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Renaud un artiste engagé! 
                                                                                         

En 1986, En 1986, 31% des étudiants adhère aux paroles :  " d'ces moutons effrayé par la libertè;
                                                                                                                                                                        S'en allant voter par millions
                                                                                                                                                                                     Pour l'ordre et la sécurité "
      

 
               " On veut pas finir loufiot
               Au service de cet Etat
               Où les étudiants respectables
             De cette sociètè ruinée          
             Espèrent un jour diriger
               En trainent dans leurs cartables
               La connerie de leur âinés.
 
 

Nom : SECHAN.

                                               Prénoms : Renaud, Pierre, Manuel,

                                                     Né le : 11 mai 1952.

                                  Profession : chanteur de variétés, un des plus aimés du public français.

  Fils de l'accordéon et du classique, adepte de Bruant et de Vivaldi, Renaud est un curieux mélange d'orange et de citron. Renaud, parolier de génie et
         compositeur d'instinct, évoque dans ses chansons tout ce qui constitue son univers quotidien : sa famille, ses copains, Paris, la rue...

 Devenu star malgré lui, parce que jugeant trop grande la disproportion entre ses chansons et le succès qu'elles recueillent. Renaud bénéficie maintenant
 d'une réputation internationale. Renaud n'a pas changé, de ses débuts sur des scènes minuscules jusqu'à son triomphe dans les salles les plus grandes, il a
                     gardé ce même amour du public, ce même respect, presque maladif, de celui qui l'écoute et l'applaudit.

 Cette discographie regroupe les tranches de vie de l'artiste à travers ses chansons. Renaud compte autant de fans, parmi les jeunes que parmi les moins
   jeunes, parmi les intellectuels que parmi ceux qui le sont moins. Chanteur populaire au sens large du terme, Renaud est sans conteste un de ceux qui
 marquent leur génération, à la manière d'un Brel ou d'un Brassens. Avec Brassens ce grand chanteur disparu, Renaud a plus d'un point commun : comme
     lui il est anarchiste, mais comme lui aussi il traîne une timidité et une sensibilité à fleur de peau. Au moyen âge il y avait des troubadours et des
                                         ménestrels, et aujourd'hui, il y a Renaud. Tin,tin,tin...
 
 

 "J'aime pas le travail, la justice et l'armé." La république : "Votre république moi je la flingue" Les symboles : "J'peux pas encaisser les
                  drapeaux quoique le noir soit le plus beau La Marseillaise même en Reggae Ca ma toujours fait dégueuler"


 

En 1981,Renaud fait 41 % du chiffre d'affaire de Polydor, qui compte Reggiani, Le forestier, Moustacki. Mais il a aussi le plus bas contrat. Il part
   donc à Los Angeles pour enregistrer son prochain album. Il s'entoure des meilleurs musiciens, cela coûte et embête Polydor, mais la boite ne le
   regrettera pas. Renaud en a marre et veut voir le large, il veut voyager : "Dès fois, j'me dit qu'a trois milles bornes De ma cité, y'a un pays Que
  j'connaitrais surement jamais Que p'têtre, c'est mieux P'têtre c'est tant pis Qu'là bas aussi, j'suis étranger" Dans cet album Renaud chante aussi
     Cabrel : " "J'ai rencontrer Cabrel Assis au bord de l'autoroute" Les deux artistes sont semblables, ce sont deus philosophes de la vie. Et ils
      s'arrêteront de chanter quand ils n'auront plus rien à dire. De plus ils sont amis, et continueront de se voir quand ils ne diront plus rien.
 
 



 

Les dates importantes:

1952 - Coup double pour maman Séchan qui donne à respirer à deux miniature agitées. L'un d'eux s'appellera Renaud.

                 1963 - Renaud découvre les turpitudes de l'école et de cette règle de vie embêtante : dodo-boulot-métro. Outre ce constant fondamental à
                  la résonance prolétarienne, ce jeune écolier passablement énervé entre en 6ème et découvre non sans être ahuri, les gonzesses, l'algèbre et
                  les profs.

                  1968 - Mai : Renaud déserte le berceau familial, fête ses seize ans sur les barricades, adhère au CRAC (comité révolutionnaire d'agitation
                  culturelle) avant de fonder en alternatif énervant le groupe gavroche révolutionnaire. Il crée sa première chanson teigneuse dans une
                  Sorbonne occupée et tout à coup hallucinée. Eté : exil dans les Cévennes… Renaud et sa bande de jeunes s'installent dans une ferme pour
                  faire pousser des chèvres et planter du gazon parfumé. Entre deux séances où chacun s'évertue à écouter pousser les fleurs, ils plantent le
                  drapeau noir. Mont-Lozère, terre de contrastes. Septembre : cerné par les Weston, notre héros crée quand même le groupe Ravachol.

Renaud fête ces 16 ans dans le quartier latin et comme Gavroche il court d'une barricade à une autre.

               "Si un jour j'me retrouve la gueule par terre
               Sur qu'ça s'ra d'la faute à Baader,
               Si j'crêve le nez dans le ruisseau
               Sur qu'ça s'ra de la faute à Bonnot."
               (Ou c'est que j'ai mis mon flingue")
 
 

               "Il s'app'lait Ravachol, c'était un anarchiste
               Qu'avait des idées folles, des idées terroristes ../..
               Il s'app'lait Ravachol, c'était un anarchiste
               Qu'avait des idées pas si folle, des idées terroristes."
 

                 1971 - Eté : rencontre fortuite avec Patrick Dewaere et Dominique Morin en vacances à Belle-Ile. Renaud a définitivement quitté l'école et
                  chante ses pamphlets le soir au coin du feu. Amusés par ses histoires en bitume, ils s'engagent. Renaud fait ses débuts de comédien dans une
                  pièce académique 'Robin des quoi ?' du non moins académique Romain Bouteille.

                  1973 - Suite de la sage des petits métiers. Pour arrondir ses fins de mois, Renaud fait la manche avec son poteau Michel, l'accordéon en
                  sautoir. Incursion maligne dans la cour du Café de la Gare où Coluche fait son premier spectacle en vedette. Lederman en quête de
                  domination show-biztique repère les deux moineaux et les engage au Caf'Conc sur les Champs-Elysées. Duo devient trio : Les 3 p'tits
                  loulous.

                  1975 - Renaud occupe désormais seul le Caf'Conc. Jacqueline Herenschmidt, productrice artistique chez Polydor, lui propose d'enregistrer
                  son premier album. 13 chansons dont Amoureux de Paname et le subversif et légendaire Hexagone. Résultat des course : 5000 rondelles
                  vendues et une première experience scénique. L'indispensable et facétieux Lucien Gibara lui offre sa scène alternative de la Pizza du Marais
                  où le tout Paris mondain aime s'encanailler. " Dès qu'il a chanté je lui ai dit : c'est toi la star ici, Hexagone, c'est de la merde, tes plans c'est
                  nul mais la star c'est toi… "

                  1977 - Renaud chez La veuve Pichard dans une pièce de Martin Lamotte Le secret de Zonga. En septembre, sortie du deuxième album
                  intitulé Place de ma mob.

                  1978 - Renaud en tubes avec le désormais légendaire et verlanesque Laisse béton. Gavroche sous les sunlights des médias, ou l'histoire du
                  dernier apôtre de la zone.

                  1979 - Au début de l'année, sortie du troisième album enregistré au studio des Dames. Jacques Bedos est directeur artistique de l'entreprise.
                  Des histoires encore dingues, celle du Tango de Massy, celle de sa Gonzesse où de La tirre à Dédé. L'anarchiste au cœur noir se
                  démasque dans une version plus tendre, bardé de sentiments exacerbés. La rage, ça donne des bleus au cœur.

                  1980 - Marche à l'ombre déferle sur les ondes en proie au syndrome disco. L'histoire d'un mec qui vit dans un HLM ou peut-être d'une
                  teigne qu'a les yeux qui saignent à cause que la société elle est pas bonne. Le cuir en étendard, la moue de celui qui se méfie des méchants,
                  Renaud invente son frère de cœur, son carbone, Gérard Lambert. Un disque tout en urgence, fléché par quelques mises au point bien
                  senties. Mars : Renaud squatte Bobino, berceau enchanté de la rive gauche. Plus qu'un Brassens électrifié, il recrée des chansons du
                  répertoire réaliste. Fréhel, Bruant, Montéhus sont invités à la surboum du titi arqué des années bioniques. Un tremplin classique pour
                  confirmer son propre répertoire en deuxième partie. Septembre : sortie d'un live chaud et émouvant comme Un p'tit bal du samedi soir et
                  autres chansons réalistes.

                  1981 - Tube radio avec l'hymne rigolo des emmerdeurs professionnels Viens chez moi j'habite chez une copine illustrant sans pléonasme
                  le film du même nom, signé Patrice Leconte. Le retour de Gérard Lambert ou le bouclier en double croche anti-blaireaux. Une arme de
                  première nécessité. Tatouage et clé à molette pour s 'affirmer musicalement. Sans prévenir, le loubard au cœur musette se rapproche du clan
                  des rockets. Paname et son accordéon culbutent tout de même les facéties saignantes de Coluche le parrain ou du professeur Choron.
                  Catalogue presque exhaustif des faits et gestes de la France moyenne en plein chambardement électoral. Tiercé gagnant Mon Beauf', J'ai
                  raté Télé-Foot et Banlieue rouge.

                 1982 - Renaud sur les boulevards pour s'offrir Un Olympia pour lui tout seul. La rencontre avec les fantômes du music-hall n'ayant pas
                  lieu, il n'y retournera pas.

                  1983 - Septembre : Almanach de secours pour chanter Morgane de toi. Renaud met du cambouis sur les layettes, et gagne en puissance,
                  refusant de jouer les éternels rive-gauchards, babas-cool indécrottables, en se référant encore et toujours à la tradition et à une certaine
                  pureté. Il s'ouvre sur le nouveau monde et confronte sa bohème de naissance à la démesure rock californienne. Bruant travers presque en
                  solitaire l'Atlantique. Des tubes et le million d'albums vendus. Dès que le soufflera (Aufray sorti des eaux, tatatatan…), En cloque
                  (Rimbaud corrigé), et l'immortel Morgane de toi, clippé pour la bonne cause par un autre géniteur atteint du même noble virus de Lemon
                  incest, Gainsbourg en personne.

                 1984 - Renaud, chanteur énervé et énervant, essuie les plâtres d'un Zénith flambant neuf du 17 janvier au 5 fèvrier. Eté 84 : tournée au
                  Québec. Entre deux succès, Renaud est intronisé ambassadeur impertinent pour la France du parti Rhinocéros, ou comment persister dans
                  la verve coluchienne.

                  1985 - Renaud, poussé par Valérie Lagrange, écrit avec son ami Franck Langolff l'hymne des Chanteurs sans frontières. L'Ethiopie meurt
                  peu à peu et deux millions de 45 tours vendus. Des polémiques, quelques débats, une algarade plumitive, un concert à la Courneuve et
                  Renaud chef de file de la S.O.S. génération, surtout concernée par l'émotion. Fin 1985 : agitation médiatique pour un changement de
                  résidence principale. Renaud quitte Polydor pour s'installer chez Virgin. Incident à Gorki Parc à Moscou, où Renaud est invité par les
                  jeunesses communistes françaises. Les déserteur qui bouffe des nouilles et fume un joint en écrivant à son président préféré ne plaît guère
                  aux jeunes communistes de l'establishement qui quittent la salle. Retour en France et sortie de l'album Mistral gagnant, enregistré aux
                  U.S.A. sous la férule de Jean-Philippe Goude. Evénement national : la chetron sauvage est née et accroche un disque de platine dès le
                  10ème jour de la sortie du disque. Miss Maggie tétanise la perfide Albion, Baby sitting blues émerveille Drucker, Mistral gagnant nique
                  les dents de la génération morale.
 

                  1986 - Un deuxième Zénith (du 21 février au 29 mars) pour les nostalgiques des carambars enfouis dans les bacs à sable ; un avertissement
                  : " Il vaut mieux grandir dans les roses que retomber dans les choux " ; un million d'albums vendus et ce désir plus que jamais vivace de
                  prendre le large pour éviter de se mêler de tout.

                  1987 - Le Gavroche des nouvelles barricades joue les journalistes sur le terrain afin d'ouvrir l'Occident aux rythmes urgent autant
                  qu'ondulatoires du zoulou blanc, Johnny Clegg. Dans la foulée, un message personnel pour son président préféré : " Tonton laisse pas
                  béton " ou comment affirmer qu'en bien des circonstances le cœur des huguenots reste le plus tendre. Entre deux joutes électorales, Renaud
                  en tournée européenne (Allemagne, Espagne, Portugal) pour tenter de leur expliquer que les méchants, c'est pas nous.

                  1988 - Silence rompu. Putain de camion. Cette fois, y'a du sang sur les layettes et la teigne aux cheveux jaunes donne sa langue au
                  chagrin. L'émotion est à l'ordre du vinyl pour Coluche en fuite. La tendre gouape arc-boutée sur sa méfiance chante mais ne parle plus. Il se
                  retrouve que ce chanteur est toujours énervé et préfère rejoindre les enfants et les baleines dans le silence de l'innocence. Octobre 1988 :
                  Visage pâle attaquer Zénith.

                  1991 : Renaud n'est pas rancunier. La preuve, il enregistre son Marchand de cailloux dans la perfide Albion, certes désormais en vacances
                  de Maggie. Les bras en croix dans le dos, un caillasse dans les poings toujours sérrés, les barricades de 68 sont loin, mais les intifadas de
                  tout l'univers démontent nos dernières certitudes. En verve plus que jamais, notre Gavroche loin d'être bionique fait résonner l'amertume des
                  soirs de blues en Irlande et lorsqu'il parle de nous, il n'oublie pas de dénoncer les belles de printemps qui s'oublient en férias, de plaindre un
                  patriarche fatigué de rêver que la gauche reviendrait, et qu'il y a toujours cinq cents connards sur la ligne de départ. Mais la vie ça peut être
                  aussi cadeau surtout le complice Jean-Louis Roques offre la musique du P'tit voleur qui fera du même coup l'objet du désir d'un clip sans
                  précédent, réalisé par Lewis Furey avec la participation ô combien troublante d'Emmanuelle Béart.

                  1991-92 - Renaud s'empare du Casino de Paris en oubliant l'escalier mais avec pour l'occasion l'amorce involontaire d'un retour sous les
                  cieux du dieu lumière. Arqué comme il se doit, il embrase chaque soir l'endroit dont il fait sa dernière séance à lui. S'il fait son cinéma avec
                  ses chansons, comme Audiard le faisait avec ses mots, c'est sûrement pour mieux retrouver l'ivresse de la complicité avec les premiers
                  intimes.

                 1992 - Retraite pendant plusieurs mois, la gueule noircie par le drame de Zola. Claude Berri a finalement été plus convaincant que le plus
                  glorieux des syndicalistes. Il est l'artisan du retour de Renaud au cinéma. Germinal comme le symbole de toute un vie, sous l'influence des
                  destinées opprimées. Un rôle sur mesure, sans outrance, mais qui le hisse sur le terril d'une incontestable ciné génie.

                  1993-94 - Sans prévenir, et sans les habituelles trompettes de la renommée, Renaud grave sur le vinyl à papa les chansons qui réchauffent
                  les cœur de ch'timis. Sur le tournage de Germinal, rencontre attentive et bouleversée avec les figurants, grillots du Nord, porteurs de
                  l'histoire chantée des gueules noires. Surprise, émotion, et ralliement public aussi puissant qu'une manifestation réussie. Les boudeuses
                  Victoires de la Musique enfin sous le joug de la séduction. Pour la peine, Renaud annonce à Virgin qu'il rentre chez lui pour enregistrer son
                  prochain disque à la maison : A la Belle de Mai.



GERMINAL:

"A Chaque enfant qui tombe
               Qui meurt loin des yeux de l'occident
               Notre ciel devient plus sombre
               Et notre avenir moins grand "
 
 

Un budget colossal - cent soixante millions de francs - jamais
                                 atteint pour un film français, une pléiade de comédiens
                                 célèbres, six mois de tournage avec de véritables "gueules
                                 noires" comme figurants et deux mille cinq cents costumes :
                                 pour adapter à l'écran le chef-d'oeuvre de Zola, Claude Berri a
                                 joué la carte de la superproduction. A la fois chronique et
                                 fresque spectaculaire, Germinal fait revivre le destin des
             mineurs du Nord de la France au siècle dernier.
             Vingt ans après la naissance, à Londres, en 1864, de l'Association Internationale des
             Travailleurs, Emile Zola met en relief, dans Germinal (publié en 1885), un "soulèvement
             des salariés" représentant un "coup d'épaule donné à la société qui craque un instant".
             Roman-pamphlet naturaliste empli de passion, de violence et de sang, Germinal - le
             septième mois du calendrier révolutionnaire - dénonce l'exploitation inhumaine des mineurs
             (hommes, femmes, enfants) du Nord de la France à la fin du Second Empire (l'action se
             déroule en 1866). Au delà de l'échec d'une grève, suscitée et conduite par Etienne
             Lantier, Zola laisse entrevoir la "germination" des idées socialistes, la prise de conscience,
             par les ouvriers, de leurs droits.

             une reconstitution fidèle

             Qu'il s'agisse des décors, de l'intrigue et des personnages, Claude Berri s'est attaché à
             demeurer fidèle non
             pas à la lettre - le 7eme art exige resserrement et dépouillement par rapport au modèle
             original -, mais à  l'esprit d'un roman de six cents pages. Le Voreux, le village minier de
             Montsou et son environnement rural, la petite maison de la Mouquette, la salle du bal pour
             la fête de la Ducasse, l'outillage et les galeries de la mine ont été soigneusement
             reconstitués. Le cinéaste a poussé ce souci de fidelité jusqu'à se procurer une centaine de
             chopes de bière (verre en cône soufflé) semblables à celles d'il y a cent ans.
             Les principaux personnages, jouant un rôle important dans le cheminement d'une intrigue
             dont la structure et les noeuds essentiels sont repris dans le synopsis, revivent sous nos
             yeux, interprétés de façon remarquable: en particulier Maheu, par Gérard Depardieu; la
             Maheude, par Miou-Miou; Catherine et Chaval par Judith Henri et Jean-Roger Milo. Des
             trois figures du mouvement socialiste des années 1870-1880, Rasseneur, Souvarine et
             Lantier, Claude Berri a estompé le portrait du premier (Rasseneur/Jean-Pierre Bisson,
             tenancier de l'estaminet, incarnant la "politique des possibilités") et mis en relief celui des
             deux autres. Laurent Terzieff prête son visage anguleux, son regard d'acier, son débit de
             parole sec et tranchant à Souvarine, l'anarchiste, le nihiliste qui rêve de tout détruire pour
             reconstruire un monde meilleur.
             Le chanteur Renaud, au jeu très interiorisé, fait une composition étonnante de sobriété et
             de force retenue dans le rôle du héros, Etienne Lantier, qui représente le courant socialiste
             pur et dur, prêt à se lancer dans une action révolutionnaire, mais avec le souci de ne pas
             faire couler le sang. Le coeur empli de la passion de la justice. Etienne se bat contre
             "l'éternel recommencement de la misère". Sans ces comédiens, Germinal perdrait
             beaucoup de sa puissance de crédibilité et de suggestion.
 

             une athmosphère nocturne

             Comme le roman, dont seulement le quart des chapitres évoque le jour, le film se déroule
             sous le signe de la nuit, aussi bien en extérieurs qu'en intérieurs (d'où l'importance des
             lampes à acétylène dans la composition de l'image). Les tons du récit nous apparaissent
             sombres, avec une dominante de noirs - la nuit, la poussière de charbon sur les visages et
             ls corps - et de amrron foncé, sur lesquels tranchent les couleurs vives des tenues militaires
             (bleues et rouges) et de la robe rouge de Mme Hennebeau (Anny Duperey).
             Le format du grand écran permet au cinéaste de donner une certaine dimension épique
             aux mouvements de foule - marche des grévistes, affrontement avec les soldats - inserés
             dans des plans de grand ensemble qui, en outre, jouent sur la profondeur de champ. Bien
             entendu, l'espace se resserre au fond de la fosse, mais le cinémascope donne davantage
             de relief au labyrinthe de l'entrecroisement des galeries lorsque fuient l'inondation
             provoquée par Souvatine.
             Avec sincérité et sensibilité, Claude Berri nous immerge dans une époque, une société,
             des mentalités et la misère d'une profession aujourd'hui disparus. Très réussi dans les
             séquences spectaculaires -saccage de la mine, coup de grisou, inondation -, son film porte
             un témoignage vibrant d'authencité. Mais, dans la description des conditions de travail au
             fond de la fosse, il ne s'élève pas au lyrisme du réalisme du roman, de même qu'il ne
             suggère pas la perspective visionnaire de Zola pour qui la ruée de la meute des mineurs en
             grève évoquait l'image de la révolution en marche.



 LES ENFOIRES:


 

Renaud est un des plus fidèles artistes des Enfoirés.
 
 

L'histoire des Restos

                                                       14 octobre 1985

     Coluche lance l'idée des Restos du Coeur sur Europe 1 : "... j'ai une petite idée comme ça. Si des fois y'a des marques qui m'entendent, y'a des gens qui
     sont intéressés par sponsoriser une cantine gratuite qu'on pourrait commencer par faire à Paris..., nous on est prêts à aider une entreprise comme
     ça qui ferait un resto qui aurait comme ambition, au départ, de distribuer deux ou trois mille couverts par jour..."

                                                         Hiver 85-86

     21 décembre 1985 : ouverture des premiers centres.
     Jean-Jacques Goldman compose la chanson des Restos.
     26 janvier 1986 : Sur TF1, Coluche anime pendant quatre heures de direct une émission qui réunit tous les bords politiques, tous les artistes, sportifs,
     associations d'aide humanitaire et présentateurs de toutes chaînes.
     5 000 bénévoles ont distribué 8 500 000 repas. Le prix d'un repas complet revient à l'association à 4,35 F.
     14 octobre : Après la disparition de Coluche, le Président François Mitterrand reçoit une délégation des Restos du Coeur accompagnée par Josiane
     Balasko, Nathalie Baye, Miou-Miou, Michel Blanc, Michel Sardou.

                                                         Hiver 86-87

     1er décembre : émission sur TF1 réunissant artistes sportifs, hommes politiques de tous bords qui affirment leur soutien à l'association.
     Cette seconde campagne permet de distribuer 11 500 000 repas. 600 points de distribution fonctionnent dans 220 villes de France, animés par 6 000
     bénévoles.
     Grâce à l'ouverture des stocks de la C.E.E - que Coluche avait réclamée devant le Parlement Européen - le prix du repas coûte 2,80 F à l'association.

                                                         Hiver 87-88

     Le repas comprend : une tranche de viande (ou volaille, poisson, oeuf) avec accompagnement (pommes de terre, pâtes, riz, lentilles), un fromage ou un
     yaourt, un fruit et du pain. Régulièrement sont ajoutés : beurre, lait, sucre. La valeur moyenne de chaque repas est de 1 400 calories. Au cours de cet hiver,
     22 144 000 repas sont distribués.
     Forte de 7 300 bénévoles, l'association compte 725 centres de distribution.
     Les frais généraux n'excèdent pas 4 % du budget.

                                                         Hiver 88-89

     17 octobre 1988 : au cours d'une émission télévisée sur TF1, les derniers solex sont vendus aux enchères au profit des Restos.
     20 octobre 1988 : vote à l'unanimité de la loi Coluche inscrite dans la loi de Finances. Chaque personne ayant fait un don aux Restos du Coeur bénéficie
     désormais d'une réduction d'impôt égale à 50 % de la somme versée, jusqu'à un don de 540 F et à 40 % pour la partie supérieure à 540 F dans la limite de 5
     % de ses revenus (la loi de Finances réactualise chaque année le plafond).
     Au cours de cette campagne, 25 000 000 de repas sont distribués par 8 500 bénévoles, dans les 850 centres répartis sur tout le territoire.
     61 % des demandeurs ont moins de 500 F par personne et par mois (loyer déduit).
     40 % d'entre eux ont de 20 à 35 ans - 51 % ont plus de trois enfants.
     69 % sont d'origine française - 31 % sont d'origine étrangère.

                                                         Hiver 89-90

     Novembre 1989 : La tournée d'Enfoirés réunit Jean-Jacques Goldman, Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Véronique Sanson et Michel Sardou.
     5 janvier 1990 : Antenne 2 diffuse une émission avec "Les Enfoirés" dont Michel Berger, Smaïn, Guy Bedos, Jacques Higelin.
     Création des Relais du Coeur qui fonctionnent au-delà de l'hiver et perpétuent accueil et aide aux plus défavorisés. Plus de 10 000 bénévoles ont distribués
     26 000 000 de repas au cours de cette campagne.

                                                         Hiver 90-91

     Octobre 1990 : Lancement des Camions du Cœur qui apportent des repas chauds aux personnes sans domicile fixe.
     19 décembre 1990 : Signature convention avec le Ministère du Logement pour héberger les plus démunis.
     27 500 000 repas sont distribués par 11 000 bénévoles dans les 1 300 centres. L'association compte à présent 128 Relais du Coeur et expérimente 100
     logements.

                                                         Hiver 91-92

     20 janvier 1992 : Soirée des Enfoirés à l'Opéra Garnier avec Jean-Jacques Goldman, Francis Cabrel, Carole Fredericks, Michael Jones, Patricia Kaas,
     Renaud, Muriel Robin, Patrick Sébastien, Smaïn, Eric Vu-Han.
     Création des Ateliers et Jardins du Coeur sous l'égide des Relais du Coeur, ce sont des lieux où ceux qui n'ont pas travaillé depuis longtemps retrouvent les
     réflexes du travail et un savoir-faire.
     29 400 000 repas, 12 000 bénévoles, 1 200 centres de distribution, 150 Relais du Coeur, 40 camions.

                                                         Hiver 92-93

     26 février 1993 : Les Enfoirés chantent Starmania à la Grande Halle de la Villette avec Josiane Balasko, Michel Blanc, Patrick Bruel, Tonton David, Diane
     Dufresne, Jacques Dutronc, Liane Foly, France Gall, Jean-Jacques Goldman, Renaud, Michael Jones, Patricia Kaas, Elie Kakou, Peter Kingsbery, Martin
     Lamotte, Alain Lanty, Valérie Lemercier, Claire Nadeau, Yannick Noah, Les Nuls, Florent Pagny, Pierre Palmade, Vanessa Paradis, Muriel Robin et Smaïn.
     17 000 bénévoles ont distribué, cet hiver, 31 200 000 repas

                                                         Hiver 93-94

     5 février 1994 : Cette année les Enfoirés se retrouvent au Grand Rex pour une soirée au profit des Restos avec Jean-Louis Aubert, Charles Aznavour,
     Emmanuelle Béart, Jane Birkin, Romane Bohringer, Patrick Bruel, Francis Cabrel, la Chorale des Chérubins de Sarcelles, Marius Colucci, Céline Dion,
     Carole Fredericks, Charlotte Gainsbourg, France Gall, Jean-Jacques Goldman, Michael Jones, Catherine Lara, Yves Lecoq, Valérie Lemercier, Mimi
     Mathy, Jean-Jacques Milteau, Eddy Mitchell, Florent Pagny, Pierre Palmade, Vanessa Paradis, Paul Personne, Pow Wow, Renaud, Muriel Robin, Alain
     Souchon, Patrick Timsit et Laurent Voulzy.
     36 000 000 de repas, 18 000 bénévoles, 1 400 centres de distribution.

                                                         Hiver 94-95

     8 mars 1995 : Soirée des Enfoirés à l'Opéra Comique avec Laurent Baffie, Josiane Balasko, Gilbert Bécaud, Basile Boli, Patrick Bruel, Carla Bruni, Alain
     Delon, Elie et Dieudonné, Carole Fredericks, Liane Foly, Jean-Jacques Goldman, Patricia Kaas, Elie Kakou, Yves Lecoq, Maxime Le Forestier, Michel
     Fugain, Les Nuls, Mimi Mathy, Eddy Mitchell, Florent Pagny, Pierre Palmade, Vanessa Paradis, Serge Reggiani, Renaud, Muriel Robin, Véronique Sanson,
     Smaïn, Alain Souchon et Laurent Voulzy.
     Les 25 000 bénévoles ont distribué 50 000 000 de repas dans 1 500 centres. Mille personnes bénéficient d'un logement. Le plafond de la loi Coluche passe
     à 1 020 F.

                                                         Hiver 95-96

     Dix ans révolus, les Restos du Coeur poursuivent leur action encore cet hiver.
     L'association s'est énormément accrue en dix ans, tant par ses bénévoles que par les aides multiples qu'elle apporte : distributions alimentaires, relais, camions,
     logements... Les chiffres sont éloquents. Pour ce qui concerne les plus démunis, les chiffres aussi parlent... Aux Restos du Coeur, les bénévoles accueillent
     avec dignité, chaleur et efficacité ceux qui se sentent exclus de tous leurs droits. Selon, encore et toujours, les principes qu'avait posés Coluche un après-midi
     d'hiver 85.
     Après un sondage auprès des lecteurs du Parisien, des auditeurs d'Europe 1 et des téléspectateurs de TF1, la Compil' regroupe 16 titres inteprétés lors des
     soirées des Enfoirés.
     Sortie de La Soirée des Enfoirés '96, qui a réuni Renaud, Nathalie Baye, Jocelyne Béroard, Jane Birkin, Carole Bouquet, Patrick Bruel, Francis Cabrel,
     Julien Clerc, Gérald de Palmas, Céline Dion, Princesse Erika, Carole Fredericks, Jean-Jacques Goldman, Michael Jones, Marc Lavoine, Yves Lecoq,
     Michel Leeb, Les Innocents, Philippe Lavil, Alain Lanty, Thierry Lhermitte, Mimi Mathy, Maurane, Karen Mulder, Yannick Noah, Pierre Palmade, Vanessa
     Paradis, Jean Réno, Muriel Robin, Véronique Sanson, Alain Souchon, Patrick Timsit et Ophélie Winter.

                                                         Hiver 96-97

     26 janvier 1997 : Enregistrement de la soirée des Enfoirés au Zénith, avec Renaud, Fanny Ardant, Emanuelle Béart, Jane Birkin, Patrick Bruel, Carla Bruni,
     Francis Cabrel, Caroline Cellier, Dave, Catherine Deneuve, Princesse Erika, Elsa, Carole Fredericks, Jean-Jacques Goldman, Johnny Hallyday, Patricia
     Kaas, Sandrine Kimberlain, I Muvrini, les Innocents, Michael Jones, Michèle Laroque, Philippe Lavil, Marc Lavoine, Maxime Leforestier, Thierry Lhermitte,
     Yves Lecoq, Mimie Mathy, Nana Mouskouri, MC Solaar, Pascal Obispo, Pierre Palmade, Vanessa Paradis, Pow Wow, Muriel Robin, Véronique Sanson,
     Yves Simon, Smain, Alain Souchon, Patrick Timsit, Laurent Voulzy, Roch Voisine, Zazie.
     L'émission est diffusée sur TF1 le 8 février 1997.
     Le disque sort en novembre 1997.

                                                         Hiver 97-98

     26 janvier 1998 : Les Restos encore, les Enfoirés en coeur se retrouvent une nouvelle fois au Zénith, avec la participation de Salvatore Adamo, Richard
     Anconina, Josiane Balasko, Jean-Marie Bigard, Dany Brillant, Patrick Bruel, Francis Cabrel, Eric Cantona, Julien Clerc, Doc Gyneco, Patrick Dupond,
     Stephane Eicher, Elsa, Lara Fabian, Carole Fredericks, Jean-Jacques Goldman, Johnny Hallyday, Gérard Jugnot, Patrick Juvet, Patricia Kaas, Catherine
     Lara, Michèle Laroque, Philippe Lavil, Marc Lavoine, Yves Lecoq, Maxime Leforestier, Thierry Lhermite, Mireille Mathieu, Mimie Mathy, Karen Mulder,
     Native, Yannick Noah, Pascal Obispo, Pierre Palmade, Vanessa Paradis, Axelle Red, Renaud, Muriel Robin, Michel Sardou, Elie Seimoun, Yves Simon,
     Smain, Alain Souchon, Patrick Timsit, Laurent Voulzy, Zazie...
     L'émission est diffusée à la télé sur France2 et TV5, ainsi qu'en radio sur RTL2, le 7 février 1998.
     Le CD sort le 3 novembre 1998.


Charlie hebdo:

Les chroniques que Renaud a ecrites pour Charlie Hebdo en 1995-1996.
                                     "Coups de griffe, coups de gueule, coups de blues... Quand Renaud frappe, on ne rigole pas... et pourtant il nous
                                     fait rire, même si c'est jaune.
                                     Indigné, incisif, insolent, il écrit pour la dénoncer cette "réalité dégueulasse" dont, à titre de citoyen, il est témoin
                                     quotidien : la guerre en Bosnie, approchée lors de ses concerts dans les zones musulmane et croate, les
                                     revendications des militants basques et les exactions des services secrets français ou espagnols, la dérive de Fidel
                                     Castro, Le Pen et le Front National...
                                     Mais, par ses chansons, nous savons aussi que Renaud est capable d'être tendre. S'il se détourne de la politique,
                                     c'est pour se pencher sur un vivier où une belle homarde bleue le regarde de ses yeux désespérés de condamnée à
                                     l'eau bouillante. Et puis comment répondre aux questions de sa femme ou de sa fille Lolita? Son chien Toto a bien
                                     un avis sur tout mais...
                                     Laisse béton! Renaud est trop "sage" ou désabusé pour croire que l'écriture guérit les maux engendrés par les
                                     hommes. Il propose donc ses mots à lui pour en rire."



Ses paroles:
 
 
 
 
 

P'TITE CONNE

                                                       (Renaud Séchan)

     Tu m'excus'ras, mignonne
     D'avoir pas pu marcher
     Derrière les couronnes
     De tes amis branchés

     Parce que ton dealer
     Etait peut-être là,
     Parmi ces gens en pleurs
     Qui parlaient que de toi

     En regardant leurs montres,
     En se plaignant du froid,
     En assumant la honte
     De t'avoir poussée là ...

     P'tite conne
     Tu leur en veux même pas
     Tu sais que ces charognes
     Sont bien plus morts que toi ...

     Tu fréquentais un monde
     Imbéciles mondains
     Où cette poudre immonde
     Se consomme au matin,

     Où le fric autorise
     A se croire à l'abri
     Et de la cour d'assises
     Et de notre mépris

     Que ton triste univers
     Nous inspirait, malins
     En sirotant nos bières
     Ou en fumant nos joints ...

     P'tite conne
     Tu rêvais de Byzance
     Mais c'était la Pologne
     Jusque dans tes silences ...

     On se connaissait pas
     Aussi tu me pardonnes,
     J'ai pas chialé quand t'as
     Cassé ta pipe d'opium,

     J'ai pensé à l'enfer
     D'un téléphone qui crie
     Pour réveiller ta mère
     Au milieu de la nuit.

     J'aurais voulu lui dire
     Que c'était pas ta faute
     Qu'à pas vouloir vieillir
     On meurt avant les autres ...

     P'tite conne
     Tu voulais pas mûrir,
     Tu tombes avant l'automne
     Juste avant de fleurir ...

     Mais t'aurais-je connu
     Que ça n'eut rien changé,
     Petit enfant perdue
     M'aurais-tu accepté?

     Moi j'aime le soleil
     Tout autant que la pluie
     Et quand je me réveille
     Et que je suis en vie

     C'est tout ce qui m'importe,
     Bien plus que le bonheur
     Qui est affaire de médiocres
     Et qui use le coeur ...

     P'tite conne
     C'est oublier que toi
     T'étais là pour personne
     Et qu' personne était là ...

     Tu m'excus'ras, mignonne,
     D'avoir pas pu pleurer
     En suivant les couronnes,
     De tes amis branchés,

     Parce que ton dealer
     Etait peut-être là
     A respirer ces fleurs
     Que tu n'aimerais pas,

     A recompter ces roses
     Qu'il a payées au prix
     De ta dernière dose
     Et de ton dernier cri ...

     P'tite conne
     Allez, repose-toi
     Tout près de Morrisson
     Et pas trop loin de moi ...
 


                        FATIGUE


                                         (Renaud Séchan - Renaud Sechan / Frank Langolff)

     Jamais une statue ne sera assez grande
     Pour dépasser la cime du moindre peuplier
     Et les arbres ont le coeur infiniment plus tendre
     Que celui des hommes qui les ont plantés

     Pour toucher la sagesse qui ne viendra jamais
     J'échangerai la sève du premier olivier
     Contre mon sang impur d'être civilisé
     Responsable anonyme de tout le sang versé

     Fatigué, fatigué
     Fatigué du mensonge et de la vérité
     Que je croyais si belle, que je voulais aimer
     Et qui est si cruelle que je m'y suis brûlé
     Fatigué, fatigué

     Fatigué d'habiter sur la planète Terre
     Sur ce grain de poussière, sur ce caillou minable
     Sur cette fausse étoile perdue dans l'univers
     Berceau de la bêtise et royaume du mal

     Où la plus évoluée parmi les créatures
     A inventé la haine, le racisme et la guerre
     Et le pouvoir maudit qui corrompt les plus purs
     Et amène le sage à cracher sur son frère

     Fatigué, fatigué
     Fatigué de parler, fatigué de me taire
     Quand on blesse un enfant, quand on viole sa mère
     Quand la moitié du monde en assassine un tiers
     Fatigué, fatigué

     Fatigué de ces hommes qui ont tué les indiens,
     Massacré les baleines et baillonné la vie,
     Exterminé les loups, mis des colliers aux chiens
     Qui ont même réussi à pourrir la pluie

     La liste est bien trop longue de tout ce qui m'écoeure
     Depuis l'horreur banale du moindre fait divers
     Il n'y a plus assez de place dans mon coeur
     Pour loger la révolte, le dégoût, la colère

     Fatigué, fatigué
     Fatigué d'espérer et fatigué de croire
     A ces idées brandies comme des étendards
     Et pour lesquelles tant d'hommes ont connu l'abattoir
     Fatigué, fatigué

     Je voudrais être un arbre, boire à l'eau des orages
     Me nourrir de la terre, être ami des oiseaux,
     Et puis avoir la tête si haut dans les nuages
     Qu'aucun homme ne puisse y planter un drapeau

     Je voudrais être un arbre et plonger mes racines
     Au coeur de cette terre que j'aime tellement
     Et que ce putain d'homme chaque jour assassine
     Je voudrais le silence enfin, et puis le vent ...

     Fatigué, fatigué
     Fatigué de haïr et fatigué d'aimer
     Surtout ne plus rien dire, ne plus jamais crier
     Fatigué des discours, des paroles sacrées
     Fatigué, fatigué

     Fatigué, fatigué
     Fatigué de sourire, fatigué de pleurer,
     Fatigué de chercher quelques traces d'amour
     Dans l'océan de boue où sombre la pensée
     Fatigué, fatiguée



 

MISTRAL GAGNANT

                                                       (Renaud Séchan)

     Ah ... m'asseoir sur un banc
     Cinq minutes avec toi
     Et regarder les gens
     Tant qu'il y en a

     Te parler du bon temps
     Qu'est mort ou qui r'viendra
     En serrant dans ma main
     Tes p'tits doigts
     Pis donner à bouffer
     À des pigeons idiots
     Leur filer des coups d' pied
     Pour de faux

     Et entendre ton rire
     Qui lézarde les murs
     Qui sait surtout guérir
     Mes blessures

     Te raconter un peu
     Comment j'étais, mino
     Les bombecs fabuleux
     Qu'on piquait chez l' marchand
     Car-en-sac et Mintho
     Caramels à un franc
     Et les Mistrals gagnants

     Ah ... marcher sous la pluie
     Cinq minutes avec toi
     Et regarder la vie
     Tant qu'y en a

     Te raconter la Terre
     En te bouffant des yeux
     Te parler de ta mère
     Un p'tit peu

     Et sauter dans les flaques
     Pour la faire râler
     Bousiller nos godasses
     Et s' marrer

     Et entendre ton rire
     Comme on entend la mer
     S'arrêter, repartir
     En arrière

     Te raconter surtout
     Les carambars d'antan
     Et les coco-boërs
     Et les vrais roudoudous
     Qui nous coupaient les lèvres
     Et nous niquaient les dents
     Et les Mistrals gagnants

     Ah ... m'asseoir sur un banc
     Cinq minutes avec toi
     Regarder le soleil
     Qui s'en va

     Te parler du bon temps
     Qu'est mort et je m'en fous
     Te dire que les méchants
     C'est pas nous

     Que si moi je suis barge
     Ce n'est que de tes yeux
     Car ils ont l'avantage
     D'être deux

     Et entendre ton rire
     S'envoler aussi haut
     Que s'envolent les cris
     Des oiseaux

     Te raconter enfin
     Qu'il faut aimer la vie
     Et l'aimer même si
     Le temps est assassin
     Et emporte avec lui
     Les rires des enfants
     Et les Mistrals gagnants

     Et les mistrals gagnants



 

                                                MISS MAGGIE

                                               (Renaud Séchan / Jean-Pierre Bucolo)

     Femmes du monde ou bien putains
     Qui, bien souvent, êtes les mêmes
     Femmes normales, stars ou boudins,
     Femelles en tout genre, je vous aime

     Même à la dernière des connes,
     Je veux dédier ces quelques vers
     Issus de mon dégoût des hommes
     Et de leur morale guerrière

     Car aucune femme sur la planète
     N' s'ra jamais plus con que son frère
     Ni plus fière ni plus malhonnête
     A part, peut-être, Madame Thatcher

     Femme je t'aime parce que
     Lorsque le sport devient la guerre
     Y'a pas de gonzesses, ou si peu
     Dans les hordes de supporters

     Ces fanatiques fous-furieux
     Abreuvés de haines et de bières
     Déifiant les crétins en bleu,
     Insultant les salauds en vert

     Y'a pas de gonzesse hooligan,
     Imbécile et meurtrière
     Y'en a pas, même en grande Bretagne
     A part, bien sûr, Madame Thatcher

     Femme je t'aime parce que
     Une bagnole entre les pognes
     Tu n' deviens pas aussi con qu'eux
     Ces pauvres tarés qui se cognent

     Pour un phare un peu amoché
     Ou pour un doigt tendu bien haut
     Y'en a qui vont jusqu'à flinguer
     Pour sauver leur auto-radio

     Le bras d'honneur de ces cons-là
     Aucune femme n'est assez vulgaire
     Pour l'employer à tour de bras
     A part, peut-être, Madame Thatcher

     Femme je t'aime parce que
     Tu vas pas mourir à la guerre
     Parc' que la vue d'une arme à feu
     Fait pas frissonner tes ovaires

     Parc' que dans les rangs des chasseurs
     Qui dégomment la tourterelle
     Et occasionnellement les beurs,
     J'ai jamais vu une femelle

     Pas une femme n'est assez minable
     Pour astiquer un revolver
     Et se sentir invulnérable
     A part, bien sûr, Madame Thatcher

     C'est pas d'un cerveau féminin
     Qu'est sortie la bombe atomique
     Et pas une femme n'a sur les mains
     Le sang des indiens d'Amérique

     Palestiniens et Arméniens
     Témoignent du fond de leurs tombeaux
     Qu'un génocide c'est masculin
     Comme un SS, un torero

     Dans cette putain d'humanité
     Les assassins sont tous des frères
     Pas une femme pour rivaliser
     A part, peut-être, Madame Thatcher

     Femme je t'aime, surtout, enfin
     Pour ta faiblesse et pour tes yeux
     Quand la force de l'homme ne tient
     Que dans son flingue ou dans sa queue

     Et quand viendra l'heure dernière,
     L'enfer s'ra peuplé de crétins
     Jouant au foot ou à la guerre,
     A celui qui pisse le plus loin

     Moi je me changerai en chien
     Si je peux rester sur la Terre
     Et comme réverbère quotidien
     Je m'offrirai Madame Thatcher

                                                 



 

 
Socialiste

J' peux pas dire qu'elle était vulgaire
Ou arrongante
L'était même plutôt au contraire
Elégante
Comme une tartine de confiture
Dans l' café
Comme un graffiti sur le mur
Des W.C.

J' l'ai rencontrée dans une manif'
Pacifiste
Ca castagnait sérieux avec
La police
J' m'étais fait mal en balaçant
Un pavé
J' m'étais foulé la ch'ville du bras
Le poignet

Elle était socialiste
Protestante et féministe
Un peu chiante et un peu triste
Institutrice

Croyait qu' le matin du grand soir
Allait v'nir
Croyait au grand souffle d'espoir
Sur l'av'nir
Genre de conn'ries qu' déjà quèqu' part
J'avais lues
Dans Minute ou dans un journal
Je sais plus

Elle m'a parlé d' Bernard Tapie
Enthousiaste
M'a dit qu'il avait du génie
Et d' la classe
J'ui ai dit : t'as raison, Ginette
C'est Karl Marx
En plus balèze, zn plus honnête
En plus efficace

Moi j'étais rien-du-toutiste
Anarcho-mitterandiste
J' sais même pas si ça existe
Mais ça m'excite

Pi elle m'a dit qu'elle avait des
Relations
Qu'elle était potes avec un pote
A Tonton
Qu'elle avait dîné y'a un mois
Chez Jack Lang
Que Guy Bedos avait r'pris quatr' fois
De la viande

J'ui ai dit qu' moi j' fréquentais plus
Les salons
Que j'avais connu Charles Hernu
En prison
Qu' j'avais bouffé une fois dans un
Ministère
Qu'objectivement c'était meilleur
Chez ma mère

Elle était socialiste
S' méfiait des écologistes
Détestait les communistes
Et les dentistes

J'ui ai dit : Ginette, faut plus m' parler
D' politique
On va finir par s'engueuler
C'est classique
Comment veux-tu que j' sois d'accord
Avec toi
J'ai d'jà du mal à être d'accord
Avec moi

Elle m'a dit : J' m'appelle pas Ginette
D' toutes façons
J' m'appelle Simone, si ça t' fait rien
J'ai dit : Bon
Pi faut qu' j' m'en aille, faut que j' retourne
Gare de Lyon
Avant qu'on m' vole ma mobylette
Ca s'rait con

C'est comme ça qu' ma socialiste
Qui avait si peur des voleurs
M'a largué en pleine manif
A cause d'un vélomoteur
Comment tu veux changer la vie
Si tu balises pour ton bien ?
On peut pas être à la fois
Un mouton et un mutin

On peut pas être à la fois
Et au four et au moulin
On peut pas être à la fois
Jean Dutour et Jean Moulin


Laisse Béton

 
                            J'étais tranquille j'étais peinard
                                        Accoudé au flipper
                                Le type est entré dans le bar
                                 A commandé un jambon beurre
                                  Et y s'est approché de moi
                                  Et y m'a regardé comme ça:

                                         « T'as des bottes
                                               Mon pote
                                         Elles me bottent
                                J'parie qu'c'est des santiags
                       Viens faire un tour dans l'terrain vague
                             J'vais t'apprendre un jeu rigolo
                             A grands coups de chaines de vélo
                            J'te fais tes bottes à la baston »

                              Moi j'lui dis: « laisse béton »

                                      Y m'a filé une beigne
                                 J'lui ai filé une torgnolle
                                   Y m'a filé une châtaigne
                                   J'lui ai filé mes groles

                             J'étais tranquille j'étais pénard
                                       Accoudé au comptoir
                                Le type est entré dans le bar
                                    A commandé un café noir
                                 Pis y m'a tapé sur l'épaule
                            Puis y m'a r'gardé d'un air drôle:

                                         « T'as un blouson
                                                 Mecton
                                          L'est pas bidon
                             Moi j'me les gèle sur mon scooter
                               Avec ça j's'rai un vrai rocker
                            Viens faire un tour dans la ruelle
                                   J'te montrerai mon Opinel
                               J'te chourav'rai ton blouson »

                              Moi j'lui dis: « Laisse béton »

                                      Y m'a filé une beigne
                                    J'lui ai filé un marron
                                   Y m'a filé une châtaigne
                                   J'ui ai filé mon blouson

                             J'étais tranquille j'étais pénard
                                   Je réparais ma mobylette
                              Le type a surgi sur l'boul'vard
                             Sur sa grosse moto super chouette
                              S'est arrêté l'long du trottoir
                                Et m'a regardé d'un air bête:

                                    « T'as l'même blue jean
                                           Que James Dean
                                        T'arrêtes ta frime
                         J'parie qu'c'est un vrai Lévis Strauss
                                Il est carrément pas craignos
                          Viens faire un tour derrière l'église
                                 Histoire que je te dévalise
                                A grands coups de ceinturon »

                               Moi j'lui dis: »Laisse béton »

                                      Y m'a filé une beigne
                                   J'lui ai filé une mandale
                                   Y m'a filé une châteigne
                                    J'lui ai filé mon futal

                            La morale de cette pauvre histoire
                       C'est qu'quand t'es tranquille et peinard
                           Faut pas trop traîner dans les bars
                            A moins d'être fringuer en costard
                                Quand à la fin d'une chanson
                          Tu t'retrouve à poil sans tes bottes
                                  Faut avoir d'l'imagination
                             Pour trouver une chute rigolote.
 


                             Le blues de la Porte d'Orléans

                            Puisque les Basques et les Bretons
                                 Les Alsaciens les Occitants
                            Les Corses les Chtimis les Wallons
                             Y veulent tous être indépendants
                             Puisqu'y veulent tous l'autonomie
                                 Qu'à priori y ont pas torts
                                  Bah c'est décidé moi aussi
                        J'prends ma guitare et j'cris bien fort

                                  Que je suis le séparatiste
                                    Du 14ème arrondissement
                                Oui que je suis l'autonomiste
                                      De la Porte d'Orléans

                                    Le 14ème arrondissement
                           C'est mon quartier d'puis 25 berges
                       C'est dans ses rues que j'passe mon temps
                             Dans ses bistrots que je gamberge
                          Quand je m'balade au long d'ses rues
                              J'peux pas oublier qu'autrefois
                                   Vercingétorix s'est battu
                                Tout près du métro « Alésia »

                                  Moi je suis le séparatiste
                                    Du 14ème arrondissement
                                Oui moi je suis l'autonomiste
                                      De la Porte d'Orléans

                                    Le 14ème arrondissement
                              Possède sa langue et sa culture
                               Et l'autoroute Porte d'Orléans
                             C'est le début d'la côte d'usure
                               Dans le 13ème j'ai des copains
                           Qu'on un peu les mêmes idées qu'moi
                              On va faire un programme commun
                                Aux élections on s'présentera

                                Car moi je suis l'séparatiste
                                    Du 14ème arrondissement
                                Oui moi je suis l'autonomiste
                                      De la Porte d'Orléans

                             Bien sûr la Seine nous arrose pas
                             Mais ça peut toujours s'arranger
                             A coups d'pétitions pourquoi pas
                             On pourrait p't'être la détourner
                                Tout ça pour dire que l'14ème
                            C'est un quartier qu'est pas banal
                           A part les flics qu'y sont les même
                              Que dans l'reste de la capitale

                                  Moi je suis le séparatiste
                                    Du 14ème arrondissement
                                Oui moi je suis l'autonomiste
                                     De la Porte d'Orléans.
 



 

                                   La chanson du loubard

 
                              Le jour se lève sur ma banlieue
                          J'ai froid c'est pourtant pas l'hiver
                     Qu'est-ce que j'pourrais foutre nom de Dieu
                            J'ai pas un rond et j'ai pas l'air
                                                Sérieux
                                                Sérieux

                          J'suis un loubard parmi tant d'autres
                             Je crèche pas loin de la Défense
                          J'ai l'air crado, c'est pas ma faute
                                   Mon HLM c'est pas bizance
                                               Mon pote
                                               Mon pote

                                      A 14 ans mon paternel
                                M'a fait embaucher à l'usine
                          2 jours plus tard j'ai fait la belle
                             Paraît que j'suis un fils indigne
                                                 Bordel

                                Un soir dans une rue déserte
                                   J'ai fauché une Honda 500
                               A un fils de bourgeois honnête
                                   Avec elle je fonce à 200
                                      Ouais c'est chouette
                                           C'est chouette

                              Mon copain Pierrot s'est planté
                             Sur l'autoroute un jour de pluie
                                Parfois je l'entends rigoler
                               C'est sûr qu'il est au Paradis
                                               C't'enflé
                                               C't'enflé

                                Et moi j'continue mon cinoche
                             Au pieds de ces buildings miteux
                          J'voudrais crever avant d'être moche
                           J'voudrai finir comme toi mon vieux
                                               Gavroche

                               J'suis un loubard périphérique
                           J'en ai plein les bottes de ce bled
                           Le France est une banlieue merdique
                                Comme dit mon copain Mohamed
                                               Aux flics
                                               Aux flics

                              Le jour se lève sur ma banlieue
                          J'ai froid c'est pourtant pas l'hiver
                           C'est drôle le bitume est tout bleu
                             Y'a ma bécane qui crâme par terre
                                               Bon Dieu
                                               Mon Dieu
                                             Oh Bon Dieu
                                               Mon Dieu
                                             Oh mon Dieu
                                               Bon Dieu
                                             Oh Bon Dieu
                                             Oh mon Dieu



                                                      Chanson pour Pierrot
 

                                       T'es pas né dans la rue
                                    T'es pas né dans l' ruisseau
                                      T'es pas un enfant perdu
                                      Pas un enfant d' salaud,
                                    Vu qu' t'es né dans ma tête
                                     Et qu' tu vis dans ma peau
                                      J'ai construit ta planète
                                       Au fond de mon cerveau.

                          Pierrot, mon gosse, mon frangin, mon poteau,
                                   Mon copain tu m' tiens chaud.
                                                Pierrot.

                                  Depuis l' temps que j' te rêve,
                                 Depuis l' temps que j' t'invente,
                                      De pas te voir j'en crève
                                   Et j' te sens dans mon ventre.
                                        Le jour où tu ramène,
                                    J'arrête de boire : promis,
                                    Au moins toute une semaine,
                                    Ce s'ra dur, mais tant pis.

                          Pierrot, mon gosse, mon frangin, mon poteau,
                                   Mon copain tu m' tiens chaud.
                                                Pierrot.

                                   Qu' tu sois fils de princesse,
                                    Ou qu' tu sois fils de rien,
                                    Tu s'ras fils de tendresse,
                                     Tu s'ras pas pas orphelin.
                                   Mais j' connais pas ta mère :
                                        Je la cherche en vain.
                                      Je connais qu' la misère
                                  D'être tout seul sur le ch'min.

                          Pierrot, mon gosse, mon frangin, mon poteau,
                                   Mon copain tu m' tiens chaud.
                                                Pierrot.

                                       Dans un coin de ma tête
                                      Y'a déjà ton trousseau :
                                        Un jean, une mobylette
                                        Une paire de Santiago.
                                        T'iras pas à l'école,
                                   J' t'apprendrai les gros mots.
                                        On jouera au football,
                                          On ira au bistrot.

                          Pierrot, mon gosse, mon frangin, mon poteau,
                                   Mon copain tu m' tiens chaud.
                                                Pierrot.

                                    Tu t' lav'ras pas les pognes
                                       Avant d' venir à table.
                                    Et tu m' trait'ras d'ivrogne
                                  Quand j' piquerai ton cartable.
                                    J' t'apprendrai des chansons
                                      Tu les trouveras débiles.
                                   T'auras p't' être bien raison
                                   Mais j' s'rai vexé quand même.

                          Pierrot, mon gosse, mon frangin, mon poteau,
                                   Mon copain tu m' tiens chaud.
                                                Pierrot.

                                      Allez viens mon Pierrot,
                                   Tu s'ras l' chef de ma bande.
                                    J' te r'filerai mon couteau,
                                    J' t'apprendrai la truande.
                                       Allez viens mon copain,
                                     J' t'ai trouvé une maman :
                                    Tous les trois ça s'ra bien
                                     Allez viens, je t'attends.

                          Pierrot, mon gosse, mon frangin, mon poteau,
                                   Mon copain tu m' tiens chaud.
                                                Pierrot.



Hexagone

 
                                      Ils s'embrassent au mois de Janvier,
                                       car une nouvelle année commence,
                                           mais depuis des éternités
                                       l'a pas tell'ment changé la France.
                                       Passent les jours et les semaines,
                                          y'a qu'le décor qui évolue,
                                          la mentalité est la même :
                                      tous des tocards, tous des faux culs.
 
                                         Ils sont pas lourds, en février,
                                          à se souvenir de Charonne,
                                         des matraqueurs assermentés
                                         qui fignolèrent leur besogne,
                                         la France est un pays de flics,
                                        à tous les coins d'rue y'en a 100,
                                        pour faire règner l'ordre public
                                         ils assassinent impunément.
 
                                       Quand on exécute au mois d'mars,
                                         de l'autr' côté des Pyrénées,
                                         un arnachiste du Pays basque,
                                        pour lui apprendre à s'révolter,
                                     ils crient, ils pleurent et ils s'indignent
                                        de cette immonde mise à mort,
                                        mais ils oublient qu'la guillotine
                                       chez nous aussi fonctionne encore.
 
                                       Etre né sous l'signe de l'hexagone,
                                   c'est pas c'qu'on fait d'mieux en c'moment,
                                        et le roi des cons, sur son trône,
                                        j'parierai pas qu'il est all'mand.
 
                                         On leur a dit, au mois d'avril,
                                          à la télé, dans les journaux,
                                          de pas se découvrir d'un fil,
                                      que l'printemps c'était pour bientôt,
                                     les vieux principes du seizième siècle,
                                        et les vieilles traditions débiles,
                                        ils les appliquent tous à la lettre,
                                          y m'font pitié ces imbéciles.
 
                                       Ils se souviennent, au mois de mai,
                                       d'un sang qui coula rouge et noir,
                                          d'une révolution manquée
                                         qui faillit renverser l'Histoire,
                                      j'me souviens surtout d'ces moutons,
                                           effrayés par la Liberté,
                                         s'en allant voter par millions
                                          pour l'ordre et la sécurité.
 
                                       Ils commémorent au mois de juin
                                        un débarquement d'Normandie,
                                       ils pensent au brave soldat ricain
                                     qu'est v'nu se faire tuer loin d'chez lui,
                                       ils oublient qu'à l'abri des bombes,
                                      les Francais criaient "Vive Pétain",
                                     qu'ils étaient bien planqués à Londres,
                                     qu'y'avait pas beaucoup d'Jean Moulin.
 
                                       Etre né sous l'signe de l'hexagone,
                                         c'est pas la gloire, en vérité,
                                        et le roi des cons, sur son trône,
                                        me dites pas qu'il est portugais.
 
                                        Ils font la fête au mois d'juillet,
                                         en souv'nir d'une révolution,
                                            qui n'a jamais éliminé
                                          la misère et l'exploitation,
                                       ils s'abreuvent de bals populaires,
                                        d'feux d'artifice et de flonflons,
                                        ils pensent oublier dans la bière
                                    qu'ils sont gourvernés comme des pions.
 
                                        Au mois d'août c'est la liberté,
                                        après une longue année d'usine,
                                      ils crient : "Vive les congés payés",
                                         ils oublient un peu la machine,
                                      en Espagne, en Grèce ou en France,
                                       ils vont polluer toutes les plages,
                                         et par leur unique présence,
                                          abîmer tous les paysages.
 
                                      Lorsqu'en septembre on assassine,
                                           un peuple et une liberté,
                                         au coeur de l'Amérique latine,
                                        ils sont pas nombreux à gueuler,
                                         un ambassadeur se ramène,
                                          bras ouverts il est accueilli,
                                         le fascisme c'est la gangrène
                                          à Santiago comme à Paris.
 
                                       Etre né sous l'signe de l'hexagone,
                                        c'est vraiment pas une sinécure,
                                        et le roi des cons, sur son trône,
                                         il est français, ça j'en suis sûr.
 
                                        Finies les vendanges en octobre,
                                        le raisin fermente en tonneaux,
                                      ils sont très fiers de leurs vignobles,
                                  leurs "Côtes-du-Rhône" et leurs "Bordeaux",
                                        ils exportent le sang de la terre
                                          un peu partout à l'étranger,
                                         leur pinard et leur camenbert
                                       c'est leur seule gloire à ces tarrés.
 
                                        En Novembre, au salon d'l'auto,
                                          ils vont admirer par milliers
                                       l'dernier modèle de chez Peugeot,
                                        qu'ils pourront jamais se payer,
                                          la bagnole, la télé, l'tiercé,
                                       c'est l'opium du peuple de France,
                                          lui supprimer c'est le tuer,
                                       c'est une drogue à accoutumance.
 
                                        En décembre c'est l'apothéose,
                                      la grande bouffe et les p'tits cadeaux,
                                        ils sont toujours aussi moroses,
                                       mais y'a d'la joie dans les ghettos,
                                       la Terre peut s'arrêter d'tourner,
                                         ils rat'ront pas leur réveillon;
                                       moi j'voudrais tous les voir crever,
                                        étouffés de dinde aux marrons.
 
                                       Etre né sous l'signe de l'hexagone,
                                       on peut pas dire qu'ca soit bandant
                                       si l'roi des cons perdait son trône,
                                      y'aurait 50 millions de prétendants.



Marche à l'ombre

                                        Quand l' baba cool cradoque
                                      Est sorti d' son bus VolksWagen
                                     Qu'il avait garé comme une loque
                                              Devant mon rad'
                                     J'ai dit à Bob qu'était au flipp'
                                   " Viens voir le mariole qui s' ramène
                                              Vise la dégaine
                                             Quelle rigolade "
                                           Patchoulli patogasses
                                     Le Guide du Routard dans la poche
                                            Aré Krishna à mort
                                             Cheveux au henné
                                             Oreilles percées
                                      Tu vas voir qu'à tous les coups
                                        Y va nous taper cent balles
                                        Pour s' barrer à Khatmandou
                                                Ou au Népal
                                      Avant qu'il ait pu dire un mot
                                     J'ai chopé l' mec par le paletot

                                              Et j' ui ai dit
                                       " Toi tu m' fous les glandes
                                   Pis t'as rien à foutre dans mon monde
                                  Arrache toi d' là t'es pas d' ma bande
                                             Casse toi tu pues
                                            Et marche à l'ombre

                                      Une p'tite bourgeoise bécheuse
                                       Maquillée comme un carré d'as
                                        A débarqué dans mon gastos
                                             Un peu plus tard
                                     J'ai dit à Bob qu'était au flipp'
                                   " Reluques la tronche à la pouffiasse
                                             Vises la culasse
                                             Et les nibards "
                                   Collants léopards homologués chez SPA
                                            Monoï et Challimard
                                       Futal en skaï comme Travolta
                                 Qu'est ce qu'è vient nous frimer la tête
                                       Non mais ess' croit au Palace
                                    J' peux pas sacquer les starlettes
                                             Ni les blondasses
                                      Avant qu'elle ait bu son cognac
                                       J' l'ai chopée par le colback

                                              Et j'ui ai dit
                                       " Toi tu m' fous les glandes
                                   Pis t'as rien à foutre dans mon monde
                                  Arrache toi d' là t'es pas d' ma bande
                                             Casse toi tu pues
                                           Et marche à l'ombre "

                                           Un p'tit Rocky bargeo
                                   Le genre qui s'est gouré d' trottoir
                                     Est v'nu jouer les Marlon Brando
                                              Dans mon saloon
                                     J'ai dit à Bob qu'avait fait tilt
                                 " Arrête j'ai peur c'est un blouson noir
                                          J' veux pas d'histoires
                                              Avec ce clown "
                                        Derrière ses pauvr' Raybane
                                           J' vois pas ses yeux
                                              Et ça m'énerve
                                       Si ça s' trouve i' m regarde
                                    Faut qu'il arrête sinon j' le crève
                                  Non mais qu'est ce que c'est qu' ce mec
                                        Qui vient user mon comptoir
                                     L'a qu'à r'tourné chez les Grecs
                                               Se faire voir
                                      Avant qu'il ait bu son viandox
                                     J' l'ai chopé contre l' juke-box

                                              Et j'ui ai dit
                                       " Toi tu m' fous les glandes
                                   Pis t'as rien à foutre dans mon monde
                                  Arrache toi d' là t'es pas d' ma bande
                                             Casse toi tu pues
                                           Et marche à l'ombre "

                                        Pis j' me suis fait un punk
                                     Qu'avait pas oublié d'être moche
                               Et un intellectuel en Loden genre Nouvel Obs'
                                      Quand Bob a massacré l' flipper
                                     On n'avait plus une tune en poche
                                              J'ai réfléchis
                                             Et j' me suis dit
                                      " C'est vrai que j' suis épais
                                          Comme un sandwich SNCF
                                       Et qu' demain j' peux tomber
                                    Sur un balaise qui m' casse la tête
                                       Si c' mec là me fait la peau
                                 Et que j' crève la gueule sur l' comptoir
                                        Si la mort me paye l'apéro
                                             D'un air vicelard
                                     Avant qu'è m'emmène voir la haut
                                     Si y'a du monde dans les bistrots

                                                J'ui dirait
                                       " Toi tu m' fous les glandes
                                   Pis t'as rien à foutre dans mon monde
                                  Arraches toi d' là t'es pas d' ma bande
                                             Casse toi tu pues
                                           Et marche à l'ombre "

                                            " Casse toi tu pues
                                           Et marche à l'ombre "
                                            " Casse toi tu pues
                                           Et marche à l'ombre "


                                              Dans mon HLM

                                     Au rez-d'-chaussée, dans mon HLM
                                        Y'a une espèce de barbouze
                                        Qui surveille les entrées,
                                     Qui tire sur tout c' qui bouge,
                                         Surtout si c'est bronzé,
                                      Passe ses nuits dans les caves
                                            Avec son Beretta,
                                     Traque les mômes qui chouravent
                                         Le pinard aux bourgeois.
                                         Y s' recrée l'Indochine
                                    Dans sa p'tite vie d' peigne cul.
                                     Sa femme sort pas d' la cuisine,
                                          Sinon y cogne dessus.
                                          Il est tellement givré
                                         Que même dans la Légion
                                         Z'ont fini par le j'ter,
                                      C'est vous dire s'il est con !
 
                                   Putain c' qu'il est blême, mon HLM !
                              Et la môme du huitième, le hasch, elle aime !
 
                                        Au premier, dans mon HLM,
                                      Y'a l' jeune cadre dynamique,
                                            Costard en alpaga,
                                       C'ui qu'a payé vingt briques
                                       Son deux pièces plus loggia.
                                          Il en a chié vingt ans
                                           Pour en arriver là,
                                        Maintenant il est content
                                        Mais y parle de s' casser.
                                         Toute façon, y peut pas,
                                           Y lui reste à payer
                                       Le lave vaisselle, la télé,
                                       Et la sciure pour ses chats,
                                         Parc' que naturellement
                                      C' bon contribuable centriste,
                                         Il aime pas les enfants,
                                    C'est vous dire s'il est triste !
 
                                   Putain c' qu'il est blême, mon HLM !
                              Et la môme du huitième, le hasch, elle aime !
 
                                        Au deuxième, dans mon HLM,
                                         Y'a une bande d'allumés
                                         Qui vivent à six ou huit
                                       Dans soixante mètres carrés,
                                     Y'a tout l' temps d' la musique.
                                      Des anciens d' soixante-huit,
                                         Y'en a un qu'est chômeur
                                        Y'en a un qu'est instit',
                                       Y'en a une, c'est ma soeur.
                                         Y vivent comme ça, relax
                                       Y'a des mat'lats par terre,
                                         Les voisins sont furax;
                                        Y font un boucan d'enfer,
                                       Y payent jamais leur loyer,
                                      Quand les huissiers déboulent
                                            Y écrivent à Libé,
                                    C'est vous dire s'ils sont cools !
 
                                  Putain, c' qu'il est blême, mon HLM !
                              Et la môme du huitième, le hasch, elle aime !
 
                                       Au troisième, dans mon HLM;
                                        Y'a l'espèce de connasse,
                                      Celle qui bosse dans la pub',
                                            L'hiver à Avoriaz,
                                       Le mois d' juillet au Club.
                                       Comme toutes les décolorées,
                                          Elle a sa Mini-Cooper,
                                       Elle allume tout l' quartier
                                       Quand elle sort son cocker.
                                         Aux manifs de gonzesses,
                                        Elle est au premier rang,
                                       Mais elle veut pas d'enfants
                                       Parc' que ça fait vieillir,
                                          Ca ramollit les fesses
                                         Et pi ça fout des rides,
                                       Elle l'a lu dans l'Express,
                                      C'est vous dire si elle lit !
 
                                   Putain c' qu'il est blême, mon HLM !
                              Et la môme du huitième, le hasch, elle aime !
 
                                       Au quatrième, dans mon HLM,
                                        Y'a celui qu' les voisins
                                       Appellent " le communiste ",
                                      Même qu'ça lui plaît pas bien,
                                       Y dit qu'il est trotskiste !
                                          J'ai jamais bien pigé
                                         La différence profonde,
                                          Y pourrait m'expliquer
                                      Mais ça prendrait des plombes.
                                           Depuis sa pétition,
                                       Y'a trois ans pour l' Chili,
                                       Tout l'immeuble le soupçonne
                                        A chaque nouveau graffiti,
                                     N'empêche que " Mort aux cons "
                                         Dans la cage d'escalier,
                                        C'est moi qui l'ai marqué,
                                     C'est vous dire si j'ai raison !
 
                                   Putain c' qu'il est blême, mon HLM !
                              Et la môme du huitième, le hasch, elle aime !
 
                                       Pi y'a aussi, dans mon HLM,
                                          Un nouveau romantique,
                                          Un ancien combattant,
                                          Un loubard, et un flic
                                       Qui s' balade en survêtement
                                      Y fait chaque jour son jogging
                                        Avec son berger all'mand,
                                          De la cave au parking,
                                      C'est vachement enrichissant.
                                  Quand j'en ai marre d' ces braves gens
                                       J' fais un saut au huitième
                                        Pour construire un moment
                                         'vec ma copine Germaine,
                                        Un monde rempli d'enfants.
                                         Et quand l' jour se lève
                                        On s' quitte en y croyant,
                                       C'est vous dire si on rêve !
 
                                   Putain c' qu'il est blême, mon HLM !
                              Et la môme du huitième, le hasch, elle aime !



Ou c'est qu'jai mis mon flingue

                                 J' veux qu' mes chansons soient des caresses,
                                  Ou bien des coups d' poings dans la gueule.
                                      A qui qu' ce soit que je m'agresse,
                                    J' veux vous remuer dans vos fauteuils.
                                         Alors écoutez moi un peu,
                                    Les pousse-mégots et les nez-d'boeux,
                                   Les ringards, les folkeux, les journaleux.
                                  D'puis qu'y' a mon nom dans vos journaux,
                                       qu'on voit ma tronche à la télé,
                                     Où j' vends ma soupe empoisonnée,
                                       Vous m'avez un peu trop gonflé.
                                    J' suis pas chanteur pour mes copains,
                                   Et j' peux être teigneux comme un chien.
                                         J' déclare pas, avec Aragon,
                                        Qu' le poète a toujours raison.
                                       La femme est l'avenir des cons,
                                      Et l'homme n'est l'avenir de rien.

                                         Moi, mon av'nir est sur zinc
                                       D'un bistrot des plus cradingues,
                                Mais bordel, où c'est qu' j'ai mis mon flingue ?

                                      J' vais pas m' laisser emboucaner
                                       Par les fachos, pas les gauchos,
                                      tous ces pauvr' mecs endoctrinés
                                     Qui foutent ma révolte au tombeau.
                                     Tous ceux qui m' traitent de démago
                                    Dans leur torchons qu' j' lirais jamais :
                                    " Renaud, c'est mort, il est récupéré " ;
                                     Tous ces p'tits bourgeois incurables
                                 Qui parlent pas, qu'écrivent pas, qui bavent,
                                    qui vivront vieux leur vie d' minables,
                                     Ont tous dans la bouche un cadavre.
                                  T't' façon, j' chante pas pour ces blaireaux,
                                       Et j'ai pas dit mon dernier mot.
                                      C'est sûr'ment pas un disque d'or,
                                       Ou un Olympia à moi tout seul,
                                         Qui me feront virer de bord,
                                      Qui me feront fermer ma gueule.

                                 Tant qu'y' aura d' al haine dans mes s'ringues,
                                     Je ne chant'rai que pour les dingues,
                               Mais bordel, ! Où c'est qu' j'ai mis mon flingue ?

                                     Y'a pas qu' les mômes, dans la rue,
                                    Qui m' collent au cul pour une photo,
                                      Y'a même des flics qui me saluent,
                                   Qui veulent que j' signe dans leurs calots.
                                   Moi j' crache dedans, et j' cris bien haut
                                      Qu' le bleu marine me fait gerber,
                                 Qu' j'aime pas l' travail, la justice et l'armée.
                                   C'est pas demain qu'on m' verra marcher
                                    avec les connards qui vont aux urnes,
                                       Choisir celui qui les f'ra crever.
                                   Moi, ces jours là, j' reste dans ma turne.
                                      Rien à foutre de la lutte de crasse,
                                    Tous les systèmes sont dégueulasses !
                                      J' peux pas encaisser les drapeaux,
                                      quoi que le noir soir le plus beau.
                                      La marseillaise, même en reggae,
                                       Ca m'a toujours fait dégueuler.

                                    Les marches militaires, ça m' déglingue
                                     Et votr' République, moi j' la tringle,
                                Mais bordel ! Où c'est qu' j'ai mis mon flingue ?

                                       D'puis qu'on m'a tiré mon canif,
                                       Un soir au métro Saint Michel,
                                     J' fous plus les pieds dans une manif
                                       Sans un nunchak' ou un cocktail
                                      A Longwy comme à Saint Lazare,
                                      Plus de slogans face aux flicards,
                                   Mais des fusils, des pavés, des grenades !
                                         Gueuler contre la répression
                                        En défilant " Bastille-Nation "
                                    Quand mes frangins crèvent en prison
                                  Ca donne une bonne conscience aux cons,
                                    Aux nez-d'boeux et aux pousse-mégots
                                     Qui foutent ma révolte au tombeau.

                                      Si un jour j' me r'trouve par terre,
                                     Sûr qu' ça s'ra d' la faute à Baader.
                                      Si j' crève le nez dans le ruisseau,
                                     Sûr qu' ça s'ra d' la faute à Bonnot.

                                    Pour l'instant, ma gueule est sur le zinc
                                       D'un bistrot des plus cradingues,
                                          MAIS FAITES GAFFE !
                                 J'AI MIS LA MAIN SUR MON FLINGUE !



La teigne

                                         L'était bâti comme un moineau
                                            Qu'aurait été malade.
                                        A la bouche, derrière son mégot,
                                       y' avait des gros mots en cascades.
                                        L'était pas bien gros c't' asticot,
                                      mais c'était une vrai boule de haine,
                                       On lui filait plein d' noms d'oiseaux.
                                    Même ceux qui l' connaissaient qu'à peine
                                            L'appelaient la teigne.

                                          Il avait pas connu ses vieux,
                                            Il était d' l'Assistance,
                                      Ce genre d'école, pour rendre joyeux,
                                         C'est pas vraiment Byzance.
                                        D'ailleurs on lisait dans ses yeux
                                  Qu' pour qu'y soit bien fallait qu'on l' craigne,
                                        Si tu rentrais pas dans son jeux,
                                    Putain ! C' que tu r'cevais comme beignes,
                                              C'était une teigne.

                                        Avec les gonzesse, les mich'tons,
                                          L'était encore plus vache :
                                     J' te pique tes sous, j' te fous des gnons,
                                     Tu tombes amoureuses et j' m'arrache.
                                    Pour sa p'tite gueule, ses poings d' béton,
                                      Plus d'une se serait jetée à la Seine,
                                      Elles lui parlaient d'amour, d' passion,
                                        Y répondait pas des châtaignes,
                                              C'était une teigne.

                                        L'avait pas fêté ses vingt berges
                                         Quand, une nuit de novembre,
                                     On l'a r'trouvé raide comme un cierge,
                                      Pendu au beau milieu d' sa chambre.
                                      Si y'a un bon Dieu, une Sainte Vierge,
                                     Faut qu'ils l'accueillent à leur enseigne,
                                    Parc' qu'avant d' passer sur l'autr' berge
                                       Y m'avait dit personne ne m'aime,
                                          J' suis qu'une pauv' teigne.

                                        Mais moi qui l'ai connu un peu,
                                          Quand parfois j'y repense,
                                       putain ! C' qu'il était malheureux,
                                    Putain ! C' qu'y cachait comme souffrance
                                       Sous la pâle blondeur de se frange,
                                     Dans ses yeux tristes, dans sa dégaine.
                                     Mais j' suis sûr qu'au ciel c'est un ange,
                                    Et quand j' pense à lui mon coeur saigne.
                                             Adieu la teigne.



Dès que le vent soufflera...

                                    C'est pas l'homme qui prend la mer
                                  C'est la mer qui prend l'homme, Tatatin
                                         Moi la mer elle m'a pris
                                          Je m' souviens un Mardi
                                         J'ai troqué mes santiags
                                          Et mon cuir un peu zone
                                       Contre une paire de docksides
                                          Et un vieux ciré jaune
                                         J'ai déserté les crasses
                                      Qui m' disaient "Sois prudent"
                                         La mer c'est dégueulasse
                                        Les poissons baisent dedans
 

                                                  Refrain

                                         Dès que le vent soufflera
                                               Je repartira
                                       Dès que les vents tourneront
                                           Nous nous en allerons
 

                                    C'est pas l'homme qui prend la mer
                                      C'est la mer qui prend l'homme
                                         Moi la mer elle m'a pris
                                           Au dépourvu tans pis
                                          J'ai eu si mal au coeur
                                            Sur la mer en furie
                                      Qu' j'ai vomi mon quatre heures
                                            Et mon minuit aussi
                                         J' me suis cogné partout
                                    J'ai dormi dans des draps mouillés
                                           Ca m'a coûté ses sous
                                   C'est d' la plaisance, c'est le pied

                                                  Refrain

                                    Ho ho ho ho ho hissez haut ho ho ho

                                    C'est pas l'homme qui prend la mer
                                      C'est la mer qui prend l'homme
                                       Mais elle prend pas la femme
                                          Qui préfère la campagne
                                        La mienne m'attend au port
                                            Au bout de la jetée
                                          L'horizon est bien mort
                                           Dans ses yeux délavés
                                           Assise sur une bitte
                                          D'amarrage, elle pleure
                                          Son homme qui la quitte
                                         La mer c'est son malheur

                                                  Refrain

                                    C'est pas l'homme qui prend la mer
                                      C'est la mer qui prends l'homme
                                         Moi la mer elle m'a pris
                                          Comme on prend un taxi
                                         Je ferai le tour du monde
                                         Pour voir à chaque étape
                                         Si tous les gars du monde
                                     Veulent bien m' lâcher la grappe
                                         J'irais aux quatre vents
                                          Foutre un peu le boxon
                                             Jamais les océans
                                          N'oublieront mon prénom

                                                  Refrain

                                    Ho ho ho ho ho hissez haut ho ho ho

                                    C'est pas l'homme qui prend la mer
                                      C'est la mer qui prends l'homme
                                         Moi la mer elle m'a pris
                                            Et mon bateau aussi
                                          Il est fier mon navire
                                        Il est est beau mon bateau
                                        C'est un fameux trois mats
                                     Fin comme un oiseau (Hissez haut)
                                              Tabarly, Pageot
                                           Kersauson ou Riguidel
                                       Naviguent pas sur des cageots
                                           Ni sur des poubelles

                                                  Refrain

                                    C'est pas l'homme qui prend la mer
                                      C'est la mer qui prends l'homme
                                         Moi la mer elle m'a pris
                                        Je m' souviens un Vendredi
                                          Ne pleure plus ma mère
                                           Ton fils est matelot
                                          Ne pleure plus mon père
                                          Je vis au fil de l'eau
                                           Regardez votre enfant
                                            Il est parti marin
                                         Je sais c'est pas marrant
                                          Mais c'était mon destin
 

                                               Refrain (ter)

                                         Dès que le vent soufflera
                                              Nous repartira
                                       Dès que les vents tourneront
                                            Je me n'en allerons