




Né dans une famille
d'imprimeurs aux opinions radicales , Félix NADAR (1820-1910)
s'intéressa aux idées les plus avancées de son temps
en politique, littérature et sciences. Bien qu'une carrière
littéraire sembla lui être assurée en suivant une activité
dans le journalisme illustré (il commença par faire des dessins
et caricatures de personnages célèbres), Nadar se tourna très
vite vers la photographie.
Après une période
créative de portraits d'artistes et écrivains dans son premier
atelier de la rue Saint-Lazare (1854-1860), Nadar s'installa ensuite boulevard
des Capucines au coeur du quartier des spectacles (1860-1870). Il devint un
professionnel du portrait photographique dès 1855 . Les portraits sont
généralement de trois quart réalisés sur des fonds
sombres ou noirs. Très dépouillés dans leur conception,
ils révèlent une extrême maîtrise des éclairages.
Ces portraits sur papier salé de la série Edition (voir le prortrait
de Théophile Gautier reproduit) frappent par leur atmosphère
a la fois intime et révélatrice. On pressent immédiatement
la nature des liens qui unissaient l'auteur à ses modèles. (cette
technique est à l'opposée de celle plus évasive et mystique
employée par sa contemporaine anglaise Julia Margaret CAMERON).
A partir des années 1860, Nadar adopte les méthodes
de production en série (format carte album puis carte de visite sont
largement diffusés) pour vendre à bas prix et rentabiliser son
affaire.
Dans les portraits de la
deuxième génération (atelier des Capucines) éclairés
à l'électricité, certains éléments de la
panoplie d'atelier (livres, colonnes, chaises et tables) font leur apparition.
Si la supériorité du papier salé pour le rendu des modulations
de tons délicates reste incontournable et prisé , ce procédé
est progressivement abandonné au profit du papier albuminé qui
garantit une grande netteté sur toute la surface et s'avère
plus économique.
Lorsque la guerre de 1870 interrompt toute activité économique , Nadar ferme son atelier pour en rouvrir un troisième deux ans plus tard rue d'Anjou (troisième génération). Son fils Paul Nadar en assure la direction artistique et l'influence de Nadar s'atténue se consacrant à d'autres centres d'intérêts : littérature et service postal en ballon. Nadar ne s'intéresse plus désormais aux étoiles montantes de la scène ni aux écrivains débutants, mais aux valeurs confirmées du monde culturel des années 1860 qu'il continue de photographier.
Toujours ouvert
aux idées nouvelles et aux inventions de son temps , Nadar fut le premier
à photographier les catacombes et égoûts de Paris (1861)
avec le seul secours de l'éclairage artificiel et à photographier
Paris du haut d'un ballon.
Nadar fut le pionnier de la prise de vue aérienne
, un auteur prolifique , un caricaturiste célèbre et un inlassable
défenseur de la liberté d'expression. Mais par-dessus tout Nadar
fut un grand artiste de la photographie , le seul qui put convertir Beaudelaire
à son art en dépit de tous les préjugés de l'époque.
Ph. DAVAL-KLEIN.
Félix
NADAR (Gaspard
Félix Tournachon, dit) (1820-1910).
Portrait de Victor Hugo. c.
1862.
(à Guernesey ?)
Epreuve sur papier albuminé (deuxième génération)
montée sur carte de visite.
9,7 x 8,5 cm. Au dos : cachet NADAR. Provenance
: Collection privée.
