En 1986, En 1986, 31% des étudiants
adhère aux paroles :
" d'ces moutons effrayé par la libertè;
S'en allant voter par millions
Pour l'ordre et la sécurité "
Nom : SECHAN.
Prénoms : Renaud, Pierre, Manuel,
Né le : 11 mai 1952.
Profession : chanteur de variétés, un des plus aimés du public français.
Fils de l'accordéon et du classique, adepte de Bruant
et de Vivaldi, Renaud est un curieux mélange d'orange et de citron.
Renaud, parolier de génie et
compositeur d'instinct,
évoque dans ses chansons tout ce qui constitue son univers quotidien
: sa famille, ses copains, Paris, la rue...
Devenu star malgré lui, parce que jugeant trop grande
la disproportion entre ses chansons et le succès qu'elles recueillent.
Renaud bénéficie maintenant
d'une réputation internationale. Renaud n'a pas changé,
de ses débuts sur des scènes minuscules jusqu'à son
triomphe dans les salles les plus grandes, il a
gardé ce même amour du public, ce même respect, presque
maladif, de celui qui l'écoute et l'applaudit.
Cette discographie regroupe les tranches de vie de l'artiste
à travers ses chansons. Renaud compte autant de fans, parmi les
jeunes que parmi les moins
jeunes, parmi les intellectuels que parmi ceux qui
le sont moins. Chanteur populaire au sens large du terme, Renaud est sans
conteste un de ceux qui
marquent leur génération, à la manière
d'un Brel ou d'un Brassens. Avec Brassens ce grand chanteur disparu, Renaud
a plus d'un point commun : comme
lui il est anarchiste, mais comme lui aussi
il traîne une timidité et une sensibilité à
fleur de peau. Au moyen âge il y avait des troubadours et des
ménestrels, et aujourd'hui, il y a Renaud. Tin,tin,tin...
"J'aime pas le travail, la justice et
l'armé." La république : "Votre république moi je
la flingue" Les symboles : "J'peux pas encaisser les
drapeaux quoique le noir soit le plus beau La Marseillaise même en
Reggae Ca ma toujours fait dégueuler"
En 1981,Renaud fait 41 % du chiffre d'affaire
de Polydor, qui compte Reggiani, Le forestier, Moustacki. Mais il
a aussi le plus bas contrat. Il part
donc à Los Angeles pour enregistrer son prochain
album. Il s'entoure des meilleurs musiciens, cela coûte et embête
Polydor, mais la boite ne le
regrettera pas. Renaud en a marre et veut voir le large,
il veut voyager : "Dès fois, j'me dit qu'a trois milles bornes De
ma cité, y'a un pays Que
j'connaitrais surement jamais Que p'têtre, c'est mieux
P'têtre c'est tant pis Qu'là bas aussi, j'suis étranger"
Dans cet album Renaud chante aussi
Cabrel : " "J'ai rencontrer Cabrel Assis
au bord de l'autoroute" Les deux artistes sont semblables, ce sont deus
philosophes de la vie. Et ils
s'arrêteront de chanter quand
ils n'auront plus rien à dire. De plus ils sont amis, et continueront
de se voir quand ils ne diront plus rien.
Les dates importantes:
1952 - Coup double pour maman Séchan qui donne à respirer à deux miniature agitées. L'un d'eux s'appellera Renaud.
1963 - Renaud découvre les turpitudes
de l'école et de cette règle de vie embêtante : dodo-boulot-métro.
Outre ce constant fondamental à
la résonance prolétarienne, ce jeune écolier passablement
énervé entre en 6ème et découvre non sans être
ahuri, les gonzesses, l'algèbre et
les profs.
1968 - Mai : Renaud déserte le berceau familial, fête
ses seize ans sur les barricades, adhère au CRAC (comité
révolutionnaire d'agitation
culturelle) avant de fonder en alternatif énervant le groupe gavroche
révolutionnaire. Il crée sa première chanson teigneuse
dans une
Sorbonne occupée et tout à coup hallucinée. Eté
: exil dans les Cévennes… Renaud et sa bande de jeunes s'installent
dans une ferme pour
faire pousser des chèvres et planter du gazon parfumé. Entre
deux séances où chacun s'évertue à écouter
pousser les fleurs, ils plantent le
drapeau noir. Mont-Lozère, terre de contrastes. Septembre : cerné
par les Weston, notre héros crée quand même le groupe
Ravachol.
Renaud fête ces 16 ans dans le quartier latin et comme Gavroche il court d'une barricade à une autre.
"Si un jour j'me retrouve la gueule par terre
Sur qu'ça s'ra d'la faute à Baader,
Si j'crêve le nez dans le ruisseau
Sur qu'ça s'ra de la faute à Bonnot."
(Ou c'est que j'ai mis mon flingue")
"Il s'app'lait Ravachol, c'était un anarchiste
Qu'avait des idées folles, des idées terroristes ../..
Il s'app'lait Ravachol, c'était un anarchiste
Qu'avait des idées pas si folle, des idées terroristes."
1971 - Eté : rencontre fortuite avec
Patrick Dewaere et Dominique Morin en vacances à Belle-Ile. Renaud
a définitivement quitté l'école et
chante ses pamphlets le soir au coin du feu. Amusés par ses histoires
en bitume, ils s'engagent. Renaud fait ses débuts de comédien
dans une
pièce académique 'Robin des quoi ?' du non moins académique
Romain Bouteille.
1973 - Suite de la sage des petits métiers. Pour arrondir
ses fins de mois, Renaud fait la manche avec son poteau Michel, l'accordéon
en
sautoir. Incursion maligne dans la cour du Café de la Gare où
Coluche fait son premier spectacle en vedette. Lederman en quête
de
domination show-biztique repère les deux moineaux et les engage
au Caf'Conc sur les Champs-Elysées. Duo devient trio : Les 3 p'tits
loulous.
1975 - Renaud occupe désormais seul le Caf'Conc. Jacqueline
Herenschmidt, productrice artistique chez Polydor, lui propose d'enregistrer
son premier album. 13 chansons dont Amoureux de Paname et le subversif
et légendaire Hexagone. Résultat des course : 5000 rondelles
vendues et une première experience scénique. L'indispensable
et facétieux Lucien Gibara lui offre sa scène alternative
de la Pizza du Marais
où le tout Paris mondain aime s'encanailler. " Dès qu'il
a chanté je lui ai dit : c'est toi la star ici, Hexagone, c'est
de la merde, tes plans c'est
nul mais la star c'est toi… "
1977 - Renaud chez La veuve Pichard dans une pièce de Martin
Lamotte Le secret de Zonga. En septembre, sortie du deuxième album
intitulé Place de ma mob.
1978 - Renaud en tubes avec le désormais légendaire
et verlanesque Laisse béton. Gavroche sous les sunlights des médias,
ou l'histoire du
dernier apôtre de la zone.
1979 - Au début de l'année, sortie du troisième
album enregistré au studio des Dames. Jacques Bedos est directeur
artistique de l'entreprise.
Des histoires encore dingues, celle du Tango de Massy, celle de sa Gonzesse
où de La tirre à Dédé. L'anarchiste au cœur
noir se
démasque dans une version plus tendre, bardé de sentiments
exacerbés. La rage, ça donne des bleus au cœur.
1980 - Marche à l'ombre déferle sur les ondes en proie
au syndrome disco. L'histoire d'un mec qui vit dans un HLM ou peut-être
d'une
teigne qu'a les yeux qui saignent à cause que la société
elle est pas bonne. Le cuir en étendard, la moue de celui qui se
méfie des méchants,
Renaud invente son frère de cœur, son carbone, Gérard Lambert.
Un
disque tout en urgence, fléché par quelques mises au point
bien
senties. Mars : Renaud squatte Bobino, berceau enchanté de la rive
gauche. Plus qu'un Brassens électrifié, il recrée
des chansons du
répertoire réaliste. Fréhel, Bruant, Montéhus
sont invités à la surboum du titi arqué des années
bioniques. Un tremplin classique pour
confirmer son propre répertoire en deuxième partie. Septembre
: sortie d'un live chaud et émouvant comme Un p'tit bal du samedi
soir et
autres chansons réalistes.
1981 - Tube radio avec l'hymne rigolo des emmerdeurs professionnels
Viens chez moi j'habite chez une copine illustrant sans pléonasme
le film du même nom, signé Patrice Leconte. Le retour de Gérard
Lambert ou le bouclier en double croche anti-blaireaux. Une arme de
première nécessité. Tatouage et clé à
molette pour s 'affirmer musicalement. Sans prévenir, le loubard
au cœur musette se rapproche du clan
des rockets. Paname et son accordéon culbutent tout de même
les facéties saignantes de Coluche le parrain ou du professeur Choron.
Catalogue presque exhaustif des faits et gestes de la France moyenne en
plein chambardement électoral. Tiercé gagnant Mon Beauf',
J'ai
raté Télé-Foot et Banlieue rouge.
1982 - Renaud sur les boulevards pour s'offrir
Un Olympia pour lui tout seul. La rencontre avec les fantômes du
music-hall n'ayant pas
lieu, il n'y retournera pas.
1983 - Septembre : Almanach de secours pour chanter Morgane de toi.
Renaud met du cambouis sur les layettes, et gagne en puissance,
refusant de jouer les éternels rive-gauchards, babas-cool indécrottables,
en se référant encore et toujours à la tradition et
à une certaine
pureté. Il s'ouvre sur le nouveau monde et confronte sa bohème
de naissance à la démesure rock californienne. Bruant travers
presque en
solitaire l'Atlantique. Des tubes et le million d'albums vendus. Dès
que le soufflera (Aufray sorti des eaux, tatatatan…), En cloque
(Rimbaud corrigé), et l'immortel Morgane de toi, clippé pour
la bonne cause par un autre géniteur atteint du même noble
virus de Lemon
incest, Gainsbourg en personne.
1984 - Renaud, chanteur énervé
et énervant, essuie les plâtres d'un Zénith flambant
neuf du 17 janvier au 5 fèvrier. Eté 84 : tournée
au
Québec. Entre deux succès, Renaud est intronisé ambassadeur
impertinent pour la France du parti Rhinocéros, ou comment persister
dans
la verve coluchienne.
1985 - Renaud, poussé par Valérie Lagrange, écrit
avec son ami Franck Langolff l'hymne des Chanteurs sans frontières.
L'Ethiopie meurt
peu à peu et deux millions de 45 tours vendus. Des polémiques,
quelques débats, une algarade plumitive, un concert à la
Courneuve et
Renaud chef de file de la S.O.S. génération, surtout concernée
par l'émotion. Fin 1985 : agitation médiatique pour un changement
de
résidence principale. Renaud quitte Polydor pour s'installer chez
Virgin. Incident à Gorki Parc à Moscou, où Renaud
est invité par les
jeunesses communistes françaises. Les déserteur qui bouffe
des nouilles et fume un joint en écrivant à son président
préféré ne plaît guère
aux jeunes communistes de l'establishement qui quittent la salle. Retour
en France et sortie de l'album Mistral gagnant, enregistré aux
U.S.A. sous la férule de Jean-Philippe Goude. Evénement national
: la chetron sauvage est née et accroche un disque de platine dès
le
10ème jour de la sortie du disque. Miss Maggie tétanise la
perfide Albion, Baby sitting blues émerveille Drucker, Mistral gagnant
nique
les dents de la génération morale.
1986 - Un deuxième Zénith (du 21 février au
29 mars) pour les nostalgiques des carambars enfouis dans les bacs à
sable ; un avertissement
: " Il vaut mieux grandir dans les roses que retomber dans les choux "
; un million d'albums vendus et ce désir plus que jamais vivace
de
prendre le large pour éviter de se mêler de tout.
1987 - Le Gavroche des nouvelles barricades joue les journalistes
sur le terrain afin d'ouvrir l'Occident aux rythmes urgent autant
qu'ondulatoires du zoulou blanc, Johnny Clegg. Dans la foulée, un
message personnel pour son président préféré
: " Tonton laisse pas
béton " ou comment affirmer qu'en bien des circonstances le cœur
des huguenots reste le plus tendre. Entre deux joutes électorales,
Renaud
en tournée européenne (Allemagne, Espagne, Portugal) pour
tenter de leur expliquer que les méchants, c'est pas nous.
1988 - Silence rompu. Putain de camion. Cette fois, y'a du sang
sur les layettes et la teigne aux cheveux jaunes donne sa langue au
chagrin. L'émotion est à l'ordre du vinyl pour Coluche en
fuite. La tendre gouape arc-boutée sur sa méfiance chante
mais ne parle plus. Il se
retrouve que ce chanteur est toujours énervé et préfère
rejoindre les enfants et les baleines dans le silence de l'innocence. Octobre
1988 :
Visage pâle attaquer Zénith.
1991 : Renaud n'est pas rancunier. La preuve, il enregistre son
Marchand de cailloux dans la perfide Albion, certes désormais en
vacances
de Maggie. Les bras en croix dans le dos, un caillasse dans les poings
toujours sérrés, les barricades de 68 sont loin, mais les
intifadas de
tout l'univers démontent nos dernières certitudes. En verve
plus que jamais, notre Gavroche loin d'être bionique fait résonner
l'amertume des
soirs de blues en Irlande et lorsqu'il parle de nous, il n'oublie pas de
dénoncer les belles de printemps qui s'oublient en férias,
de plaindre un
patriarche fatigué de rêver que la gauche reviendrait, et
qu'il y a toujours cinq cents connards sur la ligne de départ. Mais
la vie ça peut être
aussi cadeau surtout le complice Jean-Louis Roques offre la musique du
P'tit voleur qui fera du même coup l'objet du désir d'un clip
sans
précédent, réalisé par Lewis Furey avec la
participation ô combien troublante d'Emmanuelle Béart.
1991-92 - Renaud s'empare du Casino de Paris en oubliant l'escalier
mais avec pour l'occasion l'amorce involontaire d'un retour sous les
cieux du dieu lumière. Arqué comme il se doit, il embrase
chaque soir l'endroit dont il fait sa dernière séance à
lui. S'il fait son cinéma avec
ses chansons, comme Audiard le faisait avec ses mots, c'est sûrement
pour mieux retrouver l'ivresse de la complicité avec les premiers
intimes.
1992 - Retraite pendant plusieurs mois, la
gueule noircie par le drame de Zola. Claude Berri a finalement été
plus convaincant que le plus
glorieux des syndicalistes. Il est l'artisan du retour de Renaud au cinéma.
Germinal comme le symbole de toute un vie, sous l'influence des
destinées opprimées. Un rôle sur mesure, sans outrance,
mais qui le hisse sur le terril d'une incontestable ciné génie.
1993-94 - Sans prévenir, et sans les habituelles trompettes
de la renommée, Renaud grave sur le vinyl à papa les chansons
qui réchauffent
les cœur de ch'timis. Sur le tournage de Germinal, rencontre attentive
et bouleversée avec les figurants, grillots du Nord, porteurs de
l'histoire chantée des gueules noires. Surprise, émotion,
et ralliement public aussi puissant qu'une manifestation réussie.
Les boudeuses
Victoires de la Musique enfin sous le joug de la séduction. Pour
la peine, Renaud annonce à Virgin qu'il rentre chez lui pour enregistrer
son
prochain disque à la maison : A la Belle de Mai.
"A
Chaque enfant qui tombe
Qui meurt loin des yeux de l'occident
Notre ciel devient plus sombre
Et notre avenir moins grand "
Un budget colossal - cent soixante millions de francs - jamais
atteint pour un film français, une pléiade de comédiens
célèbres, six mois de tournage avec de véritables
"gueules
noires" comme figurants et deux mille cinq cents costumes :
pour adapter à l'écran le chef-d'oeuvre de Zola, Claude Berri
a
joué la carte de la superproduction. A la fois chronique et
fresque spectaculaire, Germinal fait revivre le destin des
mineurs du Nord de la France au siècle dernier.
Vingt ans après la naissance, à Londres, en 1864, de l'Association
Internationale des
Travailleurs, Emile Zola met en relief, dans Germinal (publié en
1885), un "soulèvement
des salariés" représentant un "coup d'épaule donné
à la société qui craque un instant".
Roman-pamphlet naturaliste empli de passion, de violence et de sang, Germinal
- le
septième mois du calendrier révolutionnaire - dénonce
l'exploitation inhumaine des mineurs
(hommes, femmes, enfants) du Nord de la France à la fin du Second
Empire (l'action se
déroule en 1866). Au delà de l'échec d'une grève,
suscitée et conduite par Etienne
Lantier, Zola laisse entrevoir la "germination" des idées socialistes,
la prise de conscience,
par les ouvriers, de leurs droits.
une reconstitution fidèle
Qu'il s'agisse des décors, de l'intrigue et des personnages, Claude
Berri s'est attaché à
demeurer fidèle non
pas à la lettre - le 7eme art exige resserrement et dépouillement
par rapport au modèle
original -, mais à l'esprit d'un roman de six cents pages.
Le Voreux, le village minier de
Montsou et son environnement rural, la petite maison de la Mouquette, la
salle du bal pour
la fête de la Ducasse, l'outillage et les galeries de la mine ont
été soigneusement
reconstitués. Le cinéaste a poussé ce souci de fidelité
jusqu'à se procurer une centaine de
chopes de bière (verre en cône soufflé) semblables
à celles d'il y a cent ans.
Les principaux personnages, jouant un rôle important dans le cheminement
d'une intrigue
dont la structure et les noeuds essentiels sont repris dans le synopsis,
revivent sous nos
yeux, interprétés de façon remarquable: en particulier
Maheu, par Gérard Depardieu; la
Maheude, par Miou-Miou; Catherine et Chaval par Judith Henri et Jean-Roger
Milo. Des
trois figures du mouvement socialiste des années 1870-1880, Rasseneur,
Souvarine et
Lantier, Claude Berri a estompé le portrait du premier (Rasseneur/Jean-Pierre
Bisson,
tenancier de l'estaminet, incarnant la "politique des possibilités")
et mis en relief celui des
deux autres. Laurent Terzieff prête son visage anguleux, son regard
d'acier, son débit de
parole sec et tranchant à Souvarine, l'anarchiste, le nihiliste
qui rêve de tout détruire pour
reconstruire un monde meilleur.
Le chanteur Renaud, au jeu très interiorisé, fait une composition
étonnante de sobriété et
de force retenue dans le rôle du héros, Etienne Lantier, qui
représente le courant socialiste
pur et dur, prêt à se lancer dans une action révolutionnaire,
mais avec le souci de ne pas
faire couler le sang. Le coeur empli de la passion de la justice. Etienne
se bat contre
"l'éternel recommencement de la misère". Sans ces comédiens,
Germinal perdrait
beaucoup de sa puissance de crédibilité et de suggestion.
une athmosphère nocturne
Comme le roman, dont seulement le quart des chapitres évoque le
jour, le film se déroule
sous le signe de la nuit, aussi bien en extérieurs qu'en intérieurs
(d'où l'importance des
lampes à acétylène dans la composition de l'image).
Les tons du récit nous apparaissent
sombres, avec une dominante de noirs - la nuit, la poussière de
charbon sur les visages et
ls corps - et de amrron foncé, sur lesquels tranchent les couleurs
vives des tenues militaires
(bleues et rouges) et de la robe rouge de Mme Hennebeau (Anny Duperey).
Le format du grand écran permet au cinéaste de donner une
certaine dimension épique
aux mouvements de foule - marche des grévistes, affrontement avec
les soldats - inserés
dans des plans de grand ensemble qui, en outre, jouent sur la profondeur
de champ. Bien
entendu, l'espace se resserre au fond de la fosse, mais le cinémascope
donne davantage
de relief au labyrinthe de l'entrecroisement des galeries lorsque fuient
l'inondation
provoquée par Souvatine.
Avec sincérité et sensibilité, Claude Berri nous immerge
dans une époque, une société,
des mentalités et la misère d'une profession aujourd'hui
disparus. Très réussi dans les
séquences spectaculaires -saccage de la mine, coup de grisou, inondation
-, son film porte
un témoignage vibrant d'authencité. Mais, dans la description
des conditions de travail au
fond de la fosse, il ne s'élève pas au lyrisme du réalisme
du roman, de même qu'il ne
suggère pas la perspective visionnaire de Zola pour qui la ruée
de la meute des mineurs en
grève évoquait l'image de la révolution en marche.
Renaud est un des plus fidèles artistes des Enfoirés.
L'histoire des Restos
14 octobre 1985
Coluche lance l'idée des Restos du
Coeur sur Europe 1 : "... j'ai une petite idée comme ça.
Si des fois y'a des marques qui m'entendent, y'a des gens qui
sont intéressés par sponsoriser
une cantine gratuite qu'on pourrait commencer par faire à Paris...,
nous on est prêts à aider une entreprise comme
ça qui ferait un resto qui aurait
comme ambition, au départ, de distribuer deux ou trois mille couverts
par jour..."
Hiver 85-86
21 décembre 1985 : ouverture des
premiers centres.
Jean-Jacques Goldman compose la chanson
des Restos.
26 janvier 1986 : Sur TF1, Coluche anime
pendant quatre heures de direct une émission qui réunit tous
les bords politiques, tous les artistes, sportifs,
associations d'aide humanitaire et présentateurs
de toutes chaînes.
5 000 bénévoles ont distribué
8 500 000 repas. Le prix d'un repas complet revient à l'association
à 4,35 F.
14 octobre : Après la disparition
de Coluche, le Président François Mitterrand reçoit
une délégation des Restos du Coeur accompagnée par
Josiane
Balasko, Nathalie Baye, Miou-Miou, Michel
Blanc, Michel Sardou.
Hiver 86-87
1er décembre : émission sur
TF1 réunissant artistes sportifs, hommes politiques de tous bords
qui affirment leur soutien à l'association.
Cette seconde campagne permet de distribuer
11 500 000 repas. 600 points de distribution fonctionnent dans 220 villes
de France, animés par 6 000
bénévoles.
Grâce à l'ouverture des stocks
de la C.E.E - que Coluche avait réclamée devant le Parlement
Européen - le prix du repas coûte 2,80 F à l'association.
Hiver 87-88
Le repas comprend : une tranche de viande
(ou volaille, poisson, oeuf) avec accompagnement (pommes de terre, pâtes,
riz, lentilles), un fromage ou un
yaourt, un fruit et du pain. Régulièrement
sont ajoutés : beurre, lait, sucre. La valeur moyenne de chaque
repas est de 1 400 calories. Au cours de cet hiver,
22 144 000 repas sont distribués.
Forte de 7 300 bénévoles,
l'association compte 725 centres de distribution.
Les frais généraux n'excèdent
pas 4 % du budget.
Hiver 88-89
17 octobre 1988 : au cours d'une émission
télévisée sur TF1, les derniers solex sont vendus
aux enchères au profit des Restos.
20 octobre 1988 : vote à l'unanimité
de la loi Coluche inscrite dans la loi de Finances. Chaque personne ayant
fait un don aux Restos du Coeur bénéficie
désormais d'une réduction
d'impôt égale à 50 % de la somme versée, jusqu'à
un don de 540 F et à 40 % pour la partie supérieure à
540 F dans la limite de 5
% de ses revenus (la loi de Finances réactualise
chaque année le plafond).
Au cours de cette campagne, 25 000 000
de repas sont distribués par 8 500 bénévoles, dans
les 850 centres répartis sur tout le territoire.
61 % des demandeurs ont moins de 500 F
par personne et par mois (loyer déduit).
40 % d'entre eux ont de 20 à 35
ans - 51 % ont plus de trois enfants.
69 % sont d'origine française -
31 % sont d'origine étrangère.
Hiver 89-90
Novembre 1989 : La tournée d'Enfoirés
réunit Jean-Jacques Goldman, Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Véronique
Sanson et Michel Sardou.
5 janvier 1990 : Antenne 2 diffuse une
émission avec "Les Enfoirés" dont Michel Berger, Smaïn,
Guy Bedos, Jacques Higelin.
Création des Relais du Coeur qui
fonctionnent au-delà de l'hiver et perpétuent accueil et
aide aux plus défavorisés. Plus de 10 000 bénévoles
ont distribués
26 000 000 de repas au cours de cette campagne.
Hiver 90-91
Octobre 1990 : Lancement des Camions du
Cœur qui apportent des repas chauds aux personnes sans domicile fixe.
19 décembre 1990 : Signature convention
avec le Ministère du Logement pour héberger les plus démunis.
27 500 000 repas sont distribués
par 11 000 bénévoles dans les 1 300 centres. L'association
compte à présent 128 Relais du Coeur et expérimente
100
logements.
Hiver 91-92
20 janvier 1992 : Soirée des Enfoirés
à l'Opéra Garnier avec Jean-Jacques Goldman, Francis Cabrel,
Carole Fredericks, Michael Jones, Patricia Kaas,
Renaud, Muriel Robin, Patrick Sébastien,
Smaïn, Eric Vu-Han.
Création des Ateliers et Jardins
du Coeur sous l'égide des Relais du Coeur, ce sont des lieux où
ceux qui n'ont pas travaillé depuis longtemps retrouvent les
réflexes du travail et un savoir-faire.
29 400 000 repas, 12 000 bénévoles,
1 200 centres de distribution, 150 Relais du Coeur, 40 camions.
Hiver 92-93
26 février 1993 : Les Enfoirés
chantent Starmania à la Grande Halle de la Villette avec Josiane
Balasko, Michel Blanc, Patrick Bruel, Tonton David, Diane
Dufresne, Jacques Dutronc, Liane Foly,
France Gall, Jean-Jacques Goldman, Renaud, Michael Jones, Patricia Kaas,
Elie Kakou, Peter Kingsbery, Martin
Lamotte, Alain Lanty, Valérie Lemercier,
Claire Nadeau, Yannick Noah, Les Nuls, Florent Pagny, Pierre Palmade, Vanessa
Paradis, Muriel Robin et Smaïn.
17 000 bénévoles ont distribué,
cet hiver, 31 200 000 repas
Hiver 93-94
5 février 1994 : Cette année
les Enfoirés se retrouvent au Grand Rex pour une soirée au
profit des Restos avec Jean-Louis Aubert, Charles Aznavour,
Emmanuelle Béart, Jane Birkin, Romane
Bohringer, Patrick Bruel, Francis Cabrel, la Chorale des Chérubins
de Sarcelles, Marius Colucci, Céline Dion,
Carole Fredericks, Charlotte Gainsbourg,
France Gall, Jean-Jacques Goldman, Michael Jones, Catherine Lara, Yves
Lecoq, Valérie Lemercier, Mimi
Mathy, Jean-Jacques Milteau, Eddy Mitchell,
Florent Pagny, Pierre Palmade, Vanessa Paradis, Paul Personne, Pow Wow,
Renaud, Muriel Robin, Alain
Souchon, Patrick Timsit et Laurent Voulzy.
36 000 000 de repas, 18 000 bénévoles,
1 400 centres de distribution.
Hiver 94-95
8 mars 1995 : Soirée des Enfoirés
à l'Opéra Comique avec Laurent Baffie, Josiane Balasko, Gilbert
Bécaud, Basile Boli, Patrick Bruel, Carla Bruni, Alain
Delon, Elie et Dieudonné, Carole
Fredericks, Liane Foly, Jean-Jacques Goldman, Patricia Kaas, Elie Kakou,
Yves Lecoq, Maxime Le Forestier, Michel
Fugain, Les Nuls, Mimi Mathy, Eddy Mitchell,
Florent Pagny, Pierre Palmade, Vanessa Paradis, Serge Reggiani, Renaud,
Muriel Robin, Véronique Sanson,
Smaïn, Alain Souchon et Laurent Voulzy.
Les 25 000 bénévoles ont
distribué 50 000 000 de repas dans 1 500 centres. Mille personnes
bénéficient d'un logement. Le plafond de la loi Coluche passe
à 1 020 F.
Hiver 95-96
Dix ans révolus, les Restos du Coeur
poursuivent leur action encore cet hiver.
L'association s'est énormément
accrue en dix ans, tant par ses bénévoles que par les aides
multiples qu'elle apporte : distributions alimentaires, relais, camions,
logements... Les chiffres sont éloquents.
Pour ce qui concerne les plus démunis, les chiffres aussi parlent...
Aux Restos du Coeur, les bénévoles accueillent
avec dignité, chaleur et efficacité
ceux qui se sentent exclus de tous leurs droits. Selon, encore et toujours,
les principes qu'avait posés Coluche un après-midi
d'hiver 85.
Après un sondage auprès des
lecteurs du Parisien, des auditeurs d'Europe 1 et des téléspectateurs
de TF1, la Compil' regroupe 16 titres inteprétés lors des
soirées des Enfoirés.
Sortie de La Soirée des Enfoirés
'96, qui a réuni Renaud, Nathalie Baye, Jocelyne Béroard,
Jane Birkin, Carole Bouquet, Patrick Bruel, Francis Cabrel,
Julien Clerc, Gérald de Palmas,
Céline Dion, Princesse Erika, Carole Fredericks, Jean-Jacques Goldman,
Michael Jones, Marc Lavoine, Yves Lecoq,
Michel Leeb, Les Innocents, Philippe Lavil,
Alain Lanty, Thierry Lhermitte, Mimi Mathy, Maurane, Karen Mulder, Yannick
Noah, Pierre Palmade, Vanessa
Paradis, Jean Réno, Muriel Robin,
Véronique Sanson, Alain Souchon, Patrick Timsit et Ophélie
Winter.
Hiver 96-97
26 janvier 1997 : Enregistrement de la soirée
des Enfoirés au Zénith, avec Renaud, Fanny Ardant, Emanuelle
Béart, Jane Birkin, Patrick Bruel, Carla Bruni,
Francis Cabrel, Caroline Cellier, Dave,
Catherine Deneuve, Princesse Erika, Elsa, Carole Fredericks, Jean-Jacques
Goldman, Johnny Hallyday, Patricia
Kaas, Sandrine Kimberlain, I Muvrini, les
Innocents, Michael Jones, Michèle Laroque, Philippe Lavil, Marc
Lavoine, Maxime Leforestier, Thierry Lhermitte,
Yves Lecoq, Mimie Mathy, Nana Mouskouri,
MC Solaar, Pascal Obispo, Pierre Palmade, Vanessa Paradis, Pow Wow, Muriel
Robin, Véronique Sanson,
Yves Simon, Smain, Alain Souchon, Patrick
Timsit, Laurent Voulzy, Roch Voisine, Zazie.
L'émission est diffusée sur
TF1 le 8 février 1997.
Le disque sort en novembre 1997.
Hiver 97-98
26 janvier 1998 : Les Restos encore, les
Enfoirés en coeur se retrouvent une nouvelle fois au Zénith,
avec la participation de Salvatore Adamo, Richard
Anconina, Josiane Balasko, Jean-Marie Bigard,
Dany Brillant, Patrick Bruel, Francis Cabrel, Eric Cantona, Julien Clerc,
Doc Gyneco, Patrick Dupond,
Stephane Eicher, Elsa, Lara Fabian, Carole
Fredericks, Jean-Jacques Goldman, Johnny Hallyday, Gérard Jugnot,
Patrick Juvet, Patricia Kaas, Catherine
Lara, Michèle Laroque, Philippe
Lavil, Marc Lavoine, Yves Lecoq, Maxime Leforestier, Thierry Lhermite,
Mireille Mathieu, Mimie Mathy, Karen Mulder,
Native, Yannick Noah, Pascal Obispo, Pierre
Palmade, Vanessa Paradis, Axelle Red, Renaud, Muriel Robin, Michel Sardou,
Elie Seimoun, Yves Simon,
Smain, Alain Souchon, Patrick Timsit, Laurent
Voulzy, Zazie...
L'émission est diffusée à
la télé sur France2 et TV5, ainsi qu'en radio sur RTL2, le
7 février 1998.
Le CD sort le 3 novembre 1998.
Charlie hebdo:
Les chroniques que Renaud a ecrites pour Charlie Hebdo en 1995-1996.
"Coups de griffe, coups de gueule, coups de blues... Quand Renaud frappe,
on ne rigole pas... et pourtant il nous
fait rire, même si c'est jaune.
Indigné, incisif, insolent, il écrit pour la dénoncer
cette "réalité dégueulasse" dont, à titre de
citoyen, il est témoin
quotidien : la guerre en Bosnie, approchée lors de ses concerts
dans les zones musulmane et croate, les
revendications des militants basques et les exactions des services secrets
français ou espagnols, la dérive de Fidel
Castro, Le Pen et le Front National...
Mais, par ses chansons, nous savons aussi que Renaud est capable d'être
tendre. S'il se détourne de la politique,
c'est pour se pencher sur un vivier où une belle homarde bleue le
regarde de ses yeux désespérés de condamnée
à
l'eau bouillante. Et puis comment répondre aux questions de sa femme
ou de sa fille Lolita? Son chien Toto a bien
un avis sur tout mais...
Laisse béton! Renaud est trop "sage" ou désabusé pour
croire que l'écriture guérit les maux engendrés par
les
hommes. Il propose donc ses mots à lui pour en rire."
P'TITE CONNE
(Renaud Séchan)
Tu m'excus'ras, mignonne
D'avoir pas pu marcher
Derrière les couronnes
De tes amis branchés
Parce que ton dealer
Etait peut-être là,
Parmi ces gens en pleurs
Qui parlaient que de toi
En regardant leurs montres,
En se plaignant du froid,
En assumant la honte
De t'avoir poussée là ...
P'tite conne
Tu leur en veux même pas
Tu sais que ces charognes
Sont bien plus morts que toi ...
Tu fréquentais un monde
Imbéciles mondains
Où cette poudre immonde
Se consomme au matin,
Où le fric autorise
A se croire à l'abri
Et de la cour d'assises
Et de notre mépris
Que ton triste univers
Nous inspirait, malins
En sirotant nos bières
Ou en fumant nos joints ...
P'tite conne
Tu rêvais de Byzance
Mais c'était la Pologne
Jusque dans tes silences ...
On se connaissait pas
Aussi tu me pardonnes,
J'ai pas chialé quand t'as
Cassé ta pipe d'opium,
J'ai pensé à l'enfer
D'un téléphone qui crie
Pour réveiller ta mère
Au milieu de la nuit.
J'aurais voulu lui dire
Que c'était pas ta faute
Qu'à pas vouloir vieillir
On meurt avant les autres ...
P'tite conne
Tu voulais pas mûrir,
Tu tombes avant l'automne
Juste avant de fleurir ...
Mais t'aurais-je connu
Que ça n'eut rien changé,
Petit enfant perdue
M'aurais-tu accepté?
Moi j'aime le soleil
Tout autant que la pluie
Et quand je me réveille
Et que je suis en vie
C'est tout ce qui m'importe,
Bien plus que le bonheur
Qui est affaire de médiocres
Et qui use le coeur ...
P'tite conne
C'est oublier que toi
T'étais là pour personne
Et qu' personne était là
...
Tu m'excus'ras, mignonne,
D'avoir pas pu pleurer
En suivant les couronnes,
De tes amis branchés,
Parce que ton dealer
Etait peut-être là
A respirer ces fleurs
Que tu n'aimerais pas,
A recompter ces roses
Qu'il a payées au prix
De ta dernière dose
Et de ton dernier cri ...
P'tite conne
Allez, repose-toi
Tout près de Morrisson
Et pas trop loin de moi ...
(Renaud Séchan - Renaud Sechan / Frank Langolff)
Jamais une statue ne sera assez grande
Pour dépasser la cime du moindre
peuplier
Et les arbres ont le coeur infiniment plus
tendre
Que celui des hommes qui les ont plantés
Pour toucher la sagesse qui ne viendra jamais
J'échangerai la sève du premier
olivier
Contre mon sang impur d'être civilisé
Responsable anonyme de tout le sang versé
Fatigué, fatigué
Fatigué du mensonge et de la vérité
Que je croyais si belle, que je voulais
aimer
Et qui est si cruelle que je m'y suis brûlé
Fatigué, fatigué
Fatigué d'habiter sur la planète
Terre
Sur ce grain de poussière, sur ce
caillou minable
Sur cette fausse étoile perdue dans
l'univers
Berceau de la bêtise et royaume du
mal
Où la plus évoluée
parmi les créatures
A inventé la haine, le racisme et
la guerre
Et le pouvoir maudit qui corrompt les plus
purs
Et amène le sage à cracher
sur son frère
Fatigué, fatigué
Fatigué de parler, fatigué
de me taire
Quand on blesse un enfant, quand on viole
sa mère
Quand la moitié du monde en assassine
un tiers
Fatigué, fatigué
Fatigué de ces hommes qui ont tué
les indiens,
Massacré les baleines et baillonné
la vie,
Exterminé les loups, mis des colliers
aux chiens
Qui ont même réussi à
pourrir la pluie
La liste est bien trop longue de tout ce
qui m'écoeure
Depuis l'horreur banale du moindre fait
divers
Il n'y a plus assez de place dans mon coeur
Pour loger la révolte, le dégoût,
la colère
Fatigué, fatigué
Fatigué d'espérer et fatigué
de croire
A ces idées brandies comme des étendards
Et pour lesquelles tant d'hommes ont connu
l'abattoir
Fatigué, fatigué
Je voudrais être un arbre, boire à
l'eau des orages
Me nourrir de la terre, être ami
des oiseaux,
Et puis avoir la tête si haut dans
les nuages
Qu'aucun homme ne puisse y planter un drapeau
Je voudrais être un arbre et plonger
mes racines
Au coeur de cette terre que j'aime tellement
Et que ce putain d'homme chaque jour assassine
Je voudrais le silence enfin, et puis le
vent ...
Fatigué, fatigué
Fatigué de haïr et fatigué
d'aimer
Surtout ne plus rien dire, ne plus jamais
crier
Fatigué des discours, des paroles
sacrées
Fatigué, fatigué
Fatigué, fatigué
Fatigué de sourire, fatigué
de pleurer,
Fatigué de chercher quelques traces
d'amour
Dans l'océan de boue où sombre
la pensée
Fatigué, fatiguée
MISTRAL GAGNANT
(Renaud Séchan)
Ah ... m'asseoir sur un banc
Cinq minutes avec toi
Et regarder les gens
Tant qu'il y en a
Te parler du bon temps
Qu'est mort ou qui r'viendra
En serrant dans ma main
Tes p'tits doigts
Pis donner à bouffer
À des pigeons idiots
Leur filer des coups d' pied
Pour de faux
Et entendre ton rire
Qui lézarde les murs
Qui sait surtout guérir
Mes blessures
Te raconter un peu
Comment j'étais, mino
Les bombecs fabuleux
Qu'on piquait chez l' marchand
Car-en-sac et Mintho
Caramels à un franc
Et les Mistrals gagnants
Ah ... marcher sous la pluie
Cinq minutes avec toi
Et regarder la vie
Tant qu'y en a
Te raconter la Terre
En te bouffant des yeux
Te parler de ta mère
Un p'tit peu
Et sauter dans les flaques
Pour la faire râler
Bousiller nos godasses
Et s' marrer
Et entendre ton rire
Comme on entend la mer
S'arrêter, repartir
En arrière
Te raconter surtout
Les carambars d'antan
Et les coco-boërs
Et les vrais roudoudous
Qui nous coupaient les lèvres
Et nous niquaient les dents
Et les Mistrals gagnants
Ah ... m'asseoir sur un banc
Cinq minutes avec toi
Regarder le soleil
Qui s'en va
Te parler du bon temps
Qu'est mort et je m'en fous
Te dire que les méchants
C'est pas nous
Que si moi je suis barge
Ce n'est que de tes yeux
Car ils ont l'avantage
D'être deux
Et entendre ton rire
S'envoler aussi haut
Que s'envolent les cris
Des oiseaux
Te raconter enfin
Qu'il faut aimer la vie
Et l'aimer même si
Le temps est assassin
Et emporte avec lui
Les rires des enfants
Et les Mistrals gagnants
Et les mistrals gagnants
MISS MAGGIE
(Renaud Séchan / Jean-Pierre Bucolo)
Femmes du monde ou bien putains
Qui, bien souvent, êtes les mêmes
Femmes normales, stars ou boudins,
Femelles en tout genre, je vous aime
Même à la dernière des
connes,
Je veux dédier ces quelques vers
Issus de mon dégoût des hommes
Et de leur morale guerrière
Car aucune femme sur la planète
N' s'ra jamais plus con que son frère
Ni plus fière ni plus malhonnête
A part, peut-être, Madame Thatcher
Femme je t'aime parce que
Lorsque le sport devient la guerre
Y'a pas de gonzesses, ou si peu
Dans les hordes de supporters
Ces fanatiques fous-furieux
Abreuvés de haines et de bières
Déifiant les crétins en bleu,
Insultant les salauds en vert
Y'a pas de gonzesse hooligan,
Imbécile et meurtrière
Y'en a pas, même en grande Bretagne
A part, bien sûr, Madame Thatcher
Femme je t'aime parce que
Une bagnole entre les pognes
Tu n' deviens pas aussi con qu'eux
Ces pauvres tarés qui se cognent
Pour un phare un peu amoché
Ou pour un doigt tendu bien haut
Y'en a qui vont jusqu'à flinguer
Pour sauver leur auto-radio
Le bras d'honneur de ces cons-là
Aucune femme n'est assez vulgaire
Pour l'employer à tour de bras
A part, peut-être, Madame Thatcher
Femme je t'aime parce que
Tu vas pas mourir à la guerre
Parc' que la vue d'une arme à feu
Fait pas frissonner tes ovaires
Parc' que dans les rangs des chasseurs
Qui dégomment la tourterelle
Et occasionnellement les beurs,
J'ai jamais vu une femelle
Pas une femme n'est assez minable
Pour astiquer un revolver
Et se sentir invulnérable
A part, bien sûr, Madame Thatcher
C'est pas d'un cerveau féminin
Qu'est sortie la bombe atomique
Et pas une femme n'a sur les mains
Le sang des indiens d'Amérique
Palestiniens et Arméniens
Témoignent du fond de leurs tombeaux
Qu'un génocide c'est masculin
Comme un SS, un torero
Dans cette putain d'humanité
Les assassins sont tous des frères
Pas une femme pour rivaliser
A part, peut-être, Madame Thatcher
Femme je t'aime, surtout, enfin
Pour ta faiblesse et pour tes yeux
Quand la force de l'homme ne tient
Que dans son flingue ou dans sa queue
Et quand viendra l'heure dernière,
L'enfer s'ra peuplé de crétins
Jouant au foot ou à la guerre,
A celui qui pisse le plus loin
Moi je me changerai en chien
Si je peux rester sur la Terre
Et comme réverbère quotidien
Je m'offrirai Madame Thatcher
Socialiste
J' peux pas dire qu'elle était vulgaire
Ou arrongante
L'était même plutôt au contraire
Elégante
Comme une tartine de confiture
Dans l' café
Comme un graffiti sur le mur
Des W.C.
J' l'ai rencontrée dans une manif'
Pacifiste
Ca castagnait sérieux avec
La police
J' m'étais fait mal en balaçant
Un pavé
J' m'étais foulé la ch'ville du bras
Le poignet
Elle était socialiste
Protestante et féministe
Un peu chiante et un peu triste
Institutrice
Croyait qu' le matin du grand soir
Allait v'nir
Croyait au grand souffle d'espoir
Sur l'av'nir
Genre de conn'ries qu' déjà quèqu' part
J'avais lues
Dans Minute ou dans un journal
Je sais plus
Elle m'a parlé d' Bernard Tapie
Enthousiaste
M'a dit qu'il avait du génie
Et d' la classe
J'ui ai dit : t'as raison, Ginette
C'est Karl Marx
En plus balèze, zn plus honnête
En plus efficace
Moi j'étais rien-du-toutiste
Anarcho-mitterandiste
J' sais même pas si ça existe
Mais ça m'excite
Pi elle m'a dit qu'elle avait des
Relations
Qu'elle était potes avec un pote
A Tonton
Qu'elle avait dîné y'a un mois
Chez Jack Lang
Que Guy Bedos avait r'pris quatr' fois
De la viande
J'ui ai dit qu' moi j' fréquentais plus
Les salons
Que j'avais connu Charles Hernu
En prison
Qu' j'avais bouffé une fois dans un
Ministère
Qu'objectivement c'était meilleur
Chez ma mère
Elle était socialiste
S' méfiait des écologistes
Détestait les communistes
Et les dentistes
J'ui ai dit : Ginette, faut plus m' parler
D' politique
On va finir par s'engueuler
C'est classique
Comment veux-tu que j' sois d'accord
Avec toi
J'ai d'jà du mal à être d'accord
Avec moi
Elle m'a dit : J' m'appelle pas Ginette
D' toutes façons
J' m'appelle Simone, si ça t' fait rien
J'ai dit : Bon
Pi faut qu' j' m'en aille, faut que j' retourne
Gare de Lyon
Avant qu'on m' vole ma mobylette
Ca s'rait con
C'est comme ça qu' ma socialiste
Qui avait si peur des voleurs
M'a largué en pleine manif
A cause d'un vélomoteur
Comment tu veux changer la vie
Si tu balises pour ton bien ?
On peut pas être à la fois
Un mouton et un mutin
On peut pas être à la fois
Et au four et au moulin
On peut pas être à la fois
Jean Dutour et Jean Moulin
J'étais tranquille j'étais peinard
Accoudé au flipper
Le type est entré dans le bar
A commandé un jambon beurre
Et y s'est approché de moi
Et y m'a regardé comme ça:
« T'as des bottes
Mon pote
Elles me bottent
J'parie qu'c'est des santiags
Viens faire un tour dans l'terrain vague
J'vais t'apprendre un jeu rigolo
A grands coups de chaines de vélo
J'te fais tes bottes à la baston »
Moi j'lui dis: « laisse béton »
Y m'a filé une beigne
J'lui ai filé une torgnolle
Y m'a filé une châtaigne
J'lui ai filé mes groles
J'étais tranquille j'étais pénard
Accoudé au comptoir
Le type est entré dans le bar
A commandé un café noir
Pis y m'a tapé sur l'épaule
Puis y m'a r'gardé d'un air drôle:
« T'as un blouson
Mecton
L'est pas bidon
Moi j'me les gèle sur mon scooter
Avec ça j's'rai un vrai rocker
Viens faire un tour dans la ruelle
J'te montrerai mon Opinel
J'te chourav'rai ton blouson »
Moi j'lui dis: « Laisse béton »
Y m'a filé une beigne
J'lui ai filé un marron
Y m'a filé une châtaigne
J'ui ai filé mon blouson
J'étais tranquille j'étais pénard
Je réparais ma mobylette
Le type a surgi sur l'boul'vard
Sur sa grosse moto super chouette
S'est arrêté l'long du trottoir
Et m'a regardé d'un air bête:
« T'as l'même blue jean
Que James Dean
T'arrêtes ta frime
J'parie qu'c'est un vrai Lévis Strauss
Il est carrément pas craignos
Viens faire un tour derrière l'église
Histoire que je te dévalise
A grands coups de ceinturon »
Moi j'lui dis: »Laisse béton »
Y m'a filé une beigne
J'lui ai filé une mandale
Y m'a filé une châteigne
J'lui ai filé mon futal
La morale de cette pauvre histoire
C'est qu'quand t'es tranquille et peinard
Faut pas trop traîner dans les bars
A moins d'être fringuer en costard
Quand à la fin d'une chanson
Tu t'retrouve à poil sans tes bottes
Faut avoir d'l'imagination
Pour trouver une chute rigolote.
Le blues de la Porte d'Orléans
Puisque les Basques et les Bretons
Les Alsaciens les Occitants
Les Corses les Chtimis les Wallons
Y veulent tous être indépendants
Puisqu'y veulent tous l'autonomie
Qu'à priori y ont pas torts
Bah c'est décidé moi aussi
J'prends ma guitare et j'cris bien fort
Que je suis le séparatiste
Du 14ème arrondissement
Oui que je suis l'autonomiste
De la Porte d'Orléans
Le 14ème arrondissement
C'est mon quartier d'puis 25 berges
C'est dans ses rues que j'passe mon temps
Dans ses bistrots que je gamberge
Quand je m'balade au long d'ses rues
J'peux pas oublier qu'autrefois
Vercingétorix s'est battu
Tout près du métro « Alésia »
Moi je suis le séparatiste
Du 14ème arrondissement
Oui moi je suis l'autonomiste
De la Porte d'Orléans
Le 14ème arrondissement
Possède sa langue et sa culture
Et l'autoroute Porte d'Orléans
C'est le début d'la côte d'usure
Dans le 13ème j'ai des copains
Qu'on un peu les mêmes idées qu'moi
On va faire un programme commun
Aux élections on s'présentera
Car moi je suis l'séparatiste
Du 14ème arrondissement
Oui moi je suis l'autonomiste
De la Porte d'Orléans
Bien sûr la Seine nous arrose pas
Mais ça peut toujours s'arranger
A coups d'pétitions pourquoi pas
On pourrait p't'être la détourner
Tout ça pour dire que l'14ème
C'est un quartier qu'est pas banal
A part les flics qu'y sont les même
Que dans l'reste de la capitale
Moi je suis le séparatiste
Du 14ème arrondissement
Oui moi je suis l'autonomiste
De la Porte d'Orléans.
La chanson du loubard
Le jour se lève sur ma banlieue
J'ai froid c'est pourtant pas l'hiver
Qu'est-ce que j'pourrais foutre nom de Dieu
J'ai pas un rond et j'ai pas l'air
Sérieux
Sérieux
J'suis un loubard parmi tant d'autres
Je crèche pas loin de la Défense
J'ai l'air crado, c'est pas ma faute
Mon HLM c'est pas bizance
Mon pote
Mon pote
A 14 ans mon paternel
M'a fait embaucher à l'usine
2 jours plus tard j'ai fait la belle
Paraît que j'suis un fils indigne
Bordel
Un soir dans une rue déserte
J'ai fauché une Honda 500
A un fils de bourgeois honnête
Avec elle je fonce à 200
Ouais c'est chouette
C'est chouette
Mon copain Pierrot s'est planté
Sur l'autoroute un jour de pluie
Parfois je l'entends rigoler
C'est sûr qu'il est au Paradis
C't'enflé
C't'enflé
Et moi j'continue mon cinoche
Au pieds de ces buildings miteux
J'voudrais crever avant d'être moche
J'voudrai finir comme toi mon vieux
Gavroche
J'suis un loubard périphérique
J'en ai plein les bottes de ce bled
Le France est une banlieue merdique
Comme dit mon copain Mohamed
Aux flics
Aux flics
Le jour se lève sur ma banlieue
J'ai froid c'est pourtant pas l'hiver
C'est drôle le bitume est tout bleu
Y'a ma bécane qui crâme par terre
Bon Dieu
Mon Dieu
Oh Bon Dieu
Mon Dieu
Oh mon Dieu
Bon Dieu
Oh Bon Dieu
Oh mon Dieu
T'es pas né dans la rue
T'es pas né dans l' ruisseau
T'es pas un enfant perdu
Pas un enfant d' salaud,
Vu qu' t'es né dans ma tête
Et qu' tu vis dans ma peau
J'ai construit ta planète
Au fond de mon cerveau.
Pierrot, mon gosse, mon frangin, mon poteau,
Mon copain tu m' tiens chaud.
Pierrot.
Depuis l' temps que j' te rêve,
Depuis l' temps que j' t'invente,
De pas te voir j'en crève
Et j' te sens dans mon ventre.
Le jour où tu ramène,
J'arrête de boire : promis,
Au moins toute une semaine,
Ce s'ra dur, mais tant pis.
Pierrot, mon gosse, mon frangin, mon poteau,
Mon copain tu m' tiens chaud.
Pierrot.
Qu' tu sois fils de princesse,
Ou qu' tu sois fils de rien,
Tu s'ras fils de tendresse,
Tu s'ras pas pas orphelin.
Mais j' connais pas ta mère :
Je la cherche en vain.
Je connais qu' la misère
D'être tout seul sur le ch'min.
Pierrot, mon gosse, mon frangin, mon poteau,
Mon copain tu m' tiens chaud.
Pierrot.
Dans un coin de ma tête
Y'a déjà ton trousseau :
Un jean, une mobylette
Une paire de Santiago.
T'iras pas à l'école,
J' t'apprendrai les gros mots.
On jouera au football,
On ira au bistrot.
Pierrot, mon gosse, mon frangin, mon poteau,
Mon copain tu m' tiens chaud.
Pierrot.
Tu t' lav'ras pas les pognes
Avant d' venir à table.
Et tu m' trait'ras d'ivrogne
Quand j' piquerai ton cartable.
J' t'apprendrai des chansons
Tu les trouveras débiles.
T'auras p't' être bien raison
Mais j' s'rai vexé quand même.
Pierrot, mon gosse, mon frangin, mon poteau,
Mon copain tu m' tiens chaud.
Pierrot.
Allez viens mon Pierrot,
Tu s'ras l' chef de ma bande.
J' te r'filerai mon couteau,
J' t'apprendrai la truande.
Allez viens mon copain,
J' t'ai trouvé une maman :
Tous les trois ça s'ra bien
Allez viens, je t'attends.
Pierrot, mon gosse, mon frangin, mon poteau,
Mon copain tu m' tiens chaud.
Pierrot.
Ils s'embrassent au mois de Janvier,
car une nouvelle année commence,
mais depuis des éternités
l'a pas tell'ment changé la France.
Passent les jours et les semaines,
y'a qu'le décor qui évolue,
la mentalité est la même :
tous des tocards, tous des faux culs.
Ils sont pas lourds, en février,
à se souvenir de Charonne,
des matraqueurs assermentés
qui fignolèrent leur besogne,
la France est un pays de flics,
à tous les coins d'rue y'en a 100,
pour faire règner l'ordre public
ils assassinent impunément.
Quand on exécute au mois d'mars,
de l'autr' côté des Pyrénées,
un arnachiste du Pays basque,
pour lui apprendre à s'révolter,
ils crient, ils pleurent et ils s'indignent
de cette immonde mise à mort,
mais ils oublient qu'la guillotine
chez nous aussi fonctionne encore.
Etre né sous l'signe de l'hexagone,
c'est pas c'qu'on fait d'mieux en c'moment,
et le roi des cons, sur son trône,
j'parierai pas qu'il est all'mand.
On leur a dit, au mois d'avril,
à la télé, dans les journaux,
de pas se découvrir d'un fil,
que l'printemps c'était pour bientôt,
les vieux principes du seizième siècle,
et les vieilles traditions débiles,
ils les appliquent tous à la lettre,
y m'font pitié ces imbéciles.
Ils se souviennent, au mois de mai,
d'un sang qui coula rouge et noir,
d'une révolution manquée
qui faillit renverser l'Histoire,
j'me souviens surtout d'ces moutons,
effrayés par la Liberté,
s'en allant voter par millions
pour l'ordre et la sécurité.
Ils commémorent au mois de juin
un débarquement d'Normandie,
ils pensent au brave soldat ricain
qu'est v'nu se faire tuer loin d'chez lui,
ils oublient qu'à l'abri des bombes,
les Francais criaient "Vive Pétain",
qu'ils étaient bien planqués à Londres,
qu'y'avait pas beaucoup d'Jean Moulin.
Etre né sous l'signe de l'hexagone,
c'est pas la gloire, en vérité,
et le roi des cons, sur son trône,
me dites pas qu'il est portugais.
Ils font la fête au mois d'juillet,
en souv'nir d'une révolution,
qui n'a jamais éliminé
la misère et l'exploitation,
ils s'abreuvent de bals populaires,
d'feux d'artifice et de flonflons,
ils pensent oublier dans la bière
qu'ils sont gourvernés comme des pions.
Au mois d'août c'est la liberté,
après une longue année d'usine,
ils crient : "Vive les congés payés",
ils oublient un peu la machine,
en Espagne, en Grèce ou en France,
ils vont polluer toutes les plages,
et par leur unique présence,
abîmer tous les paysages.
Lorsqu'en septembre on assassine,
un peuple et une liberté,
au coeur de l'Amérique latine,
ils sont pas nombreux à gueuler,
un ambassadeur se ramène,
bras ouverts il est accueilli,
le fascisme c'est la gangrène
à Santiago comme à Paris.
Etre né sous l'signe de l'hexagone,
c'est vraiment pas une sinécure,
et le roi des cons, sur son trône,
il est français, ça j'en suis sûr.
Finies les vendanges en octobre,
le raisin fermente en tonneaux,
ils sont très fiers de leurs vignobles,
leurs "Côtes-du-Rhône" et leurs "Bordeaux",
ils exportent le sang de la terre
un peu partout à l'étranger,
leur pinard et leur camenbert
c'est leur seule gloire à ces tarrés.
En Novembre, au salon d'l'auto,
ils vont admirer par milliers
l'dernier modèle de chez Peugeot,
qu'ils pourront jamais se payer,
la bagnole, la télé, l'tiercé,
c'est l'opium du peuple de France,
lui supprimer c'est le tuer,
c'est une drogue à accoutumance.
En décembre c'est l'apothéose,
la grande bouffe et les p'tits cadeaux,
ils sont toujours aussi moroses,
mais y'a d'la joie dans les ghettos,
la Terre peut s'arrêter d'tourner,
ils rat'ront pas leur réveillon;
moi j'voudrais tous les voir crever,
étouffés de dinde aux marrons.
Etre né sous l'signe de l'hexagone,
on peut pas dire qu'ca soit bandant
si l'roi des cons perdait son trône,
y'aurait 50 millions de prétendants.
Quand l' baba cool cradoque
Est sorti d' son bus VolksWagen
Qu'il avait garé comme une loque
Devant mon rad'
J'ai dit à Bob qu'était au flipp'
" Viens voir le mariole qui s' ramène
Vise la dégaine
Quelle rigolade "
Patchoulli patogasses
Le Guide du Routard dans la poche
Aré Krishna à mort
Cheveux au henné
Oreilles percées
Tu vas voir qu'à tous les coups
Y va nous taper cent balles
Pour s' barrer à Khatmandou
Ou au Népal
Avant qu'il ait pu dire un mot
J'ai chopé l' mec par le paletot
Et j' ui ai dit
" Toi tu m' fous les glandes
Pis t'as rien à foutre dans mon monde
Arrache toi d' là t'es pas d' ma bande
Casse toi tu pues
Et marche à l'ombre
Une p'tite bourgeoise bécheuse
Maquillée comme un carré d'as
A débarqué dans mon gastos
Un peu plus tard
J'ai dit à Bob qu'était au flipp'
" Reluques la tronche à la pouffiasse
Vises la culasse
Et les nibards "
Collants léopards homologués chez SPA
Monoï et Challimard
Futal en skaï comme Travolta
Qu'est ce qu'è vient nous frimer la tête
Non mais ess' croit au Palace
J' peux pas sacquer les starlettes
Ni les blondasses
Avant qu'elle ait bu son cognac
J' l'ai chopée par le colback
Et j'ui ai dit
" Toi tu m' fous les glandes
Pis t'as rien à foutre dans mon monde
Arrache toi d' là t'es pas d' ma bande
Casse toi tu pues
Et marche à l'ombre "
Un p'tit Rocky bargeo
Le genre qui s'est gouré d' trottoir
Est v'nu jouer les Marlon Brando
Dans mon saloon
J'ai dit à Bob qu'avait fait tilt
" Arrête j'ai peur c'est un blouson noir
J' veux pas d'histoires
Avec ce clown "
Derrière ses pauvr' Raybane
J' vois pas ses yeux
Et ça m'énerve
Si ça s' trouve i' m regarde
Faut qu'il arrête sinon j' le crève
Non mais qu'est ce que c'est qu' ce mec
Qui vient user mon comptoir
L'a qu'à r'tourné chez les Grecs
Se faire voir
Avant qu'il ait bu son viandox
J' l'ai chopé contre l' juke-box
Et j'ui ai dit
" Toi tu m' fous les glandes
Pis t'as rien à foutre dans mon monde
Arrache toi d' là t'es pas d' ma bande
Casse toi tu pues
Et marche à l'ombre "
Pis j' me suis fait un punk
Qu'avait pas oublié d'être moche
Et un intellectuel en Loden genre Nouvel Obs'
Quand Bob a massacré l' flipper
On n'avait plus une tune en poche
J'ai réfléchis
Et j' me suis dit
" C'est vrai que j' suis épais
Comme un sandwich SNCF
Et qu' demain j' peux tomber
Sur un balaise qui m' casse la tête
Si c' mec là me fait la peau
Et que j' crève la gueule sur l' comptoir
Si la mort me paye l'apéro
D'un air vicelard
Avant qu'è m'emmène voir la haut
Si y'a du monde dans les bistrots
J'ui dirait
" Toi tu m' fous les glandes
Pis t'as rien à foutre dans mon monde
Arraches toi d' là t'es pas d' ma bande
Casse toi tu pues
Et marche à l'ombre "
" Casse toi tu pues
Et marche à l'ombre "
" Casse toi tu pues
Et marche à l'ombre "
Dans mon HLM
Au rez-d'-chaussée, dans mon HLM
Y'a une espèce de barbouze
Qui surveille les entrées,
Qui tire sur tout c' qui bouge,
Surtout si c'est bronzé,
Passe ses nuits dans les caves
Avec son Beretta,
Traque les mômes qui chouravent
Le pinard aux bourgeois.
Y s' recrée l'Indochine
Dans sa p'tite vie d' peigne cul.
Sa femme sort pas d' la cuisine,
Sinon y cogne dessus.
Il est tellement givré
Que même dans la Légion
Z'ont fini par le j'ter,
C'est vous dire s'il est con !
Putain c' qu'il est blême, mon HLM !
Et la môme du huitième, le hasch, elle aime !
Au premier, dans mon HLM,
Y'a l' jeune cadre dynamique,
Costard en alpaga,
C'ui qu'a payé vingt briques
Son deux pièces plus loggia.
Il en a chié vingt ans
Pour en arriver là,
Maintenant il est content
Mais y parle de s' casser.
Toute façon, y peut pas,
Y lui reste à payer
Le lave vaisselle, la télé,
Et la sciure pour ses chats,
Parc' que naturellement
C' bon contribuable centriste,
Il aime pas les enfants,
C'est vous dire s'il est triste !
Putain c' qu'il est blême, mon HLM !
Et la môme du huitième, le hasch, elle aime !
Au deuxième, dans mon HLM,
Y'a une bande d'allumés
Qui vivent à six ou huit
Dans soixante mètres carrés,
Y'a tout l' temps d' la musique.
Des anciens d' soixante-huit,
Y'en a un qu'est chômeur
Y'en a un qu'est instit',
Y'en a une, c'est ma soeur.
Y vivent comme ça, relax
Y'a des mat'lats par terre,
Les voisins sont furax;
Y font un boucan d'enfer,
Y payent jamais leur loyer,
Quand les huissiers déboulent
Y écrivent à Libé,
C'est vous dire s'ils sont cools !
Putain, c' qu'il est blême, mon HLM !
Et la môme du huitième, le hasch, elle aime !
Au troisième, dans mon HLM;
Y'a l'espèce de connasse,
Celle qui bosse dans la pub',
L'hiver à Avoriaz,
Le mois d' juillet au Club.
Comme toutes les décolorées,
Elle a sa Mini-Cooper,
Elle allume tout l' quartier
Quand elle sort son cocker.
Aux manifs de gonzesses,
Elle est au premier rang,
Mais elle veut pas d'enfants
Parc' que ça fait vieillir,
Ca ramollit les fesses
Et pi ça fout des rides,
Elle l'a lu dans l'Express,
C'est vous dire si elle lit !
Putain c' qu'il est blême, mon HLM !
Et la môme du huitième, le hasch, elle aime !
Au quatrième, dans mon HLM,
Y'a celui qu' les voisins
Appellent " le communiste ",
Même qu'ça lui plaît pas bien,
Y dit qu'il est trotskiste !
J'ai jamais bien pigé
La différence profonde,
Y pourrait m'expliquer
Mais ça prendrait des plombes.
Depuis sa pétition,
Y'a trois ans pour l' Chili,
Tout l'immeuble le soupçonne
A chaque nouveau graffiti,
N'empêche que " Mort aux cons "
Dans la cage d'escalier,
C'est moi qui l'ai marqué,
C'est vous dire si j'ai raison !
Putain c' qu'il est blême, mon HLM !
Et la môme du huitième, le hasch, elle aime !
Pi y'a aussi, dans mon HLM,
Un nouveau romantique,
Un ancien combattant,
Un loubard, et un flic
Qui s' balade en survêtement
Y fait chaque jour son jogging
Avec son berger all'mand,
De la cave au parking,
C'est vachement enrichissant.
Quand j'en ai marre d' ces braves gens
J' fais un saut au huitième
Pour construire un moment
'vec ma copine Germaine,
Un monde rempli d'enfants.
Et quand l' jour se lève
On s' quitte en y croyant,
C'est vous dire si on rêve !
Putain c' qu'il est blême, mon HLM !
Et la môme du huitième, le hasch, elle aime !
J' veux qu' mes chansons soient des caresses,
Ou bien des coups d' poings dans la gueule.
A qui qu' ce soit que je m'agresse,
J' veux vous remuer dans vos fauteuils.
Alors écoutez moi un peu,
Les pousse-mégots et les nez-d'boeux,
Les ringards, les folkeux, les journaleux.
D'puis qu'y' a mon nom dans vos journaux,
qu'on voit ma tronche à la télé,
Où j' vends ma soupe empoisonnée,
Vous m'avez un peu trop gonflé.
J' suis pas chanteur pour mes copains,
Et j' peux être teigneux comme un chien.
J' déclare pas, avec Aragon,
Qu' le poète a toujours raison.
La femme est l'avenir des cons,
Et l'homme n'est l'avenir de rien.
Moi, mon av'nir est sur zinc
D'un bistrot des plus cradingues,
Mais bordel, où c'est qu' j'ai mis mon flingue ?
J' vais pas m' laisser emboucaner
Par les fachos, pas les gauchos,
tous ces pauvr' mecs endoctrinés
Qui foutent ma révolte au tombeau.
Tous ceux qui m' traitent de démago
Dans leur torchons qu' j' lirais jamais :
" Renaud, c'est mort, il est récupéré " ;
Tous ces p'tits bourgeois incurables
Qui parlent pas, qu'écrivent pas, qui bavent,
qui vivront vieux leur vie d' minables,
Ont tous dans la bouche un cadavre.
T't' façon, j' chante pas pour ces blaireaux,
Et j'ai pas dit mon dernier mot.
C'est sûr'ment pas un disque d'or,
Ou un Olympia à moi tout seul,
Qui me feront virer de bord,
Qui me feront fermer ma gueule.
Tant qu'y' aura d' al haine dans mes s'ringues,
Je ne chant'rai que pour les dingues,
Mais bordel, ! Où c'est qu' j'ai mis mon flingue ?
Y'a pas qu' les mômes, dans la rue,
Qui m' collent au cul pour une photo,
Y'a même des flics qui me saluent,
Qui veulent que j' signe dans leurs calots.
Moi j' crache dedans, et j' cris bien haut
Qu' le bleu marine me fait gerber,
Qu' j'aime pas l' travail, la justice et l'armée.
C'est pas demain qu'on m' verra marcher
avec les connards qui vont aux urnes,
Choisir celui qui les f'ra crever.
Moi, ces jours là, j' reste dans ma turne.
Rien à foutre de la lutte de crasse,
Tous les systèmes sont dégueulasses !
J' peux pas encaisser les drapeaux,
quoi que le noir soir le plus beau.
La marseillaise, même en reggae,
Ca m'a toujours fait dégueuler.
Les marches militaires, ça m' déglingue
Et votr' République, moi j' la tringle,
Mais bordel ! Où c'est qu' j'ai mis mon flingue ?
D'puis qu'on m'a tiré mon canif,
Un soir au métro Saint Michel,
J' fous plus les pieds dans une manif
Sans un nunchak' ou un cocktail
A Longwy comme à Saint Lazare,
Plus de slogans face aux flicards,
Mais des fusils, des pavés, des grenades !
Gueuler contre la répression
En défilant " Bastille-Nation "
Quand mes frangins crèvent en prison
Ca donne une bonne conscience aux cons,
Aux nez-d'boeux et aux pousse-mégots
Qui foutent ma révolte au tombeau.
Si un jour j' me r'trouve par terre,
Sûr qu' ça s'ra d' la faute à Baader.
Si j' crève le nez dans le ruisseau,
Sûr qu' ça s'ra d' la faute à Bonnot.
Pour l'instant, ma gueule est sur le zinc
D'un bistrot des plus cradingues,
MAIS FAITES GAFFE !
J'AI MIS LA MAIN SUR MON FLINGUE !
L'était bâti comme un moineau
Qu'aurait été malade.
A la bouche, derrière son mégot,
y' avait des gros mots en cascades.
L'était pas bien gros c't' asticot,
mais c'était une vrai boule de haine,
On lui filait plein d' noms d'oiseaux.
Même ceux qui l' connaissaient qu'à peine
L'appelaient la teigne.
Il avait pas connu ses vieux,
Il était d' l'Assistance,
Ce genre d'école, pour rendre joyeux,
C'est pas vraiment Byzance.
D'ailleurs on lisait dans ses yeux
Qu' pour qu'y soit bien fallait qu'on l' craigne,
Si tu rentrais pas dans son jeux,
Putain ! C' que tu r'cevais comme beignes,
C'était une teigne.
Avec les gonzesse, les mich'tons,
L'était encore plus vache :
J' te pique tes sous, j' te fous des gnons,
Tu tombes amoureuses et j' m'arrache.
Pour sa p'tite gueule, ses poings d' béton,
Plus d'une se serait jetée à la Seine,
Elles lui parlaient d'amour, d' passion,
Y répondait pas des châtaignes,
C'était une teigne.
L'avait pas fêté ses vingt berges
Quand, une nuit de novembre,
On l'a r'trouvé raide comme un cierge,
Pendu au beau milieu d' sa chambre.
Si y'a un bon Dieu, une Sainte Vierge,
Faut qu'ils l'accueillent à leur enseigne,
Parc' qu'avant d' passer sur l'autr' berge
Y m'avait dit personne ne m'aime,
J' suis qu'une pauv' teigne.
Mais moi qui l'ai connu un peu,
Quand parfois j'y repense,
putain ! C' qu'il était malheureux,
Putain ! C' qu'y cachait comme souffrance
Sous la pâle blondeur de se frange,
Dans ses yeux tristes, dans sa dégaine.
Mais j' suis sûr qu'au ciel c'est un ange,
Et quand j' pense à lui mon coeur saigne.
Adieu la teigne.
C'est pas l'homme qui prend la mer
C'est la mer qui prend l'homme, Tatatin
Moi la mer elle m'a pris
Je m' souviens un Mardi
J'ai troqué mes santiags
Et mon cuir un peu zone
Contre une paire de docksides
Et un vieux ciré jaune
J'ai déserté les crasses
Qui m' disaient "Sois prudent"
La mer c'est dégueulasse
Les poissons baisent dedans
Refrain
Dès que le vent soufflera
Je repartira
Dès que les vents tourneront
Nous nous en allerons
C'est pas l'homme qui prend la mer
C'est la mer qui prend l'homme
Moi la mer elle m'a pris
Au dépourvu tans pis
J'ai eu si mal au coeur
Sur la mer en furie
Qu' j'ai vomi mon quatre heures
Et mon minuit aussi
J' me suis cogné partout
J'ai dormi dans des draps mouillés
Ca m'a coûté ses sous
C'est d' la plaisance, c'est le pied
Refrain
Ho ho ho ho ho hissez haut ho ho ho
C'est pas l'homme qui prend la mer
C'est la mer qui prend l'homme
Mais elle prend pas la femme
Qui préfère la campagne
La mienne m'attend au port
Au bout de la jetée
L'horizon est bien mort
Dans ses yeux délavés
Assise sur une bitte
D'amarrage, elle pleure
Son homme qui la quitte
La mer c'est son malheur
Refrain
C'est pas l'homme qui prend la mer
C'est la mer qui prends l'homme
Moi la mer elle m'a pris
Comme on prend un taxi
Je ferai le tour du monde
Pour voir à chaque étape
Si tous les gars du monde
Veulent bien m' lâcher la grappe
J'irais aux quatre vents
Foutre un peu le boxon
Jamais les océans
N'oublieront mon prénom
Refrain
Ho ho ho ho ho hissez haut ho ho ho
C'est pas l'homme qui prend la mer
C'est la mer qui prends l'homme
Moi la mer elle m'a pris
Et mon bateau aussi
Il est fier mon navire
Il est est beau mon bateau
C'est un fameux trois mats
Fin comme un oiseau (Hissez haut)
Tabarly, Pageot
Kersauson ou Riguidel
Naviguent pas sur des cageots
Ni sur des poubelles
Refrain
C'est pas l'homme qui prend la mer
C'est la mer qui prends l'homme
Moi la mer elle m'a pris
Je m' souviens un Vendredi
Ne pleure plus ma mère
Ton fils est matelot
Ne pleure plus mon père
Je vis au fil de l'eau
Regardez votre enfant
Il est parti marin
Je sais c'est pas marrant
Mais c'était mon destin
Refrain (ter)
Dès que le vent soufflera
Nous repartira
Dès que les vents tourneront
Je me n'en allerons