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En 1902, dans la ville de Detroit, aux États- Unis, une petite société automobile du nom de Cadillac renaissait des cendres de la Detroit Automobile Company, dont Henry Ford était l'ingénieur en chef. En quelques années, l'exceptionnelle qualité de sa production faisait d'elle l'une des -premières firmes américaines. Alors associée à d'autres grandes entreprises, parmi lesquelles Buick, elle allait être à l'origine du plus grand et du plus prestigieux complexe automobile du monde : General Motors. Toujours fidèles à ses premiers objectifs, elle peut encore se targuer, aujourd'hui, d'être au nombre des plus illustres constructeurs, malgré toutes les tentatives faites pour la supplanter. A l'origine, un titre de noblesse Les authentiques armoiries de la famille Cadillac ainsi que les honneurs rendus à l'officier français, promu, par Louis XIV, chevalier de l'ordre de Saint-Louis, incitèrent la firme à donner ce digne emblème à ses voitures. Bien entendu, à l'époque où il débarqua dans la future ville de Detroit, Antoine de la Mothe Cadillac ne pouvait fonder une fabrique d'automobiles. Son nom fut choisi uniquement pour le prestige qu'il pouvait apporter à la marque par un riche commerçant en bois, William H. Murphy, dont l'aide financière devait, deux siècles plus tard, permettre au jeune Henry Ford de créer une usine d'automobiles. A la suite de divergences d'opinions, Murphy voulut liquider l'entreprise et s'adressa pour une estimation au directeur de la société qui lui avait fourni des moteurs, Henry Martin Leland. Cet homme, passionné par tous les travaux de précision et connu pour sa grande habileté manuelle, avait acquis suffisamment d'expérience dans la fabrique d'armes de Samuel Colt (Connecticut) puis dans la firme Leland. Faulconer and Norton, qui produisait des machines-outils de très haute précision ainsi que des moteurs marins, pour suggérer à Murphy une solution qui allait s'avérer pleine d'avenir : celle de poursuivre la construction automobile en utilisant le moteur horizontal monocylindrique conçu par Alanson P. Brush (alors âgé de 19 ans) dans les usines Leland. Le 22 août 1902, Murphy donna à l'ancienne Detroit Automobile Company le nom de Cadillac Automobile Company, raison sociale qui, lorsque Leland fut nommé président de la firme deux ans plus tard, fut transformée en Cadillac Motor Car Company. La devise, bientôt adoptée par Cadillac, était en fait celle que Leland avait voulu lui imposer : « Notre credo, la perfection ; notre règle, la précision. » Les débuts de la production La première voiture Cadillac, le prototype du modèle A, fut terminée en automne 1902 et présentée au Salon de New York en janvier 1903. Cette voiture monocylindrique, la fameuse "one lunger", était un véhicule assez primitif en comparaison de ceux produits en Europe à la même époque ; cependant, ses caractéristiques de simplicité et de légèreté ainsi que sa garde au sol élevée en firent un véhicule particulièrement bien adapté au mauvais état des routes américaines. Dotée d'une boîte à planétaires à deux vitesses et d'un moteur logé sous le siège avant, dont la puissance fut portée au cours des années de 7 à 10 ch (127 x 127 mm, 1610 cm3), elle fut produite en versions, A. B, C. E, F, K, M, S et T. Le prix de cette voiture, construite à environ 14 600 exemplaires, variait entre 750 et 1 400 dollars. Les premiers modèles standard Le modèle K, un petit runabout à deux places, donna une soudaine notoriété aux noms de Cadillac, de Leland et de Bennett (l'importateur des voitures Cadillac en Angleterre). Après une brillante démonstration sur le circuit de Brooklands, en mars 1908, la preuve fut faite que les éléments des voitures Cadillac étaient tous interchangeables, avantage que peu de constructeurs si ce n'est aucun pouvaient proposer à l'époque, puisque jusqu'alors il était pratiquement impossible de remplacer une pièce usée sans effectuer diverses opérations d'ajustage. A la demande de Frederick Bennett, des représentants du Royal Automobile Club choisirent au hasard trois Cadillac neuves parmi les huit disponibles à ce moment-là à Londres et se rendirent à Brooklands où, après avoir testé leurs performances, on les démonta entièrement. Les divers éléments furent mêlés ensemble avec de nouvelles pièces détachées. De cet amas, deux mécaniciens de Bennett réussirent à reconstituer trois voitures complètes sous l'oeil vigilant des fonctionnaires du R-A-C, qui purent ainsi confirmer qu'aucun ajustage n'avait été nécessaire pour effectuer l'assemblage. Les premières preuves de standardisation étaient faites. Après reconstitution, les trois Cadillac réalisèrent un parcours de 500 miles à une moyenne de 54.400 km/h, sans subir de panne. De plus, deux mois plus tard, l'une d'elles participant aux Deux Mille Miles du Reliability Trial, remporta la victoire dans sa catégorie. Après une telle démonstration, la décision du R.A.C. d'attribuer cette année-là le célèbre trophée Dewar à la L'Automobile- Club expliqua sa décision en soulignant l'énorme progrès réalisé par la société en matière de construction et l'effort particulier fourni en faveur de la sécurité et de la tenue de route des véhicules. General Motors cherche des capitaux La renommée toujours croissante de Cadillac ainsi que son excellente situation financière retinrent l'attention du groupe General Motors, en but à de graves problèmes économiques à la suite de mévente. En effet, dans l'euphorie des premiers succès de la société Buick, le financier William Crapo Durant avait contracté auprès des banques un prêt de 12 millions de dollars et, pour faire face aux engagements pris, partit en quête d'une entreprise en pleine expansion. saine du point de vue financier, de façon à rétablir au plus vite la situation de General Motors. La firme Cadillac répondant pleinement à ces conditions, des pourparlers s'engagèrent et, la même année ( le 29 juillet 1909), la marque Cadillac fut achetée par le groupe pour la somme de 4,5 millions de dollars. Durant chercha alors à obtenir de nouveaux capitaux auprès de ses banquiers, en présentant la nouvelle société du groupe comme garantie. L'affaire était délicate, car les banques n'étaient plus disposées à accorder de nouveaux crédits à General Motors, mais elles se déclarèrent prêtes cependant à aider Cadillac en tant qu'entreprise indépendante. Malgré cela, Leland père et fils parvinrent à manoeuvrer de façon très habile : ils s'engagèrent à remettre en activité toutes les firmes du groupe (Buick, Oldsmobile et Oakland) en échange d'un prêt de 17,5 millions de dollars. Sur cette promesse, les Leland obtinrent gain de cause. Ils tinrent d'ailleurs parole : après avoir réorganisé, en collaboration avec leur père Henry Leland, les diverses branches du groupe suivant des méthodes déjà éprouvées par la firme Cadillac, ils parvinrent à résorber toutes les dettes en l'espace de cinq ans. En dépit de son appartenance au groupe, la maison de Detroit tint à garder une grande indépendance et put ainsi - en dépit des visées purement commerciales de Durant - rester fidèles à sa devise : « Produire les voitures de qualité les plus avantageuses du monde. » En 1905, 156 voitures Cadillac du modèle D de 5 litres à quatre cylindres furent fabriquées ; la production totale de Cadillac à quatre cylindres atteignit environ 73 000 exemplaires entre 1905 et 1914. L'année suivante, Cadillac sortit le modèle L, une confortable limousine vendue au prix de 5 000 dollars, qui méritait d'être classée parmi les voitures de grand luxe. Une version plus petite et plus économique, le modèle G, fut produite en 1907 et 1908. Au cours de l'année 1910, Cadillac fit sensation en présentant des modèles équipés d'un allumage. d'un démarreur et d'un éclairage électriques. Cet équipement fut monté en série dès 1912. Bien qu'elle ne fût pas la toute première firme automobile au monde à adopter un tel système né d'une étroite collaboration avec la firme Delco (Dayton Engineering Laboratories Company) de Charles Kettering. Cadillac fut le premier à adopter ce système aux États-Unis et apparut, une fois de plus, comme l'auteur du plus grand progrès réalisé dans l'année dans le domaine automobile et - fait unique dans l'attribution de ce prix - reçut une nouvelle fois le trophée Delwar. |