Réponses de Julie à vos questions (le 12/04/01)
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I Réponses aux questions posées suite à l'émission Hors Stade du 27 avril: 1)Que pensez-vous du fait que Kournikova se soit inventé une enfance? Anna Kournikova suit les conseils de sa société de management qui, à juste titre, d'un point de vue marketing et communication, pense qu'Anna aura une bien meilleure image en tant que résidente des USA (elle préfère faire abstraction de son passé à Moscou où elle a dû lutter pour trouver des solutions financières). Une star américaine "rapporte" plus qu'une simple joueuse de tennis venant de Russie. Anna aussi l'a bien compris et l'intègre parfaitement dans son système de communication afin d'avoir le plus de retombées médiatiques possibles... donc des revenus importants! 2)Que pensez-vous de l'incapacité de Kournikova à remettre en cause son jeu, et ce, même pour esperer enfin pouvoir évoluer? Je ne partage pas votre avis. Anna a su faire évoluer son jeu grâce, notamment, à ses bons résultats en simples sur surfaces rapides (1/2 finaliste à Wimbledon en 1997) et à sa place de n°1 mondiale en double en 1999. Mais, bien entendu, elle doit continuer à évoluer dans sa façon de jouer. A 20 ans, être dans le Top10 avec des victoires sur Hingis et Davenport, c'est déjà plus que correct. Son jeu (prises de risques importantes avec des enchaînements service-volée ou retour-volée) demande à la fois une technique parfaite mais aussi beaucoup de maturité pour arriver à avoir son plein potentiel. Laissons-lui encore quelques années pour y arriver. 3)Que pensez-vous des affirmations du dernier entraîneur de Kournikova quant à sa régression inexorable? Eric Van Harpen est avant tout déçu de ne plus l'entraîner. C'est un très bon entraîneur, il l'a prouvé avec Conchita Martinez et Patty Schnyder...Mais, comme la plupart des entraîneurs qui réussissent en donnant un style de jeu spécifique (avec utilisation du lift ou du slice), il n'a pas pu adapter ses méthodes d'entraînement au jeu particulier d'Anna qui a choisi une filière de jeu plus courte (2 ou 3 frappes de balles pour gagner le point), une prise de risque plus importante (moins d'effet) et surtout une envie de jouer en avançant. Anna joue un tennis de plaisir qui passe avant tout par gagner les points à la volée , comme en doubles. Par contre, si Anna veut franchir un nouveau cap, il lui faudra avoir un meilleur programme avec, notamment, des périodes de repos à 100% : elle devra parfois couper complètement du stress de la compétition, des demandes médiatiques et des apparitions supplémentaires pour jouer des exhibitions... dans la vie, il faut faire des choix! C'est parce qu'elle ne le fait pas qu'en ce moment elle doit soigner pour une nouvelle fracture de fatigue. Son programme est infernal. Si elle décide de rivaliser avec les joueuses du Top5, il lui faudra recadrer toute son organisation et, avant tout, sa plannification. Elle pourrait ainsi devenir encore plus performante et régulière tout au long de la saison qui dure 10 mois! 4)Que pensez-vous du comportement de Kournikova, vis à vis des journalistes ? Anna a énormément de demandes d'interviews; beaucoup trop... En période de compétition, elle a besoin de récupérer car elle doit gérer les problèmes de stress et de pression. Les journalistes doivent se mettre à la place de la joueuse pour mieux comprendre son comportement ou ses réactions qui sont parfois justifiées. Comme toutes les joueuses de tennis, Anna, en cas de victoire ou de défaîte assume complètement toutes les conférences de presse d'après-match. En ce qui concerne les demandes particulières, le système et le règlement lui permettent encore de les accepter ou de les refuser (télévision, radio, site internet, photos etc.) ce qui semble logique. II Autres questions posées par les internautes. 5) Pourquoi avoir stopé votre carrière alors que vous étiez N° 1 Mondiale en double? J'ai estimé qu'après 15 ans de carrière professionnelle j'avais tout donné pour le tennis... et que j'étais arrivée à mon meilleur niveau en simple et en double. J'ai toujours dit que je continuerais tant qu'il y aurait une combinaison de ces trois facteurs: 1) l'évolution du jeu 2)l'amélioration de la performance 3) le plaisir de jouer J'ai senti que j'avais atteint le maximum dans ces domaines... J'ai donc décidé d'arrêter. C'est mon choix et j'espère l'avoir pris au bon moment. Le tennis c'est ma passion et j'ai aimé toutes ces années sur le circuit. J'ai eu la chance d'avoir un entraîneur qui est devenu mon mari et, grâce à cette vie équilibrée que j'ai toujours eue, je souhaite fonder une famille et, par la même occasion, avoir une vie stable. Ma dernière année sur le circuit a été, je pense, une de mes meilleures années (cf: 2 titres en simples: Eastbourne et le Japan open, avec une place de n°15 au classement WTA; 10 titres en doubles dont un tournoi du Grand Chelem: l'US Open avec Ai Sugiyama et le titre de championne du monde de doubles). Je pense avoir fini au top et surtout au bon moment. C'est vrai que tennistiquement et physiquement j'aurais sans doute pu être compétitive quelques années, mais ce n'était pas mon but. Je pense que pour la plupart de mes supporters, cela a été une surprise, voire même une déception mais j'espère qu'après avoir mieux expliqué ma décision d'arrêter, vous serez toujours avec moi pour m'encourager dans mes nouveaux projets tennistiques. 6)A quand votre retour en Fed Cup, au choix : a) en tant que supportrice b) en tant que capitaine c) ou en tant que commentatrice télé... Je serai consultante pour Pathé Sport pour les demi-finales (et également pour Wimbledon) . Je serai bien évidemment en même temps leur supportrice. Si je ne m'entends pas du tout avec Nathalie Tauziat, les autres joueuses sont mes amies et je leur souhaite beaucoup de réussite et de bonheur en équipe de France de Fed Cup. C'est une épreuve que j'aime beaucoup et c'est agréable de pouvoir partager ensemble nos émotions, surtout lorsqu'elles sont grandes! En ce qui concerne le capitanat, je ne me sens pas le courage de devoir sélectionner l'une ou l'autre. Je les connaîs trop bien et je n'aimerais pas leur faire de la peine: parfois une sélection se joue à si peu...Par contre, pendant les rencontres, je pense que je me sentirais à l'aise sur la chaise à la fois pour pour conseiller les joueuses et pour les motiver. Mais je préfère avant tout conserver cette amitié le plus longtemps possible. Le rôle de capitaine, d'un certain côté, est un rôle ingrat. 7)J'ai lu récemment que 90% des Allemands connaissaient Anke Huber. En France, si on faisait de telle statistiques pour Julie Halard-Decugis, on serait très loin du compte (ou sinon autour de moi, il y a que des gens qui font partie des 10% qui restent). Vous avez dit que vous aviez en quelque sorte fait le choix de rester en retrait, loin derrière Mary Pierce ou plus récemment Amélie Mauresmo. Mais, ne croyez-vous pas que ce choix vous a empêché d'avoir la reconnaissance que votre carrière et votre palmarès auraient mérité? Je ne sais pas quel est le pourcentage de personnes qui me connaissent en France...pour moi, ce n'est pas le plus important.J'ai toujours préféré privilégier une certaine forme de tranquillité et donc de liberté autour de ma vie professionnelle et privée.Ce dont je suis sûre aujourd'hui, c'est que le tennis féminin en France est loin d'avoir la reconnaissance qu'il mériterait d'avoir! En effet, par rapport au tennis masculin, il n'y a pas photo quant aux performances des joueuses françaises pendant l'année 2000: nous étions 5 à être classées dans le Top12 ! Malgré ces résultats exceptionnels, le tennis féminin, sur le plan médiatique, est resté loin derrière le tennis masculin même si j'ai noté une légère amélioration. J'ai, enfin, remarqué que les pays anglo-saxons ou même le Japon, avaient beaucoup plus de considération aussi bien pour le tennis féminin que pour le double. Les mentalités changent très lentement dans notre pays (notre fédération en fait partie) et c'est encore plus marquant au niveau des médias. Il faut continuer à se battre pour faire évoluer l'éducation par rapport au sport féminin. Pour conclure, je dirai simplement que j'ai été reconnue par une population tennis française qui, je crois, m'est restée fidèle tout au long de ma carrière (20 sélections en Fed Cup et 3 sélections pour les JO) et j'espère avoir montré à ces spécialistes du tennis que l'on pouvait réussir au meilleur niveau tout en étant heureuse, équilibrée et saine. Et je les remercie encore aujourd'hui pour leur soutien qui m'a permis de me surpasser pour réaliser mes meilleures performances (N° 7 mondiale en simple; N°1 française en 1997 et 2000; 12 titres sur le circuit WTA; N°1 mondiale en double en 2000 et 15 titres WTA) .
Merci à Julie d'avoir si gentiment répondu à toutes ces questions. |