institution soient répertoriées et transmises à la régie régionale
et au ministère. Il s'agira dès lors, non seulement de colliger
les informations mais aussi d'analyser les incidents afin qu'ils
ne se répètent plus. Cette mesure ne s'appliquerait pas qu'aux
médecins mais à tout le personnel.
Un comité de travail sera aussi créé pour étudier la
pertinence et la faisabilité d'un régime d'indemnisation des
victimes d'erreurs médicales sans égard à la responsabilité (no
fault). Actuellement, les patients lésés doivent s'adresser aux
tribunaux pour obtenir une compensation à la suite d'une erreur
médicale. Les démarches, longues et coûteuses, rebutent
beaucoup de victimes et leurs proches. Les spécialistes qui se
pencheront sur la question devront convaincre le ministre qu'un
tel régime servirait mieux les droits des victimes. «La première
préoccupation des patients, ce n'est pas d'engager des
poursuites pour obtenir un dédommagement, mais de comprendre ce
qui s'est passé et faire en sorte que ça ne se reproduise plus»,
signale d'ailleurs le ministre. «Ce n'est pas une question à
traiter à la légère, ajoute-t-il. Il faudra une discussion
publique car c'est une décision de société.»
«C'est le jour le plus émotif depuis la perte de nos enfants!»
s'est exclamé Jean Martel, présent à la conférence de presse.
En 1998, son fils de 18 ans, admis à l'hôpital Sacré-Coeur
pour une fracture à la jambe, est décédé à la suite d'une
injection massive de soluté. M. Martel a entrepris des
poursuites devant les tribunaux contre l'hôpital et les médecins
traitants, réclamant du même coup une réforme en profondeur du
traitement des plaintes. «Tous les éléments qui se retrouvent
sur la table dans le plan d'action correspondent à ceux que nous
avons soulevés comme parents», s'est-il réjoui.
M. Martel ne se décrit pas comme un partisan du no fault pour
autant. Selon lui, il importe de prendre en charge sans tarder
les victimes qui ne peuvent subvenir à leurs besoins à la suite
d'une erreur thérapeutique. «Mais pour ce qui est d'une
indemnité pour réparation d'un préjudice causé à une
personne, je pense que chaque cas devrait être regardé en
fonction de la gravité des erreurs commises. Il ne faut pas
regarder ça à la légère et il ne faut pas traiter tous les
cas dans le même contexte. Donc, continuons à avancer. Il y a
six mois, le gouvernement ne voulait même pas regarder ce volet-là
et aujourd'hui, on le ramène dans le plan d'action», rappelle-t-il.
Le président du Collège des médecins, le Dr Yves Lamontagne,
voit d'un bon oeil l'instauration d'un régime du no fault, qu'il
qualifie de «possibilité intéressante». Le Collège vient
d'ailleurs de réviser son code de déontologie, qui obligera les
médecins à divulguer leurs erreurs médicales aux patients. «Le
no fault permettrait probablement d'indemniser davantage les
victimes et ça diminuerait de beaucoup les frais d'avocats que
doivent assumer les familles. Et de notre côté, ça
favoriserait une médecine beaucoup moins défensive avec moins
de secrets.»
Encore faut-il identifier l'origine des incidents qui surviennent
dans les établissements de santé, de là l'importance d'un
registre pour apporter des correctifs. Les médecins sont
toutefois peu enclins à avouer leurs fautes, d'autant plus que
leurs avocats leur imposent souvent de garder le silence. «Il va
toujours rester des gens qui vont essayer de cacher des affaires.
Il ne faut pas se leurrer, ce n'est pas différent en médecine
que dans d'autres domaines», poursuit-il.
L'avocat Jean-Pierre Ménard, spécialisé dans les causes
d'erreurs médicales, ne manifeste pas le même enthousiasme. Des
expériences à l'étranger ont démontré les failles d'un tel
système, explique-t-il. Un régime trop restrictif sert mal les
victimes alors qu'un régime trop permissif ne peut survivre. Il
cite le cas de la Nouvelle-Zélande et de son régime trop généreux
rapidement pris d'assaut par les victimes. Les critères ont dû
être resserrés, réduisant du même coup les bienfaits de ce
système. «Il faut être prudent. Si on pense mettre en place un
tel système uniquement pour mettre à l'abri des poursuites les
médecins et le système de santé, je pense qu'on fait fausse
route. Il faut qu'un régime protège les patients afin qu'ils
soient mieux indemnisés et plus rapidement qu'actuellement»,
tranche-t-il.
Un régime du no fault exclurait-il les poursuites devant les
tribunaux? Pas nécessairement, répond-il, et tout reste encore
à déterminer. «On est très loin de ça encore. Et tant qu'on
ne saura pas ce qu'on indemnisera, on ne saura pas combien il
pourra coûter.» À l'époque de l'adoption du régime de
l'assurance-automobile, le gouvernement disposait d'énormes données
sur les accidents de la route, signale Me Pierre Deschamps,
professeur à l'université McGill et spécialiste de la question.
Ce qui n'est pas le cas actuellement pour les erreurs médicales,
«mais ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas adopter des mesures
à plus court terme», ajoute-t-il.
«Pour une fois que l'État aurait de façon contemporaine un réflexe
de gauche, ça fait du bien!» lance pour sa part Paul Brunet,
directeur général du Conseil pour la protection des malades. Le
régime du no fault comporte plus d'avantages que d'inconvénients,
l'assurance-automobile est là pour le prouver, dit-il, et il était
temps qu'on y songe pour le système de santé. «Il y a de plus
en plus de poursuites au Canada pour des fautes médicales, mais
aussi de plus en plus d'abandons de poursuites sans qu'il y ait
eu compensation. Les adversaires des patients sont tellement
riches et tellement puissants que c'est devenu presque impossible
d'agir avec la même force que l'adversaire. Dans ce sens-là,
c'est bienvenu et enfin travaillerons-nous pour éviter les
accidents dans l'avenir plutôt que pour s'en défendre. Je pense
que c'est un signe de maturité d'une société», explique-t-il.
Rémy Trudel sera-t-il encore là quand viendra le temps
d'appliquer son plan d'action? Jean Martel en doute compte tenu
des rumeurs de remaniement ministériel qui courent à Québec et
il n'a pas manqué de manifester son inquiétude au ministre lors
de la conférence de presse. «C'est un engagement du
gouvernement», a finalement répondu le ministre. Quoi qu'il
arrive, M. Martel se promet bien de veiller au grain.
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