CRIMINELS INSOLITES ET PITTORESQUES DE L'ANCIEN PARIS
LE BARON LAUDANUM
LE VER LUISANT
LE POUILLEUX
LA FOLLE AU CHIEN
LES FRERES DE LA SANGSUE
LE BARON LAUDANUM
"A ces questions, l'expérience répond que la prostitution, la pire assurément de toutes les calamités sociales, est un mal complexe que l'on ne saurait assimiler à aucun autre, et que l'on ne peut extirper par des mesures administratives, quelques prudentes et sévères qu'elles soient, sans s'exposer à provoquer une réaction plus dangereuse peut-être que les conséquences qu'il entraîne.
Produit de la misère, des passions, des désordres physiques et moraux, la prostitution est engendrée par des causes fatales qui pèsent sur l'humanité et vivront autant qu'elle."
M. de Goulhot de Saint-Germain, sénateur, Paris, Juin 1865
Un criminel d'un genre particulier défraye les chroniques mondaines et terrorise la bourgeoisie. Est-ce un habile cambrioleur? Un impitoyable assassin? Ni l'un ni l'autre. Il s'attaque à ce que les bourgeois et les aristocrates ont de plus cher: la vertu de leurs filles promises en mariage.
Dieu! C'est un violeur alors, un de ces ignobles individus aux regards de feu qui traînent la nuit dans les ruelles parisiennes... Non plus.
Mais écoutons plutôt le témoignage de Marie-Agnes Mercueil, jeune demoiselle de 18 ans qui, à la veille de son mariage avec Auguste Rudon, un industriel de 45 ans à la tête d'une non négligeable fortune, a reçu la visite du Baron Laudanum.
"Je me suis couchée sur les coups de neuf heures comme à mon habitude. La femme de chambre m'a monté un verre de tisane, et j'ai lu quelques pages de la bible avant de souffler la bougie. Malgré mon excitation compréhensible, j'allais me marier le lendemain, je me suis rapidement endormie. Je ne saurais dire ce qui s'est passé ensuite, mais dans mon sommeil, j'ai bien senti qu'un vent froid chatouillait ma... gorge. Au matin, je me suis rendu dans mon cabinet de toilette. La petite fenêtre était ouverte et j'ai maudit ma femme de chambre. Cette fenêtre doit rester fermé sinon les chats du quartier s'introduisent dans la maison et... Oh mon dieu ! s'il ne s'était agi que de chats. Dans le reflet du miroir, j'ai vu les taches noires au-dessus de ma poitrine. J'ai ouvert ma chemise de nuit et... J'ai hurlé... hurlé... La femme de chambre est accourue. Elle m'a vu et elle s'est évanouie! Il y en avait partout sur mes seins, sur mon ventre, sur mon dos... De ces mots! Je n'oserais les dire à haute voix. Je ne peux plus me présenter à mon futur époux. Qui voudrait d'une épouse ainsi maculée, ainsi... graffitée!"
Ce que Marie-Agnes n'ose pas raconter, c'est qu'un inconnu s'est introduit dans sa chambre en passant par la fenêtre laissée ouverte, que d'une manière où d'une autre il a drogué la pauvre jeune fille, et qu'il a ensuite profité de son sommeil opiacé pour tatouer sur son corps des textes que la morale réprouve.
Dans les six autres affaires que l'on peut imputer au Baron Laudanum, le scénario est similaire.
Après chacun de ses crimes, le baron laudanum envoie à la presse un petit mot écrit sur du mauvais papier qu'il authentifie avec une mèche de cheveux prise sur sa victime. La teneur de ces billets est à peu près toujours la même:
"Les filles de bourgeois ne sont que des catins. Je vous en donne la preuve. Je ne fais que montrer ce qu'elles cachent dans leur ventre. Leurs maris devraient me remercier.
Signé Baron Laudanum"
Mais qui est le Baron Laudanum dont les exploits terrorisent la bourgeoisie et font se gausser le peuple?
Il s'appelle Jean-Pierre Guillonot. Issu d'une famille misérable, il s'est engagé très jeune sur des navires marchands. C'est là qu'il apprend la technique du tatouage. Lui-même est tatoué (sur les cuisses) d'un curieux mélange d'images pieuses, et d'évocations de prostituées. A vingt cinq ans il profite d'une escale sur les cotes chinoises pour fuir la vie de marin. Il erre quelques temps d'un comptoir commercial à l'autre, prenant goût à l'opium, et se faisant des amitiés dans des milieux peu recommandables. Il réalise plusieurs opérations commerciales fructueuses et se retrouve en quelques années à la tête d'une jolie fortune. Il revient en France, fier et victorieux, ne craignant plus la justice. Il continue à fumer de l'opium et à fréquenter les bordels, mais son ventre s'arrondit d'une plénitude toute bourgeoise. A 38 ans il décide de prendre femme. Il fait la rencontre d'une jeune personne de 16 ans, fille d'un négociant fort riche. Elle est pâlichonne, maigre, de faible constitution, peu à son goût, mais qu'importe, il se marie... L'acte est laborieusement consommé pendant la nuit de noce. Cette jeune fille, Thérèse, est une sainte nitouche qui le reprend lorsqu'il jure, qui lui reproche ses sorties nocturnes, mais qui cache également son jeu. Car quelques semaines après le mariage, Jean-Pierre est terrassé par la Syphilis. Il accuse tout d'abord ses fréquentations féminines dissolues, mais se rend vite compte que seule son épouse peut être à l'origine de sa maladie (depuis leur mariage, et pour éprouver sa propre volonté, il s'est abstenu de toute relation extra-conjugale). Il découvre alors que Thérèse a de nombreux jeunes amants qui tournent autour de la maison comme des chats en rut. Une nuit, l'esprit embrumé par la fièvre, il abat deux de ces jeunes hommes trop entreprenants (deux soi disant poètes, sans le sou, et qui profitaient sans vergogne de la fortune de Thérèse). Il manque de faire subir le même sort à son épouse avant de disparaître.
Il y a peu de traces de ces incidents. La famille de Thérèse, craignant le déshonneur et la ruine qui le suit généralement, a dépensé beaucoup d'argents pour étouffer l'affaire. Thérèse est envoyée au couvent et Jean-Pierre Guillonot est déclaré "disparu sans laisser d'adresse".
Quelques années plus tard Jean-Pierre Guillonot, souffrant de troubles nerveux persistants dus à la Syphilis, devient le Baron Laudanum, un criminel qui s'ingénie à humilier les jeunes femmes de la bourgeoisie à la veille de leurs noces. Il transporte avec lui, cachés dans les poches d'un grand manteau, son nécessaire à tatouage, un exemplaire de "Justine ou les Malheurs de la Vertu" (dont il copie les passages les plus osés), une bouteille de laudanum et un compte goutte qui lui permet d'introduire la drogue dans la bouche de ses victimes endormies. Il a aussi un pistolet, mais celui-ci n'est jamais chargé.
Jean-Pierre Guillonot se cache dans un petit bordel parisien. La maquerelle et ses filles se sont faites ses complices volontaires. Elles lui apportent des renseignements, et parfois se font engager comme femme de chambre, ou comme cuisinière dans la demeure qu'il a prise pour cible. "J'vous l'dis, ces filles de bourgeois, elles sont pas meilleures que nous. Elles ont de l'éducation, d'accord, mais pas plus de virginité que la plus putain des putains... Le Baron Laudanum, il fait que dire la vérité!"
Le Baron Laudanum est devenu le héros des artistes, des anarchistes et des filles de petite vie. Et déjà tout un bataillon de charlatans propose aux victimes d'effacer de leurs corps, soi par chirurgie, soi à l'aide d'une quelconque lotion miraculeuse, les graffiti licencieux. Les résultats sont évidemment désastreux. Un éditeur publie des opuscules pornographiques dont le baron laudanum est le héros. Chacun fait son beurre. Et les bourgeois tremblent...
Jean-Pierre Guillonot, 42 ans, ancien marin, ancien marchand, ancien mari...
C'est un homme solidement charpenté aux mains puissantes usées par les cordes de chanvre. Ses beaux yeux bleus font fondre les dames, malgré les cernes qui les entourent. Il s'est laissé pousser la barbe et les cheveux, à maigri, et est à présent méconnaissable. Sa santé est devenue précaire mais il n'a rien perdu de sa force. Lors de ses sorties nocturnes vers les beaux quartiers, où vers la proche banlieue, il se contente d'enfiler son grand manteau. Il n'utilise pas d'autres déguisements.
Il laisse sur son sillage une forte odeur d'opium...
100 points de création
ST:14
IQ:10
DX:12
HT:8 (12 avant de souffrir de la syphilis)
Avantages: Fearlesness, Ally (prostitués), Night Vision, Accute Hearing, alcohol tolerance, drug tolerance, charisma 1
Désavantages: Addiction (opium), Disease (Syphilis), Social Stigma (outlaw), Poverty, Bad Temper, Sens of Duty (envers les prostituées)
Manies: se gratte souvent l'entre-jambe, jurons de marins,s'énerve lorsqu'il fait des fautes d'orthographe, aime lire Sade à haute voix à ses amies prostituées, fait le signe de croix avant de fumer une pipe d'opium.
Compétences : Tatooing (15), climbing (14), lockpicking TL5(12), Pistolet TL5 (12), brawling (15), pharmacy TL5 (11), area knowledge: bas fonds de paris (15), gambling (10), Stealth (13)
Vous pouvez ajouter toutes les compétences liées à son passé de marin et de marchand que vous jugerez utiles.
LE VER LUISANT
Je me rappelle la nuit qui précéda cette dangereuse liaison. Je vis devant moi un tombeau. J'entendis un ver luisant, grand comme une maison, qui me dit : "Je vais t'éclairer. Lis l'inscription. Ce n'est pas de moi que vient cet ordre suprême." Une vaste lumière couleur de sang, à laquelle mes mâchoires claquèrent et mes bras tombèrent inertes, se répandit dans les airs jusqu'à l'horizon. Je m'appuyai contre une muraille en ruine, car j'allais tomber, et je lus : "Ci-gît un adolescent qui mourut poitrinaire : vous savez pourquoi. Ne priez pas pour lui." Beaucoup d'hommes n'auraient peut-être pas eu autant de courage que moi. Pendant ce temps, une belle femme nue vint se coucher à mes pieds. Moi, à elle, avec une figure triste : "Tu peux te relever." Je lui tendis la main avec laquelle le fratricide égorge sa soeur. Le ver luisant, à moi : "Toi, prends une pierre et tue-la. - Pourquoi ? lui dis-je." Lui, à moi : "Prends garde à toi ; les plus faible, parce que je suis le plus fort. Celle-ci s'appelle Prostitution."
Lautréamont, Les Chants de Maldoror, chant premier.
Dans les ruelles étroites du vieux Paris, celui que Haussmann n'a pas assagi, celui qui a gardé son étroitesse labyrinthique et ses pavés mal dégrossis, erre un étrange meurtrier, qui pourtant ne tue jamais, mais qui laisse derrière lui les cadavres de la jalousie et de la folie. C'est un être gras, hideux, aux yeux fous, vêtu de vilains vêtements qu'on dirait pris sur des morts tant ils sont rongés par le temps. Il sourit parfois, mais son sourire est celui du prédateur sûr de sa puissance. Vous le reconnaîtriez sans peine, si vous le croisiez. Car, outre son apparence, il porte avec lui une lanterne aux verres teintés, qui projette une lumière verdâtre et transforme les passants en noyés. Malgré sa corpulence, il se glisse avec aisance d'un claque à l'autre. Sa lanterne abyssale à la main, il cherche ses proies...
La prostitution a toujours été source de troubles à l'ordre public. Ces femmes qui se vendent au coin d'une rue, il n'est pas rare de repêcher leurs corps dans la Seine, le visage lacéré au couteau... Une routine presque. Mais depuis quelques mois, les incidents de cette nature se font plus nombreux. Là, c'est un proxénète qui abat trois de ses filles. Ailleurs, un client qui défenestre la prostitué avec qui il comptait passer la nuit. A un autre endroit, deux jeunes hommes qui battent au fond d'une impasse une pauvre fille, jusqu'à lui faire éclater le ventre... On ne compte plus les affaires criminelles concernant des prostitués. Rien ne semble les relier entre elles. Et pourtant... Il faut bien se rendre à l'évidence : une démence contagieuse a envahi les bas-fonds de Paris.
Et l'homme que tout le monde surnomme le Ver Luisant (" Ah, celui-là avec sa lanterne ! Il devrait se la clouer au cul, comme les lucioles ! "), continue ses silencieuses reptations sur les pavés humides.
Parfois le Ver Luisant met sa lanterne sous le nez d'un poivrot ou d'un "marlou" agité.
-Qu'est ce que tu veux le gros ? Tu cherches quoi ? Que je t'aplatisse la couenne ?
-Non. Je veux juste vous montrer la lumière... Cette lumière... Oh, elle vous donne un si charmant teint de cadavre !
L'homme regarde la flamme verte. Et une même flamme s'allume dans le fond de ses yeux. Le Ver Luisant ricane, tousse et glaviote... Et la messe est dite. Au matin l'homme se réveille, les mains encore crispées autour du cou rigidifié d'une fille ramassée dans la rue. Il se met à hurler. On vient de toute part. Il se laisse ceinturer sans opposer de résistance. L'affaire n'est guère compliquée. La maréchaussée est trop heureuse de s'offrir un coupable sans effort.
-Il y avait une voix dans ma tête !
-Une voix ? Que vous disait elle ?
-Elle me disait... de la haine ! Rien que de la haine ! Je voyais cette fille sur le lit, les cuisses béantes... Et je voyais sa cervelle répandue sur l'oreiller... Sa cervelle ! Elle sortait de son crane fracassé. La fille me disait Allez ! N'aie pas peur ! Grimpe ! Grimpe mon chéri ! Ca va pas te manger ! Et moi je voyais plus que sa cervelle sur l'oreiller, et sur les murs aussi. Alors, c'est là que... que...
-Que vous avez pris le boc sous le lit pour la frapper. Vous vous souvenez combien de fois vous l'avez frappée, cette malheureuse ?
-Non... Non...
-Au moins cinquante fois ! Au-dessus du nez, il n'y avait plus qu'une bouillie de chair et d'os.
-Oh ! Mon Dieu ! Je... non... C'est pas moi ! Ca peut pas être moi !
Et l'homme que tout le monde surnomme le Ver Luisant (" Une mocheté pas croyable ! J'sais pas où il crèche, mais ça doit pas être dans les beaux quartiers "), continue ses silencieuses reptations sur les pavés humides.
D'où vient-il ? Nulle ne le sait. Il va d'une capitale à l'autre. Ce manège dure depuis des années. Il vit comme un clochard, sous les ponts, dans les caves, et ne possède rien d'autre que ses vêtements et sa lanterne. Il n'a pas de nom, pas de passé. Son motif est-il de châtier les filles de petite vertu ? Est-il une sorte d'ange exterminateur ? Peut-être la mauvaise conscience bourgeoise l'a-t-elle engendré... Un spectre mental nourri de refoulements et d'hypocrisies.
Sachez qu'en Août 1888, il a débarqué à Londres et qu'il a , selon ses dires, trouvé que White Chapel était un endroit " charmant et très bien fréquenté".
Depuis que le Ver Luisant sévit à Paris, le Baron Laudanum a cessé de faire parler de lui. Il a juré de retrouver l'instigateur de ces actes criminels et de les lui faire payer. Il s'intéresse au Ver Luisant depuis quelques jours... Ce qu'il ignore, c'est que le Ver Luisant s'intéresse également à lui.
Et l'homme que tout le monde surnomme le Ver Luisant (" Il traînait autour du nègre, un teigneux celui-là, on préfère pas lui chercher des noises. J'étais sûr qu'il allait lui briser la tête... Et pourtant non... Il ressort de l'impasse avec sa lanterne de croque-mort, son ventre de pacha, tout sourire, comme si de rien n'était. C'est le lendemain qu'on a appris pour la Môme Elise. Le nègre lui avait fait la peau à coup de surin. Un teigneux je vous dis. "), continue ses silencieuses reptations sur les pavés humides.
LE VER LUISANT
Le ver luisant possède de redoutables pouvoirs mentaux. Sa lanterne lui est nécessaire pour les catalyser mais il n'a pas besoin pour cela de l'avoir en main. Il suffit que sa victime soit baignée par sa lumière morbide. Celui qui lui prendrait la lanterne des mains ne serait pas plus en sécurité. Souffler ou moucher la flamme (ce qui n'est pas facile car elle semble douée d'une vie maléfique et a la désagréable manie de se dérober ; un jet sous ST ou DX est nécessaire pour y parvenir) le laissera sans défense. Jeter la lanterne à la Seine est une technique plus sûre et plus radicale.
Le Ver Luisant peut remplacer sa lanterne. Ce n'est pas un objet magique (bien que le comportement de la flamme puisse le laisser penser), mais un objet rituel dont la seule caractéristique indispensable est la diffusion d'une lumière glauque qui donne aux vivants l'allure de cadavres. N'importe quelle lanterne aux verres teintés pourra faire l'affaire.
Lorsqu'il se sent en danger, il aime à s'entourer de vagabonds dont il influence sans peine l'esprit embrumé de vapeurs alcooliques. Il lancera ses " petits gueux " contre tous ceux qui voudraient lui nuire. Il profitera de cette diversion pour prendre le contrôle psychique de ses ennemis. Sitôt fait, il ne perdra pas son temps en vaines discussions et les poussera au suicide de la manière la plus rapide et la plus efficace possible.
ST :10
IQ :16
DX :7
HT :14
Avantages : fearlesness 4, Disease resistant, Telepathy 10, doesn't sleep
Désavantages : fat2, apparence: ugly, overconfidence, wealth : dead broke, odious personal habit (ne se lave jamais), ennemy (le baron laudanum), pacifism (n'attaque pas de manière directe)
Manies : collectionne les briquets dans le fond de ses poches, aime le poisson fumé
Compétences : Langages : anglais, français, allemand (16) italien , néerlandais, russe (15) argot des petites gens (15), diplomacy (14), bard (15), meteorology TL5 (14), streetwise (14)
Psionics: telereceive (16), telesend (16), telecontrol (16), suggest (15), mindwipe (15)
Créé avec 100 points (mais méfiez-vous, ses désavantages sont largement compensés par ses pouvoirs mentaux).
ANNEXE
Voilà un peu de vocabulaire d'argot qui avait cours au 19eme siècle. Toute la misère de la prostitution peut se lire dans ces mots évocateurs, parfois drôles, le plus souvent sordides.
PROSTITUEE
Une Lorette (fille habitant le quartier de notre dame de Lorette, où les maisons particulièrement humides se louent à bas prix), une biche, une calège (prostituée élégante), une cavette (antonyme, femme du "cave", non prostituée), un chameau, une dégrafée (courtisane vieillissante), une dossière (prostituée de dernier ordre), une fille à numéro (prostitué de maison close), une jacqueline, une marcheuse, une margot, un omnibus, une paillasse de corps de garde, une pierreuse (prostituée de dernier ordre qui traîne aux alentours des fortifications), une pontonnière, une poupée, une poulette, une raccrocheuse (qui fait la retape à la porte du bordel. La nuit on dit qu'elle fait son trimar), une vache (prostituée qui s'avachie), un veau (une jeune prostituée qui a tout pour devenir une vache)...
LIEU DE DEBAUCHE
Boc, bocard, boxon, bouic, aller à la campagne (être envoyé dans un bordel de province)
claque, maison à un franc (maisons closes bas de gamme), taule d'abattage, maison de tolérance, maison de société...
SOUTENEUR
Bidochard, marchand de viande, courtier, courtière, dame de maison (patronne du bordel), draineur, draineuse, hareng, mac, macchoux, madame (patronne de bordel), maquereau, maquerelle, marlou, orgresse...
DIVERS
une flanelle (un galant qui tourne autour des filles sans jamais payer), un greluchon (amant qui se fait exploiter), là-bas (désigne la maison de correction qui se situait à Saint-lazare), un miché (un client), un sacristain (le mari d'une maquerelle)...
GUSTAVE LADRAYE,
DIT LE COIFFEUR DU DIABLE, DIT LE POUILLEUX
Quand le front de l'enfant, plein de rouges tourmentes,
Implore l'essaim blanc des rêves indistincts,
Il vient près de son lit deux grandes soeurs charmantes
Avec de frêles doigts aux ongles argentins.
Elles assoient l'enfant auprès d'une croisée
Grande ouverte où l'air bleu baigne un fouillis de fleurs
Et, dans ses lourds cheveux où tombe la rosée,
Promène leurs doigts fins, terribles et charmeurs.
Il écoute chanter leurs haleines craintives
Qui fleurent de longs miels végétaux et rosés
Et qu'interrompt parfois un sifflement, salives
Reprises sur la lèvre ou désirs de baisers.
Il entend leurs cils noirs battant sous les silences
Parfumés ; et leurs doigts électriques et doux
Font crépiter, parmi ses grises indolences,
Sous leurs ongles royaux, la mort des petits poux.
Voilà que monte en lui le vin de la Paresse,
Soupir d'harmonica qui pourrait délirer :
L'enfant se sent, selon la lenteur des caresses,
Sourdre et mourir sans cesse un désir de pleurer.
Arthur Rimbaud, Les chercheuses de poux
C'est là que gît, dans sa virginité immonde, une mine vivante de poux. Elle remplit les bas-fonds de la fosse, et serpente ensuite, en larges veines denses, dans toutes les directions. Voici comment j'ai construit cette mine artificielle. J'arrachai un pou femelle aux cheveux de l'humanité. On m'a vu me coucher avec lui pendant trois nuits consécutives, et je le jetai dans la fosse. La fécondation humaine, qui aurait été nulle dans d'autres cas pareils, fut acceptée, cette fois, par la fatalité ; et, au bout de quelques jours, des milliers de monstres, grouillant dans un noeud compact de matière, naquirent à la lumière. Ce noeud hideux devint, par le temps, de plus en plus immense, tout en acquérant la propriété liquide du mercure, et se ramifia en plusieurs branches, qui se nourrissent, actuellement, en se dévorant elles-mêmes (la naissance est plus grande que la mortalité), toutes les fois que je ne leur jette pas en pâture un bâtard qui vient de naître, et dont la mère désirait la mort, ou un bras que je vais couper à quelque jeune fille, pendant la nuit, grâce au chloroforme.
Lautréamont, Les Chants de Maldoror, Chant 2
" Braves gens, si vous tenez à la douce chevelure de vos enfants, gardez-les enfermés au chaud dans vos demeures... Ne les laissez pas sortir dans les rues, lorsque le crépuscule les recouvre de son encre écarlate. Prenez garde ! Un monstre erre dans Paris. Certaines commères le nomment le coiffeur du diable. Et ses petites victimes se comptent déjà par dizaines. Allez faire un tour dans les hôpitaux, vous verrez ces malheureux, le crâne entouré d'un linge rougi par le sang. Osez entendre leurs plaintes, leurs pleurs, et les pleurs de leurs mères. Alors comme tout un chacun vous haïrez le coiffeur du diable, et vous supplierez Dieu de foudroyer sur place ce tortionnaire d'âmes pures. "
Le Coiffeur du Diable sévit depuis quelques mois. Il a à son active 36 victimes, des enfants, filles ou garçons, âgés de 3 à 10 ans. Cinq d'entre eux sont morts d'infections à la suite de leurs blessures. Les autres resteront défigurés et il leur faudra porter bonnets ou chapeaux jusqu'à la fin de leurs jours pour cacher aux yeux d'autrui la plaie qui remplace leur chevelure.
Le Coiffeur du Diable agit rapidement et efficacement. Caché dans l'ombre d'une porte ou à l'angle d'un mur, il se saisit de sa victime lorsqu'elle passe à sa portée. Il plaque une main sur sa bouche pour étouffer les cris, et de l'autre, en s'aidant d'un scalpel aiguisé, il découpe le cuir chevelu. L'opération ne dure pas plus d'une minute. Il s'empare du scalpe convoité et libère l'enfant, qui le plus souvent a perdu connaissance. Pour le moment aucune des victimes n'a pu voir son agresseur. Certaines se sont débattues avec ardeur, mais toutes disent qu'il était doué d'une très grande force. Quelques enfants ont mordu la main qui étouffait leurs cris, sans provoquer de réaction. On peut supposer que des traces de petites dents sont encore visibles sur cette main criminelle.
Les enfants sont devenus rares dans les rues, mais dans les quartiers les plus pauvres, le Coiffeur du Diable trouve encore sa pitance.
Des chevelures enfantines, blondes, brunes, rousses, bouclées, raides, douces comme du coton... Mais dans quel but ? Pour satisfaire quelle terrible passion ? Pour compléter quelle collection d'épouvante ?
" C'est un Peau-Rouge ce gars. J'ai lu que les indiens ils font ça aux femmes et aux enfants. Ils mangent de la chair humaine, ces sauvages. Ouais ! Des cannibales ! Et maintenant ils viennent faire leurs horreurs chez nous ! Mais ça va pas se passer comme ça ! Et vive l"empereur !. "
L'opinion de Paul Chezarac, politologue de comptoir.
L'hypothèse del'indien est sérieusement envisagée par la police. Plusieurs spectacles " western " tournent en Europe. Ces troupes constituées d'anciens cow-boys, d'anciens soldats, etc... intègrent également des indiens (des pauvres types qui satisfont pour l'argent et l'alcool le public européen avide d'exotisme). Si la presse se fait l'écho de telles hypothèses, un lynchage d'indien en plein Paris pourrait bien avoir lieu.
" Moi je dis... moi je dis... c'est un coiffeur rendu fou par les gosses. C'est dingue ce que ça remue un gosse quand on veut lui couper les cheveux. Faut avoir les nerfs solides, juré ! Sans compter les mères ! Ah, les bourgeoises ! Moi je te les raserai les morveux ! Mais non, faut faire dans le sophistiqué, surtout avant les communions. A devenir dingue ! Moi le gars, je le comprends. Il a craqué ! Juré ! Quand j'ai les ciseaux à la main, moi aussi, des fois, j'ai de vilaines pensées... Surtout si j'ai bu avant. "
L'opinion de Gaston Bernard, coiffeur de comptoir.
Hypothèse pas plus mauvaise qu'une autre, finalement...
Personne n'a encore fait le lien entre cette épouvantable affaire et l'invasion de poux qui frappe la Capitale. Presque aucune tête n'est épargnée. Et lorsque ce n'est pas la tête, ce sont les aisselles ou le pubis. Bourgeois, nobles, roturiers, mendiants, femmes, hommes, enfants, tous se grattent, tous luttent contre les petits assaillants qui picorent leur chair. Voilà en plus qu'une épidémie de Typhus commence à faire des ravages.
Plusieurs savants clament qu'il s'agit d'une génération spontanée de poux et que c'est bien là la preuve du charlatanisme de Darwin, de Thomas Huxley et de Pasteur. " Une génération spontanée ! Il ne peut y avoir meilleure explication, mes chers et respectés confrères ! "
Les certitudes rendent aveugles ces savants.
La réponse se trouve dans les caves d'une maison du 18eme arrondissement (note: la division de Paris en 20 arrondissements, incluant les " villages " alentours, date de 1860). Dans cette maison vit un jeune homme d'à peine trente ans du nom de Gustave Ladraye. Il n'est ni Peau-Rouge, ni coiffeur, mais ancien étudiant en médecine. Il a été mis à la porte de l'Académie à cause de ses monstrueux et inconsidérés élevages de vermines (des mouches, des rats, des puces, des tiques, des moustiques) qui avaient la fâcheuse manie d'envahir la noble institution. Sur quoi portent ses recherches ? Rien n'est clair. Un jour il soutient le Darwinisme, un autre jour il le condamne. Il dit avoir trouvé un remède contre la Syphilis et contre le choléra à l'aide du magnétisme. Mais il dit aussi le contraire. Gustave Ladraye est un mythomane qui reconstruit la réalité selon ses caprices. Depuis qu'il a quitté l'Académie de médecine, il s'intéresse au pou. Pour en faire l'élevage, il a mis au point un procédé ignoble et dément, dont il est évidemment très fier.
Mais descendons dans sa cave pour mieux comprendre.
D'abords, il y a l'odeur, l'odeur du sang qui coagule, une odeur de morgue et d'abattoir. Ensuite il y a le son, comme une ruche en furie. Puis on découvre l'horreur au milieu de la pièce éclairée et chauffée: Un tapis de fourrure ? S'agit-il de ça ? Non... C'est un tapis de scalpes soigneusement cousus les uns aux autres. Des scalpes d'enfants, certains encore surmontés d'un nœud rouge ou bleu marine... Ce tapis repose sur un réseau de petites rigoles où s'écoule du sang frais, mais qui se corrompt si vite que Gustave doit sans cesse racler des caillots pour éviter qu'ils ne se bouchent. Chaque matin il fait la tournée des boucheries et des abattoirs pour renouveler son stock de sang. Du sang animal, pour le moment. Mais bientôt il se débrouillera pour que ses victimes donnent plus que leur cuir chevelu. Oui. Après les avoir scalpées, il les saignera au bord du tapis. Et les poux, les milliers de poux qui prospèrent dans ces cheveux arrachés à des têtes innocentes, grossiront ! Oui, ils grossiront ! Ils deviendront gros comme des rats, comme des chats, comme des vaches !
Gustave, chaque soir, recueille à l'aide d'un long peigne, quelques centaines de poux. Il les dépose soigneusement dans une boite. Puis il s'en va promener dans les rues de Paris et disséminer ses protégés dans les cafés et à la sortie des salles de spectacle. Il en profite également pour se procurer des scalpes de rechange, car les poux n'aiment que les scalpes frais. S'il pouvait se faire aider, s'il avait des hommes pour accomplir ce travail ! Il gagnerait du temps, c'est certain.
Pour Gustave, Paris est devenu une éprouvette dans laquelle il mène une expérience qui n'a ni raison, ni but. Etrangement, bien que les poux aient colonisé sa propre chevelure, Gustave ne ressent aucun désagrément. Une démangeaison fugace parfois. Rien de plus. Les poux le reconnaissent comme leur bienfaiteur !
GUSTAVE LADRAYE
Gustave est doué d'une solide force physique, bien que son allure n'en laisse rien paraître. Son entourage familial se limite à ses parents et à une grande sœur vivant à Lyon. Tous pensent que Gustave exerce à Paris en tant que docteur. Ils ignorent qu'il n'a aucun revenu et qu'il dilapide un maigre héritage.
Si son discours peut paraître confus à un esprit raisonnable, il n'en est pas moins affirmé avec vigueur. Le mal est une notion qui n'a pas de prise sur lui. Il ne ressent aucune pitié pour les enfants qu'il mutile. Il n'agit pas pour satisfaire une passion sadique, mais seulement pour permettre à ses expériences d'avancer. C'est du moins ce qu'il se plaira à dire lorsqu'il devra se présenter devant la justice. La réalité est peut-être tout autre...
Créé avec 110 points
ST : 13
IQ : 13
DX : 12
HT : 9
Avantages : strong will, immunity to disease, ambidexterity, single minded
Désavantages secret, stubbornness, delusions, fanaticism, obsession
Manies : sert d'abris à des poux, boit beaucoup de café, oublie toujours de soigner les morsures de ses jeunes victimes (morsures qui s'infectent souvent), ne mange pas de viande, se met à rire quand quelqu'un se gratte en sa présence
Compétences : Language native, français 17, Language, latin 15, Pharmacy TL5 15, Physiology TL5 15, Surgery TL5 14, Diagnosis 14, Scalpel 16, Area knowledge (bas-fonds de Paris), 15
CARACTERISTIQUES D'UN SCALPEL
Imp thr-1
Cut sw+1 (hémorragie en cas de réussite critique, lorsque l'attaque porte au visage, aux bras, ou aux jambes. Perte d'un point de HT par round tant que les premiers soins ne sont pas appliqués)
Reach : contact
Comme arme de jet : SS :12 Acc :1 1/2D : ST-4 max :ST+1
Gustave a toujours à portée de main cinq ou six scalpels bien affutés.
REGLES CONCERNANT LES POUX
Toute personne touchée par Gustave doit réussir un jet sous HT, sous peine d'être aussitôt colonisé par les poux.
Toute personne se trouvant à proximité du tapis doit réussir un jet sous HT-4, chaque minute, sous peine d'être aussitôt colonisé par les poux. Un échec majeur signifie un parasitage massif.
Toute personne entrant en contact avec le tapis est automatiquement massivement colonisée par les poux.
Une personne colonisée devra à chaque minute réussir un jet de volonté pour résister à l'envie de se gratter. S'il s'agit d'un parasitage massif, ce jet de volonté sera minoré de 4.
Ajoutons qu'en situation de combat, la volonté sera testée tous les 5 rounds, sous peine de perdre un round entier à se gratter sans rien faire d'autre.
Une personne colonisée devra chaque jour (24 heures après le premier contact), réussir un jet sous HT pour ne pas être infecté par le Typhus. En cas de parasitage massif ce jet sera minoré de 2.
Au dix-neuvième siècle il n'existait pas de lotions miracles pour se débarasser des poux. L'épouillage tel que le décrit Rimbaut ou, mieux encore, le rasage des cheveux et des poils, restent les méthodes les plus efficasses.
NOTE SUR LES POUX ET LE TYPHUS
Les poux comprennent 3 espèces :
-Pediculus capitis responsable de la pédiculose du cuir chevelu
-Pediculus humanis corporis, plus gros, responsable de la pédiculose du corps
-Phtirius pubis, plus connu sous le nom de morpion , provoque la pédiculose pubienne transmise par contact sexuel essentiellement.
Les trois pondent des oeufs appelés lentes qui sont solidement accrochées au cheveu ou au poil. L'aspect d'une lente est celle d'une pellicule, mais contrairement à cette dernière, on ne peut l'enlever en la pinçant entre 2 doigts.
Les trois provoquent les mêmes symptômes à savoir des démangeaisons du territoire concerné, avec possibilité d'infections, donnant des lésions de type impétigo et des adénopathies (ganglions). Ils transmettent aussi certaines maladies grave, le typhus en particulier.
Le typhus est une maladie infectieuse transmise par les poux, puces, acariens et tiques. Les symptômes du typhus vont des maux de têtes violents, aux douleurs dorsales, douleurs musculaires, et toux. S'ensuit une forte fièvre, des convulsions, des éruptions cutanées. D'importantes complications peuvent survenir : insuffisance rénale, insuffisance cardiaque, septicémie...
Avant la découverte des antibiotiques, la survie du malade dépend exclusivement de son état général et de sa constitution. La meilleure prophylaxie consiste en de strictes règles d'hygiène.
Ajoutons que le typhus est un fléau bien connu des armées napoléoniennes en campagnes.
LA FOLLE AU CHIEN
Voici la folle qui passe en dansant, tandis qu'elle se rappelle vaguement quelque chose. Les enfants la poursuivent à coups de pierre, comme si c'était un merle. Elle brandit un bâton et fait mine de les poursuivre, puis reprend sa course. Elle a laissé un soulier en chemin, et ne s'en aperçoit pas. De longues pattes d'araignée circulent sur sa nuque ; ce ne sont autre chose que ses cheveux. Son visage ne ressemble plus au visage humain, et elle lance des éclats de rire comme l'hyène. Elle laisse échapper des lambeaux de phrases dans lesquels, en les recousant, très peu trouveraient une signification claire. Sa robe, percée en plus d'un endroit, exécute des mouvements saccadés autour des jambes osseuses et pleines de boue.
Lautréamont, les Chants de maldoror, chant 3
Une bête chasse dans les rues de Paris. Elle tue sans pitié, déchirant les gorges, dévorant les ventres. On la décrit comme un grand chien noir, un chien des enfers aux yeux enflammés. D'autres en parlent comme d'un loup-garou. En tout cas, elle laisse presque chaque soir, un homme vidé de son sang, sur les pavés. Le choix de ses proies ne cesse de surprendre. On se souvient de la bête du Gévaudan qui tuait des jeunes filles et des enfants. Pourquoi cette bête là s'en prend-elle exclusivement à des hommes jeunes, solides, sportifs, biens bâtis, capables d'opposer une résistance, plutôt qu'à des proies plus faibles ?
" Il y a dans cet entêtement une certaine noblesse, propre au chasseur de fauves qui préfère risquer sa vie plutôt que de poursuivre des lièvres. Oui, messieurs cette bête à de la noblesse. Elle cherche des adversaires à sa mesure. Ne la décevons pas ! "
Billet d'humeur du Capitaine Delarges, émérite chasseur et militaire à la carrière exemplaire.
Des témoins, des témoins sérieux en tout cas, vous n'en trouverez pas. La bête surgit de l'ombre, frappe et disparaît aussitôt. Il y a bien un point commun, outre le sexe et la constitution, entre toutes les victimes : ce sont toutes de jeunes dandys connus pour leurs exploits de séducteurs. Entendez par séduction, une manière virile et grossière de harasser les jeunes femmes. La bête sélectionne donc ses proies avec soin. Mais le mot "proie " est-il approprié ? Ne faudrait-il pas mieux parler de victimes ? Des victimes désignées dont la mort est habilement organisée. Le Capitaine Delarges se fait fort d'abattre la bête. Souhaitons-lui bonne chance.
Il y a cette femme, cette folle hideuse, qui sent l'eau-de-vie, et qui ne s'exprime que par grognements, aboiements ou lambeaux de phrases décousues. Vous la croiserez sans doute près des lieux où la bête a frappé. Elle danse jusqu'à en perdre l'équilibre, vêtu de haillons, été comme hivers, ne semblant connaître ni le froid, ni la maladie... Qui est-elle ? D'où vient-elle ? Vous n'en apprendrez guère plus si vous cherchez à l'interroger. Ecoutez plutôt les bribes de phrases qu'il lui arrive de murmurer ou de chanter à tue-tête.
"La Providence m'envoya une fille... De mon propre lait celle qui était plus que ma vie... Une petite sœur pour m'amuser avec elle... Pourquoi l'hirondelle se contente de raser de l'aile les chaumières humaines, sans oser y rentrer... Elle me parlait des tombes du cimetière... Tous les mignons vêtements qui la couvraient... c'est moi qui les avais cousus, ainsi que les dentelles... Que fais-tu, petite vagabonde, quand la soupe t'attend depuis une heure, avec la cuillère qui s'impatiente ? On me raconta ce qui s'était passé... Il passait avec son bouledogue... Dort à l'ombre d'un platane... Il la prit d'abord pour une rose... Il lui a levé la robe … à la clarté du soleil ! Il ordonne au bouledogue d'étrangler la jeune fille ensanglantée... où respire et hurle la victime... Ce loup, au mufle monstrueux... violer à son tour sa virginité... Les agonies de la douleur... La vie si dure, pour ne pas être encore morte... Il s'approche... livré à de bas penchants... Le bouledogue, en colère, s'enfuit dans la campagne... Un canif américain, composé de dix à douze lames qui servent à divers usages... il retire les organes intérieurs... les boyaux, les poumons, le foie et enfin le cœur lui-même sont arrachés... poulet vidé... morte depuis longtemps... Un berger, témoin du crime... L'enterrement de ces décombres humains... Chaque jour je viens prier sur une tombe."
L'affaire date d'une dizaine d'année. Une toute jeune fille, partie se promener dans la proche campagne, fut sauvagement violé et assassinée par un homme et son chien. Le coupable ne fut jamais retrouvé. Il fut décrit par l'unique témoin comme un homme jeune, de grande stature, bien habillé et accompagné d'un bouledogue noir. L'ayant entendu parler à son chien (qui fut retrouvé peu de temps après, errant dans la campagne, portant de graves blessures des suites desquelles il mourut), il déclara que l'homme était sans doute étranger, mais il ne pût en dire plus. La mère de la malheureuse victime perdit la raison lorsque le récit du crime lui fut fait... Depuis, elle erre dans Paris, dérélict humain hanté par la peine, la rage, la haine et la folie.
Ses sentiments ont ouvert une porte vers notre monde à une bête sanguinaire. Créature démoniaque, projection de son psychisme dérangé, fantôme du chien dont l'homme a usé pour martyriser sa fille ? On ne le sera sans doute jamais. En tout cas, la bête, qui a l'apparence d'un bouledogue noir à la gueule surdimensionnée, appartient aux ombres de l'au-delà.
Le bouledogue n'apparaît que la nuit. Il surgit de l'ombre, à proximité de la folle qui aussitôt le caresse, lui murmure des mots tendres, avant de lui désigner sa victime. Lorsqu'il l'a tué et éventré, il retourne d'où il est venu, attendant qu'on l'appelle à nouveau. Le chien agit sans manifester de férocité excessive. Il n'aboie pas. Il ne grogne pas. Tueur efficace, il arrache la gorge et laboure le ventre, rapidement, se contentant parfois de grignoter quelques morceaux de chair. Il ne s'attaque qu'à la victime que la folle lui désigne, et encore faut-il que cette victime possède les caractéristiques qui font resurgir le souvenir douloureux. La folle ne désignera jamais une femme, un enfant, un vieillard, un miséreux, ou un sage étudiant... Mais le dandy aux comportements libidineux, l'homme qui cherche à séduire d'innocentes enfants, l'homme qui se vante d'adultère et d'exploits sexuels... Celui là n'a que peu de chance de survivre s'il croise la route de la Folle au Chien.
Notons au passage que le brave Capitaine Delarges s'illustre comme séducteur impénitent, et qu'il fait complaisamment étalage, après quelques verres, des nombreuses virginités qu'il a déflorées... De chasseur, il pourrait bien finir par devenir gibier.
Le chien peut être tué, mais il reviendra dès la nuit suivante. Tuer la folle n'est pas non plus une solution. Le chien continuera son œuvre de manière encore plus impitoyable et gratuite. L'unique solution serait de livrer au chien l'assassin de la jeune fille... Comment le retrouver ? Peut-être en enquêtant du coté des FRERES DE LA SANGSUE.

LA FOLLE
ST :7
IQ :6
DX :12
HT :13
Advantages : fearlessness level2, ally (le chien, intervient la nuit, sur un lancer de 15 ou moins), alcohol tolerance, high pain threshold,
Disadvantages : alcoholism, appearance bad, bad smell, compulsive behavior, poor...
Skills : dancing (12), singing (8), brawling (13)
LE CHIEN
ST :17
IQ :8
DX :14
HT : 25
Move :15
Dodge :8
PD :0
DR :2
Attaques :morsure 2d +1
Le chien cherchera à sauter à la gorge de son adversaire. S'il y parvient, c'est la mort par égorgement.
Advantages :acute taste and smell level 5, acute hearing level 4, danger sense, fearlessness level 5, peripherical vision, night vision.
LES FRERES DE LA SANGSUE
« Le frère de la sangsue marchait à pas lents dans la forêt. Il s'arrête à plusieurs reprises, en ouvrant la bouche pour parler. Mais, chaque fois, sa gorge se resserre, et refoule en arrière l'effort avorté. Enfin, il s'écrie : Homme, lorsque tu rencontres un chien mort retourné, appuyé contre une écluse qui l'empêche de partir, n'aille pas, comme les autres, prendre avec ta main, les vers qui sortent de son ventre gonflé, les considérer avec étonnement, ouvrir un couteau, puis en dépecer un grand nombre, en te disant que, toi aussi, tu ne seras pas plus que ce chien. Quel mystère cherches-tu ? Ni moi, ni les quatre pattes nageoires de l'ours marin de l'océan Boréal, n'avons pu trouver le problème de la vie. Prends garde, la nuit s'approche, et tu es là depuis le matin. Que dira ta famille, avec ta petite soeur, de te voir si tard arriver ? Lave tes mains, reprends ta route, qui va où tu dors… »
Lautréamont, Les Chants de maldoror, chant 4
Nombreux sont les intellectuels, les artistes, poètes et marginaux qui se réunissent en cercles clandestins voués à des occupations pas toujours avouables. Si certains expérimentent le Haschisch et l’opium, d’autres se consacrent à des activités autrement plus perverses. C’est le cas des frères de la sangsue. Les frères de la sangsue comptent une douzaine de membres. Jeunes aristocrates, syphilitiques, paludéens, opiomanes, qui ont pour point commun le goût morbide du crime et du fait-divers. Ils se réunissent au quatrième étage d’un discret immeuble de l’Ile de la Cité, chaque semaine et épluchent les gazettes et se gargarisent des histoires les plus glauques. Ils boivent de l’absinthe, écrivent des poèmes ténébreux ou peignent des toiles inspirées de crimes odieux. Leurs activités ne s’arrêtent pas là. Ils se plaisent aussi à jouer au meurtrier. Chacun choisit son monstre de prédilection, enquête sur ses habitudes, s’habille comme lui et se vante des mêmes crimes... On se débrouille pour voir les cadavres de ses victimes, pour les toucher même. Le fin du fin consiste à rencontrer l’assassin qu’on s’est choisi et même à lui apporter assistance. Ce n’est pas sans danger et à deux reprises déjà un frère de la sangsue est devenu victime de son idole. Pour le moment aucun membre n’a franchi le pas qui consisterai à imiter un assassin jusque dans ses crimes. Mais ça ne saurait tarder. Les frères de la sangsue glissent lentement mais sûrement vers le meurtre. Ils invitent parfois des jeunes filles à qui ils font subir en fin de soirée, alors que l’absinthe et l’opium ont fait leurs nids dans leurs esprits pervertis, des sévices physiques et sexuels. Ils achètent généreusement leur silence. Mais un jour ou l’autre, l’une de ces filles succombera... Le premier meurtre est toujours le plus difficile. Ensuite, il ne s’agira plus que d’un jeu grisant.
Les Frères de la Sangsue pratiquent aussi l’ésotérisme. Ils sont fascinés par le spiritisme naissant, par le satanisme, la sorcellerie, la divination... Certains jouent aux apprentis alchimistes. Mais à leurs yeux, rien n’a plus de valeur que le crime. Le fondateur se fait appeler MALDOROR. C’est un noble qui vient d’Angleterre ou des Amériques, personne ne le sait précisément. Plus âgé que les autres membres, plus secret aussi, il est le théoricien de ce cercle et ses paroles ont valeur d’ordre.
Maldoror est un poète du crime. Il aime à le pratiquer et l’on pourrait suivre son parcours sanglant à travers l’Europe jusqu’à Paris. Les autres Frères de la Sangsue ignorent ces crimes. Ils ne voient en lui qu’un poète maudit, visionnaire et génial. MALDOROR aime les proies innocentes. Il prend le temps de pervertir leurs âmes avant de salir leurs corps. C’est ainsi qu’il a violé et tué avec une ignoble sauvagerie, une jeune bergère qui avait eu le malheur de se trouver sur son passage. Les Frères de la Sangsue sont sa nouvelle œuvre criminelle. Bien sur, ils ne sont pas encore prêt... Mais bientôt, chacun d’eux s’ingéniera à ressusciter un assassin. LE POUILLEUX a été arrêté, jugé et exécuté ? Qu’importe ! Un frère prendra sa place et continuera son œuvre. Et ce chien qui tue des hommes, ne serait-il pas amusant de suivre son exemple et de dresser quelques chiens à tuer. Et des assassins plus terribles encore, exhumés du passé : Gilles de Rais, la Comtesse Bathory... Qui va se dévouer pour les imiter avec le respect qui leur est dû ?
QUELQUES FRERES DE LA SANGSUE :
-Albert Caddoux : jeune artiste peintre, refusé aussi bien par les salons officiels que par les salons indépendants. Ses thèmes de prédilection sont les empereurs romains et les exactions inspirées de la Vie des Douze Césars de Suétone. Chacune de ses toiles est un catalogue d’atrocités et de perversions. Il utilise fréquemment son sang et son sperme comme médium pour ses pigments.
-Alain Delbert : Ce jeune homme de bonne famille, destiné à la carrière militaire, a vu sa vie s’effondrer après un scandale lié à ses mœurs pédérastes. Alain Delbert fait de sombres rêves où il se voit conquérant, embrochant au fil de son sabre de jeunes hommes et garçons à la poitrine dénudée. Souffrant de la syphilis et du paludisme (souvenirs d’un séjour en Afrique), il est le plus souvent terrassé par la fièvre. Il boit beaucoup pour compenser l’abondante sudation de son corps. Lorsque des jeunes femmes sont invitées par les Frères, Alain Delbert s’illustre par sa cruauté et son imagination perverse.
-Frederic de Vaujany écrit des contes pour enfant sous le pseudonyme de Monsieur Albanyac. Il est même connu et apprécié. Evidemment, ses jeunes lecteurs n’imaginent pas qu’il passe le plus clair de son temps à fumer de l’Opium. Il est fasciné par les exactions du Pouilleux et, à force de filatures, il est même parvenu à l’approcher. Ils ont passé un marché. Frederic de Vaujany pourra assister aux crimes du Pouilleux (et même éventuellement y participer) si, en échange, il se débrouille pour attirer des enfants à son domicile... Attirer des enfants ne devrait pas poser de problèmes pour Monsieur Albanyac, conteur adulé par les petits comme par les grands...
-Elise Billoux est la seule femme du groupe. C’est une poétesse dont les vers feraient s’évanouir toute personne de bon sens. La mort, la putréfaction des chairs, la nécrophilie, sont les thèmes qu’elles manient le mieux. Le crime ne l’intéresse pas en tant que telle. C’est la mort et la corruption des corps qui y sont liées qui la fascinent. Elle voue une grande admiration à Maldoror et couche occasionnellement avec lui. Agée de 25 ans, elle serait jolie, si elle n’avait cette main droite malformée qui ressemble à la pince d’un crabe.
MALDOROR
Age et nationalité indéterminés.
ST : 14
DX : 13
IQ : 16
HT : 10
Advantages : attractive appearance, very Wealthy, alertness, charisma, empathy, high pain threshold, psionic resistance level 5, ally group (frères de la sangsue)
Disadvantages : acromégalie*, compulsive behavior (corrompre tout ce qui est innocent), laziness, lecherousness, sadism, secret
Skills : Alchemy TL5 (15), Black powder weapon TL5, Pistol, (16), Brawling (14), criminology TL5 (17), Disguise (15), Fencing (18), Hypnotisme (15), Knife Throwing (13), Literature (18), occultism (15), poetry (16), surgery TL5(14), languages : anglais, italien, allemand, français (16), riding horse (14)
Maldoror est un bon escrimeur. Armée de sa rapière il peut s’avérer un redoutable adversaire. Il abuse des feintes et de diverses traîtrises mentales.
*Maldoror souffre d’une grave acromégalie. Ses os subissent une croissance incontrôlable. Pour le moment cette maladie n’est visible qu’au niveau des mains et des pieds. Mais bientôt son visage et son dos seront aussi atteints.
Cette dimension excessive des mains et des pieds accorde à Maldoror un bonus de +1 aux dégâts lorsqu’il se bat à main nue, un bonus de +1 à la parade à main nue, et un bonus de +1 aux jets de dextérité lorsqu’il s’agit de tester son équilibre.