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EXEGESE - Psaume 40 v 7 à 9
I - INTRODUCTION Nous lisons un texte qui fait partie d'un ensemble de recueils. Il y en a 5 et ils constituent ce que nous appelons d'ordinaire le livre des Psaumes. Ils sont par excellence la poésie religieuse d'Israël. Les livres de Job, du Cantique des Cantiques, des Lamentations et des Proverbes sont aussi des oeuvres poétiques. L'Ancien Testament contient aussi de nombreux textes poétiques ayant ses racines dans une longue tradition de poésie populaire (Kidner, Psaumes, p 1). 1) Un aperçu de la poésie hébraïque : Elle ne connaît pas la rime, caractérisée par le balancement phonique sur un rythme métrique qui lui est propre ; elle utilise un vocabulaire spécial avec le style et un trait qui lui est particulier : le parallélisme ou "rythme-pensée". Le parallélisme peut être de trois sortes : - synthétique, quand la deuxième partie du verset répète le contenu de la première en des termes différents (Ps 37;2, 6, 10, 12) ; - antithétique, quand la seconde clause contraste avec la première et en est l'antithèse (Ps 37;9) ; - synthétique, lorsque le second demi-vers développe la pensée qui exprime le premier, en l'étendant ou en tirant les conséquences (Ps 37;4, 5, 13 - Ps 2;6 - Pv 3;5). 2) Constitution du livre : Nous avons vu qu'il est constitué de 5 "livres" qui finissent chacun par une doxologie, c'est-à-dire, une louange à la gloire de Dieu : - 1er recueil : Ps 1 à 41 (doxologie Ps 41;14) - 2ème recueil : Ps 42 à 72 (doxologie Ps 72;18-19) - 3ème recueil : Ps 73 à 89 (doxologie Ps 89;53) - 4ème recueil : Ps 90 à 106 (doxologie Ps 106;48) - 5ème recueil : Ps 107 à 150 (doxologie Ps 150 - en entier-) 73 psaumes ont été écrits par David, un psaume est de Moïse (90) ; 12 ont été écrits de la main d'Asaph ; les descendants de Koré en ont composé 10. Nous pouvons lire deux psaumes de Salomon (72 et 127), 1 d'Hémon l'Ezrachite (88) et 1 d'Ethan l'Ezrachite (89).
3) Thèmes du livre des Psaumes : Les psaumes sont des chants, des prières, des confessions, des louanges accompagnées très souvent de notes liturgiques. Ils étaient écrits avec un accompagnement musical pour la plupart d'entre-eux. Leurs thèmes sont autant de variations que de sentiments humains mêlés de foi. Ils peuvent être généraux mais très souvent appliqués lors d'événements et de situations précises. Ces applications évoquent autant d'idées maîtresses que les psaumes pourraient constituer une sorte d'Ancien Testament en miniature. Dieu est le créateur (Ps 8 et 104) agissant, de par son autorité, dans tous les lieux de son royaume (29, 96 à 99). La justice de son règne est souvent mentionnée (entre autre Ps 11, 75), entremêlée de puissance et de grâce (cf 146). Sa bonté est inséparable de sa sainteté (34, 103) trouvant son antithèse dans sa colère clairement manifestée (38). Idée maîtresse du roi divin (145) et de la personne du roi messianique (Ps 110), grand prêtre d'Israël, à laquelle est promise la domination universelle (2, 72). Dieu est le berger des peuples et des individus (23). Il attend de nous une entière confiance (16, 25, 31). Il s'occupe des siens (3, 27, 57, 90, 91). Les thèmes de la souffrance , de l'humilité, de la repentance, de l'adversité sont autant de facettes de la vie quotidienne que nous ne pouvons être qu'attirés, sachant que le regard d'espérance tourné vers Dieu soulèvera au sein de la mêlée la paix et la joie de l'âme accordées par notre Seigneur. "Cette lutte contre l'adversité et l'hostilité a introduit dans les psaumes la dénonciation acerbe des ennemis, ce qui a grandement choqué les oreilles délicates de certains chrétiens (N.C.B, p 466). La persécution poussait des hommes de Dieu à réclamer dans leur prière la justice de Dieu. C'est la réjouissance, en espérance, de voir sa justice atteindre la vie sociale et individuelle. De nombreux passages des psaumes ont un caractère messianique : le judaïsme et le christianisme en sont convaincus. Ils prédisent ou présentent de manière préfigurative la venue du Christ. Le roi-messie, les mots "mon fils", "Dieu", "ton serviteur", "fils d'homme", "sacrificateur", "la pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient", sont autant d'expressions reprises par le Nouveau Testament pour les appliquer au Messie venu, Jésus.
II - LE PSAUME 40 Certains y voient un psaume d'exaltation du messie. En effet, les versets 7-8 concernent le Christ car Héb 10.5-7 en fait une citation. Ce psaume est un poème où éclate la louange à Dieu pour son intervention. Il est étonnant de voir une certaine liaison entre les psaumes 37 à 40. Le thème de l'attente face au dévouement du péché dans l'homme (37) a eu son application pénible dans les psaumes 38 et 39 où ce dernier atteint le juste et où celui-ci s'accorde de voir sa fragilité. Que d'émotions, mais le psaume 40 devient une source fraîche de délivrance. On peut discerner trois parties dans ce psaume : III - EXEGESE Le passage qui nous préoccupe est évocateur et intéressant, d'autant plus qu'il nous communique une double vision que le Nouveau Testament a bien voulu nous révéler : regard évoquant la consécration et projetant le modèle parfait du messie. En quoi l'analyse du texte de ce passage va-t-il orienter sa compréhension vers cette double vision ? Dans un premier temps, l'analyse du passage va nous permettre de déceler où résident les difficultés de compréhension, les problèmes engendrés, et de proposer des solutions. 1) Quels sont les problèmes de traduction ? : En consultant diverses traductions, nous verrons les deux problèmes de traduction les plus importants (les parties problématiques seront soulignées) : "Tu n'as désiré ni sacrifice ni offrande, Tu m'as ouvert les oreilles Tu n'as demandé ni holocauste ni (sacrifice pour le) péché. Alors, je dis : voici je viens avec le rouleau du livre écrit pour moi Je prends plaisir à faire ta volonté, mon Dieu ! et ta Loi est au fond de mon coeur". (version Colombe)
a - Le premier problème : v 7 "Tu m'as ouvert les oreilles" : le problème se trouve au niveau du verbe, car il est traduit de différentes façons : Colombe, Segond "tu m'as ouvert les oreilles" Bible de Jérusalem Pléïade, TOB "tu m'as creusé les oreilles" Chouraqui, "tu m'as creusé l'oreille" Darby "tu m'as creusé des oreilles" Crampon "tu m'as percé les oreilles" Synodale "tu m'as donné des oreilles attentives" Vulgate "tu m'as parfaitement disposé l'oreille" Septante "...but a body hast thou prepared me" swma de kaihrtisw moi mais tu m'as préparé un corps"Concordance Strong : elle rapporte au verbe "open", ouvrir, le mot hébreu hrk kârâh Quand à l'explication, elle sera donnée dans la réponse à la seconde question. Nous pouvons déjà remarquer que la Vulgate, la Synodale et la Septante apportent une explication. b - Le second problème : v 8 "avec le rouleau du livre écrit pour moi" : le problème se situe au niveau de la traduction de la préposition "pour, de, au sujet de..." Vulgate, Darby "il est écrit de moi dans le rouleau du livre" BC, Segond, TOB "avec le rouleau du livre écrit pour moi" Chouraqui, Crampon Synodale Pleïade "il est écrit à mon sujet" Bible de Jérusalem "au rouleau du livre, il m'est prescrit de faire tes volontés..." Hébreu ylu bwtb rpm-tlgmb bimeguilath-sépher batov al`a La préposition al`a (lu) : dans le dictionnaire Hébreu/Français, cette préposition a le sens de : sur, au-dessus de, au sujet de, contre, quoique, auprès, vers, envers, pour, avec, outre. Nous comprenons pourquoi certains traducteurs traduisent "écrit pour moi" et d'autres "au sujet de moi", "sur moi". Dans le deuxième point, nous essaierons de proposer une solution devant ces possibilités de traduction. c - Les autres mots Il n'y a pas d'autres problèmes qui s'y ajoutent. Seulement quelques points de détails. Concernant le v 7 : en général, il est toujours fait mention de sacrifice et d'offrande mais parfois "offrande" est traduit par offrande de gâteau ou oblation... De toutes manières, il s'agit de sacrifices lévitiques qui concernaient l'offrande. d - Synthèse Le problème de traduction se situe au niveau de la compréhension de la métaphore du verset 7 qui est un hébraïsme, doublée d'une deuxième métaphore si l'on choisit la traduction de la Septante.
2) Les problèmes exégétiques : Nous avons déjà pu constater les deux problèmes de traduction. A vrai dire, ils constituent le noeud du problème exégétique. La question que l'on peut se poser est la suivante : le problème de la traduction a-t-il engendré le problème exégétique ? En grande partie oui ! Nous verrons dans la troisième partie que la conception messianique de ce texte influe et dirige la traduction pour la compréhension de ce texte. a - Le v 7 La note qu'il y a dans la Colombe fait très bien ressortir le problème exégétique : Cette note résume ce que nous avons trouvé dans la première partie de cet exposé. "Creusé l'oreille", "ouvrir l'oreille", etc... est un hébraïsme, une forme d'explication. La Synodale, la Vulgate transcrivent cette forme "avoir une oreille disposée", "oreille attentive". Solution : Deux idées différentes apparaissent : comment élucider le problème ? - la réponse à la 3è question élucidera en partie ce problème. C'est en se reportant au Nouveau Testament (au texte des Hébreux) que la réponse devient plus claire. - le premier sens a de toute manière sa place dans le texte : Dieu a ouvert les oreilles de David. Dieu a fait comprendre à David quelque chose. Mais ce texte a une portée messianique, ce qui fait de David aussi le type du Messie. b - Le v 8 Deux idées différentes : - "dans le livre, il est écrit à mon sujet" - "... je viens avec le rouleau du livre écrit pour moi" Dans un cas, David vient avec le livre (le rouleau du livre), c'est-à-dire le texte sacré qui est écrit pour lui (car c'est une lampe sur son sentier). En effet, le livre de la Loi doit l'aider à faire la volonté de Dieu, avant de connaître la volonté de Dieu. Solution : Les vv8-9 donnent tout à fait le sens à cette idée. David se donne à Dieu, il vient à lui avec le livre de la Loi qui est le seul à lui faire connaître la volonté de Dieu. David prend plaisir à se donner à Dieu. C'est une offrande volontaire qui dépasse les sacrifices lévitiques. David veut s'imprégner de tout ce qui concerne le texte sacré. Il veut que sa vie en soit imprégnée et manifeste la Loi de Dieu. - "dans le livre, il est écrit à mon sujet" : cette traduction pose un problème. Dans le texte sacré, il n'est pas parlé de David. Dieu lui a parlé de sa descendance. Comme David est le type du Messie, alors cette traduction sera compréhensible par le fait qu'effectivement dans le livre de la Loi il est parlé du Messie. Dans ce cas, cette traduction appuie la conception messianique de ces versets. c - Structure Dans les versets, il y a deux appositions : celle qui s'ajoute à l'autre a plus de valeur ; il y a ce qui est bien et il y a ce qui est mieux. v 7 Sur la première série de sacrifices lévitiques s'appose ce qu'il y a de mieux : Dieu donne la compréhension. v 8 Sur la deuxième série de sacrifices lévitiques s'appose un autre sacrifice : une offrande volontaire de l'homme. Cette idée est déjà existante dans le livre de Samuel : 1 Sam 15;22. Dans cette structure, il y a une progression : Dieu produit une oeuvre. Il ouvre les oreilles (ou il forme un corps). De cette action va découler une autre : l'homme se donne volontairement pour faire de la volonté de Dieu son plaisir. Dans le livre des Hébreux, on trouve cette forme : ce qui est bien ; ce qui est mieux. Les sacrifices lévitiques sont bons ; le sacrifice du Messie est meilleur car il est de loin le meilleur. Christ est supérieur aux anges, à Moïse... Cela nous introduit à répondre à la troisième question.
3) Quelle utilisation doctrinale l'épître aux Hébreux fait-elle de ce texte ? · L'épître aux Hébreux reprend ce texte du Ps 40.7-9 pour démontrer la supériorité de la nouvelle alliance sur l'ancienne alliance au niveau du sacrifice ; le sacrifice lévitique est inférieur à celui du Messie.· L'auteur fait du Ps 40.7-9 un psaume messianique, c'est-à-dire que ces versets ont un caractère messianique. Il attribue ces paroles non pas à David mais à Christ (le type de David) - Héb 10.5.· Selon l'auteur, ces versets démontrent que par l'arrivée du Christ sur cette terre, c'est l'arrivée d'un autre culte qui abolit le premier. L'accomplissement de ces versets par la venue de Christ démontre la supériorité du 2è culte. Qu'est donc ce culte ? Faire la volonté de Dieu. L'auteur attribue à "faire ta volonté" au Christ. C'est donc la volonté du Christ, c'est-à-dire venir à Dieu avec un corps (Héb 10.5) et faire sa volonté, qui est meilleur que les sacrifices lévitiques... L'auteur précise justement que cette volonté du Christ, c'est de s'être offert lui-même (la croix).
& Ps 40.7 :L'auteur utilise la version de la Septante. Si l'auteur avait utilisé la version massorétique, aurait-il pu faire le même genre d'argumentation ? Oui, car l'explication qui suit ne se base pas sur ces parties difficiles de traduction, mais l'idée d'incarnation ne serait pas mise en valeur, cela en rapport avec le sacrifice ("former un corps" = incarnation -pour le sacrifice !-) On se rend bien compte que la traduction de la Septante facilite avec force une compréhension messianique du Ps 40.7-9. Est-ce une erreur par rapport à l'original ? Nous n'en savons rien, mais en tout cas, l'auteur de l'épître aux Hébreux s'en est inspiré et son explication n'en est pas pour autant démontrée. (quelles que soient les traductions). Le premier sens que nous avons donné précédemment "ouvrir les oreilles" peut tout aussi bien s'appliquer au Christ qu'à David (cf Es 50.4). "Creuser l'oreille" = écouter, obéir (avec son corps !). Ce sont deux métaphores de l'obéissance et de la consécration. L'expression de la Septante ne serait pas une traduction, mais une explication...
Héb 10.7 traduit comme Darby, la Vulgate, la Pleïade, la Septante. "Dans le rouleau du Livre il est écrit à mon sujet" : cette traduction facilite aussi la compréhension messianique mais ici Christ voudrait dire que le livre de la Loi faisait mention de Lui (les sacrifices lévitiques sont l'image -symbole- du vrai sacrifice pleinement suffisant de Christ). Ce sens prophétique est plus fort que l'autre sens expliqué précédemment, mais qui est valable car Christ a obéi à la Loi (Il ne l'a pas transgressée) ; Il l'a accomplie.
IV - CONCLUSION 1) Réflexion : Au départ, on semble quelque peu confondu face aux énigmes des interprétations. L'épître aux Hébreux éclaire le texte tout en nous montrant la richesse de cette parole. Elle confirme la messianité des versets de ce Ps 40. Elle nous fait toucher du doigt deux idées maîtresses : l'une nous concerne, l'autre concerne le Messie. Nous sommes donc confrontés à un texte ayant un champ de vision double : son sens unique et le concept qu'il fait ressortir (idée de compréhension, d'intelligence de la volonté de Dieu) nous laissent entrevoir ces deux réalités citées ci-dessus. C'est avec la lecture du passage de l'épître aux Hébreux que les deux idées deviennent complémentaires ; sans cette lecture, ces idées sont difficiles à accorder. Ainsi l'Ancien Testament seul est difficile à comprendre, mais le Nouveau Testament éclaire tout. 2) La traduction de la Septante : Elle accentue l'explication. Reste à savoir si elle est une sorte de commentaire du texte original dont elle s'est inspirée ou si elle est réellement une variante (par rapport au texte de base traditionnellement reconnu qu'est la traduction massorétique) d'un texte original ancien qui lui aurait servi de base. Nous n'avons pas encore d'éléments pour pouvoir actuellement y répondre.
3) Transcription personnelle des v 7-8 : Avec l'idée en arrière-plan du Ps 40 dans son entier : |