Le massif de la Pierre-Saint-Martin (Pyrénées-Atlantiques - France et Navarre - Espagne) est l'un des tous premiers karsts d'altitude d'Europe (600 à 2500 m d'altitude) par la taille et la réputation. Sous cette dalle de Calcaire des Canyons (Campanien-Turonien du Crétacé) de 120 km2 environ pour 400 m d'épaisseur moyenne et inclinée au nord-ouest, se développent de très célèbres et importants réseaux spéléologiques : gouffre de la Pierre-Saint-Martin (-1342 m / 55 km), Sima de las Puertas de Illamina (BU 56 -1408 m / 15 km), gouffre du Soudet (BT 6 -1166 m), Sima AN 8 (-801 m), gouffre Lonné Peyret (-800 m / 22 km), Arrestéliako Ziloua - réseau de Kakouetta (-835 m / 48 km), gouffre du Couey Lodge (environ –700 m), etc.
La quasi totalité des eaux du massif (à l'exception du système d'Issaux, drainé vers Lees-Athas, à l’Est) ressort dans les gorges de Kakouetta. Les hypothèses d'avant 1994 faisaient état de deux grands systèmes hydrologiques : Saint-Vincent et Saint-Georges (d'après les prénoms des deux fils de l'hydrogéologue Ravier qui, le premier, en a supposé l'existence dans un mémoire présenté en 1953).
Le système Saint-Vincent, au nord, draine les réseaux de la Pierre-Saint-Martin (P.S.M.), du Lonné Peyret, du BT6, d'Arphidia et du Trou du Renard ; Les eaux résurgent à la source de Bentia (actuellement noyée sous les eaux du barrage de Kakouetta).
Le système Saint-Georges, plus au sud, draine les réseaux d'Anialarra, de la Sima del Tobozo, du BU56, de l'AN8 et du réseau de Kakouetta ; Ses eaux ressortent à la source d'Illamina, également noyée. (figure n°1).
Il s’agit à l’origine d’une hypothèse de Jean-Michel Ameil (Spéléo-Club Poitevin) reprise par Corentin Queffélec (A.R.S.I.P.) sur l’existence probable d’un grand système hydrologique indépendant entre la rivière de la Pierre-Saint-Martin (P.S.M. dans le texte) et le réseau d’Anialarra. Un système quasiment indépendant, coincé entre Saint Vincent et Saint Georges, sans pouvoir clairement prédire duquel il serait tributaire. Cette hypothèse portait le nom de Z, première lettre du secteur de Zampory. Elle prévoyait un grand système spéléologique équivalent au BU. 56 ou à la P.S.M.
Le nom est resté et l’hypothèse est devenue réalité...
En 1983, invités par les spéléologues du S.C. Poitevin, installés à la Pierre depuis 1972, les Stéphanois du Comité Départemental de Spéléologie de la Loire (C.D.S. 42) découvrent un gouffre très enneigé qui semble bien partir. Nom de code : M.413 (le treizième trou du quatrième carré de la zone M, pour Murlong, objet d’une prospection systématique depuis plusieurs années). Un soir, deux jeunes explorateurs en ressortent hallucinés, ils se sont posés en douceur dans une grande salle (la salle Nine), à –316 m, avec des ruisseaux partout ! Le lendemain, une équipe renforcée par des Poitevins dresse la topographie et surtout découvre «La rivière».
Z n’est plus un mythe, elle existe !
De superbes amonts sont rapidement explorés jusqu’à 1500 m de la salle Nine. Malheureusement, à l’aval, la cavité bien que très prometteuse ne se livrera que difficilement à des explorateurs pourtant prêts à bien des sacrifices dans un réseau souvent bas de plafond et haut de plancher, de surcroît fort mouillé ! En fait il y a deux avals ! Une « branche Nord » aquatique à souhait, étroite, et une « branche Sud » plus spacieuse au début, suite logique se terminant sur une trémie. Cette diffluence exceptionnelle se poursuit jusqu’à –600 m sur plus de 3 km !
En 1994, alors que les équipes se sont un peu essoufflées, un traçage organisé par l’A.R.SI.P. va relancer l’intérêt pour ce gouffre. Le M.413 se termine alors sur des étroitures à -520 m dans la branche Nord et à -450 m dans une grande salle (la salle de l'Épine) au bout de la branche sud, pour un développement total de 5 675 mètres.
Il s’agit de la plus vaste opération de traçage jamais réalisée sur la Pierre-Saint-Martin : 13 équipes représentant près de 200 spéléologues (dont des plongeurs) sont mobilisées, 5 gouffres et 4 résurgences sont équipés et surveillés, 20 fluocapteurs disposés à 17 endroits différents et 5 kg de fluorescéine déversés (non sans mal du fait de l’enneigement important du gouffre cette année là) à l’amont de la diffluence dans la rivière Z !
Les résultats, bien que très difficiles à obtenir, puis à interpréter, suite aux conditions climatiques de l'automne 1994, font état de deux "trajets" du colorant. Les fluocapteurs de l'AN8 et du réseau de Kakouetta, ceux du Trou du Renard réagissent positivement, alors que ceux de la salle de la Verna dans le réseau de la P.S.M. restent négatifs ! Et les deux émergences sont colorées ! Comme pour mettre tout le monde d'accord, la rivière Z semble se déverser dans les deux systèmes...
Y a-t-il mélange des deux aquifères au niveau de la zone noyée ? Y a-t-il eu déversement d’un système dans l’autre suite aux crues de l’automne ? Ces suppositions relancent la motivation des explorateurs, même si les chances paraissent maigres d’apporter la solution à d’aussi épineuses questions par la seule exploration…
L’agitation qui s’ensuit donne la bougeotte à un certains nombres de spéléos de la première et de la deuxième heure, restés fidèles à la Pierre malgré l’éloignement ou la diminution d’activité. Une nouvelle équipe se forme autour d’un « noyau dur » Spéléo Club Poitevin – C.D.S. 42 - Clan des Tritons (de retour après 40 ans d’absence, remember Clan de la Verna !).
1995. Les résultats du traçage attirent une poignée de fidèles qui souhaitent reprendre les explorations. La désobstruction de la salle de l’Épine est réalisée et livre 2,7 km de première à des spéléos un peu ahuris de découvrir de superbes galeries de 20 x 20 m à 30 x 30 m ! Arrêt sur rien à -650 m dans du «très gros». Le trou est baptisé Gouffre des Partages en honneur de la diffluence mais aussi pour ce que son exploration implique de partage entre équipes. Les galeries, salles et passages découverts porteront désormais les noms de titres de films ou allusions cinématographiques, centenaire du cinéma oblige. Développement : 7 675 m.
1996. Les troupes sont mobilisées à nouveau et l’on craint même la surpopulation ! Finalement, malgré une crue mémorable (cf. l’article « explo torrentielle aux Gouffres des Partages », dans spéléo n°24 de 1996, avec les splendides photos de Serge Caillault), l’interclubs au grand complet explore près de 5 kilomètres (4857 m exactement) de galeries plus fantaisistes les unes que les autres, à partir d’une superbe tente de bivouac installée à -640 m au lieu-dit « 37°2 le Matin » grâce à l’aide de nos GM (gentils mécènes). La profondeur n’est que de -700 m car le pendage est quasiment nul à cet endroit mais ça part vraiment de partout ! Développement total : 12 532 mètres.
1997. Les explorations se poursuivent dans l’euphorie générale. Le terminus n’est pas dépassé, mais cela laisse tout le loisir aux explorateurs de topographier 2338 m dans des galeries latérales. Parallèlement aux explorations, des investigations naturalistes sont menées, en effectuant des mesures physico-chimiques de l’eau, des estimations de débits et des prélèvements biologiques. Des aphænops, des diptères, des collemboles et même un lombric sont récoltés ; un pseudo scorpion et un squelette de chauve-souris sont observés à -650 m ! Le journal Sud-Ouest assure la couverture médiatique de l’expédition avec la une en début de camp et un bel article en fin de camp. La spéléométrie accuse une profondeur de 701 m pour 14870 m de développement.
1998. La fièvre retombe, certains piliers de l’Interclubs sont alors absents et la suite ne se livre pas facilement. Le bivouac est déplacé plus près des objectifs et dans un endroit plus confortable, sur une plage de sable sec à –650 m juste après la salle West Side Story. Seulement 1121 mètres de topographie sont levés. Le Gouffre des Partages atteint 15991 m de développement pour une profondeur inchangée de –701 m.
1999. Il faut se ressaisir et trouver la suite, quitte à l’inventer ! Une forte équipe ré-attaque le siphon terminal et dégage en deux séances (après un combat par trop inégal avec Tréminator dans une autre galerie, cf. encadré) un passage étroit court-circuitant l’obstacle, baptisé Germinal en hommage aux mineurs de fond. Derrière c’est grandiose. On remonte dans une salle en cloche, baptisée Salle Patrick Roy, qui fait peut être 100 mètres de diamètre… Deux jours de plus au fond permettent de ramener plus de 2600 m de première topographiée pour une cote de -810 m dans du très gros, de taille semblable aux grandes salles de la Pierre. Une nouvelle pointe de 20 heures post-bivouac permet d'atteindre la cote de -931 m pour un développement total de plus de 20 km. Arrêt dans une galerie d’environ 120 m de large sur 320 m de long baptisée l’Eclipse et pour cause ! Une dernière pointe a lieu fin août pour y voir plus clair. La galerie terminale est tellement grosse que l'équipe ne peut retrouver, faute de balisage, le terminus de l'équipe précédente, un petit puits sans courant d'air ! Une suite est aperçue rive droite dans une fracture transverse : arrêt sur escalade chaotique ; la rivière se perd avant la grande galerie et tout n’a pas été fouillé, loin de là ! 700 m de topographie sont cependant dressés dans des affluents avant le siphon du Big Blues. De retour au bercail, nous nous rendons compte qu’il existe de grosses erreurs topographiques, la rivière remontant son cours par endroit ! De plus, des mesures altimétriques effectuées fin août diffèrent notablement des relevés et semblent indiquer que la profondeur de –1000 est déjà atteinte… Profondeur prudemment annoncée : -931 m, développement : 20740 m.
Par amour du travail bien fait, les troupes s’organisent pour mener un gros raid de reprise topo et d’explo. Il faut installer un deuxième bivouac, vers –1000 m, ce qui suppose une logistique importante, du matériel et de l’argent… Heureusement, l’interclubs Gouffre des Partages, lauréat d’une bourse Expé, est aussi soutenu par Leica France et Royco. L’huile de coude est également mise à contribution.
1 ère partie du camp, fin juillet & début août
Comme chaque année le camp débute fin juillet avec une 1 ère expédition composée de deux équipes ayant pour ambition de réaliser d’emblée une bonne partie des objectifs. Une 1 ère équipe de 4 s’engouffre donc le lundi 24 juillet très lourdement chargée et parvient au bivouac 1 « Tous les Matins du Monde » en 9 heures. Les sacs varient de 20 à 35 kg ; en tout c’est plus de 55 kg de carbure qui sont descendus par exemple, cela devient himalayen !
Le lendemain, cette équipe part en direction du fond, mais ralentie par la rivière en furie, elle décide (sagement !?) de se délester de l'essentiel du matériel et de commencer la reprise topographique en renonçant d'aller au fond. Après 4 heures de travail derrière l’étroiture de –700 m, surprise ! ce boyau, « Germinal », s’est complètement rempli d’eau ! La stupeur passée, c’est l’installation d’un point chaud. Le verdict de l’inventaire tombe : la moitié d’un bidon de bouffe, quelques fringues de rechange et du carbure ! Le moral est bon, la deuxième équipe devrait être là dans 24 heures. Mais c’est sans compter sur le déluge qui tombe dehors ! L’équipe 2 se voit contrainte de reporter son entrée de 24 heures… C’est en fin de compte seulement 50 heures plus tard que les 4 infortunés sont délivrés par l’équipe 2 qui a passé 5 heures à vider cette affreuse vasque à l’aide de bidons et de sacs étanches...
Après une bonne nuit de sommeil dans un bivouac transformé pour la cause en véritable poulailler (à 10 c’est un peu juste), 3 membres de l’équipe 1, marqués par 50 heures de jeûne et de manque de sommeil remontent accompagnés de 2 membres de l’équipe 2 à l’ardeur passablement émoussée par le poids des sacs et la tournure des évènements. Bref, c’est à 5 que le bivouac 2 « Songe d’une Nuit d’Eté » est installé à l’entrée de l’Eclipse après 9 heures supplémentaires de portage épuisant. En deux jours de boulot au fond, 1,8 km de topographie sont réalisés sans, du côté des explorations, faire de découverte majeure si ce n’est un modeste réseau marqué par un net courant d’air aspirant « -1001 l’Odyssée de l’Espace » et la descente du puits terminal jusqu’à un petit siphon. La topographie de l’Eclipse est entièrement réalisée en 7 heures ; elle mesure près d’1 km de circonférence ! Sur le chemin du retour, près de 800 m sont topographiés à nouveau confirmant les erreurs de pente de l'année précédente. La cote –1000 est sans aucun doute dépassée, bien que des chiffres plus précis ne soient pas encore disponibles. Compte tenu des éléments altimétriques disponibles et de la qualité de certains contacts entretenus avec la presse, nous décidons d’annoncer le nouveau –1000 m sans toutefois donner plus de précisions. La presse locale, désœuvrée en ce début d’août (la chute du concorde ayant fini d’occuper les unes), en fera ses choux gras de diverses manières pas toujours très professionnelles…
Peu de temps après, une équipe photo réalise une bonne dizaine de photos aux ampoules dans les grands volumes (notamment la salle de l’Eclipse) et 20 minutes de vidéo. Une dernière expé fait une incursion au fond afin de poursuivre la désobstruction de « –1001 l’Odyssée de l’Espace » et commencer avec quelques arguments l’aménagement sérieux de « Germinal ».
Bilan de la 1ère partie du camp : le bivouac 2 est installé, 1,8 km de topo ont été dressés, des photos ont été faites, mais le gros point noir demeure, « Germinal » n’est pas sûre et aucune suite évidente n’a été trouvée.
2e partie du camp, fin août
L’ensemble de l’équipe de 6 débarque le 26 août au matin à la Pierre. Le soir même, les sacs sont à l’entrée du trou. L’expé se scinde en deux groupes : un de 2 et un de 4, cette fois encore bien chargés ! Les 2 premiers « Partatgiens » crapahutent jusqu’au bivouac 2 en 9 heures, tandis que les 4 autres atteignent le bivouac 1 en 10 h, ce qui permet de relativiser quelque peu les distances et de désacraliser le fond, même si de l’aveu même des fautifs, ils se sont mis dans le rouge !
Le lendemain, deux équipiers rejoignent le bivouac Songe d’une Nuit d’Eté tandis que les autres restent à –700 m pour aménager « vous savez quoi et avec de quoi dire ! ». Les quatre compères du fond fouillent un peu partout et trouvent un petit système de conduites forcées, du type de la « Dolce Vita » dans le réseau de Kakouetta, bref, la découverte du jour ! En une séance, ils lèvent 50 visées pour 300 m de première.
Le 3e jour, ils remettent ça avec à nouveau 50 visées dans du « très varié » : puits, zones boueuses, passages bas et petits actifs, sans pour autant retrouver la rivière. Ce réseau, « le Labyrinthe des Passions », semble complexe et bien près de la zone de battement d’un niveau noyé ! Un petit air de Larrandaburu, non ?
Le 4e jour, ce groupe remonte en levant 700 m de topo vers –800 m dans les Rivières Pourpres, sous le laminoir du Silence des Agneaux, avant de rejoindre enfin les deux taupes qui creusent toujours à –700 m dans Germinal.
Une dernière séance de topographie (1 km de mieux) et de désobstruction, puis tous mettent les voiles en direction de la surface. Lors de la remontée, le déséquipement du bateau et des 320 m de puits sont réalisés dans la foulée.
Bilan de la campagne 2000
Certains pourront penser que 2000 est une petite année ; mais finalement, malgré quelques fâcheux contretemps, quasiment tous les objectifs ont été atteints : 4730 m de topo ont été dressés dont plus de 1,2 km de neuf ; le passage Germinal parait sécurisé et ne devrait plus pouvoir siphonner ; des photos et des images vidéo ont été réalisées ; un nouveau bivouac est opérationnel à –1000 m. Du coté des découvertes, ce sont 1273 m qui ont été topographiés à l’extrême aval et dans divers affluents. Côté chiffres, le développement passe à 22013 m, la profondeur à -1091 m. Ce gouffre devient ainsi officiellement le 4e « moins mille » de la Pierre, le 8e de France et le 64e mondial (mais en changeant un peu les règles on peut devenir « Champion du monde », cf. encadré) ; La salle de l’Eclipse - avec sans doute plus de 40 000 m 2 – devient l’une des 10 plus vastes salles du monde !
Les T.P.S.T : la durée de chaque explo a varié de 60 h à 180 h.
L'année 2000 fut marquée par la découverte d'un réseau prometteur : "Le Labyrinthe des Passions" vers -1050 m juste derrière la Salle de l'Eclipse. En deux séances, l'expé de fin août 2000 leva 800 m de topo dans une zone complexe. L'été 2001 avait donc pour objectif principal la poursuite de l'exploration de l'aval et en particulier de ce réseau.
Comme d'habitude la première équipe arrive le 21 juillet, heureuse de se retrouver, une fois n'est pas coutume, sous le beau temps... Ces 6 vaillants explorateurs mettent deux jours à équiper les 300 m de puits d'un M 413 métamorphosé… En effet, depuis 1995 l'enneigement de la zone d'entrée avait bien diminué, mais cette année les 50 premiers mètres de puits sont méconnaissables. La neige laisse place à de la glace et vers -20 m là où subsistait un énorme pont de glace mêlée de caillasses d'environ 5 m3, ne reste à présent pas une miette de quoi que ce soit… Mais surprise ! à partir de -60 m et ceci jusqu'à -250 m on observe une quantité étonnante de neige. Des parois immaculées et une douche froide agrémentent un peu plus la progression dans les puits. A noter aussi que le P50 faisant suite à la zone d'entrée a fait l'objet d'un rééquipement complet pour cause de chutes de glace.
C'est le 23 juillet que l'équipe 1 s'engage pour 6 jours sous terre. Sept heures après son entrée elle arrive à -700 m au bivouac "Tous les matins du monde". Le lendemain, les 6 spéléos se dirigent vers -1000 m au bivouac "Songe d'une nuit été", avec comme le premier jour, de bonnes charges. La salle de "L'Eclipse" est atteinte en 5 heures et nous profitons des dernières heures de la journée pour augmenter le confort du bivouac bien trop rustique à nos yeux jusqu'alors… Le 3e jour est consacré à l'escalade d'une trémie, entrevue il y a 2 ans au bout de la salle et à la topographie de la salle de "L'Eclipse" Le bilan de la journée est bon : 900 m de topo dans la salle, le bouclage total est enfin terminé. L'escalade a pu être court-circuitée et une suite a pu être trouvée dans une énorme trémie de 80 m de haut Le début est assez sain mais le haut est carrément craignos. C'est encourageant, d'autant plus que le courant d'air y a été retrouvé… Le lendemain nous partons explorer le "Labyrinthe des Passions" si prometteur l'été dernier. Beaucoup de travail de topographie dans ce système complexe de conduites forcées ; des puits descendus et des bébêtes prélevées… Dans une flaque des plus glauques vers -1060 m, nous trouvons des aphænops, des myriapodes et autres fauves du GDP. En fin de journée, nous découvrons dans ce réseau un conduit étroit, suivi d'un beau P20 donnant dans une salle aux dimensions respectables (Ø 20 m). La suite est large, mais toujours dans le même style qu'auparavant, arrêt sur une voûte mouillante avec courant d'air soufflant. Le 4e jour c'est la remontée au bivouac 1 en retopographiant près de 1 km du cheminement de 1999 (Soleil Trompeur, Le Canyon, Chaos d'Armageddon). A noter que nous avons repéré dans "Soleil Trompeur", un conduit perché en hauteur dans la galerie. Atteindre ce porche demanderai environ 40 m d'escalade artificielle dans 20 m péteux et 20 m surplombants. L'escalade du 3e millénaire, oui certes, mais pas tout de suite… La remontée vers la surface se fera sans encombre le dernier jour.
Une petite semaine après, une 2e équipe s'engouffre. L'équipe en question est composée d'un chef (32 ans et déjà vieux briscard…) et deux jeunots qui découvrent le gouffre. La relève se déciderait-elle à arriver ? De la topographie (600 m) pour cette expé de 6 jours installée au bivouac 1 et beaucoup de points d'interrogations levés… En effet la "Planète des Singes" dans la baïonnette qui n'avait pas été revue depuis 1997 a fait l'objet de 2 jours d'explo mais sans trouver la 2e diffluence de la rivière Z et la porte de l'axe AN3-AN8. L'équipée est aussi retournée dans "Retour vers le Futur", la branche amont qui remonte vers le M.31. Nous n'avions pas remis les pieds là-bas depuis 1999 (épisode "Tréminator") et à priori il y a un important travail de topographie à réaliser et quelques amonts à explorer... A noter que "A l'Est d'Eden" n'a pas été revu depuis 1998 et semblerait être un très bon candidat pour la jonction avec le Pourtet.
Une dernière
équipe de 5 s'est engagée la dernière semaine d'août
avec le même fonctionnement que les précédentes : 4 jours
de "transport souterrain" et 2 jours d'exploration. L'explo s'est
faite principalement au fond dans le "Labyrinthe des Passions" et
la voûte mouillante entrevue fin juillet n'est finalement qu'un amont
sans suite évidente. A revoir avec de nouvelles têtes ! Au début
de la salle de l'Eclipse, là où se perd la rivière entre
les blocs d'effondrements, une suite a été repérée.
En effet, la rivière s'enfonce dans un conduit constitué principalement
de blocs mais qui est tout à fait pénétrable… Cela peut
être intéressant car nous ne retrouvons plus de trace de la rivière
Z à l'extrême aval.
Pourtant des traces de mises en charge ont été observées
dans le "Labyrinthe des Passions". S'agit-il du témoin d'une
époque passée ou d'un fait actuel ? Les avis divergent sur le
sujet sachant que les traces de pas de 2000 étaient encore présentes
jusqu'à cet été et, ceci jusqu'au fond (-1097 m). Rajoutons
que cette partie du réseau semble être intéressante pour
l'étude des conduits en régime noyé. En effet nous avons
pu découvrir notamment dans un ancien siphon aujourd'hui à sec
des galets en argile ! Des galets à l'allure parfaite mais entièrement
faits d'argile ! Et il y en a pour tous les goûts : du gros de 15 kg au
mini de 100 g…
Au total 1 905 m de neuf cette année. La topographie reprise l'année dernière est entièrement bouclée soit près de 5 km en 2 ans… Les objectifs pour l'année prochaine seront sans doute l'exploration de la trémie des "Tueurs Nés" vers -1000 m, l'exploration de "Retour vers le Futur" et en particulier de "A l'Est de d'Eden" puis la recherche de la 2e diffluence de la rivière Z située probablement entre -400 m et -700 m.
Le développement du Gouffre des Partages est de 23 918 m pour une dénivellation de 1097 m.
A noter aussi, que nous avons effectué tous nos relevés avec un prototype d'appareil combiné compas-clinomètre visible sur le site du Clan des Tritons. Ce combiné est d'une précision redoutable ! En effet sur des bouclages de plusieurs centaines de mètres nous obtenons à chaque fois seulement quelques dizaines de centimètres d'erreur !
Grand Merci à Leica pour le prêt d'un Disto laser et au C.D.S. 42 pour son aide financière.
L’entrée assez petite s’ouvre sur les splendides dalles de lapiaz des Arres d’Anie sur le chemin menant au Pic d’Anie. Les puits sont enneigés et englacés jusqu’à -200 m, ce qui ne facilite pas la progression. Bien que l’entrée soit couverte de tôles chaque année, la cavité se bouche, quoique de moins en moins, et a nécessité souvent de longues et froides séances de désobstruction. Après 316 mètres de puits sans autre difficulté qu’une ou deux étroiture gelées, on se pose dans la Salle Nine, vaste salle d’effondrement dont l’éboulis dépasse 40 mètres de hauteur.
Des amonts faciles et aquatiques mènent au bout de 1,5 km à des puits remontants, à peine 150 m sous la surface, au pied du Pic d’Anie. A l’aval la rivière Z, qui débite moins de 40 l/s à l’étiage, se divise en 2 branches parallèles, l’une dite « Nord », l’autre « Sud ».
L’aval Nord est une succession de passages bas et aquatiques nécessitant pontonnière et cagoule Marboré jusqu’à la Salle Vibrante vers -450 m. Lui fait suite la Galerie des Marmites puis une succession de galeries et de petites salles jusqu’au terminus actuel vers -520 m dans une trémie peu engageante.
L’aval Sud commence par 300 mètres de galeries basses également aquatiques, le Ramping du 3ème Type. Après plusieurs désobstructions, l’arrivée dans la Salle de l’Épine se fait entre des blocs vers -450 m. La désobstruction (la quatrième déjà !) de la Grande Évasion livre 800 mètres de parcours aisé dans de grandes galeries actives (le débit est d’environ 50 l/s) jusqu’au siphon de la Mouilleuse Précoce. Bien avant, rive droite, à hauteur du Leurre de Vérité, un réseau effondré, les L5 du Désir, mène à moins de 10 mètres du terminus du L5, cavité située sur le trajet de Z plus en aval que le Gouffre des Partages.
En 1995, la désobstruction du passage Matéo livre une suite fantastique avec quelques passages devenus pour nous mythiques comme Belle de Nuit ou la Vasque et le Prisonnier. La première partie du gouffre se termine ici par un beau siphon, le Big Blues à -701 m.
Un boyau impénétrable rive droite, 50 mètres en amont, aspire le courant d’air. Attaquée dès 1997, sa désobstruction livre la suite deux ans plus tard. Après 70 mètres de reptation dans Germinal, on se redresse au bas de la vaste Salle Patrick Roy (du nom de Patou, arsipien disparu prématurément en 1992). Une énorme galerie - Chérie, j’ai Rétréci les Gosses - à la voûte bien formée, plonge jusqu’au lugubre laminoir de –800 m : Le silence des Agneaux. Une nouvelle galerie très déclive, La Cité des Enfants Perdus, mène vers –900 m au Chaos d’Armaggedon, d’emblée peu engageant. Une descente de 20 mètres entre les blocs cyclopéens livre passage vers une galerie basse et près de l’eau ; La suite est une splendide portion de canyon : 71 Fragments d’une Chronologie du Hasard, qui se termine par la cascade de la Belle et la Bête. Vers –950 m, une courte escalade permet de rejoindre une belle galerie, Soleil Trompeur, au sol encombré d’un énorme éboulis qui faillit venir à bout de certaines bottes... On retrouve la rivière quelques temps. Juste quand elle disparaît entre les blocs dans un gargouillis d’outre-tombe, on remonte par la droite dans l’énorme salle de l’Eclipse.
Cette salle (puisque nous en avons décidé ainsi) mesure 130 m à 150 m de large sur plus de 330 m de long ; L’acoustique s’y révèle absolument unique car l’écho triple les cris, les chants ou les borborygmes que l’on ne peut s’empêcher de multiplier sous la voûte. Dans l’axe de la grande faille qui la structure, une désobstruction (la huitième !) mène à un modeste réseau présentant des traces de mises en charge : -1001 l’Odyssée de l’Espace. Le prolongement nord de la salle de l’Eclipse mène à –1060 m sur un petit puits entre blocs, surplombant un siphon. Une traversée acrobatique au dessus de ce puits a livré les conduites forcées étagées du Labyrinthe des Passions, terminus à –1091 m.
Le potentiel de cette cavité se révèle peu à peu. Beaucoup de passages restent à fouiller, de nombreux affluents ont échappé à nos premières visites, une multitude de puits percent le plafond des galeries, offrant des possibilités de jonction sur Zampory ou ailleurs… Affaire à suivre…
JONCTION AVEC LE RESEAU DE KAKOUETTA
Possibilité de jonction avec l'amont de la rivière du Lakhoura, dans le réseau de Kakouetta - Arresteliako Ziloua (-835 m, 48 000 m) distant de moins de 1 000 m à vol d’oiseau.
TOTAL : un réseau dépassant 70 000 m de développement pour 1514 m de dénivelé.
JONCTION AVEC LA PIERRE-SAINT-MARTIN PAR LE M. 31
Possibilité de jonction entre Retour vers le futur et l’Affluent Ignoré du gouffre du Pourtet (M 31), qui resterait l’entrée haute de la P.S.M.
TOTAL : un réseau de 1400 m de profondeur et plus de 67 000 m de développement.
Et pourquoi pas la synthèse des 2 pour 115 km de développement et –1514 m ?