* La rencontre de la rue. L'inconnue surgit comme une grande blessure. Elle efface de l'homme la nonchalante usure, Qui continue sa route, distant et imperturbable. Semblable à un chêne, grand et vénérable, A ses pieds des êtres éplorés, en extase, s'agitent. Ses branches sont le toit de leur nouveau gîte. Il a senti monter puis descendre la sève pulsante Dans son corps droit, plein de majesté, puissante ; Ce que la terre avait de plus précieux, Voulait s'approcher un peu plus des cieux. De la terre prodigue au ciel c'est un don. Puis tout retombe et reprend son nom. Sur des dalles de nuages le passant ténébreux Marchait grandissant vers des arches de rêves, Nouveau Moise guidant le peuple des Hébreux, Nouvel arbre dans lequel coulaient plusieurs sèves. Enrobée d'une atmosphère d'incertitude, Elle avait peur du nouveau et moi de l'habitude, Nos pensées se sont croisées, et non nos corps. Puis elle disparut, laissant la place au remords. * Sentiments partagés, mon coeur contre ton coeur, Le but je le vis, ma tête sur ton épaule, Ciel constellé et froid comme un pôle, Un pays où se mêlent harmonie et lenteur. Il avait pu voir par-delà les miroirs, Et entendre par-delà les méandres. Il est comme vous et moi, c'est à s'y méprendre Il lui montre son amour, elle ne veut le voir. L'alcool comme un sabre traversera ma gorge. Purifie-moi dans les eaux troubles du Gange Imprègne-moi de la grandeur d'une cathédrale Où mes chants les plus beaux seront de vieux râles. Samouraï au combat, en amour sigisbée, Je franchirais tout les torii, tous les portails Pour t'apporter le feu qui brûle en mon poitrail. Tu es le seul joyau qui me laisse bouche bée. * La femme était comme un calice Où l'on buvait la croyance de l'amour Mais le temps fait que les choses glissent Vers un lieu effrayant où l'on reste toujours. La femme était comme un parfum Inconnu des mortels et pourtant familier Qui s'étend dans l'air comme un drap sans fin Rappelant l'océan et des fleurs par milliers. La femme était comme une fleur fanée. Epanoui dans un coeur qui n'a plus de sève; Car Adam fut flamboyant et proche fut Eve, Je rêve de me souvenir du désir suranné. * Heureux de ses mérites passés Ses fautes lui paraissaient comme fades. Il regardait la femme, lassé De ses cheveux d'encre et de ses yeux de jade. * Après la création du monde, Commencé avec sa naissance, Il sentit la fuite immonde Du temps de l'existence. Quand il voyait sa promise, L'amour rayonnait en lui, Un soleil brillait dans sa nuit; Sur sa tête il l'avait mise, Qu'elle soit près des cieux, Dans ce temps immobile Pour qu'elle se sente mieux, Qu'elle soit avec l'amour habile, Pour rendre au puissant Le calme de la prairie, La sensibilité de l'enfant, Du ciel la réelle féerie ; Sur un rythme estival Ses larmes coulaient à flot, Dans l'ombre qui tout avale, Car il avait peur d'être un sot. * Ton pandémonium est mon paradis. Ton coeur, un jardin; le mien, un taudis. Dis, m'aimes-tu de tourments? La vérité sort-elle de la bouche qui ment? Le sentiment grandit-il avec la douleur? La force t'inspire t'elle la douceur? Ou la peur? Quel est ton mystère? Le temps est un étau qui se resserre, Que faut-il faire pour y réchapper? Une distance peut-elle nous séparer? Sommes nous les mêmes la nuit et le jour? Peut-on mêler l'amitié à l'amour? As-tu vu dans mes yeux verts Les confins de l'univers? Ais-je vu dans tes yeux noirs La profondeur pénétrante du soir? Me ligoteras-tu, ma beauté Avec les liens de la liberté? J'ai vu le temps. Il est éternité! J'ai vu l'espace. Il est le rêve! J'ai vu l'amour, Océan de lumière, Reflet de la lune, Fille vermeille! * Allongement royal devant le dieu soleil, Des arbres en fleur coulaient une sève vermeille, Du miel la brise portait l'odeur sucrée, Sentiment d'extase en tout ce que dieu crée, Déploiement mystérieux des nuages dans le ciel, Harmonie de l'homme et de l'astre qui s'éveille. S'élever vers les cieux et tomber dans le gouffre, Transition vicieuse de la vie qui s'étouffe; Voir les pétales de la vie s'égrener S'aveulir, s'effriter, voir des yeux se faner Mais espérer. L'aveugle dans son errance Cherche avec une souffrance une lueur d'espérance. * Quand j'appréhende une femme J'oublie que si dans ce bas monde La parole et la beauté n'existaient pas Je serais un sultan qui aurait pour seuls joyaux Les diamants éternels brillant dans son harem. Celle-ci à les yeux verts et les cheveux châtains, Celle-là est petite avec des cheveux bruns Elle a les yeux marrons et la peau hâlée, Ou bien est grande avec des courbures fantastiques. Toutes ont un coeur à conquérir. Pour celui qui connaît les voies infranchissables, Et considère la femme avec banalité, Celui-là est déjà avec elle alité. Seul le poète maudit, infatigable branleur, Qui entend au-delà de ce qu'il faut entendre Et sait au-delà de qu'il faut savoir N'y voit pas mieux en la femme qu'en la brume noire. * Amour macabre. Comme une forme présente mais invisible Qui hante de nos esprits le fond, Les restes d'un amour profond Se contorsionne et resurgit, terrible. Errant comme une âme damnée Ce triste amour jamais achevé Cherche à la surface son salut. Imaginez combien de mal il fallut Pour que tout ça n'aille pas sous terre! Perdues dans le temps comme le poète dans la foule, Des partitions de vie lentement se déroulent. Tout cela virevolte dans le souffle de Dieu, Maître d'orchestre d'une symphonie macabre, Car bientôt votre coeur ne sera plus cinabre, Et l'essence de vie sera partie de vos yeux. Le bonheur, le malheur, cela ne signifie rien; Moi j'avance vers la fin, impassible, serein, Le hasard fait pour moi ce que l'effort ne peut plus. La mémoire de mon passé est superflue, Car je suis mes actes qui sont évidence. Sous le plancher Satan met en cadence Nos pieds douloureux et nos mornes esprits, Et rythme les mots au sein des tristes écrits. * Le mot I. j'espérais l'arrivée d'une lettre, Qui peut-être plus jamais n'arriverais. Il est loin le temps des espérances. Il est des hommes comme moi Qui ne jurent que par un livre Et qui ne veulent entendre qu'un mot. Quand le livre s'efface, Et que le mot jamais n'arrive, Il faut quitter le port, changer de rive Et bien souvent la mer est tumultueuse. Ecoutez le clapotis des secondes tueuses! Il est bien mauvais de changer de vie, Et maintenant je suis changé à jamais. Peut-être un jour vous reverrais-je, Peut-être sous une autre forme perdue Et peut être entendrais-je Le mot jamais entendu! Le jour viendra, choisi par le hasard, Un hasard que j'avais voulu forcer; Je vous promet, je ne serais plus bizarre, Je vous promet. Et ce mot, quel est-il? C'est le mot de ma vie de souffrance, C'est le seul mot que j'inspire. C'est le mot inconnu de mon enfance, Le mot est un soupir. Le mot est une loi de l'univers, Le mot est un dieu. Si ce mot était vert, Il se lirait dans mes yeux. Il rend la femme plus belle Et le vieillard moins vieux. Si ce mot avait des ailes, Il irait vers les cieux. Mais quel est-il? De ce mot tout est source. C'est un soleil qui éclabousse Nôtre peuple d'ombres fébriles. Allez! Ce mot est sur ta bouche, femme! Sans que tu l'ai dit... Ce mot m'a fait perdre mon âme Et je ne te maudit Car te maudire serait maudire l'amour Et remplir de nuits le reste de mes jours... Le mot II. Le mot, seul, sera porteur d'espérance. Pour enjamber le gouffre béant et immense Le grand opprimé de l'incertitude, meurtrit par l'usure universelle Dans un élan inespéré se voit pousser des ailes. Est sortie d'un homme qui souffre et pense Toutes les humaines souffrances, Une libération; clé qui ouvrira le mystérieux coffre Pour que s'en libère l'oiseau d'amour qui t'offre Des battements d'ailes, des battements de coeur. Sans fioritures il déploie son immaculée couleur, Messager de dieu, il écarte toute idée de vice, Il réconforte le condamné face au supplice, Et quand vient le moment où sur sa tête tombe le sabre, Il s'envole, forme du sentiment cinabre, Il va toujours de l'avant, Simple comme le vent, Les alizés sortent de ses ailes, Il est aspiré par le ciel, Mais jamais n'atteint les étoiles. Il se repose sur l'arbre, son piédestal, Pauvre oiseau enraciné, Que le silence a assassiné. Existe t-il un mot plus libérateur, plus léger, plus insouciant, que l'oiseau? Mes pensées se déploient vers un horizon lointain et nouveau. Les yeux que j'ai rêvés ont vu de près les cieux, Purs et pensifs comme ceux de l'oiseau mystérieux. C'est ainsi que jamais l'oiseau ne vient picorer près du sinistre poète, Pour qui rien n'est jamais assez infini. S'il avait des ailes, qu'en ferait-il? Il planerait vers un lampadaire, et se percherait, immobile, En attendant ce qui pourrait combler la cause de son tourment. Le soleil levant, tous les feux du firmament, Les horizons inaccessibles, les latitudes ignorées, Les nuages multiformes aux reflets dorés, Les concerts de la nature luxuriante Ne remplaceront les traits de sa femme riante. * Cet homme tient sur son bras un oiseau aux puissantes serres Au regard perçant et au bec crochu. Son plumage le fait se fondre dans l'air. Quand il plonge vers la terre il semble un ange déchu. Qu'est-ce qui retient l'oiseau de s'envoler? Qu'est-ce qui le fait s'asservir à l'homme? L'homme qui fait autant de misères qu'il en porte Frustré de ne pouvoir s'affranchir de tout poids Attrape la liberté et la met sur son bras. * Les corps se reposent. Les corps morts Dans mon âme s'entreposent Toujours et encor Dans un vieux jardin Epars comme des brindilles Qui ne sentent plus Que le soleil brille Les corps sont là Couverts de verglas Un reflet des cieux Des myriades bleues. Un sol gris Couvert de verglas Comme un oeil vitreux Miroir de mon âme Reflet de mes yeux Mémoire de la femme Le froid attaque, Le bois mort craque, Les branches se cassent, Les hommes trépassent. Dans un cimetière Un coeur luisant Gisait par terre. Une ombre d'enfant Prit l'abandonné Fragile et fêlé D'émail et de verre Avec ses deux mains. Il était là, fondant, Entre ses doigts blancs Son vide s'échappa Il fondit en sang, Son sang coule à flots Comme un long sanglot Puis sonna le glas. L'enfant est le passé Le passé est néant Mon coeur est le présent Le futur est absent. Au bout de son bras Au creux de sa main Une coupole de sang. Dans le vieux jardin, Mon corps présent Ne sentait plus rien. Gravé sous son sein, Vibrait une parole, Et ce son divin Est sa seule obole. * L'homme, quel qu'il soit, riche ou pauvre, Elle l'enchante par ses chants mélodieux Elle l'hypnotise par ses yeux radieux Car la femme est de Dieu l'oeuvre. * Il ne suffit pas d'avoir des yeux pour regarder. Il y a des yeux qui vous rentrent dans l'âme, Et ces yeux ce sont ceux d'une femme. Il y a des yeux pleins de paroles, de silences, De couleurs qui reflètent un univers enfermé; Il y en a pleins d'amour, vivants comme l'enfance, D'autres pleins de haine d'une personne renfermée. * La place du grand. Tu iras dans le sanctuaire, Tu gagneras tes batailles, Ta poésie sera ton suaire Si ton âme est de taille! Tu iras dans le sanctuaire Où les trophées des grands rois T'attendent, car ils désespèrent D'être plus près de toi! Tu gagneras tes batailles, Car tu possèdes l'amour Qui sort de tes entrailles Noble fils du jour! Tous les trophées vermeils Silencieux et puissants Seront à toi, car dans ton sang Palpite un soleil. Sans tes armes, sans te taire, Par la puissance de l'amour Dans l'immense et froid sanctuaire Ta pensée vivra toujours! * A l'inconnue. Je voudrais sentir ton souffle sur mes joues Je veux subir ton amour le plus fou Entière, chérir ta chaleur dans mes bras, De beauté, de bonheur enivre moi. Parle-moi de tes sentiments, de ta vie Fais moi humer l'odeur de tes cheveux; Mon coeur, lieu noble où tu t'es épanouie Rêve chaque jour à la splendeur de tes yeux. Avec toi j'aimerais vivre pour toujours La jouissance de tes charmes magnifiques Dans la profondeur du plus grand amour Pour les grâces de ton corps extatique. * C'est important pour un homme D'avoir des rêves Comme un pommier a des pommes Et de la sève. Durant un cours de français,1999. * Petite étoile, tu frisonnes. Un voile noir te cache et t'emprisonne. Regarde en moi ton vrai soleil, Il est ta clef, ta lumière, tes ailes! 25 décembre 1998 * La triste réalité me fait languir, Je suis blessé mais je reste muet. Si l'on me demande d'écrire Je dévoile tous mes secrets. * Le spectre vient faucher toutes les fleurs du soleil. C'est, hélas ! A tous le sort irrémédiable. Certains rejoindront dieu, d'autres le diable, Après que se soit épanchée leur sève vermeille. * La mer lapis lazuli, le ciel turquoise, Le soleil s'éteignant dans un rayon pourpré, Une campagne regorgeant de blonds blés, de verts prés, Et des fermes aux toits nitescents en ardoise. * D'une étoile la puissance Je pourrais m'insuffler, Mais de ta présence Je ne peux que rêver. * Comme une statue de Michel-Ange Tu m'as abattu par ta froideur. La chaleur de tes grâces intérieures Dégèle ma face et confine mon erreur De n'avoir vu en toi la mine d'un ange. * Chercher ce qu'il y a de grand en chaque chose Pour que notre esprit, comme une fleur toujours éclose Distille un doux parfum de sens et d'harmonie, Sur ceux qui, dans ce monde, sont dans la calomnie. Chercher le sens du beau, du puissant, de l'humain, Chercher en ce que l'homme a bâtit de ses mains Pour retrouver de la nature une conception Dont elle seule détient la plus simple perfection. * Sans raisons, la belle souriait. Lui était triste, elle le riait. Au fond du paysage sombre et froid, Un rayon céleste vint chauffer sa tête. Le physique mit nos âmes en fête, Du jour la reine, de la nuit le roi, Le couple antithétique voguait spirituellement Dans les lieux sans nom qu'ils rêvaient tellement. Eté 1998 * Le grand retour. Un beau jour Sous les cieux lumineux et sereins Les marins Reviendront pour fêter leur retour. Voyageurs Ayant chaque instant frôlé la mort, Vos efforts Ont du éviter bien des malheurs. Que d'histoires Mirifiques vous nous raconterez Un soir noir Près du feu rouge de la cheminée. Moi, comme eux J'aurais vu, compris, vécut, senti, Envieux De conter un instant de ma vie. Les bagages remplis de choses inutiles L'air vaincu, je reviendrais acclamé Après un périple long et puéril Dans un monde où l'humain est condamné. * Les sensibilités d'un citadin souffrant. Homme d'un autre temps dans un siècle inadéquat, Souffrant toute la lourdeur du pré-pensé, Cherchant chez la rose un autre incarnat: Vrai tu es; mais épargne à l'insensé La voie de l'abstraction; si elle a lieu, Si le tout est! Toi sois l'unique, et pense A l'instar de ceux que tu n'es pas; tes yeux Unifient en une force l'intelligence éparse Emanée des générations de tes semblables. Tu n'appartiens à personne, tu es farouche, Tu formes ton esprit de substrats incroyables, Tu t'éprends de tout ce qui te touche, Tu balbuties, ta langue fourche, de ta bouche, Sortent des mots de ton langage, calculés, Ta sensibilité volage et énorme t'a acculé A la poésie. Eh bien! Souris, et fauche Avec la lame de ton esprit le blé d'inspiration! Fauche encore l'amour, mais cueille Le soleil de ta vie, ta libération; Elle est ton fruit, sois sa feuille. 1999 * Un matin. Tout se déroule sans fin. D'un rêve nébuleux tu sors, un matin, Même gestes, paroles, habitudes, Querelles éreintantes et rudes, Tu perds ta vigilance. Ton esprit, hôte du silence, Se meut avec lourdeur Sous ce front sans candeur. Le crépuscule passé, l'aube arrive ! Il est temps, ami, de changer de rive. Après le torrent une rivière coule, Vers le bec d'oiseaux qui roucoulent. Le temps s'égrène, qu'importe ! Le sol se dérobe, qu'importe ! Crucifie le beau, éprends-toi du vrai ; Chaque créature porte de l'univers l'attrait. Crois la nature, bois l'élément, Sois le poète ! Car le poète ment. * Un homme qui pleure Surtout l'automne Un homme qui pleure C'est monotone Un homme qui pleure C'est triste à voir Un homme qui pleure C'est dur à croire Un homme qui pleure Cela fait rire Un homme qui pleure Ça peut être pire Un homme qui pleure Les neiges d'antan Un homme qui pleure Cela s'entend Un homme qui pleure L'impossible amour Un homme qui pleure Qui pleure toujours Un homme qui pleure Pour une sylphide Un homme qui pleure Des larmes acides Un homme qui pleure Un soir d'hiver Un homme qui pleure Un souvenir vert Un homme qui pleure Comme un homme ivre Un homme qui pleure C'est dur à vivre Dans l'oeil éclatant De l'homme qui pleure Voit à chaque instant Une femme qui pleure. * Son corps Est une amphore De cristal. Dans ses yeux Se mêle l'or avec le fer. Ils semblent renfermer un univers Sombre, pourtant doux et voluptueux Où je bois un océan de lave et de métal. Ses cheveux regorgent de parfums qui m'inondent Ils sont de soie d'encre aux reflets dorés Et dégagent l'harmonie profonde D'une mer dans un flacon débouché. Sa peau est un fruit pulpeux Exotique et savoureux Où des perles de sueur Glissent comme de la fleur Coule le nectar Bleu Thénard. * Solitude. Parmi les chardons verts et violets des sables Se dressait, ombrelle végétale, le pin, Qui abritait sous son aile vénérable, L'âme du poète, la fougue du lapin. Ma pensée mêlée aux clartés vespérales, Mon coeur souffrant toute l'ivresse de l'amour, Toujours, j'attends la belle qui à la fin du jour Entend s'élancer vers les cieux mon vieux râle. Jeune, inondé par la chaleur du couchant, J'espérais, attentif, sous les vertes branches, Rêvant la danse de féminines hanches, Rêvant d'une inconnue l'adorable chant. J'ai pour me consoler, seul, le bruit des grillons, Les mouvantes épines des résineux odorants, L'océan d'électrum, l'horizon vermillon, Et les cirrus dorés finement brodés en rangs. * A la montagne. Le soleil dans le dos, assis sur un rocher, Mon ombre se projetait, grandie, à l'horizon, Comme un géant lointain qui scandait mon nom Quand l'angélus s'envolait du pierreux clocher. Telles des mains à travers un suaire qu'elles déchirent, Les montagnes transperçaient un poisseux brouillard, Des bruits s'échappaient des antres qui respirent, Des animaux semblaient vous poursuivrent dans le noir! Ce désolant cadre couleur anthracite Etait par un miroir frémissant enchâssé, Emoussé, frissonnant, je restais tacite, Observé par le reflet d'un oeil révulsé. Puis, lassé, je quittais mon trône d'infortune Pour m'investir de nouveaux espaces agrestes, Mais la montagne me plongeait dans l'ombre importune En déviant le lumineux faisceau céleste. Le rayon sortait de l'apex granitique Et survolait la ténébreuse vallée. C'est le phare qui effare les âmes extatiques! C'est, hors de l'arène, un lion d'azur ailé. Dans le bleu des cieux un panache gris s'agite Les nues s'emplissent de volutes volcaniques Les feuilles et mon corps tremblent, pris de panique, Cherchant sous chaque arbre la chaleur d'un gîte. Bel et bien seul dans cet hostile monde je suis. Semant l'amour et récoltant ma souffrance Le hasard me fait aimer sans espérance Car quand j'aime ma pensée et ma parole s'enfuient. * C'était en ce monde le dernier refrain. Bruits de chaos et d'apocalypse, De mondes engloutis et d'éternelles éclipses, Tout ce qu'avait bâtit de ses mains L'homme guidé par sa fatale folie Périrait dans une infernale furie Orchestrée par les éléments dévastateurs. Plus de libérateurs, plus de dictateurs, Plus que des hommes du commun et égaux Face au chambardement inéluctable, Alors qu'un homme trouvait délectable De voir s'abîmer ses alter ego. L'apothéose de sa vie survint à présent, De la vie il recevait la mort comme présent. Stoïque, la peur courait autour de lui; Sombre, par sa sagesse manichéenne qui lui, Il pouvait manipuler les choses et les êtres, Comme un dieu de l'univers, un maître De l'espace, du temps et des pensées; Le premier et dernier homme ayant su percer Les mystères qui embaument l'existence. Si seulement chaque jour avait la même sentence! * Introspection. Vous avez tout dit: je suis foncièrement nul. Avec ma propre estime je fais des émules. Je passe tout au crible, je cherche l'explication Soumettre à chaque chose la rationalisation. Pourquoi? Je ne sais pas. C'est bien dans mes gènes D'occuper tout mon temps à faire de la gêne Avec mes réflexions déjà toutes pré-pensées Et ma philosophie en tout temps insensée. Je ne vais pas vous parler de douleur ou d'amour Même si c'est sur ce que j'excelle depuis toujours; Il ne serait pas bienséant de le faire: La douleur ennuie, l'amour pourrait vous plaire! Il me faut donc contourner ces épicentres. Moi si crispé, je faisais la danse du ventre, Silencieux, je devins loquace et même verbeux, Je pensais souvent à mon antre ténébreux Quand j'étais las du soleil et du ciel trop bleu. Pourtant le monde s'est soudain ouvert à mes yeux. D'habitude, j'étais moins acteur que spectateur, Je fermais alors ma bouche de dégustateur Je contemplais un sol fort peu révélateur; Je n'écoutais que ma voix à la pléthore Et j'aspirais à être un redresseur de torts. Je subissais les réactions d'un détracteur Qui n'avait pour tout autre nom que le monde. Même quelque anagogie gît en l'immonde, Tout gouffre est un mont et tout mont est un sommet, Aux lois incommodes de la vie je m'insoumet. Selon l'évolution je suis enclume, marteau Je suis le bon coté, je retourne mon manteau Je suis un milieu qui se joue des extrêmes Et je serais, qu'on me haïsse ou qu'on m'aime Toujours le même, un étranger, un inconnu, Un passant fugitif, un poète méconnu, Une âme ignorée, un être caché dans l'ombre, Une pensée qui lui au coeur de ce qui est sombre, Un reflet du soleil sur une mer livide, Un grain de matière dans l'océan du vide, Une vie sur une corde au-dessus d'un abîme, Un diamant que la meule du temps abime, La statue d'un dieu sous un tas de décombres, Un rêveur pur que les cauchemars encombrent. Fin été 1998, réponse à deux demoiselles. * Vision. Par son immensité La mer rappelle Un refrain d'éternité Qui donne des ailes. Un homme sombre Une nette silhouette Jaillit telle une ombre Dont on ne voit la tête Dans le bleu nageant; Celui du ciel, de l'eau Entre deux firmaments Se défiant du beau. L'être est indifférent Au monde qui l'entoure, Est tel un puissant Que contient une tour; Il se sent trop mortel Et attend l'heure solennelle Où l'événement immortel Rendra sa vie pure et belle Pour un instant. Là, des dauphins de l'horizon Surgissent comme des diamants De lieux sans nom ni fonds Dans un milieu de temps universels Avancent lentement vers l'étranger Dans le reflet du soleil oranger Sur leurs corps étoilés les flots ruissellent. Le roi des poissons, le seigneur des mers D'un bond majestueux s'élance dans les airs Son corps en arc électrique touche Le doigt de l'homme que plus rien n'effarouche. Vision céleste qui émerveille! Un croissant de lune sur un pic humain C'est l'emblème qui libère l'éclair vermeil Illuminant mes yeux qui en sont teints! Le premier. * La plus grande richesse Et parfait trésor Caché tranquillement dort En la sagesse. L'animal, petit par sa taille, grand par son âge, Dans ses yeux aux mille facettes, reflets vert chromé Frais comme il y a cinquante millions d'années Renferment le temps et nos pensées les plus sages. L'insecte a le privilège de l'éternité. L'homme reste perplexe devant cette réalité. Mais le prix à payer est de rester figé Dans la résine fossile, liquide glacé. Sur le monde vivant la bête morte règne encore, Rayonne, étoile sclérosée, dans un coffre fort Aux parois de pierre, de végétal, d'ambre A la chaleur de l'or, la froideur du marbre. La vérité de l'histoire Est qu'un minuscule atome peut être un phare Par la grandeur que notre pensée lui donne. L'univers impensé ne vaut rien pour personne. * La vague s'effondre. C'est l'harmonie profonde D'un déchirement D'un apaisement Qui coule dans nos oreilles Et éclairent nos yeux d'étincelles. C'est une avalanche de diamants Qui reflètent les astres du firmament C'est un univers de poudre d'or C'est un rêve sans fin où l'on s'endort C'est une explosion de sable fin C'est un nuage d'encens et de parfums C'est une tornade de blanche pétales Dans la nuit noire, c'est l'étoile Qui des milliards de fois meurt et renaît Mais qui dans mon coeur existe à jamais. Chaque homme porte en lui une vive flamme A tout moment de la vie par une femme Affaiblie, ravivée mais présente Même quand la belle est toujours absente. Ne serais-ce qu'une lueur dans l'asphyxie Elle prendrait l'expansion d'une galaxie Dans le vide tel un rayon de matière Rendrait aux planètes privées de lumière Situées dans les confins de l'univers La couleur et l'éclat pur du laser. * L'élu. Un homme qui a beaucoup souffert. A qui le monde a souvent offert Le mépris plutôt que le réconfort. Un homme qui se pensait fort Alors qu'il n'était qu'animal. Il usait plus du bien que du mal, Les gens le croyaient se vanter, Et il ne faisait qu'exister. Il aimait s'enivrer de grandes choses Ouvrir des portes qui aux autres sont closes Voyager dans le temps sans sentir son poids. Etant homme, se prendre pour le roi D'un espace infini, Croire en ce que les autres nient, Suivre la trame de son sentiment, Ecouter l'étoile, et non l'homme qui ment. Sa destinée était toute faite. Il savait quand pleurer et faire la fête. Il savait trop et ne vivait plus. Alors, réfugié sous un portique car il plût Une armada de bulles de cristal Il verrait bientôt un rayon fatal Tel que n'en avaient jamais vu ses yeux. L'arche terrestre était peinte de mille feux En reflétant la symphonie spectrale Du soleil sanglant dans sa neige sépulcrale Et la mer était océan de lave Car l'oeil rouge pleurait de sa bave Comme une bouche rayonnante des cieux Pouvant avaler le mépris de ceux Qui regardaient de leur monde qui ment L'illuminé fleurir vers le firmament. * Je t'aimerais. Je t'aimerais nue recouverte de mes larmes Je serais le feu pour qui tu sonnes l'alarme Je t'aimerais sur des tapis de fleurs, sous les pins Je te chuchoterai des mots doux le matin Le soir, ensemble, devant un coucher de soleil Je verrais un éclat rouge dans tes yeux vermeils Je t'ouvrirais mon coeur, et t'offrirais mon âme Je t'embrasserais et tu seras ma femme. Dans le ciel serein les étoiles applaudissent Les amoureux qui dans le noir resplendissent. * Se battre à longueur de journées Contre des forces invisibles, Cultiver le mépris contre des ironiques, Persécuter une belle femme du regard, Puis s'en désintéresser, lui tourner le dos, Et la sentir qui passe et ne comprend pas Que je l'ai vidée de tout fantasmes. * La métisse. Je la regardai sans relâche! Hélas! Et quand la tristesse rendait ma vue trouble Et que mon ciel s'assombrissait, Mon coeur me la montrait au milieu de la foule, Cette forme familière qui apparaissait à l'horizon, Avec une chevelure grande comme la crinière d'un lion, Et que la distance ne me permettait pas de discerner, Là mon coeur savait me la montrer. Quand elle se retournait en ma direction Et que nous croisions nos regards à distance, Je m'emplissais d'ineffables stances; Je savais que nous avions besoin l'un l'autre. Elle me regardait avec son visage dépité, Qui semblait me dire: pourquoi ne veux-tu m'aimer? Le fait est que je ne suis qu'un lâche, Un romantique aux petits pieds, Et que je préfère aimer dans le silence, Solitaire, loin d'un monde injuste, Qui ne comprend pas la perfection de la femme. * Je la vis passer dans le couloir. Je ne savais si elle m'avait vu, Et d'un geste calculé de la main Elle souleva ses longs cheveux bruns En libérant un parfum capiteux. Ce geste me surprit, et tant de raffinement Et de préparation à mon égard Fit battre mon coeur d'une manière bizarre. Je savais qu'elle m'en voudrait divinement, Elle si belle et si inaccessible, Car je sais ce que je mérite, Moi que les plus belles choses irritent, Moi qui est déjà rassasié, Par le fait de savoir qu'elle m'a déjà pensé. Car elle m'a vu, et regardé fixement, Avec ses yeux éternels elle vit les miens immuables, Comme ma tristesse. Avant que je sois triste Je gardais cet instant en souvenir, Car c'était un instant vrai; Elle était belle de simplicité, Et moi, élégamment habillé, me voici. Je sentis un truc se passer dans l'air Qui séparait nos yeux; J'étais alors moins solitaire, Mon coeur battait mieux, Je voyais mon spectre lui parler, Et la faire rire, Plus tard mes larmes je devrais ravaler Et ma douleur écrire. * Aujourd'hui une femme s'est retournée A maintes reprises pour me contempler. Lui inspirais-je un air de déjà vu, Une forme ancienne, méconnue, Ou voyait-elle la puissance De l'esprit qui pense A tout ce qui bouge Dans cet univers?! Aujourd'hui bien plus qu'hier, Cette femme que je désire Est si loin et pourtant si proche! Et cette femme, que je crois unique, Est sûrement la femme en général. * A celle qui savait m'aimer. Tout ce que lui inspiraient les reflets oranges Sur la mer déchaînée, du soleil étrange C'était de rabâcher de vieux vers Dans des temps meilleurs découverts. Tourmenté par la loi du talion Luisait, soldat blessé sans sa pétoire Comme un soleil dans une passoire Son esprit fragmenté en plusieurs rayons. Dans la marrée noire l'alcyon aimant Devint un corbeau à la douleur muette, Les mouettes se marraient odieusement, Tournoyant au-dessus de ma tête; Un navire fantôme, un corps dans la bruine La corne de brume retentit, Un appel bruyant dans la nuit, Dans le ciel resplendit le corps de ma brune. Près de la mer, un monolithe dressé: C'est mon corps qui périclite, La pérennité d'un passé Près de la mer en mon âme habite. A cor et à cri de ces ans Embrumé vers d' autres je vais Corps en ruine, esprit souffrant Hantent les yeux de celle qui savait. Février 2000 * Fraye-toi un chemin a travers la mort: Plusieurs moyens existent pour atteindre le ciel. La réalité de la vie est celle des choses certaines. La seule chose qui compte, c'est de sentir battre la musique. Le sexe, le fantasme, l'envie, l'orgasme Le sport, le dépassement de soi Le travail, la jouissance du savoir Tout se ressent dans la musique du soir. L'amour de la femme, l'amour de ma vie M'a quitté et je n'ai plus d'envie Quelle déception et quel malheur De n'avoir pu trouver avec elle le bonheur Elle rendait toute chose facile Elle abordait avec simplicité Ce qui venait des derniers retranchements de l'esprit. Avant et après elle encore j'aimerais Son air de déjà vu et son souvenir; Sa réminiscence dans chaque femme aimée. Elle était le prolongement de mon être Elle était l'élévation de ma vie. L'ennui, la médisance, la tristesse Qui font que l'homme le plus droit s'affaisse S'évaporent, car la mémoire devient unique La souffrance est comprise et châtiée L'amour maigrelet soulève des montagnes Les mains poussiéreuses sentent la campagne Tout est amplifié, les limites repoussées Savoir que l'on s'aime, s'est ouvrir sa geôle Voir derrière les barreaux un visage qui rigole Embrasser sa femme et boire une bouteille Pour sentir cette force fluide qui s'éveille Mais rien n'est fini. Mon histoire et la sienne Sont étroitement liées par une loi ancienne. Les chemins, biens qu'ils soient uniques Ont parfois plusieurs croisements iniques. Semés d'embûches, de défaites, de victoires De trophées heureux, de fantômes épars De vallées vertes, de pics brumeux. Je franchirai les cols pour gagner ses yeux. Comme par le passé, beaucoup d'hommes Se sont risqués à n'aimer qu'une femme. Le hasard qui m'échoit Fait que je suis le descendant de cette triste lignée. Alors que survient la belle métisse Qui me sauve alors d'une certaine détresse. Je sais qu'elle me voit; elle m'observe, elle m'admire Pour des choses héroiquo-oniriques Mais ma réalité est loin de son rêve éthéré. Je l'aime froidement, désespérément Mon coeur bat de son amour inutile. Attends-tu que je pose un genou à terre, Veux-tu que je t'implore, toi que j'ai cent fois aimée? Ne vois-tu pas cet esprit devenu grabataire, Qui voyageait jadis vers des sphères étoilées? Se forcer de comprendre la pure lumière Qui transporte nos claires idées, Aimer par-delà la mort, par-delà la vie Se priver d'aimer l'instant présent. Aimer l'amour, aimer l'envie? Regarde cette terre qu'aime le paysan. Tu sens en lui la vraie nature des choses. La terre, la mer, c'est de la prose. L'idée qui s'en dégage c'est de la poésie. L'univers palpite de mondes et de vies, Il se meut des tourbillonnements d'étoiles, Marrées d'âmes, écumes de galaxies, Esprits renfermant des grimoires incompris, Des destinées d'êtres s'enchevêtrent, Certaines errantes, d'autres accomplies, Trous noirs, célestes sésames Où se perdent mes yeux et mon âme. Au coeur de mon sombre cerveau Le soleil devant la lune se fait beau Et danse une valse de protubérances. Retrouver chez soi ce qu'on voit de France Des céphéides glauques, des sylphides étoilées, Des femmes vers le ciel de l'amour allées, Yeux de galaxies, chevelures de comètes, Corps infinis que rien n'arrête, Pulsars puissants, coeurs atomiques, Photons circulant comme un fluide cosmique, Hercules de feu sortant du vide sidéral, Chassant le lion de Némée astral. La voûte azurée abonde de Supernovae, Tandis que mon dos se voûte. Taedium vitae! Mars 2000 * Je rêvais de plus beaux jours. Oui, connaître la vie le jour! Car je n'ai pas envie de dormir. J'ai envie de rompre le cycle. Je rêvais éveillé, de femmes Qui m'offraient leurs fantasmes. Je rêvais de mon passé inachevé. Je me souviens de cette fille De ces regards échangés, éternels, J'aime réinventer nôtre histoire. A chaque fois je m'en rappelle, Distraits, on s'entrechoque Puis on se parle dans ce couloir De la vie morne et triste. On se donne rendez-vous Devant l'entrée du parc Où des vieux se donnent la main Et traînent dans un sens Et où les jeunes courent Dans le sens contraire. Anxieux puis contrarié D'abord parce que je la croyais venir Et puis non, c'était une autre. Elle ne vient pas, toujours pas, Elle ne viendra jamais. Une autre femme, elle C'est la source de celles Méconnues passées ou futures Toujours m'obsède, toujours présente Quoi qu'il advient. Elle est loin, elle m'observe, Nos regards se croisent en rythme, Mes battements lançent des regards. Elle me revient sous d'autres Formes. Son esprit clair M'accompagne, sous-jacent, Vers un but lointain Et déjà ancien. La femme innocente, Qui me serrait ma main Suffocante, belle, Et huileuse frit au soleil. Je ne l'aime pas. J'attends d'aimer son amour, Car j'aime la femme qui m'attend. Pleine de caresses, de baisers, Elle est une urne à jamais scellée. Puis j'ai quitté celle-ci Qui ne m'a rien apporté, Seulement la certitude Que j'en aimais une autre. L'autre se rapproche Comme une fois par an, Un tour autour du soleil, Pour revenir au soleil, Un tour de barillet, Un souffle, une onde de choc, Une balle empoisonnée, Le coeur a parlé. Elle en aime un autre. Ce n'est qu'un immense jeu, Qui se déroule devant nos yeux Et dont on fait partie; Un tour de manège Sur des chevaux étoilés, Sabots étincelants, Ecrins flamboyants, Qu'il fasse nuit ou jour; La vie tourbillonne et se lance, Ivre d'amour ailé, L'homme se fait surprendre, Il a finit son tour, Le tour recommence, Toujours en cadence, Brillant et pompeux, De luxe misérable, La vie est cache-misère. La joie ne dure qu'une vie, Qu'un tour. L'amour Monte et descend Comme un cheval galopant. L'homme est un enfant cavalier Qui a mal aux fesses Avec le sourire. Avril 2000. * Pourquoi Dieu est-il comme ça ? Se demanda le petit garçon. -Alors comme ça, maintenant, tu crois en Dieu ?! Le petit garçon se terra dans l'ombre, Jusqu'à ce que le jour se lève, Que la lumière lève le voile Sur les incertitudes. Le môme, qui vivait comme il le sentait, Se faisait ses propres idées Dont la majeure consistait A s'imposer comme première loi Celle d'être toujours libre. D'aller au gré du vent, Porté vers de nouveaux ports. Le môme n'aimant pas le système, Il s'agitait avec son humeur désagréable, Et pourtant, le système paraissait Toujours aussi mielleux à son égard. Le môme se délectait de ces apparences Dont il était la cause. Il démontra ainsi que, Par le biais de sa métaphore, Le monde est lui-même Métaphorique, fallacieux, et fébrile. * Quand tu deviendras impure Quand tu m'auras oublié Effacé de ta mémoire Quand tu me prendras pour un autre Tellement mon coeur et mon visage Ont souffert de ton absence En rêve comme en réalité Quand tu auras cette impression De déjà vécu en me côtoyant Tu auras beaucoup changée toi aussi Celle que j'ai forcée à m'oublier Car il a fallut que le temps s'en mêle Qu'il laisse les esprits fermenter Dans un cerveau où s'amassent les rêves Comme de la poussière sous un tapis Depuis mon échine s'est courbée Sous ce tas énorme de secondes inutiles Et le temps est si long Qu'il rend cet amour éternel. Un jour on se reverra c'est sûr Dans une vie ou dans une autre Car dans la précédente nous existions Dans la monotonie ou le bonheur Sur des chemins menant plus loin Nos visages différents mais familiers Feront que nous nous aimerons encore Inexplicablement. Août 2000. * Sueurs oniriques. Un jour je suis tombé de haut A mi-chemin de la réalité Prisonnier de moi même Dans ton corps présent Je criais je t'aime! Que de souffrances en te regardant Et tout ces souvenirs harcelants... Une fois un matin A peine réveillé j'ai couru Sur la plage, pieds nus Jusqu'à ce que mon coeur explose Mais je m'arrête le souffle court Mal aux jambes mal au corps Mes battements m'envahissent Je me penche et je ramasse Un morceau de verre coupant Puis je le serre très fort J'avais moins mal à ma main Que dans mon coeur A cet instant le savoir s'est enfuit Mes cheveux sont tombés, vieillissants Je suis devenu un autre Une ombre avait fondu sur le sol: C'était moi. Septembre 2000 *