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| Vous traverserez onze pays, vous resterez quinze jours au volant pour parcourir 16 000 km, vous connaîtrez la soif, le froid, la neige et le sable. Plus endurant que le chameau, plus rapide que le kangourou, vous irez porter la performance là où la civilisation n'a pas encore installé le téléphone. C'était le message, la mission proposée aux concurrents de cette course extraordinaire... |
| DEPUIS le très célèbre et très lointain Paris-Pékin (en 1907), aucun organisateur ne s'était senti assez audacieux pour bâtir une épreuve dans laquelle les notions de performance et de raid seraient associées. En raison du coût d'une telle compétition, des innombrables tracasseries administratives et politiques et puis, surtout, des autres formules sportives si captivantes, si logiques, si conformes à notre siècle, | |
| il semblait
impossible d'imaginer une épreuve dans laquelle le folklore, l'aventure, l'improvisation
seraient les caractéristiques essentielles. La voiture se trouvait donc reléguée au
rang d'engin bien élevé, définitivement raisonnable, capable de se passer de ce
sensationnel, de ce goût de l'exploit, qui guidèrent si brillamment ses premiers pas, Que Tabarly et Chichester restent sur leur bateau ! Les autoroutes du XXe siècle et la transmission automatique n'ont que faire de gens capables de chercher leur route à la boussole ou de changer un train avant complet en plein désert. |
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Moskvitch 408
Le nombre des pilotes ne devait pas dépasser plus de quatre par voiture. Pour élever au maximum l'intérêt d'une victoire, le premier équipage recevrait 10000 livres. Enfin un autre prix récompenserait les trois voitures (de la même marque) les mieux placées au classement général. Tout cela était si simple que les demandes d'engagement affluèrent en grand nombre. Les champions bien sûr et... les autres, tout ce petit monde constituant une palette assez extraordinaire, colorée, allant du commandant de char sovlétique au lieutenant de la R-A-F en passant par un directeur de... journal. L'état d'esprit de cette cohorte aventureuse se partageait entre celui de James Bond, voire Marco Polo, quand ce n'était Alain Bombard. Certains s'entrainaient, en effet, dans des camps spécialisés, aux opérations de survie, d'autres familiarisaient leur estomac avec des rations de... cosmonautes ; on allait même jusqu'à répéter le démontage d'une voiture dans une piscine ne contenant que 40 centimètres d'eau, afin d'imaginer ce qui pouvait se passer en cas de panne dans le lit d'un torrent.
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| Les équipes
d'usine, elles, ne s'adonnèrent pas à cette préparation singulière, pensant que si
aventure il y avait, celle-ci se situerait au niveau des voitures et du parcours. La
meilleure chance consistait en ce cas à bien préparer la mécanique et à ne pas
trébucher sur les embûches du parcours, donc à bien reconnaître. Dans la plupart des cas, on ne voulut pas profiter de la liberté d'augmenter à volonté la puissance des moteurs. Certes, il fallait aller très vite, mais il fallait surtout tenir pendant 16 000 kilomètres. L'essentiel de la préparation, des modifications était donc rassemblé autour des boucliers de protection des carters-moteurs contre les projections de pierres, et du renforcement des suspensions qui auraient à affronter ornières, trous, saignées, fondrières pour lesquels une voiture moderne n'est pas conçue. La préparation fut un des grands moments de l'épreuve. Elle fit partout l'objet d'une attention particulière et de soins méticuleux, voire d'une imagination sans précédent, La bête sauvage ou l'animal égaré hantaient les concurrents. Chez Porsche, notamment, on devait entourer la voiture d'une véritable carapace de tubes et de filins métalliques. De la même façon, on installait des réservoirs supplémentaires et des sorties d'échappement permettant de traverser sans crainte les gués les plus profonds. Les voitures transportant parfois jusqu'à 200 kilogrammes de pièces détachées et d'outillage, tout invitait à se rapprocher au maximum, pour les amortisseurs et les ressorts, de la santé et de la robustesse des engins tout terrain. D'aucuns prirent encore des précautions spéciales pour les sorties d'échappement afin de ne pas les noyer en traversant le lit des torrents et tous rivalisèrent d'astuces pour solutionner le problème posé au filtre à air devant les risques d'indigestion que ceux-ci devaient courir face à une poussière qui pouvait venir à bout de la carburation la plus tenace. Enfin, le kangourou, plus redouté parce que plus visible que le monstre du loch Ness, faisait pousser sur toutes les calandres une forêt de barres ou de tubes de protection, s'étendant jusqu'à des filets sur le pare-brise. Malheur, donc, aux marsupiaux provocateurs, il y avait du safari dans l'air... |
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| La nécessité d'une reconnaissance approfondie fut plus contestée. Les conditions climatiques variant radicalement, certains estimaient que ce qui était filet d'eau hier, pouvait devenir torrent demain ou gorge hérissée de pierres grosses comme un mouton le vendredi. La controverse n'interdit toutefois pas de se mettre d'accord sur au moins quelques points touchant les grandes lignes de l'épreuve. De Londres à l'entrée en Turquie,
c'est-à-dire à lstanbul, une seule surprise pouvait modifier la face de la course : la
neige ou le verglas. D'Istanbul, on devait rejoindre la capitale de l'Afghanistan, Kaboul,
en traversant l'Iran. Ici, il fallait avaler un cocktail de routes extrêmement rapides
sur lesquelles les voitures les plus puissantes pouvaient prendre une avance
considérable. Mais dans ce cas, on pouvait courir un risque redoutable, celui de
rencontrer, au dernier instant une caravane de chameaux, une procession d'ânes ou... un
troupeau de moutons sans berger.
Le risque était d'autant plus réel que tous ces animaux sont d'une couleur, d'un camouflage pourrait-on dire, qui les fait se fondre littéralement avec le sable ou la terre des bas-côtés, les dissimulant ainsi au pinceau des phares les plus puissants. Passé Téhéran, le concurrent avait le choix entre deux routes, celle du nord, à travers la montagne, ou celle du sud parcourant le désert. Les gens avertis passeraient par le Nord, une route sur laquelle la tôle ondulée constitue la difficulté no 1. En Afghanistan, l'état des routes s'améliore et permet de combler assez facilement une partie du retard pris sur les routes iraniennes (un grand nombre regrettait d'ailleurs qu'un contrôle ne soit pas installé à la frontière, pour accélérer les pénalisations). Quittant Kaboul, il restait à franchir le col de Lataban pour rejoindre le Pakistan. Ceci sur des pistes où un âne, si montagnard soit-il, regarde deux fois où il pose les pattes, tant les cailloux sont nombreux et roulants. Sur ce tracé lunaire, les torrents à traverser ne se comptent pas, tout comme les fondrières qui, en certains endroits, feraient hésiter une jeep très bien construite. Du Pakistan à Bombay, les routes sont revêtues d'un macadam centenaire.
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