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ÎLES DE KERKENA Charfia et drina, les secrets de la mer à Kerkennah Source
.La Presse.24 Novembre 2006
Par Samira Hamrouni Les îles de Kerkennah, au large de la ville de Sfax et à l'écart des aspects modernes, s'avèrent n'être qu'un conservatoire des traditions. Elles détiennent encore leur mystère et leur charme. A la beauté naturelle légendaire, s'ajoute une particularité aux îles, unique en son genre, à savoir que des citoyens ont la possibilité de posséder une partie de la mer. Ce sont les pêcheurs qui s'approprient les fonds de la mer sous forme de charfia et drina. La mer est le premier gagne-pain des Kerkenniens. L'activité de la pêche, en effet, est l'occupation dominante au niveau de l'archipel autour de laquelle tourne la totalité des activités économiques, ainsi que les relations sociales. Le Kerkennien est connu, depuis toujours, comme un laboureur de mer. Il est, en effet, un excellent pêcheur. Toute une culture originale et propre à ces activités maritimes, vivement marquée par les caractéristiques distinctives du milieu marin des îles de Kerkennah, s'est développée et transmise d'une génération à une autre. Cette culture est riche en traditions. Elle a donné lieu à des techniques de pêche spécifiques, bien planifiées et gérées par une réglementation sociale acceptée et respectée par toute la communauté. La technique de pêcherie fixe (charfia), la nasse (drina), les pierres creuses à poulpes ( h'jar) et la pêche à la sautade ( demmassa) sont les résultats d'une ingéniosité de la population kerkenienne aux caractéristiques du milieu marin. Le loud, ce bateau de transport de passagers, de marchandises et de véhicules, s'approche, lentement, du port de Sidi Youssef. Des deux côtés, on découvre des plantations de palmes dans la mer, à 500 m ou plus de la côte. Elles sont placées l'une à côté de l'autre, en formant deux lignes droites qui se rencontrent en V. Ce sont les charfia, pêcheries fixes conçues depuis plus de 500 ans pour la pêche dans les hauts fonds. Les pêcheries fixes sont, en fait, des barrières artificielles qui, tout en permettant le passage de l'eau, empêchent celui du poisson. Conçues de différentes manières, ces engins de capture sont installés aussi bien en zone de marée qu'en rivière. Caractéristiques spécifiques transmises de génération en génération «La charfia, la drina et les pierres creuses à poulpes sont des caractéristiques spécifiques aux îles de Kerkennah. De nombreuses familles possèdent une partie de la mer. Il s'agit d'un héritage légué d'une génération à une autre», souligne M. Mansour Baâti, un Kerkennien. Ces méthodes traditionnelles de pêche sont à l'origine de l'attribution des fonds marins par les Kerkenniens. C'est ainsi que les aires d'installation des cherafi et des pierres de poulpes sont, pour une grande partie, des exploitations privées contrairement à la réglementation régissant le domaine maritime. Depuis toujours, la propriété privée des places d'exploitation a été source de débats vu leur caractère particulier. En 1929, le Bey a tenté, sans résultats, de régulariser la situation de ceux qui possèdent les cherafi, en leurs proposant la concession de l'exploitation pour une durée de 60 ans. Ce n'est qu'en 1989 que l'autorité tunisienne a décidé d'accorder à ces exploitants privés une période de concession supplémentaire de 39 ans. «En plus des cherafi privées, il y a d'autres publiques qui sont exploitées suite à un appel d'offres, tous les trois ans, lancé par les services régionaux de pêche. Cette plantation existe à l'île de Mellita avec une concentration importante de son côté sud», précise M. Baâti. Il fait beau, une petite barque s'approche de la charfia, le pêcheur enlève la première drina. Elle est fabriquée d'épillets de régimes de dattes après séchage. La charfia est, en totalité, construite à partir des produits du palmier. «La charfia et la drina étaient fabriquées à partir du palmier. Actuellement, on utilise d'autres produits comme le plastique, le nylon et le fer», explique Si El Hédi, un autre Kerkennien de souche. De légères modifications sur le plan de la forme, mais le fond reste le même Source .La Presse.24 Novembre 2006 Par Samira Hamrouni
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