Premier bilan de la marée noire de l'Erika

Premier bilan de la marée noire de l'Erika

Position de Bretagne Vivante-S.E.P.N.B. au 7 janvier 2000

Constats et revendications



Ce texte exprime la position de Bretagne Vivante-SEPNB présentée au Conseil Scientifique Régional de la Protection de la Nature.


Constats

Conséquences directes de la marée noire sur les milieux naturels et les espèces

Les conséquences de la marée noire de l'Erika paraissent à l'heure actuelle pouvoir être qualifiées de catastrophiques pour les populations d'oiseaux marins. Jamais de telles quantités d'oiseaux mazoutés n'avaient été enregistrées sur nos côtes.

En revanche, compte tenu de la nature très compacte du pétrole, les conséquences directes de la pollution sur les milieux naturels littoraux semblent, au dire des experts, moins graves que lors de l'accident de l'Amoco Cadiz, même si l'on sait que certaines espèces rares de plantes ou d'animaux (pouce-pieds par exemple) sont situées dans des secteurs touchés par la pollution ou susceptibles de l'avoir été.

Conséquences indirectes

Dès l'arrivée des premières nappes de pétrole sur le littoral, des opérations de nettoyage de la côte ont été mises en place, au moins dans les zones les plus accessibles. Si l'on peut se féliciter d'une forte participation citoyenne à ces opérations, on peut regretter une certaine précipitation dans la mise en oeuvre des opérations. En effet, dans de nombreux secteurs, on observe d'ores et déjà de graves atteintes aux milieux naturels, en liaison directe avec les travaux de dépollution de la côte : destruction d'espèces et d'habitats (dont certains sont d'intérêt européen) du fait du passage répété des engins ou des travaux de décapage, enlèvement massif de sable sur les plages, destruction de la microfaune et de la flore dans certains cordons de galets ou certaines falaises littéralement raclées ou nettoyées par des jets d'eau puissants... Ces dégats semblent localement très importants. Dans un certain nombre de cas, un état initial préalable aux travaux aurait très certainement permis de les limiter.

L'action sur les oiseaux marins

Rapidement après l'accident, des centres d'accueil et de soins des oiseaux mazoutés ont été mis en place en plusieurs points de la côte bretonne. Le nombre d'oiseaux à traiter est tel que, malgré la forte implication des bénévoles et l'aide non négligeable des pouvoirs publics, il apparaît qu'il est difficile de faire face et que les techniques de démazoutage restent relativement inadaptées en cas de pollution massive par les hydrocarbures. Malgré les moyens mis en oeuvre, tant humains que financiers, seule une faible proportion d'oiseaux pourra être remise dans le milieu naturel, avec une probabilité inconnue de s'y réinsérer effectivement.

L'organisation des mesures

La prise en charge des problèmes liée à la catastrophe pétrolière par les pouvoirs publics est incontestable. Il n'en reste pas moins que le Plan Polmar nous paraît cruellement manquer d'autorité pour imposer, notamment à l'échelon local, des mesures organisées et concertées de dépollution. Par ailleurs le CEDRE se révèle être un outil assez peu opérationnel lorsqu'il s'agit de gérer des situations d'urgence. Son rôle doit être renforcé, notamment en ce qui concerne la définition de plans d'actions destinés à aider les communes pour les éventuels travaux de dépollution (définition des priorités, des moyens et des calendriers d'actions, transmissions des informations). Enfin, il nous paraît invraisemblable que les scientifiques et naturalistes généralistes ne soient pas systématiquement présents dans les cellules de crise, afin que la dimension biologique et écologique des milieux (et pas seulement leur dimension esthétique comme c'est le cas aujourd'hui) soit prise en compte dans la définition des plans d'action.

Revendications de Bretagne Vivante-SEPNB

Sur la base de ces constats, Bretagne Vivante-SEPNB demande que:

  1. soient prises des mesures d'urgence pour mettre un frein aux opérations de nettoyage de la côte, en expliquant que ces opérations, en l'absence de diagnostics écologiques initiaux, constituent un facteur de risque majeur pour le maintien durable des espèces et des habitats littoraux.
  2. soit entreprise rapidement une expertise indépendante sur
  3. soit réalisé un bilan régional des dégâts occasionnés sur les populations d'oiseaux marins (bilan des mortalités) et un bilan des techniques de démazoutage (bilan scientifique et financier)
  4. soient mises en oeuvre toutes les mesures nécessaires pour qu'à l'avenir les opération de dépollution se fassent exclusivement sous l'autorité des Préfets, et que ceux-ci soient éclairés dans leurs décisions par l'avis systématique de naturalistes de terrain et de scientifiques, réunis dans les cellules de crise.
  5. soit renforcé le rôle du CEDRE dans le domaine de la définition de plans d'actions (définition des priorités, des moyens et des calendriers d'actions) et de la transmissions des informations.

Bretagne Vivante-SEPNB, association loi 1901 reconnue d'utilité publique
186, rue Anatole France - BP 32 - 29276 Brest Cedex