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de lecture : comment |
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| Qu'entend-on
par implicites? La nécessité de discuter ce que recouvrent certains termes utilisés dans les différentes présentations s'est très vite imposée dans les échanges personnalisés (cf forum) Nous proposons pour l'instant ce qui s'échange à propos de DYSLEXIE en attendant de pouvoir exposer d'autres problématiques. Il ne s'agit donc pas d'une présentation officielle d'un point de vue "scientifique" mais de réponses à des questions qui doivent être à chaque fois contextualisées (type de questions, interlocuteur etc..). |
| témoignage
dys
quid? |
A lorigine de la réponse qui suit (que jai un peu réactualisé, (en italique), avec laccord de linterlocuteur).
Date : 20/05/00 20:15:51 Paris,Au sujet du témoignage dyslexie,je retiens surtout que le témoin en question a pu d'elle-même et avecl'aide de ses proches mettre en oeuvre des stratégies de compensation,de contournement. Les enfants qui nous intéressent n'ont pas eu la plupart du temps l'environnement familial favorisant ce type deréactions.
Pour moi, les enfants dits dyslexiques peuvent être différents sous divers plans, neurologiques, socio-culturels, mais ce qui transformeleur différence en handicap c'est le fait qu'ils soient contraints d'utiliser exclusivement la voie grapho-phonémique, à l'exclusion de tout autre, pour accéder au savoir lire.
- soit parce que les conditions de l'évolution du langage n'étaient pas réunies dans leur environnement familial et qu'ils n'ont pas assez de connaissances sur la langue qui pourraient leur faciliter l'entrée dans l'écrit(à rapprocher peut-être de ce que dit Gombert, entre autres, au sujet de la capacité à prendre en compte explicitement la syntaxe p18).
- soit parce que l'idée qu'ont leurs proches de l'apprentissage de la lecture rend inconcevable d'entrer dans l'écrit sans sacrifier au rite initiatique qu'est l'acquisition traditionnelle de la combinatoire dans les familles à tous les niveaux de la société.
Les deux causes pouvant jouer simultanément chez le même individu.
Je ne conteste pas les explications neurologiques mais je ne
vois pas très bien sur quoi elles peuvent déboucher. Il me semble que quand quelqu'un
est claustrophobe, plutôt que de soigner sa claustrophobie pour qu'il puisse prendre
l'ascenseur, il vaut mieux l'encourager à emprunter les escaliers. L'essentiel étant
qu'il accède au niveau supérieur.
Il faut laisser jouer, favoriser les stratégies de compensation, de
contournement "...faire fonctionner ce qui fonctionne le mieux (de type hémisphère droit...)... "
Dis-moi comment tu vois les choses de ton côté et quelles
étaient les attentes de Jacqueline Zwobada en apportant ce témoignage.
Jean
Frédérique m'a communiqué ton analyse qui conforte tout à fait la mienne à une réserve près, ce que j'introduis du fonctionnement psychique.
Je suis, certes, orthophoniste mais ai été longtemps prof de linguistique ce qui m'a amenée à considérer ma pratique des dyslexiques et non-lecteurs de toute origine non seulement d'un point de vue psy mais du point de vue d'une langue qui ne fonctionne pas comme on l'étudie quand on est spécialiste (ce que j'ai du enseigner également). J'ai écrit quelques articles où j'essaie de m'expliquer là-dessus. Je prépare d'ailleurs une thèse d'Etat sur "Représentation et expression dans la prise en charge des troubles d'acquisition du langage oral et écrit" pour défendre la démarche d'un praticien-chercheur, de la pratique à la théorie donc.
Si j'ai diffusé ce témoignage c'est entre autre
- pour donner l'occasion de s'exprimer sur le thème, on aurait pu contester le diagnostique que j'ai retenu,
- pour mettre un peu à plat les belles théories des spécialistes, je ne citerai personne mais je l'ai remis à une collègue spécialiste des problèmes de lecture qui ne voulait pas croire que l'auteur du témoignage n'avait pas de maladie neurologique identifiée (et il n'y avait pas de note ni de commentaire à l'époque)
- pour disposer d'un document qui peut (je l'ai fait et cite ainsi une mère) aider les parents à mieux comprendre leurs enfants dyslexiques
- avoir l'occasion de discuter avec des gens comme toi, si tu permets que je te tutoie.
La question que tu poses me semble centrale et est rarement posée sous cette forme.
J'ai eu l'occasion de travailler en parallèle avec des Linguistes d'une autre école avec lesquels j'étais en profond désaccord. Je ne citerai pas non plus l'Ecole, mais, pour justifier le bien fondé de leur théorie du langage, ils " utilisaient " (de mon point de vue) des aphasiques, et un collègue a ainsi travaillé à détruire les "béquilles" que j'avais laborieusement mis en place avec des aphasiques (en Algérie, il y a très longtemps) pour tenter de rétablir le fonctionnement de type associatif ou syntagmatique qui manquait à ces patients. J'étais scandalisée car je pensais exactement comme toi et je reprends totalement à mon compte tes paroles " il faut laisser jouer, favoriser les stratégies de compensation, de contournement etc.. L'essentiel est bien qu'il parvienne à accéder à ces connaissances incontournables. " Tu parles des élèves en difficulté et moi d'aphasiques en cours de réhabilitation fonctionnelle et sociale. Pour les aphasiques, il s'agirait de reprogrammer, pour des élèves ce serait plutôt programmer sur d'autres bases, puisqu'il n'est pas question de perte d'une fonction mais de non activation en quelque sorte. Est-elle bien là prête à être activée ? On nous le dit, c'est le propre de l'espèce humaine. Les théories du développement nous l'enseignent. Mais quand ça ne se fait pas, que faire ?
J'ai entendu, depuis cet échange que je développe un peu, Ph. Meirieu s'expliquer à la télé sur l'évolution de ce qu'il pensait sur l'éducation à l'école. Il précisait que s'il avait défendu la thèse de l'éducabilité, avec la programmation par objectif (planifiés etc..) il pensait maintenant, j'espère que je ne le trahis pas dans mes reformulations, que rien n'était possible sans tenir compte de la liberté du sujet.
Clinicienne de formation, je n'ai jamais été partisan des thérapies comportementales que tu évoques, mais la question reste de comprendre pourquoi cette fameuse correspondance grapho-phonémique bloque tout. Les plus gravement handicapés que je suis n'intériorisent aucun lexique visuellement (je n'appelle pas intérioriser le fait de deviner de temps à autre) et les connexions entre forme et contenu ne se font pas. Il me semble qu'il leur faut comprendre pour retenir et tout saisir de l'intérieur.
Il y aurait encore beaucoup à dire. Je prépare un poster pour faire le point sur le parcours de non-lecteurs au collège, adolescents qui ont bien voulu témoigner devant mon minable camescope sur ce que, avec Frédérique qui était là au départ, nous avons bien pu leur apporter pour les aider. Au bout de 5 à 6 ans ils lisent et vont enfin pouvoir entrer en apprentissage.
Je ne suis pas très calée pour tout ce qui est ordinateur, Internet, et patauge, avec en plus très très peu de temps à y consacrer. Pour l'instant je ne fais que répondre à ceux qui s'adressent à moi. Tu es (via Frédérique) le deuxième.
Frédérique m'a adressé l'article de Gombert que je n'ai pas terminé car il reste très classique dans son analyse et sa présentation des points de vue des chercheurs. Je l'avais rencontré à un colloque et remercié pour son bouquin le développement métalinguistique de 1990 qui m'avait bien formée/informée, en contrepoint du point de vue de mes références de Linguistique Fonctionnelle. Pour moi l'illettrisme ce n'est ni l'analphabétisme, ni les non-lecteurs. L'amalgame nuit à la compréhension des processus impliqués et aux moyens à mettre en oeuvre pour y changer quelque chose.
J'arrête. A bientôt peut-être?
Réponse
de JPierrug
Jacqueline, vous, tu, je ne sais, voudrez(dras) bien m'excuser derépondre un peu tardivement.
Bien intéressante ta lettre, merci d'avoir consacré du temps à merépondre.
Au sujet du témoignage, dans ce qui justifiais sa diffusion, je retiens volontiers l'occasion de discussion avec toi qu'il m'offre.
L'itinéraire plutôt labyrinthique que j'ai suivi au travers de la quasi-totalité des structures de l'Education Nationale a fait que j'ai été sensibilisé très tôt aux difficultés de lecture et depuis bientôt trois décennies, j'ai consacré l'essentiel de mon temps à chercher à comprendre et à mettre au point des pratiques adaptées, le plus souvent en rupture avec ce qui était préconisé. Travaillant aujourd'hui en Rased, beaucoup de choses m'échappent encore au plan de l'apprentissage de la langue écrite, mais je commence à avoir une vision plus claire de la genèse de l'échec ordinaire, celui d' origine socio-culturelle, dans l'apprentissage de la lecture et des façons d'y remédier. Les enfants en train de dériver vers l'échec que je récupère régulièrement maintenant depuis 3 ou 4 ans me donnent à penser que je suis sur la bonne voie.
Je reprends ce que tu as écrit , entre autres: " ... mais la question reste de comprendre pourquoi cette fameuse correspondance grapho-phonémique bloque tout... Il me semble qu'il leurfaut comprendre pour retenir et tout saisir de l'intérieur... "
Je te livre ma façon de penser, tu me diras là où elle
pêche.Je crois que le drame c'est bien cet investissement aux niveaux non signifiants de
l'écrit qu'entraîne l'apprentissage de la correspondance et qui pour beaucoup d'enfants,
apprentis ou réapprentis-lecteurs est synonyme d'enfouissement, d'enfermement*. Pour aborder l'apprentissage explicite des CGP, il faut avoir acquis une
conscience minimale du fonctionnement de la langue dans ses différents aspects :
phonologique,lexique, syntaxique.
A 5 ou 6 ans, cette conscience est le privilège des enfants qui ont vécu leur petite
enfance dans un environnement familial francophone linguistiquement et culturellement
proche de ce que sont les références implicites de l'école. C'est une évidence**.
A noter en passant la contradiction fondamentale d'une démarche qui a pour objectif d'apprendre à l'enfant comment l'écrit peut représenter et véhiculer les significations à distance et qui, alors qu'il commence àpeine à percevoir le sens derrière les signes, fait tout pour concentrer son attention sur les éléments ultimes dépourvus de signification.
Or cette conscience du fonctionnement de la langue quand elle n'a pas commencé à se développer dans l'environnement familial, ne s'acquiert que très difficilement à l'oral à l'école maternelle car si les stimulations existent, l'enfant qui en a le plus besoin a du mal dans le groupe à les ressentir comme telles, et dans le meilleur des cas, il a trop peu de chances en retour de recevoir de l'adulte les feed back adéquats pour lui permettre d'ajuster et de réajuster ses tentatives langagières.***
Les seules chances d'évolution c'est dans l'écrit qu'elles résident et c'est bien là le paradoxe.**** La conscience d'individualisation des mots, celle des constituants sonores du langage, celle du fonctionnement syntaxique, c'est à travers la découverte de l'écrit qu'elles vont émerger, s'affiner et ce pour une raison majeure, ce n'est qu'à ce moment-là que l'enfant va pouvoir disposer des données sonores et des données graphiques et qu'il pourra profiter de la permanence de l'écrit pour les mettre en correspondance et commencer à dissocier les éléments sonores, jusque là insaisissables parce que trop fugitifs, dans leur matérialisation graphique sur la ligne imprimée.
C'est la raison pour laquelle ... un langage oral déficitaire ne doit pas conduire nécessairement à un maintien en maternelle ... j'emprunte la formulation à Gombert et consors dans le chapitre dyslexie du livre à paraître " La lecture en 3 dimensions "(communiqué par Frédérique)
J'irai plus loin en allant jusqu'à défendre l'entrée dans l'écrit la plus précoce possible, en particulier pour les enfants dont le seul handicap est d'avoir grandi en milieu familial non francophone. Bien évidemment pas une entrée dans l'écrit qui fasse dépendre la réussite de maturités préalables à l'oral. *****
J'ai bien conscience que défendre un tel point de vue devant quelqu'un qui fait profession d'orthophonie relève de la provocation mais je crois qu'on peut faire beaucoup en réduisant systématiquement la part d'inconnu des écrits de l'apprentissage pour les enfants sans proximité culturelle et linguistique avec l'école. Tant qu'ils sont aussi ignorants au plan phonologique, lexique, syntaxique, ils ont trop de choses à découvrir pour avoir quelques chances de réussir à lire...
Je n'abuserai pas plus de ta patience cette fois . A
bientôt.
Jean Pierrugues
LIRE le témoignage "Un parcours de dyslexique. Sans issue?"
| Fonctionnement de type dyslexique |
Bonjour,
Je ne sais pas si j'ecris a la bonne personne. Je crois etre atteinte de dyslexie et
retrouve dans tous les temoignages de votre site un vecu on ne peut plus douloureux. Mes
parents n'ont jamais voulu que je vois un ortophoniste et m'ont appris a lire eux-meme par
methode syllabique, ce qui m'a beaucoup aidee.
Meme chose avec la musique. Le piano a sans doute beaucoup fait pour moi.
Confusion des b et d, problemes de prononciation dans mon enfance,impossible de dire ce
qu'est un accent aigu ou un accent grave, confusion droite - gauche,+/-...
Comprehension avant tout intuitive des choses (besoin de sentir un declic de
comprehension), dificultes pour lire des cartes, et surtout grosses difficultes
d'organisation.
Ce qui ne m'a guere pose probleme a l'ecole (mes parents sont enseignants donc j'arrivais
plus facilement a comprendre le systeme car je connaissais bien l'environnement) commence
a devenir un reel handicap dans le monde du travail.
Je travaille avec une americaine et je dois prendre les rendez-vous pour elle. Elle est
tres active et efficace et je n'arrive pas a suivre - ni a m'organiser...
J'ai besoin d'en savoir plus. Est-il encore temps de subir des tests et d'arriver a
resoudre ces problemes? J'ai 24 ans.
Merci mille fois.
Carine
Chère
Jacqueline,
Je suis l'universitaire dyslexique qui hésite toujours sur les mots et qui n'a jamais
bien compris le parcours qu'il convient de jouer pour avancer ou bien n'appends pu se
résoudre à faire comme tout le monde. j'ambellis mon histoire.
Il est vrai que je faisais tant de fautes en primaire que j'ai redoublée et ensuite on
m'a mis en collège pour me faire faire des mathématiques puisque je fautais de trop.
Ensuite, test en 5 ieme: ne passera pas le certificat d'études. Ensuite fort heureusement
en cours privé j'ai réussi à aller jusqu'en première. Au bac après avoir
fait une boîte privée en septembre je le réussi modestement en math moderne. Puis
second bac.
Orientation en sciences économiques alors que je voulais faire de la psycho, de la philo
ou être juge d'enfant. Manque total de volonté pour choisir par moi-même mon parcours
avec la peur d'échouer au ventre avec le problème de l'orthographe et une mémoire
défaillante. Et finalement avec un parcours très médiocre, je me fais remarquer par un
prof pour le meilleur devoir de la promotion en quatrième année de sciences éco ce qui
me vaudra par la suite d'être recrutée comme assistante de fac.
Je me suis lancée sur une maîtrise de psychologie clinique et ai engagée une formation
d'analyste. J'ai eu des clients qui allaient toujours mieux quand ils me quittaient avec
ma méthode psy, sophrologie et simulation. Mais jamais sure de moi. Jamais.
A plus tard
Ch
![]()
Merci de vous vous être lancée si vite à "témoigner".
Il me semble qu'on ne peut hésiter à vous situer dans ceux dont le fonctionnement est de type dyslexique. Si vous n'avez pas réussi à "compenser" au niveau de l'écriture, votre témoignage, pour un peu découragé (me semble-t-il) qu'il soit met en évidence plusieurs choses réconfortantes:
Certes, il a fallu vous "accrocher", répéter, répéter, répéter, pour franchir les sas qui permettent d'avoir une vie professionnelle et vous échappiez aux évaluations classiques, bien sûr. Je repère, comme pour l'auteur de "parcours d'un dyslexique, sans issue?" le fait que vous avez réussi, non par chance, mais parce que vous aviez réussi de façon exceptionnelle (pour votre appréciation de vous-même comme par votre prof) un devoir... La fameuse "intuition" du DL?
Que vous vous soyez fourvoyée dans les stats vous a permis ensuite de rattrapper le circuit de vos intérêts propres (votre maîtrise de psycho) alors que en le prenant dès le départ, votre façon de travailler et vos difficultés à "retenir" étaient peu compatibles avec le type de travail qu'on demande dans ces matières à l'université. Pour médecine c'est évident, pour psycho, c'est du même ordre les premières années et quant à philo, il y a "La Logique" et je ne suis pas certaine que vous auriez pu y entrer. Pour ma part je dois toujours reprendre ce que c'est (pour les autres) avec les enfants en difficulté. Ce qui est pertinent pour un enfant DL ne repose pas exclusivement (cela peut tomber juste, bien sûr) sur des critères logiques, dès le niveau de la perception. On l'observe en particulier dans la compréhension des consignes (en préparation sur le site).
Je voulais également souligner, comme dans le témoignage de Carine, l'importance pour vous d'avoir été soutenue par votre milieu familial dans cette quête du savoir, comme si un DL pouvait jamais être sûr de "savoir" quelque chose, tout au plus connaître, des bribes, de-ci de-là, sentir. Il me semble que l'important c'est de se connaître dans ses limites certes (par rapport aux normes en vigueur), mais d'accepter toutes ces potentialités que bien souvent on (soi peut-être encore plus que d'autres de façon consciente) s'est acharné à étouffer dans l'oeuf en quelque sorte.
Bien sûr vous aurez votre retraite de prof pour vous éclater dans des prises en charge thérapeutiques, là où vous vous sentez vous-même sans même avoir à vous poser la question de savoir si vous êtes à votre place ou non, en accord avec vous-même donc, mais c'est peut-être un peu prématuré!
C'est une réaction à chaud, on pourra en discuter encore.
Bien à vous. A +
| La dyslexie pour
les enseignants |
Auteur: Gisèle
Date: 05-07-2000 08:52
(...)J'entends beaucoup parler au cours de réunions entre enseignants de dyslexie, les
enfants ont tous l'air d'être dyslexiques... quand peut- on véritablement dire qu'ils le
sont ? N'est-il pas normal en début d'apprentissage de faire des erreurs, des confusions
?
Le mot dyslexie est à la mode. J'ai lu le témoignage d'une
dyslexique qui avait réussi à le cacher sur le site de Frédérique, que peut-on
mettre en place pour aider efficacement autant les élèves que les enseignants ?
Gisèle
Auteur: Gisèle
Date: 07-07-2000 13:02
Bonjour,
J'arrive à percevoir l'approche implicite et l'effet de bascule. Pour la mémoire
visuelle, elle serait donc un obstacle pour les élèves en difficulté de lecture.
Certains élèves n'arriveraient pas à retenir le lexique important dans la méthode ? Si
c'est cela, ça ne m'étonne pas. Il faudrait donc pouvoir expliquer aux enseignants que
certains élèves ne sont pas en mesure pour l'instant de se constituer un tel lexique, et
l'expliquer également aux enfants, selon la difficulté rencontrée bien entendu. (là je
fais allusion à mon travail de maitre d'adaptation et des relations que je peux
entretenir avec l'équipe éducative pour prévenir les difficultés) Ma question se
précise donc : que dire exactement à ces maîtres pour qu'ils soient rassurés sur les
compétences des élèves, qu'ils lèvent un peu le pied et abordent l'entrée dans la
lecture sous différents angles (quelle méthode ou système appliquer, quelle pédagogie
différenciée ?)
Gisèle
| Vitesse
de lecture et compréhension :A l'occasion d'échanges autour de la lecture sur
d'autres sites, nous avons retenu celui-ci, auquel nous avons participé : |
Bonjour à tous, est-ce qu'il y a quelqu'un qui aurait
déjà lu des études, travaux, textes ou recherches sur la question suivante ;
est-ce que l'amélioration du débit en lecture aide à la compréhension?
des sites, de la littérature
(avec les références) ou des textes, peu importe, j'aimerais bien parce que je me pose
quelques questions.
François C
Bonjour,
Il se trouve justement que je travaille sur la question ! Je suis en train de créer des fiches destinées aux parents sur les problèmes de lecture, elles seront bientôt mises en ligne sur mon site (http://www.teteamodeler.com )
La réponse que j'ai trouvée est : oui la lecture rapide
aide à la compréhension. Mais en fait, la réponse n'est pas si simple, car tout dépend
de ce qu'on entend par lecture rapide. Voici les ouvrages que j'ai trouvé les plus
intéressants sur la question : - lecture rapide de François Richandeau ed Marabout
service - Lire plus et mieux de C Laforge ed d'Oraganisation - Une tête bien faite Tony
Buzan ed d'Organisation - Human memory Adams J.A. Ed McGraw Hill - Speed memory A. Buzan
Sphere Book. Voila, si ces informations peuvent vous aider ...
Fanelly Lacroix teteamodeler.com
De : Michel MONOT
Date : Dim 12 nov 2000 7:59pm
Juste une remarque de béotien.
J'ai une bonne vitesse de lecture et un certain niveau de compréhension en français, et par ailleurs de très vagues connaissances en anglais et en allemand.
Il m'est assez facile de transférer dans ces deux langues ma vitesse de lecture, mais la compréhension ne suit pas, et loin s'en faut.
Si je veux comprendre, en français, un texte qui n'est pas de mon domaine mais que je peux néanmoins comprendre, le problème est un peu le même : la vitesse de m'aide pas à comprendre, même s'il m'arrive de faire une première lecture très rapide avant de la reprendre posément et donc lentement. Et si je suis devant un texte que je peux lire mais qui est vraiment hors de ma portée, parce que je connais absolument rien au sujet traité, aucune vitesse spécifique de lecture n'y fera rien.
Vitesse de lecture et compréhension vont de pair. Mais la vitesse aide-t-elle à la compréhension ou bien est elle elle même fonction de la compréhension ?
Bien sûr, au CP, il faut aider les élèves à ne pas ânonner, car il y a bien là un obstacle à la compréhension.
Mais de là à généraliser...
Il faut être prudent.
Michel MONOT
Pédagogie de Maîtrise à effet vicariant : http://www.offratel.nc/magui
De mon côté, j'ai travaillé à améliorer le débit de lecture des
élèves en difficulté de ma classe et après deux mois, j'ai remarqué que le travail se
répercutait également du côté de la compréhension.
Mon principe de base venait de la situation suivante : si un élève met beaucoup
d'effort pour décoder chacun des mots d'un texte, il ne peut le comprendre comme un autre
élève qui a acquis plusieurs automatismes au niveau du décodage. Alors quotidiennement,
et ce depuis septembre, j'ai exercé quelques élèves à augmenter leur débit en lecture
(je pourrai préciser la technique si cela est nécessaire) et j'ai fait le constat que la
compréhension s'améliorait également.
François
De : Frédérique
Mattei
Date : Lun 13 nov 2000 5:20pm
Je me souviens d'une élève de 5ème, à qui je demandais de préparer un petit texte
d'Astrapi à préparer et à lire comme si on présentait les infos (lecture répétée,
avec travail d'explicitation au préalable)qui d'elle-même avait pris l'initiative de
s'enregistrer en train de lire pour comprendre ce qu'elle lisait.
Elle déchiffrait cependant bien, mais ne comprenait pas lorsqu'elle le
faisait à voix haute, comme si elle avait besoin de se décentrer d'elle même, pour
comprendre ce que son corps produisait.
De : Jacqueline
Date : Mer 15 nov 2000 6:49am
Objet : Re: Tr: lecture
Re bonjour
C'est encore à propos de "vitesse de lecture et compréhension". L'orthophoniste précise son point de vue par rapport à celui du "Béotien".
Je me permets d'insister sur le fait qu'il s'agit d'enfants en cours d'apprentissage et non d'adultes ayant acquis un mécanisme qui fonctionne plus ou moins bien, et plus ou moins de la même façon selon qu'ils soient ou non de fonctionnement dyslexique (je sais le mot est tabou et proscrit, mais c'est une façon de différencier). Je dispose d'une informatrice adulte qui est dans ce cas là (cf. témoignage sur mon site). Elle a précisé que quand elle ne pouvait pas construire du sens à partir d'un survol du texte (prise de 5 ou 6 mots clés par page), elle était tout à fait incapable de comprendre un texte (pour le mettre en fiches) dans une lecture linéaire, même en relisant les phrases, essayant de les articuler les unes aux autres, il y avait un blocage. Elle pouvait faire le travail à partir des notes d'une camarade qu'elle ne recopiait pas mais qui représentaient un début de traitement..., avec en particulier des discontinuités syntaxiques donc et une disposition spatiale qui hiérarchisait. Il s'agissait dans son souvenir de "la phénoménologie de la perception" de Merleau-Ponty. Dans sa logique de "dyslexique", il était inconcevable de se poser de telles questions, et son incapacité à manier une paire ("en soi" et "pour soi" par exemple) lui faisait tout le temps perdre la référence en cause dans l'argumentation. Que retenir de cet exemple. Il me semble que la lecture rapide, technique Foucambert, ne peut réussir à faire comprendre, il faut déjà connaître les bases du sujet dont il est question. J'en ai d'ailleurs discuté avec un représentant du dit "maître" à une conférence destinée à des orthophonistes et des parents de dyslexiques, qui m'a confirmé que, dans son expérience avec des adultes (que faisait-il là!), c'était une technique qui convenait à ceux qui avaient acquis le mécanisme de l'apprentissage. Ceci dit j'apprécie beaucoup une vieux manuel, je crois que c'est "devenir meilleur lecteur" (qu'ils n'éditent plus avec les mêmes exercices et j'ai égaré l'original pour la référence), qui permet d'entraîner effectivement l'enfant à le devenir quand il a suffisamment la technique de base.
A propos de "lire", que signifie lire vite. Pour nous, adulte, il s'agit de lecture silencieuse. Rappelons que la subvocalisation apparait dans ce type de lecture, quand on est en difficulté, quand on ne maîtrise plus bien soit la forme d'un mot inconnu (le déchiffrage) soit le sens de ce qu'on lit. Faire lire à haute voix permet de vérifier un certain nombre de critères (cf. ci-après), mais ne favorise pas (souvent?) la compréhension. Question de feed-back qui parasiterait certains? cf. ce que j'en disais et le témoignage intéressant de Frédérique sur l'élève qui devait s'enregistrer et transformer de l'écrit en un oral qu'elle percevait extérieur à elle pour comprendre.
Mon informatrice ("Parcours d'un dyslexique, sans issue?") lit rarement un livre au sens habituel du terme: elle en prend connaissance, le feuillette et "tombe" sur ce qui l'intéresse et les quelques mots, voire portions de paragraphes qui apportent de l'eau au moulin de son questionnement intérieur. Elle est dans l'accomodation... Quand elle assiste à une conférence en Anglais qu'elle ne comprend pas à l'oral (malgré 11 ans d'apprentissage), il lui est arrivé de saisir quelques mots clés, 5 ou 6, qui lui ont permis de repérer le point de vue de l'auteur de la conférence dans un domaine qui lui était familier (elle l'a vérifié auprès de collègues bien sûr). Comment fait-elle? Comment sait-elle? Cela reste un mystère pour moi. Je ne vois aucun modèle scientifique, même dans le champ sémantique qui puisse en rendre compte. Ce serait de l'intuition, mais par définition, l'analyse des conditions de production de cette démarche nous échappe. Il semblerait aussi que, pour elle, la syntaxe déconstruirait le sens qu'elle construit dans des relations sémantiques découlant d'une autre forme (?) de logique que celle de la langue.
Pour en revenir à la lecture dans un contexte d'apprentissage, j'ai fait un doctorat de 3e Cycle, en 1978, à Paris V, sur "La lecture en langue arabe chez l'enfant algérien". J'avais retenu 4 critères, ajoutant aux trois canonniques : lecture (mécanismes-erreurs), temps (vitesse) et compréhension (appréciée en relation avec une épreuve spécifique de compréhension en langage, avec manipulation d'objets ou d'images selon le niveau), le critère identification (mots identifiés même si la lecture est incorecte) car l'arabe est une langue à "racine" avec variation de forme sur des critères syntaxiques etc.. Ce dernier critère peut-il nous éclairer sur nos apprenants français? Je n'y ai pas encore réfléchi, ayant d'autres voies d'accès à leurs difficultés d'apprentissage. Cependant, j'ai remarqué la facilité qu'ont ces enfants, en particulier les dysorthographiques, à substituer un petit mot à un autre, déterminants, prépositions, omission du et, dans leur centration sur le mot plus long qu'il ne faut pas rater (ces petits mots sont les premiers à être identifiés par les dysphasiques/dyslexiques, ou certains lecteurs débutants qui se tromperont ensuite de la même façon). Comme par hasard ce sont des outils syntaxiques... On retrouve l'approximation.
Je n'ai pu explorer l'ensemble de votre site mais souhaiterais mettre mon grain de sel à propos de notre relation de praticien aux chercheurs et de votre présentation de Philippe Meirieu (En marge des récentes polémiques...).
Linguiste, je dispose de moyens pour analyser des productions verbales en discours et je travaille donc sur l'analyse de dialogues d'étayage et de production de récits, les deux conduites linguistiques de base de l'être humain (dialogue et monologue). Je me considère comme praticien-chercheur et me pose des questions de praticien en m'aidant de l'évolution de la recherche en linguistique sans arriver aux logiciels. Mes questions dérangent car elles n'entrent jamais dans le cadre des modèles que mes collègues (suis-je vraiment linguiste en l'occurence?) tentent d'élaborer. Il me semble toutefois que cela peut rendre service... au moins aux praticiens.
J'ai découvert Ph Meirieu en écoutant des conférences diffusées sur la 5. Il y a un ou deux mois j'ai saisi au vol le fait qu'il avait changé de point de vue sur l'efficacité de la pédagogie par objectifs en précisant qu'il y avait non seulement l'éducabilité mais la liberté à prendre en compte. Il donnait l'exemple de la "programmation" d'un futur champion de natation: il ne suffit pas de tout avoir programmé, encore faut-il que l'enfant entre dans l'eau au départ...
Un enfant m'a mis sur la voie, (Etudes de Linguistique Appliquée, 81, 1991, Lire-écrire ou comprendre l'écrit dans le dialogue en Orthophonie, p. 92), un garçon de 13 ans en 5e, à propos d'une erreur de lecture entre vouloir et pouvoir. "En lisant "veut" pour "peut", "je vois e-u-x, je me dis, je sais que c'est veux, donc ça ne change pas le sens de la phrase". Si on lui fait remarquer que si: "oui mais pour moi!" et ajoute peu après: "quand j'lis, j'comprends jamais c'que j'lis". Y participent ce qu'il appelle "les mots scientifiques" ( exemples: parallèlement circonstanciel)... Il s'en explique longuement... En orthophonie, nous prêtons une attention particulière à ces verbes modaux que Mme Borel appelait les verbes "abstraits". Il posent le problème du point de vue de l'expression du sujet dans le discours (toujours l'énonciation): sur le mode du devoir, falloir, pouvoir...
Je m'arrête provisoirement là, si quelqu'un veut
poursuivre le débat ou apporter d'autres expériences... Merci d'avance
@+ Jacq
De : Michel MONOT
Date : Ven 17 nov 2000 6:45am
Je précise mon tour mon point de vue de béotien.
Lorsque j'enseignais la lecture au CP, il y a très lontemps, obligé par la hiérarchie des départements français d'Algérie à utiliser à la lettre et en respectant le calendrier une méthode le langage/lecture très précise, j'utilisais un truc anglais connu sous le nom de "flash-cards".
Dès qu'un mot avait été abordé, je le transcrivais sur une étiquette en lettres assez grosses pour être visible de tous. J'avais sur mon bureau tout un paquet d'étiquettes que j'utilisais pour des révisions ou pour boucher un trou dans l'emploi du temps. Je montrais les "cards" très rapidement, à la manière d'un flash, ce que Alain avait d'ailleurs suggéré de faire. Cela amenait les élèves à lire globalement. Méthode globale ? Non, surtout pas, c'était interdit. Alors méthode globalisante, nuance.
Il me semblait alors, pour autant que l'on puisse lire dans les boîtes noires, que certains élèves avaient besoin de cette approche rapide pour cesser d'anonner, ce qui était mon but, mais que d'autres avaient besoin de ce passage pour partir du sens et revenir aux mots pour retrouver leur composition.
Il me semblait, pas plus.
Michel MONOT
Pédagogie de Maîtrise à effet vicariant : http://www.offratel.nc/magui
| Acquérir les
mécanismes de lecture le plus tôt
possible |
De : Jean-Pierre
Date : Mer 15 nov 2000 12:47pm
Le 15/11/00 12:49,Jacqueline a écrit :[...]
c'était une technique qui convenait à ceux qui avaient acquis le mécanisme de
l'apprentissage. [...]
Bonjour,
Voici pourquoi il est fondamental de faire acquérir les mécanismes de la lecture le plus
tôt possible aux enfants.
Le Ministère de l'Éducation nationale ne s'y est pas trompé dans ses propositions de
nouvelles instructions officielles il y a un an.
Cordialement,
Jean-Pierre
De : Jacq
Date : Mer 15 nov 2000 11:38pm
OK bien sûr pour le plus grand nombre, mais ceux qui ne peuvent pas
l'acquérir! Ils existent, réfractaires aux "mécanismes"... à suivre...
Jacqueline
De : Jacq
Date : Jeu 16 nov 2000 2:07am
Cher Jean-Pierre
J'ai répondu très abruptement car j'avais pas mal de courrier. Il me semble
que tout le problème est là, entre Instructions Officielles, qui ne font que
officialiser le désir profond de tout enseignant, et le fait que, dans la
pratique, quel qu'en soit notre désir, nous n'y parvenons pas pour certains.
Est-ce leur désir à eux qui manque (cf. Meirieu, éducabilité ET liberté)
ou quelque chose de beaucoup plus complexe. Une stagiaire me posait la
question hier de ce qui était à la base, sur ce qui commençait de la poule
ou de l'oeuf pour un non-lecteur (ex non-lecteur) qui commence à accepter de
"travailler" la forme écrite, ayant accepté il y a un an de
commencer à lire, après plus de deux ans de travaux d'approche passant par
l'acceptation de son père, qui, pour lui l'avait rejeté dès la naissance,
essayer d'entendre les sons (incapable de repérer des rimes), les syllabes
dans le mot, refusant toute décomposition analytique, ne parvenant pas à
assembler une consonne avec une voyelle, même avec un geste facilitateur de
façon stable car cela marchait parfois, ayant mal au ventre à chaque fois
qu'on essayait de passer par une approche logographique, bref toutes les
pistes possibles (j'en oublie bien sûr). Mon hypothèse de
travail est qu'il doit bien y avoir un terrain neuro de type dominance
cérébrale droite avec difficulté de passage à gauche et de fixation
d'automatismes au niveau sous-cortical qui du coup ne peuvent se
transférer dans le cortex frontal, mais pourquoi cette difficulté de
transfert, est-ce en relation ou causé par ce qui relève de l'affectif (il faut
remarquer l'attachement de ces enfants à leur mère, leur difficulté à
accepter de grandir et donc leur ancrage dans un mode de fonctionnement
(global) qu'ils sont censés quitter dans le passage à l'écrit)? Avez-vous
rencontré des enfants comme cela? je ne l'ai vu que parce qu'il échouait
totalement en CP, et c'est une chance qu'on n'ait pas attendu la troisième
année d'apprentissage après avoir épuisé les ressources locales, comme
pour le premier non-lecteur que j'ai eu il y a une dizaine d'années.
Il y a aussi ceux qui entrent dans le mécanisme mais hors
signification. La 3e enfant que j'évoquais ne connaît bien sûr aucune des
irrégularité mais ne peut donner un seul non de fleur, elle n'a jamais regardé autour
d'elle pour donner un sens à ce qui l'entoure. Elle ne trouve un mot que dans un
contexte "verbal" adéquat. Elle a "appris" à parler
comme elle a appris à lire... Je l'ai amenée devant la fenêtre pour
référer ce qu'on voyait sur un puzzle qui regroupe les saisons, les feuilles
jaunes qui tombent par exemple... mais, plus jeune elle se cachait sous une
table pour ne pas être là m'a dit sa grand-mère. Ne pas voir, ne pas
entendre, et malgrè tout elle parle et lit et fait illusion. Que penser d'un
tel apprentissage?... Bien cordialement
Jacq
PS j'essaie de mettre en place un poster sur les questions que posent les
non-lecteurs pour le 8e Salon International Psychiatrie et Système Nerveux
Central de La Villette dans quelques jours (27/11-1/12).
De : Jacq
Date : Jeu 16 nov 2000 2:07am
Merci à Marc pour avoir saisi mon point de vue et sélectionné ce qui
l'intéressait plus particulièrement dans ses commentaires.
Je voudrais revenir sur l'exemple que j'ai donné (le 4e, ado de 5e), je n'ai pas voulu recopier son "élaboration" du "mot-scientifique" mais je m'y vois contrainte pour évoquer le fait que ce n'est pas seulement <pour sauver son discours> mais que cela correspond à une perception/reconstruction personnelle de l'univers en général. Il se fait des théories en quelque sorte. Je citerai donc ce que j'avais retenu dans l'article où j'avais posé "Les Pénéloppes de l'apprendre, ou l'étayage qui ne tient pas" (p.90): Les mots scientifiques, pour lui, ...C'est tous les grands mots... ou qui veulent dire deux choses: bissectrice. Il y ajoutera l'identification de synthèmes (signe résultant de la combinaison de deux signes) renvoyant à deux mots et qu'il appelera par extension "mots-scientifiques", ex. "porte-fenêtre" "armoire à glace": ils ne le deviennent que du fait de devoir entrer dans une combinaison ou lorsqu'ils sortent du contexte référentiel familier. Ainsi pour cheval-vapeur; "Pas si du côté de l'animal, le mot ça dépend comment on le pense, ça peut devenir scientifique ou pas". Il me semble, avec le recul (et plusieurs rencontres avec d'autres enfants), qu'on est là dans une rationalisation d'un système de pensée qui s'accroche à une référenciation que je qualifierais d'expérientielle (si je peux me permettre ce néologisme).Les enfants m'apprennent beaucoup sur la variation de tout ce que "penser" peut élaborer, en sortant du discours rapporté, même si on n'invente rien de neuf sous le soleil. Chacun d'entre eux (ils sont en difficulté, ne l'oublions pas) ne comprend-il pas à sa façon, à condition bien sûr de chercher à comprendre, et reste dans ce qui lui est familier, à partir de ce qu'il connait et qui s'ancre dans sa propre vie et non dans des savoirs abstraits. Ce que j'observe c'est que l'abstraction, comme la virtualité relèvent de points de vue qui leur échappent. D'où leur incompatibilité avec la "langue de la grammaire". J'en profite pour rajouter aux... du paragraphe à propos des verbes modaux "j'allais oublier "savoir"... dans la dialectique entre apprendre pour savoir, pouvoir reproduire en récitant par exemple, et découvrir pour connaître et comprendre (est-ce une dialectique ou deux mondes inconciliables?).
Très interressantes pour moi qui suis sans cesse confrontée aux enfants en grande difficulté vos remarque sur d'autres types d'enfant. Les non-lecteurs qui entrent dans l'écrit et dyslexiques qui n'ont pas appris au stade logographique ne peuvent non plus se constituer un stock lexical dont ils puissent disposer. Ils n'arrivent pas à les "entrer" en mémoire. N'en déplaise à certains, ils ont un problème avec les "automatismes" qui ne se mettent pas en place et demandent une intervention consciente et un contrôle quasi permanent... Mais comment se fait-il qu'il leur soit si difficile de répéter des mots en les syllabant (je ne parle pas de les lire bien sûr!). Ce n'est pas qu'à l'écrit que se posent les problèmes que vous évoquez ci-dessous et bien des orthophonistes travaillent au niveau de l'oral en préalable à toute autre démarche:
<J'ai remarqué qu'un enfant qui a appris des mots globalement, ce qu'on appelle le stade logographique ne reconnaît plus - momentanément- ces mots dès qu'il cherche à les décoder. Que s'il s'arrête là, il va écrire ensuite phonétiquement (déchiffrage juste pour lire) et ne pas accéder au niveau orthographique. Ce qui me fait ajouter que connaître un mot à ce stade c'est en connaître les syllabes ( régularités) et les marques d'irrégularité, morphologiques. Ce n'est pas un retour au stade global. Je pense à une spirale pour figurer ce retour plus élaboré.>
Je vais méditer sur "la spirale", comment cette métaphore peut m'aider à aider, merci de me la suggérer.
<Car j'ai le sentiment que les stades logographique et orthographique sont confondus. Peut-être par ceux qui ont tendance à minimiser le rôle du décodage. Par exemple les partisans de la lecture visuelle par la forme. (du néo global ???)>
Pour mémoriser un mot, j'ai une stratégie qui passe par la verticalité. Je vais bientôt l'exposer sur mon site, mais cela demande de mettre en place tellement d'implicites que je n'ai pas assez de temps pour l'instant et l'utiliser sans comprendre toutes les implications n'a aucun sens, ce n'est ni une technique, ni un procédé mais une démarche complexe qui doit s'adapter à chaque enfant. Elle permet à l'enfant d'intérioriser la forme (analysée) du signifiant et de retrouver sa globalité (cf l'intonation). A suivre.
Tout ce que vous dites des "homo" en tout genres est bien sûr au coeur de l'allergie à la variation de bien des enfants en difficulté, n'est-ce pas déstabilisant d'accepter qu'une même forme puisse avoir plusieurs sens, et que ce qui se ressemble ne soit pas identique par exemple... Le principe même est en question, un point de vue qui ne serait pas le Vrai, l'Unique etc..
| Lecture méta et compréhension |
De : ZwobadaJ
Date : Ven 17 nov 2000 2:47am
je me trouve parfois en face d'enfants complètement perdus et à qui il
suffit de donner la clé, mais ils sont capables différencier avec cette clé alors
que d'autres non et il faut vraiment parfois remonter très loin, du genre
série à établir avec un seul élément qui change (couleur, forme) dans les
mathoeufs par exemple (matériel de maternelle). Cela dépend aussi de, s'ils
ont pu établir un espace orienté, à partir de leurs propres repères, sans
que ce soit appris avec des repères stables et permanents, du genre à
droite, du côté de la fenêtre. (Il y a des cultures orales où
l'orientation spatiale s'établit en langage, sur ces bases). La question du métalinguistique me semble complexe. Il faut un
déclic pour comprendre les rimes. Il y en a qui y parviennent dès l'âge de
a maternelle tout seuls, quelques uns qui le comprennent par l'entraînement
en Grande Section, et d'autres qui continuent à ne rien repérer. J'ai
vérifié ce témoignage d'enseignant. Certains enfants qui commencent à
parler nous montrent également ce qui se passe au niveau du flou de leurs
premiers essais: ils ont repéré une intonation, espèce de moule cadre qu'on
leur donne et qui les intéresse pour essayer de répéter ce qu'on vient de
dire, où les syllabes glissent sans être marquées, insaisissables, de même
que les traits différenciateurs des phonèmes. La syllabe n'y est pas encore
et cela les aide que de reprendre en syllabant mais, parfois, casse le jeu,
car ce n'est pas du même ordre. C'est quand même à la base de l'aide
technique qu'on utilise en rééducation, mais les enfants sont plus grands.
Je suis tout à fait d'accord sur la difficulté à repérer ceux qui ont besoin d'une approche de type orthophonique, autrement que par l'échec répétitif, constant etc.. et là encore certains enfants qui comprennent le truc et se débrouillent à compenser leur tendance à confondre des lettres se retrouvent en échec à la compréhension. L'idée n'est pas nouvelle, il y a 40 ans les enseignants repéraient ces enfants en CE2, échec à comprendre les énoncés des problèmes, les textes écrits plus "littéraires", c'était du temps où sévissait le Bled et il suffisait pour certains de comprendre le truc de l'exercice (ça doit être comme la dernière fois, ou comme fait le voisin, ou à l'intuition) pour le réussir. La linguistique ayant posé l'énonciation, l'implicite et l'utilisation du contexte, il arrive que dès le CE1 (selon les manuels et les enseignants) on repère les "petits lecteurs" en perdition sur ces points.
Que faire avec la compréhension?
Pour ma part, j'ai suivi dernièrement deux enfants depuis la maternelle pour
le langage (et un bègue gaucher, le graphisme et l'orientation) qui
trouvaient qu'ils n'avaient pas besoin que je m'en mêle plus que je ne
l'avais fait (posé la correspondance) puisque ça allait bien en classe en
CP...Il a fallu l'échec en fin de CE1 pour qu'ils reviennent en acceptant de
changer de méthode de travail (cf le "sans issue?" du témoignage
d'un dyslexique). Il m'avait semblé, quand ils arrivaient à lire, que
c'était grâce à ce qu'on appelle la mémoire visuo-spatiale qu'ils avaient
pu compenser l'instabilité du signifiant oral pour l'un et les difficultés
d'orientation des formes et anticipations chez l'autre. Mais leur lecture
reste très hésitante et aléatoire et les problèmes de fond qu'ils
présentaient ne se sont pas résolus par la lecture: ils n'acquièrent aucun
vocabulaire en lisant et leur langage reste toujours minimal.
Cela aurait à voir (hypothèse de travail) avec une façon d'apprendre à parler qui leur donne un langage restreint sur tous les plans, qui fait illusion quand ils ne malmènent pas trop la syntaxe (comme l'un d'entre eux qui parle comme sa mère étrangère), car il est adapté à la communication banale. J'ai toujours trouvé qu'on avait fait un mauvais procès à Bernstein (Langage et classes sociales) qui opposait langage restreint (on dirait maintenant énonciatif) et langage élaboré (syntaxique) en le rapportant à une hypothèse socio-culturelle. Il n'est pas question pour moi de prédétermination mais d'environnement plus ou moins favorable (bain linguistique) et j'avais observé (dans ma thèse) une analogie avec la situation linguistique de ma population de recherche, entre la langue parlée à la maison (ce qu'on appelait l'arabe dialectal) et la langue de l'école (l'arabe littéraire). Il me semble qu'il ne faut pas s'enfermer dans les connotations de telles recherches et en garder ce qui semble éclairant sans pour autant s'inscrire nécessairement dans le débat qu'elles entraînent. J'ai présenté ces hypothèses sur cette façon d'entrer dans le langage, sans faire jouer la "décontextualisation", ni au niveau des mots, ni au niveau de la situation (ce qui permet le transfert de l'acquisition) au Grofred à Rouen (lien sur mon site) et, de façon plus explicite (l'autre était un poster), dans une communication à l'Aric qui devrait être publiée, ce qui n'a pas l'air de se faire. Je faisais référence à Ombredane, Halliday, aux contextes restreints... en plus de Vygotski et de Bruner qui sont mes guides...
En exergue de mon poster en élaboration: "ces enfants qui n'apprennent pas comme on enseigne".
Merci à vous et à tous de vos réactions à mes propos, même et surtout du fait que nous soyons dans des approches et des démarches de prise en charge différentes. Cela me permet d'organiser ce que je fais à un niveau où la communication devient possible (je l'espère) et ainsi de progresser, car pratiquer sans analyser cette pratique favorise la répétition et fait oublier la singularité de chaque rencontre avec un enfant.
@+ peut-être
Jacqueline
Mémorisation, verticalité et
fonctionnement de type dyslexique |
Cest ainsi que pour écrire sans trop de fautes, lorsquon ne peut mémoriser un lexique suffisant et que les règles, récitées (donc sues par ailleurs) ne sont jamais appliquées, lenfant en cours dapprentissage et ultérieurement si les automatismes continuent à ne pas se fixer, doit sinterroger sans cesse, singulier/pluriel, accord pas accord, la nature des mots, leur fonction etc.. dans la démarche proposée en orthophonie (cf. " Grammaire ").
Pour le lexique, il y a bien sûr les homophones quil faut contrôler systématiquement avec le secours de repérer sa nature et sa fonction, toutes les histoires quon peut raconter autour de tel ou tel mot (mémoire contextuelle), linscrire dans sa " famille ". Il y a surtout tous les mots de plus de trois syllabes dans lesquels tout se bouscule en quelque sorte. Bien souvent lenfant ne peut même pas le répéter sans en escamoter une partie. Cest avec les non-lecteurs qui mont obligée à remonter à la source même des opérations impliquées au niveau psychique que jai précisé la démarche que jutilise pour permettre à lenfant de se " représenter " un mot afin de pouvoir le retenir. Au bout de quelque temps ce " traitement " particulier du mot nest plus indispensable et est réservé aux mots qui embarrassent lenfant.
Pourquoi passer par la verticalité ? Jai remarqué que ces enfants lisent (quand ils lisent, car ils cherchent toujours à deviner dabord), ils lisent les colonnes plutôt que les lignes dans les tableaux comme si ces dernières nexistaient pas.
Lun dentre eux (8 ans ½) a même disposé le " compter de deux en deux " sur le boulier verticalement, sans réaliser que le 10 se lisait sur la barre ! Cest aussi celui qui a le plus dinterrogations sur la compréhension de tout ce quon peut comprendre : les grandes fonctions du corps humain, situer les pays, les planètes, croire aux preuves de lexistence (êtres vivants) des pokémons, des fantômes etc.. Il a des " théories " (croyances) sur tout et a besoin de les exprimer. Je fais donc lhypothèse que la verticalité oblige lenfant à ne pas rester dans ses automatismes perceptifs inefficaces dune part et quelle favorise ainsi une décomposition lettre à lettre dunités préalablement identifiées globalement pour constituer la forme écrite dun son dans toutes ses variantes possibles (cf. les tableaux Ling. Fonct.).
La démarche proposée ci-après représente une séquence dont on doit suivre rigoureusement lenchaînement en se rappelant que lenfant " a " la parole et peut/doit sy référer (quand il a ce genre de difficultés dapprentissage) à défaut davoir lécrit.
A propos de " méthode, technique, procédés "
Pour constituer un lexique écrit (est-ce linterdit de voir ? cf. le lit, il lit), (lappropriation perceptive de son nom : lentendre, le voir en rêve ?) doù limportance de la " signature " cf. Chrystelle (non-lecteur) qui signait les mots texte (autonomes sur un papier) de la " liste "(27) quelle sétait constituée pour sapprendre à lire, je propose la démarche suivante (inspirée de pratiques orthophoniques autour de S. B-M, en particulier A. G-B, S. Rouchy et lécriture verticale qui nous vient de Roumanie) :
Premier temps, appropriation de sa mise en forme : mise en corps par la parole. On rencontre un mot qui crée un état de panique dès loral ou pour lécrire, (le plus difficile possible, sauf anticonstitutionnellement, point darrivée). On lapprivoise par la syllabation : le répéter en tapant les syllabes sur la table, plan horizontal, par couple de deux ou trois selon la composition du mot, un rythme donc, avec une certaine " musique ". Au début jimpose mon rythme, ma musique, en passant éventuellement par la " prise en main " (prendre la main, les mains (alternance) de lenfant pour le " porter " dans cet apprentissage) tout en lui signalant quaprès ce sera à lui de les trouver dans le mot, les siens donc. (Cest une sorte de jeu comme lorsque le petit enfant joue à marcher en se mettant sur vos pieds, en avant, en arrière, et explore ainsi dautres sensations associées à la marche). Jai parfois limpression de lui faire violence en introduisant cette proximité, compte tenu de son âge, mais cest répondre à un état de panique par un pont corporel en quelque sorte, lui transmettre calme et maîtrise dans une relation de confiance (différente dune dépendance fusionnelle de par les commentaires verbaux ) basée sur le profond respect de nos rapports.
Deuxième étape, analyse : mise en lettre via les sons entendus (graphies sur deux tableaux, (figurant le système mis en place à partir de petits cartons), voyelles/consonnes, dans un classeur qui permet de les actualiser à la demande ou simultanément). Selon les connaissances de lenfant on pose les syllabes dabord sur le tableau des voyelles (en répétant la syllabe et en montrant la voyelle quelle contient), puis des consonnes (si on ne les a pas encore travaillées sous cette forme ou si lenfant est plus avancé comme en CM1, on peut les écrire dans un coin du tableau (toujours en référence au son)).
Il se lève et passe alors au tableau, plan vertical, (avec toujours un va et vient possible pour se référer au classeur) pour écrire chaque lettre en lettre attachée (cursive), verticalement, les unes en dessous des autres, en séparant chaque syllabe orale par un petit trait (schéma CV ou CVC), avec une tolérance pour une syllabe finale en cas de e muet comme on leur apprend à lécole (on clôt le mot par deux traits). En cas derreur il y a discussion , retour aux sources, complément annoncé
Troisième étape, intériorisation : de la perception à la représentation avec transfert du visuel en auditif, via la lecture qui reconstitue lunité syllabique, mais intériorisée car bouche fermée. On accompagne lenfant en lui demandant de se dire dans sa tête ce quil vient décrire en suivant le parcours mental de chaque syllabe quon montre verticalement dans un temps quon lui donne, en lentendant, trois fois de suite (ou moins sil pense le connaître, lavoir appris donc).
Il arrive que lenfant se lépelle. Pour certains dysorthographiques cela peut peut-être suffire (il sagirait de renforcer une mémorisation de type visuel), et il est bon de ne pas toujours casser une stratégie que lenfant pense maîtriser. Mais à la première erreur, il faut lencourager à réaliser quil y a une autre manière de faire et essayer de lamener à accepter de sexercer à changer de ce que nous qualifierons de " stratégie ".
Quatrième étape : lunité du mot reconstruite par le mouvement graphique. On lui demande décrire les yeux fermés en attaché, sans lever le feutre, en pensant très fort le mot par syllabe (donc oral). Les erreurs proviennent de la référence automatisée aux lettres par lécole et provoquent la reprise de létape précédente avec laccentuation de la consigne de lentendre dans sa tête (se le dire en le voyant défiler, lettre à lettre, sans bouger les lèvres).
Cinquième étape : retour à
lanalyse dans le registre de lécrit. Elle se fait
systématiquement avec les plus grands, à laise avec lalphabet, mais il
faut,pour eux aussi, la mettre en place, avec un rythme pour la fluidité. Pour les
autres, lenfant se retourne, retape le mot avec la main sur la table (donc par
syllabe), reprend chaque syllabe pour en détailler le contenu en lettres nommées sur un
autre ton et rapidement en tapant chaque lettre (avec le doigt par exemple)
Il
nest pas toujours nécessaire de lexiger avec cette rigueur de procédure
jusquau premier échec
Certains enfants réalisent (et lexpriment) que cest le mouvement qui leur a
permis de fixer cette forme.
*
Schéma de
lappropriation du mot dans toutes ses dimensions
(il est évident quon a dabord parlé de son sens)
Globalité (indécomposable, intonation, musique) -> analyse :
Syllabe : A-uditif + M-ouvement+R-ythme. -> A-MR horizontal
Lettre/syllabe/mot : V-isuel + MD-ésignation sur tableau (voyelles, consonnes) + déplacement (changement de plan) + MG-raphique des lettres en v-ertical + P-arcours des yeux (recollage) avec entendre (lecture silencieuse). -> (V-MD+MGv+MP)
Mot : Graphisme C-ontinu h-orizontal + Y-eux fermés. -> MG-ChY Rétablissement de la linéarité.