Les théories "dissidentes" sur le Sida : le mensonge
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Candide - 3 janvier 2005
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Ce site s'adresse aux internautes qui ont pu être confrontés aux théories "dissidentes" sur le Sida. Ces théories prétendent que le VIH n'est pas responsable du Sida, que ce sont au contraire les traitements qui provoquent le Sida, qu'il ne faut pas se soigner lorsqu'on déclare la maladie, que les lobbies pharmaceutiques cherchent à empoisonner la population, que l'épidémie du Sida n'est pas aussi dramatique que ne le prétendent les autorités, etc.
Face à la prolifération de ces thèses sur Internet, il n'est pas inutile de rassembler quelques éléments contradictoires. Les personnes qui s'appliquent à diffuser les thèses "dissidentes" du Sida utilisent de multiples arguments qui peuvent déstabiliser tout un chacun. Pourtant, il est assez simple de réfuter ces thèses en mobilisant les ressources disponibles sur Internet. Mais la collecte des informations contradictoires en provenance de diverses sources demande un effort non négligeable, d'autant que les analyses les plus détaillées figurent sur des sites anglo-saxons.
Cet article est le fruit de cet effort de collecte de l'information. Si Internet est un moyen de propager les rumeurs, il est également un instrument permettant de contrer celles-ci, en donnant à tout internaute le pouvoir d'investigation.
Sommaire
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a)
Principales conclusions |
3) La question des traitements
| a) Se
soigner ou pas ? b) Témoignages c) Les traitements sont efficaces d) Et pour l'avenir ? |
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a)
Un goût prononcé pour la polémique |
5) Le danger de ces thèses : le risque de désinformation
6) Quelques chiffres sur le VIH et le Sida
a) Principales conclusions
Ces thèses peuvent se présenter sous différentes formes. Elles sont relayées par de multiples individus, qui ne partagent pas toujours les mêmes intentions ni les mêmes conclusions. Dans cette nébuleuse, plusieurs idées sont récurrentes :
• Le VIH
(virus de l'immunodéficience humaine) n'est pas à l'origine
du Sida (Syndrome immunodéficitaire acquis).
• Le virus
n'a jamais pu être isolé, ni photographié, il n'existe aucune publication
scientifique qui apporte la preuve de l'existence du virus
• Le professeur Montagnier est revenu sur ses positions, il est aujourd'hui
"dissident"
• Les
traitements pour lutter contre la maladie ne sont pas efficaces ; au contraire,
ils sont nocifs et tuent plus de gens qu'ils n'en sauvent ; il ne faut donc
pas chercher à se soigner mais continuer à mener une vie normale
comme si de rien n'était.
• Les tests de dépistage du VIH ne sont pas fiables ; cela ne sert
donc à rien de faire ces tests.
• Le Sida ne touche que certains groupes : les homosexuels, les toxicomanes,
les populations des pays en voie de développement ; on ne devrait donc
pas s'inquiéter du Sida.
• En Afrique, les morts du Sida ne sont pas si nombreux qu'on veut bien
le dire ; il y a bien d'autres causes à la mortalité dans ces pays,
telles que le paludisme, la tuberculose, la pauvreté
• Les médias,
les gouvernements et les laboratoires pharmaceutiques manipulent l'opinion
publique ; grâce à Internet, la vérité éclatera
bientôt au grand jour.
De nombreux arguments viennent alimenter la rhétorique "dissidente". Signalons les plus cités :
• Le Président
de l'Afrique du Sud, Thabo Mbeki, est un fervent défenseur des thèses "dissidentes" du
Sida. L'ancien bras droit de Nelson Mandela dirige aujourd'hui la
première puissance économique africaine ; il a été réelu
démocratiquement
en 2004 et ne pourrait pas prendre la responsabilité de propager
des thèses invalides.
• L'association
Act Up San Francisco défend également la "dissidence". Or,
comme tout le monde le sait, la ville de San Francisco est à la pointe
de l'innovation en matière de recherche sur le Sida.
• Le Prix
Nobel de chimie 1993, Kary B. Mullis, est un fervent défenseur des
théories "dissidentes" du SIDA.
• Le Professeur
Peter Duesberg, qui enseigne la biologie et la chimie moléculaire à l'université californienne
de Berkeley, défend les thèses "dissidentes". C'est
un chercheur reconnu, qui travaille au sein d'une institution reconnue.
• De nombreuses personnes atteintes du Sida ont fait le choix de ne pas
se soigner et elles se portent à merveille.
• Il existe une prime de 100 000$ pour toute personne capable d'isoler
le VIH. Cette prime n'a jamais été réclamée. On n'a
jamais pu photographier le virus du Sida. Le VIH n'existe pas et il n'y a pas
de lien entre le VIH et le Sida.
Plusieurs liens sont fréquemment cités. Ils se recoupent plus ou moins :
• Le site de Peter
Duesberg : http://www.duesberg.com/
• Act Up San Francisco : http://www.actupsf.com/
• Le site francophone $idasanté : http://perso.wanadoo.fr/sidasante/
• Virus Myth (A rethinking aid$ website) : http://www.virusmyth.net/aids/index.htm
• Alive and Well ( the other side of Aids) : http://www.aliveandwell.org/
• Le groupe de Perth : http://www.theperthgroup.com/
2) Les théories "dissidentes" ne résistent pas à l'examen
On peut trouver sur Internet une multitude de réfutations de l'argumentaire "dissident". Le NIAID, un institut de recherche du ministère de la santé américain, donne même une réfutation, point par point, de chaque affirmation "dissidente". Plusieurs scientifiques se sont exprimés sur le sujet. Certains ont même débattu pendant plusieurs années avec les "dissidents". Aujourd'hui, la communauté scientifique se donne rarement la peine de polémiquer. Le débat est clos depuis 2000. Il ne reste plus aux "dissidents" qu'Internet pour propager leurs rumeurs. Rares sont ceux qui arrivent encore à piéger les journalistes avec leurs thèses provocatrices.
a) Les positions d'Act Up San Francisco sont condamnées par le réseau Act Up
Effectivement, Act Up San Francisco est acquise à la cause "dissidente". Mais il est nécessaire de rappeler quelques points importants.
Act Up (Aids Coalition To Unleash Power) a été fondé à New York en 1987 par Larry Kramer. Cette association a inspiré la création d’autres groupes aux Etats Unis puis en Europe. Aux Etats-Unis, les trois associations les plus importantes sont celles de San Francisco, New-York et Philadelphie.
Or, à San Francisco, il n'y a pas une, mais deux associations. En effet, le 13 septembre 1990, des divergences importantes entre les membres ont conduit l'association à se scinder en deux groupes : Act Up San Francisco et Act Up Golden Gate [Aids Treatment News, octobre 1990]. Le divorce portait sur la philosophie et les moyens de l'action militante. Act Up san Francisco a choisi l'action radicale dans un registre de contestation systématique. Act Up Golden Gate a souhaité ne pas se limiter aux actions contestataires, préférant travailler avec les différents acteurs concernés par le problème du VIH/Sida, notamment pour rendre les traitements plus accessibles.
Dix ans plus tard, Act Up Golden Gate décide de changer de nom, considérant que "le nom d'Act Up a été détruit dans cette ville" [Aids Treatment News, 21 avril 2000]. L'association s'appelle désormais Survive Aids. Ses membres estiment en effet qu'il faut absolument éviter la confusion avec Act Up San Francisco, qui défend les thèses "dissidentes". Parmi les nombreux faits d'arme d'Act Up San Francisco il y a par exemple cette intervention musclée lors d'une conférence sur les traitements contre le Sida, organisée à San Francisco en avril 2000 [The Bay Area Reporter, avril 2000].
Aujourd'hui, c'est l'ensemble de la communauté Act Up qui rejette Act Up San Francisco. Act Up Paris déclare ainsi : "Act Up-San Francisco utilise non seulement la violence dans ses actions mais prétend que 'les antirétroviraux tuent les malades du sida'. Act Up-San Francisco est exclu de toutes les manifestations organisées par les autres Act Up" [Act Up Paris, juillet 1996]. Act Up New York déclare : " Act Up San Francisco a été désavoué et rejeté par le réseau Act Up, notamment par Act Up Philadelphia, New York, Washington, Paris, Ft. Lauderdale, Nevada East Bay, Cleveland, Boston, Los Angeles and Survive AIDS, anciennement Act Up Golden Gate" [Act Up New York, mars 2000].
b) Thabo Mbeki est finalement revenu sur ses positions
Thabo Mbeki est président d'Afrique de Sud depuis 1999. Cet économiste, qui fut le bras droit de Nelson Mandela entre 1994 et 1999, est élu démocratiquement une première fois, puis réélu en 2004. Thabo Mbeki est membre de l'ANC, le parti historique de Nelson Mandela, qui a longtemps combattu l'Apartheid.
Lorsqu'il arrive au pouvoir, Thabo Mbeki "sème un profond trouble en reprenant à son compte des théories d'arrière-garde formulées par des «experts» dissidents. A les écouter, le lien entre virus VIH et sida ne serait pas établi avec certitude..." [L'express, 5 avril 2001]. Dès lors, pendant plusieurs années, Thabo Mbeki refuse de faire le lien entre VIH et Sida, il conteste l’efficacité des anti-rétroviraux, qu'il compare à des poisons [AFP, 24 octobre 2001] et préconise à la place une préparation à base d’ail, d’oignon et d’huile d’olive. Il considère encore que le Sida est loin d'être une des causes principales des décès en Afrique du Sud " [AFP, 10 septembre 2001]. Zackie Achmat, fondateur de TAC, une association de lutte contre le SIDA, décrit les obsessions de Thabo Mbeki : « Mbeki est sujet à l'insomnie. La nuit, il surfe sur Internet. Un soir, il est tombé sur un site qui affirme que l'AZT, l'un des médicaments antirétroviraux, était un poison dont les effets étaient pires que la maladie. En particulier pour des Noirs, dont la constitution et le régime alimentaire diffèrent de ceux des Européens et des Américains. Depuis, il s'interroge: ''Le sida est-il une invention raciste? ''» [L'Express, 13 novembre 2003].
Pendant de nombreuses années, aucune disposition sérieuse n'a donc été prise pour lutter contre la maladie. Ainsi, "non content de mettre en doute l'existence du VIH, il refuse de laisser délivrer aux femmes enceintes séropositives des médicaments aussi peu coûteux et presque "de base", comme l'AZT ou la névirtapine, qui permettraient de réduire de moitié la contamination des nouveaux-nés. L'Afrique du Sud est le pays du continent qui compte le plus grand nombre de malades, 4,2 millions sur une population totale de 41 millions. Chaque mois, il y naît 5.000 enfants porteurs du virus qui, sans médicaments, ne dépasseront pas l'âge de 10 ans. Et chaque mois, 2.400 bébés meurent du SIDA dans ce même pays" [AFP, 14 juillet 2000]. Médecins sans Frontières s'indigne d'une telle attitude et rappelle que les statistiques du Conseil de la recherche médicale sud-africain établissent que le Sida "est non seulement la cause principale de décès en Afrique du Sud, mais qu'il pourrait dépasser toutes les autres causes de décès réunies" [AFP, 10 septembre 2001]. Un rapport récent de l'Organisation Mondiale de la Santé et de l'Organisation des Nations Unies indique qu'aujourd'hui, l'Afrique du Sud est un des pays d'Afrique les plus touchés par l'épidémie [ONU-OMS, Onusida, juillet 2004].
Nelson Mandela lui-même regrette les prises de positions de son successeur. Lors de la clôture de la 13e conférence internationale sur le Sida, qui s'est déroulée à Durban en juillet 2000, Nelson Mandela rappelle que la controverse suscitée par Thabo Mbeki "détourne sans le vouloir des réelles questions de vie et de mort auxquelles nous sommes confrontés"[AFP, 14 juillet 2000]. Dans un entretien publié en septembre 2000 par le quotidien Daily News de Durban, Nelson Mandela dit partager "l'opinion dominante qui prévaut à travers le monde", selon laquelle le VIH est la cause du syndrome [AFP, 28 septembre 2000]. Rejetant les positions sur le Sida de son successeur, l'ancien président estime que Thabo Mbeki "doit subir de temps en temps une critique sévère", même s'il "agit très bien" en tant que président. Nelson Mandela rappelle qu'il ne changerait d'avis sur les causes du Sida que si la recherche scientifique montrait "de manière concluante que cette position est fausse [...]". Il tance Thabo Mbeki en lui rappelant qu'il faut être "prudent" quand on est un homme politique, car "quand on prend une position, on peut se retrouver dans une situation où des principes établis sont sapés, parfois sans base scientifique" [AFP, 28 septembre 2000]
En 2001, le vent commence à tourner. La posture de Thabo Mbeki est de moins en moins soutenable. Des personnalités politiques de son pays, de membres de son propre parti, les gouvernements étrangers, les associations de lutte contre le Sida, les scientifiques nationaux et internationaux ne cessent de le contredire. L'opinion publique devient de plus en plus méfiante vis-à-vis de son président. Le discours officiel change progressivement. Ainsi, le Dr Nono P. Simelela, directrice du programme VIH-Sida au ministère sud-africain de la Santé, explique en mai 2001 : " Ce sont les médias qui ont alimenté la controverse. Qu'a dit Thabo Mbeki? Qu'il fallait avoir une approche large en prenant en compte tous les problèmes d'un pays en développement. Il a raison. […] Les gens qui nous critiquent sont souvent ceux qui gouvernaient le pays avant notre arrivée au pouvoir en 1994. Eux, qu'ont-ils fait lorsqu'ils étaient aux commandes pour contrer le sida? Strictement rien. […] Croyez-moi : nous avons la conscience tranquille. Parce que nous savons que les premiers responsables des ravages du Sida en Afrique sont l'égoïsme des laboratoires pharmaceutiques et l'absence de morale des faiseurs de profit" [L'Express, 5 avril 2001].
Deux ans plus tard, à l'approche des élections présidentielles, Thabo Mbeki se décide enfin à autoriser la distribution des médicaments anti-VIH en Afrique du Sud [L'Express, 13 novembre 2003]. Après avoir longtemps tergiversé, à cause des fantasmes de son Président, l'administration sud-africaine se lance finalement dans la protections des personnes vivant avec le VIH/Sida.
Combien de personnes sont-elles mortes entre-temps ? L'éditorial de la revue scientifique The Lancet consacré au Sida en juillet 2004 indique qu'un des principaux facteurs de propagation de l'épidémie du Sida dans le monde tient au comportement des autorités face à la crise. L'épidémie n'est pas la même dans chaque pays ou dans chaque région de la planète car les gouvernements n'ont pas réagi de la même manière. "Là où il y a eu une action gouvernementale rapide, comme en Ouganda, en Thaïlande, au Cambodge, le développement de l'épidémie a été infléchi et des millions de vies ont été sauvées. Dans les autres régions, où les chefs politiques ont été lents à réagir effectivement, le virus continue de se répandre de manière non contrôlée" [The Lancet, 3 juillet 2004].
c) Kary Mullis est incompétent en matière de recherche sur le Sida
Kary Mullis est Prix Nobel de chimie en 1993. Plus exactement, il partage ce prix Nobel avec le Canadien Michael Smith pour avoir découvert une méthode permettant de manipuler les molécules d'ADN et les molécules de séquences protéiques. Kary Mullis a découvert la réaction en chaîne de la polymérase (PCR), une technique qui a révolutionné la biologie molléculaire. C'est par ailleurs un personnage iconoclaste et provocateur, un touche à tout qui n'hésite pas à donner son avis dans de nombreux domaines, même ceux dans lesquels il n'est pas compétent.
Sur son site personnel, il présente sa découverte sur la PCR, évoque son prix Nobel et parle de son livre Dancing Naked in the Mind Field (1998). Ce livre est principalement autobiographique, mais il est également question d'araignées venimeuses, de réchauffement climatique, d'astrologie ("l'astrologie est un outil utile pour comprendre les êtres humains"), d'O. J. Simpson, de la manière d'allumer une ampoule par la pensée et du VIH/Sida. Voici comment la revue scientifique The Lancet présente ce livre, dans un article intitulé "Surely, you're joking Mr Mullis ?". La revue précise qu'il ne s'agit pas d'un livre scientifique et que "le sujet le plus intéressant de ce livre, c'est l'auteur lui-même. Un portrait saisissant se fait jour, celui d'un homme complexe, unique ; Mullis se révèle brillant, créatif, indépendant, excentrique, à la fois enfantin et impulsif, mais, par dessus tout, jamais ennuyeux". Mais The Lancet précise aussi que "certaines de ses histoires sont bizarres [... et que] parfois, il va trop loin, comme dans sa thèse peu convaincante selon laquelle le VIH n'est pas lié au Sida" [The Lancet, 3 avril 1999].
En novembre 1998, Mullis est présenté par la chaîne de télévision Arte de cette manière :" Drôle de savant ! À 52 ans, Kary Mullis a fait faire des progrès considérables à la recherche sur le génome humain. Il a inventé la méthode PCR d’analyse du matériel génétique, ce qui lui a valu le Prix Nobel. Ce chercheur revendique le droit d’être marginal, jusqu'à choquer l’establishment scientifique américain. Sa dernière lubie : prélever des cellules du patrimoine génétique de certaines personnalités pour les intégrer dans des bijoux ! Fou médiatique ou génie en mal de célébrité ?" [Arte, Archimed, novembre 1998].
Dans sa préface du livre de Peter Duesberg, Inventing the AIDS virus (1996), Kary Mullis reconnaît qu'il n'est pas spécialiste de la recherche sur le Sida. Il écrit qu'en 1988, " le Syndrome d'Immunodéficience Acquise (SIDA) était quelque chose à propos duquel [il] ne [savait] pas grande chose". Qu'à cela ne tienne, Mullis va prendre le contre-pied de l'ensemble de la communauté scientifique, en défendant les idées du Professeur Duesberg, qu'il "aime et respecte", et selon lequel le VIH ne serait pas responsable du Sida. Sa conviction repose sur le fait que personne, parmi les scientifiques qu'il croise ici ou là, n'est capable de lui donner une référence scientifique qui prouve que le VIH est responsable du Sida. "Nous savons que l'erreur est humaine, mais l'hypothèse VIH/SIDA est une erreur diabolique. Je dis cela à voix haute en tant qu'avertissement. Duesberg le dit depuis très longtemps. Lisez son livre ! " [Préface du livre de Peter Duesberg, Inventing the Aids virus, 1996].
Deux ans plus tôt, Kary Mullis était intervenu au 28e Congrès annuel scientifique de la European Society for Clinical Investigation pour présenter son point de vue sur le Sida et le VIH. Dans un courrier à la revue scientifique Nature, John Martin, le président de cette société, raconte comment "il l'a interrompu au bout d'une demi-heure car son discours ressemblait trop à des divagations, au contenu indigne d'un chercheur de son rang" [Nature, 8 septembre 1994]. Nature rapporte d'autres propos tenus par Mullis selon lesquels la mort des enfants séropositifs est causée par leur régime d'AZT. Dépité, David Dickson conclut son compte rendu par cette phrase : "la plupart de membres de la communauté scientifique rejettent avec mépris les théories du camp de Mullis". Ce rejet ne semble pas le déranger, alors même que "les personnels de santé qui travaillent sur le Sida se plaignent que la propagation de ces idées sape leur travail" [Nature, 9 juin 1994].
La publication du livre de Kary Mullis en 1998 relance la polémique. Dans une interview au Washington Post, Stephen O'Brien, directeur du Laboratory of Genomic Diversity du ministère de la santé américain confirme que l'opinion de Mullis sur le Sida est une croyance très minoritaire dans le milieu scientifique ; il considère que ces idées sont un "non-sens" [Washington Post, 3 novembre 1998].
Il ne s'agit pas de monter ici un procès en sorcellerie, mais on peut tout de même se demander ce qui a poussé ce chercheur à défendre les thèses "dissidentes". Un point mérite d'être signalé, qui permet de comprendre un des ressorts psychologiques du personnage. Dans une interview au Guardian, Kary Mullis revient sur l'invention de la PCR, qui a permis d'accélérer la cartographie du génome humaine. Au cours de son interview il se déclare favorable à une certaine forme d'eugénisme. Il espère que cette invention pourra permettre de contrôler les prochaines générations et changer l'humanité, en sélectionnant les meilleurs gènes. "Ne voudriez-vous pas que tout le monde soit plus drôle ? Etre plus intelligent, plus heureux, plus performant, meilleur en sport, avoir une plus grande intelligence, n'êtes-vous pas pour cela ? Ces types d'options seront disponibles aux futurs parents, et cela ne m'inquiète pas. J'aime les femmes belles, intelligentes et drôles et j'aimerais qu'il y en ait davantage" [The Guardian, 19 avril 1999].
Kary Mullis est également co-fondateur de l'entreprise Stargene, qui vend des pierres précieuses renfermant les gènes de personnages célèbres, tels que Marilyn Monroe, J.F. Kennedy et Napoléon. En 2000, il a rejoint une organisation visant à réformer les lois sur la marijuana. Sa crédibilité scientifique a été sérieusement égratignée dans la controverse sur le Sida. Son statut de prix Nobel n'est plus une carte de visite suffisante pour lui permettre de débattre avec la communauté scientifique travaillant sur le VIH/Sida.
d) Peter Duesberg est mis au ban de la communauté scientifique pour ses positions sur le Sida
Voici comment Robert Gallo parle de Peter Duesberg en 1984, trois ans avant que n'éclate la polémique : " Il y a chez lui quelque chose d'aussi important que ses recherches. Peter Duesberg est doué d'un sens critique hors du commun qui nous force souvent à regarder à deux fois, et même à trois fois, des conclusions que beaucoup d'entre nous considéraient comme définitives. Ses critiques posent parfois un problème majeur à ceux qui le connaissent mal. Quand est-il vraiment en train de débattre ? Quand se fait-il plutôt l'avocat du diable ? Et quand est-il le diable lui-même ? " [Science et Avenir, janvier 2002].
Dans un article de la revue Scientific American mis à la disposition des visiteurs du site de l'université de Berkeley – où enseigne Duesberg –, on trouve une biographie de ce chercheur sulfureux. Originaire d'Allemagne, où il est né en 1937, Peter Duesberg est au sommet de sa carrière scientifique dans les années 1960-1970. Il a en effet réalisé d'importantes découvertes sur le cancer alors qu'il n'était âgé que de 33 ans. Aujourd'hui, plusieurs des collègues avec lesquels il travaillait à l'époque sont devenus des chercheurs très influents. L'un d'entre eux est prix Nobel et la plupart dirigent des laboratoires aux budgets conséquents. Le parcours de Peter Duesberg est moins brillant : il est aujourd'hui au ban de la communauté scientifique. Il prétend que ses déboires ont commencé en 1983, alors qu'il ne travaillait pas encore sur le VIH/Sida. Le fait est que, dès les années 1980, Peter Duesberg semble déjà sur la pente descendante : il publie de moins en moins d'articles et il est de moins en moins souvent cité. Son déclin scientifique s'accélère en 1987 et 1988, lorsqu'il commence s'intéresser au Sida.
En 1987, Peter Duesberg publie un article dans lequel il prétend que le VIH n'est pas responsable du Sida [Cancer Research, mars 1987]. En fin d'article, il remercie de plusieurs personnes pour avoir relu son article ; il remercie également Robert Gallo pour les discussions qu'ils ont pu avoir ensemble, et que l'on imagine houleuses... Il récidive dans un article publié dans Science l'année suivante, avec le titre provocateur "HIV is not the Cause of AIDS" [Science, juillet 1988].
"Sa position n'a jamais convaincu qu'une minorité de scientifique" [Scientific Americain, juillet 2001]. Mais, pendant de nombreuses années, la communauté est restée partagée quant à l'attitude à adopter vis-à-vis des thèses de Peter Duesberg. Faut-il débattre ou non ? Polémiquer avec Duesberg, c'est lui faire beaucoup de publicité injustifiée. Se taire, c'est prendre le risque de laisser courir la rumeur. Par exemple, en 1994, de nombreux chercheurs ont critiqué l'AAAS (The American Association for the Advancement of Science) pour avoir subventionné une conférence dans laquelle les intervenants ont débattu avec Kary Mullis et Peter Duesberg sur la question du lien entre le VIH et le Sida. "Ce groupe nie les faits scientifiques [...] Il n'y a pas de doute selon lequel le VIH est responsable du Sida. Quiconque fait de la publicité et prétend le contraire encourage les gens à prendre des risques pour leur vie" [Nature, 26 mai 1994].
En 1995, de nouvelles découvertes infirment une nouvelles fois les théories de Peter Duesberg. Voici ce qu'écrit John Maddox, rédacteur en chef de la revue Nature, dans le Monde : "Les découvertes récentes concernant l'histoire naturelle de la maladie modifieront de manière radicale la recherche sur le sida et conduiront à de nouvelles méthodes de traitement. Elles discréditent aussi, en passant, ceux qui prétendent que le virus du sida n'est pas la cause de cette maladie, une théorie défendue notamment par le professeur Peter Duesberg de l'université de Californie à Berkeley" [Le Monde, 13 janvier 1995].
Malgré la multiplication des articles scientifiques qui démontrent l'invalidité des thèses "dissidentes", la polémique perdure. En 1996, Arte diffuse un documentaire de Daniel Leconte qui fait l'effet d'une bombe. Voici ce qu'on peut lire dans Le Monde à ce sujet "En diffusant les thèses iconoclastes du professeur Peter H. Duesberg sur la physiopathologie de cette maladie, la chaîne culturelle Arte fait-elle oeuvre utile ? [...]. Mais sans doute est-il difficile, à la télévision plus qu'ailleurs, de faire l'économie du spectaculaire et de la provocation. Pourquoi bouder son plaisir quand, face à ses caméras, quelques noms prestigieux déclarent que le VIH n'est pas ou peut-être pas seulement à l'origine du sida ?" [Le Monde, 14 mars 1996]. Dans Libération : " Le problème, c'est qu'en faisant de Peter Duesberg - chercheur américain qui prêche depuis quinze ans que le VIH n'est pas la cause du sida - le symbole des doutes qui planent sur l'épidémie, Leconte et son réalisateur apportent une mauvaise réponse à une bonne question. D'autant que, d'une émission par ailleurs intéressante sur le sida, c'est ce documentaire, provocateur et superficiel, qui force l'attention. Car on peut sans doute tout dire, mais quand même pas n'importe quoi" [Libération, jeudi 14 mars 1996]. Les réactions à la diffusion de ce reportage ne se sont pas fait attendre. Pour Patrick Chanson, de l'association Aides, "Le documentaire cautionne l'ignorance et la magouille au lieu des vérités scientifiques. En 1996, il n'y a pas de débat sur les théories de Duesberg. On nous montre un ensemble de problèmes qui ont reçu des réponses depuis longtemps. C'est un procédé malhonnête, même si son propos est démenti par le débat". Pour Luc Montagnier, "C'est un combat d'arrière-garde. La science, c'est certes le doute, mais pas seulement. Rappelons aussi qu'en ce moment des traitements antiviraux font naître des espoirs très sérieux.", Christophe Martet, d'Act Up Paris: "A quoi mènent ces polémiques anciennes quand il y a tant de malades, de problèmes de prise en charge et que le tiers monde est en train de crever du sida?" [Libération, 14 mars 1996]. En d'autres termes, Arte a commis un impair. France 2 ne fera pas beaucoup mieux huit ans plus tard en diffusant son reportage sur la contestation des origines du Sida (voir plus bas).
Certaines revues scientifiques ont accepté de débattre avec Peter Duesberg, lui offrant ainsi plusieurs chances de s'expliquer. C'était aussi l'occasion de montrer au grand public que les thèses "dissidentes" nient les faits scientifiques. Parmi les revues qui ont débattu avec Peter Duesberg, citons notamment Nature, Science, The Lancet, Cancer Research, Proceedings of the National Academy of Sciences, Journal of AIDS, The British Medical Journal, Chemical and Engineering News, etc. Il est donc inexact de dire, comme certains se plaisent à le répéter, que les thèses "dissidentes" sont censurées. Peter Duesberg lui-même ne peut pas défendre la théorie du complot, puisqu'il cite lui-même sur son site les revues dans lesquelles il a pu s'exprimer. Les travaux de Peter Duesberg ont été systématiquement infirmés, dans plusieurs revues, par plusieurs chercheurs, pendant de nombreuses années.
Le coup de grâce est venu en juillet 2000, lors de la 13e conférence internationale sur le Sida, qui s'est tenue à Durban, en Afrique de Sud. A cette occasion, plus de 5000 personnalités scientifiques (dont 9 prix Nobel) ont signé "la déclaration de Durban". Cette déclaration est un texte scientifique qui apporte les preuves de la causalité entre le VIH et le Sida. Le texte a été publié dans la revue Nature le 6 juillet 2000. Il entend répondre une fois pour toutes aux thèses "dissidentes". Compte-rendu dans le Monde : " Plus de 5 000 personnalités de plus de 50 pays ont signé la « Déclaration de Durban », réaffirmant que le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) est bien le responsable du sida. Une telle publication, alors que la responsabilité du VIH - sous ses deux types, VIH1 et VIH2 - est indiscutablement établie, pourrait paraître superflue si une vive controverse n'avait été soulevée en avril dernier par la révélation par le Washington Post d'une lettre adressée par le président sud-africain Thabo Mbeki à Bill Clinton et à d'autres dirigeants de la planète. Invoquant une spécificité africaine, M. Mbeki reprenait, sous forme d'interrogation, les thèses iconoclastes développées notamment par les Américains Peter Duesberg et David Rasnick récusant la responsabilité du VIH" [Le Monde, 11 juilet 2000].
Après cet échec cuisant, Peter Duesberg semble avoir abandonné la partie. Changeant son fusil d'épaule, il tentait de démontrer en 2001 que la communauté scientifique aurait perdu deux décennies à perfectionner une théorie incorrecte sur l'apparition du Cancer. D'où le titre de cet article de Scientific American : "Peter Duesberg : dissident ou Don Quichote ?". Interviewé dans cet article, Peter Duesberg "reconnaît que sa position combative dans le débat sur le Sida avait parfois des accents d'arrogance [...], 'à ce moment, concède-t-il, je pensais que j'étais invulnérable' [...] Duesberg est pessimiste sur le fait qu'il puisse un jour rejoindre ses pairs. 'Quand vous êtes en dehors de l'orthodoxie, ils ne vous rappellent pas'" [Scientific American, juillet 2001].
Sur le site personnel de Peter Duesberg, on trouve une page sur laquelle sont référencées ses différentes publications sur le Sida et le VIH. Cette bibliographie comprend 3 livres, 18 articles publiés entre 1987 et 1995, 34 lettres dans lesquelles il débat avec ses contradicteurs dans plusieurs revues scientifiques et 46 lettres de ses contradicteurs. On mesure à quel point l'effort de recherche de cet homme fut orienté vers la polémique. On comprend mieux ce commentaire de Robert Gallo : " Peter a un surnom, Battling Bulldog. Quand il plante ses crocs quelque part, un an plus tard, ou deux ans, dix ans, vingt ans, il ne lâche jamais prise" [Science et Avenir, janvier 2002].
e) Le VIH est responsable du Sida : les preuves scientifiques
On trouve de nombreux articles sur Internet qui démontrent que le VIH est responsable du Sida.
i) La déclaration de Durban
Pour les non-spécialistes, le plus clair est encore la déclaration de Durban, publiée dans Nature en 2000. On trouve une traduction française de cet article sur le site Survivre au Sida. Ce papier est synthétique et pédagogique, il comprend de multiples références bibliographiques. Rappelons que ce texte, reconnu par la communauté scientifique, a été signé par 5000 chercheurs internationaux, dont 9 prix Nobel. Il n'est pas inutile de présenter ici les principaux arguments développés :
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"La preuve que le sida est causé par le VIH-1 ou le VIH-2 est claire, exhaustive et non équivoque, et elle est conforme aux critères scientifiques les plus rigoureux (3) (4) (5) (6) (7). Les données respectent les mêmes critères que celles portant sur d’autres maladies virales, notamment, la poliomyélite, la rougeole et la variole : • Les malades atteints du syndrome de l’immunodéficience acquis, où qu’ils vivent, sont infectés par le VIH [3-7]. • Si elles ne sont pas traitées, la plupart des personnes infectées par le VIH manifestent les symptômes du sida dans les 5 à 10 ans (8) (9) La présence de l’infection par le VIH dans le sang est confirmée par des analyses d’anticorps, le séquençage des gènes ou les isolats viraux. Ces épreuves sont aussi fiables que celles dont on se sert pour déceler d’autres infections dues à un virus. • Les personnes qui reçoivent du sang ou des produits sanguins contaminés par le VIH contractent le sida, contrairement à celles qui reçoivent du sang non contaminé ou qui a subi un test de dépistage. (10). • La plupart des enfants qui contractent le sida sont nés de mères infectées par le VIH. Plus la charge virale de la mère est élevée, plus l’enfant est exposé au risque d’infection (11). • Dans le laboratoire, le VIH infecte les lymphocytes T auxiliaires. Or, toutes les personnes atteintes du sida développement une carence de ce type de globule blanc (12) (13) (14) • Les médicaments qui bloquent la réplication du VIH dans les éprouvettes diminuent la charge virale des personnes et ralentissent la progression du sida. Aux endroits où il est disponible, le traitement a diminué la mortalité due au sida de plus de 80 p. 100 (15). • Les singes inoculés à l’aide d’ADN de SIV cloné deviennent infectés et contractent le sida (16). Des données complémentaires probantes sont disponibles (17). Le VIH provoque le sida (18). Il est malheureux que quelques personnes continuent bruyamment à nier l’évidence. Cette position entraînera le décès d’un nombre incalculable de personnes." [...] (3)
Weiss R.A et Jaffe, H.W. (1990). Duesberg, HIV and AIDS. Nature,
345, 659-660. |
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ii) Une bibliographie sur les liens VIH - Sida
On trouve également, sur le site d'un institut de recherche sur la santé du Ministère de la santé américain (le NIAID, National Institut of Allergy and Infectious Deseases) plusieurs articles démontrant les relations entre le VIH et le Sida. Voici, pour commencer, une note de synthèse :
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"Pourquoi y a-t-il un consensus scientifique quasi général sur le fait que le VIH est la cause du sida ? Avant que l'infection du VIH ne devienne répandue dans la population humaine, les syndromes de type SIDA se produisaient extrêmement rarement, et presque exclusivement chez des individus dont on savait que le système immunitaire avait été gravement diminué à cause d’une chimiothérapie ou de certains types de cancers. Une augmentation marquée des infections inusuelles et des cancers caractéristiques de grave suppressions du système immunitaire ont été reconnues d’abord au début des années 1980 chez des homosexuels qui auraient normalement été en bonne santé, sans causes reconnues de suppression immunitaire. Une cause infectieuse du SIDA a été suggérée par le regroupement géographique des cas, de cas pouvant être reliés à un contact sexuel, des transmissions de la mère à l’enfant, et de transmission par transfusion sanguine. L’isolation du VIH de patients atteints du SIDA a fortement suggéré que le virus était la cause du SIDA. Depuis le début des années 1980, le VIH et le SIDA ont été à plusieurs reprises reliés dans le temps, l’endroit et le groupe de population. L’apparition du VIH dans les échantillons de sang a précédé ou coïncidé avec la survenance du SIDA dans tous les pays et les régions ou la SIDA a été remarqué. Des individus de tous âges et de beaucoup de groupes à risques – y compris des hommes qui ont eu des rapports sexuels avec des hommes, des enfants nés de mères infectées par le VIH, des hommes et des femmes hétérosexuelles, des hémophiles, des receveurs de sang et de produits dérivés du sang, des travailleurs hospitaliers, et d’autres pouvant être exposés à du sang contaminé, et des consommateurs de drogue – on tous développé le SIDA avec un seul dénominateur commun : l’infection par le VIH Le VIH détruit les cellules CD4+T, qui sont cruciales pour le bon fonctionnement du système immunitaire humain. En fait, la diminution des cellules CD4+T dans les individus infectés par le VIH sont un prédicat extrêmement fort du développement du SIDA. Des études sur des milliers d’individus ont révélé que la plupart des personnes infectées par le VIH portent le virus des années avant que des dommages suffisants soient faits au système immunitaire pour que le SIDA puisse se développer. Cependant, avec le temps, une corrélation presque parfaite a été établie entre l’infection au VIH et le développement conséquent du SIDA. Récemment développés, des tests sensibles ont montré une forte corrélation entre le taux de VIH dans le sang et le déclin des cellules CD4+T et le développement du SIDA. De plus, réduire le niveau du virus à l’aide de médicaments anti-VIH peut ralentir cette destruction du système immunitaire." [...] Liens et bibliographie # NIAID Fact Sheet: The
Evidence that HIV Causes AIDS. |
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iii) Démonstration du lien de causalité selon les postulats de Koch
Toujours sur le site du NIAID il y a cet article : "The Evidence That HIV Causes AIDS". Le texte a été rédigé une première fois en 1994 mais il est régulièrement mis à jour, la dernière édition datant du 20 novembre 2004. Cet article est en anglais, il est relativement long et détaillé, citant des articles parfois plus récents que ceux évoqués dans la déclaration de Durban. Il démontre le lien de causalité entre le VIH et le Sida, en s'appuyant sur les postulats de Koch. J'ai traduit le début de cet article :
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Parmi
les nombreux critères employés au cours
des dernières années pour prouver le lien entre les agents
pathogènes et une maladie, peut-être les plus cités
sont-ils les postulats de Koch, développés vers la fin
du 19ème siècle. Les postulats de Koch ont été interprétés
de manière différente par beaucoup de scientifiques, et
des modifications ont parfois été suggérées,
en particulier en ce qui concerne les virus. Cependant, les principes
de base demeurent les mêmes, et depuis plus d'un siècle,
les postulats de Koch, telles qu'ils sont exposés ci-dessous,
ont servi de test pour déterminer la cause de n'importe quelle
maladie épidémique : En ce qui concerne le postulat n° 1, de nombreuses études à travers le monde prouvent que les personnes atteintes du SIDA sont séropositives; c'est-à-dire qu'elles portent les anticorps qui indiquent l'infection. En ce qui concerne le postulat numéro 2, les techniques modernes de culture ont permis l'isolement du VIH chez la plupart des personnes atteintes du SIDA, ainsi que chez celles qui se trouvent aux premiers stades et aux derniers stades de la maladie VIH [note : la maladie VIH, c'est lorsque le virus commence à détruire les cellules coordonnant l'immunité ; on ne parle de Sida que lorsque le patient a déclaré une maladie opportuniste, profitant de la destruction des défenses immunitaires]. En outre, la PCR [note : la réaction en chaîne par polymérase, invention de Kary Mullis] et d'autres techniques moléculaires sophistiquées ont permis à des chercheurs de détecter la présence des gènes du VIH chez la plupart des patients atteints du Sida, ainsi que chez ceux qui se trouvent à des stades précédents de la maladie VIH. Le postulat n° 3 s'est notamment produit lors de trois accidents tragiques dans lesquels des chercheurs, alors qu'ils n'avaient aucun autre facteur de risque, on subi de sévères dépressions immunitaires après des expositions accidentelles à des virus concentrés et clonés du VIH dans leur laboratoire. […] Dans un autre accident tragique, la transmission du VIH a eu lieu d'un dentiste de Floride vers 6 de ses patients : la preuve de la contamination a été établie par l'analyse génétique du virus isolé. Le dentiste et trois de ses patients sont morts et un autre patient a développé le Sida. Cinq de ces patients n'avaient pas de facteurs d'exposition au VIH en dehors de ces multiples visites chez le dentiste pour des opérations chirurgicales […] |
Cet article se termine par une série de questions-réponses qui réfutent les mythes propagés par les "dissidents". Il répond donc, point par point, aux croyances suivantes : les tests VIH ne sont pas fiables ; il n'y a pas de Sida en Afrique, ce n'est rien d'autre qu'un nouveau nom pour des vieilles maladies ; le VIH n'est pas responsable du Sida car les chercheurs sont incapables d'expliquer précisément en quoi le VIH détruit le système immunitaire ; l'AZT et les autres antirétroviraux sont responsables du Sida ; les facteurs comportementaux tels que l'usage de drogues récréatives et la multiplication des partenaires sexuels favorise l'apparition du Sida ; le VIH n'est pas la cause du Sida car de nombreuses personnes porteuses du VIH n'ont pas développé la maladie ; le VIH n'est pas responsable du Sida car les personnes atteintes développent un anticorps très puissant pour contrer le virus ; certaines personnes développent plusieurs symptômes associés au Sida, mais ne sont pas séropositifs.
iv) La théorie des cofacteurs de Montagnier ne fait de ce dernier un "dissident"
Certains estiment que Luc Montagnier est un chercheur "dissident". Beaucoup voient dans la théorie des cofacteurs une alternative à la relation de causalité VIH - Sida. Pour les "dissidents", le Sida ne serait qu'une nouvelle appellation pour désigner des maladies qui existaient déjà auparavant. La théorie des cofacteurs ne dirait rien d'autre que cela. Luc Montagnier serait revenu en arrière par rapport à ses premiers travaux et serait, en réalité, "dissident".
Tout ceci est faux. Il suffit, pour s'en convaincre, de suivre cette conférence en Français sur le VIH et le Sida, exposée par Luc Montagnier en mars 2000. Dans la séquence n°1, il nous montre les photos du virus qui a été isolé en 1983. La séquence vidéo n°7 de cette conférence est consacrée aux traitements. Le professeur Montagnier y présente les chiffres de l'évolution de la mortalité du Sida en Europe. Ces chiffres montrent la formidable efficacité des traitements à base de multithérapie pour les patients suivis dans plusieurs hôpitaux européens. Montagnier rappelle que, grâce à ces traitements, des milliers de vie ont pu être sauvées. C'est alors qu'il a ces mots : "Ceci illustre la stupidité des gens qui disent que le virus n'est pas la cause du Sida. Puisque là, on agit directement et uniquement sur le virus par des inhibiteurs extrêmement spécifiques des enzymes du virus. Il serait absolument stupide de ne pas croire à ces traitements, de ne pas croire au virus, et de ne pas se faire traiter".
Lors de cette conférence, il aborde à plusieurs reprises la théorie des cofacteurs. Mais son propos est plus détaillé dans un article publié en juin 2002. Rappelons que Luc Montagnier est un des premiers chercheurs à avoir isolé le virus du VIH dès 1983. Il pense également que d'autres facteurs que le VIH contribuent à l'épidémie du Sida : il appelle cela les "cofacteurs". Mais ne nous méprenons pas. Les cofacteurs ne peuvent déclencher la maladie QUE si le VIH est présent. En somme ils précipitent le développement de la maladie, mais ils n'en sont pas la cause exclusive. Dans son article, il évoque les cofacteurs et répond incidemment aux "dissidents" :
Certains "dissidents" se sont engouffrés dans cette théorie des cofacteurs. Pour eux, les cofacteurs SEULS peuvent être responsables du Sida. C'est une erreur.
f) Les "dissidents" ne sont plus crédibles
Aujourd'hui, les "dissidents" sont complètement discrédités au sein de la communauté scientifique. Peter Duesberg s'est progressivement retiré, mais d'autres ont pris le relais. Actuellement, c'est principalement le "groupe de Perth" qui porte l'étendard. Ce groupe de chercheurs, qui s'est formé en 1981 à l'hôpital de Perth en Australie comprend notamment Eleni Papadopulos-Eleopulos, Valendar F Turner et John Papadimitriou. Ces chercheurs n'ont pas davantage de crédit que Peter Duesberg, David Rasnick ou Kary Mullis. Ils essaient, tant bien que mal, d'attirer l'attention de la communauté scientifique sur la "dissidence", mais il s'agit d'un combat d'arrière garde, auquel de moins en moins de chercheurs ou de revues scientifiques acceptent de participer.
Ainsi, en mars 2003, le British Medical Journal a publié un article sur la politique contre le Sida en Afrique du Sud. A la suite de cet article, David Rasnick a posté un message sur le site du British Medical Journal (BMJ). Ce site permet en effet à tout un chacun de donner son opinion sur les articles publiés dans la revue. Puis d'autres "dissidents", dont le groupe de Perth, ont emboîté le pas de Rasnick. On dénombre environ 500 messages sur le site du BMJ entre le mois de mars 2003 et le mois de juillet 2004 à la suite de cet article. A aucun moment, les auteurs de l'article ne se sont donnés la peine de répondre aux "dissidents".
Nature regrette malgré tout que la revue laisse se poursuivre un tel débat, dont les messages ne sont pas vérifiés, et qui peuvent donner l'impression à certains que le British Medical Journal accepte de débattre avec les "dissidents". Richard Smith, éditeur du BMJ, semble opposé à la censure, même s'il admet que "le libre débat peut conduire à des abus". Il reconnaît aussi le danger des débats non modérés, dans lesquels une minorité (sous-entendu la "dissidence") peut, en multipliant les messages, donner l'impression que le débat est équilibré, entre adversaires dont la compétence scientifique est équivalente [Nature, 20 novembre 2003].
3) La question des traitements
Le seul point qui mérite attention, dans cette polémique, c'est sans doute la question des traitements. Non pas qu'ils soient responsables de la maladie ou qu'ils soient inefficaces, mais ils comportent des effets secondaires et peuvent se révéler contraignants dans la vie de tous les jours.
a) Se soigner ou pas ?
L'association Actions Traitements revient rapidement sur l'évolution des positions des médecins à propos des traitements, en indiquant par exemple que " Les recommandations thérapeutiques ont évolué en ce qui concerne le moment où débuter un premier traitement, et l’on est moins interventionniste qu’il y a quelques années, où l’enthousiasme de disposer enfin de médicaments efficaces, et l’ignorance de leurs effets indésirables à long terme, avait conduit à proposer des traitements à un stade relativement précoce de l’infection à VIH" [Actions Traitements, Info Traitements, octobre 2003]. Cette association insiste sur le fait que le patient doit être bien informé du rapport risques/bénéfices lorsqu'il est s'agit de déterminer à quel moment il doit commencer un traitement : "Démarrer un traitement est une décision à ne pas prendre à la légère, qui engage pour de nombreuses années, avec un objectif précis : préserver, ou recouvrer, un bon état de santé, avec le moins de désagréments possibles, à la fois sur le court terme et le long terme" [Actions Traitements, Info Traitements, octobre 2002]. L'auteur insiste sur l'importance de la relation entre le patient et son médecin, qui doivent établir ensemble la meilleure stratégie thérapeutique possible.
Pour le Professeur Michel Kazatchkine, directeur de l'Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS), "l'enjeu qui agite la communauté scientifique est à présent celui-ci: dans quel ordre prendre ces médicaments, et comment les associer au mieux? Concrètement, il s'agit donc désormais de retarder, autant que faire se peut, la prise thérapeutique, afin de ne pas exposer trop tôt les malades à des résistances ultérieures" [L'Express, 10 juillet 2003].
La question de se soigner ou pas, celle de savoir quand commencer son traitement ou si on peut/doit le suspendre, ces interrogations sont au cœur des préoccupations des personnes porteuses du VIH. Mais il ne s'agit jamais de dire que le VIH n'est pas la cause du SIDA, ni que les traitements sont responsables du Sida.
b) Témoignages
• Voici un témoignage, sur le site d'Actions Traitements, d'une personne séropositive qui repousse tant qu'elle le peut le moment où elle devra suivre un traitement.
• Sur le forum de Sida Info Service, quelqu'un se demande si il ne pourrait pas arrêter son traitement.
• Sur le même forum, une autre discussion s'engage lorsque quelqu'un annonce que ses analyses sont bonnes et que son médecin lui a indiqué que, dans son cas, il n'a pas besoin de recourir aux traitements. Une internaute lui demande : " Ton post d'aujourd'hui, c'est aussi un souffle d'espoir vers Greg qui espère également suffisamment remonter pour échapper à la tri. Il me demande si ton alimentation pourrait y être pour qque chose d'après toi. ?". La réponse de l'intéressé : "Personne ne le sait trop nous sommes quelques uns en France comme ça, j'ai rempli ma quatrieme enquete VIH /VHC qu'ils etudient à Paris pour essayer de comprendre...".
• Sur le forum de Doctissimo, un internaute annonce de mauvais résultats : il a peur d'être obligé d'aller vers une tri-thérapie, même si son médecin veut rester confiant.
• Sur le forum de Sida Info Service, un témoignage de quelqu'un qui vit avec une personne malade et qui appréhendait la tri-thérapie : "mon ami a un traitement......on a eu tres peur au debut, car on avait lu pas mal de choses: traitement lourd, effets secondaires (deplacement de la masse graisseuse, vomissements, nausees, depression.....)...Le medecin nous a conseillés de ne pas lire, de ne pas chercher a se renseigner car tout ce qu'on lit est faussé ou exageré, ou plus d'actualité.......Mon ami a peut être eu beaucoup de chances, mais il n'a quasiment pas eu d'effets secondaires: juste une fois des nausées le matin, plus d'envies de rapports pendant quelques jours, et c'etait fini".
• Sur la même page, un autre témoignage en réponse à quelqu'un qui ne prend pas de traitement : "je vois que tu ne prend pas de traitement, alors tinkiete pas trop au pire si tu dois en prendre un, ca se passera bien, moi ca fait 7 ans que je prend des traitements, avec plusieurs changements depuis....j'en suis à 11 actuellement par jour sans obligations d'horaire c matin et soir donc pas dur a gérer, apres au niveau effet secondaire, avec ce que je prend, je te l'ai mis dans mon mail que je t'ai envoyé, j'ai pas de soucis particulier, et puis je suis tellement concentré sur ma petite fille qui est toute jeunette que j'en oubli mon traitement, enfin je veux dire dans ma tete!!!!!donc tout va pour le mieux....et c pour te dire, j'ai du arreté tout traitement a la mise en route de bb c a dire pour la conception donc je suis pratiquement resté 1 an sans traitement, a part, les trois dernier mois de la grossesse ou j'ai pris de l'azt".
c) L'efficacité des traitements
Les traitements contre la maladie sont efficaces. Dans la déclaration de Durban, on peut lire que "Les médicaments qui bloquent la réplication du VIH dans les éprouvettes diminuent la charge virale des personnes et ralentissent la progression du sida. Aux endroits où il est disponible, le traitement a diminué la mortalité due au sida de plus de 80 p. 100" [Déclaration de Durban, Nature, juillet 2000].
Une étude réalisée sur 9800 patients, suivis dans 70 centres en Europe, en Argentine et en Israël, montre l’efficacité des tri-thérapies : "prescrites depuis 1996, les tri-thérapies ont permis une diminution spectaculaire de la mortalité par sida. Sept ans plus tard, cette efficacité se maintient toujours. Le nombre de nouveaux cas a chuté de 50% et le risque de décès de 40%" [The Lancet, 4 juillet 2003].
Selon l'ANRS (l'Agence Nationale de Recheche sur le Sida), "Les traitements antirétroviraux utilisés en combinaison de plusieurs médicaments [...] ont permis une réduction de plus des deux tiers de la mortalité et de la morbidité liées au Sida entre 1995 et 1997. Ces résultats persistent après six ans de trithérapies. "
Un article du NIAID (National Institut of Allergy and Infectious Deseases) revient sur l'histoire des traitements. Les premiers traitements dans les années 1980 avec de l'AZT, la résistance du virus aux médicaments, la nécessité de combiner plusieurs médicaments pour mieux contrer le virus, l'arrivée des anti-protéases en 1995 et l'efficacité des tri-thérapies, démontrée dès 1996. L'histoire des traitements a donc basculé vers le milieu des années 1990, avec l'apparatiton des antiprotéases et des trithérapies. On peut en voir les conséquences spectaculaires dans le graphique suivant : il s'agit du nombre trimestriel de morts du Sida aux Etats-Unis. A partir de 1996, le nombre de morts diminue de manière très significative. Deux ans plus tard, on compte cinq fois moins de décès du Sida aux Etats-Unis.
Nombre de morts du Sida aux Etats-Unis entre 1986 et 1998 (chiffres trimestriels)

Source : Center for Desease Control and prevention, NIAID, 1998
Les études qui montrent l'efficacité des traitements sont très nombreuses. Il y a, par exemple, cette étude, réalisée par S. Vandentorren, P. Mercié, C. Marimoutou F Dabis et le Groupe d'Epidémiologie Clinique en Aquitaine. Cette étude porte sur des résultats collectés en Aquitaine (au Centre Hospitalier Universitaire de Bordeaux puis dans les centres hospitaliers de Bayonne, Dax, Libourne et Villeneuve-sur-Lot). Au total, 1 662 décès ont été notifiés parmi les 5 124 patients de la Cohorte Aquitaine. Les patients décédés étaient de sexe masculin à 80 %. La médiane d'âge au moment du décès était de 37 ans, s'étendant de 15 à 92 ans. Les patients décédés avaient le plus souvent acquis leur infection lors de rapports homo-bisexuels (40 %), toxicomanie (31 %) ou de rapports hétérosexuels (13 %). Cette étude démontre que "la prescription des trithérapies avec Inhibiteur de Protéase a spectaculairement amélioré la survie des personnes VIH+". Grâce aux trithérapies, le taux de mortalité a en effet chuté de 75% entre 1995 et 1997 [Institut de Veille Sanitaire, Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, 1999].
Evolution du nombre
de décès de causes SIDA et non SIDA
- Etude cohorte Aquitaine, 1985-1997 -

Source : "Evolution
des causes de décès des patients
infectés par le VIH dans la cohorte Aquitaine"
Bulletin Epidémoliogique hebdomadaire, 27 avril 1999, Institut National
de Veille Sanitaire
Lecture : on mesure l'efficacité de l'introduction des trithérapies
dès 1996.
Il y a encore cette étude, coordonné par l'Institut de recherche
pour le développement (IRD) et le Comité national
de lutte contre le sida du Sénégal, et financé par l'ANRS
(Agence nationale de recherches sur le sida). Cette étude a pour but
de mesurer l'efficacité,
la tolérance, l'acceptabilité et la faisabilité d'un
traitement antirétroviral classique au Sénégal. Cette étude
a été menée
auprès de cinquante-huit personnes âgées de 16 à 56
ans, ayant une charge virale élevée et un taux de lymphocytes
CD4 bas. La majorité (86, 2%) avait développé la maladie
avant la mise sous antirétroviraux. Tous ont reçu un traitement
associant deux inhibiteurs de la transcriptase inverse et un inhibiteur de
protéase, en trois prises quotidiennes comme dans les pays du
Nord. Une enquête sociologique menée conjointement a évalué la
capacité des patients à prendre en charge une partie du coût
du traitement en fonction de leurs ressources, le reste étant subventionné par
le programme. À l'issue des 18 mois de l'étude, les résultats étaient
comparables à ceux obtenus dans les pays industrialisés. D'une
part, la plupart des patients (87,9 %) ont suivi la thérapie de manière
régulière sur l'ensemble de la période de suivi. Et,
contrairement à ce que l'on supposait, les difficultés financières
ont relativement peu fait obstacle à l'observance du traitement. D'autre
part, les chercheurs ont observé la même efficacité thérapeutique
que chez les patients des pays industrialisés. En
effet, après
un an et demi de traitement, la charge virale est apparue quasi indétectable
(inférieure à 500 copies/ml) dans 59,3 % des cas et le taux
de CD4 a très sensiblement remonté (environ 180/mm3). La
tolérance à l'égard
des antirétroviraux a été globalement bonne, les effets
secondaires observés étant peu importants, et deux cas seulement
de résistance virale aux médicaments ont été recensés
[Institut de Recherche pour le développement, 5 mai 2002].
Cette autre étude, réalisée au Cameroun, montre une nouvelle fois l'efficacité des tri-thérapies. 60 patient ont été suivis pendant 24 mois ; ils recevaient un comprimé 2 fois par jour de l’association générique nevirapine, stavudine et lamivudine. Au départ, 92% des patients étaient atteints du Sida. Six mois plus tard, 80% d'entre eux avaient une charge virale indétectable [The Lancet, 3 juillet 2003].
Une étude portant sur des enfants cette fois-ci : Réalisée entre août 1988 et février 1999 sur une cohorte de 150 enfants atteints du Sida, suivis dans les hôpitaux de Madrid et Séville. Il y avait quatre groupes distincts. Groupe 1 : pas de traitement (NT); Groupe 2 : monothérapie (MT); Groupe 3 : deux antirétroviraux (Dual ART); Groupe 3 : tri-thérapie (HAART). Les résultats parlent d'eux même : les enfants sous tri-thérapie ont vu la progression de la maladie stoppée ; la maladie a progressé pour tous les autres groupes, mais encore plus significativement chez les enfants ne suivant aucun traitement. Le graphique suivant est assez parlant : on y voit la progression de la maladie pour chacun des groupes. L'échelle est inversée : lorsque la courbe baisse, la maladie progresse.
Progression de la maladie, pour quatre groupes d'enfants atteints du Sida

Source
:Archives
of Disease in Childhood, 2002, vol 86, p. 119-124
Légende : NT = groupe d'enfants sans traitement ; MT = groupe d'enfants avec
monothérapie ; Dual ART = groupe d'enfants avec deux antirétroviraux ;
HAART = groupe d'enfants sous trithérapie
Lecture : la maladie ne progresse pas chez les enfants sous trithérapie, elle
progresse rapidement chez les enfants ne suivant aucun traitement
Nous n'en finirions pas de citer des études qui prouvent l'efficacité des traitements, et surtout des trithérapies. Personne ne dit qu'il s'agit d'un remède miracle. Mais tout le monde s'accorde pour reconnaître leur efficacité. Tout le monde... sauf les "dissidents", bien sûr.
d) Et pour l'avenir ?
La recherche médicale est en perpétuelle évolution, mais il n'y a, pour le moment, aucun remède miracle qui soignerait définitivement et sans effet secondaire. Dans un numéro de juillet 2004 de la revue The Lancet, entièrement consacré au SIDA, il est frappant de constater que plus d'une dizaine d'articles évoquent la question des traitements et des diverses expériences qui sont menées dans les multiples endroits du globe afin de mieux soigner les personnes atteintes par la maladie [The Lancet, 3 juillet 2004].
Au terme de la 15e conférence internationale sur le Sida qui s'est tenue à Bangkok en juillet 2004, plusieurs priorités se sont fait jour :
• Favoriser l'accès aux traitements pour les habitants des pays du Sud
• Mieux informer les populations sur le VIH/Sida
• Eduquer les jeunes générations dans un but de prévention
• Trouver des financements afin d'améliorer l'efficacité des traitements et de diminuer leurs effets secondaires
• Poursuivre les recherches sur un éventuel vaccin
• Explorer d'autres moyens de prévention, tels que les gels spermicides.
L'international Aids Society estime aujourd'hui que l'évolution des traitements va être "probablement être progressive" plutôt que révolutionnaire, avec une amélioration des médicaments existants en vue de rehausser leur efficacité et limiter les effets secondaires. Mais un remède définitif reste illusoire. En terme de prévention, en revanche, la marge de progression de la recherche d'un vaccin semble plus importante. De plus en plus de produits expérimentaux sont testés, grâce à un accroissement des fonds, mais il faudra encore plusieurs années afin d'avoir une indication sur leur efficacité. La recherche sur le gel vaginal microbicide, capable de tuer le virus du sida, est en revanche plus encourageante [Agence France Presse, 16 juillet 2004].
La trithérapie
n'est pas un médicament miracle. Comme tout traitement efficace,
elle a des effets indésirables. Néanmoins, elle améliore
le pronostic des patients. Ensuite,
chacun est libre, en conscience, d’avoir
son opinion et de choisir ce qui lui semble le meilleur pour lui.
4) Enquête sur la nébuleuse "dissidente"
a) Un goût prononcé pour la polémique
Nous avons évoqué les principaux acteurs de la "dissidence", à savoir Peter Duesberg, Kary Mullis et Thabo Mbeki. Les deux premiers ont en commun le goût de la provocation et une profonde attirance pour la polémique. La bibliographie de Peter Duesberg, essentiellement constituée de lettres à ses contradicteurs, témoigne également de son entêtement.
Sur les forums de discussions, les "dissidents" montrent un acharnement à polémiquer qui prête parfois à sourire.
On peut suivre par exemple le forum du British Medical Journal, sur lequel plus de 500 messages ont été postés entre le mois de mars 2003 et le mois de juillet 2004.
L'acharnement et la mauvaise foi des "dissidents" saute aux yeux sur les forums de Doctissimo, où ils ont fini par devenir indésirables. Voici un fil de discussion typique.
Sur les forums du site conspirationniste On Nous Cache Tout, où les "dissidents" semblent avoir élu domicile, on trouve encore de nombreux exemples de cette attirance pour la polémique qui n'en finit jamais.
b) L'ostracisme "dissident"
Non seulement les thèses "dissidentes" sont infondées et dangereuses en terme de santé publique, mais on ne peut s'empêcher de penser qu'elles sous-tendent une philosophie moralisatrice et empreinte d'ostracisme.
Chez Duesberg, on est toujours à la limite du dérapage. Par exemple, dans un article publié dans la revue Policy Review en 1990, il présente tout d'abord des arguments qui se veulent scientifiques et objectifs : "La majorité des maladies sidéennes impliquent un certain degré de suppression immunitaire. Cette situation est due à différents facteurs. L'usage de drogue, et particulièrement d'héroïne, en est un. Les drogues recréationnelles elles aussi sont couramment utilisées par les homosexuels actifs dans les bains publics. L'alcool, l'héroïne, la cocaïne, la marijuana, le valium et les amphétamines appartiennent tous à l'histoire personnelle de beaucoup de patients atteints de SIDA. Lorsque ces stupéfiants sont combinés à une malnutrition régulière et prolongée, comme chez beaucoup d'homosexuels et d'héroïnomanes, cette situation peut entraîner un effondrement immunitaire complet". Et puis son discours dérape : "Les homosexuels aux moeurs les plus légères connaissent les attaques répétées non seule ment de tout le spectre des maladies vénériennes, mais aussi de toutes les formes d'hépatite, d'infections cytomegalovirales, d'infections par le virus d'Epstein-Barr et des diverses infections protozoaires." L'expression "les homosexuels aux moeurs les plus légères" n'est aucunement un élément objectif, mais bien un jugement moral. Cette expression est pour le moins évasive et ambivalente. Elle n'a pas sa place dans un document scientifique. Elle est plutôt révélatrice de présupposés d'ordre moral.
Ces dérapages sont nombreux dans la littérature "dissidente". Par exemple, sur le site $idasanté, on trouve ce commentaire de Djamel Tahi, réalisateur du documentaire sur les théories "dissidentes", diffusé sur Arte en 1996 : "Pour le Professeur Peter Duesberg et le Professeur Kary Mullis, les données épidémiologiques et les caractéristiques du Sida, prouvent que les différentes maladies réunies sous ce sigle ne peuvent pas être le fait d'un agent infectieux. Les deux chercheurs américains soulignent que 60% des malades touchés par le Sida, sont des homosexuels qui mènent une vie sexuelle débridée, consomment régulièrement des drogues récréatives, de l'alcool, et des antibiotiques pour soigner ou prévenir les infections auxquelles ils sont exposés. Les toxicomanes, eux, représentent près d'un tiers des sidéens. La consommation de drogues dures (héroïne, cocaïne) durant plusieurs années, est un des facteurs de la destruction du système immunitaire. Ajoutez à cela, les multiples infections dues à l'échange des seringues, la malnutrition et l'insalubrité auxquelles les toxicomanes s'exposent, et vous avez des malades du Sida en puissance. Pas besoin d'un virus pour cela, assurent Peter Duesberg et Kary Mullis" [$idasanté]. D'un glissement à un autre... on passe des homosexuels aux moeurs les plus légères aux homosexuels qui mènent une vie débridée.
Sur le forum de discussion du site OnNousCacheTout, où se retrouvent de quelques "dissidents" francophones, on trouve une variante: "Ca ne suffit probablement pas à tuer ou rendre gravement malade un individu. Mais, il faut voir que ce genre de comportement sexuel est généralement associé un style de vie globalement mauvais pour la santé. Le gars qui va presque tous les soirs en boite pour partouzer avec 10 mecs différents, n'a en général pas une hygiène de vie très saine".
Sur ce même forum, un peu plus loin dans la même discussion: " il y en a encore un point en commun entre le toxico, l'africain, et le gay atteint de sida : l'obsession ; le premier par l'argent et son produit a trouver quotidiennement ; le second est obsedes par la nourriture, la belle vie a l'européenne, l argent ; le dernier obsedes par le manque d amour, le sexe, d'être mieux dans sa peau."
Sur un autre forum, un internaute tente de nous expliquer que "Sur les 68% d'hétérosexuels français[porteurs du VIH], il y en a 90% qui viennent des pays 'à risque'" ou encore que "1850 cas pendant la même période acquis en GB, donc 4000 viennent d'immigrants (70%). Ils indiquent aussi que sur les 1850 cas "UK", il y a 275 cas hétérosexuels purement'UK'". On notera le "purement" UK.
Nous évoquions, plus
haut, l'attirance de Kary Mullis pour les principes eugénistes,
son souhait de voir un monde meilleur où l'espèce
humaine serait améliorée, où les gens seraient plus beaux et plus
intelligents. L'apparentement entre
sa philosophie eugéniste et l'ostracisme "dissident" n'est pas
sans poser de questions.
c) Un penchant conspirationniste
Fervent promoteur des théories "dissidentes", le site On Nous Cache Tout propose une tribune aux disciples "dissidents" français sur ses forums de discussion. Il est ainsi possible de débattre avec Mark Griffiths, créateur du site $idasanté, et qui semble faire de ce site une de ses tribunes de prédilection. Comme son nom l'indique, On Nous Cache Tout est un site conspirationniste qui conteste le "Nouvel Ordre Mondial", diffuse l'idée qu'il existerait un "Gouvernement secret", mêlant les grands de ce monde avec les extra-terrestres, Roswell et les Ovnis, etc. Ce site nous prévient que le véritable objectif de "la chasse aux sectes", c'est de contrôler des associations et les groupes qui "en savent trop". Ce site nous interpelle : " Et si les animaux avaient une âme ? Et s'il y avait des bases sur la Lune ? Et si l'Atlantide avait effectivement coulé ? Et si le phénomène OVNIs se détachait du canular ? Et si Dieu menait une guerre face à Satan ? Et si on nous manipulait ? Et si nous "étions" Dieu ?" [Onnouscachetout.com]. Vaste programme...
Pour les "dissidents", la conspiration, c'est celle des laboratoires pharmaceutiques, des gouvernements, des médias, qui veulent à tout prix empoisonner des personnes en bonne santé avec des médicaments tels que l'AZT et les tri-thérapies. Mais, grâce à Internet, la vérité éclatera bientôt au grand jour...
d) Une certaine proximité avec les courants ésotériques
Parmi les disciples des thèses "dissidentes", on trouve aussi les adeptes de la "pansémiotique", théorie selon laquelle "tout, dans le cosmos, est signe chargé par l'inconscient". Elle prétend encore que toutes les maladies sont psychosomatiques, "l'Esprit - les idées, l'imaginaire et les noumènes - ont autant d'influence, et même davantage, sur la matière biologique que celle-ci peut en avoir sur l'esprit " [Pansémiotique.com].
Ce courant de pensée fourre tout explique qu'il faut cultiver l'harmonie, s'élever contre le capitalisme, que nous sommes tous victimes du terrorisme médical et pharmaceutique, qu'il est important d'avoir une alimentation saine, voire de jeûner, que la résilience, concept popularisé par Boris Cyrulnik, est un instrument de soumission au pouvoir, que l'étiquette des flacons d'AZT comporte un sigle identique à celui qu'on trouvait sur les uniformes SS, que ce n'est pas un hasard si Hitler "souffrait de tels troubles digestifs qu'il avait l'habitude d'asphyxier son entourage de ses gaz", "que Margaret Thatcher peut se lire Mar garet That cher, qui est l'exacte anagramme de Marché Garetta. Elle a en commun avec Garetta, qui a empoisonné des milliers de malades dans l'affaire du sang contaminé, d'avoir sciemment empoisonné des centaines de gens en cachant l'affaire de la vache folle", etc. La pansémiotique est, on le voit, un recueil de bizarreries dont on ne sait si l'on doit en rire ou en pleurer.
Dans la nébuleuse "dissidente", gravitent une multitude d'individus et de courants de pensée plus farfelus les uns que les autres. Aucune structure ne coordonne cet ensemble hétéroclite. Tous se côtoient dans certains forums de discussion "alternatifs", où chacun peut s'exprimer librement. Le site Onnouscahetout.com est un modèle du genre :
• Dans le fil de discussion traitant de la "dissidence", plusieurs internautes font part de leur point de vue sur le Sida. Il y a par exemple SimonT, qui conseille un livre de Credo Mutwa. Ce denier souhaite "lancer un appel au monde. Tout d'abord, je ne suis ni un charlatan, ni un sensationnaliste. Je suis un vieil homme qui a vu beaucoup de choses. Je souhaite que le monde sache qu'un petit rayon d'espoir émane d'Afrique du Sud. C'est une plante qui est presque sur le point de disparaître, une plante qui s'appelle "Suderlandia Fructosa". Cette plante fait des miracles sur les gens qui ont cette terrible maladie appelée Sida. Et elle est si miraculeuse que les miracles se produisent en une semaine ou quinze jours. Une personne qui était couchée, sur le point de mourir, à qui l'on donne cette plante, se lève et a plus d'énergie et retrouve l'appétit, et elle est libérée de la dépression"[Forums du site Onnouscachetout.com].
• Sur ce même forum, il y a encore Hufa, qui recommande chaudement de s'adresser à un guériseur brésilien, car "ce qu'il faut savoir, c'est que les maladies ont 2 origines. soit elles sont purement physique, et donc guerissable, soit elles sont perispritales. autrement dit, l'ame (ou le surmoi) à une affection qu'il lui est impossible d'epurer dans le plan etherique. Seule l'incarnation permettra de le soigner. Dans ce cas precis, personne ne pourra rien faire pour le malade. de toute façon, je ne te demande pas de me croire (ni ceux qui me liront). Mais il faut juste avoir bien présent à l'esprit que bien souvent ce que l'on nomme "paranormal" donne des resultats là ou la science cartesienne echoue" [Forums du site Onnouscachetout.com].
5) Le danger de ces thèses : le risque de désinformation
Le premier danger de ces thèses, c'est de contribuer à brouiller les cartes sur un sujet qui touche à la santé publique. Cette désinformation peut conduire des personnes porteuses du VIH à ne pas faire les bons choix pour leur santé. La désinformation est encore plus lourde de conséquence lorsqu'elle atteint des responsables politiques. Nous ne reviendrons pas sur les atermoiements de Thabo Mbeki jusqu'en 2003 (voir plus haut). Dans ce cas-là, ce sont des milliers de vies qui sont en jeu.
Voici comment, dans un forum de discussion, un internaute défend les thèses "dissidentes" : " Le vih n'a jamais été découvert, et son implication dans la baisse de l'immunité, jamais prouvé. D'autre part, aucun chercheur n'a à ce jour, trouvé le moindre virus dans du sang ou du sperme d'une personne dite contaminé ou au stade sida. Vous ne risquez donc absolument rien" [Forums Doctissimo].
Sur ce même forum, un
peu plus loin, une femme demande :
-
"Donc en clair, si je veux faire un enfant avec mon ami seropositif, tu dis
qu'il n'y a pas
de
risques de contamination ? Pour
toi je ne risque rien ? c'est sur ? Je peux me lancer en toute tranquillité ?.
-
Il faut [...] savoir, lui répond un premier "dissident", que pratiquement
toutes les épouses des hémophiles séropositifs
sont demeurées jusqu'à présent séronégatives
malgré l'absence de "protection".
- Pour moi, renchérit un deuxième "dissident", tu
n'as aucun risque de contamination. Et ton ami ne risque aucune
maladie non plus
(s'il
ne
prend pas de
drogues
ou
de
médicaments
qui ont un effet oxydant, bien sur) vu qu'il n'a pas de virus VIH dans
son corps" [Forums Doctissimo].
Sur les forums de discussion,
certaines personnes sont angoissées par l'éventualité d'être
porteuses du VIH. D'autres s'inquiètent des effets secondaires dus à leur
traitement. Ils viennent sur ces espaces de parole pour trouver du réconfort
et des informations sur le virus et la maladie. Malheureusement, parfois,
c'est
un "dissident" qui leur répond. On imagine les doutes
que ces derniers peuvent parvenir à insinuer dans l'esprit des personnes
les plus fragiles. Un dernier exemple ici, où une
personne séropositive se demande pourquoi son médecin a décidé de
changer de
traitement.
Certains "dissidents " prétendent
que les tests de dépistage du Sida ne sont pas fiables et qu'il
est inutile de faire le test. Que penser de ces propos lorsqu'on sait
que "de
par le monde, seules environ 10% des personnes vivant avec le VIH connaissent
leur statut sérologique" [ONU-OMS, Rapport Onusida 2004,
p. 186]. Cela est d'autant plus alarmant que les premières mesures
préventives voudraient que le patient soit informé au plus
vite de son état, et qu'une relation médicale puisse se
mettre en place rapidement.
Mais les théories "dissidentes" ne sont pas les seules à participer à la désinformation sur le Sida. On se souvient de ce documentaire, diffusé sur France 2 le jour du Sidaction 2004, qui revient sur les origines du Sida. S'appuyant sur la thèse d'Edward Hooper, le documentaire défend l'idée que le VIH a pu être transmis du singe à l'homme par la faute d'une campagne de vaccination massive contre la poliomyélite menée au Congo belge dans les années 50. Le Conseil National du Sida a condamné cette diffusion en ces termes : "le Conseil national du sida regrette vivement la programmation de tels sujets qui desservent le travail et l’engagement de centaines de chercheurs et de médecins, au service de la connaissance et de la lutte contre la maladie depuis plus de vingt ans. Ces programmations paraissent d’autant plus inopportunes qu’elles sont susceptibles de faire naître de fausses croyances au sein de la population, et de brouiller ainsi les messages de prévention et de solidarité diffusés au cours de ce Sidaction" [Conseil National du Sida, 22 avril 2004]. Sur France 5, un débat a été organisé avec la réalisatrice du reportage et Willy Rozenbaum, président du Conseil National du SIDA, sur le plateau d'Arrêt Sur Images. Sur le site de l'émission, on trouve une enquête approfondie sur le sujet, montrant que ces thèses sont rejetées par la communauté scientifique.
La désinformation prend parfois d'autres visages. Act Up Paris attire l'attention sur les désillusions qui peuvent naître de la diffusion d'informations peu vérifiées, ou mal interprétées. En janvier 2002, Act Up Paris évoque une gaffe de France Inter. Au départ, il s'agit d'une publication scientifique qui met en évidence les facultés de certaines molécules du corps humain qui lutteraient contre la multiplication du virus du sida chez quelques patients, baptisés "survivants à long terme". Ces molécules sont identifiées par un laboratoire qui annonce dans la foulée que de nouvelles voies thérapeutiques sont envisageables. Le problème, c'est que ce n'est probablement pas pour tout de suite. Or, l'information sur France Inter semble avoir été délivrée rapidement et sans précaution. D'où la réaction d'Act Up Paris : "des milliers de séropositifs parmi lesquels quelques-uns, qui ont appris la veille que leur vie venait de basculer, se mettent à rêver un temps, avant de retomber lourdement dans la réalité du quotidien des antiviraux qui, malgré tout, existent et sauvent des vies avec leurs inévitables effets indésirables, diarrhées, nausées, lipodystrophies, neuropathies... dont aucun journaliste ne parle jamais ou tout au plus lorsque c’est très loin, en Afrique, en Thaïlande, hors d’atteinte, là où d’ailleurs il n’y a pas d’antiviraux, là où la mort rôde et fait frissonner le téléspectateur repu et rassuré d’habiter dans un pays si bien tenu…". Act Up Paris regrette que des incidents de ce type se reproduisent "régulièrement, environ quatre fois par an, à chaque occasion où une équipe de recherche a quelque besoin de faire sa publicité, et que simultanément un journaliste en quête de notoriété a convaincu son rédacteur en chef avide de scoop qu’il tient LA découverte du siècle" [Act Up Paris, Protocoles hors-série Recherche, janvier 2002].
L'association Actions Traitements regrette également le manque de professionnalisme de certains journalistes, voire des pouvoirs publics, lorsqu'il s'agit d'annoncer des fausses bonnes nouvelles. On peut d'ailleurs se faire une idée de l'impact que peuvent avoir ces vraies ou fausses bonnes nouvelles en suivant les discussions dans les forums. Sur les forums de Doctissimo, ces sujets sont abordés ici ou là.
Le 6 mars 2004, l'ONU a publié un rapport contenant des estimations sur le nombre de personnes porteuses du VIH et atteintes du Sida, région par région. Voici les principales conclusions de ce rapport : "En 2003, près de 5 millions de personnes ont été nouvellement infectées par le VIH, le chiffre annuel le plus élevé depuis le début de l'épidémie. A l'échelle mondiale, le nombre de personnes vivant avec le VIH continue d'augmenter – de 35 millions en 2001 à 38 millions en 2003. Cette même année, près de trois millions de personnes sont mortes du SIDA ; plus de 20 millions sont décédées depuis que les premiers cas ont été identifiés en 1981" [ONU-OMS, Onusida, "Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA", juillet 2004].
20 millions de personnes qui sont mortes du Sida depuis 1981. Le chiffre est considérable. Il dépasse le nombre de d'Allemands, de Français, de Polonais, de Yougoslave, de Japonais, d'Italiens, d'Anglais et d'Américains qui sont morts pendant la Seconde guerre mondiale.
Sur la carte suivante, figurent les estimations du nombre de personnes porteuses du VIH à la fin de l'année 2003, région par région.
Nombre de personnes porteuses du VIH en 2003

Source : OMS-ONU, Onusida, "Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA", juillet 2004
Les "dissidents" laissent entendre que l'épidémie n'est pas aussi importante qu'on veut bien le dire. Voici la courbe de diffusion de l'épidémie à travers le monde, entre 1990 et 2003. En 13 ans, le nombre de personnes porteuses du VIH a quadruplé, passant de 9 millions à 38 millions de séropositifs.

Source : OMS-ONU, Onusida, "Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA", juillet 2004
Il faut préciser d'autres chiffres, mal connus :
• Le VIH/Sida touche de plus en plus souvent les femmes. A l'échelle de la planète, "les femmes représentent près de 50% des personnes infectées. Elles n'étaient que 41% en 1997. En Afrique subsaharienne, elles représentent 57% des personnes contaminées" [Libération, 6 juillet 2004].
• "Les hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes représentent entre 5% et 10% des cas de VIH dans le monde" [ONU-OMS, Onusida, "Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA", juillet 2004]. En France, la contamination se produit, près d'une fois sur deux, au cours de rapports hétérosexuels, moins d'une fois sur trois au cours de rapports homosexuels et, dans 14% des cas, lors de l'usage de drogues injectables" [Ministère de la Santé, Chiffres clés sur le Sida et l'Hépatite C]. Les "dissidents" qui stigmatisent les groupes dits à risques ne veulent pas voir que l'épidémie est bien plus généralisée.
• En réalité, dans nos pays, c'est-à-dire les pays à haut revenu, "on estime à 1,6 million le nombre de personnes vivant avec le VIH. Contrairement à ce qui se passe ailleurs, la grande majorité des personnes qui ont besoin d’un traitement antirétroviral dans les pays à revenu élevé y ont accès, ce qui signifie qu’elles restent en bonne santé et survivent plus longtemps que les personnes infectées dans d’autres pays. Le rapport révèle que les infections sont en hausse aux Etats-Unis et en Europe occidentale. Aux Etats-Unis, on estime que 950 000 personnes vivent avec le VIH – elles étaient 900 000 en 2001. La moitié de toutes les nouvelles infections de ces dernières années ont été signalées chez des Africains-Américains. En Europe occidentale, 580 000 personnes vivent avec le VIH, alors qu'elles étaient 540 000 en 2001"[ONU-OMS, Onusida, "Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA", juillet 2004].
• Les "dissidents" cherchent à minimiser l'importance du Sida. Pour cela, ils prétendent que cette maladie n'est rien à côté des autres infections, comme le paludisme, la syphilis ou la tuberculose. Or, les chiffres de l'Organisation Mondiale de la Santé montrent que le Sida est, parmi les maladies infectieuses et parasitaires, la première cause de décès dans le monde. Et c'est précisément en Afrique que le Sida est le plus meurtrier.
Les maladies infectieuses et parasitaires qui tuent le plus

Source : Organisation Mondiale de la Santé, Rapport
sur la santé dans le monde, 2002
De nombreux sites évoquent la polémique autour des thèses "dissidentes". Beaucoup sont en anglais.
Le site du National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID), l'institut du ministère de la santé américain chargé des maladies infectieuses, publie de très nombreuses informations sur la polémique autour des théories "dissidentes". De nombreux articles et rapports, présentés de manière claire et rigoureuse, présentent les différents aspects du problème. On y trouve toutes les preuves scientifiques du mensonge "dissident". Ce site présente également une longue liste de liens où cette polémique est discutée de manière approfondie. On trouve notamment un article pédagogique démontrant le lien de causalité entre le VIH et le Sida.
Sur le site de l'émission de France 5 Arrêt sur Images, on trouve les conclusions d'une enquête, réalisée à partir d'Internet, sur les théories "dissidentes" du Sida. Sur ce même site, on trouvera également deux articles consacrés à la polémique autour de la diffusion, sur France 2, du documentaire s'interrogeant sur l'origine du Sida.
L'association Aids Educational Global Information System (AEGIS), dont le but est de rendre accessible l'information sur le VIH/Sida, propose une base de données contenant de multiples articles de presse et de nombreux articles scientifiques consacrés au Sida. Plusieurs d'entre eux évoquent la polémique autour des thèses "dissidentes". A partir du moteur de recherche, utiliser les mots clés "Duesberg", "Mullis", "Mbeki", "dissident". Plusieurs articles sont en français, notamment les dépêches de l'Agence France Presse.
Le site de l'Express consacre un dossier spécial sur le Sida. Plusieurs articles sont disponibles gratuitement, quelques uns exposent les tergiversations de Thabo Mbeki.
Pour réaliser cet article, nous avons multiplié les sources d'informations, afin de présenter une grande diversité de points de vue. Le lecteur "dissident" pourra considérer que ce site est "à charge". De fait, nous n'avons pas trouvé beaucoup de médias, scientifiques, associations ou institutionnels qui défendaient les opinions "dissidentes". Le déséquilibre des sources présentées sur ce site reflète la position ultra-minoritaire des "dissidents".
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Sites
dans lesquels les positions "dissidentes" sont disqualifiées
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Sites
dans lesquels les positions "dissidentes" sont défendues
ou non rejetées
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Institutions • Ministère
de la santé américain (NIAID) Médias • The Bay
Area Reporter Associations • Act
Up Paris Revues scientifiques • The
Lancet Personalités • Nelson
Mandela |
Institutions : aucune Médias : aucun Associations : • Alive & well Internet • Le site
personnel de Peter Duesberg Personalités • Kary Mullis |
Précisons que, pour la revue The Lancet il est nécesaire de s'enregistrer avant de consulter les articles gratuitement.
Candide
Dernière mise à jour : 03 janvier 2005