La commanderie de Balizy

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LA COMMANDERIE TEMPLIERE DE BALIZY
Avec la participation de l'Association Renaissance et Culture
Section Histoire et Archéologique de Longjumeau



PLUS DE VESTIGES DE LA COMMANDERIE





Monsieur Albert CHAUDUN, archéologue, membre de la Commission Départementale des Antiquités et des Arts poussa un cri d'alarme à propos de ce vestige qui disparaissait lentement. Il constata avec amertume que les ans et la négligence détruisaient peu à peu ce trésor local. Monsieur Chaudun décéda en 1946 sans avoir pu obtenir grâce pour le vieux pont. Voilà ce qu'il écrivait en 1930 au sujet du pont de Balizy.

"Le 11 Octobre, le vieux pont de Balizy, commune de Longjumeau, était mis par le Ministère des Beaux-Arts, à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.

Qu'est-ce donc ce pont de Balizy ?

C'est le seul reste de l'ancienne Commanderie des templiers fondée en cet endroit en 1288.

Et c'est en cherchant son emplacement qu'un amateur de nos antiquités régionales a découvert ce pont dans un fouillis inextricable de broussailles. Et pourtant ce pont destiné à couvrir le ruisseau du Rouillon de deux enjambées de large a trois arches et quarante mètres de long. C'est au pied de la grande arche qu'était gravée, horizontalement dans la pierre de base, la croix de Jérusalem, symbole de l'ordre du Temple.

Jusqu'à la première guerre mondiale, les abords du vieux pont étaient garnis d'arbres plusieurs fois centenaires couronnés de viornes géants qui donnaient au paysage un aspect curieusement romantique. Mais en 1920 la magnifique futaie fût abattue et les arbres, renversés en tous sens avec tout leur poids en travers des vieux ponts. C'est un miracle que ces derniers aient survécu au choc. Mais leurs blessures étaient graves. Les lotisseurs ont fait le reste. Non seulement ils ont démoli l'ancienne maison du fief qui pouvait encore défier les siècles, mais ils ont jeté bas ce qui restait de l'ancienne chapelle et ont mis en train la démolition du vieux pont pour faire servir les pierres au pavage des rues nouvelles ou pour faire de l'argent. Plus de 20 mètres cubes de pierres taillées ont été ainsi arrachées, mais la mutilation n'a heureusement pas atteint les arches. Il faudrait au plus tôt racheter ces pierres sur place pour faciliter la restauration du Monument. Où trouver les bonnes volontés nécessaires ?

La Commission des Antiquités, la Sauvegarde de 1'Art Français, le Ministre des beaux-arts, le Maire de Longjumeau, de riches mécènes même sont prévenus. Si toutes les bonnes volontés s'unissaient ce serait vite fait, mais ce serait trop beau. Le vandalisme passif fait plus de ruines que le vandalisme tout court.

Qui sauvera le plus vieux pont de l'Ile de France ?"


PRESENTATION

Les cartulaires du Temple étant incomplets, ce n'est que sur celui de l'Ordre de Malte qu'apparaît pour la première fois cette commanderie, ou l'origine y est clairement établie.

En juin 1288, le chevalier Guillaume Bataille, vend sa ferme à frère Jehan de Tour, trésorier de la Maison du Temple à Paris pour la somme de 4400 livres parisis. Comme cette terre relevait de la couronne, Philippe le Bel en approuva la vente par une chartre datée du mois de juin 1289, (Archives Nationales S 5094 N° 31 et 29). Bientôt une petite commanderie avec chapelle s'y élève. Elle est située vis à vis de la ferme de l'autre côté de la grande rue de Balizy.


Plan d'après le cadastre de 1770 - 1780

La maison seigneuriale possédait 110 arpents de terre avec les divers droits seigneuriaux : four banal, droit de pêche dans l'Yvette, droit de pâture sur la montagne d'Epinay et au Rouillon. Elle possédait également un cens à Balizy, à Longjumeau et divers lieux circonvoisins.

Après sa fondation, on ne retrouve trace de la commanderie que dans la deuxième partie du XVème siècle. C'est en 1456 que frère Regnault Gouré, religieux de l'Hôpital, obtient du grand prieur de France la jouissance du domaine en récompense de services rendus.

Grâce à un inventaire détaillé qui fut dressé bien après la Révolution, nous avons quelques précisions sur ce que fut cette commanderie.

LA CHAPELLE SAINT-JEAN

"Cette chapelle située vis à vis de la ferme de l'autre côté de la rue contient 7 toises ½ de long sur 3 ½ de larges. L'autel et ses accessoires sont en bon état mais les Commissaires Visiteurs de l'ordre ont prescrit la réfection entière du plancher qui est au dessus de ladite chapelle ainsi que des réparations aux plusieurs lézardes intérieures et aux deux fenêtres latérales. Le service divin ne s'y fait plus depuis longtemps, faute d'ornements, linge, calice, ce qui a été l'objet particulier d'une ordonnance de visite par les commissaires."

LA MAISON SEIGNEURIALE

"La maison, la ferme et les jardins contiennent en totalité environ 5 arpents et est divisés comme ci-après : l'habitation est composée de 10 à 12 pièces tant grandes que petites, dont quatre servent de logement au garde et au jardinier, le reste ainsi que les écuries et le grenier est dans le plus mauvais état possible tant pour la maçonnerie que pour la charpente et la couverture. C'est pourquoi nous disons que tout sera entièrement démoli et qu'il sera aux lieux et place de ceux existant fait un logis entre cour et jardin."

LA FERME

"On entre dans la cour de la ferme par une grande porte à droite de laquelle est une grange couverte en tuile et en très bon état. Derrière la grange est une orangerie en appenti et une autre petite grange à fourrage, le tout est en très bon état. Attenant à la dite grange est un colombier fait à neuf, à pied carré, sous lequel est une étable. En retour est un bâtiment servant de toit à porcs et d'étable à vaches entièrement en ruine et à reconstruire. Derrière le dit bâtiment est un jardin fermé de murs dans lequel est un canal. En retour est une seconde grange de cinq travées aussi couverte de tuiles. Il convient faire une recherche à la couverture et plusieurs reprises aux deux pignons. Ensuite est un mur de clôture dans lequel est pratiquée une porte attenante à la dite grange. Le domaine de la ferme de Balizy comprend 90 arpents de terre labourable et 18 arpents de pré."
Il est à noté, qu'à part la date ou le Temple devient propriétaire de la ferme de Balizy, tout ce qui précède est postérieur à cette époque. Il est donc difficile d'affirmer ce qu'était cette préceptorie à l'époque des Templiers. Il est très probable que les dons et héritages ont rapidement agrandis leur domaine, souvent des terrains incultes leurs étaient cédés.

Après la chute de l'ordre du Temple, les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem héritèrent de Balizy. Leurs règles étant différentes, ils remanièrent et construisirent certainement de nouvelles bâtisses que maintenant il est très difficile de différencier.


LE PONT DE BALIZY

Le pont de Balizy


RESTAURATION DU PONT DE BALIZY

C'est grâce à la persévérance de Monsieur Pautet que le pont de Balizy fut sauvé de la ruine. En 1967 et avec son équipe, ils déblayèrent et déboisèrent les abords du pont. Mais les dégradations étaient à la hauteur des travaux. Une arche s'était complètement effondrée tandis que seul restait un lambeau central de la deuxième arche. Quant aux claveaux, ils étaient éparpillés, certains brisés. Les abords des deux arches étaient transformés en marécage et le Rouillon comblé de branches et de détritus.

Dessin de G. Amaury
Avril 1967. Les arches "A" et "B" vues d'aval. L'arche "A" est entièrement écroulée. A gauche il ne reste que la partie centrale de l'arche "B". Des deux côtés du pont s'est formé un marécage. (Commentaire G. Amaury)

Le travail ingrat et bénévole vint rapidement à bout de l'enthousiasme des volontaires. Ce fut donc avec une équipe restreinte mais décidée que se poursuivirent les travaux. Le plus décourageant pour cette petite équipe, ce fut les actes répétés de vandalisme. Pancartes d'information brisées, démolition systématique du travail fraîchement fait, écroulement des murs encore sur place et sans cesse débris et détritus jetés dans le cour du Rouillon ravinant encore davantage. Toute cette malveillance n'était pas due seulement aux jeunes, mais hélas à certains adultes qui s'en amusaient.


Les efforts employés pour le sauvetage ont pourtant été les plus forts, et sont venus à bout d'environ :
50 m3 d'arbres poussés sur les ponts et morts, abattus et dégagés du lieu.
80 m3 de terre remuée pour assécher les marécages.
10 m3 de grés et pavés triés et mis en tas.
25 m3 de pierres meulières et pierrailles triées et mises en tas.
60 m3 de terre déplacée recouvrant des murs de soutènement inconnus.
12 m3 de pierres, vase et détritus enlevés sous la grand arche.
25 m3 de ciment, de blocage et de murs remontés.
55 m3 de remblais recouvrant le pavage.
Juillet 1967. L'arche "A" est dégagée. 17 mètres cubes ont déjà été déblayés. Il ne reste que le sommier qui est en mauvais état. A droite, la base de l'éperon. Au premier plan, les claveaux triés.
(Commentaire G. Amaury)


Dessin de G. Amaury

Les travaux se poursuivirent ainsi, jusqu'à ce jour du 8 septembre 1974, ou la petite équipe au nombre de trois (comme souvent), après avoir dégagé le ruisseau pour en baisser le niveau, vit en lumière rasante, au pied de l'arche, la fameuse croix templière si longtemps recherchée. Cette croix avait disparu après la guerre, et des légendes affirmaient qu'elle avait été volée. Elle est gravée horizontalement et mesure 17 cm de long sur 16 cm ½ de haut.


Dessin de G. Amaury
La forme de cette croix n'a jamais été bien définie et les tracés les plus divers ont été avancés. Le fait qu'il n'y ait pas accord laisse supposer qu'il y avait plusieurs croix. (Commentaire G. Amaury)

Grâce aux archéologues amateurs de Monsieur Amaury, d'un pont dont pratiquement plus rien ne subsistait, ils firent l'ensemble que l'on peut admirer aujourd'hui. Un exemple qui mériterait d'être suivi, celui d'une commune qui s'organise autour d'une équipe pour revaloriser son patrimoine historique et archéologique.



PRECEPTEURS & COMMANDEURS


Ordre du Temple
1288 : Frère Jean de la Tour, trésorier de l'Ordre du Temple de Paris.
Ordre de Saint Jean de Jérusalem, de Rhodes puis de Malte
1386 :
1437 :
1456 :
1486 :
1726 :
1741 :

1745 :
1759 :
1784 :
1788 :
Frère Jean le Roy
Frère Jehan Saubert
Frère Regnault Gouré, religieux de l'Hôpital.
Frère Antoine de Baucourt
Pierre Pallois.
Jean Merle de Blanc Buisson. Il est également commandeur des Grand et Petit Déluge près de Marcoussis.
Sieur Doissy.
Le baron de Chabrillat, Grand Bailli de l'Ordre de Malte.
Le Chevalier de Chabrillac.
Alexandre Emmanuel, Grand Croix de Saint-Jean de Jérusalem,


DOCUMENTATION


MANNIER (E.) : Les Commanderies du Grand-Prieuré de France. Editions Gérard Montfort (1987).

LECHAUDE D'ANISY : Documents historiques touchant les Templiers et les Hospitaliers en Normandie. Mémoire de la Société des Antiquaires de Normandie. Série II, volume IV. Caen 1844.

DUMONTIER (Michel) : Sur les pas des Templiers en Bretagne, Normandie et Pays de Loire. Copernic (1980).

LASCAUX (Michel) : Les Templiers en Normandie. Ouest France (1983).

L'INSOLITE N° 15B : SPECIAL ORDRE DU TEMPLE. Reprend les textes présentés sur les panneaux de l'exposition ''A la rencontre des Templiers''.

L'INSOLITE N° 16B : SPECIAL ORDRE DU TEMPLE. Importante bibliographie consacrée à l'ordre du Temple.

L'INSOLITE N° 21 : Spécial Ordre du Temple. CROISES, TEMPLIERS et HOSPITALIERS : Archives de l'Empire. Publication d'un manuscrit dont l'auteur anonyme a listé, à partir des cartons des archives, un grand nombre de personnages, leur fonction et appartenance à un site. 100 pages illustrées de cartes postales anciennes.