Lieu de naissance : Rouen , France
Date de naissance : 3 avril 1976
e-mail : grafitis@wanadoo.fr
Hommage
au voltaire noir
L'histoire
du fou - Mongo Beti - Lundi 2 août 1999
Mongo Beti fût mon professeur
de français au Lycée Corneille de Rouen
au début des années 90.l'un des plus célèbres
auteurs francophones d'Afrique, de son vrai nom Alexandre
Biyidi Awala, est décédé dans la
nuit de dimanche à lundi 8 octobre 2001 à
l'hôpital général de Douala des
suites d'une maladie. Je tenais à lui rendre
hommage sur cette page.
Deux
adolescents originaires de Guiné sont découverts
morts dans le train d'atterissage d'un Airbus sur l'aéroport
de Bruxelles.On a retrouvé serré sur la
poitrine de l'un des deux une lettre émouvante.
" Aidez-nous , nous souffrons énormément
en Afrique. Aidez-nous , nous avons des problèmes( )
Au niveau des problèmes, nous avons la guerre,
la maladie, la nourriture etc.. " . On se croirait
dans un roman de Mongo Beti ! Cette distance sidérante
entre le ton candide de la lettre et la situation dramatique,
fait écho aux contes philosophiques du Voltaire-noir
. Yaguina et Fodé se sont sacrifiés pour
ce message généreux, la situation était
critique et exigeait le sacrifice de guerriers. C'est
une histoire folle, la même que nous raconte Beti,
celle de l'Afrique noire et plus particulièrement
de son pays le Cameroun. Au départ de ce drame
africain une névrose de la france : Parce qu'elle
a voulu maintenir son rêve de grande puissance ,
la France a soutenu dictateurs et partis uniques et s'est
faite complice d'une corruption larvée. Ce système
de domination d'un raffinement douteux a condamné
les anciennes colonies au destin d'éternel supplétif
de la grandeur française.Mais c'est aussi un habile
tour de passe-passe qui a permi à la France de
bloquer toute perspective de développement autonome
et de conserver une influence dans la région à
moindre frais. Mongo Beti dénonce cette mise en
scène depuis longtemps , l'indépendance
annonçait un 2ème Acte beaucoup plus subtil
et d'un goût amer : le néocolonialisme ,
le combat de sa vie !
Cette
fois-ci, c'est à travers l'histoire d'un vieux
patriarche de village que Mongo Beti ridiculise la République
Africaine néocoloniale. Il maîtrise parfaitement
ce genre ou la critique politique garantit la fiction
et la fiction allège la critique politique. Tel
un sniper , il aligne avec précision ses héros
, il abuse volontairement de mots-signaux (" Alguazil
" ).Clichés et stéréotypes abondent
pour notre plus grand plaisir et c'est de cette extrème
précision de vision à bout portant que naîssent
les situations comiques comme ce dialogue savoureux entre
Le chef de village Zoaételeu et des hommes en uniforme
qui lui ordonnent de décliner son identité
:
"
_ Comment je m'appelle ? fit le patriarche en s'esclaffant
courtoisement ; comment je m'appelle, hein, jeune gens
? Jamais personne ne m 'avait posé cette question,
pas même au temps ou les Blancs commandaient les
noirs.Et c'est vous qui me posez cette question qui me
déshonore ? _ Montre-nous ta carte d'identité
! reprirent les hommes en uniforme sans s'émouvoir
de l'indignation du patriarche. _ j'ignore de quoi vous
parlez , leur répondit-il. _( ) _Comment je
m'appelle, mes enfants ? A cinquante kilomètre
à la ronde, chacun connaît mon nom.II a fallu,
pour mon déshonneur, que vous veniez ici m'interpeller
comme on fait d'un bâtard, devant mes enfants témoins
de cette déchéance. ( ) "
La
dérision omniprésente permet une lecture
libérée et en fin stratège Mongo
attire le lecteur de l'autre côté du texte.
L'oeuvre se révèle alors être une
véritable encyclopédie du mal africain.