Autographes-ROIS DE FRANCE


JEAN II (1319 - 1364)
Roi de France de 1360 à 1364.

La signature royale, c'est à dire l'apposition par le souverain de son prénom usuel en bas des textes fit une première apparition vers 1296 sous le règne de Philippe IV le bel. Mais elle ne commença à se généraliser que sous les premiers Valois : Jean II, Charles V et Charles VI.
Jean II fut le premier à signer ses lettres missives. On connait seulement deux exemplaires de la signature de ce roi, le second de la dynastie des Valois, dont le portrait (fig.1) est conservé au musée du Louvre. Ce portrait de buste et de profil réprésente l'homme et non le roi, sans couronne, mais avec ses cheveux blonds aux épaules, le front droit, la machoire inférieure avancée et le nez long des Valois. Il fut réalisé en 1349-1350, à l'occasion d'un voyage de Jean en Avignon.
La signature reproduite ci-dessus provient d'une lettre close que Jean II envoya à son fils pendant sa captivité à Londres de 1357 à 1360.
[B.N., département des Manuscrits, Coll. dom Grenier, vol. 238. ]

A son avènnement Jean II avait 31 ans, il aimait le faste, les prouesses et la vie de chevalier. C'était un homme de bravoure (d'où son surnom) mais aussi taciturne, versatile, entêté et coléreux. (sur lui pesait une lourde hérédité dûe à des mariages consanguins). A sa mort, il laissa le souvenir d'un modèle de présomption, de désorganisation et d'incohérence.

Fig.1: portrait de JEAN II le bon.
c.1349, Paris, Musée du Louvre.

CHARLES V (1337 - 1380 )
Roi de France de 1364 à 1380.

Bien que de complexion maladive, il fut un travailleur acharné. homme de cabinet, il se révéla bon juriste et diplomate. Sa prestance, son éloquence et sa sérénité firent oublier ses déficiences physiques. Sa personnalité est inséparable de celle du breton Bertrand du Guesclin dont la bravoure s'allia à un sens inné de la stratégie. Protecteur des arts et des lettres, Charles V installa au Louvre la librairie du roi qui devait constituer le premier fonds de la Bibliothèque nationale. Son règne marqua le redressement de la France : il réorganisa les impôts en fixant le rôle des généraux conseillers sur le fait des aides institués par les Etats de 1355, reconstitua une armée et une marine de guerre. La sagesse de Charles V fut de porter le débat politique sur le terrain intellectuel , de penser l'Etat, la science politique moderne est sortie de là. Ce fut aussi d'abandonner les méthodes brutales du gouvernement et de leur préférer la loi et la justice. Ce fut encore d'engager la royauté dans le chemin qui conduisit à l'Etat de droit. Peut-être le plus intelligent et le plus mesuré des rois du Moyen-Age.

Cette lettre de Charles V est adressée à son trésorier Pierre Scatisse, par laquelle il lui demande de lui envoyer une somme de 22500 francs pour Noël, de compter au Duc d'Anjou, son frère, les 12000 francs qu'il lui a promis pour l'achat du comté de Forez et de préparer le paiement au Prince de Galles de 30000 doublons d'Espagne pour la rançon de Bertrand du Guesclin. Cette lettre entièrement de la main du roi, est le plus ancien autographe royal connu. Elle est conservée au Archives nationales (cote AE II 386).

Fig.2. Portrait de Charles V , détail du parement de Narbonne (Musée du Louvre).

Traduction actualisée :

Pierre. Ainsi qu'autrefois vous avions mandé que sans délai nous envoyiez les 22500 francs que demandés nous avons par maître J. Perdiguier et maintenant avons recu vos lettres qu'il sera avant le 15ème jour du mois de janvier que nous les ayons et trop en avons à faire à présent , je sais si cher que vous nous voulez faire plaisir, faites qu'avant Noël ou à Noël nous les aynons au plus tard. Nous [...] à notre frère le Duc d'Anjou 12000 francs à prendre sur l'aide de la redansion, payez [...] de Forez qu'il a acheté. Et si nous vous mandons que des deniers des [...] à ladite somme ou telle redevance lui en faites que son dit achat n'en demeure ou soit délié sans domage, mais que toutefois ce ne soit de l'argent que par ces présentes nous vous mandons à nous envoier délivrance de Bertrand du Guesclin en 30 mille doublons d'Espagne ou la valeur à payer en six mois après sa délivrance, la moitié les trois premiers mois accomplis puis après son départ de prison et l'autre moitié à la fin des six mois. Si nous ne savons encore si ledit Prince acceptera ladite obligation, et sitôt que nous le saurons, nous vous le ferons savoir. Si nous vous en avisons et vous mandons que vous mettiez ensemble des deniers dudit aide le plus que vous pourrez et si autre asignation après cette lettre vous étaoit faite, nous voulons que ces choses soient payées et soient accomplies. ecrit de notre main à Paris le 7ème jour de décembre [1367].

CHARLES

 

1. Signature de
Charles VI de
1380 à 1393.

2. Signature de Charles VI de
1393 à 1422.

Fig.4 : Charles VI allongé sur son lit, s'entretient avec Jean Salomon, son conseiller.
Enluminure, détail d'un manuscrit du XVè siècle.

 

CHARLES VI (1368 - 1422)
Roi de France de 1380 à 1422.

Un schizophrêne sur le trône de France !

Fig.3. Portrait de Charles VI, d'après une gravure du XVIIè siècle, réalisée d'après un original perdu

Le règne de Charles VI fut l'apothéose du pire. Jamais l'absence d'une tête d'une direction, d'une personne ne s'est fait sentir à tel point dans l'histoire de France qui, attirant l'Angleterre, faillit réduire ce pays à un rôle de petite nation. Ce règne désastreux fut celui de l'anarchie, de la défaite d'Azincourt et de la suprématie de l'Angleterre, enfin celui de la querelle entre les Armagnacs et les Bourguignons. Charles VI régna 43 ans et vécu 30 ans de supplice dont quinze années d'effacement total.

Au début de son règne, Charles VI présente une écriture fine et soignée. Sa signature autographe ressemble à celle de son père, mais plus étirée en longueur : elles est caractérisée par un trait qui prend la forme d'un J , le nom du roi est souligné d'un long trait à l'extrémité duquel se forment trois petites courbes renfermant chacune un point. Cette signature figure sur dix lettres closes conservées à la B.N.et dépourvues de millésime (la plupart peuvent être datées des années 1384-1386). La même signature figure également au bas de trois pièces originales des Archives nationales (1388, 1389 et 1393). Enfin ce premier modèle de signature se retrouve au bas de 16 états mensuels des sommes dépensées par le roi entre 1391 et 1393. (ces états sont reliés dans le M.s. français 23257, Fol. 30 à 46 à la B.N.).

Le second type des signatures de Charles VI accuse une différnce de graphisme expliquant l'altération de la personnalité du souverain. Elle se distingue par l'omission du trait initial ressemblant à un J et par l'absence du trait horizontal soulignant le nom du roi. Elle développe une queue recourbée qui termine le second jambage de la lettre H en forme de paraphe au-dessous de la signature. (la B.N. possède 4 lettres closes sur lesquelles on remarque ce genre de signature ainsi que 12 états mensuels des dépenses du roi, allant de 1393 à 1395.) On peut supposer que c'est vers 1393 que Charles VI abandonna sa première manière de signer pour adopter la seconde.

Sur la maladie de Charles VI :

Charles VI était certainement un hypocondriaque (au sens moderne du terme): il prétendait qu'il était fait de verre, se bardait d'atelles de fer et défendait qu'on le touchât. Il courait souvent dans son palais de la Cité jusqu'à épuisement de ses forces. Mégalomanie, délire de la persécution, troubles de la sensibilité affective, hallucinations rendaient le roi incapable de gouverner laissant le royaume exsangue en pleine guerre de cent ans.

Les lettres de Charles VI sur le marché des autographes :

- Une charte sur vélin donnée à Reims en 1380 au nom de Charles VI , vendue à Drouot en 1993: 6000 Fr.
- Un ordre de paiement sur vélin oblong, daté de 1405 et signé Charles (-signature autographe-), vendu à Drouot en novembre 1991 : 31 000 Fr.

Fig.4. Jean FOUQUET : Portrait de Louis XI .
Extrait de : Louis XI et les chevaliers de l'Ordre de Saint-Michel. (Statuts de l'Ordre de Saint-Michel, enluminure extrait d'un manuscrit).

LOUIS XI (1423 - 1483)
Roi de France de 1461 à 1483.

Louis XI était un roi bourgeois, à la personnalité complexe et paradoxale. A la fois courrageux et couard, brutal et délicat, familier et distant. Sa piété était proche de la superstition. De physique disgracieux , il séduisait son auditoire par la parole.
En liquidant définitivement la guerre de cent ans et en faisant avec l'aide des suisses, la conquête du duché de Bourgogne, il restaura le pouvoir royal et accentua la réalisation de l'Etat français. Ce fut un travailleur actif et méthodique, un diplomate habile et craint des seigneurs féodaux. Sa signature des années 1470 accuse un graphisme original et enlevé : LOYS (le u étant incorporé au y ).
Toutefois vers la cinquantaine, Louis XI présenta des troubles du comportement très marqués : suspicion envers son entourage, mesures arbitraires, isolement progressif (les animaux remplacent les humains : zoophilie ?), attitudes paranoïdes où se mêlent méfiance et orgueil, sclérose cérébrale puis thrombose qui provoquèrent une paralysie partielle et aboutirent à sa mort en 1483. Il avait 60 ans. (un âge très avancé pour l'époque où l'espérance de vie ne dépassait pas 40 ans).

Selon les médecins, Louis XI peut être considéré, à postériori, comme un artérioscléreux présentant les symptômes classiques de la maladie d'Alvarez, puis des thromboses cérébrales. Le personnage présentait des antécédents héréditaires chargés (Charles VII et Marie d'Anjou et surtout son grand-père Charles VI), qui pourraient expliquer, en partie, une dépression neuropsychique avec préoccupation hypocondriaques (son délire de la persécution pouvait prendre des formes sadiques avec notamment la fabrication de cages de fer pour les prisonniers).
Son intelligence remarquable sur le plan politique, quoique dénuée de scrupules, son autorité inflexible, sa volonté de pouvoir et sa défiance soupçonneuse, sa cruauté notoire et sa mégalomanie constituent l'essentiel des ingrédients classiques du tyran ou du dictateur dont les nations sont parfois les victimes.

Ph. DAVAL-KLEIN.

Bibliographie :

NICOLAS, Alain : Les autographes. Ed. Maisonneuve et Larose, Paris, 1988.

CHAULEUR Andrée et DRUET Roger : De Dagobert à De Gaulle, écritures de la France.
Paris, Ed. Dessain et Tolra, 1985.

BRACHET, André : Pathologie mentale des rois de France. Paris, Ed. Hachette, 1903.

DUPRE, M. : "La folie de Charles VI" in : Revue des sciences. 1911, T1 et T2.

LEMAIRE, J-C. : Le roi empoisonné 1380-1422 : la vérité sur la folie de Charles VI.
Société de production littéraire, Paris, 1977.

AUTRAND, Françoise : Charles V.
Paris, Ed. Fayard, 1994.

IPCAR, L : Louis XI et ses médecins. Thèse de doctorat, Faculté de médecine, Paris, 1936.

KENDALL, P.M. : Louis XI.
Paris, Ed. Fayard, 1974.

Signatures autographes de LOUS XI.

AUTOGRAPHES

ROIS de FRANCE (XIVè et XVè siècles)