Ce texte exprime la position de Bretagne Vivante-SEPNB présentée au Conseil Scientifique Régional de la Protection de la Nature.
Les conséquences de la marée noire de l'Erika paraissent à l'heure actuelle pouvoir être qualifiées de catastrophiques pour les populations d'oiseaux marins. Jamais de telles quantités d'oiseaux mazoutés n'avaient été enregistrées sur nos côtes.
En revanche, compte tenu de la nature très compacte du pétrole, les conséquences directes de la pollution sur les milieux naturels littoraux semblent, au dire des experts, moins graves que lors de l'accident de l'Amoco Cadiz, même si l'on sait que certaines espèces rares de plantes ou d'animaux (pouce-pieds par exemple) sont situées dans des secteurs touchés par la pollution ou susceptibles de l'avoir été.
Dès l'arrivée des premières nappes de pétrole sur le littoral, des opérations de nettoyage de la côte ont été mises en place, au moins dans les zones les plus accessibles. Si l'on peut se féliciter d'une forte participation citoyenne à ces opérations, on peut regretter une certaine précipitation dans la mise en oeuvre des opérations. En effet, dans de nombreux secteurs, on observe d'ores et déjà de graves atteintes aux milieux naturels, en liaison directe avec les travaux de dépollution de la côte : destruction d'espèces et d'habitats (dont certains sont d'intérêt européen) du fait du passage répété des engins ou des travaux de décapage, enlèvement massif de sable sur les plages, destruction de la microfaune et de la flore dans certains cordons de galets ou certaines falaises littéralement raclées ou nettoyées par des jets d'eau puissants... Ces dégats semblent localement très importants. Dans un certain nombre de cas, un état initial préalable aux travaux aurait très certainement permis de les limiter.
Rapidement après l'accident, des centres d'accueil et de soins des oiseaux mazoutés ont été mis en place en plusieurs points de la côte bretonne. Le nombre d'oiseaux à traiter est tel que, malgré la forte implication des bénévoles et l'aide non négligeable des pouvoirs publics, il apparaît qu'il est difficile de faire face et que les techniques de démazoutage restent relativement inadaptées en cas de pollution massive par les hydrocarbures. Malgré les moyens mis en oeuvre, tant humains que financiers, seule une faible proportion d'oiseaux pourra être remise dans le milieu naturel, avec une probabilité inconnue de s'y réinsérer effectivement.
La prise en charge des problèmes liée à la catastrophe pétrolière par les pouvoirs publics est incontestable. Il n'en reste pas moins que le Plan Polmar nous paraît cruellement manquer d'autorité pour imposer, notamment à l'échelon local, des mesures organisées et concertées de dépollution. Par ailleurs le CEDRE se révèle être un outil assez peu opérationnel lorsqu'il s'agit de gérer des situations d'urgence. Son rôle doit être renforcé, notamment en ce qui concerne la définition de plans d'actions destinés à aider les communes pour les éventuels travaux de dépollution (définition des priorités, des moyens et des calendriers d'actions, transmissions des informations). Enfin, il nous paraît invraisemblable que les scientifiques et naturalistes généralistes ne soient pas systématiquement présents dans les cellules de crise, afin que la dimension biologique et écologique des milieux (et pas seulement leur dimension esthétique comme c'est le cas aujourd'hui) soit prise en compte dans la définition des plans d'action.
Sur la base de ces constats, Bretagne Vivante-SEPNB demande que: