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L'HINDOUISME OU LE BRAHMANISME L'hindouisme est, parmi les grandes religions, celle qui se présente sous les aspects les plus divers, qui vont de l'adoration des divinités de la nature et du polythéisme au monothéisme le plus exigeant et à la croyance en une loi universelle qui régnerait sur tous et sur tout, Dharma, l'ordre du monde, sur les plans cosmique, social, religieux, il est étroitement lié aux structures sociales, et se trouve très attaché aux rites fortement ancré du sacrifice. Il n'impose aucune interprétation métaphysique ou religieuse contraignante, mais prêche une loi universelle qui doit être prise dans son sens moral. L'hindouisme est caractérisé par le concept de cause à effet, le Karma, l'acte et les conséquences, bonnes ou mauvaises, qu'il entraîne, par son cycle de renaissances et par des âges cosmiques, les Yuga. CONCEPT ET PARTICULARITÉS La religion éternelle La religion locale de l'Inde est le brahmanisme ou l'hindouisme. Les deux termes sont utilisés indifféremment, bien que leurs origines soient différentes. Le brahmanisme est le nom que retiennent ses adeptes ; le mot a pour origine une caste indienne de prêtres, les brahmanes, en sanscrit brâhmana, et désigne en général les hindous qui se réclament des brahmanes et de leur enseignement comme d'une personnalité. Le terme hindouisme, dérivé du fleuve Indus, était utilisé péjorativement par les musulmans lors de leur pénétration en Inde pour désigner tous les hindous qui ne se convertissaient pas à l'islam. Il est déjà question de brahmanisme 1.000 ans avant JC, lorsque la caste des prêtres brahmanes avait acquis une certaine hégémonie ; le terme hindouisme remonte encore plus loin, à l'époque où une religion autochtone de l'Inde antique, essentiellement tournée vers la vénération de la nature, devint une religion élaborée et réformée. Ce qui frappe dans l"hindouisme c'est son caractère éclectique, que ce soit sur le plan religieux ou sur le plan social ; c'est une religion créatrice et en constante évolution. Sa cohérence ne se doit pas à l'existence d'un fondateur ni à des références à des écritures saintes, mais à une continuité dans son développement qui va de la plus haute antiquité jusqu'à nos jours. Les hindous eux-mêmes qualifient leur foi de religion éternelle, Sanâtana-dharma, ordre divin et éternel du cosmos, ce qui veut dire qu'à toutes les époques se sont manifestés des sages et des religieux pour annoncer la bonne parole sous des formes les plus diverses. Helmut von Glasenapp résume les 3 caractéristiques de l'hindouisme : il s'agit d'une religion élaborée et non proclamée ; elle ne s'appuie sur aucun dogme défini ; elle est spécifique aux populations hindoues. L'hindou place sa foi dans l'éternité d'un monde en perpétuel renouveau. C'est pourquoi il ne reconnaît pas, dans l'absolu, une création du monde, pas plus qu'un événement historique unique de rédemption. Aucune personnalité n'est porteuse de révélation, ainsi divers modes de pensée et de culte coexistent, avec les mêmes droits et la même reconnaissance. Sans dogme reconnu, l'hindouisme n'impose aucune expression déterminée de foi. Le croyant pourra se tourner vers un dieu créateur personnifié ou une loi comique impersonnelle. Les voies du salut sont, quant à elles, aussi nombreuses. La foi n'en est pas pour autant laissée à la libre interprétation de chacun : elle respecte certaines considérations bien établies, telles que l'acceptation d'un cosmos reconnu comme un tout structuré, régi par un ordre cosmique, le Dharma ; la manifestation terrestre de cet ordre par un système de castes rigoureusement hiérarchisé avec ses préceptes de pureté ; la croyance en une ère cosmique et en des cycles cosmiques, les Kalpa, avec leurs apocalypses et leurs régénérations. Cet ordre cosmique est aussi un ordre moral. La moralité dépend du respect de cet ordre. L'hindouisme est une religion spécifiquement indienne. Elle ne se fixe aucune mission spirituelle fors de son propre milieu culturel. Toutefois, dans l'arrière-pays de l'Inde et en Indonésie s'est développé un courant à tendance missionnaire, mais il s'agissait moins de gagner des âmes que d'accueillir des communautés entières en tant que nouvelles castes. Certains penseurs ou saints brahmanes ont consciemment influencé des personnes étrangères à l'Inde, désireuses de se tourner vers l'hindouisme. Cela a été le cas dans les années 60 et 70, lorsqu'une vague indienne fit de nombreux adeptes en Europe et aux Etats-Unis. HISTOIRE RELIGIEUSE DE L'HINDOUISME L'époque préaryenne L'hindouisme est la synthèse de 2 courants religieux différents qui, au cours de leur histoire, se fondirent en une seule religion : la religion autochtone de l'Inde antique et la religion des Aryens, venus du nord pour s'infiltrer en Inde. L'époque de la culture préaryenne remonte à la nuit des temps. Les populations d'origine, de type négroïde, furent peu à peu refoulées vers le sud du pays par les envahisseurs nordiques. Leur culture était une culture paysanne, régie par le matriarcat ; elle introduisait dans l"hindouisme des éléments qui avaient peu d'importance dans les écritures védiques, tels que le culte du phallus et la vénération pour les divinités féminines de la fécondité, pour l'image de la terre. Cette culture hindoue était socialement très évoluée et possédait une abondante iconographie, particulièrement des emblèmes phalliques, Linga, et certains autres symboles, comme le Svastika, représentant le soleil. La vénération pour les animaux sacrés remonte également à cette époque. La période aryenne ou védique Les aryens pénètrent en Inde 2.000 ans environ avant JC, en passant par la chaîne montagneuse du nord-ouest, et assujettirent les populations locales. Ils étaient bergers et guerriers et ne possédaient aucune culture urbaine. Ils introduisirent en Inde un système religieux déjà bien élaboré, qui faisait état d'un panthéon à plusieurs ramifications. Leur croyance s'appuyait sur les Veda, "textes sacrés du savoir", dont l'hymne le plus ancien, le Rig-Veda, décrit souvent les dieux comme des incarnations des forces de la nature. Baignant dans une mythologie féconde, de nombreuses divinités connurent au fil du temps, de profondes transformations. Il semble que les principaux dieux aient été tout d'abord le dieu du soleil, Mitra, et la dieu du ciel, Varuna. Tous deux se présentent comme les gardiens de l'ordre universel éternel, Rita, qui se manifeste aussi bien dans la nature que dans les us et coutumes, comme une puissance équilibrant le cosmos. La croyance aryenne est un hénothéisme, c'est-à-dire que l'adoration d'un dieu suprême n'exclut pas l'existence d'autres dieux. Les interprétations oscillaient entre la croyance en une loi universelle, bien au-dessus des hommes et même de tous les dieux, et celle en un dieu tout puissant, maître de cette loi universelle ; cette divergence continue aujourd'hui encore à diviser l'hindouisme. Vers 1.000 avant JC, les aryens, venant du Pendjab, pénétrèrent vers l'est et le sud, le long de la plaine fertile du Gange. Ils assujettirent les populations locales en imposant leur loi et leur notion de castes. Les aryens occupaient les 3 castes supérieures dont la plus haute, la caste sacerdotale, était celle des brahmanes, tandis que les autochtones et leurs descendants étaient réduits à être des Shudra, quatrième état. Par la suite, la caste brahmane parvint, par ses traditions rituelles et sacrificielles complexes, à exercer une influence considérable. Elle prétendait pouvoir, par son savoir, influencer les dieux eux-mêmes. Cette revendication des prêtres, détenir le monopole du savoir et exercer un plein pouvoir dans la pratique du culte, perdure dans l'hindouisme actuel. La période classique On situe généralement le début de cette période classique vers 500 avant JC. C'est à cette époque que l'hindouisme met en place ses structures, valables encore de nos jours, et connaît l'apogée de son rayonnement. Il le doit au sanscrit, une langue raffinée que pratiquent poètes et érudits, destinée pratiquement aux seules fins religieuses ou cultuelles. C'est pourquoi le mot Sanskrita peut se traduire par "présenté de manière artistique" et se démarque nettement de la langue populaire hindoue, le Pakrita. L'influence aryenne s'étend alors à tout l'ensemble du territoire hindou et imprègne fortement tous les autres cultes ou langages. De nouvelles divinités s'imposent : Brahmâ, Vishnu et Shiva. Le culte voué à ces nouveaux dieux se distingue des dévotions antérieures. Auparavant, les lieux de culte étaient des places de sacrifice à ciel ouvert, tapissées d'herbes ; maintenant, des temples sont bâtis, des statues érigées devant lesquelles les fidèles viennent déposer des offrandes : nourriture, boissons et fleurs. De nouvelles pratiques de culte et de consécration s'instaurent. C'est ainsi qu'aujourd'hui encore on distingue dans l'hindouisme 16 sacrements, Sanskara, réservés aux hommes des 3 castes supérieures. Le culte des morts et de l'au-delà revêt une forme plus élaborée, par des offrandes aux morts et aux dates anniversaires, des sacrifices à leurs mânes, Straddha. Au IVème siècle avant JC, l'hindouisme est en position d'infériorité en Inde, la montée du bouddhisme lui ayant fait perdre une large part de ses adeptes. La propagation du bouddhisme dans un courant ouest-est a permis à l'hindouisme de prendre un nouvel essor sur la continent indien. Mais il faudra attendre la dynastie des empereurs Gupta, la seule dynastie autochtone en Inde, pour que l'hindouisme soit officiellement reconnu, ce qui ne sera acquis que dans les années 320-647 de notre ère. L'époque de la prédominance islamique L'hindouisme, après avoir recouvré une prédominance spirituelle en Inde grâce au recul progressif du bouddhisme et au retour au jaïnisme, se vit à nouveau menacé par la percée de l'islam. A partir du XIIIème siècle, cette religion sut s'imposer de façon permanente dans les régions nord de l'Inde et convertir de nombreux hindous à sa doctrine. C'est alors qu'apparurent de nombreuses sectes se réclamant soit de Vishnu, soit de Shiva, dans l'intention d'imposer à l'hindouisme la foi en un seul dieu. C'est dans ce contexte que se créa au Pendjab actuel, la communauté religieuse des Sikhs, mot hindou signifiant Apprenti, considérés comme une communauté religieuse totalement indépendante. Leur foi, avec son monothéisme rigoureux et la vénération due aux 10 maîtres religieux, les Gurus, associe des éléments hindouistes et islamiques. Les adeptes sont reconnaissables à leur habillement et à leur coiffure ; ils apposent le mot Singh, Lion, à leur nom.L'époque de la prédominance britannique Dès le début du XVIème siècle, l'Inde a été un objet de convoitises pour les puissances européennes en mal de colonisation, et en tout premier lieu des portugais. Peu à peu, la compagnie des Indes, d'origine britannique, parvint à évincer un à un tous ses concurrents en établissant le monopole des exportations. Les anglais s'investirent de plus en plus politiquement en Inde et, après avoir soumis la plupart des souverains locaux d'origine, ils renversèrent en 1877 la souveraineté des moghols et décernèrent à la reine Victoria le titre d'impératrice des Indes. Au cours du XIXème siècle, de nombreuses tentatives de réformes de l'hindouisme ont été entreprises. Dans leurs débats autour des progrès techniques et des philosophies modernes en Europe, les réformateurs ont tenté de faire admettre d'autres religions dans le cadre d'un hindouisme orthodoxe moderne. L'hindouisme ne devait plus être cette religion rigoriste, mais laisser le champ libre à la vénération de tous les prophètes et autres fondateurs de religions. L'Inde moderneAu terme de longues et âpres luttes auxquelles s sont livrés hindous et musulmans, l'Inde accède à l'indépendance le 15 août 1947 par décision des britanniques. Le drapeau du congrès national hindou réunit les couleurs safran, pour les hindous, le vert, des musulmans, et le blanc, des chrétiens, juifs et perses entre autres. Cette période de l'indépendance fut marquée par des exodes de populations et par de graves affrontements entre hindous et musulmans. Dès 1947, le Pakistan, l' "Etat des Purs", se sépare de l'Inde et se constitue en un état strictement musulman. Les luttes et les troubles d'origine religieuse aboutirent à l'assassinat de Mahatma Gandhi, en janvier 1948, par un hindou fanatique qui considérait la tolérance de Gandhi comme une trahison à l'égard de la religion. Dans les années qui suivirent, le pandit Nehru Jawaharlâl, 1889-1964, assura le gouvernement de l'Inde, à tendance socialiste modérée, aux côtés de ceux qui, sous Gandhi, avaient lutté pour l'indépendance. Les grands problèmes sociaux du pays tournaient immanquablement en conflits religieux. Encore de nos jours, la paix politique et religieuse en Inde ne semble pas acquise et exige des responsables une attitude vigilante. LES TEXTES SACRES La base de tous les systèmes orthodoxes Dans l'hindouisme, les textes sacrés forment un recueil décousu, qui néanmoins fait autorité dan l'enseignement de l'ordre universel moral, dans la règle de cause à effet, sur les droits et obligations de la vie de tout un chacun, et sur la hiérarchie, qu'elle soit d'ordre naturel, spirituel ou social. Les 4 Veda et leurs textes complémentaires, les Brâhmana, les Upanishad et l'Âranyaka, en forment la base. Les orthodoxes hindous leur attribuent une origine surnaturelle ; ils sont donc admis comme dogmes fondamentaux par tous les courants hindouistes qui ont en commun la croyance en certains dieux, le rite des cérémonies et la nécessité d'offrir des sacrifices, les règles sociales des castes, la croyance en une loi éternelle, dharma, ainsi que la relation de cause à effet dans un processus de réincarnation hiérarchisé. Ces textes sont, dans leur totalité, rédigés en sanscrit, la langue des érudits, et divisés en 2 parties : les Shruti, "ce qui est entendu", révélations surnaturelles, et les Smriti, "ce dont on se souvient", écrites de la main de l'homme, qui reprennent les traditions transmises par voie orale. Les quatre VedaLes Veda sont donc, purement et simplement, la révélation, qui réunit une gigantesque collection de textes, rédigés entre 1500 avant JC et 1500 après JC, c'est-à-dire sur une durée de quelque 3000 ans. Ils se composent de 4 recueils de formules diversifiées et de vers chantés, les Sanhitâs. - le Rig-Veda est le recueil le plus ancien : il doit avoir été rédigé ,pour l'essentiel, entre 1500 et 1200 avant JC. Il comprend 1.028 hymnes, par lesquels les dieux étaient invoqués lors des sacrifices. IL y est fait état de différents mythes de la création dans lesquels les sacrifices occupent une très large place. Il traite de l'origine de l'homme et de celle de l'univers, par le sacrifice du géant cosmique Purusha, à partir des membres duquel tout a été créé. Il se dégage de ces textes une véritable joie de vivre. Rita, qui représente la cohérence dynamique du cosmos, veilla à l'équilibre des forces. - le Sâma-Veda est un recueil des chants qui accompagnaient les préparatifs et l'offrande des sacrifices. Il se recoupe beaucoup, sur le fond, avec le Rig-Veda. - le Yajur-Veda est le recueil des formules murmurées au cours des cérémonies de sacrifices. Il établit la transition, amorcée par l'avance des aryens vers l'an 1000 avant JC., avec les textes brahmaniques en pratique lors de la célébration de sacrifices. - l'Atharva-Veda est un recueil d'incantations à peine plus récent que le Rig-Veda, vers le Xème siècle avant notre ère. Ses prières et ses hymnes, pour la plupart versifiés, ont un ascendant magique ou prennent pour thème la création du monde. Le titre signifie "Veda des Atharvans", initiés d'origine aryenne, car il renfermait les formules magiques. Ce recueil était sans doute destiné à la caste des guerriers, ce qui s'exprime surtout dans les hymnes pour tambours de guerre. A chacun de ces 4 Sanhitâ viennent s'ajouter des textes complémentaires de 2 sortes, présentant des caractéristiques différentes : - les Brâhmana, textes en prose sur le sacrifice védique, qui décrivent le rituel et en donnent des explications mythiques ; - les Upanishad, textes philosophiques, en prose ou en vers, qui s'attachent avant tout au spirituel à l'échelon cosmique, base de toute chose dans l'univers. Les Brâhmana, plus exactement, "Brâhmana des 100 chemins", sont des textes en prose comportant des formules sacrificielles, les Mantra, et des traités de mythologie. Ils sont probablement postérieurs à l'an 1000 avant JC et dénotent un penchant pour les spéculations philosophiques. Ils tentent aussi de recenser, de répertorier et de cataloguer systématiquement les diverses puissances, divinités ou notoriétés. C'est dans ces textes que l'on trouve les plus anciennes théories sur Brahma en tant que principe absolu. Les hymnes des Veda font déjà état, en partie, de l'éclosion de la multiplicité en partant de l' "unique" originel. Ce cheminement de la pensée est systématiquement repris dans les Brâhmana, qui soulignent la volonté et la nécessité de faire progresser toute existence vers une unicité finale. Les Upanishad, plus exactement "doctrine ésotérique" ; le mot signifie à l'origine "se rapprocher, venir s'ajouter", sont des textes qui s'enchaînent aux Brâhmana et se fondent dans ces derniers. Ce sont des traités de réflexion sur les rites et la cosmologie qui parachèvent la littérature védique ; avec eux débutent les spéculations philosophiques en Inde. Brahman,l' "absolu", en tant que cellule originelle de tout individu, est mis sur un pied d'égalité avec Âtman, le "soi", puisque chaque individu, la multiplicité, est issu de l'Être unique originel, l'unicité. C'est dans les Upanishad que l'on trouve pour la première fois dans la Brihad Âranyaka Upanishad, 3.2, verset 13, la notion de karma, sanction des bonnes et mauvaises actions, dans une vie future réincarnée. Cette doctrine caractérise particulièrement la cosmologie hindouiste. On ne sait toujours pas avec certitude si cet enseignement a été introduit dans l'hindouisme avec l'arrivée des aryens ou s'il était déjà en pratique à l'époque préaryenne. Croire que l'univers ne connaît ni début ni fin ; espérer pouvoir être libéré des entraves du cycle des mutations par le renoncement, ascèse, et admettre qu'entre tous les êtres vivants, c'est-à-dire également entre l'homme et l'animal, il ne saurait y avoir de différence dans le principe mais uniquement des degrés différents d'évolution ; tout cela est formulé dans les Upanishad. La tradition sacrée, Smriti La tradition sacrée englobe les fils conducteurs, Sûtras, et les livres d'enseignement, Shastra, dans les domaines les plus divers du savoir, ainsi qu'une interrogation philosophique concernant les problèmes religieux ou sociaux. D'autres oeuvres en font également partie dont les textes, dans l'ensemble, présentent davantage un caractère narratif. Il s'agit, en tout premier lieu, des 2 grands récits épiques populaires : le Mahâbhârata et le Râmâyana. Le Mahâbhârata est une sorte d'Iliade démesurée de plus de 90.000 distiques, dans laquelle se côtoient des passages distrayants et un enseignement religieux. Cette épopée compte de nombreux chapitres, dont la Bhagavad-Gîtâ, "chant du divin seigneur", le poème le plus important ; ses versets chantent Krishna, l'être suprême, qui guide les hommes. Il enseigne au prince Arjuna la nature de dieu, du monde et de l'âme humaine. Cette bible du krishnaïsme est devenue l'un des textes de l'Inde les plus connus hors de l'espace culturel strictement hindou. La légende du Râmâyana, nettement plus brève, est certainement l'un des récits épiques de langue hindi parmi les plus populaires. Elle relate la destinée du héros Râma et sa lutte contre le roi des démons, Ravana, lequel a enlevé l'épouse du démon. Il remporte ces batailles avec l'aide d'Hanumân, l'astucieux roi des singes, et de ses troupes. Les 18 Purâna, "récits d'autrefois", datent de la fin des grandes épopées et constituent le patrimoine populaire de l'hindouisme. Ces textes traitent de la création du monde, du processus de destruction et de réincarnation, des cycles du temps, ainsi que des hauts faits de guerre et de la généalogie de certains dieux et rois. A ces textes traditionnels viennent s'ajouter à une période plus récente, pour la plupart entre 500 et 1000 de notre ère, d'autres purânas secondaires, les Upapurâna. Il s'agit de Samhîta, collections, s'inspirant fortement de Vishnu, d'Âgama, traditions, s'appuyant sur Shiva, et surtout des Tantra, livres, sur les prescriptions de la religion, qui présentent un caractère ésotérique. L'essentiel du message hindouiste se trouve dans les Upanishad, dans la Bhagavad-Gîtâ, chant du divin seigneur, et la Bhâgavata-Purâna, antique tradition concernant le seigneur. CE QU'ENSEIGNE L'HINDOUISME Le cosmos est un tout ordonné ; le système de castes est un modèle d'ordre social. Dans l'hindouisme, le cosmos se présente, de l'infiniment petit à l'infiniment grand, comme un tout parfaitement ordonné. Il est régi par une loi universelle, le dharma, qui est à la fois un ordre naturel et moral. Cette loi se fonde sur le principe selon lequel tous les êtres vivants sont différents les uns des autres, dès la naissance et tout au long de leur vie, en fonction de leur mission, de leurs droits et devoirs, de leur potentiel. Parmi les êtres humains, on peut également distinguer des classes, les castes, les unes des autres. Par dharma, on entend la loi universelle, unique et éternelle, et qui concerne tous les êtres vivants. Unique, elle est néanmoins multiple dans son expression, en fonction des différentes castes et stades de la vie, Âshrama. Cela suppose un statut spécifique, religieux et cultuel, selon les castes. Les règles de conduite orthodoxes applicables aux castes visant à gérer tous les domaines importants de la vie quotidienne. Elles sont formulées dans des lois qui réglementent avec précision les actes de la vie, tels que le mariage, repas, etc.. Le système de castes, spécifique à l'hindouisme, reste, pour d'autres religions ou conceptions, la chose la plus difficile à comprendre ou à admettre. Au sommet de la hiérarchie des castes, on trouve celle des prêtres et des brahmanes ; elle accorde une grande importance à la pureté, se consacre presque exclusivement aux choses de l'esprit et, par son rituel et ses traditions sacerdotales, se dit être la plus proche des dieux. La deuxième caste est celle des guerriers, Kshatriya, à laquelle incombe le maintien de l'ordre moral. Les souverains et les rois en sont généralement issus. Cet état militaire était à l'origine subventionné par des impôts et des taxes payés par les castes inférieures. La troisième caste est composée de paysans et de fermiers, d'artisans et de commerçants, les Vaishya. Ces trois castes supérieures, issues des envahisseurs aryens et réputées appartenir à une élite ont pris conscience de cette distinction sur le plan social comme d'une nouvelle naissance. C'est pourquoi leurs membres se font appeler "ceux qui sont nés deux fois". Selon l'hindouisme orthodoxe, elles sont les seules à pouvoir accéder à l'étude des textes sacrés : le Veda. A ces 3 classes supérieures se rattachent les castes inférieures qui se subdivisent à l'infini. La quatrième classe, celle des Shudra, regroupe les travailleurs et les artisans des petits métiers ; placés sous l'obédience des classes supérieures, ils sont, à leur tour, en fonction de leur pureté, très rigoureusement hiérarchisés. C'est ainsi, par exemple, que les tisserands et les potiers sont supérieurs aux blanchisseurs, aux bouchers, aux pêcheurs ou aux peaussiers. La catégorie sociale la plus basse, la cinquième, est celle des Pancama, les parias, ou les Asprishya, les intouchables. Ils mènent une vie de misère au sein de la société indienne traditionnelle en exerçant des métiers impurs ou indignes ,tels ceux d'éboueurs, d'égoutiers ou en se rattachant à différents groupes de mendiants ou de voleurs. Ces 2 classes inférieures sont essentiellement composées par les descendants des populations indiennes autochtones. Chacune de ces classes se fragmente en une multitude de classifications internes, si bien que l'hindouisme dénombre de 2.000 à 3.000 castes, dont chacune est strictement définie et se voit imposer des tâches spécifiques. Comparée au système de castes, toute autre classification, que ce soit en fonction du lieu, de la langue, de la nation, de la population, etc., apparaît à l'hindouisme comme secondaire, voire artificielle. Faillir à cette notion de caste équivaudrait à renier ses origines et à faire fi de l'ordre naturel. L'Inde moderne qui, depuis l'époque du pandit Nehru, se présente sur le plan social comme un état séculier, s'éfforce dans plusieurs domaines d'atténuer les effets du système rigoureux des castes, bien que celui-ci apparaisse aux yeux des hindous pratiquants comme la structure qui, depuis des millénaires, est garante d'un ordre social établi. Déjà dans les textes anciens, dans le Rig-Veda, 10.90 verset 12, ce système passe pour une organisation d'ordre divin, les différentes castes étant issues des différents membres de l' "homme cosmique", Purusha. C'est pourquoi elles sont toutes appelées à coopérer comme un seul et même corps. Le karma ou le lien de cause à effet : le cosmos en tant qu'ordre moral La hiérarchie du système des castes est le reflet de l'idée reçue d'un ordre naturel qui serait aussi une harmonie universelle morale. Cette conception s'exprime, depuis le Brihad Âranyaka Upanishad, au travers de la loi du karma. L'existence et la destinée de chaque individu ne sont que la conséquence nécessaires des actes commis dans une vie antérieure, les bonnes actions se trouvant récompensées par une bonne réincarnations, c'est-à-dire par un accès à une caste supérieure, alors que les mauvaises actions entraînent une réincarnation dans l'une des classes inférieures. La multiplicité des individus n'a d'égale que la multiplicité des actions commises, lesquelles appellent une juste sanction. Les points communs et les différences décelables en chaque individu sont à l'échelle des points communs et différences dans les comportements au cours d'une vie antérieure. Le cours des choses étant sans fin, et les systèmes universels étant éternellement soumis aux cycles des déclins et des renaissances, l'hindouisme ne reconnaît aucun début à ce processus de cause à effet ; ni à la fin du monde, ni les périodes cosmiques transitionnelles ne sauraient interrompre le cycle de récompense et de punitions elles les font resurgir à chaque nouvelle création du monde. L'ordre universel moral ne se contente pas de sanctionner les actions ; il offre également la possibilité de parvenir progressivement à la perfection et à son salut. On peut se demander si l'hindouisme accepte réellement l'idée que tout être vivant est appelé à accéder, à un moment quelconque, au salut et n'aurait alors plus à affronter de nouvelles réincarnations dans le cycle des renaissances, Samsâra. Ce qui est propre à l'hindouisme est d'énoncer que toute vie ici-bas, y compris celle des animaux et des plantes, participe de ce double ordre hiérarchique, vie sur terre et dans un au-delà, puisque tout être vivant ne diffère d'un autre que par ses étapes de développement et non par définition. |
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LES DIVERSES CONCEPTIONS DE DIEU La multiplicité des systèmes Face aux questions philosophiques et métaphysiques, l'hindouisme, plus qu'aucune autre religion, laisse aux croyants une liberté totale. Chacun peut se définir théiste, panthéiste ou athée, reconnaître en Vishnu ou en Shiva le maître suprême du monde ou admettre un principe dépersonnalisé. Il en va de même pour la théorie de la création des mondes et de leurs composantes matérielles ou immatérielles ainsi que pour la relation entre l'âme et le corps ; elles ne sont pas dogmatiques. Les hindous n'éprouvent pas le besoin d'ériger en préceptes la multiplicité de leurs conceptions et de leurs rites religieux. Les conceptions philosophiques se trouvent formulées dans les Sûtra, fils conducteurs, et dans certains modes de pensée qui, en sanscrit, se disent Darshana, modes de conception, ; souvent, elles n'ont d'autre prétention que d'être une simple aide pour ceux qui sont à la recherche de la Voie. Les six darshana orthodoxes La tradition compte 6 Darshana qui tous passent pour être orthodoxes, car tous admettent que les textes védiques sont de révélation divine, tout en interprétant le monde de façon très diverse. Les 6 théories se présentent généralement regroupées par 2 ; le Sâmkhya ou Sankhya, connaissance intellectuelle, et le Yoga, maîtrise des sens et des pulsions intérieures vont de pair ; le Vaisheshika, expérimental, est le pendant du Nyaya, qui s'appuie sur la dialectique ; de même pour le Vedânta, spéculation métaphysique, et le Karma-mimansa, déiste et cultuel. Dans chacune de ces associations, le premier des 2 systèmes est davantage d'inspiration philosophico-métaphysique tandis que le second est généralement plus pragmatique, davantage tourné vers la méthodologie. - le Sâmkhya ou sankhya, "compte ou dénombrement", fait état d'un réalisme dualiste. Il s'agit d'une très ancienne théorie qui défend l'existence de 2 réalités éternelles : un principe spirituel, Purusha, et des qualités constitutives de la nature primordiale, Prakriti. Il s'agit d'une force qui transcende tout, une sorte de substance qui repose sur 3 principes éléments ou éléments, les Guna. Ces 3 gunas, tout en étant antagoniques, s'équilibrent. Purusha est l'anti-matière ou le pur esprit. Avec l'aide du yoga, le jeu des forces peut s'en trouver influencé. Notre existence matérielle est jalonnée de soucis et de peines, car nous ne parvenons pas à différencier le "moi" et du "non-moi". L'accès à la liberté ne pourra se réaliser que par la méditation. - le Yoga, "effort, entraînement", fait référence au livre de Patanjali, première moitié du Ier siècle, dont certains passages sont bien antérieurs. Il s'agit d'une théorie théiste qui repose sur le Sâmkhya modifié et s'impose comme une discipline de la méditation pour accéder à la connaissance, afin d'ouvrir la voie du salut. Le yoga comporte 8 niveaux, de l'autodiscipline à l'immersion totale. - le Vaisheshika, à l'origine, est un système athée. Il envisage une explication atomique du monde selon laquelle tout, jusqu'à l'esprit, est composé d'atomes qui ne deviennent matière visible qu'à la suite de leur fusion. Dans la nuit de la dissolution, fin du monde, les atomes se sépareront et créeront dans d'autres mondes de nouvelles combinaisons. La philosophie du Vaisheshika expose les réelles différences présentes dans tout ce qui existe, Visheda, en classant tous les êtres à l'intérieur de catégories. Elles détaille le réel pluralisme des 9 substances dont l'action conjointe gère la bonne marche de l'univers : la combinaison des 4 éléments constitués d'atomes, terre, au, air et feu, des 3 entités, éther, espace et temps, qui n'en forment qu'une qui transcende tout, des innombrables âmes individuelles, intervenant comme 8ème élément, et des substances du raisonnement, de la taille de l'atome, qui les habitent, 9ème élément. - le Nyaya, "la logique", témoigne d'un certain réalisme. Il s'agit d'un mode de logique et de dialectique qui, dans ses conceptions fondamentales du monde, reprend les concepts du vaisheshika avec lequel, plus tard, il fusionnera. Par ses 5 membres, il cherche à distinguer la vraie connaissance du faux savoir et affirme qu'il existe une corrélation entre l'existence d'une idée et l'image que l'on s'en fait avec l'esprit qui les a imaginées. Il envisage une liberté par l'expérience de l'autonomie du "moi", considérée différemment selon qu'il s'agit du corps ou de l'esprit. A l'origine, il n'était pas question de dieu dans le nyaya : ce n'est que plus tard, lors de sa fusion avec le vaishishika, que cette notion aparaîtra. - le Vedânta, "fin du Veda", tente d'exprimer les conclusions des Upanishad. Sa grande doctrine est le Brahma Sûtra, le summum des spéculations védiques. Présentées sous forme de brèves paraboles empreintes de connotations ésotériques, elles sont difficiles à interpréter, ce qui a donné lieu à de nombreux commentaires. - le Karma-Mimansa,"débat sur le travail", est à l'origine un texte théologique, voire cultuel. Dans un premier temps, l'ouvrage n'était pas philosophique, mais plutôt une interprétation des textes sacrés sacrificiels, importants pour le maintien du monde et de la vie humaine. Ce n'est que vers le VIIème-VIIème siècle de notre ère qu'il se constitue en un système philosophique qui affirme l'existence réelle d'une grande pluralité d'âmes et de substances. Chacun des 6 darshana se différencie des autres par sa prise de position sur la notion du divin. Le Karma-mimansa et le classique Samkhya réfutent l'existence d'un Maître du monde éternel et préfèrent admettre que le cosmos est régi par une loi naturelle et morale, le dharma. Le yoga croit en un seul dieu, éternel et omniscient, sans pour autant lui accorder une quelconque influence sur le cours des événements de ce monde. Le vaisheshika et le nyaya placent leur foi en un dieu personnalisé et directif, dont l'origine coïncide avec celle de l'âme éternelle et de la matière éternelle. Le vedânta prône un panthéisme selon lequel dieu serait la substance originelle du monde, tout en étant une spécificité supérieure à celui-ci ; certains le considèrent comme un principe impersonnel, d'autres comme un dieu suprême, une entité. Cette conception se retrouvera plus tard dans l'adoration de Vishnu et Shiva. Au coeur de ces écoles ou sectes, de même que pour les adeptes de Vishnu ou Shiva, se trouve la Bhakti, mot qui exprime la dévotion au maître du monde, celui qui trace à chacun la voie du salut. Cette conception réfutée par la philosophie et les sciences. ShankarâLe brahmane Shankarâ, 788-820 après JC, se consacra à l'immense tâche de rapprocher les différentes conceptions religieuses et les cultes par une exégèse novatrice des textes du vedânta ; il allait profondément marquer la pensée hindoue. Influencé par les systèmes bouddhistes, Shankarâ préconise une théorie de la vérité en 2 étapes, selon laquelle toute forme de foi en ce monde a sa raison d'être, mais aucune ne saurait appréhender la vérité suprême dans sa globalité. La sainte, l'ultime vérité est à chercher, dit-il, au-delà des multiples apparences, au-delà du "voile de Maya". Seuls les sages, plongés dans leur méditation, peuvent en prendre connaissance. Shankarâ établit donc un lien entre la connaissance d'un Tout et Unique et la croyance en un Maître du monde personnifié, qui exercerait ses droits dans le domaine des maya, autrement dit dans notre univers en mutation illusoire. Tous les cultes de nature terrestre ne sont que des étapes sur la voie de la connaissance de la vérité, qui se trouve au-delà des mots et des pensées. L'enseignement de Shankarâ a largement été adopté par l'hindouisme orthodoxe. Ce qu'enseigne le yoga Le mot "yoga" signifie littéralement "atteler" et fait référence, à l'origine, à la comparaison faite avec le harnais d'une monture. Les techniques du yoga, dont l'enseignement s'inspire des deux Darshana Sâmkhya et Yoga, sont des méthodes d'autodiscipline, de l'âme comme du corps. Elles sont aussi l'apprentissage d'une concentration à partir d'une approche intuitive des points communs dans un monde où les manifestations sont de tous ordres. Il existe 9 théories yoga, divisées en 4 grandes lignes et 5 méthodes complémentaires. Le but du yoga est de libérer l'âme pour l'amener à la vraie connaissance. Les moyens préconisés sont : le renoncement, l'abstinence et l'ascèse, le rejet du confort et de toutes possessions, l'abnégation ; autant de voies qui permettent d'accéder à une certaine forme de stoïcisme, à l'harmonie de l'âme et à la paix intérieure, cette paix que l'on trouve par la méditation et l'examen de conscience. Le tantrisme A partir du Vème siècle, les pratiques sacrées propres à l'hindouisme connurent une importance croissante. C'est l'époque où surgit le tantrisme, mouvement qui a introduit une large part d'éléments de magie dans les rites. Les populations indiennes antérieures à l'invasion aryenne voyaient dans ce culte la possibilité de s'affirmer, de pouvoir influencer les courants de pensée. La croyance dans les Shakti, accompagnatrices et compagnes des dieux, et la conviction que le dieu mâle ne pouvait agir que grâce à la force créatrice et dynamique de son épouse, en sont les points forts. On a souvent lié au culte tantrique un culte ésotérique, sa mystique alambiquée reposant sur la numérologie et l'interprétation des lettres ainsi que sur une iconographie très fouillée. L'assistance des guru semble indispensable. Ce que l'on désigne par "tantrisme de la main gauche" est, dans l'hindouisme comme dans le bouddhisme, un culte de la sexualité n'excluant pas des tendances orgiaques ; d'où son caractère extrêmement ésotérique à implication magique. Adeptes de Vishnu et de ShivaLa vénération de Vishnu et de Shiva correspond à un courant philosophique qui s'est manifesté plus tard dans l'hindouisme, en partie pour se démarquer du monothéisme rigoureux de l'islam, la religion prédominante, depuis le VIIIème siècle, mais aussi et surtout en réaction contre la philosophie du Shankarâ et du tantrisme. Les adeptes ont pour but de reconnaître et de faire reconnaître celui qu'ils tiennent pour le Maître de l'univers, Vishnu ou Shiva, comme seul vrai dieu. Ces deux orientations récupérèrent bon nombre de cultes locaux et de traits caractéristiques propres aux dieux. Le principe de base de la foi en Vishnu est la "voie de la dévotion", Bhakti-mârga, alors que celle pour Shiva est axée sur le culte phallique du linga ; Shiva est aussi vénérée pour sa force féminine et destructrice. De ces deux orientations sont nées de nombreuses communautés cultuelles, pratiquant des rites variés. Cultes et rituelsPassé l'époque védique, l'importance accordée au rituel dans le cadre de l'hindouisme connut un déclin, au bénéfice de pratiques cultuelles, en particulier sous l'influence du courant tantrique, ce dont témoignent la propagation des idoles et l'essor des arts plastiques. Cette évolution religieuse s'exprime lors de cérémonies ; la Pûjâ, l'adoration ; dieu est accueilli tel un hôte d'honneur, entouré d'un nuage d'encens et de fleurs. D'une certaine manière, l'image des dieux est autant admirée et glorifiée que dieu lui-même ; la présence divine se laisse aussi appréhender au travers de symboles, comme par exemple celui du linga, symbole de Shiva. Sur le plan cultuel, la vénération des dieux se conforme à des rites très purs. Lors de la prière, ce sont des formules précises, les Mantra, que l'on récite, et l'on retrouve cette précision dans la gestuelle des danses religieuses. Les danseuses du temple et les prêtres spécialement attachés à cette fonction jouent un rôle prépondérant dans la ferveur portée aux dieux. Les danses religieuses prévoient une gestuelle très précise. La tantrisme a également recours à des emblèmes, des yantra ou mandala artistiquement ouvragés, des diagrammes mystiques en forme e cercle ou de carré, censés représenter matériellement la dieu correspondant à tel rituel ou à telle méditation. Il est vrai que pour des profanes de la culture hindoue, la compréhension d'une telle symbolique cultuelle n'est pas simple. Comme c'est grâce aux symboles et par eux que les divinités sont vénérées, l'image des dieux, conduite en procession, est ce dieu lui-même. Cette présentation imagée de principes abstraits est acceptée par tous, les hindous plus lettrés, eux, ne niant pas la différence entre signifié et signifiant. Les temples indiens les mieux conservés sont, en grande partie, ceux dont le construction est postérieure au VIIème siècle. C'est vers cette époque que les lieux sacrificiels sont à ciel ouvert. Le but de la plupart des pèlerinages religieux consiste à faire le tour des édifices et des châsses. Les temples au nord du pays se présentent comme des tours pyramidales alors que ceux du sud ont, en règne générale, un socle imposant comme une montagne, qui rappelle une pyramide tronquée. LE PANTHÉON DE L'HINDOUISME L'intarrisable diversité des divinités hindouesLe mot qui, dans l'hindouisme, définit les dieux est Deva, de Div, Briller. Depuis l'époque des Upanishad, le panthéon védique a connu de profondes transformations ; même si les divinités telles que Mitra et Varuna, Indra et Agni sont encore vénérées, elles tendent à disparaître pour céder la place à 3 nouveaux dieux : Brahmâ, Vishnu et Shiva qui apparaissent parfois comme une triade, Trimurti. Les textes disent qu'ils ne sont en fait que les 3 figures ou formes différentes d'un seul et unique être originel dans sa triple intervention en qualité de créateur, de conservateur et de destructeur de l'univers. La plupart des théologiens hindous partagent la croyance des fidèles en Vishnu ou en Shiva et considèrent l'un ou l'autre comme le dieu suprême, dont dépendent toutes les autres divinités ou réincarnations. Brahmâ, le créateur En sa qualité de dieu créateur, Brahmâ prit une part déterminante dans la création du monde. Toutefois, il ne le créa ni selon son gré, ni en le tirant du néant, ce pour quoi son titre se limite à celui de "dieu géniteur". C'est lui qui propage les textes sacrés, les Veda. Il est une personnification du concept originel et neutre, brahman, cité dans les Upanishad et qui signifie alors l'Absolu, qui se reflète dans le "moi", Âtman, de toute créature et de tout être humain. de plus, Brahmâ est une synthèse d'autres figures cosmogoniques, tel Prajapati, le seigneur des créatures, souvent cité dans les textes des Brâhmana. Brahmâ, sans doute en raison de ses origines puisqu'il est réputé être né du neutre et donc d'un principe impersonnel, n'a jamais été élevé au rang d'un dieu suprême régnant sur d'autres dieux. L'hindouisme actuel voit en lui le démiurge, le grand architecte, qui veille en permanence au bon ordonnancement du monde et qui procure une nouvelle enveloppe charnelle aux âmes lors de leur réincarnation. Le brahman des Upanishad est un absolu, sans forme ni couleur. A l'époque védique, le créateur ou démiurge ne s'identifiait pan encore au dieu Brahmâ ; il s'appelait Prajapati et était une énergie créatrice. Les adeptes de Vishnu et de Shiva surtout, en prenant de l'importance, s'élevèrent contre Brahmâ, réduisirent à néant ses intentions d'absolutisme et firent de lui une caricature de dieu créateur en colportant, entre autres, l'histoire selon laquelle il aurait pris pour femme sa propre fille, Savitri, et aurait vécu avec elle dans l'inceste. De plus, la légende de sa naissance a contribué à porter préjudice à son ambition de régner en maître absolu : Brahmâ serait né d'une fleur de lotus, sortie du nombril de Vishnu. Etant un dieu purement théiste et non, à l'origine, un dieu naturel, Brahmâ n'a pas partie liée avec les cycles de la destruction et de la renaissance, contrairement à Shiva. Vishnu, le protecteur La destinée de Vishnu en sa qualité de Brahma fut jalonnée de succès. Peu cité dans les Veda, il devint par la suite l'un des dieux les plus puissants de l'Inde ; il fut identifié à diverses déités et connut plusieurs réincarnations en différents héros des épopées indiennes. Il incarne le principe qui protège et maintient l'univers par des actes éthiques et héroïques. Chaque fois que le monde ou le genre humain court à sa perte, par l'action des puissances du mal ou de sa propre décadence, Vishnu intervient sous la forme d'un homme ou d'un animal pour le sauver. Vishnu est représenté sous 10 formes différentes, étalées sur les 4 âges cosmiques de l'univers, ce qui n'est pas sans rapport avec la structure compliquée du temps telle que la concevaient les dieux Aones, selon laquelle chaque cycle s'achevait par une destruction d'ordre moral, Vishnu intervenant alors pour engager une lutte contre les démons du mal et permettre la recréation d'un nouveau monde. Vishnu s'est donc réincarné 9 fois : sous la forme d'un poisson, Matsya ; d'une tortue, Kûrma ; d'un sanglier, Varaha ; sous les traits d'un homme-lion, Nârâsimha ; en nain, Vamana ; en Râma, Parashurâma ; héros martial, Râma ; en Krishna et en Bouddha. Quant au dixième avatar, il est écrit que Vishnu arrivera chevauchant un cheval blanc, ou sous la forme d'un cheval blanc, Kalki, et ce sera la fin du présent âge cosmique, Kali-yuga. Parmi toutes ces réincarnations, ou avatars, la 7ème, en Râma le héros, et la 8ème, en Krishna, font l'objet d'une vénération particulière. Dans le récit épique du Râmâyana, Râma est un prince qui devint roi d'Ayodhya et y régna avec sa vertueuse épouse Sitâ, modèle de fidélité. Râma est vénéré pour ses qualités d'homme d'état, de chef des armées, de législateur et d'artiste. La seule incarnation parfaite de Vishnu est Krishna. C'est pourquoi ce dernier est révéré comme une divinité à part entière. Krishna aussi est un prince. Il avait été prédit à son oncle, le roi impie Kansa de Mathura, qu'il serait tué par Krishna. Pour échapper à cette prophétie, il ordonna donc que l'on extermine tous les nouveau-nés mâles de son royaume. Mais Krishna ne fut pas du nombre ; il grandit, sans se faire connaître, parmi les bergers à Brindavan et, encore adolescent, accomplit des miracles. Jeune homme, il suscitait des passions dans le coeur de toutes les bergères, les Gopi. Plus tard, il mit effectivement fin à la vie de Kansa, régna sur Mathura et sortit triomphalement de nombreuses batailles. Il prit le chemin de Gujarat et s'installa à Dvaraka où, avec 16.000 femmes, il engendra 180.000 fils. C'est la raison pour laquelle il est également le héros de la fécondité. Ses exploits martiaux, ses aventures amoureuses et ses prophéties sont les thèmes les plus appréciés de la littérature indienne. Kalki, la 10ème réincarnation de Vishnu, est le dieu de l'avenir qui terrasse l'esprit du mal, réinstaure la justice et ouvre la voie vers un nouvel âge cosmique heureux. Vishnu n'étant à l'époque védique que l'un des 12 dieux solaires symbolisant la course du soleil, il n'accéda que fort tard au tire de "protecteur du monde" : le "vishnuisme" ne s'est manifesté que bien postérieurement au "shivaïsme". En sa qualité de protecteur, il est l'incarnation de la grâce et de la bonté. Par sa transcendance, il a projeté dans l'existence le monde et les êtres vivants et veillera sur eux jusqu'à la dissolution de l'univers. Vishnu retournera alors à sa forme originelle et fera en sorte que, après un temps de répit, tout puisse recommencer. On l'invoque surtout dans son rôle de Nârâyana, le dieu d'un nouvel âge. Vishnu somnole dans un sommeil contemplatif sur le serpent à 5 têtes lové autour du monde et rêve d'un ordre nouveau. De son nombril pousse une fleur de lotus d'où sortira le dieu créateur, Brahmâ. Shiva , le destructeur Shiva, dont le nom signifie "le bienveillant", est de nos jours, avec Vishnu, la divinité la plus populaire de l'hindouisme. Som modèle védique est Rudra, le redoutable archer qui a le pouvoir d'infliger les maladies et de pourvoir à leur guérison. On lui associe le dieu de la nature de l'époque préaryenne, avec sa force créatrice représentée par un symbole phallique, le Linga. Shiva est le dieu bicéphale par excellence : il incarne simultanément les forces créatrices et dévastatrices du cosmos en fonction de ses divers aspects ou avatars. Sur le plan spirituel, il est le prototype de l'ascète qui par automortification parvient à dominer le monde et à créer une nouvelle existence ; il est le sauveur qui apporte la rédemption. Au même titre que Vishnu, Shiva est considérée par ses adeptes comme le maître suprême de l'univers. C'est la divinité de l'hindouisme dont le personnage présente le plus de facettes et qui compte parmi les plus anciennes divinités. Etant avant tout une force de la nature, il est le dieu des orages, des maladies et du grand départ ; mais aussi celui qui apporte aide et assistance aux hommes. Il répond à 1008 noms différents. Comme le dieu des orages, Rudra, il hante les cimetières et les bois ; c'est un dieu de l'état sauvage et des états de transition. On le représente avec une couronne portée en sautoir. Les aryens plaçaient cette incarnation de Rudra sur le même plan que Vishnu ; ses forces naturelles, incultes et sauvages, se sont trouvées de ce fait civilisées. Dans l'hindouisme moderne, Shiva est une divinité aussi bien masculine que féminine, voire androgyne. Cette ambivalence de Shiva, Ardhanarishavara, a été représentée par une figure mi-homme mi-femme. Par ailleurs, il existe des représentations de Shiva-homme au côté de Shakti, une divinité féminine, qui lui confère son énergie. sous cette forme, le principe masculin représente l'élément passif de l'espace et le principe féminin l'élément actif du temps. Le Shiva dansant, Nâtaraja, est une représentation particulière et très connue. La danse cosmique est considérée comme un acte créatif ; le danseur symbolise la force vitale impersonnelle et en éternelle évolution qu'il exprime par divers mouvements des mains et du corps. Ce faisant, le danseur cosmique délivre le monde de l'ignorance, symbolisée par le méchant nain Apasmara, foulé aux pieds par Nâtaraja. De la triade hindoue fondamentale, Shiva est le seul à posséder encore des traits précis. Elle est aussi l'incarnation ou les réincarnations de divinités féminines, surtout de celles en rapport avec la nature, telles l'aurore, la nuit, la fécondité. Les Veda avaient réhabilité les forces vitales féminines par le concept de shakti, ce qui signifie "force" et sous-entend que les divinités féminines dispensent l'énergie aux dieux mâles, auxquelles elles sont subordonnée. Le concept premier des dieux, Devi, désigne à l'origine la grande déesse mère, puis la déesse de la terre Prithivi, la "lointaine". Toutes ces différentes shakti se fondent dans les forces de Shiva. Shiva est connu et redouté lorsqu'il se présente en déesse sous ses aspects terribles, en particulier en "Kâli, la noire", la déesse du temps. Les dieux védiques L'hindouisme compte d'innombrables divinités, souvent descendants ou serviteurs des dieux de la trimurti et qui, dans ce cas, se présentent sous forme d'animaux. Parmi eux, le dieu à tête d'éléphant et au ventre rond : Ganesha, dieu de la sagesse, que l'on dit être avisé, joyeux et cordial. C'est lui que l'on invoque avant les épreuves ou les entreprises difficiles. Parmi les dieux védiques, il faut mentionner le dieu solaire Surya, générateur de vie, représenté sur son char tiré par un cheval. Au début, il passait pour avoir été à l'origine de toutes choses, le créateur de l'univers. Il faisait l'objet d'une grande dévotion et des temples lui étaient consacrés. Dans le cadre des Veda, 4 dieux interviennent en qualité de gardiens des régions du monde, Dikpala : le dieu des orages, Indra, à l'est ; le dieu des eaux, Varuna, à l'ouest ; le dieu de la mort, Yama, au sud ; et le dieu de la richesse, Kubera, au nord. Viennent s'y adjoindre les gardiens des régions intermédiaires : le dieu du feu, Agni, sud-est ; le dieu des vents, Vayu, nord-ouest ; le dieu de l'adversité, Nirrti, sud-ouest et le dieu lunaire, Candra, nord-est. Le roi du tonnerre et de la guerre, Indra, nommé le roi des dieux, est représenté à ce titre avec tous les insignes de sa puissance royale. Il brandit un diamant taillé en flèche, Vajra qui, plus tard, devait revêtir une importance surprenante dans le bouddhisme : le Vajrayana, le char en diamant, a été présenté comme le troisième voie du bouddhisme tantrisme. Les légendes racontent comment la puissance d'Indra s'affaiblit de plus en plus sous l'effet de boissons fortes, Soma, au point que Vishnu et Shiva le détrônèrent. Cet exemple illustre à quel point il était possible de modifier, de faire et défaire le panthéon hindou. Le dieu du feu Agni, le dieu solaire Surya et Indra forment, aux débuts de l'époque védique, une sorte de triade. Agni avait la charge des feux sacrificiels rituels et de l'incinération des corps ; il était le dieu de la chaleur et de la lumière, Yama, le dieu de la mort, se faisait passer pour le fils du dieu solaire, Surya. Considéré comme le premier homme sur terre, il fut de ce fait le premier des mortels. On le représente aussi come seigneur des enfers et comme juge des morts chargés de consigner dans son grand livre les faits et gestes des humains. Varuna est le dieu de l'eau en même temps qu'il est le gardien de l'ordre cosmique, du soleil, de la lune et des étoiles, et l'éternel témoin des agissements des hommes. L'importance de l'eau dans tous les rituels de l'hindouisme est probablement due à ce dieu. Se succèdent ensuite de nombreuses divinités d'étoiles et de planètes, les ancêtres des dieux, Rishi, que l'on imagine plutôt comme des esprits errant sans but, de même que toutes sortes de démons qui seraient le plus souvent les ennemis des dieux comme des hommes. Deux esprits inquiétants, Yakshas et Yakshis, l'un masculin, l'autre féminin, exercent leur magie dans la vie des êtres humains et peuvent tantôt être bénéfiques, tantôt maléfiques. Les Bhuta sont les sinistres esprits de la nuit, qui ont partie liée avec la mort et le malheur. La plupart des êtres surnaturels ont des fonctions de gardiens, ou bien sont musiciens célestes, ou encore des divinités protectrices dont les fonctions se limitent à un plan local. Chaque divinité est représentée avec un animal ou une monture et se voit affecter une foule de minuscules serviteurs ou gens de cour. Les déesses Adoratrice de Shiva, l'Inde vénère depuis des siècles des déesses, même si elles sont peu nombreuses dans les textes védiques. Au cours de la période classique, leur notoriété ne fit que croître, en raison notamment de l'influence confirmée que prenait un courant de pensée antiaryen. De nos jours, les déesses les plus célèbres sont les épouses respectives des 3 dieux principaux : Lakshmi, le déesse de la félicité, épouse de Vishnu ; Sarasvati, la patronne des érudits, épouse de Brahmâ, et Durgâ, symbole de l'éternelle force originelle qui enfante et détruit, est l'épouse de Shiva. Aux yeux de nombreux hindous, Durgâ régnerait souverainement sur le monde et serait la force originelle, souffle de vie, Shakti. Si l'on admet que presque toutes les déesses védiques incarnent les forces vitales perpétuelles, on peut en déduire qu'elles portent presque toutes déjà en elles ce double visage hérité de Shiva, lorsque celle-ci se réincarne en une divinité féminine, qui les rend tantôt destructrices. Dans les premiers temps de la religion indienne, le symbole de la "grande déesse mère" prend une place importante, au même titre que celui de la vache cosmique. Le respect pour les vaches sacrées en Inde pourrait trouver là son origine. |
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LA COSMOLOGIE SELON L'HINDOUISME L'univers et l'homme Dans l'hindouisme, l'univers se compose d'une plaque, la terre, avec en son centre le mont Meru, encerclé de continents et d'océans. Sous la terre se trouvent les mondes du dessous, les enfers, peuplés de démons où les coupables purgent leur peine. En surface, les mondes du dessus, sont la demeure des esprits et des divinités. L'univers entier se trouve à l'intérieur d'une enveloppe, l' "oeuf cosmique". Un nombre incalculable d'oeufs cosmiques errent dans l'espace. Ces conceptions, admises dès l'époque des Upanishad, ont été reprises en grande partie par le bouddhisme. La vie se propage indéfiniment sur terre. Chaque être vivant se compose d'une âme, qui est un pur esprit, Jiva, et d'une enveloppe charnelle. Les âmes existent depuis toujours et se réincarnent selon leur Karma dans un nouveau corps à chaque renaissance. Le débat est loin d'être clos, même au sein de l'hindouisme, en ce qui concerne la nature de l'âme, certaines théories la disant auréolée d'une impalpable enveloppe, invisible à beaucoup pendant le temps de la mutation et même avant, lorsqu'elle se trouve encore dans le corps matériel. La définition hindouiste du rapport entre l'âme et le corps est donc ambiguë : croire en la fusion d'une âme immortelle avec un corps mortel, une matière d'une telle disparité, ne peut que relever de l'ignorance des hommes. La genèse à partir de la matière originelle et les âges cosmiques, KalpaActuellement, la plupart des écoles hindouistes retiennent l'enseignement du sankhya : la genèse à partir d'une matière originelle, Prakriti, envisagée comme une transcendance. La matière originelle se trouverait, toujours à la suite d'une destruction, dans un état latent, à un stade impalpable, dans l'attente de se redéployer. Elle se compose de 3 substances, les Guna : Sattva, la légèreté, la lumière, la joie ; Raja, le mouvement, l'incitation qui réveille la douleur, et Tama, ce qui est lourd, sombre et entrave. Ces 3 Guna sont en équilibre aussi longtemps que dure l'état latent, d'où elles émergent par la volonté divine à l'instant de la création du monde. Tout en étant antagonistes, elles fusionnent. C'est ainsi que se produit une cohésion qui est tout d'abord ténue puis devient de plus en plus forte : après avoir créé la faculté de penser et de discerner l'âme, puis les 5 éléments, l'oeuf cosmique se forme par la combinaison de toutes ces forces. C'est alors que dieu pénètre cet oeuf cosmique et appelle à la vie le dieu Brahmâ qui façonnera le monde selon les lois éternelles du dharma. C'est encore Brahmâ qui réveille de l'état latent les âmes et les aide à se réincarner selon leurs mérites antérieurs. Pour Brahmâ, les périodes actives succèdent aux périodes de transition, tout comme l'état éveillé et l'état de sommeil alternent chez l'homme. Lorsque la journée brahmanique arrive à son terme, la fin du monde se produit et au réveil une nouvelle création du monde se met en place. Chaque âge cosmique, Mahayuga, se compose des 4 stades de la vie, dont la durée et la qualité déclinent. Calculer la durée de chacun de ces stades est une opération compliquée. Alors qu'au premier stade Krita-yuga, l'esprit de justice, de vérité et de vertu domine systématiquement, il décline au fur et à mesure des stades suivants jusqu'à la décadence totale, tant physique que morale, de manière à permettre un retour au premier stade. Notre monde a donc encore une mauvaise et longue période à traverser, au terme de laquelle Vishnu reviendra sous la forme de sa dixième incarnation, Kalki, monté sur un cheval blanc, tel un messie, pour punir les méchants et instaurer une ère de bonheur. Lorsque se sera écoulée la vie de Brahmâ, c'est-à-dire après 100 années brahmaniques, l'oeuf cosmique retournera dans la matière originelle indifférenciée et, après un long temps de transition, en resurgira sous forme d'un nouvel oeuf cosmique. Le principe universel suprême, dharma La loi éternelle qui régit toute chose et tout être est à la fois un ordre universel moral et naturel : pour la plupart des systèmes philosophiques de l'hindouisme, le dharma est le principe suprême et ultime qui gère tout et règne sur tout. Même les dieux lui sont soumis et seraient donc, comme les hommes, mortels et assujettis à une renaissance en fonction de leur karma respectif. Dans une certaine mesure, un tel système, qui se réclame d'un ordre universel dépersonnalisé, peut être considéré en fin de compte comme un mode de pensée athée. Les philosophies du yoga et du vaisheshika-nyaya prônent en revanche l'existence d'un seul dieu, éternel et personnifié, qui se tiendrait aux côtés des âmes éternelles et de la matière éternelle, sans les avoir créées, mais uniquement ordonnées en sa qualité de démiurge. Or, même lui n'est que l'outil du dharma, lequel se situe au-dessus de tout. Toutefois, il existe dans l'hindouisme des systèmes selon lesquels le monde serait une émanation du dieu éternel et le dharma la volonté et la loi de ce dieu unique. La progression des âmes sur les voies du salut La théorie du karma et l'évolution des âmes qui lui est liée forment la base de l'hindouisme, indépendamment de l'idée de dieu. L'objectif de toute vie humaine est de s'assurer, par de bonnes actions, une bonne réincarnation. Du fait que toutes les existences s'achèvent dans une fin du monde, chacune d'elles, y compris celle des dieux, se trouve limitée dans le temps ; le sage qui aura su reconnaître la fragilité et la caducité des biens de ce monde aspirera au salut éternel. Les adeptes de Vishnu et de Shiva proclament que l'homme ne peut accéder au salut par ses propres moyens : pour cela, il lui faut la grâce de dieu qui ne se mérite que par une fervente dévotion, Bhakti, et une résignation fondée sur la confiance, Prapatti. Certaines écoles insistent sur l'indispensable coopération de l'homme dans l'oeuvre de dieu auquel il devrait se cramponner comme un jeune signe à sa mère. C'est pourquoi on les appelle "écoles des singes". D'autres écoles prétendent que l'homme serait mis en sécurité sans intervention divine, à l'image du chat qui saisit son chaton par le cou pour le porter en lieu sûr ; celles-ci sont appelées "écoles des chats" ; elles se reposent entièrement sur la grâce de dieu, sans faire intervenir un quelconque mérité humain. En revanche, d'autres écoles affirment, à l'instar du bouddhisme classique, que l'homme peut obtenir son salut par lui-même. La vraie science et la véritable connaissance du monde leur permettraient de dominer en eux toute passion, ce qui serait bénéfique au karma présent et à celui d'existences antérieures qui devraient encore être expiées et qui seraient ainsi rachetées. Plusieurs écoles ont la conviction que le salut n'est possible que par la mort ; d'autres voient la possibilité d'un salut dès la vis sur terre, par la méditation et l'ascèse. Les réformateurs de l'hindouisme De tous temps, cette religion a compté dans ses rangs des penseurs et des vulgarisateurs de renom, mais ce n'est que vers le début du XIXème siècle qu'ils se sont attachés à éveiller un intérêt particulier pour le mode de pensée indienne, en la comparant au patrimoine intellectuel européen. Un érudit du Bengale, le brahmane Ram Mohan Roy, 1772-1833, fondateur en 1828 d'un mouvement de réforme, le Brâhmo Samâj, jeta les bases d'une première confrontation systématique avec la culture européenne, ce qui lui valut le titre honorifique de "père de l'Inde moderne". Il ambitionnerait une purification de l'hindouisme par une réflexion sur ses éléments fondamentaux et souhaitait un rapprochement de toutes les religions du monde. Ainsi acceptait-il certains aspects du christianisme tout en affirmant que l'hindouisme ne devait pas lui être subordonné. Sur son instigation, de nombreux réformateurs hindous du XIXème siècle se sont fait connaître. Le brahmane Ramakrishna, de son vrai nom Gadahar Chatterjee, 1836-1886, fut le penseur indien le plus connu et le plus efficace du XIXème siècle. Profondément mystique, il préférait à toute culture livresque la recherche de la réalisation personnelle à travers la dévotion et le renoncement, prônant une vie simple et pieuse, le respect envers toute créature et le rapprochement de toutes les religions. Il attira de nombreux disciples grâce auxquels son enseignement put être divulgué. Le plus connu d'entre eux, Vivekânanda, 1863-1902, diffusa largement sa pensée en Europe et aux Etats-Unis, et entreprit une action sociale et philanthropique en Inde. En 1897, il créa un ordre monastique, la mission Ramakrishna, dont le centre est à Belur, près de Calcutta. Mohandas Karamchand Gandhi, 1869-1948, connu sous le nom de Mahatma, "grande âme", était un hindou orthodoxe très marqué par la pensée européenne. Son idéologie de la vérité et de la non violence a sa source dans la Bible. Des hommes comme Ruskin, Thoreau et Tolstoï ont influencé sa pensée et son action. Il fut à la tête du combat pour l'indépendance de l'Inde qu'il mena sous le signe de la non-violence. Il attachait un grand prix à la vérité de toutes les religions dans leur croyance en un seul et même dieu. Il s'est battu pour un ordre social plus juste et pour l'égalité des droits de la femme. Sir Aurobindo Ghosh, 1872-1950, après avoir pris part à la lutte de libération, fut incarcéré en 1907. A la suite de profondes expériences mystiques, il développa la philosophie du yoga intégral. Il créa l'ashram de Pondichéry et publia des oeuvres religieuses et philosophiques sur les interprétations des textes védiques et des Upanishad. Propagées par le disciple Jean Herbert, son oeuvre et sa pensée lui ont valu de nombreux adeptes dans le monde entier. Sarvepalli Râdhâkrishnan, 1888-1975, fut un philosophe dont la pensée est proche de celle de Gandhi. De 1962 à 1967, il fut également chef d'état de l'Inde. Il a beaucoup oeuvré pour un brassage de l'hindouisme avec les idées occidentales et s'est particulièrement investi dans un rapprochement politique et religieux avec l'Europe. |
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