Jacqueline Zwobada Rosel

Jacqueline ZWOBADA ROSEL © Tous droits réservés


Pourquoi ce témoignage sur la Dyslexie :

L’origine de la réponse qui suit est une demande que vous pouvez consulter sur le site :

[...]Je suis, certes, orthophoniste mais ai été longtemps prof de linguistique ce qui m'a amenée à considérer ma pratique des dyslexiques et non-lecteurs de toute origine non seulement d'un point de vue psy mais du point de vue d'une langue qui ne fonctionne pas comme on l'étudie quand on est spécialiste (ce que j'ai du enseigner également). J'ai écrit quelques articles où j'essaie de m'expliquer là-dessus. Je prépare d'ailleurs une thèse d'Etat sur "Représentation et expression dans la prise en charge des troubles d'acquisition du langage oral et écrit" pour défendre la démarche d'un praticien-chercheur, de la pratique à la théorie donc.

Si j'ai diffusé ce témoignage c'est entre autre

pour donner l'occasion de s'exprimer sur le thème, on aurait pu contester le diagnostique que j'ai retenu,
pour mettre un peu à plat les belles théories des spécialistes, je ne citerai personne mais je l'ai remis à une collègue spécialiste des problèmes de lecture qui ne voulait pas croire que l'auteur du témoignage n'avait pas de maladie neurologique identifiée (et il n'y avait pas de note ni de commentaire à l'époque)
pour disposer d'un document qui peut (je l'ai fait et cite ainsi une mère) aider les parents à mieux comprendre leurs enfants dyslexiques
avoir l'occasion de discuter avec des gens comme toi, si tu permets que je te tutoie.

La question que tu poses me semble centrale et est rarement posée sous cette forme.

J'ai eu l'occasion de travailler en parallèle avec des Linguistes d'une autre école avec lesquels j'étais en profond désaccord. Je ne citerai pas non plus l'Ecole, mais, pour justifier le bien fondé de leur théorie du langage, ils " utilisaient " (de mon point de vue) des aphasiques, et un collègue a ainsi travaillé à détruire les "béquilles" que j'avais laborieusement mis en place avec des aphasiques (en Algérie, il y a très longtemps) pour tenter de rétablir le fonctionnement de type associatif ou syntagmatique qui manquait à ces patients. J'étais scandalisée car je pensais exactement comme toi et je reprends totalement à mon compte tes paroles " il faut laisser jouer, favoriser les stratégies de compensation, de contournement etc.. L'essentiel est bien qu'il parvienne à accéder à ces connaissances incontournables. " Tu parles des élèves en difficulté et moi d'aphasiques en cours de réhabilitation fonctionnelle et sociale. Pour les aphasiques, il s'agirait de reprogrammer, pour des élèves ce serait plutôt programmer sur d'autres bases, puisqu'il n'est pas question de perte d'une fonction mais de non activation en quelque sorte. Est-elle bien là prête à être activée ? On nous le dit, c'est le propre de l'espèce humaine. Les théories du développement nous l'enseignent. Mais quand ça ne se fait pas, que faire ?

J'ai entendu, depuis cet échange que je développe un peu, Ph. Mérieux s'expliquer à la télé sur l'évolution de ce qu'il pensait sur l'éducation à l'école. Il précisait que s'il avait défendu la thèse de l'éducabilité, avec la programmation par objectif (planifiés etc..) il pensait maintenant, j'espère que je ne le trahis pas dans mes reformulations, que rien n'était possible sans tenir compte de la liberté du sujet.

Clinicienne de formation, je n'ai jamais été partisan des thérapies comportementales que tu évoques, mais la question reste de comprendre pourquoi cette fameuse correspondance grapho-phonémique bloque tout. Les plus gravement handicapés que je suis n'intériorisent aucun lexique visuellement (je n'appelle pas intérioriser le fait de deviner de temps à autre) et les connexions entre forme et contenu ne se font pas. Il me semble qu'il leur faut comprendre pour retenir et tout saisir de l'intérieur.

Il y aurait encore beaucoup à dire. Je prépare un poster pour faire le point sur le parcours de non-lecteurs au collège, adolescents qui ont bien voulu témoigner devant mon minable camescope sur ce que, avec Frédérique qui était là au départ, nous avons bien pu leur apporter pour les aider. Au bout de 5 à 6 ans ils lisent et vont enfin pouvoir entrer en apprentissage.

Je ne suis pas très calée pour tout ce qui est ordinateur, Internet, et patauge, avec en plus très très peu de temps à y consacrer. Pour l'instant je ne fais que répondre à ceux qui s'adressent à moi. Tu es (via Frédérique) le deuxième.

Frédérique m'a adressé l'article de Gombert que je n'ai pas terminé car il reste très classique dans son analyse et sa présentation des points de vue des chercheurs. Je l'avais rencontré à un colloque et remercié pour son bouquin le développement métalinguistique de 1990 qui m'avait bien formée/informée, en contrepoint du point de vue de mes références de Linguistique Fonctionnelle. Pour moi l'illettrisme ce n'est ni l'analphabétisme, ni les non-lecteurs. L'amalgame nuit à la compréhension des processus impliqués et aux moyens à mettre en oeuvre pour y changer quelque chose.

J'arrête. A bientôt peut-être?

Jacqueline


Qui est l'auteur ? Présentations glanées sur diverses listes de discussions :

Je suis orthophoniste, et rédige une thèse d'Etat sur "Représentation et   expression dans la prise en charge des troubles de l'acquisition du langage".   Mon Doctorat portait sur La lecture en langue arabe chez l'enfant Algérien   dans les années 70. Long cheminement où je me suis perfectionnée en   Linguistique en l'enseignant à Paris V à mon retour en France (heureuse   retraitée).
Mon hypothèse centrale concerne des modes d'apprendre qui seraient    diversifiés lorsqu'on parle de dyslexie par exemple. J'appartiens donc à la    vieille école et suis prête à débattre lorsque vos questions rencontreront   les miennes. Dans mon secteur d'exercice (en libéral) je travaille depuis 20  ans en relation avec le Rased. [...]

Je suis, certes, orthophoniste mais ai longtemps été enseignante en Linguistique, ce qui m'a amenée à considérer ma pratique des dyslexiques et non-lecteurs de toute origine, non seulement d'un pointde vue " psy " (formation première) mais du point de vue d'une langue qui ne fonctionnerait pas comme on l'étudie quand on est spécialiste (ceque j'ai dû enseigner également). Je prépare une thése d'Etat (une des dernières qui sera soutenue j'imagine car c'est obsoléte) sur"Représentation et expression dans la prise en charge des troubles de l'acquisition du langage oral et écrit " pour défendre la démarche d'un praticien-chercheur, de la pratique à la théorie donc, même si les deux s'informent mutuellement.
Disons que, en observant ce qui se passe, je ne vois pas comment appliquer les modèles dont j'ai eu connaissance, sauf à penser, par exemple, que beaucoup en restent au stade 3 défini par Piaget dans la conquête de l'intelligence hypothético-déductive et s'en accommodent tant bien que mal.
Je crois à la valeur informative des témoignages sur le fonctionnement de la pensée quand ils ne s'adressent ni à un chercheur " scientifique", ni à un journaliste, et qu'ils résultent tout simplement d'un insight qu'on arrive à mettre en mot, sans sollicitation directe. Il faut donc les mots pour le dire (c'est au coeur du du travail de l'orthophoniste) et replacer l'énoncé dans son contexte pour qu'il prenne sens.
Grâce à Frédérique, j'ai ouvert un site pour présenter notre expérience avec des non-lecteurs en SEGPA et avoir un double point de vue sur les "dys " en tout genre auxquels nous sommes, vous comme nous, sans cesse confrontés.
Selon mon expérience, il y aurait ceux qui compensent, ceux qui sur-compensent, et en distinguant le fonctionnement de type dyslexique des difficultés d'apprentissage, ceux qui " basculent " (d'une dominance de type hémisphère droit à la collaboration avec le gauche) quand il en est encore temps pour " apprendre " à l'école selon ses règles.[...]

Articulation clinique et théorie, recherche et pratique...
message envoyé à la liste Neuro-Psycho-Logopédie-Orthophonie (NPLO) juin 2002

Chères collègues en orthophonie
Que les choses soient bien claires chacun est toujours libre de son point de vue en fonction de ce qu'il est, qui passe par
1) sa formation 
2) les enseignements de sa pratique personnelle. 
Comme je le dis à chaque fois, [...] j'hésite toujours à participer car j'ai le sentiment d'être un peu à côté en essayant d'articuler clinique et théorie cette dernière n'étant pas première dans ma relation à l'enfant bien que toujours à l'horizon de ma pratique.

Je voudrais donc poser le problème pour la nième fois de l'articulation entre recherche et pratique. Depuis le temps que je fréquente des colloques de psychologues comme d'orthophonistes (j'oubliais les linguistes) pour suivre les avancées de la recherche, à chaque fois que je pose la question à des praticiens de ce que cela leur apporte, la réponse est systématique, ils ne voient pas tellement le rapport entre ce qu'ils entendent exposer, même si c'est très intéressant, et les "cas" qu'ils rencontrent.
L'articulation manque. A chaque fois que je me suis proposée pour la faire, par exemple dans des TD de linguistique en Sciences de l'Education, je me suis fait taper sur les doigts, question d'épistémologie, chacun son domaine, c'est aux étudiants à faire cette articulation quand ils ont abordé chaque science(humaine) de son point de vue propre. Et je ne parle pas du refus de Dugas de me recruter à Paris alors que mon statut universitaire (justement le hic à mon avis pour des médecins) m'autorisait à être recrutée. Même mes collègues linguistes ne me faisaient pas confiance: j'ai "aménagé" la théorie linguistique pour simplifier le sytème (à base de neutralisation d'oppositions, sans plus, et en mettant l'accent sur le sens plus que sur la forme) afin que les dyslexiques puissent l'investir en toute sécurité. Il y a un modèle de la langue qui ne me semble pas leur convenir et c'est là qu'intervient le génie intuitif de Mme Borel.

Je me suis interrompue pour jeter un oeil/oreille à l'émission sur la prise en charge précoce des troubles du langage, merci à la liste de m'en avoir informée. J'en retiens surtout que le "précoce" implique un regard qui s'intéresse à la globalité... Allons-nous revenir aux discussions sur le psy (pour les problèmes relation fusionnelle/communication)?

[en réponse à une "critique concernant Mafdame Borel]Retour à Mme Borel, avez-vous pratiqué son bilan, avec tous les tests qui explorent tout ce qui n'est pas purement langue? C'est maintenant réservé aux psy avec le WISC par exemple pour les compléments d'images. Elle faisait elle-même un groupe de psycho-motricité. Sur le plan linguistique à proprement parler, les chercheurs ont vérifié sur un plan expérimental,chacun des aspects qu'elle prenait en compte. J'ai dû l'analyser de très près pour pouvoir l'adapter à la langue arabe qui a un fonctionnementcomplètement différent, il ne s'agissait donc pas de "traduire"(dans les années 70). J'ai eu la chance de la voir travailler et de lui servir de "répétitrice" auprès d'un enfant quand j'étais jeune étudiante. Il est vrai que ses écrits ne correspondent pas toujours à ce que j'ai pu "tirer" de sa démarche et que par exemple, "Bien lire et aimer lire" (De Sacy) n'est pas "la" méthode Borel, loin de là, ce qui peut faire des dégats.
Il n'est pas question de "modèle" dans sa "méthode" (si c'en est bien une ce qui reste à discuter), bien qu'elle ait posé des bases (il y a plus de 50 ans et non 25) pour introduire l'enfant dyslexique dans une approche de l'écrit qui lui convienne. Effet de l'intuition étayée sur une curiosité à l'égard de la langue qui lui a fait connaître et s'intéresser aux phonéticiens, d'abord, mais aussi linguistes de l'époque. Allons-nous ouvrir le champ au conflit des générations? Cela me semble stérile.

Pour ma part, étant partisane d'une approche globale de l'enfant: l'enfant dans un "contexte" qui éclaire ses difficultés, même s'il y a des éléments d'ordre génétique plus que probables (dysphasie, dyslexie), je ne prétends pas qu'il s'agisse d'une maladie (Le Pr Lassert récemment dans une discussion sur la dyslexie à un colloque) qu'on "guérit" avec des exercices réalisés par de "bonnes" orthophonistes en corrigeant en quelque sorte la "structure" du cerveau, bref, je pense que ces formulations ont dépassé sa pensée, car il est raisonnable de parler de fonctionnalité en l'occurence.
(Excusez le décousu syntaxique.) Nous sommes renvoyés directement au "modèle computationnel" qu'il soit modullaire ou connexionniste, et je me refuse à considérer le cerveau/esprit humain comme un ordinateur: Fodor elle-même n'hésite pas à faire gérer tous ces modules au niveau (lequel, où?) d'un "administrateur central" (est-ce le cortex frontal, des réseaux de connexion qui y aboutissent?). J'ai besoin d'hypothèses de travail pour réfléchir à ce que je fais avec les enfants et je pense, pour l'instant, que le défaut de fonctionnement est justement à ce niveau là.
Tout cela pour dire que les modèles éclairent à condition qu'on se questionne. Et que tout ce "savoir" moderne n'est qu'hypothèses.

Note positive de la modernité pour une ancienne d'un autre siècle: la cassette vidéo distribuée par la FNO à ses adhérents en libéral a attiré mon attention sur les jeux avec les phonèmes, qu'un dyslexique ne peut apprendre avant d'être sorti d'une appréhension globale des mots, par la possibilité de syllaber, et qu'il y a là (cf. les non- lecteurs) un travail préalable avec la distance à prendre avec ce qu'on produit dans une parole automatique en contexte qui demande cette approche "globale" qu'évoquait à juste titre Mme Coquet dans l'émission sus-citée sur la prévention. Qui peut me dire pouquoi certains enfants n'acquièrent pas cette compétence en Moyenne Section de Maternelle malgrè tous les jeux qui la construisent (ni en grand d'ailleurs)?
Il y a aussi ce qu'on appelle, jeux d'intelligence pour les grands, Eveil et jeux (de logique) pour les petits qui entraînent le DL à apprendre une logique qui lui échappe tout comme beaucoup de règles relationnelles, même s'il réussit à apprendre (sans comprendre ni utiliser) ou compense en partie ses difficultés...

L'approche "globale" n'intervient pas qu'à deux trois ans, mais j'en discute chaque année avec mes stagiaires (hier soir même coïncidence!), quelle formation y prépare si elle est donnée par des "chercheurs" chacun dans sa spécialité?

Je me suis permis de développer certains points (argumentaires) en considérant qu'un forum était lieu de débats, même si l'usage veut qu'on se limite à quelques lignes. Mon cerveau n'est pas "modullé" pour pouvoir ne traiter qu'un point à la fois. Ces points sont solidaires les uns des autres et prennent sens dans le contexte global du discours. Le tout n'est pas la somme des parties qui n'existent que dans son contexte.

Wow!... C'est une réaction personnelle à vos propres réactions.
Jacqueline

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dernière révision le 26 06 2002