Gotland: Carnet de voyage

 

 

Sur le ferry qui quitte l'île de Rügen en direction de la Suède, nous nous posons deux questions : le temps sera t-il plus clément de l'autre côté et comment pourrons nous rejoindre l'île de Gotland où nous souhaitons poursuivre notre voyage ? C'est malheureusement, sous un ciel gris et menaçant, que nous débarquons à Trelleborg. C'est samedi après-midi, et comme la plupart des villes scandinaves pendant le week-end, c'est une ville morte. L'office de tourisme, seul, est ouvert. Là, après plusieurs coups de téléphone aux chemins de fer suédois, l'hôtesse, nous explique qu' il ne sera pas possible de voyager avec nos vélos en bagage accompagné. Dans ce pays, il est en effet nécessaire de les envoyer plusieurs jours à l'avance. Ce qui, dans notre cas, est rigoureusement impossible. Elle nous conseille donc simplement de redescendre plus au sud à Malmö, ville plus importante, dans laquelle nous devrions peut-être trouver plus facilement une solution.

Le lendemain, nous mettons presque une journée pour effectuer les quelques 60 km qui nous séparent de Malmö. Il fait beau, mais un vent violent ralentit considérablement notre progression. Sitôt arrivés, nous nous précipitons à la gare où on nous confirme les indications de la veille : impossible de partir avec son vélo directement par le train ! Jacqueline commence alors un marathon autour de la gare pour trouver un bus susceptible d'accepter notre chargement (4 vélos et 18 sacoches) et de nous emmener un dimanche soir à Oskarshamn d'où part le ferry pour Gotland. Un chauffeur de bus express n'ayant que peu de passagers, donc peu de bagages, accepte de nous prendre jusqu'à Växjö et presque arrivés au terme de son trajet, il téléphonera du bus afin de nous trouver la correspondance pour la suite de notre voyage, poussant même la gentillesse jusqu'à nous conduire au ras de la soute du prochain bus, puis à nous aider à effectuer le transfert de soute. Nous lui devons un grand merci. A minuit et demi, nous arriverons enfin à Oskarshamn. Ouf !!! Premier réflexe : le repérage du terminal maritime.

Le départ est prévu le lendemain en fin de matinée. Ni camping, ni hôtel à proximité. Donc, après une nuit passée devant le terminal maritime, un superbe bateau nous conduit sur l'île de Gotland et c'est sous le soleil ( enfin ! ), que nous débarquons à Visby. La ville, entourée de remparts, est magnifique. Nous arrivons malheureusement trop tard pour la semaine médiévale qui vient juste de se terminer. Elle a lieu traditionnellement chaque année la première semaine d'Août. A ne pas manquer, semble t-il. Dommage ! Première sensation : nous sommes frappés par le nombre d'officines de location de vélos et de remorques. Nous constaterons effectivement par la suite que beaucoup de personnes arrivent simplement avec un sac à dos et louent vélos ou tandems, remorques ou sacoches pour des vacances cyclistes.
Le lendemain, munis de la carte des lieux ( voir office de tourisme sur le port de Visby ), nous entamons, nous aussi, le "Gotlandsleden", l'itinéraire qui effectue le tour de l'île, direction le nord. Il est parfaitement balisé et emprunte de petites routes tranquilles ou de petits chemins en terre battue et convient, de ce fait, fort bien à des familles accompagnées de jeunes enfants.Notre première surprise sera de constater que cette île est calcaire. Les paysages sont surprenants et ne correspondent pas du tout à notre conception des paysages suédois ou nordiques.

Visby

Cette première journée nous donne une idée précise de tout ce que nous allons rencontrer au cours de notre voyage : paysages reposants, falaises calcaires et blocs ruiniformes, nombreuses églises aux peintures murales parfaitement préservées, vestiges vikings avec, en particulier, des cimetières étonnants…

Comme dans tous les pays nordiques, le camping sauvage est autorisé en Suède. Notre premier lieu de camp sera formidable. Placer sa tente à quelques mètres de la mer, dans un cadre naturel et sauvage, est toujours pour nous un véritable plaisir. Le deuxième jour, le beau temps semble se maintenir et bien que les températures ne soient pas vraiment élevées pour la saison, nous sommes confiants pour la suite de notre randonnée. Le "Gotlandsleden" poursuit son chemin au plus près de la côte, mais n'hésite pas à s'en éloigner si nécessaire pour visiter tel ou tel site remarquable. Nous croisons de nombreux cyclistes en groupe ou solitaires, cela nous rappelle un peu le Danube et ses nombreux cyclos.

A Bläse, nous visitons un petit musée consacré à l'exploitation du calcaire et aux fours à chaux. Très intéressant. Cette activité aujourd'hui délaissée constituait, semble t-il, autrefois une des ressources principales de l'île. Nous nous dirigeons ensuite vers Farösund afin de visiter l'île de Farö, cher au cinéaste Ingmar Bergman et qui constituera l'extrémité nord de notre périple. A noter que le bac d'accès est régulier et gratuit. Malheureusement, le lendemain matin, nous aurons à peine le temps de plier les tentes que la pluie se met à tomber. C'est donc sous une pluie battante et par un vent violent que nous roulerons toute cette journée. Aussi les paysages de Farö demeureront-ils noyés sous la brume. A l'extrémité de l'île, nous restons un bon moment à regarder le spectacle des vagues qui se fracassent avec violence sur les rochers sous un ciel noir de tempête Le bruit est assourdissant et c'est très impressionnant. Au retour, pour revenir au plus vite à Farösund et retrouver une cabane de pêcheur que nous avions repérée et où nous comptions passer la nuit au sec, nous délaissons le petit détour que fait la piste vers la côte. Sombre erreur ! Nous n'avions pas consulté le guide avec suffisamment d'attention et nous devions le regretter deux jours plus tard. Ferry pour l'île de Farö
Finalement, c'est dans un abri de pierres sèches que nous passons la nuit. L'endroit n'est pas vraiment confortable, mais au moins nous sommes au sec. Et c'est tant mieux car nous sommes trempés et frigorifiés. Le lendemain, le temps s'est amélioré et nous pouvons visiter l'intéressant musée en plein air de Bunge. A ne pas manquer. Celui-ci, avec son village traditionnel reconstitué, donne une bonne idée de ce que devait être la vie dans cette île de la Baltique au début du siècle.
Beaucoup plus au sud, au camping de Slité, nous nous apercevons que le petit détour que nous avions évité sur l'île de Farö permettait en fait de visiter le plus important site de "Raukas" (rochers calcaires ruiniformes) de l'île, ceux qui apparaissaient le plus souvent sur toutes les brochures touristiques et les cartes postales.

Raukas de l'île de Farö

Il nous semble alors difficile de ne pas voir ce qui est un des lieux les plus beaux de la région. Aussi, décidons-nous donc de revenir en arrière, sans les bagages, pour réparer ce malencontreux oubli. Cette fois le soleil est de la partie et les 40 premiers kilomètres sont avalés à un train d'enfer, les garçons se passant les relais pour tirer les parents. Sur place, nous ne regrettons vraiment pas ces kilomètres imprévus. La côte est superbe, sauvage et désertique et ces blocs de calcaires aux formes découpées sont impressionnants. Nous n'avons véritablement jamais vu un tel paysage nulle part ailleurs. Un ancien village de pêcheurs attire de nombreux photographes, il est vrai que ses petites cabanes en bois posées sur la plage de calcaire sont particulièrement photogéniques. Nous avons même le plaisir de visiter l'atelier d'un peintre. Le retour sera un peu laborieux et c'est vers 11 heures du soir et à la lueur des frontales que nous retrouvons notre campement, les compteurs affichant 120 km. Jacqueline n'en revient pas, elle vient de battre son record personnel de distance.

Nous redescendons ensuite le long de la côte passant d'une église à un cimetière viking. Nous sommes particulièrement impressionnés par la première tombe en forme de drakkar que nous apercevons en pleine forêt. Nous verrons d'autres vestiges étonnants en particulier de curieux labyrinthes en pierres, ou des tumulus d'une taille imposante. Autre particularité de cette île : les boites aux lettres peintes placées au bord des routes. Il faut dire que celles-ci sont le plus souvent magnifiques et plus originales les unes que les autres. Matthieu en rapportera un véritable reportage photographique. De jour en jour, nous constatons que les vacanciers disparaissent de plus en plus. Nous avons dépassé le 15 août et les vacances sont, semble t-il, terminées pour beaucoup d'habitants du nord de l'Europe. Il est aussi vrai que les températures ne dépassant pas 15° n'incitent pas vraiment à profiter des plages.

Pourtant certaines, recouvertes d'un beau sable fin, invitent à la baignade. Mais il fait trop froid et même Romain, habitué des torrents norvégiens ou des eaux fraîches des îles Lofoten, y a renoncé ! Chaque soir, nous trouvons assez facilement des endroits de camp. Certains, au bord de la mer, sont particulièrement agréables. Nous regrettons simplement de ne pas pouvoir faire de feu, cette pratique étant interdite en Suède durant les mois d'été. Nous avons de plus en plus l'impression d'être les derniers cyclistes de l'île et, de fait, nous ne faisons que peu de rencontres.

Il n'y a d'ailleurs pas véritablement de villages au sens où nous l'entendons nous. Il n'y a pas de bourg mais des groupes de maisons isolées avec une église qui est souvent à l'écart et, bien sûr, l'inévitable petit supermarché. Nous arrivons bientôt à l'extrême sud de l'île. Un véritable "champ" d'éoliennes se dresse là, c'est véritablement impressionnant. En installant nos tentes au sommet des falaises de Hoburgen, sous un vent violent, nous comprenons que l'endroit est effectivement idéal pour ces énergies propres. Le site, bien qu'extrêmement venté, est superbe et sauvage. Quelques kilomètres plus loin, à Kettelvik, un petit musée local, le Stenmuseet, retrace l'histoire d'une exploitation de calcaire et de la fabrication de pierres à aiguiser. Nous entamons maintenant la remontée vers le nord et Visby, en passant toujours d'églises en tumulus… Toutes ces églises, valent souvent le détour grâce aux fresques murales dont certaines datent du 13 ième siècle et puis, ce qui n'est pas négligeable, un sanitaire jouxte systématiquement le cimetière entourant l'édifice.
Nous y faisons donc le plein d'eau à chaque fois ce qui explique aussi cette "soif" de culture religieuse. A Sproge, le "Gotlandsleden' quitte la route principale pour rejoindre la côte. La piste n'est pas toujours très bonne et dans un trou, Matthieu perd son porte-bagages arrière, il faudra bricoler le tout avec des colliers…Pour mémoire, il avait déjà cassé son porte bagage avant sur l'île de Rügen, la série continue donc. De plus, ce jour là, le vent souffle en tempête et nous avançons avec beaucoup de difficultés. Nous pestons contre ces conditions exécrables mais le paysage vaut vraiment le détour.

La côte est dénudée et sauvage. En face de nous deux petites îles et au milieu du calcaire de la plage un unique tournesol qui résiste vaillamment aux assauts du vent ! Ce soir là, une minuscule clairière au milieu des sapins abritera nos tentes du vent mais, malheureusement pas de la pluie qui se mettra à tomber au petit matin. Devant des conditions aussi "favorables", nous décidons de rouler jusqu'à Visby afin de terminer cette randonnée qui commence à devenir un peu trop humide et froide à notre goût. A Fröjel, nous faisons un dernier arrêt pour admirer une tombe Viking en forme de bateau de 30 mètres de long, la plus grande de l'île. Ensuite, l'itinéraire cycliste suit la route principale jusqu'à Visby, alors nous roulons…

Nous arrivons à Visby en fin de matinée pour constater que les vacances sont effectivement bien finies. Nous sommes le 22 Août et il n' y a plus guère de touristes . Aussi n'y a-t-il qu'un seul bateau par jour, horaire d'hiver oblige, nous venons d'ailleurs de le louper ! Il nous faudra attendre celui de 7 heures le lendemain matin. Fin août, période des soldes sur l'île où tous les prix vestimentaires sont incroyablement cassés. REA ! Comme il pleut toujours, une fois n'est pas coutume, nous faisons du shopping. Puis, le terminal maritime étant clos pour la nuit, nous bivouaquons sur la terrasse abritée du Yacht club de Gotland. Parcourir en vélo cette île ne constitue pas certes une destination très aventureuse mais pour qui voudrait se lancer dans un voyage cycliste en famille à l'étranger, elle constitue un objectif plaisant. Attention toutefois de penser à vous munir de liquidité. Force nous a été de constater que les recettes postales sont trop petites pour échanger les chèques postaux internationaux.

Nous débarquons à Oskarhamn un dimanche. Bien entendu, il n'y a pas de bus avant lundi et on nous explique qu'il n'est pas certain que le chauffeur accepte nos vélos dans la soute. Nous connaissons le problème malheureusement. La galère habituelle du retour commence… A la gare proche du terminal maritime, coup de chance, le conducteur du train local nous annonce qu'il nous prendra au prochain voyage et nous conduira à Nässjo située sur la ligne Stockholm - Malmö. Après, nous dit-il, il faudra vous débrouiller avec les contrôleurs de la compagnie nationale. Chose promise, chose due, une heure plus tard, nous entassons nos vélos et bagages tant bien que mal dans l'unique wagon de ce train et nous voilà partis. A Nässjo, pendant que nous débarquons nos vélos, Jacqueline réussit le tour de force de convaincre en anglais deux contrôleurs et ceux-ci nous annoncent, contre toute attente, que nous avons exactement trois minutes pour traverser trois quais et jeter notre matériel dans une soute située dans un des wagons du train en partance pour Malmö. Inutile de dire que les records de vitesse cycliste sur quai de gare seront battus ce jour-là.

Ouf, quelques minutes plus tard, nous sommes assis dans le train, sans billet, nous rentrons ! Petite particularité des pays nordiques : le contrôleur ne contrôle rien du tout et n'est surtout pas répressif. Il est là pour renseigner et vendre des billets aux clients retardataires ou dont la station trop petite n'en vend pas. Nous arrivons à Malmö en début de soirée. Le trajet de Malmö à Trelleborg ne sera qu'une formalité quoiqu'il aura fallu monter la tente sous la pluie en pleine nuit au bord de la piste cyclable. Le poids de l'Habitude !….Le lendemain, le ferry nous ramène à Sassnitz sur l'île de Rügen où nous avons laissé notre voiture et où il pleut toujours. Une journée de vélo et un porte bagage cassé plus tard, nous serons de retour à Gross Stresow. La voiture nous attend, la rentrée des classes n'est plus loin, il faut bien prendre le chemin du retour… Le bilan est mitigé mais il faut dire que les conditions climatiques exécrables de cet été 98 nous ont un peu gâché le plaisir. Ce que l'on peut affirmer, toutefois, c'est que ces deux îles ( Rugen et Gotland ) sont des destinations véritablement aisées, plates et roulantes, et constituent des randonnées très abordables par tous, entraînés ou non, et quel que soit leur âge.

 

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