Sébastien VRANCX
Fig.1.
Sébastien VRANCX (1573 - 1647)
Le combat de Leckerbeetje et Bréauté.
Huile sur panneau.71 x 106 cm.
provenance : Princesse d'Arenberg.
Vente Giroux, Bruxelles, novembre 1926.
Galerie de Heuvel, Bruxelles, 1927.
Evence Coppée III. Vente Christie's Londres, 9 juilllet 1999, lot 122.
Exposition :
Bruxelles, Musée des Beaux Arts, l'Archiduchesse Isabelle et son temps.23 déc. 1933- 22 janv. 1934. Worcester, Mass. Art Museum, 23 fev. -12 mars 1939, et Philadelphia, Museum of Art, 25 mars-26 avril 1939, The Worcester Philadelphia exhibition of flemish painting, n°119.
Asahi Shimbun, Tobu Museum of Art, The World of Bruegel : the Coppée collection and
eleven international Museums,
n°F23.
Fig.2.
Sébastien VRANCX (1573 - 1647) Attribué à .
Le combat de Leckerbeetje et Bréauté.
Gouache sur papier.10 x 13,5 cm.
provenance : Galerie de Jonckheere, Paris.
Collection privée.

Le peintre :

Sébastien VRANCX est le premier peintre des Pays Bas méridionaux à s'être spécialisé dans les représentations de pillages, d'embuscades et de batailles. Il est considéré comme le précurseur de ce thème qui fut repris plus tard dans l'art flamand du XVIIè siècle par son élève Peter SNAYERS (1592-1667) et qui fut largement développé dans le nord des Pays -Bas par Esaïas van de VELDE (1587-1630) et par Philippe WOUWERMAN (1619 - 1668).
Vrancx est né à Anvers en 1573.


D'après Karel van Mander, il effectua son appentissage dans l'atelier d'Adam van Noort, comme Rubens et Jordaens. Il devint franc-maître de la Guilde Saint-Luc d'Anvers en 1601 et fut nommé doyen en 1612. Vrancx prit une part active à la vie sociale de sa ville. Il fut un membre estimé de l'association des Romanistes et de celle des Rhétoriciens. Il créa des costumes et des bijoux et s'esseya également comme auteur de pièces de théâtre et de vers. Il participa en outre à la guilde des escrimeurs. Des documents d'archives le mentionnent comme officier en 1613 et capitaine en 1621.

De nombreuses fausses attributions induisent en erreur sur son oeuvre. On a recensé une trentaine d'oeuvres signées (monogrammées SV) et datées entre 1600 et 1633. Ce peintre s'est principalement consacré au sujets militaires tels que embuscades, attaques de convoi, sièges de villes, et autres scènes de batailles. Mais il peignit également des paysages, des scènes galantes, commédia del' arte et autres fêtes populaires en plein air.
Vers 1597-1600, il entreprit un voyage en Italie qui semble l'avoir inspiré dans ses représentations de carnaval et ses paysages de ruines antiques.
Dans son oeuvre très productive, le peintre fut influencé par Peter BRUEGEL l'Ancien, mais son style et ses tableaux se caractérisent surtout par leur agencement minutieux associé à une palette de tons chauds dans les bruns, les verts et les jaunes. Vrancx travailla aussi en coopération avec ses contemporains: Jan BRUEGHEL l'Ancien, Josse de MOMPER, oeuvres que l'on retrouve dans les musées de Bruxelles, Anvers, Vienne et au Prado.

Le sujet :

Dans l'oeuvre prolifique de Sébastien VRANCX , les scènes de la vie militaire l'emportent sur tous les autres thèmes abordés par leur nombre et leur originalité. Ce qui séduisit l'artiste ce fut surtout pour lui la possibilité de déployer sa verve de conteur dans ces épisodes belliqueux corsés d'une pointe de sang versé et agrémentés d'un soupçon de terreur afin de procurer au spectateur le plaisir d'un frisson.

Vrancx aborda en particulier un sujet qui semble l'avoir marqué puisqu'il le déclina en de nombreuses versions et fut également développé par d'autres artistes des Pays-Bas du nord. Ce combat singulier qui se déroula près de Vucht le 5 février 1600 fut retenu comme le combat de Leckerbeetje et Bréauté . La ville de Bois-le-Duc, loyale à la couronne d'Espagne, était placée sous l'autorité du seigneur de Grobbendonck, dit Leckerbeetje, qui se trouvait à la tête de 20 cuirassiers belges. Bréauté était un noble normand combattant avec un groupe de cavalerie française dans les rangs hollandais. Il provoqua Leckerbeetje en un combat à vingt contre vingt (d'où le nom : "bataille des quarante").
Cette rencontre fut précédée d'un défi selon les vieilles coutumes de la chevalerie et se déroula ainsi comme une joute. Les deux partis s'affrontèrent dans un combat sanglant par temps de neige dans une plaine de bruyère coupée par deux collines.

Vrancx a représenté un combat de cavaliers en armures au premier plan derrière lequel se dessine à l'horizon la ville de Bois-le-Duc. Si la première version (Fig.1) est traitée avec la palette habituelle de Vrancx dans les tons de bruns, de vert et de gris donnant un aspect d'animation très réaliste, la seconde version (Fig.2) contraste par le paysage enneigé dans lequel s'inscrit la bataille. Ici, la main du peintre s'arrête plus volontiers aux détails des costumes et des armures au harnachement des chevaux, lesquels témoignent de son esprit d'observation ainsi que de ses connaissances dans l'art de la guerre. L'animation de la scène repose sur la dispersion calculée de ces rouges et de ces gris et noirs qui tranchent sur ce blanc immaculé. Cette seconde version d'un format plus réduit possède les caractères d'une peinture des années 1605-1610 et pourrait par sa technique et son dessin être attribuée à Vrancx lui-même.
Elle adopte cette composition tripartite chère à Vrancx: les côtés étant formés par les trompettes à cheval, postés chacun sur un monticule et l'avant-plan réunissant en triangle l'ensemble des belligérants d'où émerge le fringant coursier blanc monté par Bréauté. Leckerbeetje gît désarçonné dans le coin inférieur gauche baignant dans son sang et on entrevoit au loin, rompant la monotonie des étendues enneigées, un moulin, une tour , une potence et le profil de Bois-le-Duc qui se dessine dans la brume hivernale.
Par la miniaturisation des personnages et le choix des coloris, cette seconde version rappelle les enluminures du Moyen age illustrant les hauts faits d'armes des grands guerriers.

Souvent chez Vrancx, les scènes de bataille se situent entre deux chemins creux ou deux vallonements de terrains qui se rejoignent pour former un Y ou un V. Dans ces deux versions du Combat de Leckerbeetje, la composition est mouvementée: elle se noue et se dénoue en forme d'une arabesque, ramassée au centre autour des protagonistes et s'allégeant sur les côtés pour enfin s'ouvrir sur l'horizon par deux échappées qui témoignent d'un sens judicieux de l'utilisation de l'espace. L'enchevêtrement, le corps à corps des armures et la mêlée des chevaux retiennent l'attention et on imagine le cliquetis des armes (épées, lances, fusils) dans ce combat mortel de chevaliers. Les figures sont petites et trapues, les chevaliers sont peu reconnaissables derrière l'anonymat de leur visière.

Dès que l'assaut fut donné, Bréauté s'élança vers Leckerbeetje et l'abattit d'un coup de pistolet. Mais l'histoire relate que la mort de leur chef ne servit qu'à exciter la fureur des belges qui anéantirent tous leurs adversaires.
Les chroniqueurs et les peintres du XVIIè siècle s'emparèrent de ce fait d'arme singulier et le rendirent populaire au point d'inspirer les faïenciers de Delft. Vrancx semble avoir montré la voie en multipliant les versions de ce combat de cavalerie dont quelques répliques d'atelier nous sont parvenues (l'exemplaire signé que possède le musée d'Anvers est daté 1601 et peut être attribué de façon certaine à Vrancx). D'autres artistes ont traité le sujet de manière aussi éloquente. (les exemplaires du musée d'Utrecht, cat.1298 et 1299, autrefois attribués à Vrancx furent restitués au hollandais Gerrit van Santen. Une autre version au musée de Bruxelles (cat.1501) fut attribuée à Simon ven der Douw. Les oeuvres de Hampton Court et Dulwich en Angleterre furent attribuées à Pieter Snayers (l'élève de Vrancx).
Par ailleurs, Cornelis van Drooschsloot signa et data en 1630 un panneau du même sujet au musée de Vienne.

En tant qu'illustrateur de batailles, Vrancx eut au XVIIè siècle de nombreux prédecesseurs. Mais Vrancx ne chercha pas, comme les peintres des écoles danubiennes (Altdorfer, Vermeyen ou Jan Snellinckx, en autres) à évoquer le fracas des grandes mêlées et cohortes traités comme des formes compactes (sombres ou lumineuses, hérissées de lances parallèles, rythmées par des boucliers), il se situe plutôt comme un conteur et le genre qu'il a créé est celui de l'escarmouche, de la rixe ou de l'attaque de convoi.

Le fourmillement de figures qui peuple ses panneaux est encore une caractéristique de son oeuvre. Les personnages sont petits et allongés, parfois un peu grêles, les visages peu individualisés n'expriment guère que des sentiments primaires : la terreur et la brutalité. Mais l'oeuvre d'art n'est pas seulement une combinaison de formes, de surfaces, de couleurs, c'est aussi l'illustration d'une pensée. Forme et contenu constituent donc un ensemble qu'on ne saurait dissocier sans le rendre intelligible. Si l'on omet la tradition et le respect des règles de chevalerie pour ce qui concerne la joute, alors le combat de Leckerbeetje et Bréauté donnerait la figuration d'un combat équestre banal d'hommes en armures. Tout le pathos et l'historique du sujet seraient absents et dévaloriseraient l'intérêt de cette oeuvre.

Les oeuvres de Vrancx sur le marché de l'art :

Vrancx connaît une cote stable sur le marché des tableaux anciens. Ses scènes de rue, ses kermesses, ses saisons et scènes de carnaval ou autres fêtes vénitiennes sont les plus prisées par les collectionneurs qui n'hésitent pas à investir des sommes importantes (généralement entre 300 000 et 500 000 fr) pour des oeuvres de bonne qualité. Les peintures de batailles, attaques de convoi et autres escarmouches ne connaissent pas la même faveur auprès du public, peut-être en raison de la spécificité et de la gravité du sujet, même si certaines répliques d'atelier du Combat de Leckerbeetje peuvent atteindre des prix de vente honorables à Londres ou New -York chez Christie's et Sotheby's (autour de 400 000 Fr). Si une oeuvre de Vrancx porte son monogramme, adopte tous les tons de sa palette, illustre un sujet de genre ou bien si elle porte la marque d'une collaboration avec Jan Brueghel l'ancien ou Joost de Momper, les prix peuvent atteindre des records. (750 000 Fr en nov. 1994 à Rouen pour un panneau de chêne de Vrancx signé, illustrant les préparatifs d'un banquet dans un parc flamand).

Ph. DAVAL-KLEIN.

Bibliographie :

Vander AUWERA, Joost : "Sébastien Vrancx et son oeuvre commune avec Jan Brueghel l'Ancien" in : Jaarboek van het Koninklijk voor Schone Kunsten Antwerpen. (pas de vol.) 1981, pp 135-151. 9 figs.

BALIS, BAUDOIN, DEMUS, et POORTER : La peinture flamande au kunsthisrorisches museum de Vienne.
Anvers, Fonds Mercator. Paris, Albin Michel. 1987.


SUTTON, Peter.C. : The age of Rubens. Catalogue d'exposition.
Museum of Fine Arts, Boston, Ed. Ludion Press, Ghent, 1933, 630 pp. (pour Vrancx : pp 465 à 468).


SIEFFERT, Helge : Zum Ruhme des helden : Historien und Genremalerei des XVII und XVIII jahrhunderts aus den Bestanden der Alten Pinakotheck. Catalogue d'exposition, Munich, Staatsgemäldesammlungen.
23 avril-11 juillet 1993, 198 pp.


GAULET, G. : Catalogue du musée de Courtrai.
1912, s.l.


VANDER ELST, J.F. : Le combat de Leckerbeetje et Bréauté.
Malines, 1772.

de BIE, Corneille : La collection Coppée.
Liège, 1991, pp 130-131 et p 135.
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Le combat de Leckerbeetje.