La
différence entre ces deux types de forts est non seulement la surface mais
surtout l'armement. Les petits forts avaient un armement plus "léger".
Ils
étaient tous triangulaires et constitués d'un massif en béton simple (non armé),
où se situaient les chambrées, les principaux organes de défense ainsi que
les coupoles (servant tant à la défense rapprochée qu'au tir à longue portée).
Un fossé sec entourait le massif fortifié. Les locaux de service (cuisine,
douches, latrines, boulangerie, lavoir...) se trouvaient dans les parties externes du
fort (contrescarpe).
Les
intervalles entre les forts seront défendus par des troupes d'infanterie dans
des tranchées et des redoutes. Celles-ci ne seront construites qu'à la déclaration
de la guerre.
En
tant qu'état neutre, la Belgique fit alors appel à des sociétés françaises
pour ses cuirassements et à des sociétés allemandes pour leurs armements.
Un
premier crédit de 31.000.000 francs or sera voté le 1er juin 1887 et réduit
à 24.000.000 de francs or lors du vote à la Chambre.
La
loi du 27 juin 1887 accorde au ministre de la guerre un premier crédit
extraordinaire pour la construction de fortifications sur la ligne de la Meuse.
Le
29 juin, une loi approuve les acquisitions et les expropriations.
Pendant
ce temps, l'apparition des obus-torpilles(1886) et les perfectionnements de
l'artillerie (mobilité, cadence de tir, précision et portée) ont obligé
l'usage de bétons et surtout de cuirassements "plus résistants" que
sur les plans initiaux.
Un
supplément 54.000.000 de francs or est accordé le 10 avril 1888,
grâce au soutient du roi Léopold II dont le général Brialmont était le
conseiller militaire.
Le
9 février 1888 l'adjudication est octroyée à une entreprise française :
Adrien Hallier, Letellier Frères et Jules Baratoux. Les premiers travaux débuteront
au mois de juillet 1888. Près de 10.000 ouvriers travailleront sur les
chantiers. Le tout fut réalisé à la main des terrassements aux bétons . La réception
du gros oeuvre se fera 4 ans plus tard, le 29 octobre 1891. Malgré les
difficultés rencontrées par les entrepreneurs (accès, matériaux, voies de
communications...), les délais seront respectés. Ce seront les premiers forts
modernes qui allieront une superstructure en béton sur laquelle sont posés des
cuirassements blindés qui plus est à grande échelle.
Un
peu plus de vingt ans plus tard, les forts conçus par le général Brialmont
auront à subir le feu de pièces de 28 à 42 cm dont le potentiel destructeur
est bien plus élevé. Cela expliquera les destructions occasionnées aux
ouvrages mais pas les raisons de leur reddition.
Durant
la période de paix de 1891 à 1914, les forts ne seront occupés que par une
garnison réduite dite de maintenance et à certaines périodes des exercices de
mobilisation et simulation de guerre auront lieu.
D.
BASTIN
Le fort de Hollogne est un
petit fort de la P.F.L. et il épouse la forme d’un triangle équilatéral.
La partie essentielle du fort se compose du massif central, en béton, qui
abritait les organes principaux de la défense (bureau de tir, magasins à
munitions, machineries, etc.) et duquel émergeaient les coupoles pour les
pièces à longue portée (12, 15, 21 cm) ainsi que les coupoles des pièces
de défense rapprochée (5,7 cm). Un fossé
sec ceinturait la partie fortifiée. Divers locaux se situaient sur
la partie arrière du fort (escarpe et contrescarpe), dite front de gorge.
Hollogne constituait la 12ème
Batterie et était avec les forts de Flémalle et de Loncin, intégré au
3ème Bataillon de Forteresse. En août 1914, le fort était
sous les ordres du capitaine-commandant Léon Cuisinier. Dans sa tâche,
il était secondé par le sous-lieutenant Joseph Neuville (commandant de
l’Artillerie), le sous-lieutenant Gaston Jacques (commandant de l’Infanterie),
le médecin Cuypers et l’adjudant de matériel François-Xavier Papleux.
A partir du 04 août 1914,
le fort offrit une belle résistance face à l’envahisseur allemand ;
les documents sont là pour en attester. Après avoir vu son voisin
direct, le fort de Loncin, exploser (15août) et après avoir subi un
bombardement, la garnison de Hollogne rendit les armes dans la matinée du
16 août. Le dernier fort de la P.F.L. était tombé.
Les garnisons des forts de
Liège firent preuve d’une énergie morale incroyable mais durent se résigner
à capituler quand tous les moyens de défense furent épuisés ou devenus
sans effet. Nos Alliés le reconnaîtront bien vite, la résistance de Liège
permit ce que l’on a appelé « Le Miracle de la Marne ».
Par la suite Liège aura,
comme on le sait, l’honneur suprême d’accueillir, sur son territoire,
le monument commémoratif des Alliés de la Grande Guerre et sera la première
ville étrangère à recevoir, à titre militaire, la Légion d’Honneur
française.
Après la reddition de sa
garnison, le fort de Hollogne fut occupé par les troupes allemandes ;
celles-ci y effectuèrent des modifications mineures qui affectèrent très
peu sa structure initiale.
Bien que servant de dépôt
pour l’Armée belge, le fort ne fut pas réarmé lors de la réactivation
des forts de Liège. En mai 1940, il eut cependant à subir un
bombardement aérien ; des pilotes de Stukas de la Luftwaffe
l’ayant confondu avec le fort de Flémalle. Durant la Seconde Guerre
mondiale, il fut à nouveau occupé par les Allemands ; ceux-ci
voulurent l’intégrer dans un site de lancement de V2 à partir du
tunnel de chemin de fer Fexhe-le-Haut-Clocher – Kinkempois, à
Hollogne-aux-pierres. Durant l’hiver 1944-1945, lors de la Bataille des
Ardennes, le fort servit d’hôpital militaire pour les troupes américaines.
A la fin du Second Conflit
mondial, le fort fut utilisé comme dépôt par l’Armée belge. En
pleine « Guerre Froide », il fut transformé en poste de
commandement par la Force aérienne belge ; celle-ci l’occupa
jusqu’en 1992.
Bien qu’étant toujours
propriété du Ministère de la Défense nationale, le fort fut laissé à
l’abandon par l’Armée belge.
Alors qu’il assumait le
commandement du 3ème Wing Tactique de Bierset, le colonel
aviateur ingénieur Jean Joly apporta son aide précieuse à quelques
« mordus de la fortification » et leur permit l’accès au
fort. Quelques mois plus tard, ceux-ci créèrent, en 1993, l’asbl
« Comité de Sauvegarde du Patrimoine Historique du Fort de Hollogne »
(CSFH, en abrégé).
Grâce à l’intervention
de sa Majesté le Roi Albert II, le CSFH obtint, le 14 février 1994, une
concession d’occupation du site. Depuis lors, l’asbl s’active à
redonner au fort son aspect initial, à le protéger, tout en préservant
son patrimoine tant historique que naturel, et à le faire découvrir par
le public.
Enclavé entre l’E40,
l’A604 et les pistes de Liège-Airport, le site du fort de Hollogne,
d’une superficie de 3,18 hectares, est un des rares témoins du riche
passé patrimonial de Grâce-Hollogne encore accessibles au public et est
le seul ouvrage de l’ancienne Position Fortifiée de Liège de 1914 à
ne pas avoir subi de modifications majeures suite à ses occupations
successives, ennemies ou alliées.
En plus de son grand intérêt
historique, le fort de Hollogne est un havre de paix pour de nombreuses
espèces animales et végétales. Outre une nouvelle espèce d’Hétéroptères
recensée en Belgique et 7 espèces animales protégées par la Loi, la
faune est abondante sur le site et celui-ci abrite également de
nombreuses plantes, dont plusieurs sont devenues rares en Hesbaye. De ce
fait, le parcours de visite a été agrémenté par des panneaux consacrés
à la botanique.
Le 05 octobre 1996, le CSFH
a inauguré, en présence des diverses autorités et associations
patriotiques, un monument dédié à la mémoire des défenseurs du fort
de Hollogne. Cette cérémonie fut rehaussée de la présence de Madame Hélène
Cuisinier et de Monsieur Freddy Neuville, respectivement fille du
capitaine-commandant Cuisinier et fils du sous-lieutenant Neuville.
Le dernier fort de la P.F.L.
à se rendre en août 1914, est aussi le dernier à avoir son monument.
Une injustice est réparée ; le fort est enfin sorti des oubliettes
de l’Histoire.
Mis en vente, courant 1997,
par le Ministère de la Défense nationale, le fort de Hollogne a été
acquis, en 1998, par le Ministère de l’Equipement et des Transports et
fait dorénavant partie des installations aéroportuaires de Liège-Airport.
Le 06 novembre 1998, le CSFH
était autorisé, par la Société Aéroportuaire de Bierset (SAB), à
poursuivre ses activités sur le site du fort de Hollogne.
Les 24 et 25 avril 1999, le
fort de Hollogne accueillit de très nombreuses associations « fortificatives »
belges et étrangères à l’occasion de l’exposition « Un siècle
d’Histoire militaire » organisée par le CSFH Un large public répondit
à l’appel.
Le fort de Hollogne reste
toutefois méconnu par la majeure partie des habitants de Grâce-Hollogne
et des communes avoisinantes. De par sa volonté de s’ouvrir vers l’étranger,
le CSFH a acquis une notoriété auprès des associations sœurs étrangères
et cette politique continue de porter ses fruits.
Le CSFH est jumelé avec
les « Amis de Vauquois et de sa Région » (association ayant
en charge la mise en valeur de la tristement célèbre Butte de
Vauquois-en Argonne, où, durant la Grande Guerre, se déroula la terrible
Guerre de mines) et avec « les Amis du Fort de Bourlémont »,
magnifique ouvrage Séré de Rivières situé dans les Vosges (France).
A.
RESIMONT