Historique des forts

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Histoire des fortifications liégeoises.

1830. Création de la Belgique

Ce nouveau petit état, obligatoirement neutre, formé de toutes pièces est en fait un tampon entre 4 puissances militaires, économiques et coloniales rivales ( France, Royaume-Uni, Pays-Bas et Allemagne).

Sa neutralité était garantie par : le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Prusse, la France et la Russie.

 

 

La guerre de 1870

 

La guerre franco-allemande qui aboutira à la chute de Napoléon III et à l'émergence de la république en France,  débute le 19 juillet, après le rejet d'une médiation anglo-russe, la guerre est déclarée à la Prusse. Dès le 15 juillet, la Belgique mobilise ses troupes aux frontières Sud et Est du pays. Le danger de franchissement de celles-ci sera le plus fort le 1er septembre lors de la bataille de Sedan.

4 septembre 1871 : défaite et capitulation à Sedan. Napoléon III est fait prisonnier et est interné près de Cassel.

1871 

La France se voit amputer de deux départements (l'Alsace et la Lorraine), qui sont rattachés à l'Allemagne et est condamnée à verser une contribution de guerre de 5 milliards de francs or suivant les closes du traité de paix de Francfort du 10 mai 1871.

Chacun des deux belligérants fortifient puissamment ses nouvelles frontières, tout en voulant une revanche et une nouvelle guerre. Leurs frontières étaient tellement fortifiées qu'un affrontement direct était impossible. Si un nouveau conflit éclatait, ils devraient passer soit par la Suisse ou plus probablement par la Belgique violant ainsi la neutralité d'un de ces deux pays. Le gouvernement belge émet alors l'idée de créer deux places fortifiées : une à Liège(face à l'Allemagne) et l'autre à Namur (face à la France).

Il faut attendre 1882 pour que le général Henri-Alexis Brialmont propose la création de positions fortifiées modernes (en béton) dans son livre : "La situation militaire de la Belgique". A cette époque il se heurte violemment à la classe politique mais de nouvelles tensions entre la France et l'Allemagne feront avancer le projet. Le 31 décembre 1886, il est invité à faire des propositions au ministre de la guerre le général-major Charles Pontus. Il est alors décidé de construire 12 forts autour de Liège et 9 autour de Namur.

Ce seront  des places d'arrêt permettant de fixer l'ennemi et de le retenir en bloquant l'utilisation des voies de chemin de fer, des voies navigables et des routes. Ce temps sera mis à profit pour effectuer une mobilisation générale et à concentrer les troupes face à l'ennemi. Le renforcement de la place d'Anvers est aussi approuvé, la ville devra devenir le refuge national en cas d'invasion. Ces forts devront résister aux plus grosses pièces d'artillerie de l'époque, soit aux obus de 22 cm.

A Liège, les 12 forts seront distants entre eux de +/- 4500 m. et de +/- 7500 m. du centre de la ville, portant ainsi le périmètre de défense de Liège à 48 km. La place de Liège change de dénomination et devient le Régiment de Forteresses de Liège en abrégé : le R.F.L. .

             Deux types de forts sont construits: 

 

6 grands forts

6 petits forts

Pontisse Liers
Loncin Lantin
Flémalle Hollogne
Boncelles Embourg
Fléron Chaudfontaine
Barchon Evegnée

 

 

La différence entre ces deux types de forts est non seulement la surface mais surtout l'armement. Les petits forts avaient un armement plus "léger".

              

Ils étaient tous triangulaires et constitués d'un massif en béton simple (non armé), où se situaient les chambrées, les principaux organes de défense ainsi que les coupoles (servant tant à la défense rapprochée qu'au tir à longue portée). Un fossé sec entourait le massif fortifié. Les locaux de service (cuisine, douches, latrines, boulangerie, lavoir...) se trouvaient dans les parties externes du fort (contrescarpe). 

Les intervalles entre les forts seront défendus par des troupes d'infanterie dans des tranchées et des redoutes. Celles-ci ne seront construites qu'à la déclaration de la guerre.

En tant qu'état neutre, la Belgique fit alors appel à des sociétés françaises pour ses cuirassements et à des sociétés allemandes pour leurs armements.

Un premier crédit de 31.000.000 francs or sera voté le 1er juin 1887 et réduit à 24.000.000 de francs or lors du vote à la Chambre.

La loi du 27 juin 1887 accorde au ministre de la guerre un premier crédit extraordinaire pour la construction de fortifications sur la ligne de la Meuse. 

Le 29 juin, une loi approuve les acquisitions et les expropriations.

Pendant ce temps, l'apparition des obus-torpilles(1886) et les perfectionnements de l'artillerie (mobilité, cadence de tir, précision et portée) ont obligé l'usage de bétons et surtout de cuirassements "plus résistants" que sur les plans initiaux.

Un supplément  54.000.000 de francs or est  accordé le 10 avril 1888, grâce au soutient du roi Léopold II dont le général Brialmont était le conseiller militaire.

Le 9 février 1888 l'adjudication est octroyée à une entreprise française : Adrien Hallier, Letellier Frères et Jules Baratoux. Les premiers travaux débuteront au mois de juillet 1888. Près de 10.000 ouvriers travailleront sur les chantiers. Le tout fut réalisé à la main des terrassements aux bétons . La réception du gros oeuvre se fera 4 ans plus tard, le 29 octobre 1891. Malgré les difficultés rencontrées par les entrepreneurs (accès, matériaux, voies de communications...), les délais seront respectés. Ce seront les premiers forts modernes qui allieront une superstructure en béton sur laquelle sont posés des cuirassements blindés qui plus est à grande échelle.

Un peu plus de vingt ans plus tard, les forts conçus par le général Brialmont auront à subir le feu de pièces de 28 à 42 cm dont le potentiel destructeur est bien plus élevé. Cela expliquera les destructions occasionnées aux ouvrages mais pas les raisons de leur reddition.

Durant la période de paix de 1891 à 1914, les forts ne seront occupés que par une garnison réduite dite de maintenance et à certaines périodes des exercices de mobilisation et simulation de guerre auront lieu.

 

D. BASTIN       

 

 

HISTORIQUE SUCCINCT DU FORT DE HOLLOGNE

12ème BATTERIE, 3ème BATAILLON D'ARTILLERIE DE FORTERESSE

POSITION FORTIFIEE DE LIEGE

 

Le fort de Hollogne est un petit fort de la P.F.L. et il épouse la forme d’un triangle équilatéral. La partie essentielle du fort se compose du massif central, en béton, qui abritait les organes principaux de la défense (bureau de tir, magasins à munitions, machineries, etc.) et duquel émergeaient les coupoles pour les pièces à longue portée (12, 15, 21 cm) ainsi que les coupoles des pièces de défense rapprochée (5,7 cm). Un fossé  sec ceinturait la partie fortifiée. Divers locaux se situaient sur la partie arrière du fort (escarpe et contrescarpe), dite front de gorge.

        Hollogne constituait la 12ème Batterie et était avec les forts de Flémalle et de Loncin, intégré au 3ème Bataillon de Forteresse. En août 1914, le fort était sous les ordres du capitaine-commandant Léon Cuisinier. Dans sa tâche, il était secondé par le sous-lieutenant Joseph Neuville (commandant de l’Artillerie), le sous-lieutenant Gaston Jacques (commandant de l’Infanterie), le médecin Cuypers et l’adjudant de matériel François-Xavier Papleux.

        A partir du 04 août 1914, le fort offrit une belle résistance face à l’envahisseur allemand ; les documents sont là pour en attester. Après avoir vu son voisin direct, le fort de Loncin, exploser (15août) et après avoir subi un bombardement, la garnison de Hollogne rendit les armes dans la matinée du 16 août. Le dernier fort de la P.F.L. était tombé.

        Les garnisons des forts de Liège firent preuve d’une énergie morale incroyable mais durent se résigner à capituler quand tous les moyens de défense furent épuisés ou devenus sans effet. Nos Alliés le reconnaîtront bien vite, la résistance de Liège permit ce que l’on a appelé « Le Miracle de la Marne ».

Par la suite Liège aura, comme on le sait, l’honneur suprême d’accueillir, sur son territoire, le monument commémoratif des Alliés de la Grande Guerre et sera la première ville étrangère à recevoir,  à titre militaire, la Légion d’Honneur française.

        Après la reddition de sa garnison, le fort de Hollogne fut occupé par les troupes allemandes ; celles-ci y effectuèrent des modifications mineures qui affectèrent très peu sa structure initiale.

Bien que servant de dépôt pour l’Armée belge, le fort ne fut pas réarmé lors de la réactivation des forts de Liège. En mai 1940, il eut cependant à subir un bombardement aérien ; des pilotes de Stukas de la Luftwaffe l’ayant confondu avec le fort de Flémalle. Durant la Seconde Guerre mondiale, il fut à nouveau occupé par les Allemands ; ceux-ci voulurent l’intégrer dans un site de lancement de V2 à partir du tunnel de chemin de fer Fexhe-le-Haut-Clocher – Kinkempois, à Hollogne-aux-pierres. Durant l’hiver 1944-1945, lors de la Bataille des Ardennes, le fort servit d’hôpital militaire pour les troupes américaines.

A la fin du Second Conflit mondial, le fort fut utilisé comme dépôt par l’Armée belge. En pleine « Guerre Froide », il fut transformé en poste de commandement par la Force aérienne belge ; celle-ci l’occupa jusqu’en 1992.

        Bien qu’étant toujours propriété du Ministère de la Défense nationale, le fort fut laissé à l’abandon par l’Armée belge.

        Alors qu’il assumait le commandement du 3ème Wing Tactique de Bierset, le colonel aviateur ingénieur Jean Joly apporta son aide précieuse à quelques « mordus de la fortification » et leur permit l’accès au fort. Quelques mois plus tard, ceux-ci créèrent, en 1993, l’asbl « Comité de Sauvegarde du Patrimoine Historique du Fort de Hollogne »  (CSFH, en abrégé).

        Grâce à l’intervention de sa Majesté le Roi Albert II, le CSFH obtint, le 14 février 1994, une concession d’occupation du site. Depuis lors, l’asbl s’active à redonner au fort son aspect initial, à le protéger, tout en préservant son patrimoine tant historique que naturel, et à le faire découvrir par le public.

        Enclavé entre l’E40, l’A604 et les pistes de Liège-Airport, le site du fort de Hollogne, d’une superficie de 3,18 hectares, est un des rares témoins du riche passé patrimonial de Grâce-Hollogne encore accessibles au public et est le seul ouvrage de l’ancienne Position Fortifiée de Liège de 1914 à ne pas avoir subi de modifications majeures suite à ses occupations successives, ennemies ou alliées.

        En plus de son grand intérêt historique, le fort de Hollogne est un havre de paix pour de nombreuses espèces animales et végétales. Outre une nouvelle espèce d’Hétéroptères recensée en Belgique et 7 espèces animales protégées par la Loi, la faune est abondante sur le site et celui-ci abrite également de nombreuses plantes, dont plusieurs sont devenues rares en Hesbaye. De ce fait, le parcours de visite a été agrémenté par des panneaux consacrés à la botanique.

        Le 05 octobre 1996, le CSFH a inauguré, en présence des diverses autorités et associations patriotiques, un monument dédié à la mémoire des défenseurs du fort de Hollogne. Cette cérémonie fut rehaussée de la présence de Madame Hélène Cuisinier et de Monsieur Freddy Neuville, respectivement fille du capitaine-commandant Cuisinier et fils du sous-lieutenant Neuville.

Le dernier fort de la P.F.L. à se rendre en août 1914, est aussi le dernier à avoir son monument. Une injustice est réparée ; le fort est enfin sorti des oubliettes de l’Histoire.

        Mis en vente, courant 1997, par le Ministère de la Défense nationale, le fort de Hollogne a été acquis, en 1998, par le Ministère de l’Equipement et des Transports et fait dorénavant partie des installations aéroportuaires de Liège-Airport.

Le 06 novembre 1998, le CSFH était autorisé, par la Société Aéroportuaire de Bierset (SAB), à poursuivre ses activités sur le site du fort de Hollogne.

        Les 24 et 25 avril 1999, le fort de Hollogne accueillit de très nombreuses associations « fortificatives » belges et étrangères à l’occasion de l’exposition « Un siècle d’Histoire militaire » organisée par le CSFH Un large public répondit à l’appel.

        Le fort de Hollogne reste toutefois méconnu par la majeure partie des habitants de Grâce-Hollogne et des communes avoisinantes. De par sa volonté de s’ouvrir vers l’étranger, le CSFH a acquis une notoriété auprès des associations sœurs étrangères et cette politique continue de porter ses fruits.

        Le CSFH est jumelé avec les « Amis de Vauquois et de sa Région » (association ayant en charge la mise en valeur de la tristement célèbre Butte de Vauquois-en Argonne, où, durant la Grande Guerre, se déroula la terrible Guerre de mines) et avec « les Amis du Fort de Bourlémont », magnifique ouvrage Séré de Rivières situé dans les Vosges (France).

     A. RESIMONT