Voila une situation drôle pour cette ville célèbre par son huile d’olive, son industrie, ses universités et son poisson, mais aussi connu par sa situation pour le moins cocasse et bizarre.
Voilà une ville qui n’intéresse plus ses habitants, qui la quittent en masse vers le Sahel et surtout la ville de Tunis, pour occuper les nouveaux quartiers d’Ennasr, l’Arina, El Menzah et El Manar. Selon l’INS il y a eu plus de 100.000 habitants qui ont quitté la ville de Sfax depuis les années 70, soit le plus grand exode interne en Tunisie, vidant ainsi peu à peu la ville de sa force vive, de son élite, de son intelligence, de sa bourgeoisie, intellectuels, entrepreneurs et hommes d’affaires, qui ont préféré s’installer à Tunis, où les conditions de vie, de travail et d’investissements sont optimales.
A signaler que ce phénomène d’immigration interne est général en Tunisie et touche, notamment, l’élite, du fait d’une forte centralisation économique au profit de la capitale Tunis, et d’une macrocéphalie aux dépends des régions internes, sous-équipées et connaissant une déficience au niveau de la décision, de l’équipent et au niveau de l’investissement.
Car même l’impôt génère au niveau d’une région n’est jamais reverse au prorata pour cette région, mais affecté au niveau national et selon un schémas de développement national.
Malgré cela, la ville de Sfax a bénéficié de plusieurs investissements sous la Présidence de Ben Ali, une autoroute ouverte en juin 2008, un nouveau stade de 40.000 places en Etude et qui sera prêt en 2010, une Technopole, un nouveau aéroport international, le projet de Taparura. Ce qui a fait de la ville un centre attractif pour toute la région du Centre et du Sud de la Tunisie, introduisant par la même occasion un bouleversement social et une mutation urbaine de la ville, qui atteint 1 millions d’habitants en 2008.
Outre cela, cette ville exerce une attractivité étrange et parfois inexplicable pour les étrangers, que ce soit au niveau du Maghreb : Libye, Mauritanie et Algérie, avec une forte présence touristique d’affaire, des liens économiques très forts avec des pays d’Afrique, comme le Sénégal et, le Mali.
On note aussi que les USA qui ont financé via un don de l’USAID l’étude pour le Technopole El Ons de Sfax et dernièrement pour l’Europe. Le dernier acte, c’était la visite d’une délégation de 18 chefs de missions diplomatiques européens accrédités en Tunisie à Sfax, à l’initiative de l’Ambassade de France en Tunisie, qui a organisé entre autres le 14 octobre 2008 une rencontre avec la presse tunisienne au Siége de la Maison de France à Sfax.
Les membres de la délégation avaient pris connaissance au siège du gouvernorat de Sax, des potentialités économiques de
la région et un exposé sur les grands projets présidentiels réalisés à Sfax, dont l’autoroute et le projet Taparura dont le coût est estimé à 140 millions de DT, réalisé sur 400 Ha sur le littoral nord de Sfax.
Donc une ville bizarre, désertée par ses habitants mais attractive pour les étrangers et ceci n’est pas un phénomène récent, vue que la ville de Sfax a présenté toujours 2 visages.
Prenant son essor surtout au Moyen Age sous les Aghlabides dès le 9ème siècle où fut construit les murailles de la ville ainsi que la Grande Osque El Jemaa El Kabir, sous le règne d’Ibrahim El Aghlab, la ville s’est renfermée derrière ses remparts, jusqu au 18 siècle.
Dès le 18 siècle la ville s’est ouverte sur son environnement rural et régional, en développant des relations d’échanges commerciales avec les villes environnantes ; Gabes, Gafsa, Sidi Bouzid et Kairouan, mais aussi des villes de Nabeul et de Tunis.
En même temps avec l’économie Oléicole, la ville a noué des relations de commerce avec les pats de la Méditerranée, à savoir ; Marseille, Malte, Alexandrie en Egypte et de Tripoli en Libye. Ce qui expliquait, d’ailleurs, la présence de plusieurs habitants étrangers à Sfax avec une forte communautaire israélite, bien implantée et totalement intégrée à la ville, avec des écoles, des synagogues, des cimetières et une vie culturelle intense. Et qui est installé actuellement à Paris au Sentier ou dans la ville de Nataniya en Israël et qui continue à entretenir avec leur ville d’origine des relations culturelles et d’échanges de
personnes.
Cette ville, fut cependant la seule avec celle de Gabes à opposer une farouche résistance à la colonisation française, et elle fut assiégée et bombardée pendant plusieurs jours, pour être prise. En même temps, c’est une ville qui bien collabore avec la présence économique européenne, à tel point que la foret d’olivier de Sfax fut édifiée selon un modèle économique spécifique, qui fut appelé par Jean Poncet dans sa thèse : "de colonisation franco-sfaxienne".
Reposant sur une association capital-travail, c’est le modèle Mgharsa. Mais ensuite la ville fut une région rebellé, pour l’indépendance, avec des chefs politiques actifs jouant un rôle national à l’image du militant Farhet Hached et de Hedi Chaker, assassiné par la main rouge et plus spécifiquement ses hommes de main de la famille Bel Guaroui.
C’est une ville à la fois rebelle et soumise, fermée sur elle même et fortement régionaliste, mais en même temps très extravertie, ouverte et ayant des relations très développées au delà de la Tunisie. Peut être que cette contradiction fait d’elle une ville attractive à l’image de Marseille, ou de Casa Blanca.
Source:
http://www.tunisieaffaire.com
20/10/2008

















