Forum du 23 janvier 2002, à la
Maison des vins, au Mas de SAPORTA à Lattes
Incinération, risques pour l’environnement.
Communication de M. SARAZIN, vice-président de l’APPEL, pour le
CLAPE-LR
Préambule : Les risques industriels relèvent du contrôle
de l’état, dont les effectifs affectés à cette tâche sont dramatiquement
insuffisants : 550 postes d’inspecteurs pour surveiller plus de 500.000
installations classées. Voir l’exemple tragique de l’explosion, toujours
inexpliquée, de l’usine AZF de Toulouse. Celle-ci avait pourtant fait
l’objet d’un contrôle quelques mois avant le drame. D’ailleurs le stock
de nitrate incriminé n’avait jamais été supposé présenter le moindre
risque… Sans commentaire !
En
ce qui concerne les incinérateurs, force est de constater que la réglementation
y afférente ne fait que s’aggraver au fil du temps. Selon la DASS, la
directive européenne du 4 décembre 2000, sera transcrite prochainement en
droit français. Tous les incinérateurs devront s’équiper pour la respecter.
Ainsi, l’incinérateur de LUNEL-VIEL, réputé être très en avance sur la
future réglementation européenne, le jour de la signature du marché en 1995,
a dû subir deux remises aux normes avant son démarrage en 1999, son prix étant
passé de 257 MF HT à 383 MF HT (50% d’augmentation) ! Il conviendra à
nouveau qu’il s’équipe à grands frais pour se conformer encore à cette
nouvelle réglementation. Peut-on espérer que cette aggravation perpétuelle de
la réglementation s’arrêtera enfin un jour, en même temps que les
investissements nouveaux qu’elle entraîne. Compte tenu du passé, il est
permis d’en douter !
Le
nombre et la complexité des paramètres, à contrôler par l’inspection des
installations classées, rendent de plus en plus problématique leur contrôle
annuel effectif par ce service de l’état.
La
France est réputée pour posséder les meilleures réglementations du monde en
matière de protection de la santé et de l’environnement. Certains ajoutent
malicieusement que la France serait aussi le pays où lesdites réglementations
seraient les moins respectées ! Aggraver tous les deux ans la réglementation,
pour faire croire aux citoyens que leur santé est le souci permanent de l’Etat,
relève de l’inconséquence. L’Etat s’est déjà suffisamment discrédité
en laissant perdurer, sur l’ensemble du territoire national, des décharges
immondes et illégales, qu’il ose encore aujourd’hui, montrer comme des
« épouvantails » pour faire accepter la prolifération d’incinérateurs
encore plus polluants ! Quand, pendant des dizaines d’années, les réglementations
simplistes relatives aux décharges n’ont pu être respectées, qui pourrait
avoir la naïveté de croire à présent que la réglementation, infiniment plus
complexe, relative aux incinérateurs sera mieux respectée ?
Il
faut d’ailleurs préciser que tous les incinérateurs, construits en France,
depuis qu’une réglementation les concernant existe, ont nécessairement
respecté ladite réglementation en vigueur le jour de leur mise en service. Très
rapidement ils sont devenus hors normes et se sont révélé être très
polluants. Les autorités ont l’impudence d’affirmer que les nouveaux incinérateurs
seraient vraiment parfaits, car à présent
tout est enfin prévu pour qu’aucune pollution ne leur soit attribuable. On
voit bien qu’il n’en est rien, attendu qu’en 1995, ce même discours
mensonger avait déjà été servi aux riverains de LUNEL-VIEL pour faire
accepter le projet, alors que très bientôt nous en serons à la troisième
remise aux normes de cette usine qui passera son existence à courir derrière
l’évolution de la réglementation à grand renfort de coûts complémentaires.
Concentration de la pollution par les incinérateurs :
Pour des raisons de coût d’exploitation, les incinérateurs sont de plus en
plus surdimensionnés. La taille minimum économique actuelle est de l’ordre
de 100.000 tonnes par an. Même si la collectivité publique n’a pas cette
quantité à incinérer ce sera cette capacité qui sera retenue. Curieusement
on constate que les incinérateurs, comme la nature, ont horreur du vide et que
très rapidement des arrêtés complémentaires d’exploitation permettent de
les saturer. Or la pollution est proportionnelle à la quantité incinérée. En
effet, les limites d’émission des polluants sont exprimées en pourcentage
par rapport aux volumes des flux rejetés. À titre d’exemple, les dioxines sont
limitées à 0,1 nano-gramme par Nm3 de fumée. Le nombre de Nm3 de fumée est
rigoureusement proportionnel au tonnage incinéré. Il en est de même pour les
rejets solides et liquides. Or, c’est la capacité ponctuelle, de
l’environnement local, pour résorber ces polluants persistants, qui devrait
être prise en compte. Il conviendrait de calculer la quantité annuelle
acceptable. Un ratio ne veut rien dire en l’occurrence. Pour exemple, un seul
four de 8 tonnes par heure, qui produirait 0,4 nano-gramme de dioxine, serait
hors normes et devrait être arrêté, alors que 4 fours aux normes, produisant
autant de polluants persistants, pourraient impunément continuer leurs méfaits !
Principe de précaution non appliqué à l’incinération :
Les scientifiques s’accordent pour reconnaître qu’il y aurait au moins 2000
molécules, créées par la combustion des déchets, dans les fumées épurées
sortant à la cheminée des incinérateurs. Sur ces 2000 molécules, environ 200
seraient réglementées et contrôlées. Les 1800 molécules non contrôlées
sont considérées comme anodines, tout
comme l’étaient d’ailleurs en France les dioxines jusqu’en 1991.
Leur limitation dans les incinérateurs n’est apparue qu’en 1996. Qui peut
nous garantir que des molécules jugées anodines aujourd’hui ne seront pas
classées, dans le future, comme étant plus néfastes que les dioxines ?
L’application stricte du principe de précaution aurait dû interdire la mise
en place de nouveaux incinérateurs et aussi faire arrêter l’exploitation des
incinérateurs déjà en service.
Apports de certains déchets venant d’entités privées hors du périmètre
syndical : Les exploitants d’incinérateurs prennent soin,
dans leurs contrats, de se réserver la possibilité d’accepter des déchets
venant de l’extérieur pour compléter la capacité outrancière de leurs
usines. Or il n’y a que peu de contrôle de la dangerosité de ces déchets,
admis une fois par an, par arrêté complémentaire renouvelable. À titre
d’exemple, à LUNEL-VIEL, un accord a été donné pour brûler 500 tonnes par
an de déchets d’emballages et de médicaments périmés issus du circuit
« CYCLAMED ». Compte tenu de la complexité de certains médicaments
et de l’évolution probable de leur composition au fil du temps, on peut
craindre le pire. Des déchets de certaines industries sont également acceptés,
sans qu’un suivi sérieux de leur éventuelle variation de composition au fil
du temps ne soit garanti. De toute façon, la composition réelle des ordures ménagères
et des déchets assimilés est mal connue et non contrôlée en permanence. Elle
peut ainsi évoluer dans le temps en générant d’autres molécules
dangereuses dont les effets ne seront connus qu’après atteinte avérée à la
santé des populations.
Risques de pollution des nappes phréatiques :
Certains incinérateurs, comme celui de LUNEL-VIEL, ont des rejets liquides
importants (45.000 m3/an) contenant des polluants divers, dont beaucoup de sels
et des dioxines. Ils sont simplement décantés à l’usine et le pH est ajusté
autour de 7, avant d’être expédiés par une conduite de 7,5 km dans le canal
de LUNEL. Ce canal, qui alimente en partie l’étang de l’OR, est l’une des
rares voies d’eau du bassin versant de cet étang, en communication directe
avec la nappe villafranchienne où est puisée l’eau potable de nombreuses
communes riveraines. Ces rejets liquides, n’étant rien d’autre que le jus
issu du pressage des « REFIOM », ils en présentent obligatoirement
la même toxicité. Les « REFIOM » reconnus très toxiques sont
enfouis en classe 1 à Bellegarde, alors que les jus sont indirectement envoyés
dans la nappe d’eau potable !
Risques liés aux mâchefers : Les mâchefers sont les résidus
solides de la combustion, plus ou moins complète, des déchets. Ils représentent
de 27 à 33 % du tonnage incinéré. Ils ne représentent que 10 à 15 % en
volume. Les seuls contrôles effectués sur les mâchefers sont leur taux
d’imbrûlés et leur taux de lixiviation. Il n’y a pas de contrôle de la
teneur en polluants. Pourtant des études américaines prouvent que les mâchefers
contiennent de nombreux polluants, dont des dioxines en quantité importante.
Pourtant les exploitants d’incinérateurs s’efforcent de faire utiliser ces
mâchefers en sous-couches de route ou en remblais. Ainsi dans le Gard des
routes et des voies internes de lotissements bon marché sont faites à base de
mâchefers. Le faible coût de ce matériau est attractif pour les promoteurs.
Il faut savoir que la masse des déchets
en combustion, qui se transforme en mâchefers, a une température hétérogène
de ses constituants, durant leur transfert, selon leur teneur en humidité. Il
est bien connu qu’un produit saturé en eau ne peut atteindre plus de cent
degrés Celsius, tant que la dernière trace d’eau n’est pas évaporée.
Aucun instrument ne peut mesurer efficacement ces températures. Quand on
constate, dans les mâchefers, la présence de morceaux de « sacs-poubelles »,
encore intacts, et des fragments de papiers imprimés encore lisibles, c’est
la preuve que ces éléments n’ont pas été portés à une température supérieure
à 115°C durant toute leur traversée du four.
En effet, ces éléments ont leur point d’auto-inflammation autour de
115 °C. La mise en place de mâchefers en sous-couche de route doit
s’effectuer dans le respect de la circulaire ministérielle du 9 mai 1994 et
de ses annexes. Celles-ci ont de telles contraintes que peu de lieux
susceptibles de réunir, à la fois, l’ensemble des critères à satisfaire ne
peuvent exister. C’est donc à tort que ces mâchefers sont ainsi « valorisés ».
Les mâchefers, à cause de leur réelle toxicité devraient être enfouis en
classe 1 ou confinés dans des liants hydrauliques.
À ce propos, n’est-il pas étonnant
que les exploitants d’incinérateurs, arrivent à faire accepter aux
collectivités clientes, des contrats dans lesquels aucune garantie n’existe
sur la quantité et la qualité des mâchefers ? Pourtant le seul mérite
de l’incinération est bien la réduction du volume des déchets solides !
Ce paramètre essentiel devrait au moins être garanti.
N’est-il pas encore plus étonnant
que ces mêmes exploitants, qui sont de grosses sociétés multinationales,
arrivent à faire accepter aux collectivités clientes leur subrogation par des
petites sociétés à faible capital, pour finalement être complètement exonérés
des risques financiers et d’exploitation qui, in fine, reviennent à charge
des collectivités, par le biais de « Conventions tripartites » signées
avec les « crédits bailleurs ». Comment des présidents de
syndicats, responsables des intérêts collectifs, peuvent-ils entériner de
tels contrats ?
La réponse à ces curieuses
questions est des plus claires : Ces grandes multinationales, qui ont des
ingénieurs très compétents, sont bien conscientes du réel danger de leurs
« très chers et rémunérateurs » incinérateurs. C’est donc en
prévision d’éventuels recours aboutissant à l’arrêt de leurs
installations, qu’ils prennent soin de mettre en place des contrats illégaux
qui les exonèrent apparemment de toute responsabilité. Il leur est, en effet,
plus agréable de savoir que ce sont les contribuables qui paieront finalement
leurs dettes (Sans préjudice des nombreuses indemnités contractuellement dues,
en cas de rupture du contrat, qu’elle qu’en soit la cause !). Il
va sans dire que le constat qui précède remet sérieusement en cause la
qualification de ces juteux marchés publics, baptisés improprement « Délégation de service public », alors qu’ils exonèrent le
délégataire de toutes les responsabilités qu’une telle qualification
implique légalement. Comment le contrôle de légalité, pourtant obligatoire,
peut-il laisser passer ces aberrations qui semblent bien être communes à tous
les marchés d’incinérateurs sur le sol national?
Risques
liés aux « REFIOM » en classe 1 : Les décharges de classe 1, rarissimes et très onéreuses,
risquent sans doute de poser de sérieux problèmes aux générations futures.
En effet on concentre en un seul lieu, réputé
étanche pour l’éternité, des
produits hautement toxiques issus de l’industrie chimique et des incinérateurs
notamment. Qu’arrivera-t-il en cas de séisme avec arrivée d’eau dans des
failles : il y aura lixiviation des bétons maigres qui sont censés
confiner ces produits. Au surplus, la partie ancienne de ces décharges, où les
toxiques étaient simplement enfouis en « big bag », sera la première
lixiviée au grand dam de la santé des populations avoisinantes.
Conclusion de cette partie : L’incinération, même
des plus modernes, est de loin la solution la plus dangereuse et la plus onéreuse
de traiter nos déchets. Elle génère plus de problèmes qu’elle n’est censée
en résoudre : En effet, des polluants majeurs, comme les dioxines, sont
essentiellement dus à l’incinération. Même les vieilles décharges illégales
et mal gérées ne produisaient pas de tels polluants. Il faut signaler que le
partage du marché des incinérateurs entre deux grandes compagnies
multinationales conduit à une concurrence toute symbolique, donc à des prix
manifestement surévalués. Les conditions dans lesquelles sont organisés ces
marchés mériteraient également plus de transparence.
À noter que la France est un
des rares pays développés à traiter principalement ses déchets par incinération.
Compléments :
Production de gaz à effet de serre :
Une tonne de déchets ménagers,
incinérée, produit environ 980 kg de CO2.
NOVERGIE : Un exploitant au dessus de tout soupçon ?
L’incinérateur de LUNEL-VIEL est
exploité par OCREAL, société anonyme au capital de 1,5 MF (228700 Euros),
dont l’un des actionnaires est NOVERGIE. Cette dernière, du groupe
SUEZ-LYONNAISE DES EAUX, fournit le personnel d’exploitation et c’est son
directeur qui vante sans cesse la perfection de son incinérateur et surtout la
haute compétence de son personnel. Or, c’est pourtant NOVERGIE qui exploitait
l’incinérateur de GILLY sur Isère, responsable de la mort de toute une vallée
à côté d’ALBERTVILLE, à cause de la diffusion de dioxines.
Motion pour une révision drastique des conditions de valorisation des mâchefers d’incinérateurs
Les mâchefers ne pourront pas éternellement être enfouis sous les routes.
L’arrêt de la Cour de Cassation, en date du 14 mai 1991 (Droit pénal-installations classées-déchets) stipule bien que les mâchefers, même dépourvus de toxicité, ne peuvent être stockés que sur délivrance d’une autorisation administrative relative aux installations classées.
Il convient par ailleurs de noter que si la circulaire du 9 mai 1994 caractérise le mâchefer valorisable, elle caractérise également le site d’utilisation. Il faut que celui-ci soit conforme aux exigences de l’annexe IV de la circulaire : « Lieu non inondable, n’ayant jamais été atteint par les plus hautes eaux, situé à plus de trente mètres de tout cours d’eau et en dehors des zones de protection rapprochée des captages d’eau potable ».
Autrement dit, aucun site où des mâchefers seraient susceptibles d’être « valorisés » ne pourrait satisfaire simultanément l’ensemble des critères à respecter !!!
Caractère provisoire et incohérences de la circulaire du 9 mai 1994.
Cette circulaire est présentée comme étant un document provisoire à remettre à jour en fonction des retours d'expériences. Or depuis plus de dix ans, ce document provisoire n'a jamais été rectifié. Bien au contraire, les exploitants, avec des entreprises de TP, cherchant la rentabilité avant tout, donnent force de loi à une simple circulaire rédigée à une époque où la réglementation officielle concernant les incinérateurs ne parlait pas encore des dioxines. Notons également qu’une circulaire n’est qu’un document indicatif sans valeur juridique pour ne pas avoir été soumis ni au Parlement ni au Sénat. Cette circulaire, si elle entre en conflit avec les réglementations officielles actuelles, n'a plus aucune valeur juridique.
Il faut noter que les mâchefers contiennent tous des dioxines et des furannes à des teneurs allant de 1,5 à 10 nanogrammes par kg de matière sèche (*). Attendu qu'une tonne de déchets incinérée produit environ 300 kg de mâchefers, il y aura de 450 à 6000 nanogrammes de dioxine pour 1 tonne incinérée. La même tonne de déchets produira environ 7500 Nm3 de fumées qui, en respectant les normes, produiront environ 750 nanogrammes de dioxines.
Autrement dit, un incinérateur peut libérer dans la nature jusqu’à 8 fois de dioxines par ses mâchefers que par ses fumées. Pourtant il n'y a aucune limite à la teneur en dioxines des mâchefers. À ce seul point de vue, la circulaire est obsolète puisque les premières circulaires sur les dioxines dans les fumées sont intervenues en 1996 et 1997. À présent l’arrêté du 20 septembre 2002 réglemente les dioxines dans les fumées et dans les rejets liquides, mais ignore souverainement les mâchefers quant à leur teneur en dioxines. Cette circulaire devrait donc être révisée sur ce point !
D'autre part, il faut noter que si les fumées d'incinérateurs se répandent sur un très vaste territoire et très loin, selon la force des vents, les mâchefers, eux, sont concentrés sous de très faibles surfaces routières et peuvent ainsi d'autant mieux contaminer massivement les nappes phréatiques et les cours d'eau.
Nous croyons savoir que les entreprises de TP seraient motivées financièrement pour utiliser des mâchefers prétendus "valorisables", par un prix de reprise de quelques € la tonne, somme très inférieure au coût du traitement pour rendre le mâchefer « valorisable ». De plus, une prime occulte de transport serait attribuée par un organisme officiel de l’Etat, ou peut-être « ECO-EMBALLAGE », au titre de l'aide à la valorisation. Ce problème a été plusieurs fois évoqué en conférence publique, sans jamais recevoir de démenti officiel ce qui reste surprenant et tendrait à prouver la réalité des primes en question.
Par ailleurs, certains autres aspects de la circulaire mériteraient d’être revus, et notamment :
-Les contrôles s'effectuent sur un échantillon de 100 g de mâchefers brut. Ledit échantillon s’obtient par réduction d’une quantité réglementaire importante prélevée de façon aléatoire à la sortie du four. Or le caractère hétérogène du produit, ainsi que sa granulométrie au très large spectre, ne permettent pas d'obtenir un échantillon de 100 g qui serait représentatif de la production (certains composants, difficilement broyables, font plusieurs kilogrammes !). Il faut aussi s’interroger sur la faisabilité de cette réduction d’échantillon par le personnel de l’exploitant : Un incinérateur de 100 000 T/an est exploité par des équipes de deux personnes la nuit et, au plus, de quatre personnes le jour. Plusieurs centaines de kilogrammes de mâchefers bruts doivent être prélevés, puis manipulés à la pelle pour aboutir à un échantillon de 100 grammes. Dans ces conditions il est impossible à l’exploitant de pratiquer cette réduction d’échantillon dans le respect de la procédure prévue dans la circulaire, faute de personnel en quantité suffisante.
-La teneur en imbrûlés s'opère sur un échantillon de 100 g, préalablement séché, qui est maintenu pendant quatre heures dans un four à moufle réglé à 500 °C. Or, la totalité du carbone ne peut être brûlée qu'au-dessus de 800°C. Généralement, par cette méthode et malgré cette température relativement basse, on trouve des teneurs en imbrûlés de 3 à 5 % de la masse de l'échantillon. Ceci démontre qu'une partie des déchets incinérés n'a pas atteint ces 500°C. Pourtant on nous affirme que les gaz de combustion sont maintenus à une température d’au moins 850 °C durant 2 secondes, pour justement réduire les composés dangereux, dont les dioxines ! Or, aucune température minimum n'est exigée pour le déchet proprement dit quand, durant sa combustion, il se transforme en mâchefer. Il faut noter que, dans les mâchefers des fours à grilles les plus récents, on trouve des nodules de papiers imprimés encore lisibles, ainsi que des morceaux de sac-poubelle en plastique, encore intacts. Ceci démontre que ces éléments n’ont pas dépassés une température de 200 °C durant leur transfert sur la grille du four.
Il conviendrait également de revoir l’annexe II notamment sur le test de lixiviation. Les trois lixiviations prévues sont nettement insuffisantes pour apprécier le taux réel de lixiviation. Il a fallu pousser le nombre de lixiviations jusqu’à la vingtième pour obtenir un lixiviat exempt de résidus sec. Durant ces expériences de lixiviation poussée, le total du résidu sec était neuf fois supérieur au résultat obtenu après la troisième lixiviation prévue dans cette circulaire. (Voir le diagramme page suivante).
Actuellement, nous avons connaissance de projet d’utilisation des mâchefers d’incinérateurs dans les cimenteries, en mélange avec la matière crue issue des carrières. Nous dénonçons cet usage incohérent dans un document intitulé : « Les dangers de la combustion de déchets et de l’adjonction de mâchefers d’incinération d’ordures ménagères, dans les cimenteries ».
Il semblerait effectivement que les pouvoirs publics, bien conscients de l’incohérence et des risques liés à l’enfouissement des mâchefers sous les routes, fassent pressions sur les cimentiers pour qu’ils intègrent les mâchefers dans la matière crue. Notez à ce sujet que plusieurs départements interdissent l’enfouissement des mâchefers sous leurs routes.

L’arrêté du 20 septembre 2002 exige que les mâchefers soient stockés sous abri, hors d’atteinte des eaux météoriques. Or rien de semblable n’est exigé sur les plates-formes de maturation où, non seulement, les tas de mâchefers ne sont pas abrités, mais au surplus, un dispositif d’arrosage est généralement prévu pour humidifier les tas (au motif fallacieux d’éviter les envolées de poussières). Il convient donc que les tas de mâchefers soient couverts.
(*) Selon document officiel établi par TIRU et le Ministère de l’environnement en 1997.
Document APPEL 2004
Autres curiosités de l’incinérateur de LUNEL-VIEL :
Cette usine, pour masquer son
encombrement, a été volontairement enfoncée de plus de six mètres par
rapport au niveau du terrain naturel. De ce fait le niveau zéro de l’usine
est souvent au dessous du « toit » de la nappe phréatique d’eau
potable qui alimente les communes limitrophes. Il s’ensuit un effet de poussée
sur le dallage du niveau zéro qui provoque des entrées d’eau. L’exploitant
doit donc pomper dans la nappe d’eau potable pour éviter ces désordres,
surtout en saison pluvieuse quand la nappe remonte.
La fosse à déchets, constatée
non étanche par les commissaires enquêteurs, lors de la seconde enquête
publique, pénètre de 6 à 8 mètres dans la nappe ! La fosse à déchets
a une capacité qui correspond à plus de huit jours de marche. L’article 8 de
l’arrêté du 25 janvier 1991 impose pourtant que les déchets qui ne peuvent
être brûlés dans les 24 heures suivant leur arrivée à l’usine, doivent être
stockés dans une fosse étanche, au dessus de laquelle doit être prélevé
l’air de combustion des fours. Cette disposition implique que la fosse doit
avoir une capacité de 24 heures de réserve si l’usine ne comporte qu’un
seul four. Quand l’usine comporte plusieurs fours, la fosse peut être plus
importante, mais il faut la vider dans les 24 heures au cas où il y aurait un
arrêt simultané des fours. Nous avons eu un arrêt de 15 jours à la suite du
bouchage de la conduite d’évacuation des rejets liquides. Toutes les ordures
arrivant à l’usine ont néanmoins été acceptées en les tassant en hauteur.
Quand les deux fours ont redémarré, l’exploitant a réussi à vider la fosse
en moins de dix jours en mettant ses deux fours en surcharge !
Le bassin de rétention des rejets
liquides a eu son « liner » d’étanchéité soulevé par la poussée
artésienne en mars 2000. C’est seulement en juin 2001 que les membres de la
CLIS en ont été informés. Ce revêtement a donc été refait, et un
dispositif de drainage a été mis en place.
Les rejets liquides sont envoyés
dans le canal de LUNEL, réputé non étanche vis à vis de la nappe d’eau
potable.
Le Ministère de l’environnement
avait demandé au préfet de faire supprimer les rejets liquides de l’incinérateur
avant décembre 2000. Aujourd’hui rien n’est fait et il est fortement
question de doubler la capacité de cette usine pour y accueillir les déchets
de Montpellier, ce qui doublerait la pollution.
Des prélèvements effectués par
les associatifs sur les raisins du vignoble jouxtant l’incinérateur, ont révélé
un accroissement des teneurs en plomb, arsenic et cadmium, pour certains dans le
rapport de 1 à 10, en deux ans d’exploitation !