systemes educatifs dans le monde

arcenciel.gif (1653 octets)"Les résultats français sont supérieurs à la moyenne de l'OCDE lorsqu'il s'agit d'exercices purement scolaires, mais cela n'est pas le cas lorsque la situation nécessite une prise d'initiative"

arcenciel.gif (1653 octets)Dans tous les pays développés, le corps enseignant vieillit et la relève fait défaut. Pour séduire la nouvelle génération, le système doit d’abord régler ses problèmes de fond. Aux Etats-Unis, 50% des enseignants désertent au cours des trois à cinq premières années. Dans plusieurs pays industrialisés, la tendance est similaire. Au rythme actuel, les candidatures spontanées ne combleront jamais les départs à la retraite. Outre le vieillissement, d’autres phénomènes sont communs à toute une série de pays. La croissance économique accélère la «fuite des cerveaux»: dans les disciplines scientifiques, en premier lieu, les diplômés cèdent à l’attrait des salaires offerts par le secteur privé. Mais au sein même du secteur public, la rémunération des instituteurs souffre souvent de la comparaison avec d’autres emplois. Si les médias accordent une large place aux questions de discipline ou de rythme scolaire, ils négligent l’essentiel, affirme Paulo Santiago, de l’OCDE: la qualité de l’enseignement baisse. Toutes les recherches montrent, souligne-t-il, que les enseignants ont une influence primordiale dans la réussite scolaire. Aux Etats-Unis, 60% des enseignants en poste dans les quartiers pauvres n’ont aucun diplôme pédagogique. Plus de la moitié des professeurs de physique et 33% des professeurs de maths n’ont pas même de diplôme universitaire dans la matière qu’ils enseignent.

arcenciel.gif (1653 octets)L'autocritique de l'Allemagne, nulle en lecture et en maths
tous les principes qui ont fait la particularité et la fierté de l'enseignement allemand sont soudain remis en question: le fédéralisme, qui délègue aux 16 Länder (Etats régionaux) toutes compétences ou presque en matière d'enseignement, la pédagogie antiautoritaire développée depuis 1968, la demi-journée qui concentre les cours de 8 à 13 heures, et surtout le tri précoce, à 10 ans, entre les meilleurs élèves, envoyés vers les Gymnasium (les lycées, menant aux études universitaires), les élèves moyens, expédiés vers les Realschulen (débouchant sur les écoles professionnelles), et les plus mauvais, casés dans les Hauptschulen (écoles principales)... le système scolaire allemand est encore plus ségrégationniste que l'américain ou le britannique: de tous les pays testés, l'Allemagne est celui où l'origine sociale des élèves détermine le plus sûrement leur parcours scolaire.   «A l'université, les étudiants qui s'orientent vers le métier d'enseignant sont plutôt ceux qui ont des résultats moyens.» La règle impose en outre aux professeurs de lycée d'étudier puis d'enseigner deux matières, souvent tota lement différentes. «Cette combinaison entre une compétence souvent réduite et la destruction du principe d'autorité depuis 68 peut être désastreuse».. l'école «ludique», ... livre des élèves qui n'ont pas «appris à apprendre» et «ont de plus en plus de mal à se concentrer sur un travail»,... «Les examens, jusqu'au bac inclus, ne sont pas centralisés: chaque établissement choisit ses sujets d'examen, en fonction de ce qu'il a enseigné ou pas.... Tout cela conduit à un nivellement vers le bas ...

arcenciel.gif (1653 octets)Chicago: Dans les quartiers les plus pauvres, la pénurie d’enseignants est forte. Dans les écoles publiques de Chicago, la quasi-totalité des élèves vit dans la pauvreté. Pour parer à la désaffection des enseignants, le système offre des avantages conséquents.   «Recrutez tant que vous voudrez, offrez aux enseignants des avantages mirifiques… Si les conditions de travail sont insupportables, ils s’en iront».... Le budget est donc passé de 500 000 dollars à 2,1 millions de dollars en trois ans, et les «recruteurs» de 2 à 12. ...A long terme, qu’en restera-t-il? De plus, les «chasseurs de tête» offrent des avantages intéressants. Titulaires d’une licence (bachelor’s degree), les enseignants débutants peuvent gagner de 35 521 à 39 365 dollars la première année et de 37 981 à 41 825 dollars s’ils possèdent une maîtrise (master’s degree)

 

LE MONDE | 04.12.01 | 12h11 La France, élève moyen de la classe OCDE

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L'OCDE délivre des satisfecit aux pays les plus performants. La Finlande, le Japon, la Corée figurent ainsi au premier rang de l'étude pour la "compréhension de l'écrit", la "culture mathématique" et la "culture scientifique", les trois domaines concernés par l'enquête. Ils comptent également parmi les pays qui enregistrent un écart faible entre les meilleurs élèves et les moins bons. "Un niveau élevé de performance globale peut aller de pair avec une répartition équitable des résultats", en conclut l'OCDE. La Grande-Bretagne, le Canada, l'Australie obtiennent eux aussi des résultats largement supérieurs à la moyenne de l'OCDE, ces données globales pouvant néanmoins varier fortement selon les établissements scolaires.

L'OCDE souligne la réussite de certains pays en matière de lutte contre les inégalités sociales à l'école. Elle se félicite que le lien entre le milieu social des élèves et leurs résultats scolaires ne soit pas automatique. "Les écoles - et les décideurs politiques - ont de toute évidence un rôle à jouer dans [cette] lutte", note l'OCDE. De nouveau, le Canada, la Corée, la Finlande figurent parmi les pays qui parviennent à limiter l'impact négatif du milieu social et familial sur la réussite des élèves. La Suède, le Japon et l'Islande sont aussi distingués. Le volontarisme politique apparaît également efficace pour réduire les inégalités sexuelles à l'école, constate l'organisation internationale.

commentaire: en termes de niveau et de démocratisation le Japon, la Corée, le canada et la finlande sortent du lot.

Les réussites des pays les plus en pointe résultent d'un ensemble d'éléments. "Aucun facteur n'explique à lui seul pourquoi des établissements scolaires ou des pays obtiennent de meilleurs résultats, mais certaines politiques et pratiques sont en général associées à la réussite", indique l'OCDE. Les résultats moyens d'un pays sont en général corrélés avec le niveau des dépenses consacrées à l'éducation, sans que ce lien soit systématique. L'environnement dans lequel se déroule l'apprentissage, de la petite enfance jusqu'à l'âge de quinze ans, est un facteur important : la présence d'enseignants spécialisés et la qualité des relations entre élèves et professeurs influent sur la réussite, souligne l'OCDE.

La France - pour laquelle 4 673 jeunes issus de près de 200 établissements ont subi les tests - se situe dans la moyenne des pays participants en matière de "compréhension de l'écrit" et de "culture scientifique". Elle se place au-dessus de la moyenne en matière de "culture mathématique" - une tendance déjà signalée par des enquêtes thématiques antérieures. L'étude met en évidence des forces et des faiblesses propres à la France. Les élèves français montrent ainsi une réelle capacité, par rapport aux élèves des autres pays, à rechercher les informations demandées. Ils sont plus faibles, à l'inverse, dès qu'il s'agit d'interpréter les données, d'opérer une synthèse ou de livrer une analyse personnelle. En mathématiques, ils disposent de réelles compétences en géométrie ou dans la lecture de graphiques. Leurs résultats sont en revanche plus décevants en algèbre. "Les résultats français sont supérieurs à la moyenne de l'OCDE lorsqu'il s'agit d'exercices purement scolaires, mais cela n'est pas le cas lorsque la situation nécessite une prise d'initiative", constate la direction de la programmation et du développement (DPD) du ministère de l'éducation.

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L'autocritique de l'Allemagne, nulle en lecture et en maths

Berlin de notre correspondante

ne débâcle», «une mi sère», «une catastro phe»... Plusieurs semaines encore après la publication du Pisa (Programme international pour le suivi des acquis), enquête comparative de l'OCDE sur le niveau scolaire des élèves de 15 ans, l'Allemagne ne se remet pas de s'être soudain découverte aussi cancre. Sur 32 pays examinés, elle s'est classée 27e en lecture, seuls les élèves de Lettonie, du Luxembourg, du Mexique et du Brésil s'avérant encore plus mauvais que les petits Allemands. En maths et sciences naturelles, l'Allemagne est arrivée 20e, loin derrière la France (10e en maths, 12e en sciences naturelles). Dans ce pays qui s'imaginait volontiers encore «patrie des poètes et des penseurs», un quart des jeunes ne comprennent rien, ou pas grand-chose, lorsqu'on leur présente un texte à lire, a révélé l'enquête.

Demi-journée. «Nous ne pourrions pas donner un livre entier à lire à nos classes», confirme Uwe Duske, directeur de la Hauptschule de Berlin-Lichterfelde, quartier plutôt bourgeois de l'ouest de la capitale. «Pour beaucoup trop d'élèves, la lecture est devenue une culture étrangère. Et l'on ne peut pas dire que ce soit la faute aux élèves étrangers, puisque 82 % de nos élèves sont d'origine allemande.» Sous le choc du Pisa, tous les principes qui ont fait la particularité et la fierté de l'enseignement allemand sont soudain remis en question: le fédéralisme, qui délègue aux 16 Länder (Etats régionaux) toutes compétences ou presque en matière d'enseignement, la pédagogie antiautoritaire développée depuis 1968, la demi-journée qui concentre les cours de 8 à 13 heures, et surtout le tri précoce, à 10 ans, entre les meilleurs élèves, envoyés vers les Gymnasium (les lycées, menant aux études universitaires), les élèves moyens, expédiés vers les Realschulen (débouchant sur les écoles professionnelles), et les plus mauvais, casés dans les Hauptschulen (écoles principales).

Contingent. Car les travaux de l'OCDE ont montré que le système scolaire allemand est encore plus ségrégationniste que l'américain ou le britannique: de tous les pays testés, l'Allemagne est celui où l'origine sociale des élèves détermine le plus sûrement leur parcours scolaire. «Le système est simple, enrage un ancien élève orienté à l'âge de 10 ans vers une Hauptschule. Dans leurs classes, les profs ont besoin d'un contingent de bons pour le lycée, de moyens pour la Realschule et de nuls pour la Hauptschule. Ils n'ont pas besoin de se soucier de rattraper un élève qui décroche.»

L'Allemagne a un grave problème d'enseignants, reconnaît Rainer Lehmann, professeur de pédagogie à l'université Humboldt de Berlin. «A l'université, les étudiants qui s'orientent vers le métier d'enseignant sont plutôt ceux qui ont des résultats moyens.» La règle impose en outre aux professeurs de lycée d'étudier puis d'enseigner deux matières, souvent tota lement différentes. «Cette combinaison entre une compétence souvent réduite et la destruction du principe d'autorité depuis 68 peut être désastreuse», observe Rainer Lehmann. Car l'école «ludique», développée en réaction à l'autoritarisme nazi, livre des élèves qui n'ont pas «appris à apprendre» et «ont de plus en plus de mal à se concentrer sur un travail», déplore le président de la Fédération des enseignants allemands, Josef Kraus. «Les examens, jusqu'au bac inclus, ne sont pas centralisés: chaque établissement choisit ses sujets d'examen, en fonction de ce qu'il a enseigné ou pas, dénonce-t-il. Tout cela conduit à un nivellement vers le bas car, même dans les Länder les plus exigeants, comme la Bavière, les parents protestent qu'en Rhénanie-Westphalie leurs enfants auraient le bac sans difficulté.»

Sélection précoce. De ce constat général de crise, les responsables politiques tirent des leçons contradictoires. Les Länder conservateurs (Bavière, Bade-Wurtemberg...), adeptes de la sélection précoce et d'un enseignement plus strict, soulignent que leurs méthodes leur assurent des résultats bien meilleurs. Les Länder à dominante social-démocrate (Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Berlin...), qui ont tenté depuis les années 70 de retarder la sélection et de prendre en charge les enfants toute la journée, soulignent que les pays les mieux classés par le Pisa ont généralement des systèmes de ce type. La conférence des ministres de l'Education des 16 Länd3er, réunie en urgence pour réagir au Pisa, n'a pu s'entendre que pour prôner «des réponses complexes et différenciées», un effort accru d'apprentissage de l'allemand pour les enfants d'immigrés ou une meilleure évaluation des écoles. Les responsables politiques attendent en fait les résultats détaillés, région par région, qui ne seront pas publiés avant l'été. A défaut de remèdes, la prochaine bataille de l'enseignement est déjà programmée.

 

 

Chicago et ses chasseurs de tête

Julie Blair, journaliste à Education Week (États-Unis).

Dans les quartiers les plus pauvres, la pénurie d’enseignants est forte. Dans les écoles publiques de Chicago, la quasi-totalité des élèves vit dans la pauvreté. Pour parer à la désaffection des enseignants, le système offre des avantages conséquents.

Voici encore trois ans, quand les administrateurs des écoles publiques de Chicago devaient pourvoir des postes d’enseignants, ils se contentaient de publier des petites annonces dans la presse locale. Cette année, ils ont investi plus de deux millions de dollars dans leur campagne de recrutement, mobilisé des «chasseurs de tête» dans tout le pays et obtenu que la ville offre des logements à des prix abordables aux enseignants intéressés. «Nous sommes demandeurs, c’est à nous d’aller voir les candidats et de les séduire», explique Carlos Ponce, directeur des ressources humaines du district scolaire. L’effort est honorable. Mais insuffisant, ajoutent les sceptiques, s’il ne s’accompagne pas de garanties à plus long terme. «Recrutez tant que vous voudrez, offrez aux enseignants des avantages mirifiques… Si les conditions de travail sont insupportables, ils s’en iront», affirme Barnett Berry, de la National Commission on Teaching & America’s Future, qui associe des éducateurs, des fonctionnaires, des chefs d’entreprise et des représentants des collectivités locales, chargés d’analyser la pénurie nationale d’enseignants. Pour attirer et garder les enseignants, les écoles publiques de Chicago, comme celles de nombreux districts scolaires urbains aux Etats-Unis, ont entrepris une révision radicale de leur approche. Sur les 26 000 éducateurs en activité, 17% pourront faire valoir, l’an prochain, leurs droits à la retraite. Et, bien que l’Etat de l’Illinois forme plus de professeurs qu’il n’en requiert, seule une minorité accepte de travailler dans le district de Chicago, le troisième des Etats-Unis par la taille, où 94% des 432 000 élèves inscrits vivraient dans la pauvreté. Beaucoup, parmi eux, sont noirs ou hispaniques. Confrontés à la pénurie, les administrateurs du district recherchent des enseignants appartenant aux minorités, ou bilingues, ou qualifiés en éducation spécialisée, en mathématiques, en sciences, ou prêts à enseigner dans les quartiers les plus déshérités. «Autrefois, nous attendions qu’ils viennent à nous, explique Carlos Ponce. Puis [pendant l’année scolaire 1998-1999] nous avons adopté les méthodes de recrutement des entreprises privées.» Ce changement d’orientation a suscité une réflexion approfondie pour répondre aux exigences des nouvelles recrues. Le budget est donc passé de 500 000 dollars à 2,1 millions de dollars en trois ans, et les «recruteurs» de 2 à 12. Cette année, pour la première fois, ils iront participer à des «salons de l’emploi» dans 60 universités de tout le pays.

A long terme, qu’en restera-t-il? De plus, les «chasseurs de tête» offrent des avantages intéressants. Titulaires d’une licence (bachelor’s degree), les enseignants débutants peuvent gagner de 35 521 à 39 365 dollars la première année et de 37 981 à 41 825 dollars s’ils possèdent une maîtrise (master’s degree). Ils ont le choix entre deux systèmes d’assurance maladie, et, dans le cadre d’un programme fédéral, les dettes qu’ils ont contractées pendant leurs études universitaires peuvent être annulées s’ils postulent pour une zone où le manque de professeurs est important. Enfin, un programme pilote permet au district de leur proposer jusqu’à 5 000 dollars d’avance sur salaire, remboursables en plusieurs années. D’autres projets sont en préparation. L’un d’entre eux vise à attribuer des bourses universitaires aux élèves des écoles publiques de Chicago, avant même l’obtention de leur diplôme de fin du secondaire, assorties d’un contrat d’embauche pour enseigner ensuite dans le district. D’ores et déjà, Carlos Ponce tire un bilan positif: «Nous avons recruté 1 900 enseignants en 1998-1999, et 2 200 en 1999-2000. Cette année, nous visons les 3 000.» Mais les spécialistes soulignent qu’on ne dispose d’aucun repère qui permettrait d’identifier les stratégies les plus payantes. «Ces offres trouvent preneurs, mais à long terme, que restera-t-il de tout cela? Nous n’en savons rien», constate Susan Melnick, de l’Université d’Etat du Michigan. Selon elle, il faudra entreprendre des réformes durables — augmenter les salaires, améliorer la formation des maîtres, en particulier pour affronter les difficultés concrètes dans les classes. Tout cela viendra à son heure, répond Carlos Ponce. «Nul n’est plus heureux que moi de la pénurie nationale d’enseignants: elle nous permet de nous remettre en cause.»

 

Les profs manquent à l’appel

Cynthia Guttman, journaliste au Courrier de l’UNESCO.

Les enseignants ont une influence primordiale dans la réussite scolaire.

Dans tous les pays développés, le corps enseignant vieillit et la relève fait défaut. Pour séduire la nouvelle génération, le système doit d’abord régler ses problèmes de fond.

Comme la religion, l’enseignement est affaire de vocation. De plus en plus, dans le monde développé, cette vérité d’évidence appartient au passé et, pour recruter, l’école déploie les grands moyens. Le grand marché mondialisé de l’emploi pédagogique va désormais de la Russie à l’Afrique du Sud ou à la Nouvelle-Zélande. Afin d’attirer des candidats, certains pays demandeurs ont assoupli leur législation sur l’immigration. D’autres, à l’intérieur de leurs frontières, investissent dans la publicité télévisée: «Tout le monde se souvient d’un bon professeur», martèle le spot anglais; «Soyez enseignant, soyez un héros», affirme la campagne américaine; «Professeur, et si l’avenir, c’était vous?», questionne le ministère de l’Education français. Ces efforts de communication suffiront-ils à redorer un blason bien terni? Confrontés aux réalités du terrain, beaucoup de novices choisissent la fuite. Aux Etats-Unis, 50% des enseignants désertent au cours des trois à cinq premières années. Dans plusieurs pays industrialisés, la tendance est similaire. Au rythme actuel, les candidatures spontanées ne combleront jamais les départs à la retraite. Dans la plupart des pays de l’OCDE, la majorité des enseignants du primaire et du secondaire ont plus de 40 ans. Les Etats-Unis devront renouveler les deux tiers du corps enseignant d’ici dix ans. En France, alors que les départs en retraite s’accélèrent, les filières de formation des professeurs ont vu leurs effectifs baisser de 20%. Outre le vieillissement, d’autres phénomènes sont communs à toute une série de pays. La croissance économique accélère la «fuite des cerveaux»: dans les disciplines scientifiques, en premier lieu, les diplômés cèdent à l’attrait des salaires offerts par le secteur privé. Mais au sein même du secteur public, la rémunération des instituteurs souffre souvent de la comparaison avec d’autres emplois. Au Canada, par exemple, un travailleur social bénéficie d’un meilleur revenu. Si les médias accordent une large place aux questions de discipline ou de rythme scolaire, ils négligent l’essentiel, affirme Paulo Santiago, de l’OCDE: la qualité de l’enseignement baisse. Toutes les recherches montrent, souligne-t-il, que les enseignants ont une influence primordiale dans la réussite scolaire. Voilà qui augure mal de l’avenir de beaucoup d’enfants, en particulier des plus défavorisés. Aux Etats-Unis, 60% des enseignants en poste dans les quartiers pauvres n’ont aucun diplôme pédagogique. Plus de la moitié des professeurs de physique et 33% des professeurs de maths n’ont pas même de diplôme universitaire dans la matière qu’ils enseignent. Dans de nombreux pays, un même paradoxe est à l’œuvre. D’une part, au nom de l’économie du savoir, on relève le niveau des connaissances requises et on introduit de nouveaux programmes. «Des sujets qui étaient abordés au lycée le sont maintenant au collège: nous bourrons de plus en plus les crânes», explique le secrétaire général de la Fédération des enseignants canadiens. D’autre part, les enseignants doivent s’arranger d’effectifs trop élevés, d’une pression permanente et d’une formation insuffisante. «Les remises à jour sont très fréquentes, surtout dans les matières scientifiques, et ce n’est pas pris en charge par l’institution», souligne un représentant du Snes français (Syndicat national des enseignements du second degré). Au Royaume-Uni, l’Etat a dû réviser à la baisse les objectifs d’acquisition des connaissances en mathématiques pour les élèves de 14 ans. Jugés irréalistes, ils avaient entraîné un mouvement de protestation dans les écoles. Le contrôle tatillon des enseignants, qui accompagne souvent la définition de tels objectifs, nourrit l’exaspération de la profession. Au Royaume-Uni, par exemple, ils sont tenus de préparer des plans détaillés de leurs cours, destinés à d’éventuels inspecteurs. «Nous devons prouver que nous suivons bien les directives du gouvernement, commente Jeff Holman, de l’Association nationale britannique des directeurs de collège. On a l’impression d’avoir quelqu’un sur le dos en permanence.»

Des incitations douces La même préoccupation existe ailleurs: «Les politiques proclament qu’il faut laisser les écoles aux professionnels. Après quoi, ils affirment qu’il faut donner plus de place à l’histoire ou aux maths, parce que nous serions la lanterne rouge de l’Europe», ironise Alf Linberg, du Syndicat des enseignants suédois. «Tout se passe comme si on allait vers une logique prescriptive, où l’enseignant devient un simple exécutant», estime Denis Paget, du Snes. «On n’accorde pas assez d’autonomie ni de pouvoir de décision aux enseignants, confirme Paulo Santiago, c’est le fond du problème. Ils sont peu consultés sur les programmes et les méthodes. Dans toute activité, le plus important, c’est la motivation. Et elle doit être aussi matérielle.» Question épineuse. Jusqu’à présent, les Etats ont opté pour des incitations «douces». La Suède offre une formation aux enseignants non qualifiés. Le Royaume-Uni propose des bourses aux élèves-professeurs et rembourse leurs prêts d’études, au cours des dix premières années professionnelles. Dans les matières où la pénurie est la plus marquée, les candidats reçoivent une prime d’entrée et dans le Sud-Est de l’Angleterre, région prospère, on promet à tous des logements bon marché. Les autres formes d’incitations matérielles entrent vite en contradiction avec la sacro-sainte échelle des salaires. Partout, le calcul des salaires s’appuie sur le niveau d’études et l’ancienneté. Si l’extrême lenteur des évolutions de carrière est une cause générale de mécontentement, la solution qui consisterait à lier les salaires à la réussite des élèves et à l’efficacité du professeur dans sa classe est explosive. Des expériences de ce type ont été tentées dans quelques Etats américains. En Saxe (Allemagne), un ministre de l’Education qui avait essayé d’introduire ce système a dû démissionner. Des options politiquement moins risquées sont expérimentées. «Les choix stratégiques sont cruciaux, souligne Mildred Hudson, présidente d’une association de recrutement américaine. Nous savions qu’un problème allait se poser, mais nous n’avons pas pris les bonnes mesures.»

Un enjeu électoral Former des élèves-professeurs, les soutenir par des bourses, pré-recruter des jeunes dès les dernières classes de lycée – tous ces efforts ont abouti à des résultats très modestes. Il est grand temps de «reconnaître que des adultes peuvent passer par deux, trois ou quatre carrières successives au cours de leur vie», estime Mildred Hudson. L’idée fait son chemin. «Il est sûr qu’il y a là un vivier mais nous ne savons encore pas comment amener ces adultes dans les salles de classe.» Les gouvernements ont sans doute tardé à prendre conscience de la pénurie d’enseignants. Aujourd’hui, ils doivent faire face. Au Royaume-Uni comme aux Etats-Unis, lors des derniers scrutins électoraux, les débats se sont focalisés sur l’éducation. En Suède, à l’approche des élections, selon un sondage Gallup, c’est la première préoccupation de 78% de l’opinion, avant la santé et le chômage. En France en revanche, malgré la perspective de la présidentielle de 2002, l’école ne constitue pas encore un thème de campagne décisif. «Le débat public est insuffisant, déplore Monique Vuaillat, ancienne secrétaire générale du Snes. On tombe dans le schématisme absolu ou dans l’impasse.» L’ombre de la récession économique va peut-être attirer certains talents vers un métier qu’ils auraient hier dédaigné. Au moins jusqu’à la prochaine reprise…